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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous

7 Mars 2013, 01:15am

Publié par Fr Greg.

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Chers frères et sœurs,

La célébration du Carême, dans le contexte de l'Année de la foi, nous offre une occasion précieuse pour méditer sur le rapport entre foi et charité: entre le fait de croire en Dieu, dans le Dieu de Jésus Christ, et l'amour qui est le fruit de l'action de l'Esprit Saint et qui nous guide sur un chemin de consécration à Dieu et aux autres.

1. La foi comme réponse à l'amour de Dieu.

Dans ma première encyclique, j’ai déjà offert certains éléments pour saisir le lien étroit entre ces deux vertus théologales, la foi et la charité. En partant de l'affirmation fondamentale de l'apôtre Jean: « Nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous » (1 Jn 4, 16), je rappelais qu'« à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive... Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l’amour n’est plus seulement « un commandement », mais il est la réponse au don de l'amour par lequel Dieu vient à notre rencontre » (Deus caritas est, n. 1). La foi constitue l'adhésion personnelle – qui inclut toutes nos facultés – à la révélation de l'amour gratuit et « passionné » que Dieu a pour nous et qui se manifeste pleinement en Jésus Christ ; la rencontre avec Dieu Amour qui interpelle non seulement le cœur, mais également l'esprit: « La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement: l’amour n’est jamais "achevé" ni complet » (ibid., n. 17). De là découle pour tous les chrétiens, et en particulier, pour les « personnes engagées dans les services de charité », la nécessité de la foi, de la « rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l’amour et qui ouvre leur esprit à l’autre, en sorte que leur amour du prochain ne soit plus imposé pour ainsi dire de l’extérieur, mais qu’il soit une conséquence découlant de leur foi qui devient agissante dans l’amour » (ibid. n. 31a). Le chrétien est une personne conquise par l'amour du Christ et donc, mû par cette amour – « caritas Christi urget nos » (2 Co 5, 14) –, il est ouvert de façon concrète et profonde à l'amour pour le prochain (cf. ibid., n. 33). Cette attitude naît avant tout de la conscience d'être aimés, pardonnés, et même servis par le Seigneur, qui se penche pour laver les pieds des Apôtres et s'offre lui-même sur la croix pour attirer l'humanité dans l'amour de Dieu.

« La foi nous montre le Dieu qui a donné son Fils pour nous et suscite ainsi en nous la certitude victorieuse qu’est bien vraie l’affirmation: Dieu est Amour... La foi, qui prend conscience de l’amour de Dieu qui s’est révélé dans le cœur transpercé de Jésus sur la croix, suscite à son tour l’amour. Il est la lumière – en réalité l’unique – qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir » (ibid., n. 39). Tout cela nous fait comprendre que l'attitude principale qui distingue les chrétiens est précisément « l’amour fondé sur la foi et modelé par elle » (ibid., n. 7).

2. La charité comme vie dans la foi

Toute la vie chrétienne est une réponse à l’amour de Dieu. La première réponse est précisément la foi comme accueil, plein d’émerveillement et de gratitude, d’une initiative divine inouïe qui nous précède et nous interpelle. Et le « oui » de la foi marque le début d’une histoire lumineuse d’amitié avec le Seigneur, qui remplit et donne son sens plénier à toute notre existence. Mais Dieu ne se contente pas que nous accueillions son amour gratuit. Il ne se limite pas à nous aimer, mais il veut nous attirer à lui, nous transformer de manière profonde au point que nous puissions dire avec saint Paul: ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (cf. Ga 2, 20).

Quand nous laissons place à l’amour de Dieu, nous devenons semblables à lui, nous participons de sa charité même. Nous ouvrir à son amour signifie le laisser vivre en nous, et nous conduire à aimer avec lui, en lui et comme lui; ce n’est qu’alors que notre foi devient vraiment opérante par la charité (cf. Ga 5, 6) et qu’il prend demeure en nous (cf. 1 Jn 4, 12).

La foi, c’est connaître la vérité et y adhérer (cf. 1 Tm 2, 4); la charité, c’est « cheminer » dans la vérité (cf. Ep 4, 15). Avec la foi, on entre dans l’amitié avec le Seigneur; avec la charité, on vit et on cultive cette amitié (cf. Jn 15, 14s). La foi nous fait accueillir le commandement du Seigneur et Maître; la charité nous donne la béatitude de le mettre en pratique (cf. Jn 13, 13-17). Dans la foi, nous sommes engendrés comme fils de Dieu (cf. Jn 1, 12s); la charité nous fait persévérer concrètement dans la filiation divine en apportant le fruit de l’Esprit Saint (cf. Ga 5, 22). La foi nous fait reconnaître les dons que le Dieu bon et généreux nous confie; la charité les fait fructifier (cf. Mt 25, 14-30).

3. Le lien indissoluble entre foi et charité

A la lumière de ce qui a été dit, il apparaît clairement que nous ne pouvons jamais séparer, voire opposer, foi et charité. Ces deux vertus théologales sont intimement liées et il est erroné de voir entre celles-ci une opposition ou une « dialectique ». En effet, d’un côté, l’attitude de celui qui place d’une manière aussi forte l’accent sur la priorité et le caractère décisif de la foi au point d’en sous-évaluer et de presque en mépriser les œuvres concrètes de la charité et de la réduire à un acte humanitaire générique, est limitante. Mais, de l’autre, il est tout aussi limitant de soutenir une suprématie exagérée de la charité et de son activité, en pensant que les œuvres remplacent la foi. Pour une vie spirituelle saine, il est nécessaire de fuir aussi bien le fidéisme que l’activisme moraliste.

Benoit XVI

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Discours impertinent sur la recherche de la vérité

6 Mars 2013, 01:13am

Publié par Fr Greg.

 

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Comme il est des choses trop graves pour en parler sérieusement, nous choisirons d’en parler ici par mode de plaisanterie, espérant qu’ainsi nous pourrons aller au bout de pensées qui, prises en l’espace du sérieux, ne pourraient que tourner court. C’est pourquoi nous n’hésiterons pas à prendre le ton et l’allure d’un célèbre Discours qui fut en quelque sorte à l’origine des temps modernes.

    La mort est la chose du monde la mieux partagée, car il est sans exemple qu’un homme ait pu y échapper. Mais il n’en est pas des humains comme des bêtes ; car la mort pour eux n’est pas simplement la fin brutale de la vie, elle est ce qui peut hanter la vie même et la transformer en horreur et terreur.

  C’est-à-dire que la question précédant toute question, et toute ambition même de la pensée, est cette menace qui pèse sur l’homme de le détruire en son humanité. Le meurtre paraît régner sur l’histoire ; et, là encore, pas celui du tigre ou du lion qui ont faim, mais celui de l’être humain acharné à détruire en l’autre humain son humanité, à se faire meurtrier de la parole où se manifestait sa présence.

Se séparer de cette mort-là est l’œuvre première, qui instaure l’humanité, c’est-à-dire le primitif pouvoir être de ceux qui s’appellent humains ; hors de quoi aucune autre œuvre n’est possible, aucune demeure habitable, aucun chemin ouvert.

C’est à cette urgence par-delà toute urgence qu’ont répondu, ou cru répondre, les mythes et les sagesses, les religions et les philosophies. Au point où nous sommes venus, il y a doute sur la capacité de ces immenses constructions de l’esprit à assumer la tâche primordiale. Non qu’elles soient méprisables ; peut-être même portent-elles - du moins certaines d’entre elles - ce qu’il nous faut absolument préserver ou retrouver ; mais ce ne sera qu’à surmonter ce soupçon où nous sommes, quant à leur état présent.

D’où viennent doute ou soupçon ? D’un constat, déjà, du côté de ce qu’on nomme culture, celle des gens cultivés. Le XXe siècle, là-dessus, nous a enseigné cette vérité terrible : on peut être un scientifique remarquable, un excellent artiste et pactiser avec l’atroce, voire le servir. On peut enseigner la philosophie, être un homme pieux et ne pas voir l’ignominie et s’en accommoder. A vrai dire, on pouvait s’en apercevoir depuis longtemps ; mais le XXe siècle a donné à ce constat une force inédite. La capacité de faire taire la voix humaine, de réduire des êtres humains, non à l’état de bêtes, mais de choses sans nom, y a pris des proportions inouïes. Nous savons désormais que cette dérive monstrueuse est possible, comme nous savons que nos propres techniques peuvent passer sous le pouvoir de la destruction.


    C’est au point que la recherche même de la vérité se trouve compromise, puisque celle qui réussit si admirablement en mathématiques et en physique peut se trouver incompétente et impuissante devant les assauts de la Mort. Cela suggère qu’il faudrait remonter aux sources, oser rouvrir cet espace que le succès de nos sciences rend vain et dérisoire.

    
    C’est pourquoi l’on se tourne à nouveau vers les sagesses et les croyances que nous récusions tout à l’heure, en protestant qu’elles peuvent se délier de cette culture, celle d’Occident, qui ne nous garantit plus contre la chute. On se tourne vers l’archaïque et l’exotique, la tradition perdue ou la voie étrangère, comme vers ce qui donne à nouveau souffle et assurance.

Ce mouvement, toutefois, dépend encore de la situation présente. Devant, ou plutôt dans la formidable explosion du monde, de l’homme, de tout, qui est le fait et le fruit de la modernité, il fait figure d’un recours vers un ailleurs, qui nous dispense d’affronter ce que nous sommes réellement devenus. La violence de la critique, l’interrogation sans réserve, la mise à la question de toute certitude, le passage à l’universel d’une mondialisation qui brasse toutes les différences et relativise tout, la puissance technique qui délie des contraintes de la nécessité, la défaite des ordres anciens qui libère le désir et l’envie, voilà le monde que nous habitons et qui renvoie les chemins de foi ou de sagesse, sinon à l’insignifiance, du moins à des possibilités inscrites dans ce monde-là. Rien à faire : on ne remonte pas l’histoire et on ne sort pas de soi-même. Ce n’est même plus le doute qui vient là : c’est une absence irréparable à ce qui n’est plus de notre lieu ; on peut y trouver goût, refuge, secours et progrès spirituel. Mais si l’on accepte d’être conscient, c’est avec la conscience d’une sorte d’artifice, qui transforme ce qui était la vérité d’un monde en ce qui est une marge du nôtre.

Reste précisément à habiter ce monde-ci, dans l’oubli résolu des questions vaines puisque insolubles. C’est la fin de cet homme du questionnement et de la recherche, constructeur de systèmes et critique de ceux des autres, ambitieux sans mesure, croyant au sens de l’histoire et à l’avenir de l’humanité, raison et révolution réussies : bref, c’est la fin de l’homme moderne. En cet âge nouveau, qui n’a pas encore de nom (post-moderne est vague et équivoque), les êtres humains sont comme submergés dans un processus qui se confond pour eux avec le réel et qui seul leur donne consistance et existence. Il n’est point le fait du divin ou de la nature, mais des hommes eux-mêmes ; pourtant il semble avoir sa logique propre, qui défie toute prétention à la diriger, comme si l’alliance de l’économie et de la technique soutenue par la science offrait un monde de possibilités infinies, une explosion d’explosions, dont il suffirait aux humains de jouir, pour que toute question extérieure soit abolie et toute l’existence comblée, dans une limite définitivement acceptée.

    Par rapport à l’urgence évoquée au début, ce déferlement prodigieux de productions, images, paroles couvre un silence lui aussi prodigieux.

Maurice Bellet.

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Dieu est comme une mère...

5 Mars 2013, 01:13am

Publié par Fr Greg.

 

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Prenons un homme de quarante ans ayant encore sa mère qu’il respecte et vénère, et qu’il va exactement visiter chaque jour durant une demi-heure malgré des occupations absorbantes, parlant filialement avec elle de choses et d’autres, puis, régulièrement, la demi-heure passée, la quittant jusqu’au lendemain. On ne peut vraiment demander plus et, du point de vue des mères, il serait à souhaiter que tous les hommes agissent ainsi.

Cette image nous montre le début de la vie d’oraison, l’âme faisant chaque jour sa méditation, ce qui est nécessaire pour commencer, et suivant fidèlement sa petite méthode point par point. C’est déjà quelque chose, mais ce n’est qu’un commencement, bien que certaines âmes croient faire merveille par leurs beaux discours et raisonnements.

 

Supposons que l’âme soit fidèle et que Dieu la fasse avancer. Oh ! comme elle est rajeunie par ce seul fait ! Ce n’est plus l’homme de quarante ans donnant une demi-heure chaque jour à sa mère. C’est le fils de vingt ans, s’éloignant de sa mère, sans doute, pour se donner à ses occupations, mais lui restant tendrement uni. Pour un jeune homme bien né, les rapports avec une mère sont encore très intimes à vingt ans.

 

Voyons ensuite l’âme monter d’un nouveau degré : c’est alors le fils de quinze ans. À quinze ans on demeure encore chez sa mère. On possède encore toutes les chères et saintes illusions de l’enfant au sujet de ses parents, de la maison paternelle, qui est tout pour l’enfant.


Ainsi fait notre petite âme dans la maison de son Père céleste. Il lui a fait cette grâce, demandée par le psalmiste, « d’habiter la maison du Seigneur chaque jour de sa vie » (Ps 26, 4). Cette maison, c’est la maison de l’oraison. L’âme ne la quitte pas. Sans doute elle ne parle pas sans cesse de Dieu ou à Dieu, mais elle ne le quitte pas du regard, ne fait rien, pour ainsi dire, sans être mue par Dieu ; elle est enveloppée de Dieu, n’a plus d’autres idées que celles de Dieu. Quel immense progrès : ne plus pouvoir sortir de l’atmosphère de Dieu !

 

L’âme avance toujours. Elle arrive à dix ans, âge où l’enfant ne sait pas encore tenir de conversations comme les grandes personnes ; mais ses petits entretiens n’en plaisent que davantage à sa mère. Quel progrès quand l’âme commence à ne plus même pouvoir parler, comme au temps de sa toute petite enfance ! En cet état elle n’a plus d’autres vues que celles de Dieu, tout comme l’enfant qui ne voit que sa mère.

 

Avançons encore et voyons l’enfant à l’âge de quatre ans, âge si aimé des mères, car à cet âge la mère et l’enfant se suffisent pleinement. Le langage de l’enfant est un bégaiement, mais combien délicieux pour le cœur de la mère ! Elle-même se « rapetisse », si l’on peut dire, pour babiller, pour bégayer avec son enfant : ils n’ont pas besoin d’autre chose.


Quelle image frappante et sublime de ce qu’est Dieu avec ses saints ! Si quelque phonographe inconnu pouvait enregistrer et nous répéter l’oraison des saints, nous serions étonnés, éblouis par leur simplicité, leur enfantillage, leur bégaiement d’amour. Cette simplicité leur est nécessaire pour ne vouloir que Dieu, pour n’avoir besoin que de Dieu au milieu de tous leurs travaux, de leurs épreuves. Dieu leur suffit et – chose exquise – les saints suffisent pleinement à Dieu. Dieu n’a pas besoin d’autre chose. Il oublie tout pour ainsi dire, pour s’amuser à écouter le bégaiement de ses saints, pour s’y perdre avec délices. Qu’importe à la mère ce qui l’entoure quand elle parle avec son enfant ? Comparaison frappante. Dieu oublie tous les blasphèmes, toutes les iniquités qui mériteraient l’écrasement de la terre. On se demande parfois pourquoi Dieu ne châtie pas… Ah ! C’est que Dieu est avec ses saints, et près d’eux. Il oublie, il ne voit pas, il n’entend pas autre chose, et c’est ce bégaiement des saints qui nous obtient miséricorde.

 

 

Ce babil enfantin du tout-petit avec sa mère, est-ce le terme de la vie d’oraison ? Continuons la comparaison commencée. Il est un âge où l’enfant ne parle pas, ne marche pas, âge où, par conséquent, l’enfant vit de sa mère et repose continuellement dans ses bras, sur son cœur. Cet âge-là est l’image des grands saints. Abîmés en Dieu, ils ne peuvent plus parler : silence sacré bien au-dessus du bégaiement. Ils sont alors endormis sur le sein de Dieu, s’alimentant de sa substance, ne pouvant se nourrir d’autre aliment, comme les tout-petits qui ne peuvent vivre que de la substance de leur mère. De même, les saints ne peuvent quitter Dieu.

 

 

Est-ce là le dernier mot, le dernier progrès ? L’union la plus grande qui puisse connaître l’enfant avec sa mère est celle de l’époque sacrée où il ne fait qu’un avec elle. On ne le voit même pas : il vit en elle.

 

Ici, ce sont les très grands saints qu’on ne peut même plus voir, tant ils sont perdus, fondus en Dieu, n’ayant plus qu’une seule vie avec lui ; ils sont tellement invisibles qu’ils paraissent morts, et cependant ils vivent d’une vie intime, d’une vie mystérieuse avec Dieu. C’est de cette vie que saint Paul disait : « Nous sommes morts et notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,3). Nous sommes morts, on ne peut plus nous voir…

 

fr Thomas Dehau, OP

 

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Nos blessures, ouverture à l'Autre...

4 Mars 2013, 01:00am

Publié par Fr Greg.

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Il y a une folle illusion à se vouloir à l'abri de tout, illusion soigneusement entretenue par la société moderne. De qui, de quoi peut-on se garder? de la malice du monde, de la trahison et des peines amoureuses? de la charge des ans, de la mort ignominieuse? Qui se pense assez puissant ou assez riche pour écarter le malheur? Le monde contemporain, qui ne parle que de bien-être, de bonheur, de santé et de sécurité, se trouve accablé d'une terrible maladie, la maladie de l'infantilisme. 


Aussi n'invoque-t-il que ce mot magique qui trahit son effroi devant la fragilité et le trépas: "guérir". 


Grâce à la recherche scientifique, grâce à telle plante, telle gymnastique, tel régime alimentaire, en recourant au besoin à la méditation, à la récitation de mantras et autres recettes zen ou chamaniques, la créature humaine peut se protéger de tout, et surtout oublier qu'elle est mortelle. 


L'obsession de guérir anesthésie la conscience et étouffe le questionnement métaphysique. 

Or, il n'est que deux façon d'être indestructible: soit à la façon d'une machine imperturbable que l'on entretient en changeant les pièces, en veillant sur le mécanisme; soit en découvrant son essence immortelle. La seconde voie est celle qu'indiquent et que nourrissent la philosophie véritable, les spiritualités de diverses traditions ainsi que les mythes qui sont des éveilleurs de conscience et des passeurs de sagesse. 



Jacqueline Kelen - Divine blessure

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Être vulnérable, ou sans réserve... (II)

3 Mars 2013, 02:40am

Publié par Fr Greg.

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L'autre chose qu'ils avaient en commun était ceci. Ils adoptaient complètement la vulnérabilité. Ils pensaient que ce qui les rendait vulnérable les rendait également beaux. Ils ne prétendaient pas que la vulnérabilité était confortable, ni qu'elle était atroce --comme je l'avais entendu auparavant dans les entretiens sur la honte. Ils disaient juste qu'elle était nécessaire. Ils parlaient de la volonté de dire "Je t'aime" le premier, la volonté de faire quelque chose quand il n'y a aucune garantie de réussite, la volonté de ne pas retenir son souffle en attendant le coup de fil du médecin après une mammographie. Ils étaient prêts à s'investir dans une relation qui pourrait marcher, ou pas. Ils pensaient que c'était essentiel.

Pour ma part, je l'ai ressenti comme une trahison. Je ne pouvais pas croire que j'avais prêté serment d'allégeance à la recherche -- le principe même de la recherche est de contrôler et de prévoir, d'étudier un phénomène dans le but explicite de le contrôler et de le prévoir. Et là, ma mission de contrôler et de prévoir aboutissait au résultat que la meilleure façon de vivre est d'accepter sa vulnérabilité, et d'arrêter de contrôler et de prévoir. Ça (Rires) -- qui en fait ressemblait plutôt à ça. (Rires) Vraiment ! J'ai appelé ça une dépression, ma psychothérapeute appelle ça un éveil spirituel. Un éveil spirituel, ça sonne mieux qu'une dépression, mais je vous assure que c'était bien une dépression. Et j'ai dû ranger mes données et chercher un psychothérapeute. Laissez-moi vous dire quelque chose : vous découvrez vraiment qui vous êtes quand vous appelez vos amis pour leur dire :" Je crois que j'ai besoin de voir un psy. Tu aurais quelqu'un à me recommander ? " Parce que à peu près cinq de mes amis ont fait : " Wow. Je n'aimerais pas être ton psychothérapeute." (Rires) Et moi : " Comment ça ? " Et eux : " Moi ce que j'en dis, tu sais. N'apporte pas ta règle." Et moi : "Ok..."

J'ai donc trouvé une psychothérapeute. Mon premier rendez-vous avec elle, Diana -- j'ai apporté ma liste sur la façon dont les "sans réserve" vivent, et je me suis assise. Et elle m'a dit : " Comment allez-vous ?" Et j'ai dit :" Je suis en pleine forme. Ça va bien." Elle a dit : " Qu'est-ce qui se passe ? " C'était une psychothérapeute qui consultait elle-même des psychothérapeutes ; on devrait aller chez ce genre là de psychothérapeute, parce que leur détecteur de conneries est très au point. (Rires) Alors j'ai dit : " Voilà, j'ai un problème." Et elle a dit : " Quel est le problème ? " Et j'ai dit : " Et bien, j'ai un problème de vulnérabilité. Et je sais que la vulnérabilité est au cœur de la honte et de la peur et de notre problème d'estime de soi, mais il semble que ce soit aussi la source de la joie, de la créativité, du sentiment d'appartenance, de l'amour. Et je pense que j'ai un problème, et j'ai besoin d'aide." Et j'ai dit : " Mais voilà, pas d'histoires de famille, pas de ces conneries sur l'enfance. " J'ai seulement besoin d'une stratégie." Merci. Alors elle a fait comme ça.  Et moi j'ai dit : " C'est mauvais, n'est-ce pas ? " Et elle a dit : " Ce n'est ni mauvais ni bon. " "C'est juste ce que c'est. " Et je me suis dit : " Oh mon Dieu, on va se faire chier."

Et ça a été le cas, et en même temps non. Et ça m'a pris près d'un an. Vous savez comment certaines personnes, quand elles réalisent que la vulnérabilité et la tendresse sont importantes, lâchent prise et y vont à fond. Premièrement, ça n'est pas mon style, et deuxièmement, je ne fréquente même pas ce genre de personnes. (Rires) Pour moi, ça a été une lutte d'une année. Ça a été une tuerie. La vulnérabilité gagnait du terrain, je le regagnais à nouveau. J'ai perdu la bataille, mais j'y ai sans doute récupéré ma vie.

Et je suis donc retourné à mes recherches et j'ai passé les deux années suivantes à essayer de vraiment comprendre ce que eux, les sans réserve, faisaient comme choix, et ce que nous, nous faisons de la vulnérabilité. Pourquoi est-ce un tel problème ? Est-ce que je suis la seule pour qui c'est un problème ? Non. Voici donc ce que j'ai appris. Nous anesthésions la vulnérabilité -- quand nous attendons le coup de fil. C'est drôle, j'ai envoyé quelque chose sur Twitter et Facebook qui demandait : "Comment définiriez-vous la vulnérabilité ? Qu'est-ce qui vous rend vulnérable ? " Et en une heure et demie, j'avais 150 réponses. Parce que je voulais savoir ce qui se cache derrière tout ça. Devoir demander de l'aide à mon mari, parce que je suis malade, et on vient juste de se marier ;prendre l'initiative sur le plan sexuel avec mon mari ; prendre l'initiative avec ma femme ;être rejetée ; inviter quelqu'un à sortir ; attendre que le docteur rappelle ; être virée ; virer des gens -- voici le monde dans lequel nous vivons. Nous vivons dans un monde vulnérable. Et l'une des façons dont nous traitons ce problème, c'est d'anesthésier la vulnérabilité.

Et je pense qu'il y a des preuves de cela -- ça n'en est pas la seule raison, mais je pense que c'en est une grande -- nous sommes la plus endettée, obèse, accro aux drogues et aux médicaments, de toutes les assemblées d'adultes de l'histoire des États-Unis. Le problème -- et c'est ce que j'ai appris de mes recherches -- c'est qu'on ne peut pas anesthésier ses émotions de façon sélective. On ne peut pas dire : " Là, c'est ce qui est mauvais. Voilà la vulnérabilité, voilà le chagrin, voilà la honte, voilà la peur, voilà la déception, je ne veux pas ressentir ces émotions. Je vais plutôt prendre quelques bières et un muffin à la banane. (Rires) Je ne veux pas ressentir ces émotions. Et je sais que ça, c'est un rire entendu. Je gagne ma vie en infiltrant les vôtres. Seigneur. (Rires) Vous ne pouvez pas anesthésier ces sentiments pénibles sans anesthésier en même temps les affects, nos émotions. Vous ne pouvez pas anesthésier de façon sélective. Alors quand nous les anesthésions, nous anesthésions aussi la joie, nous anesthésions la gratitude, nous anesthésions le bonheur. Et nous nous retrouvons malheureux, et nous cherchons un but et un sens à nos vies, et nous nous sentons vulnérables, alors nous prenons quelques bières et un muffin à la banane. Et ça devient un cercle vicieux.

Une des choses auxquelles je pense que nous devrions réfléchir, est le pourquoi et le comment de cette anesthésie. Ça ne peut pas être que de l'accoutumance. L'autre chose que nous faisons est de rendre certain tout ce qui est incertain. La religion est passée d'une croyance en la foi et les mystères, à une certitude. J'ai raison, tu as tort. Ferme-la. Point final. C'est certain. Plus nous sommes effrayés, plus nous sommes vulnérables, et plus nous sommes effrayés encore. Voilà à quoi ressemble la politique de nos jours. Il n'y a plus de discours désormais. Il n'y a plus de débat. Il n'y a que la recherche d'un coupable à blâmer. Vous savez comment je décris cela dans mes recherches ? Une façon de se décharger de la douleur et de l'inconfort. Nous perfectionnons tout. Si il y a quelqu'un qui voudrait que sa vie soit parfaite, c'est bien moi, mais ça ne marche pas. Parce que ce que nous faisons, c'est de prendre la graisse de nos derrières et de la mettre dans nos joues. (Rires) Ce qui, je l'espère, dans une centaine d'années, fera dire aux gens qui nous étudierons : "Wow..."

Et le plus dangereux, c'est que nous perfectionnons nos enfants. Laissez-moi vous expliquer comment nous pensons de nos enfants. Ils sont conçus dès le départ pour avoir des problèmes. Et quand vous tenez ces petits êtres parfaits dans vos mains, votre devoir n'est pas de dire : "Regardez-le, il est parfait. Ma tâche est de le garder parfait --m'assurer qu'il intègre l'équipe de tennis dès le CM2, et l'Université de Yale avant la 5ème. " Ça n'est pas ça, notre devoir. Notre devoir, c'est de le regarder, et de lui dire : " Tu sais quoi ? Tu n'es pas parfait, et tu es conçu pour avoir des problèmes, mais tu mérites de recevoir de l'amour et d'être parmi nous. Ça, c'est notre devoir. Donnez-moi une génération de gosses élevés comme ça, et on réglera les problèmes que nous connaissons aujourd'hui, je pense. Nous aimons croire que nos actions n'ont pas de conséquences sur les autres. Nous faisons cela dans nos vies personnelles. Nous faisons cela dans les entreprises -- que ce soit lors d'un renflouement, une fuite de pétrole, une convocation -- nous nous comportons comme si nos actions n'avaient pas un énorme impact sur les autres. J'ai envie de dire aux entreprises : " Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, les gars. On a seulement besoin que vous soyez authentiques et vrais, et que vous nous disiez : ' Nous sommes désolés. On va régler ça.' "


Mais il y a une autre voie, et je vais finir là-dessus. Voici ce que j'ai découvert : c'est d'accepter de se montrer, de se montrer vraiment, de se montrer vulnérable ; d'aimer de tout notre cœur, même si il n'y a aucune certitude -- et ça, c'est vraiment dur, et je peux vous le dire en tant que parent, c'est atrocement difficile -- de s'exercer à la gratitude et à la joie dans ces moments de terreur, où nous nous demandons : " Suis-je capable de t'aimer à ce point ? Suis-je capable de croire en cela avec autant de passion ? Suis-je capable d'être aussi fervent ? " Juste pouvoir s'arrêter et, au lieu de s'imaginer les catastrophes qui risquent d'arriver, de dire : " Je suis simplement reconnaissant, parce que me sentir si vulnérable signifie que je suis vivant. " Et pour finir, ce qui je pense est le plus important, c'est de croire que nous sommes bien comme nous sommes. Parce je pense que quand on écoute la petite voix qui nous dit : " Je suis bien comme je suis ", alors nous arrêtons de hurler, et nous commençons à écouter, nous devenons plus gentils et plus doux avec notre entourage, et nous sommes plus gentils et plus doux avec nous-mêmes.

Brene Brown.

 

 

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Être vulnérable, ou sans réserve...

2 Mars 2013, 02:36am

Publié par Fr Greg.

 

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Et voilà où mon histoire commence. Quand j'étais une jeune chercheuse, une étudiante en doctorat, pendant ma première année j'ai eu un directeur de recherche qui nous a dit :" Voilà le topo : ce qu'on ne peut pas mesurer n'existe pas." Et j'ai pensé qu'il essayait de m'embobiner. Et j'ai fait : " Vraiment ?", et lui : "Absolument." Il faut que vous sachiez que j'ai une licence d'assistance sociale, un master d'assistance sociale, et que je préparais une thèse d'assistance sociale, alors j'avais passé toute ma carrière universitaire entourée de gens qui croyaient en quelque sorte que la vie c'est le désordre, et qu'il faut l'aimer ainsi. Alors que moi ça serait plutôt : la vie c'est le désordre, il faut la nettoyer, l'organiser, et bien la ranger dans des petites cases. (Rires) Alors quand je pense que j'ai trouvé ma voie, que j'ai engagé ma carrière sur un chemin qui m'amène -- vraiment, dans l'aide sociale, on dit beaucoup qu'il faut plonger dans l'inconfort du travail. Et moi je suis plutôt : évacuer l'inconfort une bonne fois pour toutes, le dégager et n'obtenir que des 20 sur 20. C'était ma devise. C'est pourquoi j'étais très enthousiasmée par cette idée. Et que je me suis dit, tu sais quoi, c'est la carrière qu'il te faut, parce que je m'intéresse à des sujets compliqués, mais je veux pouvoir les rendre moins compliqués. Je veux les comprendre. Je veux m'infiltrer dans ces questions, que je sais importantes et les décoder pour tout le monde.


J'ai donc commencé avec les relations humaines. Parce que, quand vous avez travaillé dans le social pendant 10 ans, vous réalisez que les relations humaines sont la raison de notre présence sur terre. C'est ce qui donne un but et du sens à nos vies. Tout tourne autour de cela. Peu importe que vous en discutiez avec des gens qui travaillent dans le secteur de la justice sociale, ou bien de la santé mentale, ou de la maltraitance, ou de la négligence parentale, ils vous diront tous que les relations, la capacité d'entrer en relation, c'est -- sur le plan neurobiologique, nous sommes conçus ainsi -- c'est la raison de notre présence sur terre. J'ai donc pensé: je vais commencer par les relations humaines. Vous connaissez cette situation où vous avez un entretien d'évaluation avec votre patron, et elle vous parle de 37 choses que vous faites incroyablement bien, et puis d'une chose -- " Une occasion de vous améliorer." (Rires) Et tout ce que vous retenez, c'est cette "occasion de vous améliorer", pas vrai ? Eh bien, à première vue, c'est également la direction que mon travail a prise, parce que, quand j'ai interrogé les gens sur l'amour, ils m'ont parlé de chagrin. Quand j'ai interrogé les gens sur le sentiment d'appartenance, ils m'ont raconté leurs plus atroces expériences où ils étaient exclus. Et quand j'ai interrogé les gens sur les relations humaines, les histoires qu'ils m'ont racontées parlaient d'isolement.

Aussi très rapidement -- en fait après seulement six semaines de recherches -- j'ai buté sur cette chose sans nom qui détruisait totalement les relations d'une façon que je ne comprenais pas, et que je n'avais jamais vu. J'ai donc pris un peu de recul sur ma recherche et je me suis dit, il faut que je comprenne ce dont il s'agit. Et j'ai découvert qu'il s'agissait de la honte. On peut vraiment comprendre la honte facilement si on la considère comme la peur de l'isolement. Il y a-t-il quelque chose chez moi qui ferait que, si d'autres le savaient ou le voyaient, je ne mériterais pas d'être en relation avec eux ? Il y a une chose que je peux vous en dire : c'est universel ; on a tous ça. Les seules personnes qui n'éprouvent pas la honte sont celles qui sont incapables d'empathie ou de relations humaines. Personne ne veut en parler, et moins on en parle, plus on la ressent. Ce qui est à la base de cette honte, ce "Je ne suis pas assez bien ", -- qui est un sentiment que nous connaissons tous : " Je ne suis pas assez neutre. Je ne suis pas assez mince, pas assez riche, pas assez beau, pas assez malin, pas assez reconnu dans mon travail." Ce qui est à la base de tout ça, c'est une atroce vulnérabilité, cette idée que, pour pouvoir entrer en relation avec les autres, nous devons nous montrer tels que nous sommes, vraiment tels que nous sommes.


Et vous savez ce que je pense de la vulnérabilité. Je hais la vulnérabilité. J'ai donc pensé, voilà l'occasion que j'attendais de la faire battre en retraite avec ma règle. Je vais m'y plonger, je vais démêler toute cette histoire, je vais y consacrer une année, je vais complètement déboulonner la honte, je vais comprendre comment fonctionne la vulnérabilité, et je vais être la plus forte. J'étais donc prête, et j'étais vraiment enthousiaste. Comme vous vous en doutez, ça ne s'est pas bien passé. (Rires) Vous vous en doutez. Alors, je pourrais vous en dire long sur la honte, mais il me faudrait prendre le temps de parole de tous les autres. Mais voilà ce que je peux vous dire, ce à quoi ça se résume -- et c'est peut-être la chose la plus importante que j'ai jamais apprise pendant les dix années passées sur cette recherche. Mon année s'est transformée en six années, des milliers de récits, des centaines de longs entretiens, de groupes de discussion. À un moment, les gens m'envoyaient des pages de journaux, ils m'envoyaient leurs histoires -- des milliers d'éléments d'information en six ans. Et j'ai commencé à comprendre.


J'ai commencé à comprendre : voilà ce qu'est la honte, voilà comment ça marche. J'ai écrit un livre, j'ai publié une théorie, mais quelque chose n'allait pas -- et ce que c'était, c'est que, si je prenais les gens que j'avais interviewés, et que je les divisais grossièrement en deux catégories: ceux qui croyaient vraiment en leur propre valeur --c'est à cela que ça se résume, croire en sa propre valeur -- ils ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance -- et ceux qui ont du mal avec ça, ceux qui se demandent tout le temps si ils sont assez bien. Il n'y avait qu'une variable qui différenciait ceux qui ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance de ceux qui ont vraiment du mal avec ça. Et c'était que ceux qui ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance pensent qu'ils méritent l'amour et l'appartenance. C'est tout. Ils pensent qu'ils le méritent. Et pour moi la chose qui nous prive de relations humaines est notre peur de ne pas mériter ces relations, c'était quelque chose que, sur le plan personnel comme professionnel, j'ai eu l'impression que j'avais besoin de mieux comprendre. Alors ce que j'ai fait, c'est que j'ai pris tous les interviews dans lesquels je pouvais voir des gens qui croyaient mériter, qui vivaient ainsi, et je les ai simplement examinés attentivement.

 

Qu'ont en commun tous ces gens ? Je suis un peu accro aux fournitures de bureau, mais c'est une autre histoire. J'avais une chemise cartonnée, et j'avais un marqueur, et j'ai fait, comment vais-je intituler cette recherche ? Et les premiers mots qui me sont venus à l'esprit ont été "sans réserve". Ce sont des gens sans réserves, qui vivent avec ce sentiment profond de leur valeur. Alors je l'ai inscrit sur la couverture de la chemise, et j'ai commencé à examiner les données. En réalité, j'ai commencé par le faire pendant quatre jours par une analyse des données extrêmement intensive, où je suis revenue en arrière, j'ai ressorti ces interviews, ressorti les récits, ressorti les incidents. Quel est le thème ? Quel est le motif ? Mon mari a quitté la ville avec les enfants parce que je rentre à chaque fois dans ce délire à la Jackson Pollock, où je ne fais qu'écrire, et où je suis en mode chercheuse. Et voici ce que j'ai trouvé. Ce qu'ils avaient en commun, c'était un sens du courage. Là je veux prendre une minute pour vous expliquer la distinction entre le courage et la bravoure. Le courage, la définition originelle du courage, lorsque ce mot est apparu dans la langue anglaise -- il vient du latin "cor", qui signifie "cœur" -- et sa définition originelle était : raconter qui nous sommes de tout notre cœur. Ainsi, ces gens avaient, très simplement, le courage d'être imparfaits. Ils avaient la compassion nécessaire pour être gentils, tout d'abord avec eux-mêmes, puis avec les autres, car, à ce qu'il semble, nous ne pouvons faire preuve de compassion envers les autres si nous sommes incapables d'être gentils envers nous-même. Et pour finir, ils étaient en relation avec les autres, et -- c'était ça le noyau dur -- de par leur authenticité, ils étaient disposés à abandonner l'idée qu'ils se faisaient de ce qu'ils auraient dû être, de façon à être qui ils étaient, ce qui est un impératif absolu pour entrer en relation avec les autres.

 

Brene Brown.

 

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Grandir en réalisme pour perdre son hypersensibilité...

1 Mars 2013, 03:47am

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Vive flamme d'amour...

28 Février 2013, 01:05am

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Ô vive flamme d'amour ,

qui tendrement me blesses
au centre le plus profond de mon âme,
N'ayant plus de rigueur,
achève si tu veux,
brise la trame de ce rencontre heureux.

Ô cautère suave
ô délicieuse plaie,
ô douce main, ô touche délicate,
qui a goût d'éternité
et toute dette paie,
tuant, la mort en vie tu as changée.

Ô torches de lumière,
dans les splendeurs desquelles
les profondes cavernes du sens
qui était obscur, aveugle,
par d'étranges faveurs,
chaleur et clarté donnent à l'ami.

Que doux et amoureux
tu t'éveilles en mon sein
où toi seul en secret as ton séjour.
Ton souffle savoureux
plein de gloire et de bien,
que délicatement il m'énamoure !

St Jean de la Croix

 

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Pourquoi la souffrance des enfants?

27 Février 2013, 02:11am

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Rieux dit que non, mais que l'enfant résistait depuis plus longtemps qu'il n'était normal. Paneloux, qui semblait un peu affaissé contre le mur, dit alors sourdement :

- S'il doit mourir, il aura souffert plus longtemps.

Rieux se retourna brusquement vers lui et ouvrit la bouche pour parler, mais il se tut, fit un effort visible pour se dominer, et ramena son regard sur l'enfant.

La lumière s'enflait dans la salle. Sur les cinq autres lits, des formes remuaient et gémissaient, mais avec une discrétion qui semblait concertée. Le seul qui criât, à l'autre bout de la salle, poussait à intervalles réguliers de petites exclamations qui paraissaient traduire plus d'étonnement que de douleur. Il semblait que, même pour les malades, ce ne fût pas l'effroi du début. Il y avait même, maintenant, une sorte de consentement dans leur manière de prendre la maladie. Seul, l'enfant se débattait de toutes ses forces. Rieux qui, de temps en temps, lui prenait le pouls, sans nécessité d'ailleurs et plutôt pour sortir de l'immobilité impuissante où il était, sentait, en fermant les yeux, cette agitation se mêler au tumulte de son propre sang. Il se confondait alors avec l'enfant supplicié et tentait de le soutenir de toute sa force encore intacte. Mais une minute réunies, les pulsations de leurs deux cœurs se désaccordaient, l'enfant lui échappait, et son effort sombrait dans le vide. Il lâchait alors le mince poignet et retournait à sa place.

 

Le long des murs peints à la chaux, la lumière passait du rose au jaune. Derrière la vitre, une matinée de chaleur commençait à crépiter. C'est à peine si on entendit Grand partir en disant qu'il reviendrait. Tous attendaient. L'enfant, les yeux toujours fermés, semblait se calmer un peu. Les mains, devenues comme des griffes, labouraient doucement les flancs du lit. Elles remontèrent, grattèrent la couverture près des genoux, et, soudain, l'enfant plia ses jambes, ramena ses cuisses près du ventre et s'immobilisa. Il ouvrit alors les yeux pour la première fois et regarda Rieux qui se trouvait devant lui. Au creux de son visage maintenant figé dans une argile grise, la bouche s'ouvrit et presque aussitôt, il en sortit un seul cri continu, que la respiration nuançait à peine, et qui emplit soudain la salle d'une protestation monotone, discorde, et si peu humaine qu'elle semblait venir de tous les hommes à la fois. Rieux serrait les dents et Tarrou se détourna. Rambert s'approcha du lit près de Castel qui ferma le livre, resté ouvert sur ses genoux. Paneloux regarda cette bouche enfantine, souillée par la maladie, pleine de ce cri de tous les âges. Et il se laissa glisser à genoux et tout le monde trouva naturel de l'entendre dire d'une voix un peu étouffée, mais distincte derrière la plainte anonyme qui n'arrêtait pas : « Mon Dieu, sauvez cet enfant. »

 

Mais l'enfant continuait de crier et, tout autour de lui, les malades s'agitèrent. Celui dont les exclamations n'avaient pas cessé, à l'autre bout de la pièce, précipita le rythme de sa plainte jusqu'à en faire, lui aussi, un vrai cri, pendant que les autres gémissaient de plus en plus fort. Une marée de sanglots déferla dans la salle, couvrant la prière de Paneloux, et Rieux, accroché à sa barre de lit, ferma les yeux, ivre de fatigue et de dégoût.

Quand il les rouvrit, il trouva Tarrou près de lui.

- Il faut que je m'en aille, dit Rieux. Je ne peux plus les supporter.

Mais brusquement, les autres malades se turent. Le docteur reconnut alors que le cri de l'enfant avait faibli, qu'il faiblissait encore et qu'il venait de s'arrêter. Autour de lui, les plaintes reprenaient, mais sourdement, et comme un écho lointain de cette lutte qui venait de s'achever. Car elle s'était achevée. Castel était passé de l'autre côté du lit et dit que c'était fini. La bouche ouverte, mais muette, l'enfant reposait au creux des couvertures en désordre, rapetissé tout d'un coup, avec des restes de larmes sur son visage.

Paneloux s'approcha du lit et fit les gestes de la bénédiction. Puis il ramassa ses robes et sortit par l'allée centrale.

- Faudra-t-il tout recommencer ? demanda Tarrou à Castel.

Le vieux docteur secouait la tête.

- Peut-être, dit-il avec un sourire crispé. Après tout, il a longtemps résisté.

Mais Rieux quittait déjà la salle, d'un pas si précipité, et avec un tel air, que lorsqu'il dépassa Paneloux, celui-ci tendit le bras pour le retenir.

- Allons, docteur, lui dit-il.

Dans le même mouvement emporté, Rieux se retourna et lui jeta avec violence :

- Ah ! celui-là, au moins, était innocent, vous le savez bien !

Puis il se détourna et, franchissant les portes de la salle avant Paneloux, il gagna le fond de la cour d'école. Il s'assit sur un banc, entre les petits arbres poudreux, et essuya la sueur qui lui coulait déjà dans les yeux. Il avait envie de crier encore pour dénouer enfin le nœud violent qui lui broyait le cœur. La chaleur tombait lentement entre les branches des ficus. Le ciel bleu du matin se couvrait rapidement d'une taie blanchâtre qui rendait l'air plus étouffant. Rieux se laissa aller sur son banc. Il regardait les branches, le ciel, retrouvant lentement sa respiration, ravalant peu à peu sa fatigue.

- Pourquoi m'avoir parlé avec cette colère ? dit une voix derrière lui. Pour moi aussi, ce spectacle était insupportable.

Rieux se retourna vers Paneloux :

- C'est vrai, dit-il. Pardonnez-moi. Mais la fatigue est une folie. Et il y a des heures dans cette ville où je ne sens plus que ma révolte.

- Je comprends, murmura Paneloux. Cela est révoltant parce que cela passe notre mesure. Mais peut-être devons-nous aimer ce que nous ne pouvons pas comprendre.

Rieux se redressa d'un seul coup. Il regardait Paneloux, avec toute la force et la passion dont il était capable, et secouait la tête.

- Non, mon père, dit-il. Je me fais une autre idée de l'amour. Et je refuserai jusqu'à la mort d'aimer cette création où des enfants sont torturés.

Sur le visage de Paneloux, une ombre bouleversée passa.

- Ah ! docteur, fit-il avec tristesse, je viens de comprendre ce qu'on appelle la grâce.

Mais Rieux s'était laissé aller de nouveau sur son banc. Du fond de sa fatigue revenue, il répondit avec plus de douceur :

- C'est ce que je n'ai pas, je le sais. Mais je ne veux pas discuter cela avec vous. Nous travaillons ensemble pour quelque chose qui nous réunit au delà des blasphèmes et des prières. Cela seul est important.

Paneloux s'assit près de Rieux. Il avait l'air ému.

- Oui, dit-il, oui, vous aussi vous travaillez pour le salut de l'homme.

Rieux essayait de sourire.

- Le salut de l'homme est un trop grand mot pour moi. Je ne vais pas si loin. C'est sa santé qui m'intéresse, sa santé d'abord.

Paneloux hésita.

- Docteur, dit-il.

Mais il s'arrêta. Sur son front aussi la sueur commençait à ruisseler. Il murmura : « Au revoir » et ses yeux brillaient quand il se leva. Il allait partir quand Rieux, qui réfléchissait, se leva aussi et fit un pas vers lui.

- Pardonnez-moi encore, dit-il. Cet éclat ne se renouvellera plus.

Paneloux tendit sa main et dit avec tristesse :

- Et pourtant je ne vous ai pas convaincu !

- Qu'est-ce que cela fait ? dit Rieux. Ce que je hais, c'est la mort et le mal, vous le savez bien. Et que vous le vouliez ou non, nous sommes ensemble pour les souffrir et les combattre.

Rieux retenait la main de Paneloux.

- Vous voyez, dit-il en évitant de le regarder, Dieu lui-même ne peut maintenant nous séparer.

A. Camus. La peste.

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Pourquoi ces blessures qui s'imposent...?

26 Février 2013, 03:09am

Publié par Fr Greg.

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« J’ai reçu la vie comme une blessure béante, et j’ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C’est le châtiment que je lui inflige… Je n’ai pas mérité ce supplice… »

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont.

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Des mots vrais et humain, pour sortir de la sinistrose et des conneries qu'on envoie par email!

25 Février 2013, 02:10am

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Le serviteur souffrant

24 Février 2013, 02:13am

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Apprennez à vous aimer!

23 Février 2013, 02:32am

Publié par Fr Greg.

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Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances, j’étais à la bonne place, au bon moment. Et alors, j’ai pu me relaxer. Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions. Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.


Le jour où je me suis aimé pour de vrai, J’ai cessé de vouloir une vie différente et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Maturité. 

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment… Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… le Respect. 


Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie. Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire de grands plans, j’ai abandonné les méga-projets du futur. Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime quand cela me plait et à mon rythme. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.


Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison, et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé. Aujourd’hui, j’ai découvert … l’Humilité. 

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir. Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe. Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois. Et cela s’appelle… la Plénitude.


Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur, elle devient une alliée très précieuse ! Tout ceci, c’est… le Savoir vivre. Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les étoiles.

Kim et Alison Mc Millen

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Dieu est Père (II)

22 Février 2013, 02:03am

Publié par Fr Greg.

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La paternité de Dieu est alors l’amour infini, la tendresse qui se penche sur nous, ses enfants, qui sommes faibles et qui avons besoin de tout. Le psaume 103, le grand chant de la miséricorde divine, proclame : « Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui le craint ; il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que poussière nous sommes » (vv.13-14). C’est précisément notre petitesse, notre nature humaine faible, notre fragilité qui devient un appel à la miséricorde du Seigneur pour qu’il manifeste sa grandeur et sa tendresse de Père en nous aidant, en nous pardonnant et en nous sauvant.

Et Dieu répond à notre appel, en envoyant son Fils, qui meurt et ressuscite pour nous ; il entre dans notre fragilité et fait ce que l’homme, seul, n’aurait jamais pu faire : il prend sur lui le péché du monde, lui, l’agneau innocent, et nous ouvre à nouveau le chemin vers la communion avec Dieu, il fait de nous les vrais fils de Dieu. C’est là, dans le mystère pascal, que se révèle dans toute sa lumière le visage définitif de Dieu. Et c’est là, sur la croix glorieuse, qu’advient la pleine manifestation de la grandeur de Dieu comme « Père tout-puissant ».

Mais nous pourrions nous demander : comment est-il possible de penser à un Dieu tout-puissant en regardant la croix du Christ, ce pouvoir du mal qui en arrive à tuer le Fils de Dieu ? Nous aimerions certainement une toute-puissance divine selon nos schémas mentaux et selon nos désirs : un Dieu « tout-puissant » qui résolve les problèmes, qui intervienne pour nous éviter les difficultés, qui soit vainqueur des puissances adverses, qui change le cours des événements et supprime la douleur. C’est ainsi qu’aujourd’hui certains théologiens disent que Dieu ne peut pas être tout-puissant sinon il ne pourrait y avoir tant de souffrance, tant de mal dans le monde. En réalité, devant le mal et la souffrance, pour beaucoup, pour nous, il devient problématique, difficile de croire en un Dieu Père et de le croire tout-puissant ; certains cherchent refuge dans les idoles, en cédant à la tentation de trouver une réponse dans une toute-puissance supposée « magique » et dans ses promesses illusoires.

Mais la foi en Dieu tout-puissant nous pousse à parcourir des sentiers bien différents : apprendre à connaître que la pensée de Dieu est différente de la nôtre, que les voies de Dieu sont différentes des nôtres (cf. Is 55,8) et aussi que sa toute-puissante est différente : elle ne s’exprime pas comme une force automatique et arbitraire, mais elle est marquée par une liberté amoureuse et paternelle. En réalité, Dieu, en créant des créatures libres, en donnant la liberté, a renoncé à une partie de son pouvoir, nous laissant le pouvoir de notre liberté. C’est ainsi qu’il aime et qu’il respecte notre liberté de répondre par amour à son appel. Comme Père, Dieu désire que nous devenions ses enfants et que nous vivions comme tels en son Fils, en communion, dans une totale familiarité avec lui. Sa toute-puissance ne s’exprime pas dans la violence, dans la destruction de tout pouvoir adverse, comme nous le désirerions, mais elle s’exprime dans l’amour, dans la miséricorde, dans le pardon, dans l’acceptation de notre liberté et dans une invitation inlassable à la conversion du cœur, dans une attitude faible en apparence – Dieu semble faible, si nous pensons à Jésus-Christ qui prie, qui se fait tuer. C’est une attitude en apparence faible, faite de patience, de douceur et d’amour, qui montre que c’est cela la vrai manière d’être puissant. C’est cela la puissance de Dieu ! Et cette puissante vaincra ! Le sage du Livre de la Sagesse s’adresse à Dieu ainsi : « Mais tu as pitié de tous, parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu'ils se repentent.Tu aimes en effet tout ce qui existe… Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie ! » (11,23-24a et 26).

Seul celui qui est vraiment puissant peut supporter le mal et se montrer compatissant ; seul celui qui est vraiment puissant peut exercer pleinement la force de l’amour. Et Dieu, à qui appartiennent toutes les choses parce que tout a été fait par lui, révèle sa force en aimant toute chose et toute personne, attendant patiemment la conversion des hommes, dont il veut faire ses enfants. Dieu attend notre conversion. L’amour tout-puissant de Dieu ne connaît pas de limites, au point qu’il « n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous » (Rm 8,32). La toute-puissance de l’amour n’est pas celle du pouvoir du monde, mais celle du don total et Jésus, le Fils de Dieu, révèle au monde la véritable toute-puissance du Père en donnant sa vie pour nous, pécheurs. Voilà la véritable, l’authentique et parfaite puissance divine : répondre au mal, non pas par le mal mais par le bien, aux insultes par le pardon, à la haine homicide par l’amour qui fait vivre. Alors le mal est vraiment vaincu, parce que lavé par l’amour de Dieu ; alors la mort est définitivement anéantie parce qu’elle est transformée en don de la vie. Dieu le Père ressuscite son Fils : la mort, la grande ennemie (cf. 1 Co 15,26), est engloutie et privée de son venin (cf. 1 Co 15,54-55) et nous, libérés du péché, nous pouvons accéder à notre réalité d’enfants de Dieu.

Lorsque nous disons « Je crois en Dieu tout-puissant », nous exprimons notre foi dans la puissance de l’amour de Dieu qui, en son fils mort et ressuscité, est vainqueur de la haine, du mal, du péché et nous ouvre à la vie éternelle, celle des enfants qui désirent être pour toujours dans la « Maison du Père ». Dire « Je crois en Dieu le Père tout-puissant », dans sa puissance, dans sa manière d’être Père, est toujours un acte de foi, de conversion, de transformation de notre manière de penser, de toutes nos affections, de tout notre mode de vie.

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de soutenir notre foi, de nous aider à trouver vraiment la foi, de nous donner la force d’annoncer le Christ crucifié et ressuscité et d’en témoigner par notre amour de Dieu et de notre prochain. Et que Dieu nous accorde d’accueillir le don de notre filiation, pour vivre en plénitude les réalités du Credo, dans un abandon confiant à l’amour du Père et à sa miséricordieuse toute-puissance qui est la véritable toute-puissance et qui nous sauve.

Benoit XVI.

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Dieu est Père

21 Février 2013, 02:59am

Publié par Fr Greg.

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Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de parler de paternité. Surtout dans le monde occidental, les familles décomposées, les obligations professionnelles toujours plus prenantes, les préoccupations et souvent la difficulté à équilibrer le budget familial, la présence envahissante des mass media dans la vie quotidienne avec leurs distractions, font partie des nombreux facteurs qui peuvent empêcher un rapport serein et constructif entre les parents et les enfants. La communication se fait parfois difficile, la confiance s’affaiblit et le rapport avec la figure paternelle peut devenir problématique ; et il devient tout aussi problématique d’imaginer Dieu comme un père si l’on n’a pas de modèles de référence justes. Pour ceux qui ont fait l’expérience d’un père trop autoritaire ou inflexible, indifférent ou peu affectueux, ou carrément absent, il n’est pas facile de penser sereinement à Dieu comme à un père et de s’abandonner à lui dans la confiance.

Mais la révélation biblique aide à dépasser cette difficulté en nous parlant d’un Dieu qui nous montre ce que signifie vraiment être « père » ; et c’est surtout l’Evangile qui nous révèle ce visage de Dieu comme Père qui aime jusqu'à donner son propre Fils pour le salut de l’humanité. La référence à la figure paternelle aide donc à comprendre quelque chose de l’amour de Dieu qui demeure cependant infiniment plus grand, plus fidèle, plus total que celui de n’importe quel  homme. « Quel est d'entre vous l'homme, dit Jésus pour montrer aux disciples le visage du Père, auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? Ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! » (Mt 7, 9-11 ; cf. Lc 11, 11-13). Dieu est notre Père parce qu’il nous a bénis et choisis avant la création du monde (cf. Ep 1, 3-6), et il a fait réellement de nous des fils en Jésus (cf. 1 Jn 3,1). Et, comme Père, Dieu accompagne notre existence avec amour, en nous donnant sa Parole, son enseignement, sa grâce et son Esprit.

Comme le révèle Jésus, il est le Père qui nourrit les oiseaux du ciel sans qu’ils aient à semer et à moissonner, qui revêt de couleurs merveilleuses les fleurs des champs, avec des vêtements plus beaux que ceux du roi Salomon (cf. Mt 6, 26-32 ; Lc 12, 24-28) ; et nous, ajoute Jésus, nous valons bien plus que les fleurs et les oiseaux du ciel ! Et s’il est bon au point de faire « lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45), nous pourrons toujours, sans crainte et avec une confiance totale, nous en remettre à son pardon paternel lorsque nous faisons fausse route. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu qui s’est repenti (cf. Lc 15, 11suiv.), qui donne gratuitement à ceux qui demandent (cf. Mt 18,19 ; Mc 11-24 ; Jn 16,23) et qui offre le pain du ciel et l’eau vive qui font vivre pour l’éternité (cf. Jn 6,32;51;58).

C’est pourquoi l’auteur du psaume 27, encerclé par ses ennemis, assailli par des hommes malveillants et calomniateurs, tout en cherchant dans la prière l’aide du Seigneur et en l’invoquant, peut donner un témoignage plein de foi en affirmant : « Si mon père et ma mère m'abandonnent, le Seigneur m'accueillera » (v.10). Dieu est un Père qui n’abandonne jamais ses enfants, un père plein d’amour qui soutient, aide, accueille, pardonne, sauve, avec une fidélité qui surpasse immensément celle des hommes, pour s’ouvrir à une dimension d’éternité. « Car éternel est son amour », répète à chaque verset le psaume 136, comme une litanie, en parcourant à nouveau l’histoire du salut. L’amour de Dieu notre Père ne diminue jamais, ne se lasse pas de nous : c’est un amour qui se donne jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice de son fils. La foi nous donne cette certitude qui devient un rocher sûr sur lequel construire notre vie : nous pouvons affronter tous les moments de difficulté et de danger, faire l’expérience de l’obscurité des périodes de crise et du temps de la douleur, soutenus par la confiance en Dieu qui ne nous laisse pas seuls et qui est toujours proche, pour nous sauver et nous conduire à la vie éternelle.

C’est dans l’amour du Seigneur Jésus que se montre en plénitude le visage bienveillant du Père qui est dans les cieux. C’est en le connaissant, lui, que nous pouvons connaître aussi le Père (cf. Jn 8,19;14,7), c’est en le voyant que nous pouvons voir le Père, parce qu’il est dans le Père et que le Père est en lui (cf. Jn 14,19-11). Il est « l’image du Dieu invisible », comme le définit l’hymne de la Lettre aux Colossiens, « Premier-né de toute créature… Premier-né d'entre les morts », « en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » et la réconciliation de toutes choses, de « tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (cf. Col 1,13-20).

La foi en Dieu Père demande de croire dans le Fils, sous l’action de l’Esprit, en reconnaissant dans la Croix qui sauve le dévoilement définitif de l’amour divin. Dieu est notre Père en nous donnant son Fils : Dieu est notre Père en nous pardonnant notre péché et en nous amenant à la joie de la vie par la résurrection ; Dieu est notre Père en nous donnant l’Esprit qui fait de nous ses enfants et nous permet de l’appeler « Abbà, Père » (cf. Rm 8,15). C’est pourquoi Jésus, nous enseignant à prier, nous invite à dire « Notre Père » (Mt 6,9-13 ; cf. Lc 11,2-4).

Benoit XVI.

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Penser en régime totalitaire...

20 Février 2013, 01:43am

Publié par Fr Greg.

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Penser sous le régime de Brejnev signifie se libérer de toutes les déformations  apprises, maintenir à distance son double livré à l’Etat, acquérir en cachette et avec les moyens du bord une formation autodidacte. Penser signifie également franchir le butoir de la langue, conquérir contre la langue de bois les outils pour dire les choses. L’incrédulité face à l’idéologie officielle n’exclut pas un effet d’abrutissement, elle n’empêche pas les slogans de s’inscrire plus ou moins  dans le cerveau. « La formule, expliquait M Simecka, surgit toute seule : luttons pour la paix, nous luttions pour la paix, la lutte pour la paix, dans la lutte pour la paix…Et je me dis alors que la fonction destructrice de tels slogans n’est pas un vain mot. Ils composent des symboles semblables aux idéogrammes chinois. Ils interdisent à la plupart des gens de prononcer ces mots autrement que sous la forme sous laquelle ils leur ont été inculqués. » L’incrédulité n’empêche pas davantage la langue de bois d’exercer un effet paralysant : « On dirait que la langue se rebiffe. Ses formules toutes faites vous imposent un raisonnement que vous ne désirez pas suivre. C’est une impression extrêmement désagréable : votre langue se met d’elle-même à produire des enchainements pétrifiés. Elle résiste à toute pensée originale. Elle refuse d’obéir et se révolte. Il faut lui opposer un immense effort pour la faire céder ». Il fallait de la force intérieure, de la vaillance pour réfléchir par soi-même dans l’univers  du socialisme réel.

Il fallait d’autant plus de force intérieure que, comme nous l’avons vu, le non-sens du régime soviétique disait en définitive que les mots n’ont pas de sens, qu’il n’y a pas de vérité mais seulement un pouvoir. Le philosophe tchèque qui écrivait sous le pseudonyme de Petr Fidelius, observait ceci : le piège se referme sur l’intellectuel, en dépit de son incrédulité, parce que, s’il refuse de prendre le mensonge au sérieux, c’est qu’il a renoncé à prendre la vérité au sérieux. (…) Sur les décombres du vrai, il ne reste plus que le pouvoir. Chez ceux-là qui semblent imperméables à la propagande, le subjectivisme totalitaire réussit à abolir le sens de la vérité.


Le faux totalitaire faisait ainsi peser une formidable pression sur les hommes. Cette pression explique pourquoi certains détenus ont ressenti un sentiment de libération dans l’univers des camps. «  Si l’on est bien en prison pour penser, écrit Soljenitsyne, au camp on n’est pas trop mal non plus. Avant tout parce  qu’il n’y a pas de réunions. Pendant dix ans, tu es dispensé de toute réunion ! N’est-ce pas l’air des sommets ? L’administration du camp prétend ouvertement  à ton travail et à ton corps jusqu’à ce qu’épuisement, voire mort s’ensuivent, mais ne porte nullement atteinte au monde de tes pensées. Elle ne tente pas de visser et d’immobiliser ta cervelle. Cela créé un sentiment de liberté plus grande que la liberté de courir là où les jambes vous portent. » (l’Archipel du Goulag). Derrière les barbelés, les zeks ont perdu toute liberté extérieure mais ils ont gagné la liberté intérieure. (…)


Quels ont été en définitive les effets de cette condition sur le psychisme de l’homo sovieticus ? Ce sont semble-t-il, l’engourdissement intellectuel, la corruption morale et le cynisme. Astreint au faux semblant, privé de toute nourriture intellectuelle, morale et spirituelle, l’homme soviétique est appauvri, desséché, « vidé », et il ne croit généralement en rien ni en personne. Le « il faut bien vivre » justifie les compromissions, l’abdication et la désertion vers les petites satisfactions qu’offre le système.

Introduction à la politique, Philippe Bénéton, chapitre IX : la mécanique totalitaire.

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Le carême, un temps de partage...?

19 Février 2013, 00:00am

Publié par Fr Greg.

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Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie

J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.

Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.

Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.

Permettez que nous partagions au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;

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Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.

Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.

Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?

Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?

Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?

Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.

Faudra t’il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?

Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.

 

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Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…

…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.


 

Jean-François Debargue

Secrétaire Général de Caritas Algérie

Alger, le 18 février 2013

 

http://ap-so.blogspot.fr/

 

 

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Carême: temps de révélation de notre faiblesse et de notre impuissance...

18 Février 2013, 02:26am

Publié par Fr Greg.

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Quarante jours et quarante nuits dans le désert ! Le temps du carême, un temps, à la fois, d’épreuve et de révélation.

Un temps d’épreuve où Jésus éprouve la faiblesse du corps et de l’esprit. Faiblesse du corps quand les forces vous lâchent et le texte dit qu’il eut faim ; faiblesse de l’esprit quand la pensée vous assaille et qu’il est tenté par le diable. Ce temps d’épreuve est un combat dans la faiblesse, pour Jésus comme pour nous, parfois, lorsque nous voudrions baisser les bras .

Mais ce temps d’épreuve est donc aussi, en même temps, un temps de révélation. Celui qui permet le dévoilement de forces cachées, de ressorts secrets ; la mise au jour de ce qui demeure dans la mémoire et dans le cœur.


Vous avez peut-être déjà fait cette expérience qui est celle de tous ceux qui me parlent d’une épreuve subite qu’ils ont dû affronter. Tous disent que ce temps révèle alors ce qui est essentiel et ce qui est accessoire ; qu’il fait le tri dans notre pensée et notre vie pour nous attacher à ce qui est important et relativiser ce qui ne l’est pas. Révélation sur nous-mêmes, et aussi révélation de Dieu lui-même : c’est l’expérience de Moïse au désert durant quarante jours et qui reçoit les dix paroles de Dieu ; c’est l’expérience du prophète Elie au désert durant quarante jours et qui ressent la douce et bienveillante présence de Dieu.


C’est lorsqu’on est faible, dans son corps ou dans son esprit, que survient alors ce tentateur de nos épuisements et de nos renoncements. Le malin profite toujours de nos faiblesses pour nous séduire par la toute puissance et l'efficacité.

Et voici donc Jésus, tenté comme nous et tenté par trois fois, par celui qui lui souffle à l’oreille de suivre une autre voie/voix. Trois tentations.

Du pain d’abord. Jésus pourrait transformer les pierres de son désert en pain nourrissant ; effacer le désert, supprimer le désert, quitter le désert, ne jamais le vivre, l’éviter ; c'est-à-dire, par un geste miraculeux ou spectaculaire, s’éviter les épreuves de la vie, être maître de son corps, de sa faim, de son existence… ne plus connaître de manque ou de frustration. Première tentation.


Ensuite, dominer sur tous les royaumes de la terre. Acquérir le pouvoir absolu, non plus sur soi-même, mais sur les autres, sur tous les autres. Ressentir cette puissance, se placer au-dessus de tous, dominer sur tous. Que plus personne ne représente d’obstacle à son désir et à sa liberté. Pouvoir décider de son destin ; ne plus être soumis aux aléas de l’histoire ; Ne plus se soucier de personne ; n’être là que pour soi. Deuxième tentation.


Enfin, sauter du haut du Temple et forcer Dieu à agir, c'est-à-dire acquérir le pouvoir sur Dieu même, avoir prise sur lui, pouvoir le manipuler et le faire agir à sa guise ; utiliser sa puissance à son profit personnel et à propos d’une lubie ou d’un caprice. Troisième tentation.


Voici donc ces trois tentations où il s’agirait, à chaque fois, d’être maître, maître de soi, maître des autres et maître de Dieu. C’est ce que le tentateur propose à Jésus. Et c’est vrai qu’elles sont tentantes ces tentations ! Sinon, ce ne serait pas des tentations ! Elles sont séduisantes car qui ne voudrait pas, finalement, pouvoir être maître de soi, des autres et de Dieu !


Oui, c’est bien ce que nous voudrions souvent. C’est bien le sentiment que nous avons parfois. Ce désir de pouvoir tout maîtriser, de ne pas être surpris par l’imprévu, l’accident, l’obstacle. Se mettre à l’abri des aléas et des épreuves ; acquérir des assurances. Qui ne voudrait pas cela ! Et pour se faire, on s’entoure parfois de grigris, de portes-bonheurs, de muguet ou de trèfle à quatre feuilles ; ou bien, encore, de pilules ou de crèmes, d’investissements ou d’épargnes… mais, au fond, nous savons bien que tout cela ne pèse pas très lourd et qu’il nous faut bien accepter et endurer de ne pas tout maîtriser. Il nous faut accepter d’être Homme.


Car cette tentation de tout maîtriser, ce serait donc, en fin de compte, prendre la place de Dieu ou, plus exactement, être Dieu à l’image de ce que nous imaginons souvent ce que peut être Dieu : le roi tout-puissant et maître de tout.


La tentation pour Jésus, le fils de Dieu, est terrible car il est tenté d’être 'Dieu'. « Sois Dieu, puisque tu l’es ! », c’est ce que le diable lui dit. « Sois ce Dieu que les Hommes attendent toujours qu’il soit ; devient ce vrai Dieu à qui tout est possible, qui règle le cours de toutes choses, qui domine sur tout et sur tous. Deviens un vrai Dieu, dominateur et puissant ; un Dieu à la mesure de ce que les Hommes imaginent. Deviens un Dieu à l’image de l’Homme ! » Tel est le discours du tentateur. Il connaît bien les Hommes, le bougre ! Et il connaît bien sa Bible aussi ! Dieu a voulu d’un Homme à son image, et voilà qu’il lui est proposé maintenant d’inverser les rôles et d’être un Dieu à l’image de l’Homme !


Mais Jésus, dans la faiblesse, il ne cède  pas à cette autre voie/voix car Il est venu pour révéler le vrai visage de Dieu. Et ce visage n’est pas celui que les Hommes imaginent de Dieu. Jésus est venu pour dire la tendresse de Dieu, le respect de Dieu, la compassion de Dieu, l’humanité de Dieu au service de l’Homme, c'est-à-dire tout ce que l’Homme n’imagine pas de Dieu.


Au point où nous en sommes : il nous faut accepter la fragilité de notre existence et la faiblesse d’un Dieu qui n'est pas ce que nous attendons de lui…

On ne rencontre Dieu que pour lui-même, pas pour quelque chose, une gloire, un honneur, un truc qui nous met au-dessus des autres. Il est le mendiant, le très-bas, celui qui est inutile, qui ne rétablit rien, qui se fait agneau, bouc émissaire, rejeté des hommes... Qui veut de ce Dieu là?

 

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Conduit par l'Esprit à travers le désert...

17 Février 2013, 02:10am

Publié par Fr Greg.

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La lumière de ce premier dimanche de carême est capitale, déjà parce qu’elle est la première du carême et qu’elle touche quelque chose de radical.  Aristote dit qu’une petite erreur au point de départ entraîne d’immenses conséquences à l’arrivée.

 

Et la lumière qui est donnée est précisément à propos de ce qui éprouve l'homme par excellence, celle à laquelle chacun d’entre nous est confronté. Spécialement à propos de ce qu’est notre bien, de ce qui est bon pour nous, et qui d’une certaine manière nous échappe. En effet, parce que nous existons par un autre, notre bien, ce qui nous achève, n’est pas immédiatement accessible, et se donne à nous d’une manière telle que cela apparaît comme une épreuve pour notre intelligence.

 

Pour Eve, l’interdit apparent de Dieu ‘tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre’, et qui éprouve son intelligence: tout 'interdit' semble être un obstacle à notre épanouissement... cet interdit est en fait le signe d’un don qui est de trop, qui touche notre personne dans ce qui l’achève. Le don de Dieu, parce qu'il est à la taille de Dieu nous éprouve, et pour nous il apparait comme quelque chose de négatif, un interdit par exemple. Mais c'est d'abord le signe d'un don caché. Et, le péché originel commence quand Eve réduit le commandement de Dieu à quelque chose qu’elle vit ‘négativement’, comme un interdit !

 

La tentation d’Eve c’est de vouloir s’achever par elle-même, de trouver son bien dans la continuité de ce qu’elle connaît d’elle-même. Le  « vous serez comme des Dieux » c’est de croire que l’on peut connaître et atteindre par soi ce qui est notre bien ultime. Or, ce qui nous épanoui pleinement ne peut pas venir de nous. 

 

Est-ce que ce que l’on est et notre achèvement ultime se fait par nous-même ou bien par un autre ? Je viens d’un autre et, je ne peux être pleinement moi-même que par un autre. C’est notre expérience dans le travail, coopérant avec la matière ; dans l’amitié : l’autre qui est mon ami achève, et épanoui ce qu’il y a de plus moi-même : ma capacité d’aimer. Et, ultimement la personne humaine ne peut pas achever ce qu’elle est en propre à partir d’elle-même.

 

Et cela c’est une épreuve pour notre nature humaine. Eve, malgré elle, « refuse » ce don en le réduisant à ce qu’elle en vit. Et nous avons la même épreuve. Nous vivons le carême comme si c’était un moment d’efforts efficients, comme si Jésus attendait de nous que nous conquérions une espèce de perfection morale : « vous êtes des pêcheurs, maintenant faîtes des efforts pour vous en sortir »

 

Et alors, on retombe dans l’erreur de vouloir y arriver par nous-même. Ça c’est l’épreuve majeure de chacun d’entre nous. On veut devenir ce que l’on est à force d’efficience, de coups de poignets, et réaliser ce que l’on croit être, et supprimer ce que l’on croit ne pas être le chemin.

 

Et Jésus va au désert pour connaître cet état de fragilité que chacun d’entre nous connaissons à cause du péché originel : on claudique, on est bancal, on a des mouvements d’humeurs, des impatiences, des mouvements d’orgueil, des petits égoïsmes…, tout ça on le porte et notre reflexe c’est un peu d’interpréter la parole de Dieu comme si Dieu disait : « maintenant, mon coco débrouille-toi, fais un effort. »  Or, tant qu’on en reste là, c’est la porte ouverte au désespoir.

 

Là est notre épreuve : pour nous, notre misère, notre péché c’est le lieu de notre épreuve ! Pourquoi ? Parce que le péché c’est négatif, cela semble être un obstacle au don de Dieu, à notre croissance, à notre développement. Alors, nous disons : ‘il faut que je supprime mon péché et ensuite je pourrai entrer dans le royaume des Cieux. Je m’appuie sur moi, je vais y arriver’. Ou, plus subtilement : ‘il faut que je m’abandonne, que je ceci, que je…’ : bref, je je je, moa, moa, moa…. C’est ce que dit le démon à Jésus : ‘Tu es fragile,  tu as faim : vas-y, transforme, fais quelque chose. Ou bien : abandonne toi à ‘la providence en soi’, ou tes limites, dépasse-les en les niant. Tu peux y arriver par toi-même’.

 

Jésus, lorsqu’il apparaît à Ste Faustine, lui dit : « donne-moi ta misère. Ta misère je m’en fais responsable, je m’en occupe. Toi, donne la moi ». Et ça, c’est notre foi. C’est notre baptême. Quand je suis baptisé, ma vie je la remets à Dieu, et elle ne m’appartient plus ! Mes luttes ne m'appartiennent plus! Je ne peux donc ni me juger, ni juger mon prochain...!

 

C’est curieux, mais il faut se demander si cela a vraiment pris racine en nous, si c’est notre vie ? Aussi, le premier remède c'est de s'appuyer sur la parole de Dieu. La parole de Dieu, c’est la parole venant de la bouche de Dieu, c’est quelqu’un qui me parle maintenant. Tant que je ne l’entends pas pour moi, ce n’est pas la parole de Dieu. 

 

Ou bien, on la réduit à une parole humaine, comme si elle nous donnait des informations. Or, si ma parole exprime quelque chose qui existe avant qu’elle ne le dise, la parole de Dieu, elle, elle réalise ce qu’elle signifie. Elle est source de plus que ce que nous entendons!! La parole de Dieu, c’est Dieu se donnant, réalisant quelque chose de nouveau qui n’existait pas. C’est ça qu’on dit à chaque messe : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis une seule parole et je serai guéri » donc : « ta parole, c’est ça qui me guérit !! »

 

Ça c’est toute notre vie chrétienne, c’est tout notre carême. Soit je fais de ma vie chrétienne, avec toutes mes fragilités, mes misères un lieu de combat où j’essaye seul de m’en sortir par moi-même… Et alors, on a le démon qui nous dit: « vas-y, est-ce que tu crois en toi ? » Alors que Jésus nous dit « est-ce que tu choisis de t’appuyer sur moi, est-ce que tu veux te nourrir de moi immédiatement ? » Le salut il est là. Parce que ma pauvreté, ma misère, ce n’est pas un obstacle pour Lui !

 

Or si Dieu permet –ce qui nous apparaît comme- nos misères et nos pauvretés, c’est que ce n’est pas d’abord un problème pour Lui. Mais comme ça empêche notre épanouissement, et que ça nous empoisonne la vie, on essaye alors par nous-même de l’enlever. Non seulement ce n’est pas possible, mais ce n’est pas le problème. Ma misère, c’est le lieu dont Jésus se sert pour me communiquer quelque chose qui est complétement au-delà de ma nature.

 

La vérité, là, c’est d'accepter, pour chacun de nous d'être au désert. Face au plan de Dieu je suis perdu. Et il y a une épreuve. Je dois –face à Dieu seulement- faire l’offrande de mon intelligence, je dois accepter de ne pas comprendre. Et si je réduis ma vie à ce que j’en comprends, je serai constamment d’un cet effort d’efficience, à vouloir y arriver par moi-même et à mesurer ma vie en fonction de mes résultats, en fonction de l’image que je me donne ou que je donne aux autres. C’est ma petite gloire, je m’adore moi-même, je compte sur moi.

 

Ce que Jésus dit dans St Jean: « sans moi vous ne pouvez rien faire » : non pas quelque chose, mais rien. Donc, arrête de t’appuyer sur toi-même. C’est cela ‘L’homme ne vit pas seulement de pain’. C’est quoi le pain ?  C’est le fruit de notre travail. Des efforts, Il faut en faire, c’est bien évident, mais ce n’est pas ça le salut. Et notre misère véritable, c’est de vouloir faire de notre efficience notre salut !

 

Et c’est cela la lumière de la croix. A la croix, Jésus choisit d’être trahi. Ce n’est pas seulement qu’il subit ou reçoit nos fautes, mais c’est un choix -Jésus choisit de souffrir, il choisit le péché de l’homme, ses trahisons- parce qu’il en fait le lieu d’un nouveau don. Et alors, mon péché devient comme habité ! Ma mort, ce qui est vain en moi acquiert une signification divine. Ce qui est en vain devient le lieu que Jésus vient habiter. C’est ça le sacrement de confession : la honte c’est humain. On commence à le vivre chrétiennement quand mon péché devient le lieu que Jésus vient habiter, et qu’il en fait un lieu où il se révèle et nous fait participer à sa fécondité.

 

Notre croix est là, notre épreuve est là, comme pour Eve. Eve était face à quelque chose qu’elle ne comprenait pas et elle a réduit le réel, sa vie à ce qu’elle en ressentait. Elle voulait tout posséder, se faire mesure du réel. Et ça, c’est typiquement français : la rationalisation à outrance.

 

On est ainsi, constamment à vouloir mesurer les choses. Ça montre que les luttes que l’on vit, que Dieu permet, nos disputes dans la vie commune, nos difficultés dans notre travail, nos incapacités à grandir dans l’amour, tous ces lieux, je n’en connais pas la signification aux yeux de Dieu. Nous voulons les effacer alors que c’est un mystère qui ne nous appartient pas. Comme dans la parabole où Dieu sème le bon grain et que l’ennemi sème la mauvaise graine, que nous voulons arracher ; or le maître dit : « laisse pousser jusqu’à la moisson, ce n’est pas ton problème ».

 

Jésus répète ça encore différemment dans l’évangile lorsqu’il dit « moi je ne juge personne ». C’est un effort de carême qu’il faut, là, faire. Il faut arrêter de se juger, de se critiquer. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas reconnaître ses fautes. Qu’est-ce que ma faute, mon erreur signifie aux yeux de Dieu ? On n’en sait rien. Et, on n’a pas le droit de se juger. Jésus dit à Juda : « ce que tu fais, fais le vite. » Il le pousse presque à la faute... Pourquoi ?  C’est curieux non ?!

 

Pourquoi cela ? Parce que le salut que Jésus nous apporte, c’est Lui. Lui me parlant. Je dois me nourrir de la parole de Dieu tous les matins. Quand Jésus me parle, Il me transforme. Il n’est pas venu m’apporter un salut humain, efficace, un messianisme temporel. Le salut n’est pas une sorte de perfection qui se voit. A la croix la victoire est cachée et pourtant elle est là. Mais on ne peut pas la vivre tout seul. Et c’est ça le carême : « arrête de t’appuyer sur toi ». Quand on jeûne et qu’on a mal à la tête, on sent nos fragilités, ça nous met dans un état où on ne peut que s’appuyer sur Dieu ou alors on râle. Toutes les limites ressortent. On est obligé d’aller mendier auprès de Jésus : « la carapace que je me suis forgée ça ne tient pas beaucoup, viens… ! »

 

 « Tout est grâce, peu importe ma faiblesse et ma fragilité, Jésus c’est Lui qui vient me chercher ». Thérèse de l’EJ.

 

 Fr Grégoire.

 

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Le Visage de Dieu (II)

16 Février 2013, 02:21am

Publié par Fr Greg.

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Au tout début de cette année, le 1erjanvier, nous avons écouté, dans la liturgie, la très belle prière de bénédiction sur le peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ! Que le Seigneur te découvre sa face et t'apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26). La splendeur du visage divin est la source de la vie, c’est ce qui permet de voir la réalité ; la lumière de son visage est le guide de notre vie. Dans l’Ancien Testament, il y a un personnage auquel est lié de manière toute spéciale le thème du « visage de Dieu » ; c’est Moïse, celui que Dieu choisit pour libérer le peuple de l’esclavage en Egypte, pour lui donner la Loi de l’alliance et le guider à la Terre promise. Et bien, au chapitre 33 du livre de l’Exode, on dit que Moïse avait une relation étroite et de confiance avec Dieu : « Le Seigneur  parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (v. 11). Fort de cette confiance, Moïse demande à Dieu « Montre-moi ta gloire ! » et la réponse de Dieu est claire : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur… Mais, dit-il, tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre… Voici une place près de moi… tu verras mon dos ; mais ma face, on ne peut la voir » (v. 18-23). D’un côté, donc, il y a un dialogue face à face comme entre amis, mais de l’autre il y a l’impossibilité, en cette vie, de voir le visage de Dieu, qui demeure caché ; la vision est limitée. Les Pères disent que ces paroles « tu verras seulement mon dos » veulent dire : « tu peux seulement suivre le Christ et, en le suivant, tu vois de dos le mystère de Dieu ; on peut suivre Dieu, en voyant son dos.


Mais quelque chose de complètement nouveau advient avec l’Incarnation. La recherche du visage de Dieu prend un tour inimaginable parce que, maintenant, on peut voir ce visage : c’est celui de Jésus, du Fils de Dieu qui se fait homme. En lui, le chemin de la Révélation de Dieu, initié avec la vocation d’Abraham, trouve son achèvement ; Jésus est la plénitude de cette Révélation parce qu’il est le Fils de Dieu, à la fois « Médiateur et plénitude de toute la Révélation » (Const. dogm. Dei Verbum, 2). En lui coïncident le contenu de la Révélation et le Révélateur. Jésus nous montre le visage de Dieu et nous fait connaître le nom de Dieu. Dans la prière sacerdotale, lors du dernier repas, il dit au Père : « J'ai manifesté ton nom aux hommes… Je leur ai fait connaître ton nom » (Jn 17,6-26). L’expression « nom de Dieu » signifie Dieu en tant que celui qui est présent au milieu des hommes. Près du buisson ardent, Dieu avait révélé son nom à Moïse, on pouvait alors l’invoquer, il avait donné un signe concret de sa « présence » parmi les hommes. Tout ceci trouve en Jésus son achèvement et sa plénitude : il inaugure un nouveau mode de présence de Dieu dans l’histoire, parce que qui le voit, voit le Père, comme il le dit lui-même à Philippe (cf. Jn 14,9). Le christianisme, affirme saint Bernard, est la « religion de la Parole de Dieu », non pas cependant « une parole écrite et muette, mais celle du Verbe incarné et vivant » (Hom. super missus est, IV, 11 : PL 183, 86B). Dans la tradition patristique et médiévale, on utilise une formule particulière pour exprimer cette réalité : Jésus est leVerbum abbreviatum, le Verbe abrégé (cf. Rm 9, 28, en référence à Is 10,23), il est la Parole brève, abrégée et substantielle du Père, qui nous a tout dit de lui. En Jésus, toute la Parole est présente.


 

En Jésus aussi, la médiation entre Dieu et l’homme trouve sa plénitude. Dans l’Ancien Testament, il y a un groupe de personnages qui ont rempli cette fonction, en particulier Moïse, le libérateur, le guide, le « médiateur » de l’alliance, comme le définit aussi le Nouveau Testament (cf. Gal 3,19 ; Ac 7,35 ; Jn 1,17). Jésus, vrai Dieu et vrai homme, n’est pas simplement un des médiateurs entre Dieu et l’homme, mais il est « le médiateur » de la nouvelle et éternelle alliance (cf. He 8,6 ; 9,15 ; 12,24) ; « Car Dieu est unique, dit Paul, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même » (1 Tm 2,5 ; cf. Gal 3,19-20). En lui, nous voyons et nous rencontrons le Père ; en lui, nous pouvons invoquer Dieu en l’appelant du nom de « Abbà, Père » ; en lui, le salut nous est donné.


Le désir de connaître Dieu réellement, c’est-à-dire de voir le visage de Dieu, est inné dans tout homme, même chez les personnes athées. Et nous avons peut-être inconsciemment ce désir de voir simplement qui il est, ce qu’il est , qui il est pour nous. Mais ce désir se réalise en suivant le Christ, nous le voyons ainsi de dos et finalement, nous voyons aussi Dieu comme un ami, nous voyons son visage dans celui du Christ. L’important est de suivre le Christ non seulement lorsque nous avons besoin de lui ou lorsque nous trouvons le temps au milieu de nos occupations quotidiennes, mais dans toute notre vie telle qu’elle est.


C’est l’existence tout entière qui doit être orientée à la rencontre avec lui, à l’amour pour lui ; et, dans cette existence, l’amour du prochain doit aussi avoir une place centrale, cet amour qui, à la lumière du Crucifié, nous fait reconnaître le visage de Jésus dans le pauvre, le faible, celui qui souffre. Cela n’est possible que si le vrai visage de Jésus nous est devenu familier à travers l’écoute de sa Parole, si nous lui parlons intérieurement, si nous entrons dans cette Parole de sorte que nous le rencontrons réellement et, naturellement, dans le mystère de l’Eucharistie. Un passage de l’évangile de saint Luc est significatif : c’est celui des deux disciples d’Emmaüs qui reconnaissent Jésus à la fraction du pain, mais ils ont été préparés par le chemin qu’ils ont parcouru avec lui, préparés par l’invitation qu’ils lui ont adressée de rester avec eux, préparés par leur dialogue qui a rendu leur cœur tout brûlant ; et ainsi, à la fin, ils voient Jésus.

 

Pour nous aussi, l’Eucharistie est la grande école où nous apprenons à voir le visage de Dieu, où nous entrons dans une relation intime avec lui ; et nous apprenons, en même temps, à tourner notre regard vers le moment final de l’histoire, lorsqu’il nous rassasiera de la lumière de son visage. Sur la terre, nous marchons vers cette plénitude, dans l’attente joyeuse s’accomplisse réellement le Royaume de Dieu. Merci.

Benoit XVI.

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Le visage de Dieu...

15 Février 2013, 02:19am

Publié par Fr Greg.

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Le concile Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum, affirme que la vérité intime de toute la Révélation de Dieu resplendit pour nous « dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (n. 2). L’Ancien Testament nous raconte comment Dieu, après la création, malgré le péché originel et malgré l’arrogance de l’homme qui veut se mettre à la place de son Créateur, offre de nouveau la possibilité de son amitié, surtout à travers l’alliance avec Abraham et le cheminement d’un petit peuple, le peuple d’Israël, qu’il choisit non pas sur des critères de puissance terrestre, mais simplement par amour.


C’est un choix qui demeure un mystère et qui révèle le style de Dieu, qui en appelle quelques-uns non pour exclure les autres, mais pour qu’ils servent de pont qui mène à lui : l’élection est toujours une élection pour l’autre. Dans l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons re-parcourir les étapes d’un long chemin sur lequel Dieu se fait connaître, se révèle et entre dans l’histoire par des paroles et par des actes. Il se sert, pour cette œuvre, de médiateurs comme Moïse, les prophètes et les Juges qui communiquent au peuple sa volonté, rappellent l’exigence de fidélité à l’alliance et gardent éveillée l’attente de la réalisation pleine et définitive des promesses divines.

 

Et c’est précisément la réalisation de ces promesses que nous avons contemplée à Noël : la Révélation de Dieu atteint son sommet, sa plénitude. En Jésus de Nazareth, Dieu visite réellement son peuple, il visite l’humanité d’une manière qui dépasse toute attente : il envoie son Fils unique. Dieu lui-même se fait homme. Jésus ne nous dit pas quelque chose sur Dieu, il ne parle pas simplement du Père, mais il est révélation de Dieu, parce qu’il est Dieu et ainsi il nous révèle le visage de Dieu. Dans le Prologue de son évangile, saint Jean écrit : « Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître » (Jn 1,18).


Je voudrais m’arrêter sur cette « révélation du visage de Dieu ». A cet égard, dans son évangile que nous venons d’entendre, saint Jean nous relate un fait significatif. Alors qu’il approchait de sa Passion, Jésus rassure ses disciples, les invitant à ne pas avoir peur et à avoir foi ; il instaure ensuite avec eux un dialogue dans lequel il parle de Dieu le Père (cf. Jn 14,2-9). A un moment, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14,8). Philippe est très pratique et concret, il dit ce que nous-mêmes, nous voulons dire : « nous voulons voir, montre-nous le Père », il demande de « voir » le Père, de voir son visage. La réponse de Jésus ne s’adresse pas seulement à Philippe, mais à nous aussi et elle nous introduit dans le cœur de la foi christologique ; le Seigneur affirme : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Cette expression résume de façon synthétique la nouveauté du Nouveau Testament, cette nouveauté qui est apparue dans la grotte de Bethléem : il est possible de voir Dieu, Dieu a manifesté son visage, il est visible en Jésus-Christ.

Le thème de la « recherche du visage de Dieu » est bien présent dans tout l’Ancien Testament, le désir de connaître ce visage, le désir de voir Dieu tel qu’il est,  au point que le terme hébraïque panîm, qui signifie « visage », y apparaît bien 400 fois, dont 100 fois avec une référence à Dieu : on se réfère 100 fois à Dieu, on veut voir le visage de Dieu. Et pourtant la religion juive interdit complètement les images parce que Dieu ne peut pas être représenté – contrairement à ce que faisaient les peuples voisins avec l’adoration de leurs idoles – et donc, avec cette interdiction des images, l’Ancien Testament semble totalement exclure la dimension visible du culte et de la piété. Que signifie alors, pour un juif pieux, chercher le visage de Dieu, si l’on est conscient qu’il ne peut y avoir aucune image de lui ? Cette question est importante : d’un côté, on veut dire que Dieu ne peut pas être réduit à un objet, comme une image que l’on peut prendre dans sa main, mais que l’on ne peut rien mettre non plus à la place de Dieu ; de l’autre, en revanche, on affirme qu’il a un visage, c’est-à-dire qu’il est un « Tu » qui peut entrer en relation, qui n’est pas enfermé dans son ciel à regarder l’humanité d’en haut. Dieu est certainement au-dessus de toute chose, mais il s’adresse à nous, il nous écoute, nous voit, nous parle, fait alliance, et il est capable d’aimer. L’histoire du salut, l’histoire de Dieu avec l’humanité, est l’histoire de ce rapport de Dieu qui se révèle progressivement à l’homme et qui se fait connaître lui-même, qui fait connaître son visage.


Benoit XVI.

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Dans la maladie...

14 Février 2013, 02:20am

Publié par Fr Greg.

 

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Mon Dieu, je te demande avec ferveur la grâce nécessaire pour la pleine mise à profit de ma maladie. Dans ma vie j’ai déjà souffert de nombreuses fois, mais je n’ai jamais senti, autant qu’aujourd’hui, qu’entre la souffrance, la connaissance de toi et l’amour il existe un lien si étroit. Je sais qu’il existe  mais je ne comprends pas pleinement en quoi il consiste. Et pour cela je t’implore, toi qui connais ta créature dans toute sa plénitude, de me donner la grâce des fruits de ma souffrance. 


Et en même temps, je te demande de revenir en bonne santé. Je veux travailler pour les autres, je veux accomplir mes devoirs de famille. Donne-moi la santé, sans laquelle tout cela est impossible, ou en tous cas, est freiné.


Je te remercie, parce que tu me guides, que tu entres chaque jour en moi, que tu m’accordes de connaître toujours mieux ton amour. Et avec une totale confiance je m’abandonne à toi, comme un enfant à son Père.

Bx Jean-Paul II, 1967 Prière dans la maladie

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Le carême ou la ferveur de l'amour qui dépouille de tout ce qui n'est pas lui...

13 Février 2013, 02:35am

Publié par Fr Greg.

 

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Le Carême, c’est un temps de grâce unique : un temps de cure pour se rajeunir, une retraite intensive de laquelle on doit sortir renouvelé !

 

Ce temps c’est donc pour intensifier le chemin, le laisser nous purifier de tout ce qui nous alourdit et nous empêche de se voir tel qu’on est aux yeux de Jésus. C’est chercher à laisser la vie nouvelle –celle de Dieu lui-même- jaillir en nous, déborder, nous faire renaitre.

 

Or, cette vie nous est communiquée gratuitement : c’est donc la gratuité qui doit être la grande lumière pour tout vivre ! Il y a là un choix qui nous est remis : je peux décider de tout vivre selon cette nouvelle intention : sans aucun droit, et avec le désir réel que Jésus qui veut tout prendre, et bien prenne tout, soit tout.

 

Mais alors comment ? Faut-il reprendre ces vieilles méthodes d’aumône (quand on sait ce que les pauvres en font.. ?)  de prières (les dévotions à n’en plus finir c’est proche de la pensée magique et ça ne rend pas toujours très intelligent ??) enfin le jeûne (pas renversant comme moyen pour vivre du salut) ? Pourquoi toutes ces vieilles méthodes qui ne servent souvent qu’à nous faire faire des têtes d’enterrement… ? Sans parler des cendres sur le front... c’est pas un peu de la pathologie grave cela.. ??

           Face à cela on a comme 2 attitudes : soit l’attitude passivo-fataliste : genre : ‘de toute façon, on doit se purifier, il faut en baver un peu, donc on s’en remet une couche pendant 40 jours et on compte les jours...’  soit le style 'intellectuel libérés du 21e siècle à qui on ne la fait pas' : ‘ces trucs du moyen-âge, oui c’est bon pour les grands-mères et les curés, mais pas pour ceux qui écoutent les infos et qui lisent les journaux... rien à faire dans ma vie.. on est des gens sérieux …donc, ça, ce n’est pas pour moi…'

 Or Dieu, déjà dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : ‘vous pouvez tout manger, mais de ce fruit, non…!’ ...ah..? Et pourquoi ?? et ensuite, à chaque reprise de son alliance, il ne réclame pas d’abord que l'on raisonne, mais toujours un sacrifice, un don gratuit un peu excessif : " prend ton fils Isaac et va le sacrifier», « tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte » ou une attitude de dépouillement: le peuple d'Israël au désert,  Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

            Et précisément, Dieu ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘comme de sales pêcheurs’, non !  Mais, c’est pour que son don s’inscrive, soit manifesté dans notre vie ! C’est pour qu’on arrête de vivre enfermé dans notre idée du réel, de ce qu’on croit en avoir compris, et qu’on arrête de diminuer la grandeur de notre vie : c'est pour que s’inscrive en nous la marque de Dieu ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous faire sortir de nous-même et nous mettre en attente de son passage : La Pâque, passage de Dieu ! 

Nous qui recevons l’Eucharistie, nous ‘avons’ Dieu à disposition! On en use et malgré cela on demeure toujours inquiets de nous-même, repliés sur nous, et ainsi, ce don incroyable n’est pas très réel pour nous; et bien le carême c’est inscrire et rendre manifeste ce don qui nous est fait, un don qui est de trop, qui nous dépasse et qui est tellement fort qu’il nous brûle et nous blesse ; c’est comme le signe de la radicalité dans laquelle Dieu déjà nous entraine !

 Et la souffrance, ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée ; c’est pour que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur ce qu’est le prochain : par l’aumône, ce qu’est Dieu : par la prière, ce que nous sommes: par le jeûne.  

 Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et nous attend…C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne par ce que c’est encore nous- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret, et connu comme tel...

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale. On ne peut donc vivre de lui en restant dans ce que nous possédons par nos raisonnements, mais en sortant de nous-même, en étant 'arrachés à nous-mêmes’.

 

Le carême c’est donc nous libérer de nous-même –non d’abord par une purification morale ou culpabilisante- mais en nous faisant voir qui on est vraiment, qui on est pour le Père. C’est ultimement, pour pouvoir dire ‘Père’, et vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de celui qui n’est que pour moi. 

Fr Grégoire.

 

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La main et l'intelligence...

12 Février 2013, 02:49am

Publié par Fr Greg.

 

 

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 « (…) Anaxagore prétend que c’est parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c’est de dire qu’il a des mains parce qu’il est le plus intelligent. Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s’en servir. Ce qui convient, en effet, c’est de donner des flûtes au flûtiste, plutôt que d’apprendre à jouer à qui possède des flûtes. C’est toujours le plus petit que la nature ajoute au plus grand et au plus puissant, et non pas le plus précieux et le plus grand au plus petit. Si donc cette façon de faire est préférable, si la nature réalise parmi les possibles celui qui est le meilleur, ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent qu’il a des mains.

 

 En effet, l’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main.

 

   Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le moins bien partagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n’a pas d’armes pour combattre) sont dans l’erreur. Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçue en partage. L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir.

 

La forme même que la nature a imaginée pour la main est adaptée à cette fonction. Elle est, en effet, divisée en plusieurs parties. Et le fait que ces parties peuvent s’écarter implique aussi pour elles la faculté de se réunir, tandis que la réciproque n’est pas vraie. Il est possible de s’en servir comme d’un organe unique, double ou multiple ».

 

     Aristote, Les Parties des animaux, éd. Les Belles Lettres.

 

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L’homme, animal politique...

11 Février 2013, 02:46am

Publié par Fr Greg.

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«  La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement, et (…) l’homme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans cité, naturellement et non par suite des circonstances, est ou un être dégradé ou au-dessus de l’humanité. Il est comparable à l’homme traité ignominieusement par Homère de : Sans famille, sans loi, sans foyer, car, en même temps que naturellement apatride, il est aussi un brandon de discorde, et on peut le comparer à une pièce isolée au jeu de trictrac.

 

  Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l’état grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme seul de tous les animaux, possède la parole. Or, tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient aux animaux également (car leur nature va jusqu’à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres), le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l’injuste ; car c’est le caractère propre à l’homme par rapport aux autres animaux, d’être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et des autres notions morales, et c’est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité ».

                              ARISTOTE. (330 av. J-C.) La Politique. 

 

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