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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La courbe de tes yeux

10 Février 2013, 02:19am

Publié par Fr Greg.

 

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La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)

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L'ami, signe de la présence du Tout-Autre...

9 Février 2013, 02:33am

Publié par Fr Greg.

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Dans la mesure
 où nous cherchons à comprendre toute la vérité de la rencontre de la personne de l’autre dans l’amour d’amitié, cette expérience nous tourne d’une manière très personnelle vers l’Autre : Celui qui est à la fois tout autre, transcendant, et totalement présent parce qu’il est Celui qui, actuellement, nous fait le don de notre âme spirituelle.

Cela, le philosophe le découvre progressivement, dans la mesure où il cherche la vérité. N’est-ce pas la recherche de la vérité à l’intérieur de l’expérience de l’amour d’amitié, sa première fin, qui conduit la personne humaine jusqu’à la découverte de la Personne première, jusqu’à la sagesse (sophia) ? L’amour d’amitié ne peut se réduire à la prudence (phrônésis) car, dans l’amour, la personne de l’autre nous est donnée comme un bien qui nous dépasse, une véritable fin. L’autre est pour nous, dans sa personne, un don que nous ne pouvons mesurer ni dominer. Dans son être personnel qui nous finalise, il appelle un dépassement vers un Être premier, souverainement bon, source de tout don et de tout amour.

 

La recherche de la vérité à l’intérieur de l’expérience que nous faisons de la fin dans l’amitié, nous amène à un dépassement de nous-mêmes. Cela se manifeste dans une interrogation qui est toujours personnelle : pourquoi la personne de l’autre m’attire-t-elle ? Qu’est-ce que sa bonté, du point de vue de l’être ? Puis-je m’arrêter à sa personne, si noble qu’elle soit ? En effet, cette personne peut mourir, elle peut disparaître.

N’est-ce pas ce qui exige une nouvelle interrogation : l’autre, du point de vue del’être, est-il uniquement la personne amie ? Celle-ci n’est-elle pas plutôt comme un « reflet », un signe de la présence de l’Autre, du tout autre ? En effet, si profondément que nous soyons unis dans l’amour, celui-ci demeure intentionnel et n’est pas victorieux de la mort. De plus, aucune personne humaine, même la plus proche possible dans l’amour, ne peut être la mesure de notre intelligence faite pour la vérité, pour ce qui est. Aristote l’avait bien saisi, qui estimait :

« Il est mieux et il faut, pour préserver la vérité, sacrifier même ce qui nous est intime, surtout quand on est philosophe. L’un et l’autre [Platon et la vérité], en effet, étant des amis, c’est un devoir sacré d’honorer de préférence la vérité » (Ethique à Nicomaque, I, 4, 1096 a 14-17).

C’est bien l’éveil de la recherche de la vérité à l’intérieur de l’amour d’amitié, mais aussi au-delà de celui-ci (la découverte de la vérité « spéculative », celle de notre intelligence faite pour connaître ce qui est), qui nous pousse et nous conduit, étape par étape, à la découverte de la Réalité première, à la connaissance personnelle de la vérité ultime que nous pouvons atteindre, celle de la sagesse. Celle-ci s’épanouit lorsque l’homme découvre, au delà de la personne amie mais présente à travers elle, l’existence d’une Personne première, Source de tout bien et de tout vrai.

 

L’amour d’amitié et la recherche de la vérité, dans une profonde unité, exigent donc de l’homme de dépasser les simples exigences du travail et de la prudence, personnelle et communautaire, pour s’éveiller à la découverte et à la contemplation de la Personne première, au-delà de tout ce qu’il peut expérimenter. Cette Personne première transcende toutes les réalités dont il a l’expérience, mais elle est aussi, comme source de son être, comme Créateur de son âme spirituelle et Père de son esprit, plus présente à lui-même que lui-même. La sagesse contemplative dépasse donc la prudence, parce qu’elle réclame et présuppose l’éveil d’une recherche de la vérité pour elle-même, et un regard sur la fin dans ce qu’elle a de plus profond, au delà de l’intelligence pratique de l’homme délibérant sur les moyens relatifs à la fin et sur l’organisation de la communauté.

D’une part donc, la recherche de la vérité pour elle-même s’explicite d’une manière ultime avec la découverte de Celui que les traditions religieuses appellent Dieu ; d’autre part, la recherche du bonheur de l’homme, dont le premier accomplissement est l’amour d’amitié, trouve son épanouissement plénier lorsque le philosophe affirme que la fin ultime de la personne, cet être qui est esprit, ne peut être que la contemplation de Celui qui est la Personne première, Intelligence subsistante et Bonté souveraine. La sagesse philosophique, dont l’acte parfait est la contemplation, fait donc l’unité entre la philosophie première (la connaissance de ce qui est en tant qu’il est) et l’éthique (la recherche du bien humain), entre l’être et le bien, entre la lumière et l’amour.

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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L'amitié, dépassement de la prudence..

8 Février 2013, 02:27am

Publié par Fr Greg.

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Si la vertu de prudence permet à l’homme d’ordonner sa vie morale en fonction d’une fin poursuivie – elle lui donne ainsi une autonomie et une certaine autorité sur son propre conditionnement –, l’amitié, dans la rencontre de la personne de l’autre, nous permet de toucher, d’expérimenter un premier dépassement de notre autonomie prudentielle.


Pour la personne humaine, l’autre dans tout son réalisme c’est l’ami : une autre personne, qui lui est liée par un choix libre et réciproque reposant sur un véritable amour, un amour de bienveillance selon l’expression d’Aristote. Certes, l’amitié exigera, pour être pleinement vécue, l’acquisition des vertus morales de tempérance, de force, de justice et surtout de prudence ; mais elle nous donne de faire l’expérience, dans l’amour de la personne de l’autre et dans la rencontre de l’amour qu’elle a pour nous, un absolu qui ne relève plus de la prudence. L’amour ne peut se réduire à la prudence : il réclame un dépassement de notre propre autonomie et de notre ordre pratique, dans un don personnel de nous-mêmes.


L’expérience de l’amitié permet donc de découvrir la personne humaine d’une façon plus profonde : à la fois dans le réalisme de ce qui est (la personne amie est autre dans son « je suis », dans son être personnel), et dans l’immanence de l’amour (la personne amie est un autre nous-même, selon l'expression d'Homère). Par l’amour, nous découvrons de l’intérieur une personne qui, cependant, reste autre que nous dans son être et qui, en nous attirant nous finalise et nous permet de nous dépasser.

 

Du point de vue d’une philosophie réaliste, l’amour d’amitié, la philia aristotélicienne, est donc l’expérience la plus profonde que nous pouvons avoir de l’homme, de sa personne. C’est là que l’altérité (la transcendance), mais aussi l’identité (l’immanence) sont les plus grandes. C’est bien là que l’expérience humaine, à la fois interne et externe, est la plus qualitative et la plus profonde.

(A suivre)

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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Qu'est-ce qui est éternel -donc le plus 'efficace' et le plus fécond dans notre vie?

7 Février 2013, 02:25am

Publié par Fr Greg.

 

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Aristote, déjà, remarquait que la prudence et l’art politique ne peuvent être la sagesse :

Il est absurde de penser que la politique ou la prudence sont ce qu’il y a de plus élevé, s’il est vrai que l’homme n’est pas ce qui est le meilleur parmi toutes les réalités dans l’univers (Ethique à Nicomaque, VI, 7, 1141 a 20-22).

Pour que la politique et la prudence (la vertu morale la plus parfaite) soient la sagesse, il faudrait que l’homme soit la réalité première, à laquelle toutes les autres seraient relatives dans l’ordre de l’être. Certes, cela semble vrai tant que nous en restons aux réalités existantes dont nous avons l’expérience : parmi toutes les réalités existantes dont nous avons l’expérience, la personne humaine est la plus parfaite. Aussi, tant que nous en restons à l’expérience des réalités humaines, et même à la connaissance scientifique, une certaine perfection pratique (et l’autorité pour gouverner les autres hommes) semblerait-elle être la qualité humaine la plus noble et la plus grande.

N’est-ce pas ce que soutenaient certains philosophes grecs pour qui la béatitude de l’homme résidait dans la vie politique ? N’est-ce pas aussi la position d’un Platon pour qui le sage ne peut « se contenter » d’être un contemplatif, mais doit redescendre dans la caverne pour éduquer ses concitoyens à la justice ? Cette « tentation » existe toujours pour l’homme moral, parfait : avoir l’autorité, gouverner les autres, chercher à les éduquer, y compris en prétendant savoir mieux qu’eux ce qui est bon pour eux…

 

Il est cependant, pour la personne humaine, deux absolus qui dépassent la prudence et qui, dans une profonde unité, peuvent l’amener à s’interroger sur l’existence d’un Être premier, d’une Personne première, au-delà de l’univers physique et de l’homme. Ayant découvert son existence et la relation qui existe entre elle-même et cet Être premier, le Créateur, la personne humaine, découvrira alors, en adorant, la contemplation comme sa fin ultime, son bonheur parfait : la sagesse est bien cette qualité d’une intelligence dont l’acte le plus parfait est la contemplation ; et celle-ci se suffit à elle-même : le véritable sage ne cherche pas d’abord une vie morale parfaite, ni à gouverner, ni à éduquer les autres : il est trop magnanime pour cela…


Les deux absolus spirituels, personnels, qui conduisent la personne humaine à cette découverte, sont l’amour d’amitié et la recherche de la vérité pour elle-même…

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

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L'optimisme? la vertu du contribuable qui subit tout!

6 Février 2013, 03:24am

Publié par Fr Greg.

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« Les gens qui me veulent trop de bien me traitent de prophète. Ceux qui ne m’en veulent pas assez me traitent de pessimiste. Le mot de pessimisme n’a pas plus de sens à mes yeux que le mot d’optimisme, qu’on lui oppose généralement. Le pessimiste et l’optimiste s’accordent à ne pas voir les choses telles qu’elles sont. L’optimiste est un imbécile heureux. Le pessimiste est un imbécile malheureux. (…)

 

Je sais bien qu’il y a parmi vous des gens de très bonne foi, qui confondent l’espoir et l’optimisme. L’optimisme est un ersatz de l’espérance, dont la propagande officielle se réserve le monopole. Il approuve tout, il subit tout, il croit tout, c’est par excellence la vertu du contribuable. Lorsque le fisc l’a dépouillé même de sa chemise, le contribuable optimiste s’abonne à une revue nudiste et déclare qu’il se promène ainsi par hygiène, qu’il ne s’est jamais mieux porté.

 

Neuf fois sur dix l’optimisme est une forme sournoise de l’égoïsme, une manière de se désolidariser du malheur d’autrui.

 

C’est un ersatz de l’espérance, qu’on peut rencontrer facilement partout, et même, tenez par exemple, au fond de la bouteille. Mais l’espérance se conquiert. On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts et d’une longue patience. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.

 

Le pessimisme et l’optimisme ne sont à mon sens, je l’ai dit une fois pour toutes, que les deux aspects, l’envers et l’endroit d’un même mensonge. Il est vrai que l’optimisme d’un malade peut faciliter sa guérison. Mais il peut aussi bien le faire mourir s’il l’encourage à ne pas suivre les prescriptions du médecin. Aucune forme d’optimisme n’a jamais préservé d’un tremblement de terre, et le plus grand optimiste du monde, s’il se trouve dans le champ de tir d’une mitrailleuse, est sûr d’en sortir troué comme une écumoire.

 

L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles. L’espérance est une vertu, virtus, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté.

 

Mais l’espoir lui-même ne saurait suffire à tout. Lorsque vous parlez de « courage optimiste », vous n’ignorez pas le sens exact de cette expression dans notre langue et qu’un « courage optimiste » ne saurait convenir qu’à des difficultés moyennes. Au lieu que si vous pensez à des circonstances capitales, l’expression qui vient naturellement à vos lèvres et celle de courage désespéré, d’énergie désespérée. Je dis que c’est précisément cette sorte d’énergie et de courage que notre pays attend de nous. »

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Georges Bernanos, Essais et écrits de combat

 

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Pourquoi je suis POUR le « mariage pour tous »

5 Février 2013, 01:21am

Publié par Fr Greg.

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On aura tout entendu sur ce mariage gay (et pas pour tous). Des gentils progressistes qui sont pour, et des vilains passéistes rigoristes grenouilles de bénitier qui sont contre. Moi, je ne suis ni progressiste ni passéiste : j’aime le profit. Je suis à la tête d’une transnationale. J’ai pas mal cogité sur le sujet, et j’en suis arrivé à me poser cette question : « Mais, en somme, qu’apporte le mariage gay que le PACS n’apportait pas déjà ? » La réponse a été fulgurante : « Rien, à part la notion d’homoparentalité. »

Que des couples gay adoptent ne me semble pas être un mal. Mais l’adoption est difficile et les enfants adoptables rares. Les couples de lesbiennes vont avoir donc accès à la PMA (procréation médicalement assistée). Cette pratique est réservée aux couples stériles. Et, effectivement, un couple de deux femmes est stérile. Mais cela va entraîner une inégalité : les couples homosexuels hommes ne peuvent pas bénéficier de la PMA. Heureusement, il existe la GPA (gestation pour autrui). Qu’est-ce que la GPA, en fait ? Simple : on paie une femme qui loue son utérus pour faire pousser un bébé issu d’une fécondation in vitro. Et là, mon sixième sens se met à tambouriner : bon sang mais c’est bien sûr ! Un nouveau marché ! Et si je montais une boite de mère porteuses ? Je prends des femmes désespérées qui n’ont que cette possibilité pour ne pas tomber dans la prostitution, et je leur colle un embryon.

 

Tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire mieux que les autres qui vont immédiatement suivre mon idée ? Avec des enfants à la carte ! Tu veux un garçon ? Un fille ? Et les yeux, tu les veux comment ? Et la taille, la stature ? On a toutes les options ! Y a pas à dire, c’est beau le progrès… Et pourquoi pas créer aussi des castes génétiques ? Des benêts obéissants pour faire des travaux non qualifiés, des classes moyennes très moyennes et des élites très supérieures ! Marrant, j’ai lu un truc comme ça dans ma jeunesse… Un certain Aldous Huxley avait écrit un roman : « Le meilleur des mondes ». S’il n’était pas mort depuis 50 ans, je l’embaucherais immédiatement comme consultant !

 

Vous êtes choqués ? Aucune importance : nos amis les médias vont vous enrober ça avec du sucre. Et on va y aller par petites touches indolores. Il n’y a que le premier pas qui coûte. Nos associations « droit-de-l’hommistes » vont vous expliquer que si vous êtes contre, c’est que vous êtes un sale homophobe passéiste nauséabond et certainement raciste. On est habitué, ça fait déjà 30 ans qu’on vous fait gober n’importe quoi. Remplacement de population, paupérisation des classes moyennes, disparition de votre pays qui est devenu un protectorat qui n’a plus d’armée, de justice, de budget ou de monnaie propre… Vous verrez, ça ira bien, dans le meilleur des mondes… Bon, j’arrête ici. Il faut que je file recruter des matrices plus ou moins consentantes.

Sylvain Banducci, le 3 février 2013

http://www.bvoltaire.fr

 

 

 

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La joie, source de détachement!

4 Février 2013, 02:46am

Publié par Fr Greg.

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            Je n'arrive pas tout à fait à tordre le cou au préjugé tenace qui me laisse croire qu'en me mettant au centre du monde, j'obtiendrai le bonheur en partage. Oui je dis « préjugé », alors qu'il s'agit plutôt d'une intuition obscure qui, tapie au fond de moi, sommeille, sorte d'injonction inconsciente: « Sois le premier, sois le premier en tout, tu seras le plus heureux! »

Je pourrai d'abord critiquer cette funeste conviction et me contenter d'expérimenter à fond ce que je devine déjà: plus nous nous abandonnons, moins nous faisons cas de notre personne, plus nous goûtons la joie libre.

 

Ces derniers temps, je crois m'être focalisé sur un problème pour consacrer toute mon énergie à la lutte: je dois me libérer de ma fascination, je dois résister, je dois..? sur cette pente, je ne fais que m'endurcir. Paradoxalement, cette démarche volontariste, cette tentation de s'aguerrir, me rendent encore plus vulnérable. Je suis épuisé. Par degrés, j'aimerais quitter cette lutte née d'un moi qui,  loin de s'abandonner, voudrait obtenir plus de la vie, même s'il se réclame du détachement.

 

A cette sorte d'instinct vient s'ajouter l'idée vague qu'autrui doit répondre à mes besoins et me servir, tout le temps. Quoi de plus grotesque que d'encourager son enfant à gronder une pierre sur laquelle son pied a glissé! Elle n'y peut rien! Pas plus que la grippe, les infirmités et les intempéries... Je suis cet enfant qui récrimine face à un monde qui lui échappe et lui résiste. Le meilleur service à lui rendre ici serait de l'inviter à passer à autre chose, éventuellement de l'inciter à la prudence. Il faut le dire et le répéter: ce n'est pas le sacrifice ni le renoncement qui conduisent au détachement, mais bien plutôt la joie. …

 

Cette joie, il ne suffit pas de claquer des doigts pour l'appeler. Voilà d'ailleurs ce qui l'apparente à la passion. Elle aussi, plus forte que moi, ne saurait dépendre entièrement de ma volonté. Cependant, je veux continuer à croire, que si minime puisse-t-il être, nous avons sur elle quelque pouvoir…

 

                                                                      Alexandre Jollien,  Le philosophe nu.

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Musique avec Wim Mertens...

3 Février 2013, 03:13am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

 

 

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L'oeuvre de Dieu (IV)

2 Février 2013, 02:33am

Publié par Fr Greg.

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Les œuvres du diable  

 

L'œuvre du Père rencontre des obstacles dans les hommes, obstacles qui proviennent des œuvres du diable. Un passage de la première Epître de Jean est ici très éclairant : « C'est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu » (1 Jn 3, 8). Quelles sont les œuvres du diable ? Si nous regardons dans l'Ecriture la première mention du diable, chose est assez nette : dans la tentation du jardin d'Eden, le démon tente Eve en essayant, par le mensonge, de corrompre sa foi dans la rôle de Dieu : « Pas du tout, vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gn 3, 4-5). La mort physique de l'homme,annoncée par Dieu comme un châtiment (Gn 3, 19), est une conséquence de cette mort de la foi. Le péché de Caïn semble bien s'inscrire aussi dans les œuvres du diable. Le péché de Caïn, en effet, est un péché de jalousie, or le livre de la Sagesse déclare que « c'est par la jalousie du diable que le péché est entré dans le monde » (Sg 2, 24). Ne peut-on pas voir le démon derrière cette bête qui convoite Caïn : « Si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à ta porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ? » (Gn 4, 7). Il est frappant de constater un phénomène similaire au chapitre 8 de l'Evangile de Jean qui montre un affrontement entre Jésus et les Juifs qui ne veulent pas croire en lui. Jésus les exhorte à faire « les oeuvres d'Abraham », au lieu de faire « les œuvres de leur père » :

 

Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham [...] Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage ? C'est que vous ne pouvez pas entendre ma parole. Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que Vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement (Jn 8, 39.43-44).

 

On voit ici clairement comment les œuvres du diable consistent à empêcher l'homme d'accueillir la parole de Dieu et d'adhérer à Jésus par la foi (20). Ce refus de la foi en Jésus s'accompagned'un désir diabolique de tuer Jésus : « vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l'a pas fait ! Vous faites les œuvres de votre père » (Jn 8, 40-41) (21). Ce désir de tuer Jésus apparaît également au chapitre 13 où Jean le relie explicitement au diable : « alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote,fils de Simon, le dessein de livrer Jésus » (Jn 13, 2).

 

Mais ces œuvres du diable, qui produisent le refus de croire en Jésus et vont même jusqu'à susciter le désir de la mort de Jésus, se retournent contre l'homme qui les a accueillies dans son cœur : « si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés » (Jn 8, 24). Le désir homicide du diable est dirigé tout à la fois contre Jésus et contre l'homme. C'est sans doute pourquoi l'Ecriture nous dit (22) que Judas - accueillant dans son cœur une ultime œuvre du diable, le désespoir - alla se tuer après avoir livré Jésus.

 

Il serait intéressant ici de comparer ce que Jean et Paul disent au sujet des œuvres du péché. Dans l'Epître aux Galates, Paul nous donne une liste impressionnante des « œuvres de la chair » : « Or les œuvres de la chair sont manifestes : fornication, impureté, débauche, idolâtrie, [...] ceux qui commettent ces fautes-là n'hériteront pas du Royaume de Dieu. Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix... » (Ga 5, 19-23). L'opposition entre les œuvres (au pluriel) et le fruit (au singulier) est significative : le péché provoque la dispersion alors que l'Esprit vivifie et unifie. l'expression « fruit de l'Esprit », au lieu d « œuvre de l'Esprit » qu'on attendrait spontanément, souligne la fécondité de l'Esprit Saint.

 

Jean, lui aussi, établit un contraste entre les œuvres mauvaises du péché et les œuvres bonnes, notamment :

 la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu (Jn 3, 19-21).

 Cependant, au lieu de donner une description détaillée des œuvres du péché, Jean se concentre sur l'œuvre mauvaise par excellence qui est le refus de croire en Jésus et il la relie aux œuvres du diable (23).

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(20). C'est aussi ce que montre la parabole du semeur en Mt 13, 3-23 : les oiseaux – qui symbolisent le démon - viennent manger la semence jetée au bord du chemin.

(21). Le désir diabolique de tuer Jésus est particulièrement impressionnant en Ap12 où l'on voit le dragon tenter de dévorer l'enfant de la femme. On peut en voir une illustration historique dans le désir d'Hérode de tuer Jésus dès sa naissance, tant il est vrai que le démon se sert d'instruments pour tuer, puisqu'il ne semble pas avoir la permission de tuer directement (cf. Jb, 2, 6).

(22). Mt 27, 3-5.

(23). Notons également ce passage de Paul qui s'apparente à ce que dit Jean sur les œuvres du diable : « Dès maintenant, oui, le mystère de l'impiété est à l'œuvre » (2Th2,7). 

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L'œuvre de Dieu ? (III)

1 Février 2013, 02:28am

Publié par Fr Greg.

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La foi en Jésus, fruit de l'œuvre du Père             

 

Le chapitre 6 de l'Evangile de Jean nous donne une lumière précieuse sur l'œuvre du Père. Lors de la multiplication des pains, Jésus opère un « signe » particulièrement éloquent : « A la vue du signe qu'il avait opéré, les gens dirent : "C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde" » (Jn 6, 14). Malheureusement, ils semblent bien ne pas reconnaître ce signe précisément comme « signe », c'est-à-dire comme un témoignage en faveur de Jésus, mais simplement comme un «prodige» dont ils entendent profiter en mettant la main sur Jésus. Celui-ci est obligé de s'enfuir. Le lendemain, on le trouve dans la synagogue de Capharnaüm :

 

Ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain tout votre soûl. Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau » (Jn 6, 25-27).

 

Nous reviendrons plus tard à l'invitation faite par Jésus à « travailler ». Examinons pour l'instant la suite du dialogue entre Jésus et les Juifs : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » (Jn 6, 28). Il semble que le verbe, comme c'est le cas dans d'autres textes du Nouveau Testament (15), signifie ici un effort moral et que l'expression « les œuvres de Dieu » doive être comprise comme un génitif objectif : les Juifs déclarent être disposés à opérer des œuvres bonnes ; ils sont donc sujets de ces œuvres qu'ils pensent entreprendre pour plaire à Dieu.

 

La réponse de Jésus au verset 29 est capitale pour la compréhension de l'œuvre du Père : « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. » Dans cette réponse de Jésus, au contraire du verset 28, le génitif « œuvre de Dieu » est à entendre en un sens subjectif (genitivus auctoris) : c'est Dieu qui réalise une œuvre dont le terme final, introduit par la conjonction ïva, est l'acte de foi des croyants en Jésus (16). Nous trouvons là une confirmation de ce que nous avons vu plus haut : l'œuvre du Père consiste à conduire les hommes vers Jésus et à susciter en eux l'adhésion de foi par laquelle ils seront sauvés. C'est pourquoi Jésus peut dire un peu plus loin : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque entend renseignement du Père et s'en instruit vient à moi » (Jn 6, 44-45).

 

Nous sommes ici au cœur de la conception johannique de l'acte de foi. Au lieu d'être envisagé en premier lieu comme un acte personnel du croyant qui choisit librement d'adhérer à la parole de Jésus, l'acte de foi est vu par Jean dans la lumière du Père : cet acte est le fruit dans l'homme de bonne volonté de l'œuvre du Père qui l'attire et le conduit à Jésus pour recevoir de lui la vie. Les œuvres que le Père donne à Jésus d'accomplir (les signes) sont entièrement ordonnées à cette œuvre principale qu'est la foi du croyant. C'est ainsi, semble-t-il, qu'il convient de comprendre la différence entre les œuvres (au pluriel) et l'œuvre (au singulier).

 

Face aux Juifs, Jésus répond donc qu'il ne s'agit pas en premier lieu de faire des œuvres, si bonnes soient-elles, mais plutôt de permettre à l’oeuvre du Père de porter son fruit salvifique qui est la foi en Jésus.

 

On pourrait se demander s'il n'y aurait pas dans le texte une discrète polémique de Jean contre des disciples de Paul qui exagéraient la dialectique foi-œuvres. La réponse de Jésus ne vise pas à dénier l'importance des œuvres bonnes faites pour Dieu ni à les opposer dialectiquement à l’oeuvre de Dieu, mais à rappeler que l'œuvre que Dieu réalise est toujours première par rapport aux œuvres que les hommes entreprennent et qui en sont un fruit (17). Les versets 28-29 sont donc particulièrement importants pour une théologie de la foi et du rapport entre la foi et les œuvres (18).

 

II serait intéressant ici de regarder la manière dont les autres écrits johanniques nous présentent la foi, manière qui est en pleine harmonie avec ce que nous voyons dans le quatrième évangile. Selon la première Epître de Jean : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car tel est le témoignage de Dieu, que Dieu a rendu à son Fils : celui qui croît au Fils de Dieu a ce témoignage lui » (1 Jn 5, 9-10). Le croyant possède en lui le témoignage du Père faveur de son Fils. C'est aussi pourquoi l'Apocalypse parle des chrétiens comme de « ceux qui ont le témoignage de Jésus. » (19)

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

 

(15). Cf. par exemple Rm 2, 10 ; 13, 10 ; Ga 6, 10 ; He 11, 33.

(16). Cf. G. BERTRAM, article « ëçyov, èçyàÇojACd », dans TWNT, II, p. 639.

(17). Cf. le commentaire pertinent de R. H. Lightfoot : « Granted this form of  service or work, namely belief, all other works would follow, being included m this one work and its results » (cf. St. John's Gospel. A Commentary, Oxford, Oxford Clarendon Press, 1956,p.159).

(18). Au lieu de restreindre, comme on le fait souvent, la discussion du problème de la relation foi/œuvres aux Epîtres aux Romains et aux Galates, d'une part, et à l'Epître de Jacques, d'autre part, ne conviendrait-il pas davantage de prendre un point de vue plus élevé, celui de Jean, précisément ?

(19). Cf. Ap 12, 17. Voir aussi Ap 6, 9 où il ne faut pas traduire : « pour le témoignage qu’ils avaient rendu », mais littéralement : « pour le témoignage qu’ils avaient ». Le témoignage rendu par les martyrs est un fruit du témoignage du Père qu'ils ont accueilli en eux.

 

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L'œuvre de Dieu ? (II)

31 Janvier 2013, 01:22am

Publié par Fr Greg.

 

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L' ŒUVRE DU PERE DANS L'EVANGILE DE SAINT JEAN

 

Le substantif (travail, œuvre) est employé 27 fois dans l'Evangile de Jean contre 10 fois dans les évangiles synoptiques. Quant au verbe (travailler, œuvrer), il est employé 8 fois dans l'Evangile de Jean contre 6 fois dans les évangiles synoptiques. On voit donc déjà que ces deux termes sont beaucoup plus employés par Jean que par les autres évangélistes.

 

Le premier emploi de dans l'Evangile de Jean apparaît en Jn 4,34. Aux disciples qui le pressent de manger, Jésus répond : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre ». Jésus se présente donc comme celui qui a été envoyé afin d'accomplir l'œuvre du Père. Le discours à Nicodème a déjà lié Renvoi du Fils au salut de l'humanité :

 

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas condamné ; qui ne croit pas est déjà condamné car il n'a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu (8).

 

On voit dans ce texte comment, d'une part, le salut consiste en l'accueil du don de la vie éternelle, d'autre part, comment on accède au salut par la foi dans le Fils unique de Dieu. Nous verrons justement le lien étroit établi par Jean entre l'œuvre de Dieu et la foi en Jésus.

 

Le travail du Père et celui du Fils

Au chapitre 5 de son évangile, Jean nous rapporte la guérison de l'infirme de la piscine de Béthesda, guérison opérée le jour du sabbat. Après avoir guéri l'infirme, Jésus lui ordonne de prendre son grabat et de marcher. Aux Juifs qui objectent qu'il n'est pas permis de porter un grabat le jour du sabbat 9, Jésus répond : « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à maintenant et moi aussi je suis à l'œuvre (10) » Cette affirmation de Jésus est à comprendre en lien avec l'interprétation juive du repos sabbatique que nous avons vue plus haut : du temps de Jésus, les Juifs avaient déjà compris que Dieu continue nécessairement d'être à l'œuvre le jour du sabbat ; ils ne devraient donc pas s'étonner que Jésus lui aussi soit à l'œuvre. Jean mentionne que cette affirmation de Jésus fut comprise par les Juifs comme une prétention insoutenable d'être l'égal de Dieu. Le long discours de Jésus en Jn 5, 19-47 vise à lever le scandale et à justifier l'affirmation de Jésus en montrant la totale dépendance de l'œuvre de Jésus à l'égard de l'œuvre du Père :

 

Amen, amen, je vous le dis, le Fils ne peut faire de lui-même rien qu'il ne voie faire au Père: ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci ; vous en serez stupéfaits (Jn 5, 19-20).

 

En quoi consistent donc ces œuvres que le Père montre au Fils ? Jésus dit qu'il s'agit d'une œuvre vivificatrice : « Comme le Père en effet ressuscite les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut [...] Comme le Père en effet dispose de la vie, ainsi a-t-il donné au Fils d'en disposer lui aussi (11) ». Le travail de Dieu lors de la création de l'homme avait consisté à modeler le corps de l'homme et à lui donner vie ; l'œuvre vivificatrice du Père, à laquelle le Fils est pleinement associé, consiste à redonner vie à l'homme qui a perdu la vie par le péché.


Cette œuvre du Père est rendue manifeste à travers les signes accomplis par Jésus. Selon la théologie johannique des signes, en effet, les « miracles (12) » de Jésus, avant d'être des œuvres de miséricorde envers des personnes dans une situation de détresse, sont principalement des signes qui l'accréditent comme l'envoyé du Père : « les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m'a envoyé 13 ». Le témoignage des ces œuvres devrait conduire à la foi en Jésus en dépit des difficultés à comprendre ses paroles : « le Père qui demeure en moi accomplit les œuvres. Croyez-m ‘en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Du moins, croyez-le à cause des œuvres 14. » Ces œuvres sont si éloquentes qu'elles doivent suffir pour emporter l'adhésion de foi. C'est pourquoi Jésus peut dire à l'égard de ceux qui refusent de croire en lui : « Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, moi et mon Père» (Jn 15,24).

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(8). Jn 3, 16-18.

(9). Cf. Jr 17, 21 : « Ainsi parle Yahvé : Gardez-vous bien - il y va de votre vie - de transporter un fardeau, le jour du sabbat, et de l'introduire par les portes de Jérusalem. »

(10).Jn5,17.

(11). Jn 5, 21.26.

(12). Nous employons ici le mot « miracle » parce que c'est la parole consacrée en français, mais il faut tout de suite faire remarquer que ce mot... n'existe pas tel quel dans le Nouveau Testament ! En effet, ce que nous appelons « miracle » est, en fait, appelé dans le NT par divers termes : « puissance » (ô'ùvau.iç), « prodige » (ïéçaç) et surtout, chez Jean, « signe » (o-nuelov). Cf. J.-P. CHARLIER, Signes et prodiges. Les miracles dans l'évangile. Lire la Bible n°79, Paris, Cerf, 1987.

(13). Jn 5.36.

(14). Jn 14. lOc-11.

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Qu’est-ce que l'œuvre de Dieu ?

30 Janvier 2013, 02:16am

Publié par Fr Greg.

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LE TRAVAIL ET LE REPOS DE DIEU DANS LA GENESE

 

Le travail de la création              

 

Les deux récits de la création dans la Genèse (Gn 1 et 2) nous présentent la création comme un « travail » de Dieu. Le premier récit nous montre Dieu créant de manière progressive, sur un intervalle de six jours, l'univers et ses habitants : la parole de Dieu fait surgir la lumière, la terre, les plantes, les animaux, et enfin l'homme. La parole divine est immédiatement efficace et produit sans peine son effet (1). Le deuxième récit de la création nous présente Dieu assumant tantôt la fonction du potier (pour façonner-le corps de l'homme), tantôt celle du chirurgien (pour façonner celui de la femme), tantôt encore la fonction du jardinier pour planter le jardin en Eden). Curieusement, toutefois, c'est à la fin du premier récit, et non du second, qu'apparaît l'affirmation bien connue du « repos » de Dieu : « Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait alors chômé après tout son ouvrage de création » (Gn 2, 2-3).

 

 Comme le remarque Jean Paul II 

l'achèvement de l'œuvre de Dieu ouvre le monde au travail de l'homme [...] A travers cette évocation anthropologique du travail divin, la Bible ne nous donne pas seulement une ouverture sur le rapport mystérieux entre le Créateur et le monde créé, mais elle jette aussi une lumière sur la mission de l'homme à l'égard du cosmos. Le travail de Dieu est en quelque manière exemplaire pour l'homme. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement appelé à habiter, mais aussi à construire le monde, en se faisant ainsi collaborateur de Dieu (2).

 

Dans l'Ancien Testament, le Deutéronome se réfère au texte de la Genèse au sujet du commandement du sabbat :

 Observe le jour du sabbat pour le sanctifier, comme te l'a commandé Yahvé, ton Dieu. Pendant six jours tu travailleras et tu feras ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu. Tu n'y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, m ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne ni aucune de tes bêtes, ni l'étranger qui réside chez toi. Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante pourront se reposer (Dt5,12-14) (3).

 

Quant au psaume 94, il se termine par une mention du repos de Dieu mise dans la bouche du Seigneur (PS 94, 11) : « Alors, j'ai juré dans ma colère, jamais ils n'entreront dans mon repos. »

 Selon Jean Paul II le repos divin du septième jour n'évoque pas un Dieu inactif, mais il souligne la plénitude de la réalisation accomplie et exprime en quelque sorte la pause faite par Dieu devant l'œuvre « très bonne » sortie de ses mains, pour porter sur elle un regard plein d'une Joyeuse satisfaction : c'est un regard « contemplatif », qui ne vise plus de nouvelles réalisations, mais plutôt la jouissance de la beauté de ce qui a été accompli (4).

fr Alain Marie.

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(1) Contrairement à de nombreux mythes de la création (le mythe babylonien, par exemple) où le cosmos est l'enjeu d'une lutte entre des puissances hostiles.

(2). JEAN PAUL II, Lettre apostolique sur la sanctification du dimanche, Dies Domini, §10.

(3). L'affirmation du repos de Dieu le septième jour de la création se retrouve également par deux fois dans le livre de l'Exode (Ex 20, 11 ; 31, 17).

(4). Dies Domini, § 11.

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L’atrabilaire amoureux ...

29 Janvier 2013, 03:35am

Publié par Fr Greg.

 

L'atrabile était pour les anciens le nom de la bile noire qui conduisait à la colère et à la dépression. Alceste, le misanthrope, était atteint de ce mal.

 

Alceste

       

 

 Alceste : « Tous les hommes me sont, à tel point, odieux, Que je serais fâché d’être sage à leurs yeux.

Philinte « Vous voulez un grand mal à la nature humaine !  »

Alceste : » Oui ! j’ai conçu pour elle, une effroyable haine. (…) Contre l’iniquité de la nature humaine, Et je nourris, pour elle, une immortelle haine. »

Molière, le Misanthrope.

 

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Philippe Le Guay confronte deux ego, Fabrice Luchini et Lambert Wilson, dans un duel à fleurets mouchetés autour du Misanthrope.

 

Pile ou face. Ils lancent une pièce en l'air pour savoir qui va incarner Alceste. Dans une maison au charme délabré, deux acteurs répètent Le ­Misanthrope. L'île de Ré est un théâtre. Il s'y passe des choses prodigieuses. Les phrases de Molière résonnent dans des salons vastes et humides. Lambert Wilson est venu déranger Luchini dans sa tanière. L'un est une vedette du petit écran, l'autre s'est retiré du métier. Le héros de feuilleton se balade en manteau blanc, signe des autographes, arbore une coiffure à la Liberace. Son ancien ami bougonne, a des problèmes d'intendance, les joues mal rasées. Il porte des écharpes et des gros pulls qui le font ressembler à Céline.

Les planches? Terminé. Basta. Finito. Pourtant, il se laisse tenter par la proposition. Il hésite, ondoie, revient sur sa décision. Oui. Peut-être. On verra. La partie n'est pas gagnée. Ne pas oublier que ce monsieur balance dans la cheminée les scénarios qu'il reçoit. Mais Molière, hein, Molière? Il n'est pas interdit de rêver d'un retour triomphal. Il y a une saison pour tout. Peut-être que le milieu a changé, que la trahison n'y est plus la règle. Luchini espère une revanche. La célébrité de Wilson l'agace. On ne peut pas éternellement rentrer en soi-même.

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L'astuce de Philippe Le Guay consiste à avoir offert le troisième rôle au décor. On zigzague sur des chemins creux, tombe dans des étangs. On se balade sur de longues plages à marée basse. On dérange des agents immobiliers. Les gens chuchotent sur la place du marché. Une serveuse de café voudrait devenir actrice de X. La province n'est plus ce qu'elle était. Une Italienne cherche à vendre sa villa. Cette brune piquante retourne dans son pays. Au milieu des cartons, elle réveille des désirs assoupis. Ça n'était pas prévu. La vraie vie déboule parmi les textes classiques. D'authentiques sentiments se mêlent aux émotions en caractères d'imprimerie. Ah, ces lueurs inédites qui pétillent soudain dans les regards! Il va falloir gérer cela. Les deux comédiens se surveillent. Leurs ego se frottent comme deux silex. Cela produit des étincelles. Ces Narcisse se tirent le tapis sous les pieds, emploient des formules à double sens, multiplient les cachotteries. Cette profession n'a pas le monopole de la jalousie. La notoriété aiguise les envies. Cela ne va pas sans violence. Ronchonner en robe de chambre est un honnête passe-temps. Il y a de faux espoirs, des états d'âme, des promesses non tenues.

 

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Tristesse rieuse et agressive

Ce duel à fleurets mouchetés est servi par deux phénomènes. Wilson est souple, moelleux. Il résiste à un Luchini acariâtre, lunaire, aux blessures secrètes. On dirait deux sportifs de même niveau. Ils s'échauffent, font des balles. Soudain, c'est le smash. Les répliques claquent. Elles sonnent juste. Le Guay est à son affaire. Il aime la langue française, les plaisirs de l'imagination, les mots qui crépitent comme des feux d'artifice. Un tempérament pareil ne court pas les rues. Quelle joie, quelle chance, de vivre dans un pays où l'on s'étripe pour un adjectif, où prononcer «indicible» au lieu d'«effroyable» constitue un crime, pire: une faute de goût. On déclenche des guerres pour moins que ça. Celle-ci se mène entre deux quinquagénaires bouffis d'orgueil, pétris de malice, au bord de la crise de nerfs. Ils sont capables de piquer des colères terribles à cause d'une virgule ou d'un portable qui sonne. Belle leçon de civilisation.

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 Il règne là-dessus un climat doux-amer. Telles sont les mésaventures qui arrivent au mâle occidental en ce début de siècle vingt et unième. Tout cela sensible, intelligent, avec ce qu'il faut de cruauté. Comment peindre le théâtre? Le moyen de filmer le talent? Il suffit d'avoir la souplesse d'une chanson de Montand, de montrer des cœurs affolés, de rendre poétique un morceau des Charentes-Maritimes, d'écouter ­Molière, qui était un peu le Audiard de son époque.

Luchini, d'une tristesse rieuse et agressive, fonce à deux-roues sur la jetée en costume du XVIIIe. Dans le ciel, il y a de merveilleux nuages. Philippe Le Guay est l'éclaircie du cinéma français.

www.lefigaro.fr

 

 

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Vous est-il nécessaire de consommer pour exister? (II)

28 Janvier 2013, 01:42am

Publié par Fr Greg.

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La société contemporaine donne l'impression d'une société de l'instantané où l'on veut tout, tout de suite. Qu'en est-il vraiment ?

Danielle Rapoport : Les rapports au temps sont plus complexes que cela. L’immédiateté de la réponse à une demande sur Google par exemple. l’instant du « clic », l’accélération généralisée, dessinent une partie seulement du temps contemporain. La « slow attitude » qui concerne de plus en plus de secteurs de la consommation, le besoin pour les gens de faire une pause, ces moments pris à ne rien faire de « consommatoire » - flâner, jouer avec ses enfants… - cela ouvre à d’autres temps. Mais les « net kids » ont eu beaucoup de cadeaux numériques pour Noël, car leur propre temps n’est plus le même que le nôtre, ni celui de la nostalgie. Nous sommes dans un temps pluriel, adapté à nos envies de vivre plusieurs vies et le plus longtemps possible !

En quoi la volonté de reconnaissance d'un droit à l'enfant, via la procréation médicalement assistée (PMA) en débat aujourd'hui, s'inscrit-elle dans cette logique ?

Diane Drory : Il y a actuellement des discussions sur l'adoption par les homosexuels en Belgique, après le vote de la loi de l'adoption par les homosexuels. On veut maintenant revenir à l'accouchement sous X pour que les homosexuels masculins puissent avoir un enfant sans que celui-ci ne puisse jamais remonter à ses origines. Il y a dans ce droit à l'enfant cette marque de toute puissance, où on oublie  qu'un enfant est un don de la vie, et non pas un droit, ou une exigence de voir le désir de l’adulte comblé. Le droit à l'enfant donne lieu à des raisonnements qui oublient l'intérêt de l'enfant, en autres d’avoir droit à connaître ses origines.

Danielle Rapoport : Concernant la PMA, les progrès de la génétique et de la médecine vont de plus en plus loin et offrent la possibilité d’avoir son enfant de façon volontaire. Que ce soit en termes de moment, d’âge de la mère, ou pour demain de détermination du sexe et des caractéristiques physiques et intellectuelles de l’enfant, la procréation de hasard devient plus rare. Est-ce plus ou moins responsable ? Est-ce du seul désir des parents dont il est question, et ce faisant de toute leur histoire et lignée dont l’enfant sera redevable ? Cette logique du droit pose en effet de graves questions sur le réel désir d’enfant, à savoir un nouvel être différent des projections personnelles des parents, et parfois frustrant vis-à-vis des attentes.

Faudrait-il réintroduire de la frustration dans notre société ? Comment ?

Diane Drory : Qu’il faille le faire à travers l'éducation est évident. L’acceptation de la frustration s'acquiert durant l'enfance, l'adolescence, notamment à travers les limites et la transmission de valeurs humaines. Cette dernière est tout à fait essentielle. Il existe une pression sociale, et même professionnelle qui fait que l'on ne supporte plus la frustration, et impose qu'on n'attende plus. Où cela va-t-il s'arrêter ? Il est nécessaire de réintroduire la notion du temps, qui est très importante. Nous sommes tellement pris dans l'immédiateté qu'elle nous empêche de penser. L'acceptation du manque aide à penser, et nous permet de chercher une autre solution, d'ouvrir d'autres pistes. Pendant les guerres se créent de grandes inventions, car l'humain est en manque. Le désir développe la créativité et le manque oblige à se débrouiller et à trouver des solutions alternatives.

Danielle Rapoport: Il ne faut pas le faire n’importe comment. Deux choses importantes à prendre en compte. Le fait d’abord que cette fracture sociale et économique est difficilement admissible, elle expose des inégalités et des injustices peu propices au devenir de l’humain. Les plus pauvres ne devraient pas être en frustration de survie, ni les plus riches en frustration de désir et en « manque de manque ». La nécessité ensuite de réfléchir et de concrétiser les notions de « limites », du fait des impératifs « écolo-durables qui obligent à des frustrations collectivement plus acceptables.

Comment ? Rêvons un peu… Débouter l’argent idolâtre, aider les plus démunis par de vraies actions, non pas d’assistance mais de place possible pour chacun de travailler, de manger correctement, d’être en relation. Apprendre ce qu’est l’argent et sa vraie valeur, ce fluide vital qui ne s’use pas si l’on s’en sert de manière dépassionnée. Ouvrir à la possibilité de prôner des valeurs « d’être », pour pallier le déficit de futur des sociétés et des hommes. Oser la création, l’imagination, aimer la frustration quand elle veut dire désir, courage et volonté d’être et de devenir.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

www.atlantico.fr


Diane Drory est psychologue et psychanalyste. Elle est l'auteur de Au secours !  Je manque de manque ! paru aux éditions De Boeck en 2011.

Danielle Rapoport est psychosociologue, spécialisée dans la consommation. Elle est fondatrice et directrice de Danielle Rapoport conseil, un cabinet d’études et de conseil stratégique.

 

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Vous est-il nécessaire de consommer pour exister?

27 Janvier 2013, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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La société de consommation nous a-t-elle rendus intolérants à la frustration, à l'attente et à l'effort ?

Diane Drory : La frustration se manifeste lorsque l'on n'a pas immédiatement ce qui répond à notre désir. Ce dernier reste en attente d'être comblé. La frustration est très importante pour l'humanisation, car en son absence, nous serions en permanence dans la pure pulsion : "je veux, j'ai". La civilisation consiste justement à apprendre à gérer sa pulsion, et à la socialiser, selon les normes de la civilisation dans laquelle on grandit.

La société de consommation nous a rendus plus intolérants à la frustration. Puisqu’elle a pour objectif de faire tourner l'économie, elle cherche à combler tous nos désirs. La société de consommation nous permet d'acquérir les choses de manière rapide, sans faire trop d'effort. On oublie que parfois, il est difficile d'obtenir quelque chose.

La technologie contribue également à ce que nos désirs soient comblés dans l'immédiateté, qui est banalisée. D'un clic, je peux acheter la robe que j'ai vue. Je n'ai plus à prendre le bus ou la voiture pour aller au magasin. D'un clic, je peux aussi contacter quelqu'un à l'autre bout du monde. Il n'y a plus besoin d'aller chez les brocanteurs, qui sont maintenant en ligne. La technologie, avec tous les bienfaits qu'elle apporte montre que l'immédiateté impose plus que jamais que l'éducation doit former l'humain à l'effort et l'attente, qui ne va pas de soi.

Danielle Rapoport : Dans les années 1960, consommer avait un sens à la fois collectif et identitaire : faire marcher les usines, équiper sa maison, s’habiller, après des longues années de véritables manques, étaient synonymes d’un bonheur retrouvé. Aujourd’hui, la société d’"hyperconsommation" répond à des désirs au-delà des besoins vitaux. Sur-sollicités par des produits et un marketing de plus en plus sophistiqué, les consommateurs sont devenus des « ayants droits au plaisir » et à la satisfaction immédiate de leurs envies.

Les changements temporels dus au numérique, les offres de paiement à crédit, souvent pour les plus fragiles et endettés, l’offre qui adapte ses prix au moins disant, ont permis de ne pas vouloir attendre. Mais depuis 20 ans, nous avons appris les arbitrages et le renoncement à certains plaisirs pour d’autres plus investis. Et depuis 2008, certains ont su transformer le risque d’une grande frustration due à la baisse réelle du pouvoir d’achat, en une consommation parallèle, symboliquement plus satisfaisante – marché de l’occasion, troc, gratuité -.  « Faire au mieux comme on peut » est une devise plus raisonnée que le « tout tout de suite » des années 80.

La frustration, l'attente et l'effort ont-ils une utilité ?

Diane Drory : L'intérêt de la frustration est de pouvoir accepter la vie telle qu'elle se présente, de construire l'être au lieu de se focaliser sur l'avoir. Or, c'est en étant un être solide qu'on peut traverser la vie avec plus d'acceptation, et plus d'ouverture à l'autre. Tant qu'on est dans la toute puissance et l'insupportable de la frustration, on est complètement braqué sur soi.

D'où cet individualisme qui fait éclater notre société, on oublie la solidarité. Lorsque l'on est dans l'être, et qu'on accepte la frustration, on est plus facilement dans la solidarité, le respect de l'autre, et l'acceptation de la vie, et ce qu'elle apporte. Il y a l'acceptation des écueils de la vie, et de nos faiblesses.

Danielle Rapoport : Ces trois termes impliquent la capacité que nous avons à réfléchir, peser le pour et le contre, être responsables, avoir une pensée critique. Cette distance entre un désir et sa satisfaction, souvent "déceptive" d’ailleurs via les seuls objets de consommation, permet de quitter le registre de la pulsion pour aller vers plus de créativité, de lien, et au final de nous faire grandir. Savoir choisir, donc savoir faire la différence entre notre désir, ce que nous voulons vraiment, et notre besoin - par exemple de « faire pareil » que les modèles qu’on nous impose, que ses amis etc. - implique aussi de renoncer et de le supporter. Mais c’est grâce à cela que nous devenons des entités uniques et singulières, capables de différence et donc d’accepter celle de l’autre.


Gérer la frustration est-il la marque d'entrée dans le monde adulte ? Peut-on dire, par exemple, que nous sommes de grands enfants ?

Diane Drory : Bien que tous les adultes ne soient heureusement pas concernés, c'est effectivement une marque de grand enfant de ne pas supporter la frustration. On est encore dans un rêve de toute puissance. Notre société n'aide pas à faire le deuil de notre toute-puissance, nous sommes habitués à penser, agir, et avoir comme nous l’entendons c’est pourquoi on a l'impression que les choses nous sont dues. Or, ce n'est pas le cas. Il n'est pas étonnant qu'il y ait énormément de dépressions, de suicides, car les gens sont d'un coup confrontés à la frustration alors qu'ils  n'y sont pas du tout préparés.

Danielle Rapoport : C’est être adulte que de ne pas réclamer à corps et à cris ce que nous ne pouvons-nous permettre d’avoir, et ce qui n’est pas notre vrai désir. Nous devrions savoir poser des limites. Ce qui n’implique pas de renoncer à notre part d’enfance, sa spontanéité, son émerveillement. Ne pas confondre l’enfance et l’infantile.

La société "d’hyperconsommation" nous infantilise souvent, quand parfois nous « craquons » pour tel objet, juste pour emplir un vide et des angoisses, pour exister. Aujourd’hui, s’adonner à des comportements infantiles réfère entre autres à cette peur de grandir, parfois légitime, qu’ont les jeunes,  au refus de prendre ses responsabilités, et plus largement au fantasme d’une société de « dû », maternante… Le retour au principe de réalité n’en est que plus frustrant !

 

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

www.atlantico.fr

 

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L’homme n’est pas une mère comme une autre...

26 Janvier 2013, 01:39am

Publié par Fr Greg.

 

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Pour Pierre Lévy-Soussan*, le projet de loi autorisant le mariage et l’adoption pour tous « entame la question de la filiation, qui est fondamentale dans la construction psychique de l’enfant ». Selon le pédopsychiatre, « l’enfant a besoin de s’imaginer sa naissance comme le fruit d’une rencontre, issue d’une relation sexuée.


Ce sont des données structurelles de l’humain. Même avec une couleur de peau différente, l’enfant adopté peut imaginer qu’il aurait pu être le fruit d’une relation entre cet homme et cette femme que sont ses parents adoptifs ».

A contrario, « un enfant ne peut pas s’imaginer issu de deux hommes ou deux femmes, c’est matériellement impossible. On a beau dire ou beau faire, l’homme n’est pas une mère comme une autre. Il apportera toujours quelque chose de différent et de différencié à un enfant ». Pour Pierre Lévy-Soussan, il faut bien distinguer filiation et éducation. « Bien sûr que deux hommes, deux femmes, une nounou, des grands-parents peuvent éduquer un enfant. Mais aucun d’entre eux ne pourra se substituer à une mère et à un père. Bien sûr qu’il existe des enfants qui ont grandi avec une mère et sa compagne, ou un père et son compagnon, que ces derniers étaient très bien dans leur rôle éducatif. Mais ils savaient tout de même qu’ils étaient issus d’un homme et d’une femme. Cela change tout. Deux mères, deux pères, cela ne veut rien dire, c’est comme s’il n’y avait plus personne. »


Et le spécialiste de constater que « plus on explique ces enjeux, plus les Français sont sceptiques sur ce projet ».

Le parisien.fr.

* A publié « Destins de l’adoption », aux Editions Fayard.

 

 

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Les Bêtes du sud sauvage.

25 Janvier 2013, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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Caméra d’or lors du dernier Festival de Cannes.

       

Il flotte un léger parfum d’apocalypse dans ce premier film de Benh Zeitlin, qui décrit la disparition non pas du Monde, mais d’un monde, la fin d’une communauté et d’un mode de vie. 


Le jeune cinéaste nous entraîne dans un endroit appelé “La Baignoire” (The Bathtube), une bande de Terre située dans le delta du Mississippi, où quelques individus vivent à l’écart de la civilisation voisine, de l’autre côté de la digue. Cette communauté vit des fruits de la pêche, de la chasse, de l’élevage d’animaux et de cueillettes diverses. Et elle habite dans des cabanes de fortune, bricolées à partir d’objets récupérés.  


Tout irait pour le mieux si la baignoire en question n’était pas en train de prendre l’eau…  Cette partie du bayou est en effet menacée de disparition par la montée des eaux dans la région, de plus en plus manifeste. Les autorités ont donc décidé, par mesure de précaution, de faire évacuer la zone. 


Mais certains habitants refusent de quitter leurs terres et leur mode de vie traditionnel et rentrent en résistance, comme Wink et sa fille de dix ans, Hushpuppy. Pourtant, la presqu’île sera bientôt totalement engloutie par les eaux. La végétation pourrit. Les animaux meurent. Les humains aussi…

 

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      La jeune Hushpuppy réalise soudain que ce père qu’elle pensait immortel, celui qui s’occupe d’elle depuis la disparition mystérieuse de sa mère, qui l’élève à la dure pour la préparer à affronter les dangers du monde, est malade et n’en a plus que pour que quelques jours à vivre.

  
Le vaudou ne peut plus rien faire pour lui, la médecine moderne non plus. Son coeur est fatigué, son sang est malade, et il dilapide ses dernières forces pour protéger sa fille contre le déchaînement des éléments et lui apprendre quelques petites choses essentielles à sa survie. 


La gamine va notamment devoir affronter ses peurs et ses angoisses les plus profondes pour pouvoir accompagner son père jusqu’au bout du chemin et prendre sa propre route, laissant derrière elle son innocence enfantine.

 

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La force de ce très beau film provient de la juxtaposition de trois éléments.  
Le premier est la description quasi-documentaire d’un univers assez incroyable, hors du temps, où des hommes et des femmes vivent en autarcie, délibérément loin de la civilisation, et mènent une existence simple, frugale, probablement rude par moments, mais totalement libre. Incroyable, mais vrai, puisque le cinéaste s’est inspiré de l’île Jean-Charles, en Louisianne, peuplée notamment par des tribus indiennes vivant à l’écart de la civilisation (1).

 

 

 

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Le second est une fable écologique très contemporaine. Le cinéaste y évoque la fonte des glaces polaires et les catastrophes climatiques qui y sont associées, de tempêtes en inondations, avec les conséquences que l’on connaît pour les régions côtières des Etats-Unis. En Louisiane, les ravages causés par l’ouragan Katrina sont encore dans toutes les mémoires… De nombreuses digues ont été construites ou renforcées pour éviter les inondations venues de l’Océan Atlantique. Cela n’est pas sans conséquences pour les habitants de “la baignoire” et des autres îlots. Les tempêtes charrient de l’eau de mer qui contamine l’eau potable, détruit la flore et empoisonne la faune et les digues retardent le drainage des terres. Seule solution possible pour éviter la destruction de leur “paradis” : faire sauter une digue, ce qui n’est pas vraiment du goût des autorités…

 

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Enfin, le troisième élément, le plus beau, est la vision des évènements à travers des yeux d’enfant, ceux de la petite Hushpuppy. Une vision forcément déformée par la peur et la naïveté enfantine, quelque part entre la réalité et les fantasmes.

 

Le mélange de ces trois composantes donne un film envoûtant de bout en bout, qui nous plonge dans un univers sauvage, à la fois merveilleux et cauchemardesque. On y croise des humains courageux, en lutte contre les éléments, contre la civilisation, contre la disparition de leur monde, mais aussi des êtres extraordinaires, dotés de pouvoirs magiques, comme celui de comprendre les cris des animaux ou d’allumer le gaz simplement en passant à côté. Les animaux domestiques y côtoient des bêtes féroces fantasmées, imposants aurochs tout droit sortis de la préhistoire, et symbolisant les peurs enfantines. 

 

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Et, au milieu de tout cela, on observe la relation entre un père et sa fille, parfois heurtée, en raison du tempérament un peu rude du vieil homme et de son penchant pour l’alcool, parfois touchante, quand l’homme, conscient de sa fin prochaine, apprend à la gamine à se débrouiller seule, et finalement bouleversante, au moment des adieux, d’une infinie tendresse. Magnifique, tout simplement…

 

La mise en scène de Benh Zeitlin n’est pas étrangère à cette réussite. Le cinéaste compose ses plans comme des tableaux, jouant sur les lumières et les ombres, les ambiances, avec une énergie brute qui se ressent dans chaque séquence et un sens de la poésie très affirmé. En plus d’être un film très fort sur le plan des thèmes et des sujets abordés, Les Bêtes du Sud sauvage se paie le luxe d’être une formidable réussite esthétique et ce, malgré un manque de moyens financiers et techniques criant (le film a été tourné sur de la pellicule 16mm, avec une équipe recrutée localement). 

 


Et, pour couronner le tout, le cinéaste démontre qu’il est un formidable dénicheur de talents et un très grand directeurs d’acteurs. Ses comédiens, non-professionnels pour la plupart, sont tous remarquables, de Levy Easterly à Gina Montana, de Lowell Landes à Jonshel Alexander. Sans oublier, bien sûr, le duo principal de cette histoire : Dwight Henry, boulanger à la ville (2), démontre qu’il est aussi un acteur fort convaincant dans le rôle de Wink, et la jeune Quvenzhané Wallis, formidable Hushpuppy, à qui beaucoup prédisent une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance.


 http://www.anglesdevue.com

: Le film s’inspire de la pièce de “Juicy and Delicious” de Lucy Alibar pour la trame narrative, mais le cinéaste a choisi de planter le décor dans cette presqu’île de Louisiane inspirée par l’île Jean-Charles. 


(2) : Il tient le Buttermilk drop à Treme, près de la Nouvelle-orléans.

 


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Regard de l'historien sur Jésus (II)

24 Janvier 2013, 01:57am

Publié par Fr Greg.

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Le groupe sanguin sur les trois reliques de la Passion est le même

Des scientifiques américains, espagnols et français ont établi que les taches de sang figurant sur les trois grandes reliques de la Passion pouvaient se superposer: le linceul de Turin, le suaire d'Oviedo, linge qui aurait été mis sur le visage de Jésus aussitôt après sa mort, et la tunique d'Argenteuil, que Jésus aurait portée sur le chemin de croix. Le groupe sanguin est le même, AB, un groupe rare. On a également retrouvé sur ces linges des pollens de plantes ne poussant qu'au Proche-Orient. Ces découvertes sont restées ignorées de la plupart des médias.

 

Bref, on peut considérer que ces trois reliques, qui ont connu des pérégrinations très diverses au cours des âges, s'authentifient elles-mêmes, constituant une source très précieuse pour éclairer le déroulement de la Passion: le chemin de croix, le crucifiement, la descente de croix et la mise au tombeau. Partant de ces données, que peut-on dire de la vie de Jésus? Une certitude: il n'est pas né le 25 décembre de l'an 1, mais probablement en l'an - 7, à une date inconnue. Selon Matthieu et Luc, il voit le jour au temps du roi Hérode le Grand. Or, celui-ci meurt en - 4.Si l'on se réfère à l'épisode de l'étoile de Bethléem raconté par Matthieu, le calcul astronomique moderne a permis de constater qu'en l'an - 7, une conjonction très rare des planètes Jupiter et Saturne était intervenue à trois reprises dans la constellation des Poissons.

Des tablettes en écriture cunéiforme, découvertes à Sippar en Mésopotamie, l'avaient déjà notée. C'était le signe pour les Juifs de la venue du Messie. Le rabbin portugais Isaac Abravanel le disait encore au XVIe siècle. Ce phénomène expliquerait pourquoi l'évangéliste Matthieu nous parle d'une étoile qui apparaît et disparaît. Le rapprochement entre ces données scientifiques et l'étoile des mages est troublant. Benoît XVI, dans son dernier livre, L'Enfance de Jésus, l'admet d'ailleurs comme hypothèse.

 

L'historien, naturellement, ne peut se prononcer sur la naissance virginale de Jésus. On a longtemps pensé que le vœu de virginité de Marie était incompatible avec la mentalité juive, jusqu'au jour où l'on a trouvé dans les manuscrits de la mer Morte le rouleau dit du Temple, un texte parlant de vierges consacrées dans le cadre du mariage: «Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d'accord avec une telle mesure, les deux sont dans l'obligation de le garder.» Cela permet de comprendre la surprise de Marie, vierge consacrée, à l'annonce de l'ange Gabriel, et celle de Joseph qui avait songé à la répudier en secret.

 

Jésus était très probablement un Nazaréen, membre d'un petit clan de juifs pieux venus de Mésopotamie, qui prétendaient descendre du roi David. Ce clan attendait la naissance du Messie en son sein et avait fondé en Galilée le village de Nazara ou Nazareth (de netzer, le «surgeon», autrement dit le rejeton de Jessé, père de David). Marie faisait vraisemblablement partie de ce groupe qui, selon Julius Africanus, gardait soigneusement ses généalogies. Jésus était sans doute considéré comme cet héritier royal.

 

Historiquement, le massacre des Innocents relaté par Matthieu n'a rien d'impossible. La suppression d'une dizaine ou d'une quinzaine de nourrissons de Bethléem n'aurait été qu'un infime épisode dans la multitude des crimes d'Hérode le Grand, tyran sanguinaire et paranoïaque. En tout cas, Jésus a grandi au milieu de ses «frères» et «soeurs». À Nazareth, tous se disaient frères et soeurs. L'un d'eux, Jacques, fils de Marie femme de Clopas (qu'Hégésippe présente comme le frère de Joseph, l'époux de Marie), sera le premier évêque de Jérusalem et mourra en 62 de notre ère. Un autre, Syméon, son frère (ou cousin) et successeur, ne disparaîtra que sous le règne de Trajan (98-117). Il sera un témoin d'importance pour les premiers chrétiens. Quand il se fait baptiser par Jean en l'an 30 de notre ère, Jésus est un Juif pieux pleinement immergé dans la foi d'Israël, enraciné dans le monde culturel de son temps.

 

Il est un «vrai homme» mais pas un Juif ordinaire

N'en faisons pas un être céleste mystérieusement tombé sur notre planète, ayant revêtu une humanité abstraite, hors de son milieu, sachant tout, dominant le temps et l'espace. Il est «vrai homme». Pour autant, ce n'est pas un Juif ordinaire. Sa manière unique d'envisager la Loi annonce le dépassement de celle-ci. Viendra bientôt le temps de l'adoration de Dieu «en esprit et en vérité», comme il le dit à la Samaritaine. Son message d'amour et de miséricorde, exprimé dans Les Béatitudes, est d'une haute exigence: il demande d'intérioriser la loi mosaïque, loin des rites formalistes. Jésus vise l'intention du coeur et la droiture des consciences. D'où, par exemple, le durcissement de la morale sur l'interdiction des serments ou celle faite à l'homme de répudier sa femme (le contraire n'existait pas dans le monde juif).

 

Il fait éclater les multiples barrières instituées par les groupes religieux de son temps - pharisiens surtout - pour séparer le pur de l'impur. Il serait également erroné d'en faire un sage ou un philosophe venu simplement enseigner l'amour fraternel - les maîtres pharisiens, Hillel en particulier, l'avaient déjà prôné avant lui (même s'ils ne poussaient pas le principe jusqu'à l'amour des ennemis).Jésus place sa propre personne au coeur de son message. Quand il annonce le Royaume de Dieu, c'est en réalité de son avènement qu'il s'agit. «Je suis la Résurrection et la Vie; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra.»Ce qui surprend le plus ses auditeurs est l'autorité inouïe avec laquelle il parle.

 

Il dit: «Moïse vous a dit..., Moi, je vous dis...» Qui est ce «moi»? Le petit artisan de Nazareth? À l'écouter, comment ne pas percevoir le mystère de sa personne? «Il y a ici plus grand que le Temple!» (Matthieu, 12, 5-6), ose-t-il lancer à ses contradicteurs. Il appelle son père Abba (en araméen, «Papa chéri»), mot de tendresse et de filiation qui va très loin et dont on ne trouve pas trace dans les prières juives de l'époque (même si les Juifs ne méconnaissaient pas la paternité de Dieu).

 

Il marque aussi sa distance vis-à-vis de ses disciples: il dit «mon Père», jamais «notre Père», sinon pour leur enseigner la prière qu'ils devront réciter. Plus stupéfiant encore, il pardonne les péchés, ce que Dieu seul peut faire selon la loi juive. Pour les pharisiens, c'est odieux, inadmissible.

 

L'historien constate que cet homme était convaincu d'être le fils de Dieu

Sa personnalité surprend. Humble et doux, il jette pourtant de violents anathèmes, chasse les marchands du Temple, parle en prophète, mieux en maître absolu, s'impose avec une autorité inégalée, sans se référer à la loi juive. L'historien est en droit de conclure non pas que cet homme est Dieu, mais qu'il était convaincu d'en être le Fils, au sens fort du terme, vivant dans une relation fusionnelle unique, une intimité totale avec le Père.Grâce à l'Evangile de Jean, certaines de ses paroles peuvent être replacées dans leur contexte. Quand il dit à la foule: «Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive!», on se situe au dernier jour de la Fête des cabanes (Soukkot) de l'an 32. Or, c'est précisément le jour où une procession de prêtres va chercher l'eau à la piscine de Siloé pour l'apporter au Temple dans une carafe d'or. Quand il ajoute quelques heures plus tard: «Moi, je suis la lumière du monde», la fête s'achève par le rite vespéral des lumières.

 

Dans le Temple, le peuple chante et danse devant les quatre chandeliers qu'on vient d'allumer, un flambeau à la main. Impossible de penser que ces paroles ont été imaginées a posteriori, des décennies plus tard! Une des grandes difficultés rencontrées par Jésus a été sa lutte contre le désir des foules de l'identifier au Sauveur justicier et guerrier dont tout le monde rêvait pour chasser les Romains. Mal à l'aise avec l'étiquette messianique, il préfère utiliser la figure étrange du «Fils de l'Homme», qui renvoie au chapitre 7 du livre de Daniel.

 

Ce faisant, il épaissit encore davantage le mystère de sa personne, car le «Fils de l'Homme» est une figure infiniment plus grande qu'un messie temporel: c'est un personnage mi-humain, mi-céleste, qui doit revenir à la fin des temps pour juger les hommes. Or, tantôt Jésus fait référence à ce personnage comme à quelqu'un d'extérieur à lui-même, tantôt il s'identifie pleinement à lui. Si l'on s'appuie sur l'Evangile de Jean, on constate qu'il n'y a pas eu de procès juif, au sens où Jésus serait comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. Les historiens israéliens en ont d'ailleurs souligné l'impossibilité la veille de la Pâque.

 

C'est dans un but didactique et en raison de leur chronologie serrée que les synoptiques ont ramassé en un procès symbolique les controverses entre Jésus et ses adversaires sadducéens et pharisiens, qui s'étalent tout au long des chapitres 7 à 10 de Jean. Jésus a simplement été interrogé de manière informelle sur «sa doctrine et ses disciples» par le grand prêtre honoraire Hanne, peut-être entouré de hiérarques de Jérusalem. L'important était de le livrer au pouvoir romain en tant qu'héritier davidique se prétendant roi des Juifs. Le vrai procès de Jésus est le procès romain.

 

Jésus crucifié en tant qu'agitateur politique

Ponce Pilate méprise Hanne et son gendre Caïphe, le grand prêtre en exercice, dont il se sert pour maintenir la paix dans le pays. Mais il refuse de se laisser instrumentaliser par eux. Il a compris que Jésus n'est pas le révolutionnaire à prétention messianique qu'on lui a présenté. «Mon royaume n'est pas de ce monde», lui a dit le prisonnier. Il tente donc de le libérer, non par compassion, mais par animadversion contre les grands prêtres.Par ailleurs, le comportement du préfet romain se comprend à la lumière du contexte de l'époque. L'année précédente, en 32, en effet, il s'était fait réprimander par l'empereur Tibère, à la suite d'une plainte des princes hérodiens, à propos des boucliers d'or portant des inscriptions à la gloire de Tibère (des idoles par conséquent pour les Juifs), introduits la nuit dans Jérusalem. Un an plus tard, les grands prêtres l'accusent de ne pas être «l'ami de César». C'en est trop! Une nouvelle plainte à Rome peut lui valoir son poste. Il est obligé de céder.

 

Ainsi, Jésus subira le cruel supplice de la croix en tant que Nazôréen, roi des Juifs, autrement dit agitateur politique, ce qu'il n'était pas. Avec sa seule méthode, l'historien s'arrête devant le tombeau vide, devant le linceul laissé à plat, comme si le corps avait disparu de l'intérieur, et les témoignages de ceux (les Douze, Jacques et plus de «cinq cents frères», dira saint Paul) qui assureront avoir vu Jésus ressuscité. Il bute sur le mystère de l'homme. Certes, le Jésus de l'Histoire ne s'oppose pas au Christ de la foi. Mais passer de l'un à l'autre relève d'une autre démarche, d'une démarche de liberté: celle de la foi. 

 Jean Christian Petitfils, Historien.

@lefigaro.fr

 

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Regard de l'historien sur Jésus

23 Janvier 2013, 02:51am

Publié par Fr Greg.

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Ce que nous savons de lui, nous le tenons des Evangiles, de brèves notations chez des historiens romains et de découvertes archéologiques. La connaissance de l'époque et le recours à l'exégèse historico-critique éclairent l'ensemble. Enquête sur le Jésus de l'Histoire.

 

 

La fascination du public - croyant ou incroyant - pour le personnage de Jésus est profonde. Sans doute témoigne-t-elle d'une quête de sens et de spiritualité dans une société largement sécularisée, où s'effondrent les connaissances de base que dispensait naguère la catéchèse traditionnelle. Cependant, le trouble s'installe dans les esprits. Mis à part des travaux spécialisés de haute qualité mais d'abord difficile, la plupart des ouvrages publiés chaque année sur le sujet sont empreints pour le moins d'ambiguïté. Ce sont soit des livres de fantaisie, avides de scandale ou de sensationnel, soit des écrits à prétention scientifique qui déforment le vrai visage du fondateur du christianisme sous prétexte de le démythifier.

 

Comment l'historien attaché à serrer au plus près la vérité du Jésus de l'Histoire peut-il œuvrer? Il lui faut, bien entendu, faire appel à toutes les données à sa disposition: le contexte politique, économique, social, culturel du Proche-Orient du Ier siècle, les acquis indiscutables de l'exégèse historico-critique et bien sûr sans omettre les renseignements innombrables tirés des récentes fouilles archéologiques en Israël. Mais, en même temps, il doit s'arrêter devant l'inexplicable, sans l'enjamber ni le négliger.

 

L'authenticité des exorcismes, des miracles et a fortiori de la Résurrection n'entre pas dans son domaine de compétence. Il doit se contenter des faits, tout en restant ouvert à leur interprétation. Il ne peut assurer, par exemple, que Jésus a marché sur l'eau ou a transformé l'eau en vin, mais il remarquera que, dans les communautés chrétiennes qui ont porté les Evangiles, ces faits, considérés comme authentiques, ont pris une signification capitale. Il lui est impossible de soutenir, au nom d'un positivisme hors d'âge, que la multiplication des pains n'a été qu'un banal partage fraternel de casse-croûtes tirés du sac: les Evangiles canoniques en parlent à six reprises, ce qui montre à quel point les esprits avaient été frappés par ce signe messianique.

 

Des textes anciens qui prouvent que Jésus a bien existé

Parlons des sources. Quelques notations peuvent être glanées chez Pline le Jeune, Tacite, Suétone et surtout Flavius Josèphe, ce Juif romanisé du Ier siècle qui évoque dans ses écrits la figure de Jean le Baptiste et celle de Jésus, «un homme exceptionnel» accomplissant des «choses prodigieuses». «La veille de la Pâque, dit le Talmud de Babylone, on pendit Yeshu le Nazaréen.» Mais tous ces textes anciens ne sont utiles que dans la mesure où ils prouvent que Jésus a bien existé. Même un polémiste ardent, très antichrétien, comme Celse au IIe siècle ne met pas en doute ce fait.

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que certains maîtres du soupçon traiteront très artificiellement Jésus comme un mythe ou un personnage imaginaire conçu à partir de citations du Premier Testament. Faut-il se tourner vers les Evangiles apocryphes? Ils ne nous apprennent pour ainsi dire rien du Jésus de l'Histoire. Ce sont des écrits tardifs, emplis de légendes, certains imprégnés de doctrines gnostiques étrangères au christianisme. Il reste donc les quatre Evangiles canoniques, Matthieu, Marc, Luc et Jean.

 

Selon l'Eglise, ces catéchèses biographiques sont des textes inspirés. Tout en respectant pleinement leur portée spirituelle, l'historien est en droit de les traiter comme des documents historiques, de s'interroger sur leur genèse et leur fiabilité, puis de déterminer les hypothèses les plus plausibles et les plus cohérentes. À moins de sacrifier à une mode hypercritique de «déconstruction» qu'on ne trouve dans aucune autre science, on peut considérer que, compte tenu de leur datation - des écrits antérieurs à la destruction de Jérusalem en l'an 70, époque où beaucoup de témoins étaient encore vivants -, compte tenu aussi des techniques éprouvées de mémorisation pratiquées dans l'Orient ancien et d'une tradition orale rigoureusement contrôlée par les disciples et les apôtres, les Evangiles canoniques nous livrent des faits et des discours globalement fiables.

 

L'Evangile de Jean, le plus mystique et le plus historique

Mais leurs rapports à l'Histoire ne sont pas identiques. Les auteurs des Evangiles dits synoptiques (parce qu'on peut les lire en parallèle), Matthieu, Marc et Luc, ne sont pas des témoins directs - même si le premier Evangile comporte probablement un noyau primitif écrit en araméen par Lévi dit Matthieu, l'un des Douze. En revanche, le quatrième Evangile est celui d'un disciple de la première heure, un témoin oculaire, Jean.

 

Comme le père Jean Colson l'a montré, ce Jean n'était pas le fils de Zébédée, le pêcheur du lac de Tibériade, mort martyr très tôt, mais un disciple de Jérusalem, portant le même nom (très répandu), qui faisait partie du haut sacerdoce juif. Il s'est «endormi» à Ephèse en l'an 101. Cet éblouissant théologien, très versé dans la connaissance du judaïsme, «fut prêtre, disait au IIe siècle Polycrate, évêque de cette ville, et a porté le petalon», c'est-à-dire la lame d'or, insigne réservé aux grands prêtres et aux membres des grandes familles aristocratiques.

 

De fait, il connaît mieux Jérusalem et la topographie de la Judée que la Galilée et les bords du lac. Familier de l'administration du Temple, il est le seul à nous donner le nom du serviteur à qui Pierre a entaillé l'oreille de son glaive, Malchus. C'est lui qui, après l'arrestation de Jésus, permet à Pierre d'entrer dans la cour du grand prêtre en glissant un mot à la servante qui garde la porte. C'est quelqu'un du sérail. Il n'a pas suivi constamment Jésus en Galilée, mais il a été épaulé par certains de ses proches. «C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité», lit-on à la fin de son Evangile.

 

Si l'on se rapporte à un texte du milieu du IIe siècle, qu'on appelle le Canon de Muratori, ce «nous» renvoie à un certain nombre de disciples et d'apôtres (dont André, frère de Simon-Pierre) qui ont encouragé le «disciple bien-aimé» à écrire son Evangile en lui faisant part de leurs propres informations. Cet évangile est à la fois le plus mystique et le plus historique, ces deux approches étant complémentaires. Tout ce que dit Jean est vrai, mais immédiatement replacé dans sa dimension spirituelle. La chronologie de ce témoin exceptionnel est à préférer à celle des synoptiques qui ont ramassé en une année, de façon très schématique, le ministère public de Jésus, qui se déroule en fait sur trois ans, du printemps 30 au 3 avril 33, date de sa mort.

 

Parmi les sources du dossier historique, pourquoi se priver de recourir aux reliques de la Passion, celles du moins que l'on peut raisonnablement considérer comme authentiques? A propos du linceul de Turin, de nouvelles découvertes ont été faites depuis la très contestée datation au carbone 14 révélant que le linceul était un faux du XIVe siècle: trace d'une couture très particulière (la seule comparable a été trouvée à Massada, la forteresse juive tombée en 73), présence d'écritures grecques et latines le long du visage, etc.

Jean Christian Petitfils

@lefigaro.fr

 

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Testament.

22 Janvier 2013, 01:40am

Publié par Fr Greg.

Portrait de Louis XVI

 

Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit.

Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze.

Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille, de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser.

Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.

« Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

« Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Église, les Sacrements et les Mystères tels que l’Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchirent l’Église de Jésus-Christ, mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Église suivie depuis Jésus-Christ. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

« Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j’ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique.

Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur.

Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

« Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

« Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

« Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

« Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

« Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d’en faire de bons Chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité.

Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s’ils avaient le malheur de perdre la leur.

« Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

« Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

« Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

« Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

« Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

« Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

« Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

« Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

« Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792. 

 

 

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Et Molière déchira la gauche ambiante...

21 Janvier 2013, 03:07am

Publié par Fr Greg.

 

Version longue: du grand Luchini !

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Ils n'ont plus de vin...

20 Janvier 2013, 01:29am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.  Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. »  Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » 

 

Au début de l’Évangile de Jean, il y a Cana; premier signe, arch, archétype des autres signes, qui fait que tous les autres seront comme sur le modèle de celui-là. Eh bien, c’est un signe auquel d’abord on ne comprend rien !  

 

Dieu s’incarne, il assume un corps, une nature humaine et... il va à un mariage?! Là, Il ne dit rien. Il transforme de l’eau en vin. C’est beau mais, qu’est-ce qui est intelligible là-dedans ? Dieu source ce de toute intelligence, lui qui est la Sagesse, n’est pas très explicite !

 

Les paroles de Jésus -qui sont le sommet de tout évangile- disent 2 choses : ‘Femme’ et ‘mon heure’.

Femme – à sa mère?- "Femme" c'est celle qui dispose et achève: celle qui ‘complète’ ce que l’homme ne peut faire par lui-même. Elle  celle qui permet à l’homme d’aller jusqu'au bout de ce pour quoi il est fait.

L’heure de Jésus, c’est la croix. La demande de Marie le met donc face à son don ultime, à la lutte dans ce qu'elle a de premier. C’est donc une demande que Jésus éclaire d’une manière nouvelle quand à ce qu’elle est pour lui et qui les mets au cœur de la lutte.

 

 Ce qui est au cœur de la lutte, ce qu’il y a de plus urgent, c’est… « qu’ils n’ont plus de vin ! » Le plus urgent ce n’est pas de nous purifier de nos fautes, de nous aider, ou d’apporter des règles de conduite, l’urgence c’est 'le vin': renouveler notre désir, maintenir la joie, redécouvrir l'attente d’un don qui nous dépasse.

 

C’est pour cela que ce signe est premier, il manifeste ce que Jésus est venu apporter -lui-même- et comment il veut se donner : par notre désir qui hate et achève.

 

La grande misère de tout homme, la grande lutte actuelle, c’est qu’on a tout réduits à notre taille, à notre mesure, selon nos raisonnements, nos générosités ; et que l’on ne croit plus en celui qui se fait époux ; on ne croit plus qu'on est aimé ! On n’est plus en attente d’un amour qui nous dépasse.  L'enjeu le plus urgent de notre vie, c’est de renaitre tous les jours à l’heure de Jésus ; aujourd’hui, c’est comme tous les jours,  le jour des noces !

 

Et pour renaitre à cette heure, il faut pour chacun –et c’est la vraie réponse aux attentes de certains- être « la femme » c’est qui porte pour tous l’attente de ce don, celle qui prie. Parce que prier, ce n’est pas communiquer des infos à Jésus pour en obtenir un résultat. On n’apprend rien à Dieu ! Prier, c’est laisser le désir de Dieu s’emparer de notre cœur. C’est s’ouvrir à ce que Dieu veut nous donner. La prière c’est la miséricorde de Dieu qui veut qu’on porte tout avec lui ; c’est Lui qui veut nous mettre à la taille de son don. C’est Dieu qui vient nous adapter à lui !  

La prière, c’est laisser Dieu creuser en nous un désir toujours plus grand. Pourquoi ? Pour le laisser se donner à nous, pour qu'il soit en nous source d'un amour toujours nouveau.

 

Et c'est cela Cana: ce renouveau dans l'amour. Cela c'est bien l'enjeu de notre vie. Parce que l’amour est bien ce qu’il y a  de plus vital et de plus complexe pour nous. Il est à la fois sensible, passionnel et spirituel. Et, parce qu’on est toujours dépassé lorsque l’on aime, on a vite fait de le ramener à notre prudence, à nos raisonnements, à notre générosité, à notre efficience, à une joie sensible, à laquelle succède vite la tristesse… Et aujourd’hui notre amour n’est plus très frais en nous, il est un peu faisandé, terni. On n'aime plus, on gère! On ne vit plus, on survit !! Et on est souvent désabusé parce qu’on a cru que cela pousserait tout seul et sans luttes ; comme si ce n’était pas une quête bien plus importante que celle d’acquérir des compétences…

 

Et la réponse de Jésus, à cette question complexe, c’est... du vin ! Pourquoi ? Qu’y-a-t-il de commun entre le vin, un mariage et l’amour divin ? C’est que aimer, c’est toujours être face à un autre que l’on n’a pas fait, qui nous dépasse, qui nous oblige à sortir de nous-même ; L’amour, c’est en nous l'effet de la présence  de celui qui nous attire, et qui, comme un poids nous porte vers lui. Aimer c’est accepter de dépendre et choisir de dépendre d’une manière préférentielle, d’un autre qui nous agrandit.

 

C’est l’enjeu de notre vie : revenir et se remettre tous les jours face à l’absolu qu’est l’autre, qui s’impose dans son altérité, et qui dans sa bonté est source pour moi ; C'est ce choix intérieur qui n'a pas d'autres raison que l'autre dans sa bonté : ‘je t'aime, et mon choix n'a pas d'autre raison que toi’. C’est redécouvrir l’absolu de la personne de l’autre au-delà de sa manière d’être, au-delà de ce qu’il fait.

 

L’amour n’est pas une question de communication ou de langage approprié, ou de gestions de ses émotions ou pire d’être en relation ; tout cela c’est encore notre logique cartésienne qui veut mettre la main sur l’autre. Parce qu’on ne veut pas pâtir ; on ne veut pas que l’amour nous écorche et nous fasse souffrir. On ne veut pas naitre de nouveau tous les jours. On veut rester à sa taille : rabougri, étriqué, médiocre, raisonnable, prudent, gentil, crétin souriant... plutôt que d'attendre la promesse de Dieu: « on nommera ta contrée « mon épouse », car le SEIGNEUR met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux. Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

 

Alors il faut que le vin coule, que cette rencontre se fasse et se refasse ; et d’abord sensiblement : il n‘y a pas d’abstraction dans l’amour ! qu’on ne soit plus une terre désolé, mais celui qu’Il appelle sa préféré. Celle à qui il se donne, comme le vin, d’une manière substantielle !

 

Fr Grégoire.

 

 

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Tout vivre en victorieux...!!

19 Janvier 2013, 03:15am

Publié par Fr Greg.

 

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L'espérance fait que nous savons que la victoire nous est donnée. Un chrétien est un homme victorieux. Pas d'une victoire temporelle extérieure et humaine, mais d'une victoire divine, parce qu'il est lié à Jésus Sauveur.

 

 Il est lié à la médiation du Christ. La médiation du Christ faitque déjà nous sommes au terme. Dès que leChrist est présent, on touche le terme. Et le terme pour nous, c'est la vision béatifique. Je ne dis pas que déjà on a dès cette terre la vision béatifique, mais on a la certitude d'être ordonné à la vision béatifique, à un bonheur unique, à une béatitude unique.

 

Chaque fois que vous faites le signe de Croix, vous dites : j'accepte d'être martyr. C'est pour cela qu'on n'aime plus beaucoup de le faire. Chaque fois que vous faites le signe de Croix, vous acceptez d'être lié à la Croix du Christ. C'est cela l'espérance. L'espérance chrétienne naturelle nous lie à la Croix du Christ. On est victorieux avecJésus. Le martyr est un homme victorieux qui dépasse les souffrances, qui les accepte pleinement et qui les dépasse complètement.


MDP, retraite sur l’Apocalyspe.

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Confessions de G. Depardieu...

18 Janvier 2013, 03:39am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Idéologie actuelle: le mouvement qui dégringole...

17 Janvier 2013, 02:20am

Publié par Fr Greg.

 

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L'idéolodogie moderne: 

 

«Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l'adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence? C'est faire un distinguo qui est choquant »

Pierre Bergé, président du Sidaction et fondateur de Têtu. Le Figaro, 16.12.2012

 

 

qui osera s'y attaquer?


REBELLE ET TAIS-TOI

Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui. Oui à Delanoël. Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.


Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.

 

Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes. Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe. Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent. Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ».

 

Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries. Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants). Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance.

 

Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »

 

Le rebelle à roulettes descend et il croit qu’il bouge. C’est pour ça qu’il est entré dès son plus jeune âge dans la secte des Avançistes du Septième Jour. À Paris, il a voté Delanoël, rebelle d’Hôtel de Ville. Car, comme ce dernier, il est contre le désordre. À fond. « Nous sommes les candidats de l’ordre », avait d’ailleurs proclamé le Delanoël dans son dernier meeting de campagne.

 

Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes.

 

Philippe Murray, Exorcismes spirituels III

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