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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Des douleurs, des peines y’en aura, mais on restera debout!

21 Juin 2013, 08:53am

Publié par Fr Greg.

 

On attend rien que de toi, parce que tu es sacré !

 

 

 

Tu l’entends ? Bien sûr que tu l’entends.
Le murmure. Le murmure assourdissant et permanent.
Il a envahit la ville et les esprits.
Il arpente les rues en hurlant.
Le murmure assourdissant et permanent,
Comme un bruit parasite à l’intérieur qui t’épuise,
Qui souffle à l’oreille de chacun « t’es mauvais, t’es bon à rien, tu seras jamais assez bien »,
Qui te répète « t’es comme ça, ou tu devrais, ça changerait rien si tu changeais ».
Le murmure assourdissant et permanent qui espère te mettre à terre en te criant : « Essaie pas de refaire l’histoire, t’y arriveras jamais c’est trop tard, c’est baisé, c’est imprimé dans les mémoires ».
Le murmure assourdissant et permanent qui te fait croire qu’y a pas de rédemption,
Pas de pardon. Pas de rachat. Pas de rémission.
Et tu l’acceptes. Tu le laisses rentrer.

Ooooh qu’est ce que tu fais ?! Arrête !
Qu’est ce qu’il te prend de faire des trucs pareil ?
Pourquoi tu t’fais du mal comme ça ?
Qu’est ce qui va pas ? Parle moi, tu sais que tu peux tout me dire.
Mais nan mais c’est des conneries tout ça tu le sais.
Regarde moi dans les yeux. Regarde moi. On s’en branle. C’est PAS important.
Moi j’te trouve magnifique. Depuis la première fois que j’t’ai vu.
D’ailleurs j’m’en suis toujours pas remis.
Et puis comment j’ferais sans toi moi ?
Et puis comment l’univers il ferait sans toi ?
Ca pourra jamais fonctionner. C’est impossible.
Alors faut pas pleurer ! Faut pas pleurer. Parce que ça va aller j’te le promets, ça va aller.
Parce qu’on est de ceux qui guérissent, de ceux qui résistent, de ceux qui croient aux miracles.
Pas d’ceux qui disent que leur ***** bouge parce qu’on les pousse du pied.
Mais un jour tout ça on y pensera même plus.
On aura tout oublié, comme si ça avait pas existé.

Qu’est ce qu’il faut qu’je fasse ?! Pour que tu t’sortes les doigts du cul,
Que t’enlèves cette merde que t’as dans les yeux ?
T’as tout !
T’as toutes les cartes en main ! T’as.. T’as tout ! T’es beaucoup trop beau enfoiré !
Salope de ta race*** ! Tu me brûles ! Tu me brûles trop !
Avec tous les autres aussi, qui me brûlent beaucoup trop fort !
Moi ça m’fout des cicatrices moi.
J’suis là. J’suis prêt à tout.
J’suis prêt à aller en enfer, j’te porte sur mon dos.
J’me prends des beignes regarde, j’me prends des beignes.
Et toi t’es assis. Tu plantes ton derche !
Tu refuses de sortir de ta cellule.
Mais tu vois pas qu’y a besoin de toi ?
Tu vois pas que si tu fais rien.. tu sers à rien ?
Ca va continuer combien de temps comme ça ?
Tu vas rester à côté des rails ? Comme une VACHE, qui regarde le train ?
Jusqu’à ce que t’en puisses plus ou… qu’on t’mettre dans une boîte en bois ?
Arrête de sourire ! Ce sourire là, qui pue l’échec !
Allez rend moi ce sourire papa. .. mais d’un autre côté t’as raison.
C’est tellement plus facile de sourire, plutôt que d’être heureux.

Tu te demandes si t’es une bête féroce ou bien un saint.
Mais tu es l’un, et l’autre. Et tellement de choses encore.
Tu es infiniment nombreux.
Celui qui méprise, celui qui blesse, celui qui aime, celui qui cherche. Et tous les autres ensemble.
Trompe toi, soit imprudent, tout n’est pas fragile.
On attend rien que de toi, parce que tu es sacré. Parce que tu es en vie.
Parce que le plus important n’est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d’être.

Tu nous entends le Blizzard ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, va te faire enculer.
Tu pensais que t’allais nous avoir hein ?
Tu croyais qu’on avait rien vu ?
Surprise connard !
Tu nous entends la Honte ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends fais gaffe quand tu rentres chez toi seule le soir,
On pourrait avoir envie de t’refaire la mâchoire avec des objets en métal,
Ou d’te laver la tête avec du plomb, qu’est ce que t’en dis ?
Tu nous entends la tristesse ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, c’est que toi aussi tu vas bientôt faire ton sac.
Prendre la première à gauche, deuxième à droite, puis encore à gauche puis aller niquer ta race.
Félicitations ! Bravo !
Tu nous entends la Mort ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends sache que tu nous fais pas peur, tu peux tirer tout ce que tu veux.
On avance quand même, tu pourras pas nous arrêter.
Et on laissera personne derrière, on laissera personne se faire éliminer.
Tout ça c’est fini !

Tu nous entends la Dignité ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends sache qu’on a un genou à Terre et qu’on est désolé.
On est désolé de tout ce qu’on a pu te faire, mais on va changer !
On va devenir des gens biens tu verras !
Et un jour tu seras fière de nous.
Tu nous entends l’Amour ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends il faut que tu reviennes parce qu’on prêt maintenant, ça y est.
On a déconné c’est vrai mais depuis on a compris.
Et là on a les paumes ouvertes avec notre cœur dedans.
Il faut que tu le prennes et que tu l’emmènes.
Tu nous entends l’Univers ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, attends nous ! On arrive.
On voudrait, tout comprendre, tout savoir, tout voir, tout vivre.
On cherche la porte du nouveau monde pour pouvoir s’y fondre en grand.
Tu nous entends Toi qui attends ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends souviens toi qu’t’es pas tout seul. Jamais.
On est tellement nombreux à être un peu bancal un peu bizarre.
Et dans nos têtes y’a un blizzard.
Comme les mystiques loser au grand cœur.
Il faut qu’on sonne l’alarme, qu’on s’retrouve, qu’on s’rejoigne.
Qu’on s’embrasse. Qu’on soit des milliards de mains sur des milliards d’épaules,.
Qu’on s’répète encore une fois que l’ennuie est un crime. Que la vie est un casse du siècle, un putain de piment rouge. Nique sa mère le Blizzard.
Nique sa mère le Blizzard.
Tout ça c’est fini.

Nique sa mère le Blizzard.
Quand la seule chose dont tu t’sens capable c’est d’te mettre en chien de fusil et d’plus penser à rien.
Nique sa mère le Blizzard.
Si tu t’sens glisser y’aura des mains pour te rattraper.
Nique sa mère le Blizzard.
Creuser, jusqu’au bout. S’arrêter que quand t’as tout enlever.
Nique sa mère le Blizzard.
Tu seras là, tu respireras l’air et tu réaliseras que y’a quelque chose qui a changé.
Nique sa mère le Blizzard.
La nuit sera calme. Personne restera sur le carreau.
Nique sa mère le Blizzard.
Des douleurs, des peines y’en aura, mais on restera debout.

FAUVE.

 

 

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Pourquoi Dieu manque…

20 Juin 2013, 20:54pm

Publié par Fr Greg.

 

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J’aurais aimé déployer une prose des plus grandiloquentes. Un peu de génie n’aurait été que juste politesse envers Celui qui peut tout. Hélas, des poètes, il n’y en a plus et ces quelques lignes seront la complainte pathétique et insensée d’une jeune fille qui croit.

Dieu ! Un terme obscène désignant l’ombre évanouie d’un ancien oppresseur dont nos terres ont été libérées, heureusement libérées ! Mais il fallait bien combler cette place laissée vacante : en ces temps impies, comme il n’est plus de Justice divine, il faut que l’homme érige la sienne pour ne pas se morfondre devant l’inégalité désormais inexpliquée.

Ce n’est pas un hasard si la dictature communiste russe brûlait les églises et si celles de la Chine et de Cuba se déclarent farouchement athées, coupant les ailes du peuple pour mieux le rendre dépendant de la justice sociale qu’il prétend lui offrir.

Nous voilà donc bons à nous rendre coupables et honteux d’une grandeur qui donne le vertige car nous avons appris à regarder en bas. Puisqu’il n’est plus rien pour expliquer le drame, nous voici encombrés d’un complexe de supériorité face à la ruine des autres que seule la nôtre pourra consoler.

Nous voilà bons pour la repentance aveugle offerte aux nations affligées de destins difficiles et aux communautés venues de terres éprouvées par l’Histoire : n’avez-vous pas remarqué que les temps ont vu disparaître Dieu en même temps que la fierté de nous-mêmes ?

Nous voilà bons à traquer l’excellence, taire la médiocrité et détruire le mérite : « 80% de bacheliers » ordonnés par Mitterrand, une école où les enfants ont l’écriture médiocre et la lecture maladroite, des quotas dans les grandes écoles et un niveau scolaire en déclin continuel car il n’est pas juste qu’il existe de bons et de mauvais élèves ; il faut alors se presser à niveler les terrains rugueux et inégaux, couper les têtes qui dépassent et hisser celles qui attendent en bas.

Nous voilà bons à réparer la cruelle nature : pauvres homosexuels sans descendance ! Pauvres couples stériles sans progéniture ! Il nous faut dérober les ventres des autres femmes afin d’offrir justice et égalité aux âmes démunies !

Babel-Bruegel

 

Nous voilà bons à dire que tout est relatif et que tout se vaut puisqu’il serait injuste qu’il y ait beauté et laideur, bassesse et grandeur ! Il nous faut terrer ce qui devrait nous rendre fiers : la qualité des uns offense l’orgueil des autres.

Nous voilà bons à être dépouillés de bravoure, craintifs face au péril, car nous avons oublié l’idée du destin. Le libre arbitre pur venu nous libérer ne nous diminue-t-il pas finalement à bien des égards ?

Nous voilà bons à détester le drame autrefois sublimé, puis à se demander pourquoi l’art est mort en se touchant sur Christine Angot et les tentatives contemporaines d’échapper au médiocre, en empilant des gobelets sur un socle en plastique.

Nous voilà finalement bons à rien déconnectés du Ciel, épris d’une justice vaine et artificielle, car Dieu manque à la France, et c’est de votre faute.

Altana Otovic.

 

http://www.bvoltaire.fr

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Oser montrer ses faiblesses!

19 Juin 2013, 20:44pm

Publié par Fr Greg.

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Citant saint Paul dans la première lecture (2Co 4,7-15), le pape a comparé les chrétiens à de « pauvres poteries sans valeur » qui vivent le « dialogue du salut » avec « la puissance de Jésus-Christ sauveur ».

Ce dialogue, a-t-il expliqué, doit se faire sur le modèle donné par l’apôtre : « tant de fois [Paul] a parlé, comme un refrain, de ses péchés : “j’ai été un persécuteur de l’Eglise.... j’ai persécuté...”. En lui revient la mémoire du péché. Il se sent pécheur. »

En d’autres termes, a ajouté le pape, « chaque fois que Paul parle de son curriculum vitae – “j’ai fait ceci, j’ai fait cela” – il parle aussi de ses ‘faiblesses’ », de ses péchés. Les hommes au contraire « ont toujours la tentation du curriculum, et de cacher un peu les ‘faiblesses’ pour qu’elles ne se voient pas trop ».

Le modèle de Paul vaut aussi « pour les prêtres » : ceux qui « se vantent seulement de [leur] curriculum et rien de plus » finissent par « se tromper » car on ne peut pas « annoncer Jésus-Christ sauveur » si « au fond on ne le sent pas ».

Il s’agit « d’être humbles, mais d’une humilité réelle, avec nom et prénom : “je suis pécheur pour ceci, pour ceci et pour ceci”. Comme le fait Paul », a insisté le pape. Il s’agit de ne pas se présenter sous une image fausse, comme « des portraits d’enfant de choeur », de ne pas se faire passer pour « ingénu », de cette ingénuité « qui n’est pas vraie, qui est seulement apparence ».

L’humilité du chrétien doit être « concrète » : « je suis une poterie sans valeur pour ceci, pour ceci et pour ceci ». Quand un chrétien « ne réussit pas à faire à soi-même, devant l’Eglise, cette confession, quelque chose ne va pas ». Il ne « peut pas comprendre la beauté du salut que porte Jésus-Christ : ce trésor ».

Le seul « trésor » dont le chrétien peut se vanter est « celui de Jésus sauveur, la croix de Jésus-Christ », a poursuivi le pape. Et il s’accompagne d’une « confession de ses péchés » car c’est seulement ainsi que « le dialogue est chrétien et catholique, concret ».

De même, « le salut de Jésus Christ est concret » : « Jésus Christ ne sauve pas avec une idée, avec un programme intellectuel. Il sauve avec sa chair, avec la concrétude de la chair. Il s’est abaissé et s’est fait homme, il s’est fait chair jusqu’au bout. »

Le pape a conclu avec l’image de la samaritaine, qui dit à ses voisins : « j’ai trouvé un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait » : elle a trouvé Jésus sauveur et elle l’annonce en parlant de son péché, a-t-il fait observer.

 

 François, Pape, 15 juin 2013

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le tube de l'été !

18 Juin 2013, 21:43pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Les deux « piliers du vrai amour »

17 Juin 2013, 11:00am

Publié par Fr Greg.

Les pélerins d'emmaüs

 

 

Les deux « piliers du vrai amour » : d’une part « l'amour se manifeste plus dans les œuvres que dans les paroles ». D’autre part « l'amour consiste plus à donner qu'à recevoir ». Le pape a développé ces critères en s’appuyant sur les lectures du jour.

« Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions », affirme l’apôtre Paul dans la première lecture (Rm 5,5b-11) : Jésus, a aimé l’homme « non par des paroles mais par les oeuvres, avec sa vie ». Et il « a donné sans rien recevoir » en retour.

Un amour pour chacun

« Aujourd'hui, la liturgie montre l'amour de Dieu dans la figure du pasteur. Psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger ». En quoi est-ce que cela consiste ?

Tout d’abord, Dieu « connaît toutes ses brebis », comme l’illustre Ezechiel 34, 11-16 : « La brebis perdue, je la chercherai ; l'égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice ».

Dieu « les connaît toutes, une à une, par leur nom ». Dieu ne connaît pas les hommes « en groupe », mais « un par un ». Car « l'amour n'est pas un amour abstrait, ou général pour tous ; c'est un amour pour chacun. Et ainsi a aimé Dieu ».

Une proximité inimaginable

Ensuite, « Dieu s'est fait proche » : Dieu « se fait proche par amour et chemine avec son peuple ».

Ce cheminement parvient « à un point inimaginable »,: « on n'aurait jamais pu penser que ce même Seigneur se fasse l'un de nous et chemine avec nous, et demeure avec nous, demeure dans son Eglise, demeure dans l’eucharistie, demeure dans sa parole, demeure dans les pauvres et demeure avec nous en cheminant. C'est la proximité du pasteur ».

Cette proximité est soulignée aussi dans l'Evangile de la brebis perdue et retrouvée (Lc 15, 3-7), où le berger « aime avec tendresse ». Le Seigneur « connaît cette belle science des caresses : il n’aime pas avec des paroles ; il se rend proche et dans cette proximité il donne son amour avec toute la tendresse possible ».

Proximité et tendresse sont « deux facettes de l'amour du Seigneur, qui donne tout son amour, y compris dans les plus petites choses, avec tendresse ». Mais c’est aussi « un amour fort ».

Se laisser aimer

 « le Seigneur le dit : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il s’agit de « se faire proche du prochain et tendre comme le bon samaritain ».

Pour « rendre au Seigneur » son amour, (il faut) « dire: Oui, en l’aimant, en se rapprochant de lui, en devenant tendres à son égard ».

Mais le plus important, est de « se laisser aimer par lui. Ouvrir son cœur et se laisser aimer », ce qui est « plus difficile que d’aimer Dieu ». Cela signifie « le laisser se faire proche de nous, et le sentir proche. Le laisser se faire tendre, nous caresser ». C'est « si difficile: se laisser aimer par lui ».

 

François, Pape.

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La plus que vive. Avignon 2013. Festival Off.

15 Juin 2013, 22:55pm

Publié par Fr Greg.

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La mort, comme la vie, a ses ritournelles, ses saisons et ses croissances. Aujourd'hui nous sommesau seuil du printemps. Demain, lilas et cerisiers donnerontleurs fêtes. Si je me retourne pour te voir dans tamort débutante, Ghislaine- mais retournern'est pas le mot qui convient,  tu as toujours été en avant, devant -, dans ce temps des derniers gels et des premières floraisons blanches, je te vois commeune jeune femme éclatantde rire sous les giboulées. Ton rire memanque. On peut se laisser dépérir dans le manque.

      On peut  aussi y trouver un surcroît de vie. L'automne et l'hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d'encre. Pour y entrer, deux portes-un chant et une histoire.Le chant c'est le mien. L'histoire je n'en suis que le conteur. Je l 'offre à tes enfants, tes oiseaux de paradis, tes trois vies éternelles: Gael, Hélène, Clémence. Je les invite à fouler la terre de ce livre,afin de s'emparer d'une lumièrequi n'est à personne et dont tu fus  la servante exemplaire.

 

Christian Bobin, La plus que vive.

 

 

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Grand nettoyage de printemps

14 Juin 2013, 21:06pm

Publié par Fr Greg.

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Il y a décidément des articles plus délicats à écrire que d’autres. Savoir raison garder et ne pas s’indigner hors de propos. Avec le pape François, il y a de l’hostie sur la planche.

Le successeur de Benoit XVI a donc fait le buzz en évoquant « le lobby gay » du Vatican : « C’est vrai, il existe. Il faut voir ce que nous pouvons faire. (…) Dans la Curie, il y a des gens saints, vraiment. Mais il y a aussi un courant de corruption. » À l’époque du concile Vatican II, Paul VI, évoquait déjà les « fumées de Satan ». Rien de neuf sous le soleil et quand on veut avoir des nouvelles fraiches, on a plus vite fait de relire les épitres de saint Paul…


Les vaticanistes de comptoir voulaient de l’exotique et de l’extra-européen, fatigués qu’ils étaient des Italiens à répétition, du Polonais inusable et de l’Allemand un peu trop Prussien à leur goût. Un pape issu de la diversité devait être le bienvenu… Mauvaise pioche. Du temps de sa jeunesse, François faisait partie d’une certaine jeunesse : les jeunesses péronistes. Il aurait probablement pu faire sienne cette phrase de Dom Helder Câmara, évèque brésilien et figure historique de la théologie de la libération, opportunément rappelée sur ce site par notre confrère Alain de Benoist :« Quand je défends les pauvres, on m’applaudit, mais quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste ! »


Bref, le nouveau patron du Vatican vient de tirer la nappe en plein banquet, faisant voler vaisselle, étiquette et convenances, fustigeant au passage ces « vieilles congrégations sans vocation, peut-être parce que leur mission dans l’Église est terminée, qui restent accrochées à leurs bâtiments et à leur argent… » Ça, c’est un coup de règle sur les doigts des« traditionalistes », permettant d’équilibrer celui donné sur ceux des« progressistes ».


Il y aurait donc un « lobby gay » au Vatican… La belle affaire ! Il y en a bien un en politique, dans le monde des affaires, des restaurateurs, des attachés de presse et même des toiletteurs pour chihuahuas. Alors, au Vatican…


Ce qui, en revanche, promet d’être croquignolet, ce seront les réactions médiatiques. Comment, en effet, accuser l’église catholique d’être rétrograde sur la question du mariage homosexuel tout en réchauffant en son sein un réseau d’homosexuels, pourtant d’autant plus prévisibles qu’ils préfèrent la robe au pantalon ? Entre deux attaques, il va falloir choisir.

Plus sérieusement, et tant qu’à donner dans le grand nettoyage de printemps, François aimerait mener à bien le grand œuvre devant lequel Benoit XVI avait fini par reculer, à savoir ces finances vaticanes dont l’histoire a été jonchée de meurtres et de scandales. « Saint Pierre n’avait pas de compte en banque », affirme-t-il ainsi. Ce n’est pas faux. Et il n’est pas forcément un hasard que ce nouveau pape ait choisi de s’appeler François, comme un autre François, saint François d’Assise, le saint des pauvres.


Bref, un jésuite au Vatican, on ne sait pas trop bien à quoi cela aboutira ; une chose est néanmoins probable : ce pontificat s’annonce rock and roll. Et à côté, les Rolling Stones feront figure de Petits chanteurs à la croix de bois.

 

Nicolas Gauthier.

www.bvoltaire.fr

 

 

 

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Le salut fait peur

13 Juin 2013, 21:49pm

Publié par Fr Greg.

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Pourquoi des personnes sont-elles fermées au salut ?, s’est demandé le pape. Parce que « le salut fait peur », a-t-il répondu : l’homme « a besoin » du salut mais en même temps il a « peur », car « quand le Seigneur vient le sauver, [l’homme] doit tout donner », au point que ce soit le Seigneur qui « commande ».

Et l’homme a « peur de cela » car il veut « commander », il veut être « son propre patron ». A cause de cette peur, « le salut ne peut avoir lieu ».

Le pape a mis en garde contre la fuite, c’est-à-dire la tentation pour l’homme de chercher à « négocier », à prendre ce qui l’arrange, « un peu de ci et un peu de ça ». Cela revient à « faire une macédoine: un peu d’Esprit Saint et un peu de l’esprit du monde », a-t-il expliqué.

Pourtant il faut choisir, « une chose ou l’autre» : « on ne peut servir deux maîtres. Ou bien on sert l’Esprit Saint ou bien on sert l’esprit du monde. On ne peut pas tout mélanger », a-t-il insisté. Sinon, l’homme court le risque de l'hypocrisie, c’est-à-dire « ne pas laisser l’Esprit changer son cœur ».

Liberté et esclavage

Le pape a relevé un paradoxe : alors que la « liberté que donne l’Esprit » semble « une sorte d’esclavage, un esclavage envers le Seigneur », en réalité elle « rend libre ». Tandis que la liberté humaine est « un esclavage envers l’esprit du monde ».

« Seule la sagesse de l’Esprit, rend libre », d’une « liberté qui nait de l’Esprit Saint qui sauve, qui console, qui donne vie », a-t-il ajouté.

Parmi la foule qui suivait Jésus, « nombreux avaient besoin de salut », a-t-il fait observer. Mais il y avait aussi ceux qui « étaient là pour examiner cette nouvelle doctrine et pour se quereller avec Jésus. Ils n’avaient pas le coeur ouvert, ils avaient le cœur fermé » et à cause de cela « Jésus ne pouvait pas les changer ».

Seul « un cœur ouvert » peut aider à comprendre « les nouveaux commandements des Béatitudes » (Mt 5, 1-12) : sans cette ouverture, « être pauvre, être doux, être miséricordieux » semble « insensé ». Les Béatitudes sont « la loi de ceux qui ont été sauvés », la loi « des libres, avec la liberté de l’Esprit Saint ».

Force spéciale de Dieu

Il s’agit donc de garder « le cœur ouvert » et de « goûter la consolation de l’Esprit-Saint qui est salut ». Dans la première lecture (Co 1, 1-7), a fait observer le pape, Paul parle « neuf fois de consolation » sur sept versets.

La lettre de l’apôtre s’adresse aux chrétiens « jeunes dans la foi », à ceux qui « ont commencé depuis peu la route de Jésus ». Ces chrétiens « n’étaient pas tous persécutés. C’était des personnes normales qui avaient leur famille, leur travail », a-t-il poursuivi.

Si Paul « insiste sur cela », a estimé le pape, c’est parce que ces personnes « avaient trouvé Jésus ». Et c’est « un changement de vie tel qu’une force spéciale de Dieu, de l’Esprit-Saint, était nécessaire ; et cette force, c’est la consolation ».

Le pape a défini cette consolation comme « la présence de Dieu dans le cœur » de l’homme, après qu’il lui ait « ouvert la porte ». La conversion, c’est « ouvrir la porte au Seigneur».

En résumé, le salut revient à « vivre dans la consolation de l’Esprit-Saint » et non pas « dans la consolation de l’esprit du monde », qui est « le péché ».

(10 juin 2013) © Innovative Media Inc.

François, Pape.

 

 

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Les femmes et le secret

12 Juin 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

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LES FEMMES ET LE SECRET

               Rien ne pèse tant qu'un secret ; 
      Le porter loin est difficile aux Dames : 
               Et je sais même sur ce fait 
               Bon nombre d'hommes qui sont femmes. 
Pour éprouver la sienne un Mari s'écria 
La nuit étant près d'elle : Ô Dieux ! qu'est-ce cela ? 
               Je n'en puis plus ; on me déchire ; 
Quoi ! j'accouche d'un oeuf ! D'un oeuf ? Oui, le voilà 
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire : 
On m'appellerait Poule. Enfin n'en parlez pas. 
               La femme neuve sur ce cas, 
               Ainsi que sur mainte autre affaire, 
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire. 
               Mais ce serment s'évanouit 
              ;Avec les ombres de la nuit. 
               L'Épouse indiscrète et peu fine, 
Sort du lit quand le jour fut à peine levé : 
               Et de courir chez sa voisine. 
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé : 
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre. 
Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre. 
               Au nom de Dieu gardez-vous bien 
               D'aller publier ce mystère. 
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère 
      Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. 
La femme du pondeur s'en retourne chez elle. 
L'autre grille déjà de conter la nouvelle : 
Elle va la répandre en plus de dix endroits. 
               Au lieu d'un oeuf elle en dit trois. 
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère 
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait, 
               Précaution peu nécessaire, 
               Car ce n'était plus un secret. 
Comme le nombre d'oeufs, grâce à la renommée, 
               De bouche en bouche allait croissant, 
               Avant la fin de la journée 
               Ils se montaient à plus d'un cent. 

Fable, Jean de La Fontaine, 
Les Femmes et le secret,  Livre VIII, fable 6  

 

 

 

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J'accouche d'un œuf! Quoi ?

11 Juin 2013, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

 

 

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Cette flamme si fragile...

10 Juin 2013, 18:47pm

Publié par Fr Greg.

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Aimons toujours! aimons encore!

Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.

L'amour, c'est le cri de l'aurore,

L'amour, c'est l'hymne de la nuit.

 

Ce que le flot dit aux rivages,

Ce que le vent dit aux vieux monts,

Ce que l'astre dit aux nuages,

C'est le mot ineffable: Aimons!

 

L'amour fait songer, vivre et croire.

Il a, pour réchauffer le cœur,

Un rayon de plus que la gloire,

Et ce rayon, c'est le bonheur!

 

Aime! qu'on les loue ou les blâme,

Toujours les grands cœurs aimeront:

Joins cette jeunesse de l'âme

A la jeunesse de ton front!

 

Aime, afin de charmer tes heures!

Afin qu'on voie en tes beaux yeux

Des voluptés intérieures

Le sourire mystérieux!

 

Aimons-nous toujours davantage!

Unissons-nous mieux chaque jour.

Les arbres croissent en feuillage;

Que notre âme croisse en amour!

 

Soyons le miroir et l'image!

Soyons la fleur et le parfum!

Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,

Se sentent deux et ne sont qu'un!

 

Les poètes cherchent les belles.

La femme, ange aux chastes faveurs,

Aime à rafraîchir sous ses ailes

Ces grands fronts brûlants et rêveurs.

 

Venez à nous, beautés touchantes!

Viens à moi, toi, mon bien, ma loi!

Ange! Viens à moi quand tu chantes,

Et, quand tu pleures, viens à moi!

 

Nous seuls comprenons vos extases;

Car notre esprit n'est point moqueur;

Car les poètes sont les vases

Où les femmes versent leur cœur.

 

Moi qui ne cherche dans ce monde

Que la seule réalité,

Moi qui laisse fuir comme l'onde

Tout ce qui n'est que vanité,

 

Je préfère, aux biens dont s'enivre

L'orgueil du soldat ou du roi,

L'ombre que tu fais sur mon livre

Quand ton front se penche sur moi.

 

Toute ambition allumée

Dans notre esprit, brasier subtil,

Tombe en cendre ou vole en fumée,

Et l'on se dit: «Qu'en reste-t-il?»

 

Tout plaisir, fleur à peine éclose

Dans notre avril sombre et terni,

S'effeuille et meurt, lys, myrte ou rose,

Et l'on se dit: «C'est donc fini!»

 

L'amour seul reste. O noble femme,

Si tu veux, dans ce vil séjour,

Garder ta foi, garder ton âme,

Garder ton Dieu, garde l'amour!

 

Conserve en ton cœur, sans rien craindre,

Dusses-tu pleurer et souffrir,

La flamme qui ne peut s'éteindre

Et la fleur qui ne peut mourir!

 

 

Victor Hugo

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parler dans la vérité de l’amour

9 Juin 2013, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

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« Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu » (Mc 12, 13-17).

Mais « ils ne croyaient pas à ce qu’ils disaient, c’était une flatterie », un « discours de flatteur, avec des paroles souples, avec de belles paroles, avec des paroles trop sucrées ».

Ce discours, a-t-il poursuivi est « le langage des corrompus, la langue de l'hypocrisie » et l’évangéliste précise que Jésus le sait : « sachant leur hypocrisie ». Les corrompus « n’aiment pas la vérité. Ils aiment seulement eux-mêmes et cherchent à tromper, à impliquer l’autre dans leur mensonge. Ils ont le cœur menteur; ils ne peuvent pas dire la vérité ».

L’hypocrisie « est le langage de Satan après le jeûne dans le désert : tu as faim ? Tu peux transformer cette pierre en pain. Pourquoi tant de travail ? Jette-toi du haut du temple. Ce langage qui semble convaincant porte à l'erreur, au mensonge ».

Ce langage est une tentative de « persuasion diabolique », dont les pharisiens feront usage également auprès de Pilate au moment de la Passion : « nous n’avons pas d’autre roi que César ». Par ce langage, ceux qui semblent « louer » le Christ « finissent par le trahir et l’envoyer sur la croix. Mais Jésus les regarde en face et leur dit : hypocrites ! ».

Le langage des enfants

Au contraire, le « langage de vérité » fonctionne « avec l’amour », « il n’y a pas de vérité sans amour : l'amour est la première vérité. Et s’il n’y a pas d’amour il n’y a pas de vérité ».

Chez les hypocrites « la vérité est esclave de leur propres intérêts » et le seul amour qu’on peut y trouver c’est « l’amour de soi », une « idolâtrie narcissique qui les porte à trahir les autres et aux abus de confiance ».

« La douceur que Jésus demande n’a rien, rien à voir avec cette flatterie, avec cette façon sucrée d’avancer. Rien. La douceur est simple, comme celle d’un enfant; et un enfant n’est pas hypocrite, parce qu’il n’est pas corrompu. Quand Jésus dit : que votre oui soit oui, que votre non soit non, avec une âme d’enfant, c’est le contraire de ce que disent les corrompus ».

Chacun a « une certaine faiblesse intérieure », une vanité, qui aime « que l’on dise du bien de soi, demandons-nous aujourd’hui quel est notre langage : parlons-nous en vérité avec amour ou bien parlons-nous un peu avec ce langage » hypocrite ?

« Que notre façon de parler soit évangélique, Que ce soit le langage des simples, des enfants, des fils de Dieu: parler dans la vérité de l’amour ».

Pape François.

 

 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (III)

8 Juin 2013, 20:20pm

Publié par Fr Greg.

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Oui, quand vous dites Molière ou Paul Valéry, on l'entend. Mais le même texte dit par d'autres ne produit pas nécessairement le même effet...

F.L. Vous me mettez dans une position impossible. Je ne peux pas être juge de moi-même, c'est votre boulot, ça. Soit je prends l'air faussement modeste [il prend une voix tourmentée] : "Je ne sais pas d'où ça vient... une énigme", ou alors je fais [il prend une voix très assurée] : "Oui, c'est parce que j'ai pas mal bossé." Donc je suis dans une impasse par rapport à votre question. La seule réponse valable est donc : c'est une passion qui est ma passion. Je voulais que ce que j'aime s'entende. Mais pour cela, il faut au moins trente ou quarante ans de votre vie. Moi, je suis au plus près du texte. Les gens n'osent pas dire que c'est le texte qui est génial, alors ils disent : "Oh, quel interprète !" Mais non... Ce n'est pas de la fausse vanité, mais je vous assure : c'est le texte. Il suffit de le suivre. Prenez La Fontaine : "Une tortue était, à la tête légère, qui, lasse de son trou, voulut voir le pays..." Si ce texte n'éveille pas en vous tout ce qu'il y a de burlesque, d'inquiétant, de prodigieux... Mais c'est le texte de La Fontaine qui fait ça, pas la diction de Luchini ! Moi, je ne fais que le faire résonner. 

Vous êtes quand même plus doué pour dire La Fontaine ou Céline que pour être coiffeur...

F.L. C'est vrai, je n'étais pas hyper-doué avec mes doigts et mes ciseaux, même pour faire des coupes au carré. En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Mais il faut avoir une nature suffisamment ébranlée et douloureuse pour être acteur. Cela dit, je n'ai aucune conscience de ma spécificité. Aucune. Moi, je suis un mec normal avec une vie normale, des week-ends normaux. Revenons à La Fontaine : "Certain ours montagnard, ours à demi léché." Ours à demi léché. Formidable ! On ne sait pas : il n'est pas mal léché, il n'est pas bien léché, il est "à demi" léché. Ça a l'air de rien mais c'est une nuance. "Certain ours montagnard, ours à demi léché, [...] Nouveau Bellérophon vivait seul et caché. Il fût devenu fou, la raison d'ordinaire n'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés." Non mais vous entendez comme c'est écrit ! Ce n'est pas écrit, c'est autre chose !... Là où les écrivains écrivent, La Fontaine, lui, est dans le nerf ! C'est du miracle. Il n'y a aucune rhétorique.  

En ce moment, je travaille Baudelaire. Je prépare un spectacle sur la musique classique et Baudelaire, qui sera un spectacle hyper-pointu, avec du piano, une chanteuse d'opéra, etc... Je ne suis pas fou de Baudelaire mais je suis fasciné par la belle oeuvre, le bel ouvrage : "Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; adieu vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, et, comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; l'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd." Ça, c'est une forme prodigieuse. Mais La Fontaine est supérieur ! La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance : "Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie." Vous rendez-vous compte ? "Si bien que tout ours..." D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" : "Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait." A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court. 

Au cours de ces trente-cinq dernières années passées à satisfaire votre passion des grands textes, qu'avez-vous sacrifié ?

F. L. L'aspiration à un bonheur conjugal quotidien, organique et ménager. Ce qui est un beau projet. Le drame de l'époque est que tout le monde se prend pour Lautréamont. Mais personne n'est Lautréamont. Nous sommes tous des petits-bourgeois, très médiocres, et on devrait la fermer ! L'autre jour, je me promenais dans une rue de Paris et je regardais un homme marcher, quelques mètres derrière sa femme, puis entrer chez un marchand de pâtés pour acheter quelque chose qui avait l'air d'être très important pour eux. Il y a dix ans, je me serais peut-être dit : "Quelle vie médiocre !" Mais aujourd'hui, au contraire, je trouve cela formidable : tous les êtres sont philosophes sans le faire exprès. 

Qui aimez-vous parmi les philosophes ?

F.L. Nietzsche, bien sûr. Nietzsche est l'homme qui a découvert que personne ne supporte la vie. C'est la grande découverte. Personne ne supporte la vie et donc nous nous vengeons. En permanence, nous nous vengeons. "Avant moi, la philosophie n'a fait que se venger", dit Nietzsche. Il n'aimait pas la vie. Mais quel philosophe aime la vie ? Et puis, la philosophie, ce n'est pas facile. Ce n'est pas "cool". Ce n'est pas "sympa". Il faut faire un effort. Mais c'est ça qui rend la littérature si essentielle : il faut faire des efforts ! Mais attention, en étant nietzschéen, c'est-à-dire en faisant sienne cette phrase fabuleuse : "Tuons l'esprit de pesanteur !" 

Mais il y a aussi du plaisir à lire...

F.L. Moi, je n'ai aucun plaisir à lire. 

Allons !

F.L. Parole d'honneur ! Pour moi, lire, c'est être actant et non pas être absorbé. Il y a des gens qui aiment l'histoire et qui sont pris dans l'histoire que raconte un roman. Moi, je suis incapable d'être pris dans une histoire. J'ai un immense plaisir de comédien lorsque je lis sur scène, lorsque la lecture devient orale, mais l'attitude de prendre un livre et lire dans ma tête ne m'apporte aucun plaisir. D'ailleurs, il y a plein de livres que je n'ai pas réussi à terminer... 

Lesquels ?

F.L. Dois-je l'avouer ? Des livres que l'on dit éternels. L'homme sans qualités, par exemple, de Robert Musil. Proust, aussi. Je n'ai jamais pu dépasser Sodome et Gomorrhe : il y a résistance. Pourtant, Proust, c'est très grand. Non, je n'ai pas un rapport heureux à la littérature. J'ai un rapport très malheureux à Henry James ou à Virginia Woolf : j'essaie à chaque fois de m'y mettre et je ne sais pas le faire, je n'y arrive pas. Ça ne me parle pas... Je lis peu, d'ailleurs. Mais pour une excellente raison : je suis au théâtre tous les soirs et pendant deux heures et quart je dis de la littérature. Alors, le soir, quand je rentre, ou bien le week-end, chez moi, j'éprouve un besoin impérieux de me replonger dans les livres que j'aime. Nietzsche. Céline. Flaubert. Quand je lis, c'est de manière compulsive, répétitive, obsessionnelle. Je lis dix fois, cinquante fois, soixante-douze fois le même livre du même auteur. Nietzsche disait : "Lire lentement, plein d'arrière-pensées et plein de portes ouvertes." "Mais nous lisons très peu", ajoutait-il, lui qui devait lire énormément. "Nous n'avons pas besoin pour vivre de l'impulsion de l'imprimé. Nous lisons très peu mais nous refermons les livres de savants avec un grand soulagement. Nous les refermons parce qu'on y sent partout la bosse du spécialiste. Tout métier voûte." Vous savez, quand vous avez lu ça, vous n'avez pas besoin d'aller plus loin : "Tout métier voûte." Je n'ai pas de plaisir au roman. J'ai du plaisir à Flaubert, en revanche. J'ai relu tout Thomas Bernhard, une fois de plus. C'est vous dire que je m'ennuie ! Il y a quand même quelque chose de très, très, très douloureux dans mon histoire, parce que se retaper Thomas Bernhard pour dire au bout du compte que je l'adore mais que c'est un imposteur... Il y a des choses démentes chez cet écrivain : il interdit l'argent aux artistes, par exemple. Il dit que, pour qu'un artiste s'épanouisse, il faut lui couper toutes les bourses. Marche ou crève ! J'aimerais bien le lire un jour à Avignon, lui qui est contre toute subvention ! Pour lui, l'artiste doit créer ou crever. Il a une position totalement démente mais que je trouve très drôle. 

Vous parliez de Flaubert. Qu'aimez-vous chez lui ?

F.L. Tout. Je suis un fou de Flaubert. L'éducation sentimentale : "Il voyagea." Dernier chapitre. "Il connut la mélancolie des paquebots." Indépassable ! J'ai dû lire au moins trente fois Madame Bovary. Un coeur simple a été l'objet d'un spectacle. "Elle avait eu, comme une autre, son histoire d'amour. Son père, un maçon, s'était tué en tombant d'un échafaudage. Puis sa mère mourut, ses soeurs se dispersèrent, un fermier la recueillit, et l'employa toute petite à garder les vaches dans la campagne. Elle grelottait sous des haillons, buvait à plat ventre l'eau des mares, à propos de rien était battue, et finalement fut chassée pour un vol de trente sous, qu'elle n'avait pas commis. Elle entra dans une autre ferme, et devint fille de basse-cour, et comme elle plaisait au patron, ses camarades la jalousaient. Un soir du mois d'août (elle avait alors dix-huit ans), ils l'entraînèrent à l'assemblée de Colleville. Tout de suite, elle fut étourdie, stupéfaite par le tapage des ménétriers, les lumières dans les arbres, la bigarrure des costumes, les dentelles, les croix d'or, cette masse de monde sautant à la fois. Elle se tenait à l'écart modestement, quand un jeune homme d'apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes sur le timon d'un banneau, vint l'inviter à la danse. Il lui paya du cidre, du café, de la galette, un foulard, et, s'imaginant qu'elle le devinait, offrit de la reconduire. Au bord d'un champ d'avoine, il la renversa brutalement. Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est tout le génie de Flaubert, ces trois phrases : "Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est sublime. Et j'aime beaucoup, évidemment, la correspondance... 

Et la littérature contemporaine ?

F. L. Je dois avouer que les romans qui racontent que Jean s'occupe de Jean-Pierre (ou Jeannine), qui rentre du boulot et a un problème d'ascenseur, se met à écrire puis n'écrit plus, prend le métro ou le train... tout cela ne m'intéresse pas. Je suis sûr qu'il y a des choses très bien dans ce qui paraît en ce moment mais... je n'arrive pas à m'y intéresser, désolé. Dernièrement, j'ai lu Cioran. Son journal. Et le journal de Cocteau, aussi. Mais la littérature contemporaine... Si, j'aime beaucoup Philippe Muray. Il faut lire absolument ses Exorcismes spirituels. Il a inventé l'horreur du festif, l'horreur du débat. C'est un réac, mais un écrivain génial. Sa critique de la société actuelle est fabuleuse. Très violente, aussi... J'adore ce texte sur Ségolène Royal : "Ce sourire-là n'a jamais ri." Je me dis toujours que, quand j'arrêterai de travailler, je deviendrai enfin un lecteur normal, qui lit tout ce qui sort, qui suit la rentrée littéraire... Mais, non, je n'ai pas un rapport serein à la littérature. Je voudrais attaquer Chateaubriand. Ça m'impressionne, mais je sens que je vais bientôt réussir à y aller ! Chateaubriand et Balzac. Je sens que ça peut me plaire. 

 


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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (II)

7 Juin 2013, 20:15pm

Publié par Fr Greg.

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Comment y parvient-on ?

F.L. D'abord, j'étais terrorisé. A cause de sa vie. A 18 ans, on veut aimer Rimbaud, Céline et Che Guevara. Et puis quand on apprend qui ils sont... Même Rimbaud n'était pas très sympa, hein ? Alors, voilà, je découvre leur vie et je suis terrorisé. Et puis, on lit. Tout simplement. Si j'arrive à dire Céline pas trop mal, c'est parce que Céline est mon obsession. Trente ans d'obsession. C'est le temps qu'il faut pour pouvoir dire les textes de Céline correctement. Trente ans d'obsession du passage de l'écrit à l'oral. Voilà : si on ne s'est pas demandé comment l'écrit pouvait devenir de l'oral, si on ne s'est pas demandé comment oraliser l'écrit sans le trahir, alors on ne peut pas réussir. C'est quoi, l'écrit ? Ça n'a l'air rien de rien, cette question, mais on doit se la poser de façon quasiment névrotique. L'imprimé, c'est des cicatrices, pas des mots. 

C'est-à-dire ?

F.L. Je parle des cicatrices organiques dont les mots sont porteurs. Les mots sont des planches jetées sur un abîme. Et un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices. Dès l'âge de 26, 27 ans, je ne me suis plus occupé que de ça : les cicatrices. Je suis un obsédé de la note. La note qui se trouve dans la phrase. C'est ça, travailler un texte. Mon obsession, avec Céline, était la suivante : comment restituer la perfection de l'écrit dans une oralité qui ne trahisse pas les intentions premières de l'œuvre ? Voilà. Cette obsession est devenue une passion. Je travaillais tout le temps : pendant les dîners, la nuit, pendant que je jouais d'autres pièces ou des rôles de cinéma... Aujourd'hui, j'en suis sorti mais cette passion m'a occupé au moins trente-cinq ans de ma vie. 

Votre spectacle, Le point sur Robert, se présente comme une anthologie littéraire : vous évoquez Perceval le Gallois, Chrétien de Troyes, La Fontaine, mais aussi Paul Valéry, Roland Barthes...

F.L. Ce spectacle, Le point sur Robert, c'est cinquante pour cent d'écriture quotidienne pondue par moi qui ne suis évidemment pas un écrivain et qui dois avoir une efficacité sur scène. J'ai écrit ce spectacle parce que j'avais envie de m'amuser, de sortir du carcan. Je me suis donc trouvé une voie médiane, entre le respect de Paul Valéry et le plaisir que j'ai à jouer Chrétien de Troyes mais aussi en alternant avec ma rencontre, réelle, avec Roland Barthes. 

Comment faire pour toucher le grand public avec les textes de Valéry ou de Barthes, plus exigeants, peut-être, que ceux de Céline ou de La Fontaine ?

F.L. Il n'y a pas de recette. Cela passe, me semble-t-il, par l'abandon obligatoire de la spécificité des choses difficiles et rares. Mais Barthes et Valéry ne sont pas difficiles ! C'est peut-être aussi le résultat d'un malentendu. Quand je vois tous ces gens sortir du théâtre, je ne peux m'empêcher de me demander qui consomme quoi. Pour répondre à votre question, pour toucher le grand public il faut oser s'amuser. Le point sur Robert est un spectacle très agréable à jouer. On ne peut pas dire du Rimbaud pendant une heure et demie ou deux heures. Même chose avec Valéry. En revanche, au milieu d'un spectacle... 

Comment avez-vous choisi les textes et les auteurs qui composent ce spectacle ?

F.L. C'est sorti comme ça ! J'étais en train de dire Rimbaud, langue prodigieuse, et j'ai eu envie de comprendre ce qu'était une langue qui ne levait pas. La langue de Paul Valéry, par exemple. Car la langue de Valéry est éblouissante mais elle est sèche. Oui, c'est une langue qui ne lève pas ! Quand Valéry écrit Tel quel, il ne le fait pas pour être Molière mais pour dire : "Ce qui nous force à mentir est fréquemment le sentiment que nous avons de l'impossibilité chez les autres qu'ils comprennent entièrement notre action. Ils n'arriveront jamais à en concevoir la nécessité, qui à nous-mêmes s'impose sans s'éclaircir. Je te dirai ce que tu peux comprendre. Tu ne peux comprendre le vrai, je ne puis même essayer de te l'expliquer. Je te dirai donc le faux. C'est là le mensonge de celui qui désespère de l'esprit d'autrui, et qui lui ment, parce que le faux est plus simple que le vrai. Même le mensonge le plus compliqué est plus simple que le vrai." 

Ça lève, là, quand même, la langue...

 

F.L. Ah oui ! Mais par le concept, par la pensée. Ça ne lève pas comme : "J'étais sur le théâtre, en humeur d'écouter la pièce qu'à plusieurs j'avais ouï vanter. Les acteurs commençaient, chacun prêtait silence - je vous file juste ça - lorsque d'un air bruyant et plein d'extravagance, un homme à grands canons est entré brusquement en criant : "Holà-ho ! Un siège, promptement !" Et de son grand fracas surprenant l'assemblée, dans le plus bel endroit a la pièce troublée. Hé ! mon Dieu ! nos Fran-çais, si souvent redressés, ne prendront-ils jamais un air de gens sensés, ai-je dit, et faut-il sur nos défauts extrêmes qu'en théâtre public nous nous jouions nous-mêmes, et confirmions ainsi par nos éclats de fous ce que chez nos voisins on dit partout de nous ? Tandis que là-dessus je haussais les épaules, les acteurs ont voulu continuer leurs rôles. [Il s'exclame] Mais l'homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas, et traversant encore le théâtre à grands pas, bien que dans les côtés il pût être à son aise, au milieu du devant il a planté sa chaise." [Les fâcheux de Molière] Ça, c'est prodigieux, ça, c'est une turbo. Il y a un moteur là-dedans : on ne sait plus comment ça commence ni comment ça s'arrête. Quand on est acteur de ça, c'est une propulsion ! 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices

6 Juin 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

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"Tout esprit profond avance masqué", assurait Nietzsche. Au royaume des comédiens, Fabrice Luchini occupe une place sans pareille. Luchini, disons-le tout net, est le meilleur ami des lecteurs que nous sommes. Il suffit de l'écouter, un soir, sur scène, lorsqu'il lit Céline, La Fontaine, Molière, Roland Barthes ou Paul Valéry : on découvre d'une oreille nouvelle ce que l'on croyait pourtant connaître par coeur ! Ses masques, Fabrice Luchini n'a pas l'intention de les tomber. Pas tout de suite.

Pourtant, Robert (devenu Fabrice) Luchini n'a pas un rapport heureux à la littérature. Dans la bibliothèque de son appartement parisien, on trouve ses écrivains cultes mais aussi le théâtre de Guitry et de Cocteau, de très nombreux journaux intimes (Léautaud, Cioran, Cocteau, des dizaines d'autres) mais pas de romans contemporains et assez peu de "classiques". Il a le courage de dire qu'il n'aime pas Dostoïevski ni Zola, qu'il n'arrive pas à lire Henry James ou Virginia Woolf et, surtout, il explique par quel miracle il parvient à rendre aux textes les plus sublimes de la littérature toute leur saveur. 


Quand on vous entend lire des textes que nous croyons connaître (La Fontaine, Molière, Céline et tant d'autres...), on les redécouvre comme s'ils étaient entièrement neufs. En êtes-vous conscient et comment l'expliquez-vous ?

Fabrice Luchini. La réponse est simple : je suis persuadé que ces textes étaient structurés, pensés pour être dits. Et pourtant, je ne suis pas fanatique du danger que représente le "dire" d'un texte écrit qui, obligatoirement, altère les "harmonies premières". 

Comment vous est venue l'idée de dire les grands textes seul en scène ?

F.L. C'était en 1986. Jean-Louis Barrault m'a proposé de dire des passages de Voyage au bout de la nuit seul sur scène. J'étais complètement terrorisé à l'idée de toucher à Céline. Et puis j'ai joué. Huit fois. A 18 h 30. A plat. Sans dramaturgie. Parce que j'avais une totale passion pour ce livre. Et puis un jour, j'aperçois une silhouette dans la salle. On me dit : "C'est Madame Lucette Destouches." Pour un célinien, c'est énorme ! 

C'est quoi, être célinien ?

F.L. Etre célinien ? C'est sortir de la chose écrite. C'est sortir du petit pré carré littéraire de la rue des Saints-Pères, Paris VIe. Céline, lui, fout une merde noire partout ! Il invente une langue et il les anéantit tous ! Céline, c'est avant tout un immense poète. Le voyage au bout de la nuit, il y a des critiques qui essayent de dire que c'est de la trompette, fort, sonore... Non, non ! C'est beaucoup plus pervers. Oui, il faut un génie pervers pour mettre ensemble le populaire, l'argot et Racine. Céline, c'est le mélange de ces trois choses. En mêlant la phrase extraordinairement bien écrite, par une rupture, avec de l'organique argotique et en la dotant d'une sensibilité unique, il a créé une langue. Ceci, par exemple : "Moi je m'étais trouvé pour la pratique un petit appartement au bord de la zone d'où j'apercevais bien les glacis et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien, avec son bras dans un gros coton blanc, blessé du travail, qui sait plus quoi faire et quoi penser et qui n'a pas assez pour aller boire et se remplir la conscience. Molly avait eu bien raison, je commençais à la comprendre. Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie. Avant on tourne autour seulement. On se prend pour un affranchi mais on bute dans des riens..." Alors, voilà : "Et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien." C'est génial ! Qui pourrait, en 1928, écrire : "L'ouvrier qui est dessus, à regarder rien " ? Au-delà même de l'invention d'une langue, Céline a fait éclater la confidence personnelle du "moi-je". Le philosophe Gilles Deleuze dit que Céline et Proust sont les deux plus grands, parce que Céline ne parle jamais de sa misère mais de la misère et Proust ne parle pas de son enfance mais de l'enfance. Céline a éjecté la littérature du domaine privé, il l'a élevée à l'universel. Ce n'est pas une affaire privée, la littérature. Et c'est pour cela qu'on aime Flaubert, Proust ou Céline. La littérature comme affaire privée, c'est ce qui paraît aujourd'hui. Je ne veux pas être méchant mais il y a des pauvres gens qui sont obligés d'en pondre. Alors ils pondent, ils pondent, ils pondent... 

Vous ne lisez jamais de romans contemporains ?

F.L. Non. Pas le temps. Flaubert. Céline. Oh, il y a sûrement des choses merveilleuses. On me le dit parfois. Céline est important dans ma vie parce que c'est le premier livre que j'ai lu. J'avais dix-sept ans. Imaginez ! Je vis à Paris, à Montmartre, dans un milieu bizarre composé de voyous et de types qui sortent de prison et je tombe sur Céline... Cette description de sa mère, lorsqu'elle vient le rejoindre après la guerre... Oui, je tombe en arrêt devant ceci : "Nous parcourûmes ensemble avec ma mère des rues et des rues du dimanche. Elle me racontait les choses menues de son commerce, ce qu'on disait autour d'elle de la guerre, en ville, que c'était triste la guerre, épouvantable même, mais qu'avec beaucoup de courage nous finirions tous par en sortir, les tués pour elle c'était rien que des accidents, comme aux courses, y n'ont qu'à bien se tenir, on ne tombait pas. En ce qui la concernait elle n'y découvrait dans la guerre qu'un grand chagrin nouveau qu'elle essayait de ne pas trop remuer ; il lui faisait comme peur ce chagrin ; il était comblé de choses redoutables..." Il ne lâche jamais l'affaire, Céline. Il parle d'un élément, il dit : "La tante à Bébert rentrait des commissions." C'est le seul écrivain qui est capable d'écrire une phrase aussi banale. "La tante à Bébert rentrait des commissions." Il y a toute la dramaturgie, dans cette phrase ! C'est Shakespeare ! Il est capable, lui, au lieu d'inventer du lyrisme et de la fausse poésie, de rendre un événement dramaturgique en écrivant : "La tante à Bébert rentrait des commissions." On est déjà étonné, intéressé. Avant, il a décrit Bébert, en disant de lui : "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile, celle des bêtes. Le monde n'est pas ce qu'on croyait ! Voilà tout ! Alors, on a changé de gueule ! [...] Tout de la vache qu'on devient en moins de deux !" J'aime pas "Tout de la vache", mais j'aime "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile..." Il ne lâche jamais... Je ne veux pas attaquer de petits ennemis, mais que tous ceux qui parlent mal de Céline baissent d'un ton : ils n'atteignent pas son génie poétique. 

Le Voyage est génial. Mais les autres livres ?

F.L. On le sait tous, après Mort à crédit, il y a des problèmes. C'est des pamphlets, c'est la folie, c'est la démence. Et après il y a Nord, qui est quand même moins fort... Et alors ? Il reste le Voyage. Moi, je lis ça à 17 ans et je me dis : "C'est prodigieux !" Et je me mets à l'apprendre par coeur. Dix ans plus tard, on me demande de le dire chez Barrault. Et je l'ai joué pendant quinze ans. Ça a commencé avec la banlieue de La Garenne- Rancy. Et puis, après, l'arrivée à New York : "Figurez-vous qu'elle était debout leur ville. Absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout. Raide à faire peur." La partie américaine est beaucoup plus difficile à jouer parce qu'elle est plus descriptive et qu'il y a moins de personnages pittoresques, comme la tante à Bébert. 

Lucette Destouches, la veuve de Céline, a dit plusieurs fois à quel point elle aimait votre spectacle sur Céline. Comment avez-vous réagi ?

F.L. C'était énorme ! Pendant une quinzaine d'années, j'ai été invité à Meudon tous les mois, le dimanche. J'y croisais François Gibault, et tout un tas de gens. Et puis un jour, Lucette me dit que Céline l'appelait la nuit, il lui racontait qu'il avait l'ambition que le Voyage soit dit. Tout est là ! Céline n'a pas écrit de l'oral. Ce serait trop simple. Il écrit, point final. Et son écriture n'obéit qu'à une seule ambition : restituer l'émotion du langage parlé dans la langue écrite qui, pour lui, n'est qu'une langue morte. Céline fait cela pour atteindre le nerf de l'émotion. Pas l'émotion, non, mais le nerf de l'émotion ! Et, pour lui, le nerf se situe dans l'oralité, dans la langue parlée. Et pourtant, il n'écrit pas une langue parlée. Il écrit une langue écrite mais qui aboutit à une langue que le lecteur a l'impression de parler. 

Il y a donc une façon différente de lire Céline selon qu'on est lecteur ou acteur ?

 

F.L. Oui, c'est exactement cela. Le lecteur lit une écriture écrite et pense qu'il s'agit d'une écriture parlée, mais l'acteur qui travaille l'oralité d'une langue écrite doit faire très attention à ne pas oraliser bêtement. 

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La grâce de se sentir pécheur

5 Juin 2013, 21:46pm

Publié par Fr Greg.

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« Des pécheurs, il n’est pas nécessaire de parler trop, car nous le sommes tous. Nous nous connaissons de l’intérieur et nous savons ce qu’est un pécheur. Et si quelqu’un de nous se sent ainsi, il va faire une visite au médecin spirituel ».

Tout commence par l’amour

Les « corrompus », étaient aussi « pécheurs comme tous », mais ils ont fait « un pas supplémentaire » : ils se sont « affermis dans le péché et ne sentent pas le besoin de Dieu ». Ou du moins ils « croient ne pas le sentir » car « ce rapport à Dieu est inscrit dans le code génétique. Et comme ils ne peuvent pas le nier, ils se font un Dieu spécial : eux-mêmes.

 Ces corrompus sont illustrés par la parabole évangélique du jour (Mc 12, 1-12), où Jésus parle du propriétaire d’une vigne, symbole du peuple de Dieu. Tout comme ce propriétaire prend soin de sa vigne, Dieu a appelé l’homme « avec amour », il le « protège ». Et « il lui donne la liberté, il donne tout cet amour “en location”. C’est comme s’il disait : garde et protège mon amour comme je t’ai protégé. C’est le dialogue entre Dieu et [l’homme] : préserver l'amour. Tout commence par cet amour ».

Mais les vignerons auxquels la vigne est confiée se sont corrompus : ils « se sont sentis forts, ils se sont sentis autonomes par rapport à Dieu ». « Ils se sont emparés de cette vigne; ils ont perdu le rapport avec le maître de la vigne ». Ils n’ont « plus besoin de Dieu, de ce patron ».

La grande amnésie

« Les corrompus sont de grands amnésiques, ils ont oublié cet amour avec lequel le Seigneur a fait la vigne, les a faits. Ils se sont coupés de ce rapport et de cet amour. Ils sont devenus adorateurs d’eux-mêmes ».

Personne n’est à l’abri du « danger » de « devenir corrompu , il y en a dans les communautés chrétiennes et ils font tant de mal. Jésus parle aux docteurs de la loi, aux pharisiens, qui étaient corrompus. Il leur dit qu’ils sont des sépulcres blanchis. Et dans les communautés chrétiennes les corrompus sont ainsi. On dit: Ah, c’est un bon chrétien, il appartient à telle confraternité; c’est l’un des nôtres. Mais pas du tout : ils sont pour eux-mêmes. »

« Judas a commencé par être un pécheur avare, il a terminé dans la corruption », car « la route de l’autonomie est une route dangereuse ;  Que de mal font les corrompus dans les communautés chrétiennes ! Que le Seigneur nous libère du glissement sur la voie de la corruption !».

La grâce de se sentir pécheur

Les saints sont ceux qui obéissent au Seigneur, ceux qui adorent le Seigneur, ceux qui n’ont pas perdu la mémoire de l'amour avec lequel le Seigneur a fait la vigne. Les saints dans l’Eglise. Et de la même façon que les corrompus font tant de mal à l’Eglise, les saints font tant de bien ».

« Des corrompus, l’apôtre Jean dit qu’ils sont l’antéchrist, ils sont parmi nous, mais ne sont pas de nous. Des saints, la parole de Dieu en parle comme de la lumière : ce sont ceux qui seront devant le trône de Dieu, en adoration ».

« Demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de nous sentir pécheurs. Mais vraiment pécheurs. La grâce de ne pas devenir corrompus: pécheurs oui, corrompus, non. Et la grâce d’aller sur la route de la sainteté ».

 

Pape François, 3 juin 2013

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La foudre...

4 Juin 2013, 21:40pm

Publié par Fr Greg.

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Ce n'est pas un livre, c'est une déflagration et Lydie Dattas n'est pas un écrivain, c'est une prestidigitatrice chamane, une torche vive qui jette son être entier dans le feu de ses mots.

Née d'une mère théâtrale, comédienne dans l'âme, et d'un père organiste et essentiellement poète, Lydie Dattas a reçu en héritage le sens de la démesure, de l'irrégularité et du sacré.

Dans "La foudre", elle restitue deux périodes de son existence de consumée : l'enfance ébouillantée et ses années d'amour à vif, de compagnonnage écorché auprès d'Alexandre Romanès, le fondateur, avec elle, du cirque Lydia Bouglione.

Lydie Dattas qui avait un intellect taillé et programmé pour une vie conceptuelle, doctement et gentiment universitaire, va bifurquer radicalement et épouser, avec Alexandre et son cirque (à l'époque cirque Rimbaud) la ligne des irréguliers, la vie, somptueuse et tripale, des sauvages carnassiers dévoreurs de vif et cracheurs de feu.

Le texte s'articule ou plutôt surgit en une succession de tableaux hallucinés. Les êtres comme les moments qu'évoque Lydie Dattas sont sublimes et irradiés. Ils ne le sont pas en soi mais par la grâce du regard porté et qui est, précisément, de nature rimbaldienne (Rimbaud étant à la fois le nom porté par le cirque à ses débuts et le tutélaire semeur de foudre, celui qui, pour Lydie Dattas, alluma les mots de manière décisive et définitive).

Lydie Dattas fait en effet partie de ces rares êtres nativement incendiés et c'est ce feu qui court dans ses veines qui fonde sa vision brûlante, perpétuellement hallucinée.

Ainsi perçoit-elle les membres de sa famille comme autant d'exceptions magnifiques : un cénacle d'archanges fléchés et transpercés. Sa mère, comédienne de métier et tragédienne dans l'âme et qui ne reprend souffle que lorsqu'un rôle la requiert, apparaît comme une divinité distributrice, à parts égales, du feu et de la glace. Tant elle ne vibre que hantée par les altérités successives qu'elle endosse. Quant à ses enfants, elle les aime d'un amour souverain et détaché car ils lui sont un empêchement de vivre sa passion primordiale.

Le père, lui, préside à certains miracles, il est le grand ordonnateur des sons célestes et aussi un ange de bonté qui immole son existence pour le bon-vouloir et la santé défaillante de sa femme, trouée et parfois pulvérisée de ne pouvoir être Sarah Bernhardt à plein temps.

Quant à son frère et à sa soeur, Lydie Dattas les présente comme des prodiges dont l'envol fut cisaillé par les mots-guillotine d'une mère mortifiée. Prodiges pétris de surabondants dons artistiques mais aussi prodiges de beauté et de sensibilité sans filtre aucun : leur beauté comme leur sensibilité étant d'une intensité radioactive, elle les expose au foudroiement continu.

Et Lydie Dattas est évidemment de la même trempe.

Et bien entendu sa relation avec Alexandre est (cela tombe sous le sens) de nature incendiaire autant qu'alchimique. Car Alexandre est un ange, lui aussi, un mage, un illuminé charismatique, mais luciférien : il recèle de sombres abîmes que Lydie longe, se grisant de luxuriants vertiges. Elle qui était l'épouse du verbe avant d'être celle d'Alexandre, va accomplir une double transmutation et presque transsubstantiation.

Elle s'imprègne et se vulcanise de la force brute, purement organique d'Alexandre cependant que, tel un circéen Prométhée, elle irrigue son homme du feu de ses mots.

Même si l'alliance entre la foudre et la foudre se soldera finalement par une carbonisation des corps, elle donnera d'abord, et longtemps, lieu à de flamboyantes éclosions.

Un texte qui aspire et subjugue.

Un texte incantatoire, hanté, d'une beauté et d'une intensité sidérante.

 

http://www.livres-addict.fr

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Absence...

4 Juin 2013, 13:54pm

Publié par Fr Greg.

 

 

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L'amour? une expérience fort risquée...

2 Juin 2013, 22:31pm

Publié par Fr Greg.

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(...) En fait il n'y a découverte que dans l'amour. C'est une expérience fort risquée où les chances d'erreur sont grandes, d'abord sur le sujet lui-même, puis sur la force du sentiment qui l'anime et aussi pourquoi pas?, qui vous anime vous-même. Cependant c'est l'aventure la plus haute et il y a une certaine lâcheté à s'y dérober. Beaucoup de philosophes, et non des moindres, ont consacré des pages fort éloquentes à la connaissance par sympathie dont l'instrument serait l'intuition nourrie par l'amour.

 

C'est une belle histoire très bien contée, mais qui laisse un peu sceptique. Dans l'intérêt même de l'amour, il faut conserver une part de mystère. L'être aimé entièrement découvert et mis à plat deviendrait rapidement ennuyeux. Jusqu'au dernier jour, il faut qu'il détienne un secret. Et ce secret, parfois, est celui d'un amour plus profond, plus viscéral, que les âmes en causes ne pouvaient elles-mêmes supposer.

 

Au soir de la vie, on découvre, avec une force accrue à mesure que les années passent, qu'il n'y rien à découvrir mais que tout est à construire. C'est, je crois, la plus grande découverte qu'un être humain puisse faire. Tout devient plus clair, dès qu'on a compris que nos choix nous créent, et du même coup nous libèrent, nous libèrent de l'incertitude, des hésitations, du caprice. Une vie est une série de choix, même si certains de ces choix sont inconscients, et ces choix nous construisent.

 

Il peut arriver aussi qu'on découvre, en jetant les yeux sur son passé, une cohérence dans ces choix. C'est une agréable surprise que la découverte de ce fil d'Ariane. Est-ce une illusion de l'âge ou désir irrépressible d'unité? Peut-être les deux. Il s'y ajoute, je crois, la conscience, parfois bien tardive, d'un sens de l'existence. Ce sens, on ne l'avait pas découvert clairement, mais, dans ses actes on en tenait compte, comme si un maître intérieur n'avait cessé de veiller sur l'essentiel et de nous pousser doucement vers lui... 

 

Jacques de Bourbon Busset, l'Absolu vécu à deux.

 


 

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La nostalgie...

2 Juin 2013, 07:52am

Publié par Fr Greg.

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Pourquoi, et qu'est -ce que la nostalgie? Un manque, la sensation que quelque chose manque, mais en même temps, malgré la séparation, l'éloignement, demeure le sens, je dirai même plus, la certitude de la proximité.

La confiance permet de dominer cette nostalgie ; la foi en la réciprocité des sentiments a raison de la nostalgie. La foi en l'amour absorbe la nostalgie et en fait un matériel d'amour ; on peut d'une certaine manière "utiliser " la nostalgie pour approfondir l'amour.

L’éloignement approfondit la proximité,

L’éloignement purifie l'amour ;

La nostalgie est " désintéressée".

Eprouver de la nostalgie pour une personne l'établit dans une dimension différente, celle de Dieu.

La nostalgie du bien qui te vient d'une autre personne doit se transformer en prière, si c'est une valeur authentique (...)

Dans la nostalgie, il y a aussi le désir d'avoir auprès de soi la personne qui la suscite. La proximité directe est incontestablement source de joie, joie simple, d'être proches. Cette joie de la proximité augmente pourtant dans l'éloignement, la séparation. La nostalgie devient alors féconde, et sa valeur augmente, d'une certaine manière. Bien plus, la valeur de l'objet de la nostalgie augmente et en même temps justifie l'intensité de la nostalgie.

Il y a là une interdépendance. On ne peut pas désirer un bien dont on a une haute estime. La nostalgie devient normale, simple, compréhensible, quand on sait de quoi on est nostalgique.

A un moment donné, pourtant, elle devient nocive, destructrice : quand? Je pense que cela arrive quand elle s'unit en quelque sorte, à l'imagination ; l'imagination se met comme à sa disposition, et ce que nous imaginons couvre l'essence même de ce dont on a la nostalgie, suscitant un état de "profonde mélancolie" qui paralyse la volonté et agit de manière destructrice. Il faut vaincre tout cela.

On peut au contraire retenir la nostalgie, de toutes ses forces, quand elle se transforme en gratitude, quand on a conscience de posséder un don, le don d'un être humain.

La nostalgie est bonne dans la mesure où elle souligne, où elle met en évidence la valeur du don. L'éloignement en permet la contemplation, il donne le temps de méditer sur les faits advenus dans le passé et de se rendre compte de leur profondeur, de leur sens et de leurs conséquences.

Si la nostalgie altère l'homme, elle le tourne contre l'amour. Ce n'est pas la présence physique qui décide de la proximité, mais la proximité spirituelle, la communio personarum. Ce qui unit vraiment les hommes est au-delà du temps et de l'espace, mais pour parvenir à une telle réflexion la personne doit être contrainte, peut -être pas toutes les personnes en général, mais les femmes surtout. La féminité pousse aux réactions du cœur, parce que dans la nostalgie se trouve avant tout la réaction du cœur.

 

Wanda Poltawska "Journal d'une amitié"

 

 

 

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Connaissez-vous le "tumulte d'angoisse"...??

31 Mai 2013, 22:11pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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La culture: une accumulation quantitative...?

30 Mai 2013, 22:16pm

Publié par Fr Greg.

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  Ce qui nous incite à chercher c'est l'espérance et elle est inépuisable même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. (...)

L'espérance, dans l'âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L'âme a autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l'âme c'est la beauté, l'amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l'âme c'est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L'enfant en bas âge prend l'air, la parole,  le  pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts contre sa bouche et il engloutit l'air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l'âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

On peut reconnaître quelqu'un à la nature des mots qu'il mange. J'ai toujours vu les gens des milieux culturels, à quelques exceptions bienheureuses près, comme des personnes qui ne se nourrissaient plus que de noms propres, quand ces noms avaient atteint une certaine maturité de gloire. La culture et l'intelligence sont de deux ordres différents. On peut avoir l'une et être dépourvu de l'autre. On peut être cultivé et d'une bêtise épouvantable. L'intelligence cela vient de l'âme et c'est donné à tout le monde par le seul fait de naître, même si tout le monde n'en use pas, n'ose pas user de sa capacité personnelle à la solitude, de l'intensité de la solitude de son âme propre. L'intelligence ce n'est rien d'autre : une manière personnelle de se tenir devant soi et devant le monde, une manière propre à la personne de se laisser altérer par ce qui vient et de chercher son bien à elle, rien qu'à elle, dans ce qui la traverse et parfois la tue. Lire par exemple c'est une des manifestations les plus simples de l'intelligence, cela n'a rien à voir, absolument rien à voir avec la culture. Lire c'est faire l'épreuve de soi dans la parole d'un autre, faire venir de l'encre par voie de sang jusqu'au fond de l'âme et que cette âme soit imprégnée, manger ce qu'on lit, le transformer en soi et se transformer en lui. Toute lecture qui ne bouleverse pas la vie n'est rien, n'a pas eu lieu, n'est même pas du temps perdu, est moins que rien. Toute vie qui n'est pas bouleversée par la vie et qui ne va pas, seule, sans le réconfort d'aucune leçon, trouver son bien dans ce bouleversement, est morte. Ce qui est le bien d'une personne  c'est à la personne seule d'en décider, en ne s'appuyant que sur la lumière suffisante de sa propre solitude, au plus loin des convenances de pensée ou de morale.

L'intelligence cela ne s'apprend pas -cela s'exerce. La culture, oui, cela s'apprend- ça sort peu à peu de l'entassement des longues études, ça s'ajoute à soi-même avec le temps et c'est aux mains de quelques-uns. Si on ne vit plus que dans la culture on devient très vite analphabète : il y a un temps où, dans les milieux culturels, les oeuvres  ne sont plus méditées, aimées, mangées, un temps où on ne mange plus que les noms d'auteurs, leur nom seul, pour s'en glorifier ou pour le salir. La culture quand elle est à ce point privée d'intelligence est une maladie de l'accumulation, une chose inconsommable que l'on ne sait plus consommer.

 

 

            Christian Bobin. L'Epuisement.

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Père Marie-Dominique Philippe - Une vie donnée pour l'Amour

30 Mai 2013, 07:45am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Larmes de femmes

29 Mai 2013, 20:58pm

Publié par Fr Greg.

 

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Un petit garçon demanda à sa mère :
- Pourquoi pleures-tu ?
- Parce que je suis une femme, lui répondit-elle.
- Je ne comprends pas, dit-il.

Sa mère le prit dans ses bras et lui dit :
- Et jamais tu ne comprendras.

Plus tard le petit garçon demanda à son père :
- Pourquoi maman pleure-t-elle ? Je ne comprends pas !
- Toutes les femmes pleurent sans raison, fut tout ce que son père put lui dire.

Devenu adulte, il demanda à Dieu :
- Seigneur, pourquoi les femmes pleurent-elles aussi facilement ?

Et Dieu répondit :
- Quand j'ai fait la femme, elle devait être spéciale.
J'ai fait ses épaules assez fortes pour porter le poids du monde ;
et assez douces pour être confortables.
Je lui ai donné la force de donner la vie,
et celle d'accepter le rejet qui vient souvent de ses enfants.

« Je lui ai donné la force pour lui permettre de continuer quand tout le monde abandonne,
et celle de prendre soin de sa famille en dépit de la maladie et de la fatigue.
Je lui ai donne la sensibilité pour aimer ses enfants d'un amour inconditionnel,
même quand ces derniers l'ont blessée durement.

« Je lui ai donné la force de supporter son mari dans ses défauts
et de demeurer à ses côtés sans faiblir.
Et finalement je lui ai donné des larmes à verser quand elle en ressent le besoin.

« Tu vois mon fils, la beauté d'une femme n'est pas dans les vêtements qu'elle porte,
ni dans son visage, ou dans la façon de se coiffer les cheveux.
La beauté d'une femme réside dans ses yeux.
car c'est la porte d'entrée de son coeur - le lieu où réside l'amour.
Et c'est souvent par ses larmes que tu vois passer son coeur.

« Toutes les femmes sont belles,
et nous devons les encourager à s'aimer telles qu'elles sont
et à avoir une juste estime d'elles-mêmes. »

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Appelez-moi 'Loretta'... :)

29 Mai 2013, 08:41am

Publié par Fr Greg.

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