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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qui ose mettre son orgueil dans ses faiblesses..?

9 Novembre 2013, 09:00am

Publié par Fr Greg.

 

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"Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.

 

C'est pourquoi j'accepte de grand coeur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort."                                                                            

2e Cor. 12, 9-10

 

Dieu n’aime pas les surhommes

Seuls mes carnets secrets savent ma pauvreté, mes tentations, mes manques et mes échecs. Ils sont ma joie, ces carnets, parce qu’ils sont témoins de ma lutte quotidienne. Ils me connaissent mieux que quiconque.

Au fil des années je m’aperçois que j’avance cahin-caha. Mais j’avance ! On traine toute sa vie sa fichue peau, son ivraie qui profite de tout pour envahir le peu de terrain qu’on a déchiffré.

Ma fragilité me donne une force. Elle me replonge, chaque fois que j’en prends conscience, dans l’immense cohorte des pécheurs de tous les jours.

 

Je ne me vante pas de ma fragilité, mais je la reconnais et vis avec elle. Dieu s’appuie sur elle pour me donner une force pas possible. Je comprends pourquoi le Seigneur a aimé prioritairement les pécheurs. La tendresse particulière de Jésus s’est toujours manifesté pour eux .

Guy Gilbert. Coeur de prêtre, coeur de feu.

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Comment en finir avec le jugement des hommes ?

8 Novembre 2013, 09:52am

Publié par Fr Greg.

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« Bourgeois naïf », « belle âme », « beau parleur »… voilà les mots de Sartre pour parler de Camus, après la publication de L'Homme révolté, en 1951. On en connaît les causes : Camus avait osé dénoncer le nihilisme révolutionnaire et le totalitarisme soviétique. Les compagnons de route du Parti communiste s'employaient à lui faire payer ce crime de lèse-unité. On connaît beaucoup moins les conséquences, les répercussions de ces jugements sur Camus et sur son œuvre. La Chute, en 1956, témoigne du contrecoup : « J'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes ». Mais on n'avait pas mesuré à quel point, ni de quelle manière, cette polémique haineuse est liée à la crise très profonde que traverse Camus quelques années plus tard, où il a le sentiment d'avoir tout à reprendre et à repenser. Lui qui est alors mondialement reconnu, célébré, nobélisé, finira par écrire, dans ses carnets, en 1959 : « Je dois reconstruire une vérité après avoir vécu toute ma vie dans une sorte de mensonge. »

Le grand mérite du beau livre de Paul Audi, Qui témoignera pour nous ? Albert Camus face à lui-même, est de faire émerger le sens de cette mise à l'épreuve radicale. « Je me fais la guerre et je me détruirai ou je renaîtrai, c'est tout », écrit encore Camus dans les Carnets de 1959. La signification et les enjeux de cette guerre contre soi-même sont politiques, mais en un sens plus profond, sans doute plus décisif, que celui des grilles de lecture habituelles. Au lieu d'ajouter un énième dossier à tous ceux existant sur Camus en politique – très engagé ou pas trop, socialiste ou anarchiste, de gauche ou pas tant que ça, révolté ou révolutionnaire, indigné avant l'heure ou avide de reconnaissance Paul Audi met au jour ce qui touche Camus au plus intime quand Sartre l'accuse d'être devenu « bourgeois ».

La blessure n'est pas liée à l'injustice de cette étiquette. En devenant écrivain et célèbre, Camus n'a pas simplement vengé son enfance de pauvre, sa mère qui faisait des ménages et se taisait obstinément, il les a également trahis, en un sens. Car cette figure maternelle, mutique parce que sans moyens d'aucune sorte – sans mots comme sans argent, Camus l'avait toujours liée à ce sentiment de la séparation, qui court en filigrane dans la thématique de l'exil, de l'étranger, de la vie même, ainsi que la fin de La Peste l'exprime. La mission que Camus s'était donnée, celle de témoigner, consistait à rompre ce silence, avec la conviction que la parole répare, fait cesser l'indifférence.

UNE CRISE PROFONDE, VITALE

Or c'est là, précisément, que tout se met pour lui à vaciller. En devenant écrivain – celui qui dit ce qui est, qui le formule au plus juste, Camus « beau parleur» devient aussi traître, et « bourgeois», non pas d'un point de vue simplement social, mais en raison de son projet le plus fondamental. Du coup, la culpabilité d'avoir réussi s'empare de lui, qui n'est pas liée au succès mondain mais bien à son travail, son écriture, son engagement. Voilà pourquoi la crise est profonde, vitale, et pourquoi Camus en vient à se « faire la guerre ».

Au terme de cette lutte radicale contre soi-même, sa renaissance-reconstruction le conduit à penser que la parole répare mais aussi sépare, que le silence n'est pas seulement indifférence mais également amour, qu'il est possible d'écrire non plus pour rompre ce silence mais pour le parfaire. Autrement dit, il aura fallu ce chemin, cette crise, ce long détour et ce déclic politique pour que Camus se réconcilie avec sa mère, sa pauvreté et son mutisme. Toutefois, qu'on ne se méprenne pas : ce travail de Paul Audi n'est pas l'interprétation philosophico-psychanalytique d'un conflit intime.

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Au contraire, si le philosophe scrute ainsi l'itinéraire de Camus, c'est pour mieux creuser une difficile question : les relations entre justice et jugements. Car la modalité constante des rapports humains, ce sont les jugements que les uns portent sur les autres, qui enferment et qui tuent. L'enfer, ce n'est pas les autres, mais leurs jugements. « Imaginez des cartes de visite : Dupont, philosophe froussard ou propriétaire chrétien, ou humaniste adultère, on a ce choix vraiment. Mais ce serait l'enfer ! » (La Chute). Comment faire pour que l'humanité devienne capable de coexistence, voire de solidarité, sans recourir sans cesse aux catégories du tribunal ? Que serait une justice sans jugement ? En 1947, Artaud enregistrait Pour en finir avec le jugement de Dieu. Camus se demande comment en finir avec celui des hommes. La question le taraude, mais son ampleur inévitablement le déborde.

C'est pourquoi, sans quitter Camus de vue, la seconde moitié du livre de Paul Audi entame, sous la forme d'un dialogue, une exploration de ce vaste problème, en convoquant tour à tour Lacan, Nietzsche, Günther Anders et d'autres. Cette réflexion de fond sur l'éthique et la place du jugement dans les relations humaines est aussi exigeante que passionnante. A partir de Camus, mais au-delà de lui, comme il l'a fait à partir de Rousseau, de Nietzsche, de Gary, et au-delà d'eux, Paul Audi poursuit l'élaboration d'une pensée qui figure sans conteste parmi les plus originales de notre époque.

Qui témoignera pour nous? Albert Camus face à lui-même, de Paul Audi

www.lemonde.fr

 

 

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Personne ne peut vivre une seconde sans espérer

7 Novembre 2013, 00:00am

Publié par Fr Greg.

 

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L’ombre d’un oiseau m’est apparue il y a dix ans, en devanture du magasin d’un encadreur : un détail dans un tableau, un oiseau d’encre de Chine. Son envol tout de grâce et de nerfs a arrêté mes pas un jour comme celui-ci, un jour d’automne. Je suis immédiatement tombé amoureux de sa puissance d’arrachement et de la grande ouverture de ses ailes. Je suis entré chez l’encadreur, j’ai acheté le tableau. Chez moi je l’ai laissé au ras du sol, appuyé sur une pile de livres. Je n’ai jamais su mettre quelque chose sur un mur. Depuis que je suis dans cet appartement, même si dix ans ont passé, j’ai l’impression que je peux être appelé à en partir du jour au lendemain, alors à quoi bon s’installer ? J’ai gardé le papier peint que j’ai trouvé en entrant, un papier affreux, même dans les salles d’attente des dentistes on n’en voit plus comme ça, je l’ai laissé pour la même raison de négligence, pour cette gaieté de vivre comme si mourir devait être demain. La vie durable, la vie avec plan de carrière et traites sur vingt ans, je n’y crois pas. Je ne crois qu’à son contraire — l’éternité. Ce papier peint est donc seul, sans rien dessus, on dirait des taches de café sur le mur, passagèrement là depuis dix ans. Les adolescents sont les personnes qui mettent le plus de choses sur les murs. Des photos et des mots. C’est que l’adolescence est un temps où on est sans visage clair. L’ancien visage princier d’enfance est fané, du moins on croit qu’il est fané et ça revient au même. Le nouveau visage, celui de l’homme ou de la femme qu’on sera, n’est pas encore disponible, et on n’est pas sûr d’en vouloir. Alors on cherche au dehors dans les revues, dans les photos d’acteurs, de chanteurs ou de sportifs, on essaie des visages comme on essaie des vêtements, aucun ne va, tant pis, on recommence, on déchire, on découpe, on finira bien par trouver. C’est une recherche qui prend un temps fou. C’est une recherche qui connaît de longs temps de repos. Un jour on quitte les parents, ou l’argent vient et on est adulte — c’est-à-dire on imite les adultes, ce qui fait qu’on en devient un. On ne colle plus d’affiches ni de phrases sur un mur, on accroche quelques reproductions de peintures. On croit ne plus chercher un visage, on le cherche encore sans savoir : quand on lit Shakespeare ou quand on contemple une couleur dans le ciel, c’est toujours avec l’espérance d’y trouver notre vrai visage. Quand on tombe amoureux c’est pareil, sauf que là on est au plus près de découvrir enfin la pureté de nos traits, là, sur le visage d’un autre. Ce qui nous incite à chercher c’est l’espérance et elle est inépuisable, même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. Même celui qui va se pendre, dit Pascal, a l’espérance d’un mieux être : s’il accroche une corde à une poutre c’est parce que la pendaison est soudain devenue l’unique figure du bonheur. Celui qui médite de se pendre a la croyance qu’il va ainsi respirer mieux et il espère encore : l’espérance, dans l’âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L’âme a, autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l’âme c’est la beauté, l’amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l’âme c’est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L’enfant en bas âge prend l’air, la parole, le pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts et il colle ses doigts contre sa bouche et il engloutit l’air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l’âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

 

Christian Bobin, L’épuisement.

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Les Nouveaux chiens de garde !

6 Novembre 2013, 08:22am

Publié par Fr Greg.

 

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Depuis la parution de l’essai de Serge Halimi Les Nouveaux Chiens de garde (1997), succédant lui-même à celui de Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996), la critique radicale des médias est devenue un sport de combat très prisé au sein des médias alternatifs (Acrimed, Le Monde diplomatique, Le Plan B…) ou chez Pierre Carles, le premier à avoir mis en images cette défiance à l’égard des pratiques médiatiques dominantes (Pas vu, pas pris; Enfin pris?; Fin de concession).

 

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Le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, adapté du livre d’Halimi, prolonge cette tradition critique en condensant ses principales lignes de front à travers un effort de synthèse des écrits de cette clique prompte à donner des claques à la profession journalistique en vue.

Par-delà cette efficacité pédagogique, cet effet de déjà-vu joue un peu contre le film dans la mesure où rien de très nouveau ne sort de ce discours balisé depuis le milieu des années 90 : la mainmise sur les grands médias des puissants groupes industriels et financiers (Bouygues, Bolloré, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault…), l’absence de pluralisme de la pensée…

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Dans ce cadre idéologique prévisible, opposant deux camps attachés à leurs positions, le film déploie pourtant un récit nerveux et énervé, dont l’efficacité narrative tient à l’implacable effet de démonstration par l’image.

Même sans le ton sarcastique d’un Pierre Carles, une analyse politique s’incarne à l’écran à travers un dispositif mêlant extraits d’émissions, images sur le vif de lieux de mondanités journalistiques et entretiens avec des observateurs critiques.

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Accumulant ses sources, le film met ainsi à nu les mœurs risibles et conniventes de la cour médiatique hexagonale.

Le récit s’autorise de vrais tours de force, entre esprit potache (les effets de montage pour se moquer des dialogues complices de Luc Ferry et Jacques Julliard, Jean-Pierre Elkabbach faisant un éloge gênant de son patron Arnaud Lagardère…) et pure déconstruction analytique (la critique implacable par l’économiste Frédéric Lordon de l’incompétence des experts célébrant depuis des années les vertus des marchés financiers).

Dépassant le cadre classique d’une analyse sur la concentration des médias, le film s’accroche à cet angle mort de l’aveuglement des médias sur eux-mêmes.

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Cette fixation sur ces usages dévoyés des élites médiatiques occulte la réalité plus vaste du travail des “dominés” du champ journalistique (c’est-à-dire la quasi-majorité des journalistes), attachés à leur distanciation à l’égard des actionnaires, ainsi que la vraie polyphonie de prises de parole qui subsiste dans certains médias.

Il reste que le mode militant ouvertement assumé par le film dessine un cadre de réflexion pratique, au sein duquel la critique radicale des médias affleure comme un contrepoison à l’ivresse d’un système de castes, où tous les chiens sont gris.

 

http://www.lesinrocks.com

 

 

 

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Les mirages de l'art contemporain...

5 Novembre 2013, 00:44am

Publié par Fr Greg.

 

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« Quand toute finalité est perdue il ne reste plus qu'à tourner en rond et c'est ce qui arrive à l'Art contemporain. »

 

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L’art dit « contemporain », enfant involontaire de Marcel Duchamp, est né au détour des années 60, détrônant l’art moderne à coup de surenchère progressiste, provocatrice, libertaire. Il n’a pas tardé à se révéler liberticide, vide et officiel. Car, depuis ses débuts, il n’aura consisté qu’en stratégies, manipulations et mirages.


C’est le secret de ce nihilisme que dévoile ici, avec érudition et ironie, Christine Sourgins. A tous ceux qui sont perdus dans les dédales de ce labyrinthe, elle offre enfin un fil d’Ariane, en montrant de manière implacable comment une telle entreprise, trop vite qualifiée de farce, menace ceux s’en moquent tout autant que ceux qui s’en enchantent.


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Car l’Art contemporain, qu’il se veuille critique, ludique ou didactique, relève toujours de l’instrumentalisation, de la subversion, et du radicalisme. Quels que soient les prétextes esthétiques, politiques ou la moraux qu’il se donne, il attaque en fait l’humanité même de l’homme.

Christine Sourgins, Les mirages de l'art contemporain, éd. La Table Ronde, 2005

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Le tremble

4 Novembre 2013, 10:04am

Publié par Fr Greg.

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Ce dimanche n’est pas un jour comme les autres. Aucun jour n’est comme les autres. Il n’y a ni jour ni nuit. Il n’y a que les instants où nous sommes éveillés et où nous pouvons l’être même en dormant. Une pluie renvoie mon âme à la petite école du rien. Elle y fait ses devoirs. Sous la pluie, tu ne bouges plus. Tu réfléchis. Personne ne réfléchit autant qu’un arbre. La pluie sur l’herbe fait le bruit de dix mille fourmis courant sur une soie verte. Ce qui ne tremble plus de tes feuilles tremble dans mon âme. Il fallait que tu te taises pour que je t’entende. Je suis heureux et rien en est la cause. Le fond de la santé est la belle humeur, le rossignol perché sur la veine aorte. La gaieté sans cause est assurée de renaître sans cesse. C’est comme tes feuilles, n’est-ce pas ? Elles chantent pour aucun Dieu. Elles chantent comme on pleure, comme on rit et comme on meurt. Quand je te vois, je vois ma mort qui rit, la veine au poignet du temps et cette lumière qui bat. Au fond de l’univers sans fond danse une lumière d’ardoise, la colonne vertébrale de Dieu, un tremble aux feuilles d’or. Autour de moi beaucoup de livres. Des poèmes. Ils contiennent quelque chose d’aussi rapidement agissant sur le cœur que de la digitaline. La vérité nous sort du rang des morts. Le poème est son ange. Je verse trois gouttes de feu sur un papier blanc : c’est pour faire apparaître un tremble dans le silence du monde. Tout n’est qu’apparitions et disparitions. Le nouveau-né le sait, qui voit sans fin surgir et s’éloigner l’astre rayonnant du visage maternel. Rien n’existe que par intervalles, comme la poussée du sang dans le cœur ou le battement de tes feuilles saturées d’or. Quand je lis, tu tombes sous la hache de ma rêverie. Tu ressuscites dès que, las des flammes du poème, je relève la tête pour t’admirer. Dieu est par éclipses. Te voir, c’est voir l’échelle qui mène au ciel et c’est ne pas vouloir monter car le bas est déjà le sommet ; et ne rien vouloir, une extase. Le froissement de ton feuillage a des rumeurs savantes. Ah, la joie de ce travail dont nul ne vient à bout : vivre ! Nous n’avons pas plus de raison d’être qu’un arbre livré au ravissement des lumières oublieuses et, comme lui, nous voyons Dieu. Un oiseau verse le vin de son chant dans une coupe de lumière. Tous les oiseaux s’appellent Maître Eckhart. La beauté nous ignore mais son passage, fût-il bref, nous délivre de nous-mêmes et nous rend aux étoiles dont le flux et les cris baignent toutes choses et le vide entre toutes choses. Ouvrez ma poitrine, vous y trouverez un livre. Ouvrez le livre, vous y trouverez un tremble. J’ai la tête coupée par un sabre de feuillage. Les villes s’effondrent avec leurs tristes raisons de durer. Je lègue mon silence aux nuages et mes rires à un arbre dont le jeu, l’âme et le souffle m’étourdissaient. Je veux qu’on m’enterre dans le bleu afin que ma joie, pareille à celle du tremble, soit sans fin. Enfants des bois, renards des prairies, rêveurs sous la lune, si quelqu’un commence à vous parler de Dieu, fuyez-le. Vous en savez plus que lui.

Christian Bobin.

 www.lemondedesreligions.fr

 

 

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Incroyable compassion animale...

3 Novembre 2013, 09:30am

Publié par Fr Greg.


 

 

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On peut être cultivé et d'une bêtise épouvantable !

2 Novembre 2013, 12:31pm

Publié par Fr Greg.

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  Ce qui nous incite à chercher c'est l'espérance et elle est inépuisable même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. (...)

L'espérance, dans l'âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L'âme a, autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l'âme c'est la beauté, l'amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l'âme c'est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L'enfant en bas âge prend l'air, la parole,  le  pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts contre sa bouche et il engloutit l'air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l'âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

On peut reconnaître quelqu'un à la nature des mots qu'il mange. J'ai toujours vu les gens des milieux culturels, à quelques exceptions bienheureuses près, comme des personnes qui ne se nourrissaient plus que de noms propres, quand ces noms avaient atteint une certaine maturité de gloire. La culture et l'intelligence sont de deux ordres différents. On peut avoir l'une et être dépourvu de l'autre. On peut être cultivé et d'une bêtise épouvantable. L'intelligence cela vient de l'âme et c'est donné à tout le monde par le seul fait de naître, même si tout le monde n'en use pas, n'ose pas user de sa capacité personnelle à la solitude, de l'intensité de la solitude de son âme propre. L'intelligence ce n'est rien d'autre : une manière personnelle de se tenir devant soi et devant le monde, une manière propre à la personne de se laisser altérer par ce qui vient et de chercher son bien à elle, rien qu'à elle, dans ce qui la traverse et parfois la tue. Lire par exemple c'est une des manifestations les plus simples de l'intelligence, cela n'a rien à voir, absolument rien à voir avec la culture. Lire c'est faire l'épreuve de soi dans la parole d'un autre, faire venir de l'encre par voie de sang jusqu'au fond de l'âme et que cette âme soit imprégnée, manger ce qu'on lit, le transformer en soi et se transformer en lui. Toute lecture qui ne bouleverse pas la vie n'est rien, n'a pas eu lieu, n'est même pas du temps perdu, est moins que rien. Toute vie qui n'est pas bouleversée par la vie et qui ne va pas, seule, sans le réconfort d'aucune leçon, trouver son bien dans ce bouleversement, est morte. Ce qui est le bien d'une personne  c'est à la personne seule d'en décider, en ne s'appuyant que sur la lumière suffisante de sa propre solitude, au plus loin des convenances de pensée ou de morale.

L'intelligence cela ne s'apprend pas -cela s'exerce. La culture, oui, cela s'apprend- ça sort peu à peu de l'entassement des longues études, ça s'ajoute à soi-même avec le temps et c'est aux mains de quelques-uns. Si on ne vit plus que dans la culture on devient très vite analphabète : il y a un temps où, dans les milieux culturels, les œuvres  ne sont plus méditées, aimées, mangées, un temps où on ne mange plus que les noms d'auteurs, leur nom seul, pour s'en glorifier ou pour le salir. La culture quand elle est à ce point privée d'intelligence est une maladie de l'accumulation, une chose inconsommable que l'on ne sait plus consommer.

             Christian Bobin, L'Epuisement.

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Jésus préfère les pécheurs !

1 Novembre 2013, 09:06am

Publié par Fr Greg.

      C'est l'oeuvre de Jésus sur nous qui nous rend saint !

 

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Dieu est comme « l’infirmier, l’infirmière dans un hôpital » : « il guérit les blessures une par une, mais de ses propres mains. Dieu s’implique, il s’immisce dans les misères, il s’approche des plaies et les guérit de ses mains, et pour avoir des mains, il s’est fait homme ».

« Dieu ne nous sauve pas seulement par un décret, une loi ; il nous sauve avec tendresse, il nous sauve avec des caresses, il nous sauve par sa vie, pour nous ».

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ». « Chacun connaît ses misères… et elles abondent ! » Mais « le défi de Dieu est de vaincre cela, de guérir les plaies », et de « faire ce cadeau surabondant de son amour, de sa grâce ».

Il a souligné la « préférence de Jésus pour les pécheurs » : « Dans le cœur de ces personnes, le péché abondait. Mais lui, il allait vers elles avec cette surabondance de grâce et d’amour. Ceux qui sont le plus proches du cœur de Jésus sont ceux qui sont le plus pécheurs, parce qu’il va les chercher, il les appelle tous : « Venez, venez ! ». Et quand on lui demande une explication, il répond : « Mais, ceux qui sont en bonne santé n’ont pas besoin du médecin ; je suis venu pour guérir, pour sauver » ».

« La grâce de Dieu vainc toujours, parce que c’est Lui-même qui se donne, qui s’approche, qui caresse, qui guérit » : « comment pouvons-nous manquer de confiance en un Dieu si proche, si bon, qui préfère notre cœur pécheur ? ».

« C’est un Dieu qui vainc toujours par la surabondance de sa grâce, par sa tendresse », « par la richesse de sa miséricorde »

 

François, Pape.

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Je ne connais pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré

31 Octobre 2013, 09:19am

Publié par Fr Greg.

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15 septembre

Au cloître de San Francesco à Fiesole, une petite cour bordée d’arcades, gonflée de fleurs rouges, de soleil et d’abeilles jaunes et noires. Dans un coin, un arrosoir vert. Partout, des mouches bourdonnent. Recuit de chaleur, le petit jardin fume doucement. Je suis assis par terre et je pense à ces franciscains dont j’au vu les cellules tout à l’heure, dont je vois maintenant les inspirations, et je sens bien que, s’ils ont raison, c’est avec moi qu’ils ont raison. Derrière ce mur où je m’appuie, je sais qu’il ya a la colline qui dévale la ville et cette offrande de tout Florence avec ces cyprès. Mais cette splendeur du monde est comme la justification de ces hommes. Je mets tout mon orgueil à croire qu’elle est aussi la mienne et celle de tous les hommes de ma race (qui savent qu’un point extrême de pauvreté rejoint toujours le luxe et la richesse du monde). S’ils se dépouillent, c’est pour une plus grande vie (et non pour une autre vie). C’est le seul sens que je consente à entendre dans le mot « dénuement ». « Etre nu » garde toujours un sens de liberté physique et cet accord de la main et des fleurs, cette entente amoureuse de la terre et de l’homme délivré de l’humain, ah, je m’y convertirais bien si elle n’était déjà ma religion.

            Aujourd’hui je me sens libre à l’égard de mon passé et de ce que j’ai perdu. Je ne veux que ce resserrement, cet espace clos (cette lucide et patiente ferveur). Et comme le pain chaud qu’on presse et qu’on fatigue, je veux seulement tenir ma vie entre mes mains, pareils à ces hommes qui ont su renfermer leur vie entre des fleurs et des colonnes. Ainsi encore de ces longues nuits de train où l’on peut se parler et se préparer à vivre, soi devant soi, et cette admirable patience à reprendre ses idées, à les arrêter dans leur fuite, puis à avancer encore. Lécher la vie comme un sucre d’orge, la former, l’aiguiser, l’aimer enfin, comme on cherche le mot, l’image, la phrase définitive, celui ou celle qui conclut, qui arrête, avec quoi on partira et qui fera désormais toute la couleur de notre regard. Je puis bien m’arrêter là, trouver enfin le terme d’un an de vie effrénée et surmenée. Cette présence de moi-même à moi-même, mon effort est de la mener jusqu’au bout, de la maintenir devant tous les visages de ma vie (même au prix de la solitude que je sais maintenant si difficile à supporter). Ne pas céder : tout est là. Ne pas consentir, ne pas trahir. Toute ma violence m’y aide et le point où elle me porte mon amour m’y rejoint et avec lui la furieuse passion de vivre qui fait le sens de mes journées.

            Chaque fois que l’on (que je) cède à ses vanités, chaque fois que l’on pense et vit pour « paraître », on trahit. A chaque fois, c’est toujours le grand malheur de vouloir paraître qui m’a diminué en face du vrai. Il n’est pas nécessaire de se livrer aux autres mais seulement à ceux qu’on aime. Car alors ce n’est plus se livrer pour paraître mais seulement pour se donner. Il y a beaucoup plus de force dans un homme qui ne paraît que lorsqu’il le faut. Aller jusqu’au bout, c’est savoir garder son secret. J’ai souffert d’être seul, mais pour avoir gardé mon secret, j’ai vaincu la souffrance d’être seul. Et aujourd’hui je ne connais pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré. Ecrire, ma joie profonde ! Consentir au monde et au jouir (mais seulement dans le dénuement). Je ne serais pas digne d’aimer la nudité des plages si je ne savais demeurer nu devant moi-même. Pour la première fois, le sens du mot bonheur ne me paraît pas équivoque. Il est un peu le contraire de ce qu’on entend par l’ordinaire « je suis heureux ».

            Une certaine continuité dans le désespoir finit par engendrer la joie. Et les mêmes hommes qui, à San Francesco, vivent devant les fleurs rouges, ont dans leur cellule le crâne de mort qui nourrit leurs méditations, Florence à leur fenêtre et la mort sur la table. Pour moi, si je me sens à un tournant de ma vie, ce n’est pas à cause de ce que j’ai acquis, mais de ce que j’ai perdu. Je me sens des forces extrêmes et profondes. C’est grâce à elles que je dois vivre comme je l’entends. Si aujourd’hui me trouve si loin de tout, c’est que je n’ai d’autre force que d’aimer et d’admirer (…).

 

                                                                                              Albert Camus, Carnets, 1917

 

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Disconnect !

30 Octobre 2013, 08:46am

Publié par Fr Greg.

 

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Une invitation à se déconnecter d’urgence !    

Une femme ayant perdu son fils passe son temps sur un forum où elle trouve matière au dialogue que lui refuse son mari. Mais ces tchats en apparence bienveillants lui vaudront un piratage de toutes ses données, bancaires comme d'identité, dont les conséquences pourraient être dramatiques. Deux gamins créent un faux profil Facebook pour mieux humilier l'un de leurs camarades de classe. Une journaliste entre en contact avec un jeune homme se livrant à du tchat pornographique sur le net. Mais son désir de l'interviewer se mêle aussi à une compassion qui n'a pas sa place dans son métier...

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Comme toujours avec les films qui traitent de l’influence d’internet, de fervents supporters crieront au scandale et à la diabolisation d’un outil permettant la libre expression individuelle. D’autres iront même plus loin en disant que l’auteur n’a rien compris à ce qu’est la toile, ni à comment les ados l’utilisent, dans leur vie quotidienne, au travers notamment des réseaux sociaux. Ce fut le cas notamment lorsque Hideo Nakata s’est attaqué au sujet avec le pourtant prenant "Chatroom", les détracteurs reprochant l’impossible transposition cinématographique du tchat en ligne et la stigmatisation de dérives fantasmées, basées sur l’esprit potentiellement pervers des utilisateurs.

"Disconnect" s’inscrit donc dans cette lignée, décrivant, au travers de trois histoires construites en parallèle, les dangers d’une confiance mal placée, en des individus qui utilisent internet pour arriver à des fins peu avouables. L’outil apparaît donc comme un simple média, qui permet à quelques-uns de se faire passer pour d’autres. La malhonnêteté, la véracité des rapports humains est donc au cœur de l’intrigue, en cette époque du tout Facebook, où, la « manif pour tous » l’a bien montré, vos prétendus amis, affichés à côté de votre mur, ne sont peut-être pas tant amicaux que cela.

 

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Ressemblant dans sa forme au "Collision" de Paul Haggis, ce film choral croise habilement ces destins bousculés par l’irruption d’un mensonge dans leur vie, mettant en péril l’équilibre d’un ménage, anéantissant le peu d’assurance acquise par un jeune adolescent, et bousculant les certitudes d’une MILF (ou plutôt ici une « puma », comme la désigne le jeune prostitué, c’est à dire le stade préalable à la « couguar »). Tissant sa toile autour de thématiques comme la tentation de la vengeance personnelle, le désir de réussite, le rêve d'une autre vie, le suicide, le scénario crée progressivement une tension qui ne trouvera son exutoire que dans un final dramatique dont il est difficile de ne pas ressortir terrassé.


Venu du documentaire - "Muderball" fut nominé à l’oscar en 2005 -, Henry-Alex Rubin réussit un premier long métrage de fiction qui fait froid dans le dos. Avoir Internet chez soi, c’est en somme avoir un rival, un harceleur, un voleur, même un assassin à la maison. Remonter à la source d’une escroquerie informatique peut demander des semaines, pour constater que le site, hébergé dans un pays étranger, peut opérer en toute impunité.

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"Disconnect" d'Henry-Alex Rubin expose de façon réaliste, quasi documentaire, comment ces nouveaux outils de communication peuvent rapidement transformer la vie en cauchemar. Et comment les réseaux sociaux peuvent créer l’illusion de relations qui accentuent en fait l’isolement des personnes.

 

Réalisation : Henry-Alex Rubin. Scénario : Andrew Stern, Henry-Alex Rubin. Avec Alexander Skarsgård, Jason Bateman, Paula Patton, Frank Grillo, Hope Davis… 1h 55.


 

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Elsa

29 Octobre 2013, 09:06am

Publié par Fr Greg.

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Tu m’as regardé de tes yeux jusqu’à l’horizon déserts

De tes yeux lavés du souvenir
Tu m’as regardé de tes yeux d’oubli pur
Tu m’as regardé par-dessus la mémoire
Par-dessus les refrains errants
Par-dessus les roses fanées
Par-dessus les bonheurs bernés
Par-dessus les jours abolis
Tu m’as regardé de tes yeux d’oubli bleu

Tu ne te rappelles rien de ce qui fut
Ô bien-aimée
Ni les gens ni les paysages
Tout est parti de toi comme les bras de fumées

Tu demeures
Et parcours le ciel pour la première fois
De tes yeux de lave et de lenteur
Le monde est devant toi comme si tu le pensais sous tes paupières
Comme s’il commençait avec toi devant toi
Jeune éternellement de ton regard paisible

Et je suis là jaloux de lui de sa beauté
Avec mes pauvres photos jaunies dont tu te détournes
Pour voir les nouvelles prairies

C’est promis je ne parlerai plus du passé
Tout part d’aujourd’hui sur tes pas
Ce qu’il me reste de vie est un pli de ta robe
Rien encore n’eut lieu je te rencontre enfin
Ô mon amour je crois en toi

 

 Aragon, Elsa

 

 

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FIAC : entreprise de crétinisation contemporaine..

28 Octobre 2013, 10:34am

Publié par Fr Greg.

 

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Préparez-vous à en prendre plein la gueule, ils reviennent plus grands, plus forts, et ils ne vous louperont pas. L’édition 2013 de la Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain) annonce un cru d’exception, « une programmation renforcée et enrichie ». Avec elle, son lot d’esprits convaincus de leur supériorité d’âme pour trouver aux enfants involontaires de la mouvance duchampienne un génie artistique que peu ne peuvent percevoir – les autres ne sont pas artistes, ils ne sont pas sensibles, ils ne peuvent pas comprendre. Si quelqu’un ose la critique, haro sur le baudet et reductio ad hitlerum garantie.

 

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On y verra des dandys assommés par le bénéfice narcissique s’entretenir de leur œuvre avec Onin et des impétrants sommés de s’extasier sur des univers Vespasien où la merde et la pisse sont sanctuarisés. Bien sûr on qualifiera les œuvres de subversives en se réclamant de Baudelaire condamné par le procureur Pinard, alors même que chaque année l’ordre mondialisé – François Pinault en tête – déroule le tapis rouge à ces déconstructionnistes qui vivent des lois du libre-échange. Il ne faut pas oublier que si ce sont les marxistes qui ont voulu faire de l’art une expression commune minimale à toute l’humanité (donc qui ne nécessite aucun savoir-faire) pour détruire le monde bourgeois, son sens de la culture et de l’esthétique, ce sont désormais la gauche universaliste et la droite libérale (donc les bourgeois) qui se régalent de ce qui est devenu un moyen de spéculation.

Que verrons-nous cette année ? Les petites culottes-balançoires se promenant au plafond comme à Beaubourg lors de sa réouverture ? Le « Cloaca » de Wim Delvoye, une machine révolutionnaire qui nous fabrique des cacas d’une finition à faire pâlir de jalousie les meilleurs orfèvres de la place Vendôme ? Le lapin transgénique vert fluo d’Eduardo Kac qui n’a même pas peur de José Bové ? Les fragments de cadavre humains de Teresa Margolles parce que en art on peut tout faire, même ignorer que les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence – putain de code civil ? Peut-être qu’on aura mieux encore ! Des martyrs de l’art contemporain qui se jetteront du vingtième étage pour marquer le linceul blanc de leur sang, des anthropométries nature en quelque sorte ? Hervé Paraponaris pourrait revenir avec sa collection de menues rapines qu’il exposa à la Fiac en 1994 et que la police saisit en 1996 ? À moins que le groupe chinois « Cadavre » ne débarque à Paris et cuisine comme à son habitude un fœtus avant de le dévorer – Goya et son Saturne dévorant ses fils peut aller se rhabiller ! Et si Libera revenait créer son camp de concentration en legos comme il le fit au musée du jeu de Paume ?

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Transgresser, choquer, blesser pour tordre le cou à l’ordre établi, à la morale bourgeoise, alors même que toutes ces œuvres ne trouvent leur existence que dans l’allégeance à Mammon, voilà tout le paradoxe d’un « art » qui a chassé à tout jamais l’idée de Beau et détruit le rapport de force qu’entretiennent le concept et l’imaginaire. Car il faut désormais conceptualiser à outrance la matière pour l’élever, comme la pornographie a conceptualisé le sexe, lui enlevant par la même ce qui faisait sa beauté. Où est l’objet sans concept d’une satisfaction nécessaire dont parlait Kant dans son Analytique du beau ? Car il existe.

 

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Garder l’idée de Beau comme référentiel de distinction entre ce qui est de l’art et ce qui n’en n’est pas paraît être la valeur la plus sûre pour ne pas succomber au narcissisme moderne du « tout artistique » prôné par les solipsistes. Opérer une dualité entre le concept et l’objet dans une satisfaction désintéressée, en considérant l’esthétisme du concept et la saveur de l’objet, voilà comment doit s’apprécier une œuvre d’art. Car une œuvre d’art doit pouvoir se passer du discours qui l’accompagne pour se révéler, ce dont souffre incontestablement l’art contemporain. Alors que l’art véritable s’impose de lui-même au spectateur comme œuvre (transcendance), l’art contemporain n’est que ce que le spectateur ressent (immanence), aidé en cela par la rhétorique de l’artiste et des institutions complices qui comblent le non-sens de l’œuvre. C’est l’art du hasard, de l’éphémère, contre celui qui s’appuie sur la réflexion, le savoir-faire, la construction, l’expérience, l’esthétique. Et qui n’oserait ressentir n’est pas artiste. En 1837, un petit conteur danois soulevait déjà l’absurdité de ce mécanisme intellectuel. Il mettait en scène un empereur à qui deux charlatans avaient promis un habit à l’étoffe uniquement visible par les sujets intelligents. Ni l’empereur, ni ses ministres, ni ses courtisans n’osèrent constater l’absence réelle de l’habit. Ils préférèrent admirer cet habit que, pour preuve d’intelligence, ils voulaient percevoir malgré son inexistence. Il n’y eut qu’un enfant pour s’écrier « le roi est nu ». Dans une lettre écrite en 1952 par Picasso à son ami Giovanni Papini, on retrouve sur le sujet une confession étonnante : « Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation […] mais l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux […] J’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête. Et moins ils comprenaient, plus ils m’admiraient […] Je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot […] Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains. »

 

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Le mouvement des arts incohérents du XIXème siècle aide à comprendre le défaut de base artistique de l’art contemporain dont il est le géniteur. Il commence avec Alphonse Allais qui propose un sobre bristol blanc intitulé « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige » ; en 1884, le rouge est à l’honneur et Allais expose la « Récolte de la tomate sur le bord de la mer rouge par des cardinaux apoplectiques ». Suivrons Malevitch, Klein ou Soulages qui n’ont, en réalité, rien inventé. Dans le même mouvement, d’autres sensibilités se dégagent. La marche funèbre incohérente est composée : une partition vierge puisque les grandes douleurs sont muettes. Et entre un cheval vivant peint aux couleurs nationales en 1889 et quelques sculptures en gruyère, on retrouve un cadre vide : le « Tableau d’à-venir ». Avec ce qui nous est proposé aujourd’hui, finalement, rien de choquant. Sauf que ce mouvement avait l’honnêteté d’affirmer « Nous ne faisons point de l’art ».

Quoiqu’il en soit, la mort de l’art contemporain est imminente, elle a été annoncée. Elle remonte au 11 septembre 2001, lors de l’attentat contre les tours du World Trade Center. Stockhausen, le chef de file de la musique sérielle (une sommité dans le milieu de l’art contemporain) affirma alors à l’occasion d’une conférence de presse : « Ce qui s’est passé là est la plus grande œuvre d’art au monde ! ». Que reste-t-il à faire maintenant ?

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Attendre patiemment la mort de l’entreprise de crétinisation dont parlait Salvador Dali (un intégriste ?) et relire le courageux Baudrillard : « Toute la duplicité de l’art contemporain est là : revendiquer la nullité, l’insignifiance, le non-sens, viser la nullité alors qu’on est déjà nul. Viser le non-sens alors qu’on est déjà insignifiant. Prétendre à la superficialité en des termes superficiels».


Enfin pour ceux qui croient aux possibilités de l’art avec le temps (contemporaneus) et non pas à ce qui constitue à la production d’« une avancée dans la progression des avant-gardes», il existe , selon le 1er marquis de Púbol, trois choses pour ne pas verser « dans le ridicule anecdotique du simple dilettantisme expérimental et narcissique » : « Du talent et de préférence du génie, réapprendre à peindre aussi bien que Velasquez et, de préférence comme Vermeer, posséder une cosmogonie monarchique et catholique aussi absolue que possible et à tendances impérialistes. »

 

www.lecauseur.fr

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La dignité des personnes en fin de vie, se retrouve-t-elle dans les yeux qui les regardent ?

27 Octobre 2013, 09:11am

Publié par Fr Greg.

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À l’heure où le Dr Bonnemaison a été renvoyé devant les assises pour l’empoisonnement de sept patients en fin de vie, savez-vous où en est le projet de loi annoncé avant la fin de l’année par François Hollande sur l’euthanasie ?

Il n’y a pas encore de projet de loi. En revanche, la loi Leonetti du 22 avril 2005, relative aux droits des patients en fin de vie, sera sans doute ajustée et pourrait notamment inclure l’ouverture de davantage de maisons de fin de vie.

En dehors de ces ajustements, la loi Leonetti semble adaptée en ce qu’elle donne les moyens pour que les malades en fin de vie ou en situation douloureuse souffrent moins.

En Belgique, on annonce l’éventualité d’élargir le texte de loi aux « mineurs capables de discernement » et aux personnes « atteintes de démence ». Les trois quarts des Belges, selon un sondage publié récemment dans le quotidien La Libre Belgique, se disent favorables à une telle extension. Qu’en pensez-vous ?

Je suis extrêmement réservé, voire totalement hostile à ce type de dérives. Prenons le cas des mineurs. Les médecins pourront se retrouver confrontés à des individus qui, malgré leur bonne volonté, ne sont pas atteints d’une maladie mortelle, ou sont sous le coup d’une lourde dépression temporaire.

Quant à la démence, cela inclut notamment tous les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. On rentre alors dans une tout autre société dans laquelle on se débarrasse des gens qui ne sont pas comme nous, alors que l’objectif de notre société est justement de protéger les plus faibles.

En France, 800.000 personnes – ce qui correspond aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer – pourraient être concernées. Et d’ailleurs, pour une personne qui serait atteinte de cette maladie et donc incapable de prendre une décision, qui la prendrait pour elle ? On entre véritablement dans une société du « tout propre ».

S’il fallait une devise pour les décideurs, ce serait celle-ci : « La dignité se retrouve dans les yeux qui regardent la personne malade. »

En Belgique toujours, les notions de « souffrances psychiques » ont été introduites dans la loi. Qui en est juge ? Et comment peut-on contrôler la réalité de ces souffrances ?

C’est une vraie question. Cette souffrance est-elle passagère ? Est-elle définitive ? Comment le reconnaître ? Les Belges sont dans une situation particulière. Aujourd’hui, ils sont obligés de donner la mort à quiconque en exprime le souhait.

Je ne dis pas qu’il faut laisser souffrir la personne et je suis d’ailleurs contre l’acharnement thérapeutique. J’estime qu’il faut abréger la souffrance, même si, parfois, cela doit réduire l’espérance de vie.

Y a-t-il un risque de voir une telle loi proposée un jour en France ?

Proposée, oui. Votée, non. Pour l’instant, il y a une forme de consensus national qui affirme que la dignité de la personne doit être préservée. Pour l’instant…

Interview de Bernard Debré. Bd Voltaire.

 

 

 

 

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La lune: du soleil tempéré par du silence...

26 Octobre 2013, 10:37am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

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Nuit agitée..???

25 Octobre 2013, 09:44am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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La Ruée vers l'art...

24 Octobre 2013, 10:03am

Publié par Fr Greg.

 

Pinault, un épieu dans le flanc de la culture

 

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François Pinault bénéficie d'un espace gratuit dans la plus grande salle gothique d'Europe, la Conciergerie, à Paris, pour y faire grimper la cote de sa collection sous prétexte d'édifier le public : l'exposition A triple tour y ouvre ses portes lundi. Un monument de cupidité travesti en mécénat...


À la Biennale de Venise, en 2005, dans le pavillon allemand, le visiteur était accueilli par des nymphettes provocatrices, qui répétaient en boucle : « It's so contemporary, so contemporary ! » Sous couvert d'ironie critique, c'était là un clin d'œil aux initiés, confortés dans leur précieux entre-soi : être moqués, n'est-ce pas recevoir la confirmation que nous en sommes ?... Aujourd'hui, un documentaire gonflé, qui vaut le détour, obéit à la démarche inverse : prendre à rebrousse-plume tous les faisans obsédés par la modernité. La Ruée vers l'art ose mettre en scène deux enquêtrices d'âge mûr, Danièle Granet et Catherine Lamour, qui payent de leur personne pour nous introduire chez une palanquée de zozos surfriqués ne jurant que par l'apparence, la frime, la performance. Pas question de s'en laisser compter. Au diable le« so contemporary », voici le tiroir-caisse, véritable pousse-au-jouir de ce milieu d'imposteurs parant leur vénalité des couleurs de l'esthétisme !

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La charge déplaît aux critiques d'art, associés aux miettes du festin. Ils prennent, en un phénomène d'aliénation classique, la défense des maîtres au nom de la dignité de tout serviteur se haussant du col. Ce petit monde, touché au cœur (donc au portefeuille), tente de faire contre mauvaise fortune fine bouche : le film de Marianne Lamour, dans les milieux autorisés, est jugé caricatural, populiste, exagéré donc insignifiant, excessivement injuste. Et l'amour de l'art, dans tout ça ? Trêve de balivernes ou de diversion. Revenons à la seule libido qui compte : « Si ce n'est pas inabordable, les gens ne sont pas intéressés », admet devant la caméra le marchand-collectionneur David Nahmad, l'un des rares nababs à se laisser approcher.

Interdit de poser une question à Larry Gagosian – quinze galeries sur la planète, 1 milliard de chiffre d'affaires : « Ne me touche pas ! » grogne-t-il à l'adresse de la journaliste qui a le toupet de l'approcher. Inimaginable de tirer plus de trois mots de la bouche d'un François Pinault, véritable dogue de Venise. Omerta clanique d'un écosystème qui hait la transparence et où « le délit d'initiés n'est pas condamné, tout au contraire », souligne le commentaire du film, qui rappelle ainsi la différence essentielle d'avec la ruée vers l'or : « Les chercheurs d'art fabriquent eux-mêmes les filons qu'ils vont exploiter. »

En un Occident qui devient « la périphérie de l'axe Shanghai-Dubaï », chaque potentat se cherche une « rampe de lancement » aux allures d'écrin. À Londres, Charles Saatchi possède comme personne l'art de dénicher des lieux magiques, où la pègre emperlousée viendra blanchir ce qu'elle ne confie pas aux fonds spéculatifs (hedge funds pour les franglaisants).

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À Paris, en cet automne 2013, comme pour illustrer le documentaire de Marianne Lamour, François Pinault a jeté son dévolu sur la Conciergerie. Il fait ainsi la nique à tous les autres négociants au même moment cantonnés, tels de simples marchands des quatre saisons, dans les espaces dévolus au Grand Palais à la Fiac, qui célèbre cette année sa 40e édition.

L'histoire est on ne peut plus symptomatique. Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, représentant personnel des intérêts de François Pinault au sein des plus hautes instances de la République française, a proposé à Philippe Belaval, président du Centre des monuments nationaux (CMN), un marché clés en main : installer à la Conciergerie des œuvres jamais exposées pour certaines, distraites des réserves considérables dudit Pinault. Celui-ci oscille en un double mouvement réglé comme du papier à musique : il amasse et remet sur le marché. Il possède un atout rare : la maison de vente Christie's, acquise en 1998.

Christie's lui permet de s'ouvrir la susceptible Chine en restituant à Pékin deux bronzes de la collection Bergé-Saint Laurent provenant du sac du palais d'été. Christie's habilite surtout François Pinault à mener, de concert, ses actions de mécène et de spéculateur. Ce qui est montré doit faire saliver, donc être susceptible d'être acheté. C'est aussi parce que la législation française sur les fondations ne laissait pas une telle latitude mercantile, gelant les œuvres dans leur établissement, que François Pinault a préféré Venise à Boulogne-sur-Seine, pour abriter sa collection tout en continuant d'en tirer profit maximum. La rotation est essentielle : acquérir, révéler, rétrocéder. Les zéros pullulent alors au bas des chèques...

 

La Conciergerie, concomitamment à la Fiac, s'avère occasion en or pour valoriser une collection. C'est donc une gigantesque opération commerciale :« Nous fournissons à Pinault le plus beau stand de la Fiac. 1 700 m2. Je n'ose imaginer ce qu'il aurait dû débourser pour le même espace au Grand Palais », grince un fonctionnaire du Centre des monuments nationaux. Un emballage culturel voire conceptuel a vite été trouvé. Il suffit d'avoir lu Michel Foucault (Surveiller et punir) : à la Conciergerie, « antichambre de la guillotine » sous la Révolution, le fonds Pinault s'articule donc autour de la notion d'enfermement. Ça ne mange pas de pain, ça ne manque pas d'air, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais le résultat n'est pas déshonorant.« Encore heureux ! » grince-t-on au CMN.

« com-plè-te-ment gra-tuit »

Le haut fonctionnaire Philippe Belaval, qui dirige l'établissement public, n'est pas sans être démangé par quelques ambitions fort humaines – ah ! s'il pouvait un jour intégrer Le Siècle, club de nos huiles les plus en vue... Et puis, il faut bien en convenir, l'époque lui fait souci : comment relancer une carrière qui piétine – Versailles le tenterait ? Or Pinault, c'est pas mal. Grand ami du président corrézien Jacques Chirac hier, aujourd'hui interlocuteur inévitable du président corrézien François Hollande. Et puis la patronne de Philippe Belaval, la ministre de la culture Aurélie Filippetti, ne passe-t-elle pas pour une obligée a minima de François Pinault, en vertu de sa liaison avec Frédéric de Saint-Sernin, factotum du milliardaire ? De surcroît, l'enfermement, c'est passionnant. Alors banco pour Pinault !

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D'autant que Jean-Jacques Aillagon fournit le mécène afférent : le Forum Grimaldi de Monaco. Un couac intervient cependant le 9 avril 2013. À la fin d'une présentation ronronnante de la saison du CMN, une journaliste du Figaro, Claire Bommelaer, en posant des questions au lieu d'écouter sagement, obtient un chiffrage de l'exposition Pinault à la Conciergerie prévue six mois plus tard. 800 000 €, dont 300 000 € du mécène, soit 500 000 € pour l'établissement public donc le contribuable. Tollé ! Pas content, le mécène : dictature de la transparence en vue. Les sommes ont vite disparu de l'article en ligne sur le site du Figaro 

Joint par Mediapart, Philippe Belaval jure ses grands dieux que ce n'est pas lui, contrairement à ce qui se clame dans ses murs, qui a informé par mégarde la journaliste duFigaro. Le directeur du CMN se fait fort de ne jamais combler la curiosité légitime et sérieuse. L'apport du mécène monégasque ?« Je ne souhaite pas révéler cette somme. »Elle est de 300 000 €, mais ne faut-il pas retrancher une TVA de 20 % : « Je ne communique pas sur la question. » Le budget total n'est-il pas en train d'exploser ? « Nous restons dans les clous de ce genre d'exposition. » Peut-on avoir une idée des clous, puisqu'il s'agit d'argent public ? « Entre 500 000 et 1 million d'euros. » Mais vous avez dépassé 1,2 million et atteindrez sans doute 1,4 million, soit un tiers, pour cette seule exposition Pinault, des 4,3 millions dévolus à l'ensemble des manifestations (concerts, ateliers pédagogiques, expositions...) des 92 monuments gérés par le CMN ?!

Et là, gros mensonge de Philippe Belaval, d'après toutes nos sources au sein de l'établissement, qui parlent sous le sceau de l'anonymat – tant l'ambiance y serait mauvaise (népotisme et comportements caractériels), sur fond d'effondrement de l'État culturel en France accéléré par la crise. Selon lui, ces grandes expositions, qu’il remettra peut-être en cause tant elles s’avèrent dévoreuses de budgets, sont un legs qu’il doit assumer, jusqu’à celle consacrée à Saint Louis durant l’automne 2014, pour le VIIIe centenaire de la naissance du monarque. Faux, s’insurgent maintes sources. Saint Louis est une initiative de Philippe Belaval, tout comme la collection Pinault : certains ont encore dans l’oreille l’annonce aussi triomphale que naïve de leur président, qui s’enorgueillissait d’apporter un événement « com-plè-te-ment gra-tuit » – cette prononciation, digne d'un Tartarin des bureaux, est devenue un mot de passe ironico-séditieux au sein de l’établissement.

Les cadres du CMN sont vent debout contre un contrat jugé léonin dicté par la fondation Pinault, qui impose son contrôle tatillon et absolu, de la charte graphique à l’édition du catalogue, en passant par le choix de son prestataire habituel en matière de communication – l’agence Claudine Colin –, reportant tous les honoraires et les frais à la charge du CMN.

Certaines dispositions choquent, dans ce document que Mediapart a pu se procurer : « Le Centre des monuments nationaux s’engage à faire venir, à ses frais, les artistes ou/et les assistants, dont la présence est considérée comme nécessaire par le commissaire de l’exposition, Caroline Bourgeois, pour le montage et/ou le démontage de certaines œuvres d’art. Ces frais s’entendant comme tels : frais d’hébergement, frais de restauration, frais de déplacement. »

 

Des dents grincent au CMN : « On invite les artistes, qui sont déjà des privilégiés du système et dont la cote va considérablement grimper à la faveur de cette exposition. Ils vont, avec leur entourage, passer des vacances dans notre République exemplaire. N’était-ce pas Aurélie Filippetti, avant son arrivée aux affaires, qui stigmatisait le mécénat Wendel au Centre Pompidou-Metz, au motif qu’on“bradait les musées à des entrepreneurs” ? »

« Le mécène n'existe pas »

Philippe Belaval a beau jeu de justifier les clauses, « banales et normales », d’un tel contrat dans le champ de l’art contemporain. Il ne s’offusque aucunement que la Conciergerie doive être mise « gracieusement à la disposition de François Pinault Foundation ou de toute société du groupe Financière Pinault qu’elle désignera pour l’organisation de deux événements ». Les pince-fesses organisés par les puissances d’argent sont monnaie courante, désormais, dans les musées à la recherche de financement. Un conservateur parisien nous le confirme : « Le mécène n’existe pas, sauf s’il trouve son intérêt dans une transaction. La loi Aillagon prévoyant des actions gratuites et fiscalement avantageuses ne lui suffit guère. Le mécène réclame de plus en plus de contreparties. »

 

Au CMN, d’aucuns ne se résolvent pas à ce que François Pinault bénéficie à la fois des aises de la puissance invitante et de la puissance invitée. Ce prêteur s’arroge ainsi les droits dévolus à l’organisateur, décidant des œuvres et des artistes exposés, choisissant la scénographie, imposant le plus grand secret sur le choix opéré (le calcul des coûts des transports et des assurances fut ainsi longtemps un casse-tête). La fondation Pinault a poursuivi, de bout en bout, la logique des rapaces du marché de l’art obsédés par la dissimulation et la rétention de l’information : « Majorer les stocks d’un milliardaire grâce à une tribune offerte durant la Fiac, le tout en faisant payer le contribuable par l’intermédiaire d’un établissement dont la mission est d’ouvrir au public les bâtiments de l’État, cela passe mal chez nous... »

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Dans La Ruée vers l’art, le documentaire de Marianne Lamour, un marchand genevois, Pierre Huber, prévient que « la greffe des collectionneurs, galeristes et maisons de vente aux enchères n’a plus aucune mesure avec le monde culturel dont ils se réclament. Chacun joue désormais avec un système commercial, qui connaît ses propres stratégies et son propre développement ».

Une campagne de presse sans précédent va s’enclencher. De manière moutonnière et complaisante, François Pinault nous sera présenté tel un esthète raffiné épris d’une collection sur laquelle il veille délicatement après l’avoir constituée avec un amour quasiment désintéressé. La vérité gît plutôt du côté de Marx revu par Disney : une accumulation féroce et primitive du capital par un avatar de Balthazar Picsou ! À triple tour est un titre boomerang parfait...

20 OCTOBRE 2013 |  PAR ANTOINE PERRAUD

http://www.mediapart.fr/article/offert/0cdd12ccdd8b12f72b101b4632b9d7ac

 

 

La Ruée vers l'art, documentaire de Marianne Lamour, avec Danièle Granet et Catherine Lamour (1 h 26). Projeté à l'Arlequin, 76, rue de Rennes, 75006 Paris.

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Puissance d'une mère

23 Octobre 2013, 08:15am

Publié par Fr Greg.

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Le miracle d’une parole véritable ouvre souvent la porte à un second miracle, plus pur encore. Ce soir là le jeune Hamza partit au combat, cédant son lit à Genet. Au milieu de la nuit, après avoir frappé à la porte, la mère du guerrier entra sans un mot, découvrant derrière elle, comme une traîne de tulle doré, le fourmillement de la nuit étoilée. La Palestinienne déposa une tasse de café turc près du lit. Pour mieux savourer cette invitation, le vieil orphelin fit semblant de dormir. Quand elle sortit, il but le café brûlant à petites lampées. On frappa à nouveau à la porte puis la femme entra, ramassa le plateau avec la tasse vide, et, toujours sans un mot, quitta la pièce où Genet mimait le sommeil comme un enfant simule une fièvre pour attirer sur son front la main paradisiaque de sa mère.

 

Personne n’est plus puissant qu’une mère, mais la puissance de celle qui abandonne son enfant concurrence celle de Dieu. Genet avait élevé celle qui l’avait trahi sur un trône de jade, au rang des sept merveilles de l’invisible. Comme celle de  Dieu, son absence équivalait à une présence absolue. Toute sa vie , il suffira qu’une branche duveteuse frôle sa joue ou qu’un rosier appuie sa lumière pourpre sur ses paupières pour qu’il éprouve soudain la brutale nostalgie des caresses maternelles. Or, cette nuit là , comme dans une scène des Actes des apôtres, sa prison intérieure s’était ouverte sans bruit : un ange avait marché à pas de tourterelle au–dessus du gouffre de son âme. Tout se passa avec tant d’adresse qu’il comprit avoir été au centre rayonnant d’un rite éternel : la mère de Hamza venait chaque nuit du fond de son amour apporter à son fils une tasse de café turc. Le noir épais de ce café fut plus lumineux que le lait translucide aspiré par les petites lèvres crevassés des nourrissons : le temps de le boire, Genet avait rompu avec son destin d’enfant abandonné.

 

Si Dieu est la réponse la plus humaine à la solitude la plus profonde, c’est dans  la chambre de Hamza que Genet le rencontra vraiment. Une Palestinienne de cinquante ans avait eu ce simple génie, refusé aux savants et aux théologiens, de lui apporter le ciel sur un plateau de cuivre roux, gravé d’arabesques. Comme un calque posé sur la nuit de son abandon, cette scène laissait transparaître celle du nourrisson assommé de chagrin qui avait entendu se refermer sur lui la porte de l’Assistance publique.

Toute sa vie aux aguets, allongé dans un petit lit de détresse, Genet avait  attendu que cette porte se rouvre. Le miracle avait eu lieu. Ce que la religion avec ses cardinaux aux tuniques gorgées de pourpre n’avait pas pu faire, une mère de famille, vêtue d’une simple robe de coton noir, l’avait accompli. A l’instant même où la mère de Hamza avait doucement frappé à la porte de la chambre, elle avait remis en mouvement son cœur gelé…

  Lydie Dattas, La chaste vie de Jean Genet.

 

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Vieillesse...

22 Octobre 2013, 09:08am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Ma fille,

Le jour où tu trouveras que j'ai vieilli, aie de la patience envers moi et essaie surtout de comprendre ce que je traverse, de me comprendre.

Si lorsque nous parlons, je répète la même chose des dizaines de fois, ne m’interromps pas pour me dire: "Tu as dit la même chose il y a une minute".

Écoute-moi. Souviens-toi quand tu étais petite, tu voulais que je te lise la même histoire, soir après soir, jusqu’à ce que tu t’endormes.

Si je ne souhaite pas prendre un bain, ne te mets pas en colère et ne me mets pas mal à l'aise en disant que c’est une honte.

Souviens-toi combien de raisons je devais inventer pour te faire prendre un bain quand tu étais petite.

En voyant mon ignorance vis-à-vis des nouvelles technologies, ne te moque pas de moi, mais laisse-moi plutôt le temps d’assimiler tout ça et de comprendre.
Je t’ai appris tant de choses: comment te tenir à table, t’habiller, te coiffer, comment appréhender les défis de la vie...

S’il m’arrive à l’occasion d'oublier ou de ne pouvoir suivre une conversation, laisse-moi le temps nécessaire pour me souvenir et si je n’y parviens pas, ne te montre pas irritée, impatiente ou condescendante: le plus important pour moi, c’est d’être avec toi, de partager des moments avec toi.

Quand mes jambes ne me permettront plus de me déplacer comme auparavant, tends-moi la main comme je te l'ai tendue pour t’apprendre à faire tes premiers pas.

Quand ces jours approcheront, ne sois pas triste. Sois simplement avec moi et comprends que j'approche de la fin de ma vie.

Je te chéris et te remercie pour les moments ensemble, la joie éprouvée.

Avec un sourire, je souhaite juste te dire : je t'aime.

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l'anticonformisme de l'artiste -contemporain- est devenu conformisme

21 Octobre 2013, 08:41am

Publié par Fr Greg.

 

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L'auteur du pamphlet de Les Mirages de l'art contemporain (La Table ronde) rappelle que dès 1962, l'artiste s'indignait lui-même de la récupération dont il était l'objet.

 

LE FIGARO. - Pourquoi parlez-vous de la trahison de Marcel Duchamp?

Christine SOURGINS. -Duchamp est incontestablement devenu «le pape de l'art contemporain», celui dont se réclament peu ou prou les artistes qui dominent le marché. Cependant tous ces héritiers, fers de lance d'un art contemporain officiel et financier, ont trahi Duchamp, qui, lui, n'avait pas le pouvoir et cultivait sa marginalité. Dès 1962, Duchamp s'indignait de la récupération dont il était l'objet: «Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l'urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu'ils en admirent la beauté», lit-on dans sa Lettre à Hans Richter en novembre 1962. Duchamp trouva «emmerdatoire» une manifestation de BMPT (nom du groupe formé par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni entre 1966 et 1967, NDLR), aux Arts déco en 1967: ces jeunes se prenaient trop au sérieux à son goût. Il prêchait la retenue dans la production de «ready-made» ; lui-même en réalisa peu. Or, aujourd'hui, détournements et ready-made foisonnent et sont devenus un académisme difficilement critiquable puisque ce non-conformisme est devenu conformisme. Enfin, Duchamp a peu commercialisé ses œuvres alors que ses pratiques conceptuelles sont détournées aujourd'hui par la finance.

Rejetez-vous en bloc son héritage artistique?

Son principal héritage est d'avoir légué une deuxième définition de l'art qui est devenue hégémonique: le ready-made. En 1913, Duchamp l'inaugure avec la Roue de bicyclette mais le ready-made fondateur de l'art contemporain dominant est la Fontaine de 1917. Cet urinoir cumule les principales caractéristiques de l'art contemporain dominant, que je distingue de l'art pratiqué par les artistes vivants, pas tous «duchampiens». L'urinoir réunit tous les critères qui ont la cote: détournement, provocation, inversion, insistance sur l'exécration, stratégie de mise en scène et de communication - Duchamp se cachant derrière un pseudonyme.

 

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Quelle place donnez-vous à cet inventeur de l'art conceptuel?

Personnellement, je n'ai ni répulsion ni fascination pour Duchamp. Je dirais: Marcel Duchamp… pourquoi pas? Je le prends comme un maillon d'une chaîne historique qui se rattache aux Arts incohérents du XIXe siècle, à Alphonse Allais, à toute une tradition de blagues et d'ironie critique, voire à la fête des fous. Il y a là une tradition occidentale qui me paraît fort intéressante, parce qu'elle représente un contre-pouvoir. Tout bascule quand les contestataires sont instrumentalisés par le pouvoir qu'ils font alors mine de critiquer.

 

Valérie Duponchelle. Le figaro.fr

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Qu'est-ce qui rend visible la miséricorde de Dieu, sa tendresse pour toute créature?

20 Octobre 2013, 08:30am

Publié par Fr Greg.

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Tant de personnes se sont éloignées de l’Église. Il est erroné de rejeter les fautes d'un côté ou de l'autre, car il n'y a pas lieu de parler de faute. Il y a des responsabilités dans l'histoire de l’Église et de ses hommes, il y en a dans certaines idéologies et aussi chez des personnes individuelles. Comme enfants de l’Église nous devons continuer le chemin du Concile Vatican II, nous dépouiller des choses inutiles et nuisibles, des fausses sécurités mondaines qui appesantissent l’Église et abîment son vrai visage.

Il faut des chrétiens qui rendent visible aux hommes d'aujourd'hui la miséricorde de Dieu, sa tendresse pour toute créature. Nous savons tous que la crise de l'humanité contemporaine n'est pas superficielle, elle est profonde. Pour cela la nouvelle évangélisation, tandis qu'elle est appelée à avoir le courage d'aller à contre-courant, de se convertir des idoles vers l'unique vrai Dieu, ne peut qu'utiliser le langage de la miséricorde, fait de gestes et d'attitudes avant même que de paroles. L’Église au milieu de l'humanité d'aujourd'hui dit : Venez à Jésus, vous tous qui êtes fatigués et oppressés, et vous trouverez le repos pour vos âmes (cf. Mt 11,28-30). Venez à Jésus. Lui seul a les paroles de vie éternelle.

Tout baptisé est "christophore", c'est-à-dire porteur du Christ, comme disaient les Pères anciens. Qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine au puits, ne peut pas garder cette expérience pour soi, mais ressent le désir de la partager, pour porter les autres à Jésus (cf. Jn 4). Il faut tous se demander si celui qui nous rencontre perçoit dans notre vie la chaleur de la foi, voit dans notre visage la joie d'avoir rencontré le Christ !

2. second aspect : la rencontre, aller à la rencontre des autres. La nouvelle évangélisation est un mouvement renouvelé vers celui qui a perdu la foi et le sens profond de la vie. Ce dynamisme fait partie de la grande mission du Christ d'apporter la vie dans le monde, l’amour du Père à l’humanité. Le Fils de Dieu est "sorti" de sa condition divine et est venu à notre rencontre. L’Église est à l'intérieur de ce mouvement, tout chrétien est appelé à aller à la rencontre des autres, à dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme nous, avec ceux qui ont une autre foi, ou qui n'ont pas la foi. Rencontrer tous, car tous ont en commun d'être créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Nous pouvons aller à la rencontre de tous, sans peur et sans renoncer à notre appartenance.

Personne n'est exclu de l'espérance de la vie, de l'amour de Dieu. L’Église est envoyée éveiller de partout cette espérance, spécialement là où elle est étouffée par des conditions existentielles difficiles, parfois inhumaines, là où l'espérance ne respire pas, étouffe. Elle a besoin de l'oxygène de l’Évangile, du souffle de l'Esprit du Christ ressuscité, qui la rallume dans les coeurs. L'Eglise est la maison dont les portes sont toujours ouvertes, non seulement pour que chacun puisse y trouver un accueil et respirer amour et espérance, mais aussi pour que nous puissions en sortir pour apporter cet amour et cette espérance. L'Esprit-Saint nous pousse à sortir de notre enclos et nous conduit jusqu'aux périphéries de l'humanité.

 

François, Pape.

 

Traduction de Zenit, Anne Kurian

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Dostoïevski, révélateur des profondeurs de l’âme humaine !

19 Octobre 2013, 08:09am

Publié par Fr Greg.

 

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Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski a inspiré des générations d’écrivains depuis Proust jusqu’à Bernanos, de poètes, de philosophes comme Kierkegaard ou Nietzsche, athées ou chrétiens, anarchistes révolutionnaires ou moines. Déjà dans un 19e siècle où la Russie se cherche entre l’ouverture à l’occident et son humanisme athée, et la conservation de la tradition et de la foi orthodoxe, il a été tour à tour raillé et adulé tant par les occidentalistes que par les slavophiles.

  

Que connaît-on de sa vie ? Des succès retentissants qui ponctuent de longues périodes de doute, de maladie, de silence, d’exil… En 1846, à la sortie des Pauvres gens, les milieux littéraires pétersbourgeois en faisait le nouveau Gogol. Pourtant il faut attendre plus de vingt ans pour qu’il publie ses autres grands ouvrages : Crime et châtiment, L’Idiot, Les possédés et finalement Les frères Karamazov peu de temps avant sa mort en 1881. Et entre temps ? La mort de son père tué par ses serfs lassés de la cruauté de leur maître, la maladie, l’épilepsie qui l’accompagne toute sa vie, la peine de mort pour avoir participé à un groupe socialiste, commuée en exil en Sibérie au pied de l’échafaud, la Sibérie pendant quatre ans, l’errance entre la Russie et l’Europe, le jeu, les dettes, la pauvreté…


Dans ses livres nous voyons des personnages qui se déchirent et se cherchent, avides de trouver le bonheur, la justice, la liberté, la communion. Incapables et avides. « On m’appelle psychologue, disait-il, mais ce n’est pas vrai, je suis un réaliste au sens le plus vrai du mot, c’est-à-dire que je montre les profondeurs de l’âme humaine. » Les profondeurs de l’âme humaine habitée par ce combat entre le mal, la souffrance, celle que les autres infligent, celle que j’inflige, et plus inacceptable, celle des innocents, et un élan de tout mon être vers le bonheur et vers Celui qui donnerait du sens à ce « vaudeville diabolique ». Que ce soit Raskolnikov et Sonia dans Crime et châtiment, le Prince Muichkine, Nastassia, Rogojine ou Aglae Ivanovna dans L’Idiot ou encore les trois frères Karamazov, tous sont là pour nous montrer une quête du bonheur qui semble vouée à l’échec… 


Regardons Raskolnikov, le héros meurtrier qui tue avec pour toute justification une idée : les esprits supérieurs méritent des droits supérieurs. L’athée, c’est l’homme de l’idée chez Dostoïevski. Mais on ne peut pas en rester là, il faut en faire le constat : l’idée ne tient pas devant la réalité. Peut-on, en effet, trouver de plus belle réponse à l’athéisme de Raskolnikov que la confidence sublime qu’il reçoit d’un ivrogne terminant dans sa beuverie l’argent soutiré à sa fille, Sonia ? Cette enfant qui s’est sacrifiée pour un père qui boit, une belle-mère qui ne l’aime pas, des enfants qui ne sont pas ses frères. Sonia, qui s’est prostituée par amour. Voilà la seule réponse valable : Sonia, sur qui son père pleure dans sa douleur de père humilié. « Mais nous ne serons pris en pitié que par celui qui a eu pitié de tous les hommes. Celui qui a tout compris, l’Unique et seul Juge, Il viendra au jour du jugement et dira : "Où est la fille qui s’est sacrifiée pour une marâtre cruelle et phtisique, pour des petits enfants qui ne sont point ses frères ? Où est la fille qui a eu pitié de son père terrestre et ne s’est point détournée avec horreur de ce crapuleux ivrogne ?" Il lui dira : "Viens je t’ai déjà pardonné une fois… pardonné une fois… et maintenant que tous tes péchés te soient remis, car tu as beaucoup aimé…" »  Humble profession de foi devant laquelle nul raisonnement ne peut tenir. Elle n’a pour témoin que quelques ivrognes moqueurs, et Raskolnikov, l’orgueilleux, pour qui elle sera pourtant le premier pas vers le salut. Elle donne sens à toute souffrance, à toute réalité. Et les larmes de Dostoïevski qui se mêlent aux larmes du père nous montrent que ce qui a été caché aux sages et aux savants a été révélé aux petits et aux humbles.  « Tous seront jugés par Lui, les bons, et les méchants, et nous entendrons son Verbe : ‘Approchez, dira-t-Il, approchez, vous aussi les ivrognes, les créatures éhontées !’ Nous nous avancerons tous sans crainte, nous nous arrêterons devant lui et Il dira : ‘Vous êtes des porcs, vous avez l’aspect de la bête et vous portez son signe, mais venez aussi.’ Et alors, vers Lui se tourneront les sages et se tourneront les intelligents et ils s’écrieront : ‘ Seigneur ! Pourquoi reçois-Tu ceux-là ?’ et Lui dira : ‘Je les reçois, ô sages, je les reçois, ô vous intelligents, parce qu’aucun d’eux ne s’est jamais crû digne de cette faveur.’ Et il nous tendra ses bras divins et nous nous y précipiterons… ».

Malgré son orgueil, malgré tout le mal qu’il peut faire, il y a de la grandeur dans l’homme comme nous le montre ce désir d’amour, ce désir de pardon, ce désir de Dieu, qui demeure dans l’avilissement, et cette grandeur, il nous faut rien moins qu’un Dieu pour en prendre la mesure. C’est ce qui fait dire à Dostoïevski, dans Les Possédés, que « toute la loi de l’existence humaine consiste en ce que l’homme peut toujours s’incliner devant quelque chose d’infiniment grand. Et si l’on venait à priver les humains de cet infiniment grand, ils ne voudraient plus vivre et mourraient de désespoir. »


Si la foi est un élan de tout l’être, elle reste un perpétuel combat. Pourquoi ? Parce que nous sommes libres. Le présent qui nous est donné c’est la liberté, merveilleuse et terrible. Arrivent alors les pages brûlantes la légende du Grand Inquisiteur dans Les frères Karamazov. Cette histoire inventée par Ivan, le deuxième frère, qui révèle, cachée derrière toute la froideur de son auteur, cette même aspiration de son être tout entier tendu vers quelque chose qui le dépasse, vers quelque chose qui donne sens. Mais il nie, il rejette, l’unique objet répondant à son attente. Pourquoi ? Au nom de la souffrance des innocents, l’inacceptable souffrance des enfants. Nous voilà alors témoins d’un déchirement tel que nul ne peut en sortir indemne. Le fruit, l’apothéose de ce déchirement, c’est le Grand Inquisiteur. Histoire qu’il raconte à son frère, Aliocha. En Espagne au siècle de l’inquisition, Jésus voyant la misère de son peuple, descend à nouveau pour le consoler et panser ses blessures, mais à nouveau il est arrêté parce que la folie des hommes est plus forte que la douceur de Dieu. Et l’Inquisiteur qui l’interroge, qui refait son procès, et Lui qui se tait. Quel est le chef d’accusation ? La liberté. Son erreur, c’est d’avoir cru l’homme suffisamment grand pour lui demander un amour libre. « Tu as élargi la liberté des hommes, au lieu de la confisquer : avais-Tu donc oublié qu’à la liberté de choisir entre le bien et le mal, l’homme préfère la paix, fut-ce la paix de la mort ? … Tu te faisais de l’homme une idée trop haute ; il est esclave, quoi qu’il ait été créé rebelle !… L’inquiétude, le doute et le malheur, voilà le lot des hommes libérés par tes souffrances. (…) Tu voulais être aimé d’un libre amour : Tu as donc préparé ta ruine… »  Quel déchirement dans ces lignes où le procès devient apologie, où la condamnation devient proclamation, où l’athéisme devient foi ! La seule réponse qu’Ivan accordera à son Prisonnier, c’est celle d’embrasser son accusateur… Et l’humble Aliocha d’embrasser son frère pour toute réponse. La compassion pour toute réponse. Le drame qui se joue, c’est celui de toute âme qui, confrontée à elle-même, y lit la peur de la liberté et sa grandeur. Une liberté qui peut nous conduire au libre amour, au don, mais qui ne nous enlèvera ni douleur, ni peine.


Est-ce que la rationalité a gagné ? Est-ce que les savants l’ont emporté sur les humbles ? Tarkovski, un réalisateur russe très inspiré par Dostoïevski, met cette phrase dans la bouche d’Andreï  Roublev : « Tu le sais bien, tu es fatigué, et soudain tu rencontres dans la foule un visage, un visage humain et c’est comme si tu avais communié à un divin caché. » Parce que nous sommes faits pour Dieu, l’homme sans Dieu s’épuise. Et c’est au fond de cet épuisement qu’il rencontre un visage, un visage humain. Ce visage, c’est celui qu’on retrouve dans chacune des œuvres de Dostoïevski, qu’il prenne les traits du prince Michkine, de Sonia ou d’Aliocha.  Ils révèlent tour à tour la noblesse du dépravé, la beauté de la prostituée, l’amour de l’assassin.  Jamais ils n’insistent, ils sont simplement là quand le cœur s’épuise à boire là où nulle source ne coule, quand il succombe à la douleur dont il est brisé… Ils révèlent l’attente. La compassion pour toute réponse. Et que peut-on trouver de plus beau que la profession de foi que Dimitri, le passionné, adresse à Aliocha, alors qu’il est en prison accusé du meurtre de son père, et qu’il professe un « Dieu de la joie » ? Ou encore cet ultime geste de Raskolnikov, exilé en Sibérie, qui se jette au pied de la femme aimée, suppliant enfin son pardon ?


Dostoïevski n’en n’a jamais douté, il y aura toujours dans la foule un visage, un visage humain qui fait communier à un divin caché.

 

Suzanne Anel 

http://terredecompassion.com/2011/11/14/dostoievski/

 

« Le monde a proclamé la liberté, ces derniers temps surtout et nous, que voyons-nous dans ce qu’ils appellent la liberté ? Rien que de l’esclavage et du suicide ! Car le monde dit : tu as des besoins et donc satisfais les car tu as les mêmes droits que les hommes les plus riches et les plus notables. N’aie pas peur de les satisfaire, et même fais les croître. Voici la doctrine actuelle du monde. C’est en cela qu’ils voient la liberté. Et quel est le résultat de ce droit à multiplier les besoins ? Chez les plus riches, l’isolement et le suicide spirituel, et chez les pauvres, la jalousie et le meurtre, car les droits sont certes donnés mais les moyens de satisfaire ces besoins, eux, on ne les indique pas encore. (..) En comprenant la liberté comme une multiplication et une satisfaction rapide de leurs besoins, ils déforment leur nature, car ils font naître en eux une multitude de désirs absurdes et stupides, d’habitudes et de lubies des plus ineptes. Ils ne vivent que pour s’envier les uns les autres, pour satisfaire leur chair et leur vanité. » « il n’est pas étonnant qu’au lieu de la liberté on soit tombé dans l’esclavage et qu’au lieu de servir la fraternité et l’union de l’humanité, on tombe au contraire dans l’isolement et dans la solitude (..) Voilà pourquoi s’éteignent de plus en plus dans le monde l’idée de servir l’humanité, celle de la fraternité (..) car comment abandonner ses habitudes, où donc ira ce prisonnier s’il est habitué à satisfaire ses besoins innombrables qu’il s’est inventés lui-même ? Réduit à un atome individuel, qu’ira-t-il faire du tout ? Et pour finir, plus les objets s’accumulent, plus la joie disparaît ».

 

Frères Karamazov, tome 1, pages 564 et suivantes

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Etonnant...

18 Octobre 2013, 08:51am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

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Le beau: rencontre entre une nécessité intérieure et l'oeuvre qu'elle a produite

17 Octobre 2013, 08:07am

Publié par Fr Greg.

 

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L'art a très tôt constitué une part essentielle de mon être. J'étais un jeune homme introverti et timide. Dans mon désert, les grandes œuvres d'art étaient comme des amies pour moi. Aujourd'hui encore, les grands artistes me semblent être des frères : Van Gogh, Rembrandt, Corot...Ils cherchent un absolu quelque chose hors du monde que seule la création peut leur offrir. Certains veulent une révolution, comme les surréalistes qui pensent que "la beauté sera convulsive ou ne sera pas". D'autres mènent une recherche plus sereine, plus proche de l'ordre de la nature, comme Claude Monet et les centaines de tableaux peints dans le calme de son jardin de Giverny. Qu'ils soient subversifs ou doux, géniaux ou besogneux, fous ou sages, ambitieux ou modestes, riches ou pauvres, les vrais artistes sont come les a un jour qualifiés le père Marie Alain Couturier, des "témoins de l'invisible".

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L'art est un don de Dieu, il n'est pas le fait du hasard. Comment vivre de ce don? Que va-t-on en faire? Comment répondre à ses exigences? A ses difficultés? Les artistes sont des prophètes, en avance sur leur époque. Ils vivent une situation inconfortable par rapport à la société parce qu'ils n'entrent pas dans l'ordre établi. Ils rompent avec les habitudes, franchissent parfois l'interdit. Ils gênent. C'est pour cette raison que dans les pays totalitaires on les enferme. Ils affirment la liberté.

 

Comment exprimer le simple? Comment rendre perceptible l'innefable? Les plus grands se dépouillent  pour aller à l'essentiel, ne recherchent pas d'effets faciles qui épatent, séduisent le public, ils se laissent habiter par cette voix intime qui commande d'abandonner l'inutile. Rembrandt a suivi miraculeusement cette voix de l'inspiration. Il a commencé à peindre les bourgeois d’Amsterdam ; puis répondant à l'appel, il a perdu sa confortable clientèle vivant misérablement par la suite. On ne crée pas l'inspiration. Elle est donnée. Dieu en fait cadeau, Sa créature répond tant bien que mal, parfois en peinant longtemps. L'invisible se présente tout seul, il faut oublier la notion de volonté.

Le Beau touche. Mais je suis prudent devant la beauté extérieure car elle est trompeuse. Quand je contemple un travail, je ne le trouve pas beau dans le sens : joli, bien fait, exemple de réussite technique ou artisanale. C'est autre chose qui me touche :  la rencontre entre une nécessité intérieure et l'oeuvre qu'elle a produite. Qu'il s'agisse de musique, de littérature  ou  de peinture, de cette rencontre surgira le véritable art, celui qui élève l'âme (...)

J'aime l'art, il est important dans ma vie, non comme ornement mais comme chemin vers une vérité. Je trouve belle une oeuvre quand elle est juste : un rapport de couleur, un signe de joie, d'harmonie ,les couleurs qui chantent... Chez Titien, par exemple, on sent l'amour du métier. Quand on regarde à la loupe une de ses toiles, on voit que la matière est caressée, déposée avec respect, aimée d'une façon prodigieuse.

En tant que peintre moi-même, je sais qu'on travaille avec un pauvre élément de rien du tout : un peu de poudre, de couleur d'huile...C'est le geste de l'artiste qui est fondamental, qui m'intéresse en toute oeuvre, peinture sculpture, musique, cinéma...

Combien d'oeuvres contemporaines sont nées de révoltes, sont des crachats, des matières jetées, vomies, habitées par rien? Combien d'oeuvres aujourd'hui témoignent du mépris de la vie, mais pourraient devenir belles si elles se considéraient comme la création de Dieu, transparentes à l'Esprit? Le Beau c'est un profond respect de la  Création.

Toute ma vie, la beauté m'a ensorcelé...ellle m'a ému, parfois profondément troublé.

 

 

Michael Lonsdale, En chemin avec la beauté. 

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A qui profite le temps qui passe ?

16 Octobre 2013, 09:40am

Publié par Fr Greg.

 

Témoignage de Jean-François Debargue, volontaire depuis 2007 dans un camp de régugié Sahraouis. 

 

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« Le temps qui passe profite aux Sahraouis »

Deux fois en cinq ans d'intervalle, j'ai entendu cette phrase en guise de conclusion sur les lèvres d'un haut responsable, conseiller du Président Sahraoui, face à des délégations internationales. Deux fois de trop. Outre le fait que ces propos puissent conforter les dites délégations dans leur immobilisme, ils sont insoutenables pour ceux à qui ils sont vraiment adressés, ceux qui sont concernés ! L'image romantique du nomade capable d'endurer les pires traversées du désert ne peut justifier la lente disparition programmée d'un peuple par ceux à qui profitent vraiment ce temps qui passe! A ce peuple, chaque jour pillé de ses ressources, le temps profite-t-il?

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A ces manifestants des territoires occupés, arrêtés, torturés, le temps profite-t-il ? A ces familles séparées, déchirées, entre camps et territoires occupés, le temps profite-t-il ? A ces femmes des camps anémiées au point de ne pouvoir porter ou donner la vie, sans le risque de la mort ou du handicap, le temps profite-t-il ? A tous ceux endurant les conséquences chroniques alimentaires, sanitaires et morales de ce damné défilé d’années, le temps profite-t-il ? A cette deuxième génération née dans les camps, n’ayant que la mémoire transmise pour nourrir l’espoir, le temps profite-t-il ? A ces prisonniers iniquement condamnés dans ces procès fabriqués d’un autre temps à 20, 30 ans ou à perpétuité, le temps profite-t-il ? A tous ceux-là, ce proche de celui qui fut le premier secrétaire et dirigeant emblématique du peuple Sahraoui, mort sans avoir profité du temps qui passe, à tous ceux-là, peut-il oser dire face à face, les yeux dans les yeux : « Le temps qui passe profite aux Sahraouis ».

Le temps profite au colonisateur, le temps profite aux multinationales, le temps profite aux pays complices, le temps profite à l’Onu et à ses agences «humanitaires », le temps profite à bon nombre d’ONG, le temps profite à l’absence de solution comme résolution possible de ce conflit Sahraoui, oublié avec obstination depuis 38 ans.

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Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il faudrait installer les négociateurs dans les conditions des personnes qu’ils prennent en otages dans ces tentes en plein désert et ne leur permettre d’en sortir qu’une fois la solution trouvée. Il ne faudrait pas alors 22 ans pour mettre en place le référendum promis par l’Onu. Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il ne faudrait pas qu’il soit « gelé » par l’inertie fonctionnelle machiavélique du système de véto ou d’abstention d’un état membre du conseil de sécurité, bloquant toute possibilité d’avancée. Le système onusien est une garantie de gel, dont la devise est : « Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! »

La perfusion humanitaire s’apparente aujourd’hui à un soin de confort palliatif. L’espoir finit par se dissoudre dans ce temps qui passe. Je partage malheureusement cette impression avec de plus en plus de personnes impliquées depuis suffisamment d’années pour se rendre compte que le temps qui passe profite à ceux à qui le crime profite !

JF Debargue -Camp d’El Ayoun- Octobre 2013

 

Caritas. Maison Diocésaine
22, chemin d'Hydra
16030 El Biar-Alger
tel: 00213(0)771762172

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PS: Je suis revenu il y a quelques jours des camps où le projet des jardins familiaux que je coordonne continue et s'agrandit pour concerner l'année prochaine 3 camps de réfugiés sahraouis. Les conditions de travail y sont de plus en plus difficiles. Il y a quelques années je vivais dans les familles pendant plusieurs mois, partageant leur quotidien de peuple exilé et assisté, luttant malgré ces conditions avilissantes et conservant néanmoins l'espoir. Depuis l'enlèvement de 3 humanitaires il y a trois ans par une branche d'Al-Qaïda, les évènements du Mali et l'insécurité dans cette zone, les conditions de sécurité ont été drastiquement et souvent absurdement renforcées. Le travail sur place est devenu, de ce fait, très difficile. Obligation de retourner chaque soir dans un lieu "bunkerisé", difficulté de trouver véhicule et personnel de sécurité pour se rendre dans les camps, tracasseries administratives... Néanmoins, j'ai le projet de continuer d'installer 50 nouveaux jardins l'an prochain et de continuer d'assurer le suivi technique et en semences de 150 crées ces dernières années. Une amie italienne vivant depuis 12 ans sur place et s'occupant merveilleusement d'enfants handicapés, voit la vie qu'elle a choisi perdre son sens et songe à partir. La crise européenne contribue aussi au départ d'ONGs des camps pour cause de restriction de crédits. 

Cette situation devient de plus en plus inextricable et dont le peuple sahraoui, pour la part restée dans les territoires occupés et pour celle (sur)vivant dans les camps, paye l'inertie depuis 38 ans.

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 Le Maroc, sous Hassan II était d'accord pour organiser le referendum proposé par l'ONU et approuvé par tous. Il a failli avoir lieu en 1992, mais prévoyant le oui à l'indépendance le Maroc a fait marche arrière et propose depuis 2007 un plan d'autonomie du Sahara occidental, dont on sait qu'il ne changerait rien à la situation de l' exploitation de ses richesses( pêche, Phosphates, minerais..)par le Maroc. Chacun reste campé sur ses positions et chaque année l'ONU voit reconduite sa mission sur place (MINURSO, ce qui signifie MIssion des Nations Unies pour un Referendum au Sahara Occidental!) tout en sachant qu'elle n'a pas les moyens de l'organiser. Même l'ONU n'a pas de mandat pour surveiller que les Droits de l'Homme soir appliqués au Sahara Occidental. C'est d'ailleurs la seule mission de l'ONU dans le monde qui en soit dépourvue. Et qui s'abstient de l'en pourvoir en mettant son véto ou son abstention? La France, pays des DH! On continue donc d'emprisonner arbitrairement ( J'ai des amis condamnés pour 30 ans là-bas) dans les geôles marocaines et de mourir dans les camps du désert près de Tindouf.

 J'ai fait de mon journal de mes 2 premières années dans les camps un livre qui s'appelle : "Journal d'un camp sahraoui, Le cri des pierres" édité chez Karthala.

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 La preuve par l’Histoire, l’Histoire par l’épreuve

De l'arrivée des tribus sahraouies à la fin de la colonisation espagnole

Vers 1150 des tribus s'autogouvernant arrivent de la Presqu'île Arabique et s'installent sur le territoire du Sahara Occidental. Elu par les plus importantes d'entre elles, le conseil des « 40 » ( Aït Arbain ) les dirige pour les décisions communes importantes. Ainsi, par décision du Conseil, ces tribus ne pouvaient dépasser, sauf en cas d'agression, une « ligne noire » qui correspondait aux frontières actuelles du Sahara Occidental. Au XIVème siècle débarquent les premiers colons portugais, qui laissent rapidement la place aux Espagnols. En 1476, les espagnols établissent un comptoir à Tarfaya en accord avec une tribu locale. A partir du XVI siècle le Maroc commence à manifester des velléités expansionnistes. Le sultan Moulay Mohamed veut contrôler les routes du sud. En 1566 ses troupes sont refoulées à la Saguia el hamra par les tribus sahraouies. Sous le sultan Moulay Ismaël (1672-1727), nouveaux échecs dès qu’il y a tentative de pénétration à l’intérieur des terres. Plus malins, les espagnols signent des accords avec les tribus pour multiplier l'installation de comptoirs le long de la côte. Un traité hispano-marocain est signé le 18 mai 1767 entre le sultan Mohamed Benabdallah et le roi Charles III. Traité dans lequel le sultan prend la précaution de préciser: « Sa majesté marocaine s'abstient de délibérer au sujet de l'établissement que sa majesté catholique veut fonder au sud de la rivière Noun, car elle ne peut se rendre responsable des accidents et des malheurs qui pourraient se produire, vu que sa souveraineté ne s'étend pas jusque là et que les peuplades vagabondes et féroces des habitants de ce pays ont toujours causé des dommages aux habitants des îles Canaries et les ont réduits en captivité». Le sultan Moulay Hassan continue de vouloir envahir sans succès le SO en 1882 et 1885.

En 1884 les accords de Berlin, par lesquels les puissances coloniales d'Europe se partagent le monde, reconnaissent à l'Espagne le droit de coloniser le territoire sahraoui. A partir de 1965 L’Onu prie le gouvernement espagnol de mettre fin à sa domination coloniale au SO. Les manifestations indépendantistes se manifestent dès la fin des années 60. Ainsi le 17 juin 1970 des manifestations réprimées font plusieurs dizaines de morts. (Disparition forcée de Bassiri, instigateur du MLS Mouvement de Libération du Sahara)

En Décembre 1972 une nouvelle résolution de l’Onu affirme:« sa solidarité et son appui à la population du Sahara dans sa lutte pour l’exercice de son droit à l’autodétermination et à l’indépendance ».

10 mai 1973 Création du Front Polisario Enfin en 1974, sous la pression de la première intifada sahraouie, l’Espagne accepte un referendum d’autodétermination sous le contrôle des nations Unies et recense 74 000 personnes. Hassan II saisit alors la Cour Internationale de Justice (CIJ). Le16 Octobre 1975 la CIJ déboute le roi du Maroc et la Mauritanie.

D'autre part, la conclusion de la Cour est d'avis que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental et le royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien. Ainsi, la Cour n'a pas trouvé de liens juridiques de nature à modifier l'application de la résolution 1514 (XV) dans la décolonisation du Sahara occidental et, en particulier, du principe de l'autodétermination à travers l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire. (1)

 

(1) Cour Internationale de Justice (Avis consultatif du 16 oct 1975)

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