Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Chasse à l'homme...

22 Décembre 2012, 03:17am

Publié par Fr Greg.

la chasse

 

 

Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.



la-chasse3.jpg

 

 

 

Une chasse en tous points magistrale qui capte avec une incroyable justesse la descente aux enfers d'un homme accusé à tort. Sous sa simplicité exemplaire, c'est un film fort, complexe, qui met le doigt sur un côté particulièrement obscur de la nature humaine. La démonstration sur les méfaits de la rumeur et la versatilité de l'opinion publique est implacable. Parfois lourde et tranchée, mais toujours troublante. Si le scénario n'évite pas quelques clichés et scènes chocs (...) Thomas Vinterberg a l'heureuse idée de ne jamais installer un quelconque suspense sur la culpabilité de son héros pour nous interroger sur notre propre conscience et la stigmatisation de tel ou tel individu.


la-chasse2.jpg

 

 

 

Voir les commentaires

La Fin du monde..? Une peur bourgeoise!

21 Décembre 2012, 15:21pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

enfant2012

Voir les commentaires

Éblouissement...

20 Décembre 2012, 02:58am

Publié par Fr Greg.

 

femme-regard.jpg

 

Puis tout à coup je rencontrai la femme qui devait aiguillonner sans cesse mes ambitieux désirs, et les combler en me jetant au coeur de la Royauté. Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur. Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid. Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon coeur. 

 

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit.

 

Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis alors le ridicule de ma position; alors seulement je compris que j'étais fagoté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété, savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du coeur, j'errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.

 

Balzac,  Le lys dans la vallée 

Voir les commentaires

21.12.2012, la fin du monde... ou la faim de Dieu...?

19 Décembre 2012, 02:48am

Publié par Fr Greg.

 

ce-scenario-n-arrivera-pas.jpg

 

2012, Selon les dires de plusieurs oracles comme nostradamus ou encore la sybille, la fin du monde ou l'apocalypse serait prévue pour le 21 Décembre 2012 ! L'un des plus anciens calendriers de l'histoire tire à sa fin. Le 21 Décembre de l'an 2012, selon leurs traditions, les Mayas indiquent un changement radical et global à l’échelle mondiale. Au solstice de l'hiver 2012, ils confirment sans équivoque la FIN DU MONDE tel que nous le connaissons aujourd’hui... Quel est le désir, l'attente réele qui est présent derrière ces interprétations catastrophique?

 

 

 

La vie de la terre que nous menons tant bien que mal, avec beaucoup de souffrances et aussi beaucoup de joies, avec des amis, des hommes et des femmes que nous aimons, avec des enfants, s’achève dans une vie céleste : nous sommes faits pour le Ciel. Notre vie ne se termine pas à la terre, heureusement ! elle se terminera dans la vie de l’Au-delà. Et c’est cela, notre espérance. Notre espérance nous permet d’avoir des ailes, de nous envoler sur « les ailes du grand aigle », comme dit l’Ecriture. L’espérance nous donne ces ailes merveilleuses pour que notre horizon ne se réduise pas à un horizon terrestre humain, si beau et si grand soit-il, mais que notre vie se termine en Dieu, s’achève auprès de Jésus, auprès du Père, par l’Esprit Saint, avec Marie.

MD Philippe, AFC 27.04.03

 

Si l’on veut vivre en bienheureux, il faut que chaque jour soit comme le dernier. C’est le grand secret de Marie : ne pas avoir de réserves. Dans l’ordre spirituel, il faut toujours aller jusqu’au bout, et il faut tout donner. C’est le grand secret de Marie, pour maintenir en nous l’espérance. L’espérance, c’est très exigeant : cela demande que tout soit donné. On n’a pas le droit de rester à mi-chemin. On doit aller jusqu’au bout de cet élan d’amour. Marie, dans son mystère de Dormition, est la mesure de notre espérance ; elle est la mesure de notre bonheur, de notre béatitude. Elle nous montre, elle nous indique comment il faut aller jusqu’au bout, sans rien garder, sans rien se réserver.

MD Philippe, L’Etoile du matin

 

 

 


[1][1]Ap 12, 14. Cf. Is 40, 31 : « Mais ceux qui attendent Yahvé renouvellent leur vigueur, il leur pousse des ailes comme aux aigles ; ils courent sans se fatiguer, ils marchent sans s’épuiser » ; Ex 19, 4 : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux Egyptiens, comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés près de moi » ; Deut 32, 10-12 : « Il le trouve dans un pays désert, dans un chaos hurlant et désolé ; il l’entoure, en prend soin, le garde comme la prunelle de son œil. Tel un aigle excitant sa nichée, planant au-dessus de ses petits, il déploie ses ailes et le prend, le porte sur ses plumes. Yahvé seul le guide, nul dieu étranger avec lui ».

 

 

Voir les commentaires

Peut-on connaitre Celui que les traditions religieuses appellent Dieu? (II)

18 Décembre 2012, 01:30am

Publié par Fr Greg.

 

i9YSwfNFR5uu25jmrhELJecK_r1_400.jpg

 

Quelles réponses, alors, la foi est-elle appelée à donner, avec «douceur et respect», à l’athéisme, au scepticisme, à l’indifférence envers la dimension verticale, afin que l’homme de notre temps puisse continuer à s’interroger sur l’existence de Dieu et à parcourir les chemins qui conduisent à Lui ? Je voudrais indiquer quelques chemins, qui proviennent soit de la réflexion naturelle, soit de la force de la foi. Je les résumerais de manière très concise en trois mots: le monde, l’homme, la foi.

 

 

Le premier : le monde. Saint Augustin, qui dans sa vie a longtemps cherché la Vérité et a été saisi par la Vérité, a écrit une très belle et célèbre page, où il affirme: «Interroge la beauté de la terre, de la mer, de l’air raréfié partout où il s’étend; interroge la beauté du ciel…, interroge toutes ces réalités. Toutes te répondront: regarde-nous et observe comme nous sommes belles. Leur beauté est comme leur hymne de louange. Or ces créatures si belles, mais changeantes, qui les a faites sinon celui qui est la beauté de façon immuable?» (Sermon 241, 2: PL 38, 1134). Je pense que nous devons retrouver et faire retrouver à l’homme d’aujourd’hui la capacité de contempler la création, sa beauté, sa structure. Le monde n’est pas un magma informe, mais plus nous le connaissons et plus nous en découvrons les merveilleux mécanismes, plus nous voyons un dessein, nous voyons qu’il y a une intelligence créatrice. Albert Einstein disait que dans les lois de la nature «se révèle une raison si supérieure que toute la rationalité de la pensée et des systèmes humains est en comparaison une réflexion absolument insignifiante» (Comment je vois le monde, Flammarion 1999). Un premier chemin, donc, qui conduit à la découverte de Dieu, est de contempler avec des yeux attentifs la création.

 

Le deuxième mot : l’homme. A nouveau saint Augustin a une phrase célèbre où il dit que Dieu est plus intime à moi que je ne le suis moi-même (cf. les Confessions III, 6, 11). De là il formule l’invitation: «Ne va pas hors de toi, rentre en toi-même: dans l’homme intérieur habite la vérité» (De vera religione, 39, 72). Ceci est un autre aspect que nous risquons de perdre dans le monde bruyant et dispersé où nous vivons : la capacité de nous arrêter, de regarder en profondeur en nous-mêmes et de lire cette soif d’infini que nous portons à l’intérieur, qui nous pousse à aller plus loin et renvoie à Quelqu’un qui puisse la combler. Le Catéchisme de l’Eglise catholique affirme: «Avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. "Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière" (GS 18, § 1 ; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.» (n. 33).

 

Le troisième mot : la foi. Dans la réalité de notre temps surtout, nous ne devons pas oublier qu’un chemin qui conduit à la connaissance et à la rencontre avec Dieu est la vie de la foi. Celui qui croit est uni à Dieu, il est ouvert à sa grâce, à la force de la charité. Ainsi son existence devient témoignage non de lui-même, mais du Ressuscité, et sa foi ne craint pas de se montrer dans la vie quotidienne, elle est ouverte au dialogue qui exprime une profonde amitié pour le chemin de chaque homme et elle sait ouvrir des lumières d’espérance au besoin de délivrance, de bonheur, d’avenir. La foi, en effet, est rencontre avec Dieu qui parle et agit dans l’histoire et qui convertit notre vie quotidienne, transformant en nous les mentalités, jugements de valeur, choix et actions concrètes. Elle n’est pas illusion, fuite de la réalité, refuge confortable, sentimentalisme, mais elle est implication de toute la vie et annonce de l’Evangile, Bonne Nouvelle capable de libérer tout l’homme. Un chrétien, une communauté qui sont actifs et fidèles au projet de Dieu qui nous a aimés le premier, constituent une voie privilégiée pour ceux qui sont dans l’indifférence ou dans le doute quant à leur existence et leur action. Ceci demande à chacun de rendre toujours plus transparent son témoignage de foi, en purifiant sa vie pour qu’elle soit conforme au Christ. Aujourd’hui, beaucoup ont une conception limitée de la foi chrétienne, parce qu’ils l’identifient davantage avec un simple système de croyances et de valeurs qu’avec la vérité d’un Dieu qui s’est révélé dans l’histoire, désireux de communiquer avec l’homme en tête à tête, dans une relation d’amour avec lui. En réalité, au fondement de toute doctrine ou valeur, il y a l’évènement de la rencontre entre l’homme et Dieu en Christ Jésus. Le christianisme, avant d’être une morale ou une éthique, est l’évènement de l’amour, il est l’accueil de la personne de Jésus. Pour ceci, le chrétien et les communautés chrétiennes doivent avant tout regarder et faire regarder vers le Christ, vrai Chemin qui conduit à Dieu.

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

 

Voir les commentaires

Peut-on connaitre Celui que les traditions religieuses appellent Dieu?

17 Décembre 2012, 01:31am

Publié par Fr Greg.

Rough-Seas-with-wreckage-by-Joseph-Mallord-Turner.jpg

 

 

Chers frères et sœurs,

Je voudrais méditer brièvement avec vous sur quelques chemins pour arriver à la connaissance de Dieu.


Je voudrais rappeler d’abord que l’initiative de Dieu précède toujours toute initiative de l’homme et que dans le chemin vers Lui, c’est d’abord Lui qui nous éclaire, nous oriente et nous guide, en respectant toujours notre liberté. Et c’est toujours Lui qui nous fait entrer dans son intimité, se révélant et nous donnant la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. N’oublions jamais l’expérience de saint Augustin: ce n’est pas nous qui possédons la Vérité après l’avoir cherchée, mais c’est la Vérité qui nous cherche et nous possède.

 

Cependant il existe des chemins qui peuvent ouvrir le cœur de l’homme à la connaissance de Dieu, il y a des signes qui conduisent à Dieu. Certes, souvent nous risquons d’être aveuglés par les scintillements de la mondanité, qui amenuisent notre capacité à parcourir ces chemins ou à lire ces signes. Mais Dieu ne se fatigue pas de nous chercher, il est fidèle à l’homme qu’il a créé et sauvé, il reste proche de notre vie, car il nous aime. Et cette certitude doit nous accompagner chaque jour, même si certaines mentalités diffuses rendent plus difficile à l’Eglise et au chrétien de communiquer la joie de l’Evangile à toute créature et de conduire tous à la rencontre avec Jésus, unique Sauveur du monde. Ceci est notre mission, c’est la mission de l’Eglise et chaque croyant doit la vivre dans la joie, en se l’appropriant, à travers une existence vraiment animée par la foi, marquée par la charité, par le service de Dieu et des autres, et capable de répandre l’espérance. Cette mission resplendit surtout dans la sainteté à laquelle tous sont appelés.

 

Aujourd’hui, nous le savons, les difficultés ne manquent pas, ni les épreuves, pour la foi qui est souvent peu comprise, contestée, refusée. Saint Pierre disait aux chrétiens: «Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect.» (1 Pt 3,15). Par le passé, en Occident, dans une société considérée comme chrétienne, la foi était le milieu dans lequel on se mouvait; la référence et l’adhésion à Dieu faisaient partie de la vie quotidienne, pour la majorité des gens. C’était plutôt celui qui ne croyait pas qui devait justifier son incrédulité. Dans notre monde, la situation a changé et le croyant doit toujours plus être capable de rendre raison de sa foi. Le bienheureux Jean-Paul II, dans son encyclique Fides et ratio, soulignait comment la foi était mise à l’épreuve à l’époque contemporaine, à travers des formes subtiles et vétilleuses d’athéisme théorique et pratique (cf. nn. 46-47). A partir des Lumières, la critique envers la religion s’est intensifiée; l’histoire a été marquée aussi par la présence des systèmes athées, dans lesquels Dieu était considéré comme une simple projection de l’âme humaine, une illusion et le produit d’une société déjà faussées de tant d’aliénations. Le siècle suivant a connu un fort processus de sécularisme, à l’emblème de l’autonomie absolue de l’homme, considéré comme mesure et artisan de la réalité, mais appauvri dans son être de créature «à l’image et à la ressemblance de Dieu». Dans notre temps, un phénomène particulièrement dangereux pour la foi s’est vérifié : il y a en effet une forme d’athéisme que nous qualifions justement de «pratique», dans lequel on ne nie pas les vérités de la foi ou des rites religieux, mais on les considère simplement insignifiants pour l’existence quotidienne, éloignés de la vie, inutiles. Souvent, alors, on croit en Dieu de façon superficielle, et on vit «comme si Dieu n’existait pas» (etsi Deus non daretur). Finalement, cette façon de vivre se révèle encore plus destructrice, car elle porte à l’indifférence envers la foi et la question de Dieu.

 

En réalité, l’homme, séparé de Dieu, est réduit à une seule dimension, horizontale, et ce réductionnisme est justement une des causes fondamentales des totalitarismes qui ont eu des conséquences tragiques au siècle dernier, ainsi que de la crise des valeurs que nous voyons actuellement. En obscurcissant la référence à Dieu, on a obscurci aussi l’horizon éthique, pour laisser place au relativisme et à une conception ambigüe de la liberté, qui au lieu d’être libératrice finit par lier l’homme à des idoles. Les tentations que Jésus a affrontées au désert avant sa mission publique, représentent bien ces «idoles» qui séduisent l’homme, quand il ne va pas au-delà de lui-même. Si Dieu perd la centralité, l’homme perd sa juste place, il ne trouve plus sa place dans le créé, dans les relations avec les autres. Ce que la sagesse antique évoque avec le mythe de Prométhée est toujours d’actualité: l’homme pense pouvoir devenir lui-même «dieu», patron de la vie et de la mort.

 

Face à ce tableau, l’Eglise, fidèle au mandat du Christ, ne cesse jamais d’affirmer la vérité sur l’homme et sur son destin. Le Concile Vatican II affirme comme synthèse: «L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car, si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur.» (Cost. Gaudium et spes, 19). 

 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

 

Voir les commentaires

Soyez toujours dans la joie du Seigneur

16 Décembre 2012, 04:30am

Publié par Fr Greg.

      «  En ce jour-là, tu n'auras plus à rougir de toutes tes mauvaises actions, de ta révolte contre moi ; car à ce moment, j'aurai enlevé du milieu de toi tes vantards orgueilleux, et tu cesseras de faire l'arrogante sur ma montagne sainte. Je maintiendrai au milieu de toi un reste de gens humbles et pauvres ; ils chercheront refuge dans le Nom du SEIGNEUR…   Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !  Le SEIGNEUR ton Dieu est en toi, c'est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse,  il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. » Sophonie 3, 11-18.

 

 

      473251734.jpg

 

Extraordinaire : « Dieu dansera pour toi avec des cris de joie » Il faut ne plus compter que sur celui qui vient pour vraiment entendre et crier cette audace de Dieu pour nous !  Nous sommes tellement habitués à chantonner ces mots qu’on ne les reçoit plus vraiment… Or, c'est Dieu qui parle ! Voilà notre joie: c’est celle de Dieu qui se rend présent à nous d’une manière inconditionnelle, définitive, absolue : Il danse pour nous avec des cris de joie !!  

 

Le salut que Jésus nous apporte, c’est Lui. Le salut c’est quelqu’un qui vient nous épouser, et qui, en se donnant à nous, nous recrée : comme St Augustin dit, cette recréation est sans proportition avec notre création! Parce que c'est une divinisation! Jésus en s'incarnant s'unit à nous dans la plus grande des proximités et nous fait être totalement autre: l'incarnation, c'est Dieu qui nous divinise, et cela va infiniment plus loin que le simple fait d’exister ! L’avent c’est la promesse de Dieu qui s’effectue et qui se trouve déjà réalisé. Et cette certitude est source de notre joie !

 

C’est ce que reprend Jean-Baptiste, qui, dans son parler rude, réclame ce dépouillement pour être libéré de toutes fausses réponses et être entièrement renouvelé, renaitre à cet amour inconditionnel qui ne peut être repris !

 

Mais qu’est-ce que la joie ?

La joie est un fruit ; c’est en nous l’effet de l’amour qui surabonde, parce que celui que nous aimons est effectivement présent. Parce que sa présence et sa personne est un don qui est ‘de trop’, excessif, l’amour produit en nous un épanouissement intérieure et extérieure ; parce qu’il est un don ‘anormal’, au-delà de notre mesure, de notre taille, parce qu’il est nouveau, surprenant, au-delà de ce qu’on peut attendre, l’amour nous épanouit jusqu’à être source d’une fécondité gratuite: la joie.


St Thomas dit aussi que « La joie est au désir ce que le repos est au mouvement. Or le repos est plénier quand plus rien ne reste du mouvement; de même, la joie est plénière quand il ne reste plus rien à désirer. Tant que nous sommes en ce monde, le mouvement intérieur du désir ne reste pas en repos, car il nous est toujours possible de nous rapprocher davantage de Dieu par la grâce.


Mais quand nous serons dans la béatitude, il ne restera plus rien à désirer, parce qu'on aura la pleine jouissance de Dieu, en laquelle nous obtiendrons aussi tout ce qui aura pu être l'objet de nos désirs pour les autres biens, suivant la parole du Psaume (103, 5) " Il comble de biens tous nos désirs. " Ainsi, ce ne sera pas seulement le désir que nous avons de Dieu qui trouvera son repos, mais également tous nos autres désirs. La joie des bienheureux est donc absolument plénière, et même plus que plénière, puisqu'ils obtiendront plus qu'ils n'auront pu désirer, car dit l'Apôtre (1 Co 2, 9): " Le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qu'il aime. " Et c'est ce qu'on lit en S. Luc (6 , 38): " C'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu'on versera dans le pli de votre vêtement. "

Toutefois, puisque nulle créature n'est capable d'une joie de Dieu qui soit digne de lui, il faut dire que cette joie absolument parfaite n'est pas contenue dans l'homme, mais que c'est plutôt lui qui y pénètre. »

L’avent nous y fait pénétrer car il nous fait déjà anticiper le terme, vivre déjà par la foi de Celui qui nous attend.

« Dieu en différant de se donner à toi, dilate tes désirs, en les dilatant il élargit ton esprit, en l'élargissant il te rend plus capable de le posséder. » St Augustin.

           Fr Grégoire.

 

Voir les commentaires

De l'aveuglement de la volonté à sa perversité!

15 Décembre 2012, 02:58am

Publié par Fr Greg.

manifestation-contre-le-mariage-homosexuel-le-17-novembre-.jpeg

 

"Madame Christiane Taubira a elle-même utilisé l’expression de « réforme de civilisation » pour désigner le projet de loi ouvrant le mariage et la filiation aux couples de personnes de même sexe. Sans vouloir trop solliciter cette expression, elle permet de mesurer la gravité du sujet qui nous réunit cet après-midi. En effet, la civilisation concerne notamment les liens que les humains tissent entre eux et la manière dont ils les pensent et les organisent. La responsabilité du législateur est de veiller à ce que ces liens soient justes. 

Dans les quelques minutes qui me sont imparties, je voudrais exposer les raisons pour lesquelles je pense que ce projet de loi est incohérent et injuste.

1. Ce projet de loi est incohérent

Notons qu’aujourd’hui, le mariage est l’objet d’un droit pour tous les individus majeurs (et non pour les couples), y compris pour les personnes ayant une orientation homosexuelle (Oscar Wilde ou André Gide ont été mariés) puisque l’orientation sexuelle ne fait pas partie des règles constitutives du mariage. Celles-ci, outre l’âge et le consentement, sont la différence des sexes des partenaires, la monogamie et l’absence de certains liens de parenté.

Le présupposé commun à ces trois clauses est que l’articulation entre conjugalité et filiation est pensée en référence à la procréation naturelle. Des exigences propres à la transmission de la vie humaine sont déduites les conditions nécessaires au mariage.

Le projet de loi consiste à supprimer une de ces conditions, au titre que le mariage serait devenu pour notre société la reconnaissance sociale et juridique d’un lien amoureux. La neutralisation de la différence des sexes dans le mariage entraine ipso facto sa neutralisation dans la filiation. Jusqu’à aujourd’hui, la représentation de la filiation avait pour ancrage l’union féconde de l’homme et de la femme dont est issu l’enfant. Soulignons que cette référence demeure opératoire pour organiser l’adoption et la procréation médicalement assistée.

L’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe ne permet plus de penser la filiation selon un tel ancrage. Que va-t-on dès lors lui substituer ?

La volonté humaine. En effet, la volonté explicitement déclarée d’établir un lien de filiation avec un enfant suffira et ce même en l’absence de toute analogie avec la procréation naturelle.

Mais alors pourquoi maintenir les autres clauses qui manifestent que le projet de loi reste enfermé dans un mimétisme avec le système antérieur, celui du couple homme/femme qui procrée par l’union sexuelle ? Comme le dit Sylviane Agacinski « si l’on rompt avec le modèle naturel de la procréation, c’est-à-dire celui qui engage deux personnes sexuellement différentes, il n’y a en effet aucune raison de s’arrêter à deux parents. Si, par hypothèse, les parents peuvent avoir le même sexe, la structure du couple n’a plus de nécessité. Si ces hypothèses défient le bon sens, c’est qu’il est difficile de ne pas supposer un étayage de l’institution sur la nature. La famille a toujours privilégié le couple parental mixte, parce qu’elle s’est inspirée du couple parental naturel. » (La politique des sexes, Seuil, 1998 p. 152) Dès lors que la volonté humaine devient la référence ultime d’une décision, on se situe dans un système autoréférentiel : le critère d’évaluation de la volonté est la volonté elle-même !

Au regard de la logique du seul consentement, au nom de quoi l’Etat peut-il interdire que trois ou quatre adultes s’unissent pour la vie s’ils le veulent et élaborent ensemble un projet parental ?

Au nom même du principe qu’il valide, on peut donc affirmer que ce projet de loi est « polyphobe » ; embarqué dans une logique, il pose une limite qui ne peut apparaître qu’arbitraire. Marcela Iacub et Jacques Derrida ne sont-ils pas plus conséquents en réclamant l’abolition du mariage civil et son remplacement par un contrat de vie commune à n partenaires ?

3683979294.gif

 

2. Ce projet de loi est injuste

A moins qu’une telle résistance au déploiement logique des conséquences d’un tel principe ne manifeste une sourde inquiétude, malgré tout. Celle que le droit de la famille sous l’empire de la volonté déstabilise les liens humains et ne suscite toujours plus de souffrance et d’injustice.

En effet, plus on fonde les liens sur la seule volonté, plus on crée des occasions de conflits irréductibles car manquant de critère autre que la volonté.

Pourquoi refuser ce que l’on peut nommer une dérégulation du mariage si ce n’est au nom du droit des enfants susceptibles de naître dans un tel cadre juridique?

Faisons mémoire de l’intention du législateur, les révolutionnaires de 1792, illuminés par la déclaration des droits de l’homme reconnaissant des droits inhérents à la nature même de l’homme (d’où le fameux « tous les hommes naissent libres et égaux en droits… ») : œuvre de la raison qui cherche à discerner le juste et non simplement d’une  volonté qui s’impose.

Or quel est le bien fondamental dû à l’enfant que notre société se doit de respecter ?  Vivre dans la continuité de la double origine dont il est issu. La sexuation concerne toute la personne, masculine ou féminine, père ou mère ; elle n’est pas une propriété du seul corps réduit à un simple substrat biologique, comme certaines formules condescendantes veulent le faire croire (Irène Théry parlant  de « conception bouchère de la filiation »).

Au nom de quoi peut-on justifier que certains enfants soient a priori privés soit de leur père soit de leur mère ? Tout cela n’a rien à voir avec les situations de fait actuelles, résultats d’itinéraires de vie parfois douloureux ou de détournements des procédures existantes (adoption d’un célibataire ou PMA).

Le rôle du législateur est d’être le garant des droits des plus vulnérables, de ceux auxquels on ne demande pas leur consentement. Veillons que par hantise d’un paternalisme d’Etat, sa soi-disant neutralité éthique ne débouche sur un mensonge d’Etat et une dérégulation engendrant toujours plus de précarité sociale.

L’Etat a-t-il à se mettre au service de ce que Marcel Gauchet nomme « l’individu total » (La condition historique, Stock, 2003, p.314) ? Ou bien a-t-il à assumer son rôle de Tiers ? Pour ce faire, il est illusoire de penser que l’Etat peut être par la seule efficience de sa volonté la source des institutions réglant les liens humains. La grandeur d’un Etat de droit digne de ce nom est de s’adosser aux droits naturels de la personne.


Nous venons de voir que ce texte incohérent est animé par une logique de contractualisation et de dérégulation de la vie familiale. Ainsi une telle loi va accentuer « la société liquide », expression créée par le sociologue britannique Zygmunt Bauman pour désigner une société dans laquelle les liens humains étant de plus en plus soumis à la seule volonté velléitaire, les personnes éprouvent toujours plus leur fragilité et leur précarité."

 

Thibaud Collin, philosophe.

Audition à la Commission des Lois de l'Assemblée Nationale 13.12.2012.

 

3048126602.2

Voir les commentaires

Au diable la tiédeur !

14 Décembre 2012, 03:25am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

Voir les commentaires

Le mythe de Prométhée

13 Décembre 2012, 02:31am

Publié par Fr Greg.

 

Torche-Promethee-peinture.jpg

     

 «   Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d’un mélange de terre et de feu et des éléments qui s’allient au feu et à la terre.

 

 

  Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Epiméthée de les pourvoir et d’attribuer à chacun des qualités appropriées. Mais Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. « Quand je l’aurai fini, dit-il, tu viendras l’examiner ». Sa demande accordée il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d’autres moyens de conservation ; car à ceux d’entre eux qu’il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l’avantage d’une grande taille, leur grandeur suffit à les conserver, et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eut fourni les moyens d’échapper à une destruction mutuelle, il voulu les aider à supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peaux serrées, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres à chacun d’eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de cornes, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang, ensuite il leur fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l’herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; à quelques-uns mêmes il donna d’autres animaux à manger ; mais il limita leur fécondité et multiplia celle de leur victime pour assurer le salut de la race.


     Cependant Epiméthée, qui n’était pas très réfléchi avait sans y prendre garde dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l’homme nu, sans chaussures, ni couvertures ni armes, et le jour fixé approchait où il fallait l’amener du sein de la terre à la lumière. Alors Prométhée, ne sachant qu’imaginer pour donner à l’homme le moyen de se conserver, vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu ; car, sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile ; et il en fait présent à l’homme. L’homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie ; mais il n’avait pas la science politique ; celle-ci se trouvait chez Zeus et Prométhée n’avait plus le temps de pénétrer dans l’acropole que Zeus habite et où veillent d’ailleurs des gardes redoutables. Il se glisse donc furtivement dans l’atelier commun où Athéna et Héphaïstos cultivaient leur amour des arts, il y dérobe au dieu son art de manier le feu et à la déesse l’art qui lui est propre, et il en fait présent à l’homme, et c’est ainsi que l’homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu’il avait commis par la faute d’Epiméthée.

 

  Quand l’homme fut en possession de son lot divin, d’abord à cause de son affinité avec les dieux, il crut à leur existence, privilège qu’il a seul de tous les animaux, et il se mit à leur dresser des autels et des statues ; ensuite il eut bientôt fait, grâce à la science qu’il avait d’articuler sa voix et de former les noms des choses, d’inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de tirer les aliments du sol. Avec ces ressources, les hommes, à l’origine, vivaient isolés, et les villes n’existaient pas ; aussi périssaient-ils sous les coups des bêtes fauves toujours plus fortes qu’eux ; les arts mécaniques suffisaient à les faire vivre ; mais ils étaient d’un secours insuffisant dans la guerre contre les bêtes ; car ils ne possédaient pas encore la science politique dont l’art militaire fait partie. En conséquence ils cherchaient à se rassembler et à se mettre en sûreté en fondant des villes ; mais quand ils s’étaient rassemblés, ils se faisaient du mal les uns aux autres, parce que la science politique leur manquait, en sorte qu’ils se séparaient de nouveau et périssaient.

  Alors Zeus, craignant que notre race ne fut anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l’amitié. Hermès alors demanda à Zeus de quelle manière il devait donner aux hommes la justice et la pudeur. « Dois-je les partager comme on a partagé les arts ? Or les arts ont été partagés de manière qu’un seul homme, expert en l’art médical, suffît pour un grand nombre de profanes, et les autres artisans de même. Dois-je répartir ainsi la justice et la pudeur parmi les hommes ou les partager entre tous » – «Entre tous répondit Zeus ; que tous y aient part, car les villes ne sauraient exister, si ces vertus étaient comme les  arts, le partage exclusif de quelques-uns ; établis en outre en mon nom cette loi que tout homme incapable de pudeur et de justice sera exterminé comme un fléau de la société ».


  Voilà comment, Socrate, et voilà pourquoi et les Athéniens et les autres, quand il s’agit d’architecture ou de tout autre art professionnel, pensent qu’il n’appartient qu’à un petit nombre de donner des conseils, et si quelque autre, en dehors de ce petit nombre se mêle de donner un avis, ils ne le tolèrent pas, comme tu dis, et ils ont raison selon moi. Mais quand on délibère sur la politique où tout repose sur la justice et la tempérance, ils ont raison d’admettre tout le monde, parce qu’il faut que tout le monde ait part à la vertu civile ; autrement il n’y a pas de cité ».

                               

PLATON. Protagoras.320.321c.

 

Voir les commentaires

Les paysans survivrons ! (II)

12 Décembre 2012, 02:35am

Publié par Fr Greg.

vincent-van-gogh-vignes-rouges-de-arles.jpg

 

 

Notre agriculture française survivra elle aussi, semble-t-il. Elle se maintiendra, autitre de chaque exploitation survivante, sur une superficie mise en valeur de plus en plus vaste par regroupements terriens. Les vignerons feront exception. Mais les grands fermiers "macro-entrepreneurs rustiques" rassemblent d'un seul tenant et rassembleront plus encore les domaines, certes contigus, qui continueront, eux, à dépendre de propriétaires différents. Ce devenir affectera surtout les terroirs de plaines ou de contrées relativement planes et recouvertes, si possible, de limons fertiles. Il est vrai que l'usage souvent massif des engrais et des pesticides permet déjà d'augmenter les rendements de façon considérable au détriment de l'environnement. Ce faisant, les agriculteurs, et ils le savent fort bien, prennent des risques génétiques peut-être considérables pour leur descendance.

L'agriculture bio est-elle une solution ? En principe, oui, mais le producteur travaille toujours ou presque toujours à la marge de la profitabilité : il n'envisage pas volontiers, on le comprend, pour mieux préserver l'environnement, d'éroder les maigres profits qu'il attend de son activité.

J'ai parlé de l'installation préférentielle des exploitations agricoles dans les plaines, où le sol est éventuellement plus fertile et où l'utilisation des machines, volontiers gigantesques, permet de réduire les coûts... à coups d'emprunts préalables. Mais dans cette hypothèse également, l'agriculture de plaine entre en compétition avec d'autres investissements, porteurs de profits plus considérables.

La construction de maisonnettes dans la plaine de Caen, sur un rayon de plusieurs kilomètres ou davantage aux alentours de la ville, dévore préférablement des sols limoneux et fertiles ; ils sont dorénavant perdus pour la production agricole, celle-ci indispensable néanmoins pour l'export et pour l'alimentation des milliards d'individus supplémentaires ; ceux-ci viendront s'ajouter aux chiffres de population mondiale déjà existants. Les mêmes réflexions s'imposent à propos de l'établissement de larges autoroutes et d'aéroports immenses, eux-mêmes grands amateurs de terrains plats.

L'agriculture de montagne est abandonnée, et pour cause, dans les vallées alpines et ailleurs. Les vignerons, oléiculteurs, jardiniers et même céréaliculteurs du Languedoc avaient imaginé, à flanc de coteaux des Cévennes ou des pré-Cévennes, une production agricole installée sur des terrasses artificiellement étagées sur des pentes de collines, voire de montagnes.

Ces terrasses avaient coïncidé avec la mise en valeur agricole croissante des terroirs méridionaux lors des XVIIIe, voire XIXe siècles. Il n'est évidemment pas question de recultiver ces prodigieux escaliers d'agriculture ou de viticulture, tant le travail fait uniquement à la main ou à la rigueur avec des mules y était pénible et, c'est le cas de le dire, assez peu rentable.

 

La formidable augmentation des rendements du blé, froment et autres céréales d'une quinzaine de quintaux à l'hectare (ou moins encore au XVIIe siècle) jusqu'à 100 quintaux à l'hectare, plafond presque indépassable de nos jours, est un bienfait pour nos exportations frumentaires vers les pays déficitaires en production des grains au sud de la Méditerranée et ailleurs. Mais il y a un prix à payer : dans les campagnes de l'ouest de la France, les terres schisteuses à très faible épaisseur de sol arable sont devenues porteuses de moissons assez considérables... et les coccinelles ont disparu, victimes des insecticides. Les bleuets et les coquelicots qui cernaient autrefois les vastes parcelles labourées, puis emblavées, se sont évanouis, si l'on peut dire, dans la nature.

Il ne sert évidemment à rien de gémir, puisque, à cette liste quelque peu impressionniste des divers méfaits subis par l'environnement rural, on pourraitajouter bien d'autres phénomènes du même genre. Ne parlons pas des flatulences des vaches et autres bovidés : elles contribuent, à force de méthane, au réchauffement du climat, en compétition avec le CO2. L'évocation du réchauffement mondial n'est pas inutile.

La situation, quant à ce problème, n'est pas très différente de celle que nous venons d'évoquer pour l'agriculture de plus en plus industrialisée. D'une part, le plus grand nombre des Européens, sinon des Américains, fait preuve d'une prise de conscience désormais perspicace quant aux périls "calorifiques" issus de l'accroissement d'injections atmosphériques des gaz à effet de serre. Mais d'autre part, très peu parmi les citoyens du Vieux Continent, notamment paysans, acceptent d'envisager, de façon concrète, une réduction de l'usage de l'automobileet de la motorisation en général.

Le problème est presque insoluble : les désirs de confort de nos populations, en soi légitimes, sont en contradiction flagrante avec les exigences, elles aussi fondées, du respect de l'environnement sous ses diverses formes. La pensée hégélienne elle-même, amoureuse des propositions contradictoires et de leurs solutions dialectiques, s'y casserait les dents, qu'elle avait pourtant fort longues.

Emmanuel Le Roy Ladurie, de l'Académie des sciences morales et politiques. Professeur honoraire au Collège de France, ex-administrateur général de la Bibliothèque nationale. Né en 1929, il a été un des pionniers de la micro-histoire avec "Montaillou, village occitan" (Gallimard, 1975). Il est l'auteur d'une "Histoire humaine et comparée du climat" en trois volumes (Fayard, 2004-2009) et de "La Civilisation rurale" (Allia, 62 pages, 6,20 €)

Les 15es Rendez-vous de l'histoire à Blois, consacrés aux paysans, se sont tenus du 18 au 21 octobre

Emmanuel Le Roy Ladurie

www.lemonde.fr

Voir les commentaires

Les paysans survivront !

11 Décembre 2012, 02:28am

Publié par Fr Greg.

 

vincent-van-gogh-semeur-au-coucher-du-soleil.jpg

 

Un millénaire chasse l'autre. Dans un livre récent, Le Temps des laboureurs (Albin Michel, 374 p., 24 euros), consacré au second espace de mille ans, celui qui commence au XIe siècle, Mathieu Arnoux, grand ruraliste devant l'Eternel, dresse la figure pacifique et durable du laboureur, héros éponyme du beau Moyen Age et d'une croissance économique jusqu'alors sans exemple : elle ne se termine que dans la première moitié du XIVe siècle.

Le laboureur et le vilain, le gros fermier et le manouvrier (saisonnier), forment ainsi le couple auguste qui, tant bien que mal, survivra dans nos campagnes pendant plus de neuf siècles. Néanmoins, la peste noire et les guerres de Cent Ans de 1348 à 1450 détruisent à plus de 50 % ce peuplement rural de la France d'autrefois avec sa double nature, exploitante et prolétarienne.

La renaissance démographique de 1450 à 1560 rétablit l'agreste duo dans son intégrité de l'avant-peste : 20 millions d'Hexagonaux (l'Hexagone virtuel est une figure géographique commode), dont 18 millions de paysans socialement structurés comme précédemment. Cette masse humaine est stable, malgré les blessures anti-populationnistes, vite réparées, que lui infligent de temps à autre les guerres bourbonniques et louis-quatorziennes.

Le XVIIIe siècle est témoin d'un essor des peuplements agraires, équilibré, sans plus, par le développement économique du temps des Lumières. La Révolution française libère la paysannerie du "joug" seigneurial, un joug qui n'était pas toujours aussi pesant qu'on le dit puisque la seigneurie fonctionnait, comme le soulignera Fernand Braudel, en tant qu'agent éventuel du développement de l'économie sur son territoire.

La paysannerie survit comme telle, malgré les souffrances des guerres de la Révolution et de l'Empire, par rapport aux pertes d'un à deux millions de personnes que lui ont infligées ces conflits. Le XIXe siècle, jusque vers 1860, voire 1870, marque l'apogée, en volume, du bloc agraire de la nation : plus de 30 millions de ruraux. L'Hexagone, en dépit des faibles rendements agricoles, est cultivé comme un jardin. Plus spectaculaire sera la chute. Dès la fin du Second Empire et sous la IIIe République, le reflux campagnard est amorcé.

Bientôt, dès 1913, la population active non agricole est en voie de rattrapage vis-à-vis de sa consoeur paysanne. Le massacre de 1914-1918 éprouve davantage la jeunesse villageoise que ce n'est le cas pour les ouvriers : ils sont souvent affectés spéciaux dans les usines d'armement.

La dépopulation rustique continue dans l'entre-deux-guerres ; elle est ensuite freinée à l'époque de l'occupation allemande, tant le secteur agricole, donc alimentaire et vital, s'avère indispensable dans un pays privé d'importations de nourriture : pour un certain nombre d'agriculteurs, les années 1940-1944, si déplorables qu'elles fussent à leur égard, ne furent pas les pires qu'ils aient jamais connues, compte tenu des très rudes épreuves que leur avait infligées la crise mondiale lors de la quatrième décennie du XXe siècle.

M. et Mme Grenadou, cultivateurs beaucerons, avaient même prospéré sous Vichy tant leurs produits se vendaient bien. Mais bien sûr, il y eut les déportations, les bombardements, les exécutions sommaires, etc. Inutile d'insister à ce propos. L'après-guerre, les "trente glorieuses" et le tournant des XXe-XXIe siècles ont affecté les zones rurales. Nous sommes, en fait de démographie agricole, plus rabaissés qu'en 1450, la situation est pire, si l'on peut dire, puisque même en cette époque maudite, il y avait davantage de personnes employées à la terre, à l'herbage et à la forêt que ce n'est le cas de nos jours.

Sous Charles VII, il y avait, dans l'Hexagone virtuel, plus étendu que ne l'était le royaume proprement dit, plus de 9 millions de ruraux parmi lesquels 95 % de cultivateurs et cultivatrices. En 2012, on est loin du compte, les terroirs agricoles sont dépeuplés, et l'on n'imagine pas une démographie rurale équivalente à celle, si maigrichonne soit-elle, dont bénéficiait la France vingt ans après le bûcher deJeanne d'Arc (1431).

Qu'adviendra-t-il de l'agriculture française dans ces conditions ? A titre comparatif, aux Etats-Unis, lors de la Grande Dépression des années 1930, certains théoriciens, très théoriques en effet, imaginaient volontiers une économie "étasunienne" sans secteur agricole, celui-ci étant considéré comme trop peu rentable et devant disparaître en conséquence au profit de branches productives plus avantageuses, situées hors des professions traditionnelles des Farmers. Les visions futurologiques de ce genre étaient utopiques.

Ce qui s'est vraiment produit aux Etats-Unis, c'est l'abandon éventuel des terres les moins rentables, ainsi que le gigantisme accru des exploitations terriennes d'outre-Atlantique. Pour celles-ci, l'unité de base est dorénavant, dans bien des cas, le millier d'hectares, et non pas la dizaine ou la centaine d'hectares, comme c'est le cas, en revanche, en France, voire dans d'autres pays d'Europe.

 

 

Emmanuel Le Roy Ladurie

www.lemonde.fr

 

Voir les commentaires

On peut toujours se relever...

10 Décembre 2012, 01:25am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

La gratuité excessive de Dieu...

9 Décembre 2012, 03:46am

Publié par Fr Greg.

 

image-de-noel-vierge-marie.jpg

 

 

+St Maximilien Kolbe disait qu’il fallait reprendre l'intelligence de notre vie chrétienne dans la lumière de L’Immaculée conception ! Pourquoi ? Parce que l’immaculée, c'est le mystère de la gratuité de Dieu qui s'empare de Marie, c'est le Père qui nous révèle sa miséricorde prévenante, son don excessif et gratuit, et que cela c'est vrai et actuel pour chacun d'entre nous

 

A l'Annonciation « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » - l'ange Gabriel révèle l'identité la plus profonde de Marie, son « nom », pour ainsi dire, par lequel Dieu la connaît : « pleine de grâce ». 


St Thomas d'Aquin dit ceci dans son ctaire de la salutation angélique: "La Vierge, pleine de grâce, surpasse les Anges, par sa plénitude de grâce. C’est pourquoi elle est appelée Marie à juste titre. Ce nom signifie en effet « illuminée intérieurement ». Aussi à Marie s’appliquent parfaitement les paroles d’Isaïe (58, 11) : Dieu remplira votre âme de ses splendeurs. Le nom de Marie veut dire également « illuminatrice des autres » dans tout l’univers. C’est pourquoi Marie est à bon droit comparée au soleil et à la lune (cf. Cant 6, 9).

 

 

 

 

Marie, a été l'objet d'une prédilection singulière de la part de Dieu qui, dans son dessein éternel, l'a « pré choisie » pour être la mère de son Fils fait homme et, par conséquent, l'a préservée du péché originel. C'est pourquoi l'ange s'adresse à elle par ce nom qui signifie littéralement « comblée de l'amour de Dieu depuis toujours », de sa grâce.

 

Le mystère de l'Immaculée Conception est source d'espérance et de réconfort. Au milieu des épreuves de la vie et particulièrement des contradictions que nous expérimentons, Marie, nous dit que la Grâce est plus grande que le péché, que la miséricorde de Dieu est plus forte que le mal et sait le transformer en bien.

 

 Et cela, c’est pour nous dès maintenant ! Qu'est-ce à dire? On regarde souvent l'Immaculée conception comme un mystère de 'pureté' qu'il faudrait imiter ou que l'on admire un peu de l'extérieur... or, cette fête nous manifeste -en premier- que la Vierge Marie a reçu toute sa sainteté "d'en haut"; elle ne s'est pas faite sainte par elle-même, mais elle a tout reçu gratuitement et elle est resté rivé sur ce don purement gratuit de Dieu pour elle. Et pour chacun d'entre nous c'est analogue: notre Père veut nous voir fixé sur ce qu'Il nous donne actuellement -qui est caché et qui donc nous laisse complètement pauvre car on n'a aucune conscience de ce don. Mais, regarder Marie, c’est voir, toucher que c'est son don qui nous rend comme Lui.

 

C'est cela notre vie chrétienne: Dieu reprend tout de l'intérieur et nous donne tout, mais c’est cachée.  C'est pour cela que cette fête c'est donc célébrer la pauvreté de Marie qui reçoit tout d'en haut, rien de sa sainteté ne vient d'elle sinon d'avoir accepté d'être complètement relative et de vivre d'un don qui la dépasse, et donc d'accepter d'être conduit sans pouvoir 'gérer' sa vie divine: "quitte ton pays, ta parenté, tout ce qui t'es connaturel...".

 

Elle doit donc nous faire comprendre qu'aux yeux de Dieu nous n'avons pas moins de 'valeur' qu'elle;   Dieu veut nous donner de vivre et de continuer ce qu'il lui a donné de vivre, pas moins… !!! Mais il faut accepter de ne rien en voir, que la manière dont Dieu se donne à nous est caché et donc que le quotidien apparemment reste banal et même souvent médiocre, marqué par notre petitesse; et cela le Père le sait et Il s'en sert si on accepte qu'Il passe par là pour se donner à nous: Dieu ne mesure pas son don à notre réponse; La mesure de l'Amour de Dieu pour nous c'est Lui-même, pas moins.

 

  Marie doit nous donner d'aimer cet amour de Jésus, du Père pour nous. Il faut que l'amour de Dieu pour nous, qui seul est capable de tout transformer, soit notre repos, notre joie. Nous sommes aimés comme Marie est aimée actuellement. Et c'est aussi Marie qui d'abord répond pour nous. 

 

  On pourrait dire que c'est un peu facile... mais c'est cela l'espérance: s'appuyer sur un autre qui nous dépasse et non sur ce que l'on peut faire soi-même; et cela c'est très rude: car alors on n'a aucun résultat tangible qui puisse nous montrer notre 'sainteté', là où on en est... Le Père attend de nous toute notre coopération, tous nos efforts, tous nos dépassements, mais ce qui est divin en nous, notre sainteté, ce qui est éternel: cela nous est donné, c'est un don actuel et caché qui reprend tout de l'intérieur.

 fr Grégoire

Voir les commentaires

Confiance totale...

8 Décembre 2012, 01:37am

Publié par Fr Greg.

 

20047-594.1290703334.thumbnail

 

« Mon Dieu, je suis si persuadé que Vous veillez sur ceux qui espèrent en Vous, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de Vous toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur Vous de toutes mes inquiétudes : in pace in idipsum dormiam et requiescam, quoniam Tu, Domine, singulariter in spe constituisti me (Ps. IV, 9). Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de Vous servir, je puis même perdre Votre grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : in pace in idipsum dormiam et requiescam. D’aucuns peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leur pénitence, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières ; Tu, Domine, singulariter in spe constituisti me : pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne : nullus, nullus speravit ira Domino et confusus est (Eccl. II, 11).

 

Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de Vous, ô mon Dieu que je l’espère : in Te, Domine, speravi, non confùndar in aeternum (Ps. XXX, 2). Je connais, hélas ! je ne connais que trop que je suis fragile et changeant, je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les mieux affermies, j’ai vu tomber les astres du ciel et les colonnes du firmament, mais tout cela ne peut m’effrayer : tant que j’espérerai je me tiens à couvert de tous les malheurs, et je suis assuré d’espérer toujours parce que j’espère encore cette invariable espérance.

 

Enfin, je suis sûr que je ne puis trop espérer en Vous, et que je ne puis avoir moins que ce que j’aurai espéré de Vous. Ainsi, j’espère que Vous me tiendrez dans les penchants les plus rapides, que Vous me soutiendrez contre les plus furieux assauts, et que Vous ferez triompher ma faiblesse de mes plus redoutables ennemis ; j’espère que Vous m’aimerez toujours, et que je Vous aimerai aussi sans relâche ; et, pour porter tout d’un coup mon espérance aussi loin qu’elle peut aller, je Vous espère Vous-même de Vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps et pour l’éternité. »

Ainsi soit-il !

St Claude de la Colombière.

 

Voir les commentaires

L'art dit 'contemporain': du grand n'importe quoi!

6 Décembre 2012, 03:33am

Publié par Fr Greg.


La Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain), sauf exceptions illusoires, montre une peinture contemporaine anémiée par des affairistes pressés qui collectionnent des signes de reconnaissance plutôt que de l'art.

 

photo file 29024

 

Description : Description : http://www.lefigaro.fr/icones/coeur-.gif L'art contemporain montré à la Fiac est l'art d'une toute petite partie de nos contemporains. Ce terme, faussement temporel, désigne ici un genre artistique qui trouve son origine dans l'urinoir de Marcel Duchamp de 1917. La pratique du ready-made, en détournant des objets utilitaires pour en faire des œuvres d'art, explique que n'importe quoi (comportements, excréments ou pièce vide) puisse devenir œuvre d'art si et seulement si un réseau officiel, marchand ou médiatique, le valide. Duchamp a troqué le savoir-faire contre le faire-savoir, au lieu d'incarner du sens dans une forme, il privilégie le «concept », les spéculations intellectuelles qui, vidant l'œuvre d'art des critères esthétiques, feront le lit de la spéculation financière: il ne reste pas beaucoup d'art dans l'art financier.

 

En témoigne l'état de la peinture: Hopper, ne créant que deux tableaux par an, pourrait-il encore émerger dans un art financiarisé, où l'adage «ce qui est rare est cher » a vécu ? La bonne peinture, œuvre unique non reproductible à satiété, n'est pas toujours instinctuelle et demande temps et métier. Or, pour être rentable, l'art devrait obéir à des opérations marketing, être coté dans le réseau des grandes foires, galeries, ventes aux enchères. L'art conceptuel, et ses «installations » reposant sur des procédures démontables et sérielles, se prête mieux à cette mondialisation que la fragile peinture. Une «performance », une transgression par le geste ou le cri, est plus médiatique que les meilleures toiles. La peinture demande le temps d'une rencontre, une mémoire, une culture, mais les affairistes pressés collectionnent des signes de reconnaissance plutôt que de l'art.

 

photo file 27093

Conceptualisme mercantile

Il ne suffit pas d'utiliser toile, châssis et pinceaux pour faire œuvre picturale. Il existe un conceptualisme peint (souvent confondu avec l'abstraction de l'art moderne) repérable à sa répétitivité, sa standardisation. Les rayures, les carrés en quinconce ou les pots de fleurs, semblables à des logos, ne tolèrent pour voisinage que certaines expressions picturales, telle la peinture «de standards et de clichés » où «il n'y a pas d'essentialité » d'une lauréate du prix Marcel-Duchamp. Cette peinture sous contrainte conceptuelle ne produit plus d'images mais une imagerie décorative, digne du catalogue des fleurs Vilmorin.

 photo file 27078

Autorisée aussi, la peinture fantomatique, spectrale, qui valorise sa propre exténuation et permet des commentaires sur la «peinture de la fin de la peinture ». Le plus souvent, un peintre figuratif restera «compétitif » en se cantonnant dans le kitsch, le parodique érotisé ou une défiguration montrant l'humanité affreuse, sale et méchante… La Fiac, sauf exceptions illusoires, montre une peinture contemporaine anémiée. La vitalité de l'art pictural s'est réfugiée dans les ateliers ou des galeries exclues : la forte présence d'une grande peinture vivante serait préjudiciable aux formes dégradées du conceptualisme mercantile.

www.lefigaro.fr

Historienne de l'art, Christine Sourgins est l'auteur des «Mirages de l'art contemporain». http://sourgins.over-blog.com

 

Voir les commentaires

La foi s'enracine dans le désir naturel de Dieu (II)

5 Décembre 2012, 03:46am

Publié par Fr Greg.

 

 

angelico_descente_croix2.jpg

 

Indubitablement, à partir de ce désir profond, qui cache même quelque chose d'énigmatique, on ne peut pas accéder directement à la foi. 

En fin de compte, l'homme connaît bien ce qui ne le rassasie pas, mais il ne peut imaginer ou définir ce qui lui ferait expérimenter cette félicité dont il porte la nostalgie au coeur. On ne peut pas connaître Dieu uniquement à partir du désir de l'homme. De ce point de vue reste le mystère: l'homme reste chercheur d'absolu, un chercheur à pas petits et incertains. Et pourtant, déjà l'expérience du désir, du «cœur inquiet», comme l'appelle saint Augustin, est très significative. Elle nous dit que l'homme est, au fond, un être religieux (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, 28), un «mendiant devant Dieu». Nous pouvons dire avec les mots de Pascal : « L'homme dépasse infiniment l'homme ». Les yeux reconnaissent les objets lorsqu'ils sont éclairés par la lumière. D'où le désir de connaître la lumière elle-même, qui fait briller les choses de ce monde et avec elles allume le sens de la beauté. 


C'est pourquoi nous devons considérer qu'il est possible, même à notre époque, apparemment si réfractaire à la dimension transcendante, d'ouvrir un chemin vers l'authentique sens religieux de la vie, qui montre comment le don de la foi n'est pas absurde, n'est pas irrationnel. Il serait très utile à cet effet, de promouvoir une sorte de pédagogie du désir, à la fois pour le chemin de ceux qui ne croient pas encore, et pour ceux qui ont déjà reçu le don de la foi. Une pédagogie qui comprenne au moins deux aspects. 


Tout d'abord, apprendre ou réapprendre le goût authentique des joies de la vie. 

Les satisfactions ne produisent pas toutes en nous le même effet: certaines laissent une trace positive, sont capables de pacifier l'âme, nous rendent plus actifs et généreux. D'autres en revanche, après la lumière initiale, semblent décevoir les attentes qu'elles avaient suscitées et laissent parfois derrière elles l'amertume, l'insatisfaction ou un sentiment de vide. Eduquer dès le plus jeune âge à savourer les joies vraies, dans tous les domaines de la vie - la famille, l'amitié, la solidarité avec ceux qui souffrent, le renoncement de soi au service des autres, l'amour pour la connaissance, pour l'art, pour la beauté de la nature -, tout cela signifie exercer le goût intérieur et produire des anticorps efficaces contre la banalisation et l'aplatissement aujourd'hui répandus. 


Les adultes aussi ont besoin de redécouvrir ces joies, de désirer les réalités vraies, se purifiant de la médiocrité dans laquelle ils se trouvent englués. Il deviendra alors plus facile de laisser tomber ou de rejeter tout ce qui, en apparence attractif, se révèle en fait insipide, source de dépendance et non de liberté. Et cela fera émerger ce désir de Dieu dont nous parlons.

 

Un deuxième aspect, qui va de pair avec le précédent, est de ne jamais se contenter de ce qui a été réalisé. Justement, les joies les plus vraies sont capables de libérer en nous cette saine inquiétude qui conduit à être plus exigeants - vouloir un bien plus grand, plus profond - et en même temps de percevoir avec de plus en plus de clarté que rien de fini ne peut combler nos cœurs. Ainsi, nous apprendrons à tendre, désarmés, vers le bien que nous ne pouvons pas construire ou acquérir par nos propres forces; à ne pas nous laisser décourager par les difficultés ou les obstacles qui proviennent de notre péché. 

 

À ce propos, nous ne devons pas oublier que le dynamisme du désir est toujours ouvert à la rédemption. Même quand il s'aventure sur des chemins égarés, quand il suit les paradis artificiels et semble perdre la capacité d'aspirer au vrai bien. Même dans l'abîme du péché, ne s'éteint pas dans le cœur de l'homme cette étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le savourer, et donc de commencer un chemin d'ascension, auquel Dieu, par le don de sa grâce ne fait jamais manquer son aide. Tous, du reste, nous avons besoin de parcourir un chemin de purification et de guérison du désir. Nous sommes pèlerins vers la patrie céleste, vers ce bien plein, éternel, que rien ne pourra plus nous arracher. 


Il ne s'agit donc pas d'étouffer le désir qui est dans le cœur de l'homme, mais de le libérer, de sorte qu'il puisse atteindre sa vraie grandeur. Quand, dans le désir, s'ouvre la fenêtre vers Dieu, c'est déjà un signe de la présence de la foi dans l'âme, la foi qui est une grâce de Dieu


Saint Augustin, encore lui, disait : «Avec l'attente, Dieu élargit notre désir, avec le désir, il élargit l'âme et en la dilatant, la rend encore plus capable» (Commentaire sur la première épître de Jean, 4,6). 

Dans ce pèlerinage, sentons-nous frères de tous les hommes, compagnons de voyage aussi de ceux qui ne croient pas, de ceux qui sont en recherche, de ceux qui se laissent interroger avec sincérité par le dynamisme de leur désir de vérité et de bien. 

 

Prions, en cette Année de la foi, pour que Dieu montre son visage à tous ceux qui le cherchent d'un cœur sincère.

Benoit XVI

© Liberia Editrice Vaticana

 

 

Voir les commentaires

La foi s'enracine dans le désir naturel de Dieu

4 Décembre 2012, 03:38am

Publié par Fr Greg.

 

Between_Lake_Geneva_and_the_Alps_1825.jpg

 

 

Chers frères et sœurs,


Le chemin de réflexion que nous faisons ensemble dans cette «Année de la foi» nous amène à réfléchir aujourd'hui sur un aspect fascinant de l'expérience humaine et chrétienne: l'homme porte en lui un désir mystérieux de Dieu. Très significativement, le Catéchisme de l’Église catholique s'ouvre avec la considération suivante: «Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu; et Dieu ne cesse d'attirer à lui l'homme, et seulement en Dieu l'homme trouvera la vérité et le bonheur qu'il ne cesse de chercher»(n. 27). 


Une telle affirmation, qui, même aujourd'hui, dans de nombreux contextes culturels, semble tout à fait acceptable, presque évidente, pourrait au contraire sembler un défi dans le milieu de la culture occidentale sécularisée. Beaucoup de nos contemporains pourraient en effet objecter qu'ils ne ressentent nullement ce désir de Dieu. Pour de larges pans de la société, il n'est plus l'attendu, le souhaité, mais plutôt une réalité qui passe inaperçue, face à laquelle on n'a même pas besoin de faire l'effort de se prononcer. 

En réalité, ce que nous avons défini comme «le désir de Dieu» n'a pas complètement disparu et apparaît encore aujourd'hui, à bien des égards, au cœur de l'homme. Le désir humain tend toujours à des bien concrets spécifiques, souvent bien loin d'être spirituels, et cependant se trouve face à la question de ce qu'est vraiment «le» bien, et donc à affronter quelque chose au-delà de soi, que l'homme ne peut pas construire, mais est appelé à reconnaître. Qu'est-ce qui peut vraiment satisfaire le désir humain? 


Dans ma première encyclique, Deus Caritas est, j'ai essayé d'analyser comment ce dynamisme se réalise dans l'expérience de l'amour humain, une expérience qui à notre époque est plus facilement perçue comme un moment d'extase, de sortie de soi-même, comme un lieu où l'homme ressent le désir d'être traversé par un désir qui le dépasse. 

A travers l'amour, l'homme et la femme expérimentent de manière nouvelle, l'un grâce à l'autre, la grandeur et la beauté de la vie et du réel. Si ce que je ressens n'est pas une simple illusion, si je veux vraiment le bien de l'autre comme chemin vers mon bien aussi, alors je dois être disposé à me "dé-centrer", à me mettre à son service, jusqu'à renoncer à moi-même. La réponse à la question sur le sens de l'expérience de l'amour passe donc à travers la purification et la guérison de la volonté, requête du bien lui-même qui se veut à l'autre. On doit s'exercer, s'entraîner, et même se corriger pour que ce bien puisse vraiment être désiré.


L'extase initiale se traduit ainsi en un pèlerinage, «exode permanent allant du "je" refermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et justement de cette façon, vers la redécouverte de soi-même, et même la découverte de Dieu »(Encyclique Deus caritas est, 6). 


A travers ce chemin, la connaissance de cet amour qu'il avait initialement expérimenté pourra progressivement s'approfondir pour l'homme. Et le mystère qu'il représente se profilera d'autant mieux: pas même l'être aimé, en effet, n'est en mesure de satisfaire le désir qui habite le cœur de l'homme; en réalité, plus l'amour pour l'autre est authentique, plus il laisse ouverte la question de son origine et de son destin, les possibilités dont il dispose de durer pour toujours. Donc, l'expérience humaine de l'amour a en soi un dynamisme qui mène au-delà de soi-même, c'est l'expérience d'un bien qui conduit à sortir de soi et à être confronté au mystère qui entoure l'existence toute entière. 


Des considérations similaires peuvent également être faites sur d'autres expériences humaines, telles que l'amitié, l'expérience de la beauté, l'amour de la connaissance: tout bien expérimenté par l'homme tend vers le mystère qui entoure l'homme lui-même; tout désir qui émerge dans le cœur de l'homme se fait l'écho d'un désir fondamental qui n'est jamais pleinement satisfait. 

 

 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

Voir les commentaires

“Nous produisons des sauvageons”

3 Décembre 2012, 03:09am

Publié par Fr Greg.

a-la-haine-hate-LA_HAINE_DISC01-02.jpg

 

Entretien avec  Natacha Polony, journaliste, agrégée de lettres, a écrit plusieurs essais sur l’école.

 De nombreuses agressions ont eu lieu dans les établissements scolaires depuis la rentrée. Comment expliquez-vous la multiplication de ces incidents ? Les violences physiques restent rares mais, quoi qu’en disent certains sociologues (toujours les mêmes !), les remises en question de l’autorité sont incessantes. Il suffit d’interroger des professeurs expérimentés pour qu’ils le confirment ! Le problème, c’est que ces contestations exigent des enseignants une solidité qu’ils ne peuvent conserver sans le soutien de l’institution. Or ce soutien leur fait défaut. Pour s’imposer, l’autorité doit être légitime. Les enseignants tirent leur légitimité des savoirs qu’ils maîtrisent et qu’ils sont censés transmettre à leurs élèves. Or, le savoir étant remis en question par l’ensemble de la société, beaucoup d’élèves ne savent plus ce qu’ils font sur les bancs de l’école et les profs en viennent à douter de leur légitimité. Tout est fait pour les fragiliser dans leur formation. Je le jure, je l’ai entendu d’une formatrice en IUFM : « Vous avez autant à apprendre de vos élèves que vos élèves de vous » ! Les rôles sont inversés. Toutes ces fadaises affaiblissent les enseignants en semant le doute sur leur mission. Elles expliquent aussi le naufrage de tant de jeunes.

Cette crise de l’autorité peut-elle également expliquer des drames aussi sordides que le double assassinat d’Échirolles, par exemple ? Avec Échirolles, on franchit un degré dans l’horreur, qui ne s’explique pas seulement par la crise de l’autorité mais par le délitement absolu de la civilisation. Il y a quelque chose d’inhumain chez les assassins de Kevin et Sofiane. Ce ne sont pas des révoltés, ce sont des jeunes qui ont grandi sans qu’on ne mette aucun frein à leurs pulsions. Ils n’ont jamais été éduqués. C’est l’éducation qui permet d’accéder à la conscience de l’autre – ce que l’on nomme l’empathie. Sans éducation, le petit de l’homme ne devient pas pleinement humain. Nous avons régressé vers les temps barbares. La question est : “Comment, nous, adultes, avons-nous pu produire ça ? ” Comment avons-nous pu produire des Mohamed Merah ou des Youssouf Fofana, le chef du gang autoproclamé des “barbares”, l’assassin d’Ilan Halimi ?

 

Avez-vous une explication ? Un rappel, en guise de réponse. Vous souvenez-vous de Mohamed L. ? En juin 2010, ce jeune marié s’est fait massacrer parce qu’il voulait faire un constat à l’amiable après un accrochage sur une bretelle d’autoroute. « Vous n’allez pas faire vos Français ! », lui ont répondu les responsables de l’accident, avant d’appeler des renforts de la cité voisine. Ce n’est pas une question de race, ni de couleur de peau : ni Sofiane, ni Kevin, ni Mohamed n’étaient blancs (c’est pourquoi je récuse l’expression “racisme anti-Blanc”) mais ils adhéraient à des règles, à des codes que l’on doit respecter si l’on veut vivre ensemble, et qui sont le produit d’un héritage et d’une culture. Des règles que leurs agresseurs n’ont pas assimilées ou qu’ils ont rejetées.


Youssouf Fofana, comme Mohamed Merah, sont pourtant nés en France… Oui, mais il ne suffit pas d’un tampon sur une pièce d’identité pour se sentir français : on ne peut faire l’économie de transmettre la culture française aux jeunes Français, d’où qu’ils viennent ! L’intégration est le résultat d’un processus qui exige du temps. Être français, c’est s’approprier des siècles d’histoire, c’est aussi vouloir partager un destin commun. Et cela concerne tous les jeunes, que leurs parents soient français ou étrangers ! Renoncer à la transmission de cette culture, c’est courir un double risque : enfanter de jeunes barbares exigeant “tout, tout de suite”, car incapables de maîtriser leurs pulsions et de s’inscrire dans le temps…

Jean-Pierre Chevènement avait fait scandale en parlant de “sauvageon”… C’est pourtant le mot qui convient : un sauvageon, littéralement, c’est un arbuste qui a poussé sans tuteur. C’est malheureusement le cas de tous ces jeunes. Le second risque, si l’on néglige la transmission, c’est de “fabriquer” de jeunes intégristes, qui tentent de combler le vide de leur existence en se lançant dans une quête de pureté si délirante qu’elle peut devenir meurtrière. Certains s’étonnent que les “djihadistes de Sarcelles”, interpellés le mois dernier, soient de jeunes Français convertis à l’islam. Mais les Territoires perdus de la République, c’était il y a dix ans !

 

 

“Les Territoires perdus de la République” ? Un livre écrit par un collectif d’enseignants, qui décrivait comment certains élèves contestaient les programmes d’histoire ou de biologie et multipliaient les références à un islam littéraliste, coupé de son histoire et de ses évolutions. C’était il y a dix ans ! Et, deux ans plus tard, sortait le rapport Obin qui détaillait les atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires. On sait tout cela depuis longtemps, mais on préfère réduire l’affaire Merah aux dysfonctionnements des services de police…


Que faire ? Ne nous le cachons pas : la tâche est colossale. Il faudrait pouvoir agir sur les familles, sur l’école, sur l’immigration, sur le discours politique en général… Dans ses travaux, l’anthropologue Dounia Bouzar souligne que les jeunes en voie de radicalisation ont souvent manqué d’un père, absent ou défaillant. Il est curieux qu’il n’existe pas d’étude globale sur l’impact social de la multiplication des familles monoparentales ! La carence paternelle et, plus largement, la “carence éducative” (selon l’expression du psychologue Didier Pleux) sont lourdes de conséquences. Beaucoup d’enfants sont livrés à eux-mêmes… ou à la télévision dont on sous-estime grandement l’influence ! Ce n’est plus un outil pédagogique mais un outil commercial. Interdire la diffusion de programmes pour enfant le matin serait une mesure de salubrité publique. N’importe quel instituteur vous le dira : il est impossible d’apprendre quoi que ce soit à des enfants qui regardent la télé avant d’aller à l’école ! Or les parents ont un rôle capital dans le succès scolaire de leurs enfants. Toutes les études le prouvent : s’ils leur transmettent l’idée que l’école est essentielle à leur réussite, alors leurs enfants s’en sortiront, même s’ils sont d’origine très modeste. Malheureusement, beaucoup de familles considèrent l’école non plus comme une institution mais comme un service, et l’école elle-même s’égare quand elle prétend mettre en place des “cagnottes” pour lutter contre l’absentéisme scolaire !

Vincent Peillon veut rétablir des cours de “morale laïque”. Qu’en pensez-vous ? Il a raison ! Je sais que des penseurs chrétiens s’en sont émus, mais ce n’est pas l’excès de laïcité qui nous menace, c’est plutôt son absence ! Nous vivons dans une société hyper individualiste qui privilégie les droits de chacun au détriment de l’intérêt général. Il faut parfois savoir s’effacer pour le bien de la collectivité – pour vivre “ensemble” et pas seulement “côte à côte”, au nom d’une tolérance mal comprise. Nous avons conçu une société dont les seules instances de régulation sont le droit et le marché. Mais la République, ce n’est pas la neutralité ! Que nous soyons ou non croyants, nous sommes quand même capables de partager une certaine idée du bien et du mal, nous pouvons nous retrouver sur des valeurs morales que résument quelques maximes célèbres ! Cela dit, il me semble évident qu’un professeur enseignant la morale kantienne (à laquelle se réfère Vincent Peillon) doit être capable d’expliquer qu’elle est issue de la morale chrétienne. Il suffit de distinguer le culturel du confessionnel.

Vous évoquez la République. La sacralisation des droits de l’homme suffit-elle à garantir la cohésion de la société ? Tout dépend de la définition que l’on donne des “droits de l’homme”. Pour les auteurs de la Déclaration de 1789, il s’agissait de libertés. Pour nous, il s’agit souvent de créances : des droits que les individus revendiquent de façon d’autant plus pressante que la puissance publique n’est porteuse d’aucune morale. Le problème, c’est que nous avons vidé les mots de leur sens. La République n’est pas une instance neutre. Elle est fondée sur des valeurs que nous avons héritées de la Grèce : Périclès les célébrait déjà dans son célèbre discours aux morts ! Ces valeurs, ce sont la liberté « dans le gouvernement de la République », l’égalité devant la loi, la fraternité des citoyens et le mérite.


Il ajoutait aussi : « Nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois et, parmi celles-ci, surtout à celles qui assurent la défense des opprimés et qui, tout en n’étant pas codifiées, impriment à celui qui les viole un mépris universel. » La transgression des lois non écrites jette l’opprobre sur celui qui les viole. C’est une idée courante chez les Anciens mais étrangère aux sociétés modernes. Nous nous devons aux autres, à la fois de façon horizontale (ceux qui nous entourent) et de façon verticale (ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous suivront). Les Grecs appellent cela l’aïdôs : l’honneur, la dignité, mais aussi la pudeur, la bienséance, le civisme. L’aïdôs s’oppose à l’hybris : (l’orgeuil) la démesure, les passions. Il serait bon que nous retrouvions l’aïdôs.

Fabrice Madouas, http://www.valeursactuelles.com

 

 

Voir les commentaires

L'avent: réapprendre à aimer!

2 Décembre 2012, 01:01am

Publié par Fr Greg.

 

d3eb8f94-8e9d-11df-9f2d-6ba9dc67bbc3.jpg

 

Le temps de l’avent, c’est le temps de l’avènement : le temps tant attendu est arrivé ! L’avent, c’est le temps de la présence de Dieu qui vient demeurer au milieu de nous. Il n’est plus loin, dans le sanctuaire, mais il vient, s’unir à nous, pour nous dire qu’il est là pour nous.


L’avent c’est donc vivre du terme qui est déjà là. C’est vivre de cette présence caché, en attendant qu’elle se manifeste pleinement.


Comment on fait ? On doit en premier redécouvrir pourquoi Dieu s’incarne ? Pourquoi il se rend présent, si proche ? Quel est son intention ? Pourquoi veut-il cette proximité nouvelle ?


La présence de Jésus pour chacun, c’est en premier une initiative gratuite, un don pur, un don qui est de trop. Une gratuité excessive. Et c’est cela le salut. C’est Dieu qui vient nous faire sortir de nos schèmes désespérant de quête de perfection, de scénario déprimant d’une vie propre et parfaite, ou chacun serait autonome et sans vulnérabilité, sans pauvreté aucune. C’est Dieu qui vient nous purifier de tout pharisaïsme de la loi et d’un primat d’un ordre idéal! L'amour est souvent mort en nous, ou à l'état de survie! C’est pour cela que c’est un enfant qui vient : rien de plus gratuit et de moins ordonnée qu’un enfant. Un enfant c’est un sans gêne qui impose son rythme à tous les autres…

 

Et c’est ainsi que Dieu vient nous ‘rééduquer’ à l’amour.Il vient gratuitement et définitivement, sans que l’on puisse se préparer ; c’est de fait sa présence qui est le seul moyen de nous préparer à son don. 


C’est pour cela que la lumière de l’avent, c’est Marie, la Femme. Celle qui a pour vocation de maintenir l’amour, de maintenir la gratuité en éveillant notre coeur à la présence de Celui qui est là et nous attend; C'est celle qui vient porter pour  nous nos misères pour que l'on arrête de se replier et de pleurnicher sur elles. Et c’est Marie que nous devons regarder pour se laisser posséder par cette présence mendiante de Jésus pour nous.


Le rôle de Marie sur nous c’est de nous ouvrir à celui qui se donne et qui est de trop ; et  cela c’est aimer : non pas ‘se donner’ dans une espèce de générosité efficiente, mais accepter de pâtir sous l’effet d’un autre qui nous attire ; aimer c’est laisser quelqu’un débarquer, s’imposer et choisir qu’il soit celui qui nous renouvelle, source pour nous. C’est accepter que notre temps soit ordonné par l’autre, accepter d’être dans un état de fragilité face à celui qui seul peut achever en moi ce qui est le plus moi-même ; c’est accepter de se dévoiler, dans ce qu’on a de vulnérable et de fragile…

Fr Grégoire.

©www.quecherchezvous.fr

Voir les commentaires

Nous subsistons en Lui...

1 Décembre 2012, 01:25am

Publié par Fr Greg.

rembrandt_titus_moine_l.jpg

Dans ma vie, est-ce que je réserve un espace suffisant à la prière et, surtout, quelle place a, dans mon rapport avec Dieu, la prière liturgique, spécialement la sainte messe, en tant que participation à la prière commune du Corps du Christ qui est l’Eglise ?


Pour répondre à cette question, nous devons rappeler avant tout que la prière est la relation vivante des enfants de Dieu avec leur Père infiniment bon, avec son Fils Jésus-Christ et avec son Esprit Saint (cf. ibid., 2565). Ainsi, la vie de prière consiste habituellement dans le fait d’être en présence de Dieu et d’en avoir conscience, de vivre en relation avec Dieu, comme l’on vit habituellement les rapports de notre vie, avec nos parents les plus chers, avec les vrais amis ; plus encore, c’est la relation avec le Seigneur qui apporte la lumière à toutes nos autres relations. Cette communion de vie avec Dieu, Un et Trine, est possible parce que par le baptême nous avons été insérés dans le Christ, nous avons commencé à être une seule chose avec Lui (cf. Rm 6, 5).

En effet, c’est seulement dans le Christ que nous pouvons dialoguer avec Dieu le Père comme ses enfants, autrement, cela n’est pas possible, mais en communion avec le Fils, nous pouvons dire nous aussi ce que Lui a dit : « Abba ». En communion avec le Fils, nous pouvons connaître Dieu comme un vrai Père (cf. Mt 11,27). C’est pourquoi la prière chrétienne consiste dans le fait de regarder constamment et de façon toujours nouvelle vers le Christ, de parler avec Lui, de se tenir en silence avec Lui, de l’écouter, d’agir et de souffrir avec Lui. Le chrétien redécouvre sa vraie identité dans le Christ, « premier né de toute créature », en qui subsistent  toutes choses (cf. Col 1, 15 ss.). En nous identifiant à Lui, en étant une seule chose avec Lui, je redécouvre mon identité personnelle, celle de vrai enfant qui regarde vers Dieu comme vers un Père plein d’amour.


Mais n’oublions pas : le Christ, nous le découvrons, nous le connaissons comme une Personne vivante, dans l’Eglise. Elle est « son Corps ». Cette corporéité peut être comprise à partir des paroles bibliques sur l’homme et sur la femme : les deux seront une seule chair (cf. Gn 2,24; Ep. 5,30ss.; 1 Co 6,16s). Le lien inséparable entre le Christ et l’Eglise, à travers la force unifiante de l’amour, n’annule pas le « tu » et le « je », mais au contraire élève leur unité la plus profonde. Trouver sa propre identité dans le Christ signifie atteindre une communion avec lui, qui ne m’annule pas, mais m’élève à la dignité la plus haute, celle d’enfant de Dieu dans le Christ : « l’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus » (Enc. Deus caritas est, 17).


Comment est-ce que j’apprends à prier, comment est-ce que je grandis dans la prière ? En regardant le modèle que Jésus nous a enseigné, le Notre Père, nous voyons que le premier mot est « Père » et la deuxième « notre ». La réponse est donc claire : j’apprends à prier, je nourris ma prière en m’adressant à Dieu et en priant-avec-les-autres, en priant avec l’Eglise, en acceptant le don de ses paroles, qui deviennent pour moi peu à peu familières, et riches de sens.


Le dialogue que Dieu établit avec chacun de nous, et nous avec Lui, dans la prière inclut toujours un « avec » ; on ne peut pas prier de façon individualiste. Dans la prière liturgique, surtout l’Eucharistie, et – formés par la liturgie – toute prière, nous ne parlons pas seulement en tant qu’individus, mais au contraire nous entrons dans le « nous » de l’Eglise qui prie. Et nous devons transformer notre « je » en entrant dans ce « nous ».

Dans le Catéchisme de l’Eglie catholique, nous lisons : « Dans la liturgie de la Nouvelle alliance, toute action liturgique, spécialement la célébration de l’Eucharistie et des sacrements, est une rencontre entre le Christ et l’Eglise » (n. 1097); c’est donc le « Christ total », toute la communauté, le Corps du Christ, uni à son Chef qui célèbre.


Alors, la liturgie n’est pas une forme d’ « automanifestation » d’une communauté, mais au contraire le fait de sortir du simple « être-soi-même », être enfermés sur soi-même, et le fait d’accéder au grand banquet, d’entrer dans la grande communauté vivante, dans laquelle Dieu lui-même nous nourrit.  La liturgie implique cette universalité et ce caractère universel doit entrer toujours de nouveau dans la conscience de tous. La liturgie chrétienne est le culte du temple universel qui est le Christ ressuscité, dont les bras sont étendus sur la croix, pour attirer tous [les hommes] dans l’embrassement de l’amour éternel de Dieu. C’est le culte du Ciel ouvert. Ce n’est jamais seulement l’événement d’une communauté singulière, située dans le temps et dans l’espace. Il est important que chaque chrétien se sente et soit réellement inséré dans ce « nous » universel qui fournit le fondement et le refuge au « je » dans le Corps du Christ qui est l’Eglise.

En cela, nous devons tenir présent [à l’esprit] l’incarnation de Dieu : Il s’est fait proche, présent, en entrant dans l’histoire et dans la nature humaine, en se faisant l’un de nous. Cette présence est permanente dans l’Eglise, son Corps. Alors la liturgie n’est pas le souvenir d’événements passés, mais elle est la présence vivante du Mystère pascal du Christ, qui transcende et unit les temps et les espaces.


Dieu agit par le Christ et nous ne pouvons agir que par Lui et en Lui. La conviction que la liturgie n’est pas « nôtre », un « faire » qui est mien, mais qu’elle est une action de Dieu en nous et avec nous, doit grandir en nous chaque jour.


Par conséquent, ce n’est pas l’individu – prêtre ou fidèle – ni le groupe que la liturgie célèbre, mais elle est avant tout une action de Dieu à travers l’Eglise, qui a son histoire, sa riche tradition et sa créativité. Cette universalité et cette ouverture qui est propre à toute la liturgie est l’une des raisons  pour laquelle elle ne peut pas être imaginée ou modifiée par une communauté ou par des experts, mais doit être fidèle aux formes de l’Eglise universelle.


Même dans la liturgie de la plus petite communauté toute l’Eglise est toujours présente. C’est pourquoi il n’existe pas « d’étrangers » dans la communauté liturgique. Toute l’Eglise participe ensemble à chaque célébration liturgique, le ciel et la terre, Dieu et les hommes.

Benoit XVI.03.10.2012.

Voir les commentaires

Vous êtes français? Alors allez vous faire soigner..

30 Novembre 2012, 01:03am

Publié par Fr Greg.

jane-dill1.jpg

 

Selon une étude du département de santé publique de Créteil, les autorités françaises ont très largement sous-estimé le nombre de Français souffrant d’une pathologie mentale qui toucherait en fait 12 millions de personnes sur 69 millions. Le coût total des pathologies mentales en France s'élève à 110 milliards d’euros par an. Les Français sont-ils fous ou trop hygiénistes concernant leur santé mentale ?

 

Jean-Paul Mialet : Si on avait fait cette étude dans les années 70, on n’aurait certainement pas trouvé les mêmes chiffres, avec  12 millions de Français qui se portent mal. Les critères de pathologie n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui.

Il y a une trentaine d’années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné une définition de la santé : « un état de bien-être physique, moral et social ». Si on désigne la santé comme état de bien-être, tout ce qui n’est pas un état de bien-être n’est pas la santé, et c’est donc la maladie. Peuvent donc se prétendre malade tous ceux qui ne sont pas dans cet état de bien-être. Cette évolution de la notion de maladie revient à englober beaucoup d’états qui correspondent à un mal être et dont la limite est discutable.

 

Parallèlement, la psychiatrie a développé des concepts discutables. Elle a d’abord été organisée autour de maladies bien repérables, comme la schizophrénie ou la psychose, les dépressions sévères… Puis, en plus de ces maladies bien répertoriées, elle a repéré une autre dimension : les personnalités pathologiques. Ce sont des dimensions de tempéraments, de caractères, qui ne sont plus de l’ordre de la maladie, mais qui servent de supports pour mieux comprendre certaines pathologies. Un glissement se fait à ce niveau-là, et on a tôt fait de se dire que telle personne ne va pas bien car elle présente une personnalité défaillante.

 Peut-on prendre pour exemple de ce glissement la schizoïdie, dont le Dr Philip Manfield estime qu’elle pourrait représenter jusqu’à 40% des cas de troubles mentaux, mais qui n’est pas une pathologie portant à conséquence ?

La schizoïdie est un excellent exemple, dans la mesure où c’est un trouble du caractère.

Le repérage des troubles mentaux s’est développé selon plusieurs axes. Le premier est l’axe morbide proprement dit, qui correspond aux maladies classiques, et l’autre axe qui est celui des troubles de la personnalité.  Ces troubles peuvent être appliqués à un très grand nombre de gens.


Une recherche a été faite en prenant des sujets « normaux » et en leur faisant passer les critères de classification : on s’est aperçu que 80% des gens pouvaient être classés dans une des catégories des troubles de la personnalité. En attaquant ce phénomène, on a attiré la psychiatrie vers un champ étendu et flou où on peut intégrer énormément de gens.

 Dans ce cas, ce chiffre impressionnant de 12 millions de Français atteints de troubles mentaux n’a donc pas de sens ? L’étude parle aussi d’1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères.

Il y a certainement 1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères. Cela correspond à 2,5% de la population. Les 10 millions de plus représentent la possibilité qu’on a d’étendre des interprétations psychiatriques à un grand nombre de gens.

 

D’où notre première interrogation, les Français sont-ils malades ou trop poussés à dépenser pour leur santé ?

Nous sommes dans une culture – qui n’est pas seulement française – où on pousse les gens à une quête de bien être sans fin. Et en France, on a un soutien social qui encourage cette quête. Si en Angleterre, les gens se retrouvent dans cette quête de bien-être, et que les dispositifs de soin les limitent, alors les gens ne vont pas aussi loin. Ils rencontrent une résistance, que ça soit le porte-monnaie, une longue liste d’attente, etc. Ils vivent donc avec leurs problèmes.

On sait déjà que les Français sont les plus grands consommateurs d’anxiolytiques au monde. Est-ce lié ?

Il est possible que la consommation record d’anxiolytiques en France soit due à la rencontre de ces deux facteurs : une culture qui veut absolument qu’on soit dans la non-souffrance, et un système social qui incite les gens à aller plus loin dans cette illusion.

La prise en charge médicale de ces troubles coûte 13,4 milliards d’euros, soit 8% des dépenses nationales de santé. Le coût des médicaments atteint 2,2 milliards d’euros. S’il s’agit d’une illusion, faut-il mettre un frein à ces dépenses ?

J’imagine qu’il y a des phénomènes qui aggravent la situation. Les médecins généralistes disposent de traitements très efficaces pour aider les gens à se sentir moins mal, les tranquillisants par exemple. Alors dès que quelqu’un exprime une inquiétude quelconque, il est tentant de répondre par un médicament. Essayer de comprendre pourquoi ils ne vont pas bien prend du temps et risque d’être mal perçu par le patient. Il est tellement plus facile de se débarrasser de la difficulté en prescrivant un traitement.

Ce dernier est devenu une facilité permettant au médecin d’éviter le dialogue et au patient de penser qu’on prend au sérieux son mal-être et qu’on ne se contente pas de lui apporter une réponse psychologique ou de lui dire « il faut accepter de vivre avec cela. »

 
La dépense la plus importante est le coût des services psychiatrique des hôpitaux publics, qui atteint 6,4 milliards d’euros (11% de la dépense nationale des hôpitaux publics). Est-ce la même dynamique ?

Je pense qu’on ne trouve que des troubles sévères dans les hôpitaux, et qu’ils sont difficilement compressibles. Les 11% de la dépense totale sont sans doute impossible à réduire, car les troubles qui aboutissent dans les hôpitaux sont sévères et il faut bien les soigner. La part hospitalière n’est pas due à une demande excessive de soins des patients.

La perte de productivité liée aux pathologies psychiatrique coute un peu plus de 24 milliards d’euros, selon l’étude. Est-il possible de concilier travail et maladie ?

Avec les troubles sévères, non. Avec les troubles non-sévères, peut-être plus.

Mais il y a aujourd’hui un acharnement des gens à être bien et un acharnement des médecins à tout soigner. La psychiatrie n’a peut-être pas suffisamment fermé les portes à des états moraux qui ont une définition floue. La normalité, en psychiatrie, est indéfinissable. Elle ne peut être statistique comme, par exemple, la tension artérielle : on ne peut pas dire qu’un comportement qui n’est pas le comportement moyen est anormal. Aussi, elle se prête à l'idéalisation : disposer d'un fonctionnement psychologique qui mettrait à l'abri de toute souffrance, alors que l'anxiété et la tristesse ou des moments d'abattement font partie de la vie. Malheureusement, de plus en plus, on attend du système de soin qu’il fournisse un bien être parfait. Et les médecins ne savent pas toujours dire non à cette demande.

 

Mais il faut admettre que cette extension de la demande tient aussi au fait que nous vivons dans une époque qui favorise le mal être, par l’absence de repères et la précarité sociale et affective auxquelles sont confrontés les gens.

 Jean Paul Mialet, 21 sept 2012.

www.atlantico.fr

 

Voir les commentaires

Au-delà des collines...

29 Novembre 2012, 00:09am

Publié par Fr Greg.

...  ou 'la foi sans intelligence entraine les pires corruptions'! 

 

20243444-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxx

 

 

 

 

Le plus terrible dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons.” 

 Jean Renoir, La Règle du jeu.

 

Au-delà des collines emporte le spectateur au sein d’une communauté religieuse perdue dans la campagne roumaine dont le quotidien se trouve bouleversé par un élément extérieur : Alina, l’amie d’enfance de Voichita, l’une des sœurs, revenue d’Allemagne et encore amoureuse de celle qui a depuis embrassé la vie religieuse.

 

Inspiré de faits réels, le film s’emploie à décrire avec autant d’attention les tâches du quotidien (prières, préparations des repas, puisement de l’eau du puits) que les événements qui dérèglent petit à petit le rythme pieux et languide de la communauté : les explosions de violence de cette étrangère et l’épreuve que les religieux lui font subir. Ce qui donne à l’écran une alternance de plans fixes de toute beauté avec pour toile de fond l’hiver enneigé de la campagne roumaine et la pénombre des intérieurs, et de plans séquences énervés, le tout servi par la photographie d’Oleg Mutu, déjà au service de My Joy, le chef d’œuvre de l’Ukrainien Sergueï Loznitsa.

 

592q3 480x270 2blsle

 

 

 

Mais Mungiu ne prend pas son temps uniquement pour servir du formalisme vain. Si son film s’étire ainsi, c’est pour mieux distiller la tension sourde qui l’habite de bout en bout. Au fur et à mesure que le pope enchaîne les séances d’exorcisme censées chasser le malin qui contrôle l’âme perdue d’Alina, le film menace de sombrer dans l’horreur à la lisière du fantastique. On sait que tout ceci ne peut que mal finir, que le drame plane comme une épée de Damoclès, qu’il éclatera, mais pas un instant on peut s’attendre à la forme qu’il prendra. Si le film tend vers l’inéluctable, puisque chaque personnage se retrouve devant des choix les menant dans des impasses (le pope ne veut pas garder une fille rejetant Dieu, mais ne peut non plus se résoudre à la jeter à la rue, sachant qu’elle ne bénéficie d’aucun soutien et n’a nulle part  où aller ; Voichita ne veut pas abandonner son amie ni sa foi), il questionne cependant les conséquences de l’application à la lettre des préceptes de la religion, au point d’en oublier tout discernement. « La plupart des plus grandes erreurs de ce monde furent commises au nom de la foi et avec la conviction qu’elles servaient une bonne cause. » explique le réalisateur.


20103016-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-20120510 015944

 

 

Ici, pas de manichéisme, même si la foi orthodoxe en prend pour son grade. Mais Mungiu se garde de condamner, laissant ce rôle aux instances compétentes, à l’instar des policiers venus interroger les religieux, et spécifiant que leur tâche s’arrête là, passant le relai au procureur. Il pose sur ses personnages un regard empli d’une certaine tendresse et le spectateur partage alors leurs souffrances intérieures. Magie du montage, ces lueurs furtives de détresse dans les yeux de Voichita (Cosmin a à la fin d’un plan où elle assiste, impuissante, au calvaire de son amie). La force du film tient dans cette chorégraphie des émotions qui prend son temps pour se déployer à l’intérieur d’un même plan. Au-delà des collines : une absence d’effets au bénéfice d’une tension sourde qui font de ce film un chef d’œuvre bouleversant.

www.laplumenoire

 

audeladescollines604-604x400

 

 

 

Les premières images d’Au-delà des collines  mettent en scène, deux jeunes femmes, élevées dans le même orphelinat, et l’on comprendra, par quelques allusions pudiques, qu’elles y ont combattu, dans une grande proximité, leur condition d’enfants abandonnées. 

 

 safe image

 

Cristian Mungiu signe un film époustouflant, triplement récompensé à Cannes au mois de mai dernier par un double prix d’interprétation féminine à ses actrices principales et le prix du scénario. 

 

Cette œuvre austère aux images très belles aurait aussi pu être distinguée pour ses indéniables qualités formelles : ses cadres, ses lumières et l’incroyable force de ses longs plans-séquences qui, à deux ou trois reprises, laissent le spectateur pantelant.


 video-xuvtr4.jpg

 

 

Cristian Mungiu l’a beaucoup répété : son film ne vise pas à juger, il interroge la société roumaine. Il ne cherche pas à mettre en cause, mais tente de comprendre, derrière ce qu’il appelle « le péché d’indifférence »,  sur quels fondements repose encore, ou ne repose plus, une communauté humaine. 

C’est par la somme de ses détails accumulés que ce long métrage révèle son vrai projet : cerner cet indicible autour duquel s’articulent le bien et le mal.

www.lacroix.com

         

 

 

 

Voir les commentaires

Ne pas regarder...!! peut heurter ceux qui errent...

28 Novembre 2012, 02:57am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

Voir les commentaires

Croire: un acte personnel & communautaire (II)

27 Novembre 2012, 02:58am

Publié par Fr Greg.

 

Goldau_1841.jpg

 

 

Au commencement de l’aventure chrétienne, lorsque l’Esprit Saint descend avec puissance sur les disciples, au premier jour de la Pentecôte, comme le rapportent els Actes des Apôtres (cf. 2,1-13), l’Eglise naissante reçoit la force d’accomplir la mission qui lui a été confiée par le Seigneur ressuscité : répandre l’Evangile aux quatre coins du monde, la bonne nouvelle du Règne de Dieu, et ainsi conduire l’homme à la rencontre avec lui, à la foi qui sauve. Les Apôtres surmontent toute peur de proclamer ce qu’ils avaient entendu, vu, ce dont ils avaient fait l’expérience en personne avec Jésus. Par la puissance de l’Esprit-Saint, ils commencent à parer des langues nouvelles, en annonçant ouvertement le mystère dont ils ont été témoins. Dans les Actes des Apôtres, on rapporte ensuite le grand discours que Pierre prononce justement le jour de la Pentecôte. Il part d’un passage du prophète Joël (3,1-5), en rattachant à Jésus, et en proclamant le noyau central de la foi chrétienne : celui qui avait fait du bien à tous, qui avait été accrédité par Dieu, par des prodiges et de grands signes, a été cloué sur la croix et tué, mais Dieu l’a ressuscité des morts, le faisant Christ et Seigneur.

 

Avec lui, nous sommes entrés dans le salut définitif annoncé par les prophètes et qui invoquera son nom sera sauvé (cf. Ac 2,17-24). Beaucoup se sentent interpellés personnellement par ces paroles de Pierre, ils se repentent de leurs péchés et ils se font baptiser et reçoivent le don de l’Esprit Saint (cf. Ac 2, 37-41). C’est ainsi que commence le chemin de l’Eglise, communauté qui porte cette annonce dans le temps et dans l’espace, communauté que le Peuple de Dieu fondé sur la nouvelle alliance grâce au sang du Christ et dont les membres n’appartiennent pas à un groupe social ou ethnique particulier, mais sont des hommes et des femmes venus de toute nation et culture. C’est un peuple « catholique » qui parle des langues nouvelles, universellement ouvert pour accueillir chacun, au-delà des frontières, en abattant toutes les barrières. Saint Paul dit : « Il n’y a plus de grec n de Juif, ni circoncision ni incirconcision, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni homme libre, mais le Christ qui est tout en tous » (Col 3,11).


Donc l’Eglise dès le début, est le lieu de la foi, le lieu de la transmission de la foi, et lieu où, par le baptême, on est plongé dans le Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, qui nous libère de la prison du péché, nous donne la liberté des fils et qui nous introduit dans la communion du Dieu trinitaire. En même temps, nous sommes plongés dans la communion avec les autres frères et sœurs dans la foi, avec tout le Corps du Christ, tirés de notre isolement. Le Concile œcuménique Vatican II le rappelle : « Cependant le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » (Const. dogm. Lumen gentium, 9).


En rappelant encore la liturgie du baptême, nous notons qu’en conclusion des promesses où nous exprimons le renoncement au mal et où nous répétons « credo », aux vérités de la foi, le célébrant déclare : « Voilà notre foi, voilà la foi de l’Eglise et nous nous glorifions de la professer dans le Christ Jésus notre Seigneur ». La foi est une vertu théologale, donnée par Dieu, mais transmise par l’Eglise au long de l’histoire. Saint Paul lui-même, écrivant aux Corinthiens, affirme leur avoir communiqué l’Evangile qu’il avait à son tour reçu lui aussi (cf. 1 Co 15, 3).


Il y a une chaîne ininterrompue de la vie de l’Eglise, de l’annonce de la Parole de Dieu, de la célébration des sacrements, qui arrive jusqu’à nous et que nous appelons la Tradition. Elle nous donne la garantie que ce en quoi nous croyons est le message original du Christ, prêché par les Apôtres. Le noyau de l’annonce primordiale est l’événement de la mort et de la résurrection du Seigneur, d’où jaillit tout le patrimoine de la foi. Le Concile dit : « La prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps » (Const. dogm. Dei Verbum, 8).


De cette façon, si l’Ecriture sainte contient la Parole de Dieu, la Tradition de l’Eglise la conserve et la transmet fidèlement, afin que les hommes de chaque époque puissent accéder à ses immenses ressources et s’enrichir de ses trésors de grâce. Ainsi, l’Eglise « perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » (ibidem).


Enfin, je voudrais souligner que c’est dans la communauté ecclésiale que la foi personnelle croît et mûrit. Il est intéressant d’observer comment dans le Nouveau testament la parole « saints » désigne les chrétiens dans leur ensemble et tous n’avaient certainement pas les qualités pour être déclarés saints par l’Eglise. Qu’est-ce que l’on voulait donc indiquer par ce terme ? Le fait que ceux qui avaient la foi dans le Christ ressuscité et en vivaient, étaient appelés à devenir un point de référence pour tous les autres, en les mettant ainsi en contact avec la personne et avec le message de Jésus, qui révèle le visage du Dieu vivant. Et cela vaut aussi pour nous : un chrétien qui se laisse guider et modeler peu à peu par la foi de l’Eglise, en dépit de ses faiblesses, de ses limites, et de ses difficultés, devient comme une fenêtre ouverte à la lumière du Dieu vivant, qui reçoit cette lumière et la transmet au monde. Le bienheureux Jean-Paul II affirmait dans l’encyclique Redemptoris missio que « la mission renouvelle l’Eglise, fortifie la foi et l’identité chrétienne, donne un nouvel enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi se fortifie si on la donne ! » (n. 2).

 

La tendance, aujourd’hui répandue, à reléguer la foi dans la sphère du privé contredit donc sa nature même. Nous avons besoin de l’Eglise pour avoir la confirmation de notre foi et pour faire l’expérience des dons de Dieu : sa Parole, les sacrements, le soutien de la grâce, et le témoignage de l’amour. Ainsi, dans le « nous » de l’Eglise, notre « je » pourra se percevoir à la fois comme le destinataire et le protagoniste d’un événement qui le dépasse : l’expérience de la communion avec Dieu, qui fonde la communion entre les hommes. Dans un monde où l’individualisme semble régler les rapports entre les personnes, en les rendant toujours plus fragiles, la foi nous appelle à être Peuple de Dieu, à être Eglise, porteurs de l’amour et de la communion de Dieu pour tout le genre humain (cf. Const. past. Gaudium et spes, 1). 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

Voir les commentaires