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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

CONSCIEMMENT OU PAS, L’HOMME AGIT EN PRÉSENCE DE DIEU

23 Décembre 2011, 04:57am

Publié par Father Greg


 

c-72011.jpg L’invocation de la présence de la puissance de Dieu dans notre temps vient de l’expérience de son apparente absence. Si nous ouvrons nos yeux, justement sur l’année qui touche à sa fin, il peut être rendu visible que la puissance et la bonté de Dieu sont présentes de manières multiples aussi aujourd’hui. Ainsi nous avons tous un motif pour lui rendre grâce.

 

Une vision de sainte Hildegarde de Bingen qui décrit de façon surprenante ce que nous avons expérimenté cette année... Dans cette vision, le visage de l'Eglise était couvert de poussière, et c'est ainsi que nous l'avons vu. Son vêtement était déchiré à cause des prêtres. Nous l'avons vu cette année telle qu'elle l'a vu et exprimé. Nous devons accueillir cette humiliation comme une exhortation à la vérité et un appel au renouveau. Seule la vérité sauve.

 

 

Nous voulons crier au monde que (tout) être humain est unique et l’humanité est unique. Ce qui, en quelque lieu, est fait contre l’homme finalement nous blesse tous. La guérison peut venir seulement d’une foi profonde dans l’amour réconciliateur de Dieu. Donner force à cette foi, la nourrir et la faire resplendir est la tâche principale de l’Église en ce moment.

 

 

A l'imitation du Christ, l'Eglise devrait apparaître comme un espace pour tous les peuples, pour ceux qui connaissent Dieu de loin ou pour ceux pour lesquels il est inconnu ou étranger, pour les aider à 's'accrocher à Dieu', en présence duquel se trouve chaque créature humaine ».

Benoît XVI.

 

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Génocide: la France n'a pas de leçon à donner à la Turquie

22 Décembre 2011, 04:59am

Publié par Father Greg

Par Ivan Rioufol le 21 décembre 2011 13h04 | 66 Commentaires

63202796.jpgC'est pour un mauvais prétexte que la France semble vouloir se fâcher avec la Turquie. S'il s'agit de lui refuser l'entrée en Europe, autant le lui dire clairement et tout de suite. Mais le contentieux qui risque de s'ouvrir à l'occasion de l'examen, demain à l'Assemblée nationale, d'une proposition de loi visant à réprimer pénalement (un an de prison, 45.000 euros d'amende) la négation des génocides reconnus, dont le génocide arménien commis par les Turcs en 1915, manque d'arguments sérieux. Il est certes détestable de voir la Turquie refuser ne serait-ce que d'admettre la réalité de l'épuration ethnique et religieuse qu'elle a menée contre plus d'un million d'Arméniens : ce déni devrait être un argument suffisant pour lui refuser de rejoindre l'Union européenne. Cependant, ce n'est pas au parlement de faire l'histoire. Mon opposition constante à la loi Gayssot sanctionnant le négationnisme dans la contestation de la Shoah est identique pour cette autre loi mémorielle qui revient, une fois de plus, à limiter la liberté d'expression et à pénaliser un délit d'opinion.



LaRochejaquelein-copie-1.jpgMais il y a surtout, dans l'attitude morale de la France, une énorme hypocrisie. Car l'Etat français se comporte en fait comme l'Etat turc, en refusant de reconnaître et en contestant même la réalité du génocide vendéen de 1793. La proposition de loi du député des Alpes maritimes, Lionel Luca, invitant la République "à reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794", déposée en 2007, n'a jamais été examinée. Or, comme le rappelle l'historien Reynald Secher, qui a trouvé aux Archives nationales les éléments établissant le génocide (1) : "La France est le premier pays à avoir conçu, organisé et planifié l'anéantissement et l'extermination d'une partie d'elle-même au nom de l'idéologie de l'homme nouveau. Elle est aussi le premier pays à avoir conçu et mis en place un mémoricide dans le but d'occulter ce crime contre l'humanité. En ce sens, la France est un double laboratoire et un modèle pour les régimes génocidaires (...)".


chouans-joubert.jpgNon, la France n'a pas de leçon à donner aux Turcs. Si Michelet, père de l'histoire officielle de la Révolution française, a beaucoup contribué à nier le génocide vendéen, les travaux de Secher apportent les preuves écrites et incontestables d'une "extermination partielle ou totale d'un groupe humain de type ethnique, ou racial, ou politique, ou religieux", pour reprendre la définition du génocide. La Révolution s'était donnée pour objectif, après la guerre civile de mars à août 1793, de rayer de la carte la Vendée et ses plus de 800.000 habitants, en répondant aux ordres  de la Convention et plus particulièrement du Comité de salut public où siégeaient Robespierre, Carnot, Barère. C'est d'une manière scientifique, centralisée, planifiée que furent menés par l'armée les incendies de villages et les massacres de masse n'épargnant ni les femmes ni les enfants. A Nantes, les victimes liées entre elles étaient noyées dans la Loire. Or, non seulement la République n'a jamais reconnu ces crimes, mais elle a réussi à faire passer les victimes pour des coupables. S'il y a une injustice à réparer, c'est bien celle de ces milliers de Vendéens assassinés par la Terreur.

(1) Reynald Secher, Vendée du génocide au mémoricide , Editions du Cerf (préface de Gilles-William Goldnadel, postfaces de Hélène Piralian et de Stéphane Courtois)

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2011/12/genocide-la-frnce-na-pas-de-le.html

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L'enfant-Jésus: la sainteté pour les petits...

21 Décembre 2011, 04:23am

Publié par Father Greg

 

 

Baby_at_Play_1876.jpg« Vous vous attardez, paroisses vous vous attardez à produire des saintes et des saints les plus grands. Et pendant ce temps-là, sans avertir, sans prévenir personne, une petite paroisse de rien du tout avait enfanté le saint des saints. D'un seul coup, du premier coup, elle était arrivée, elle avait enfanté le saint des saints. Dans un éclair elle avait réussi, elle avait fait ce qui ne se refera jamais plus, elle avait fait, enfanté celui qui éternellement ne s'enfantera plus. Et comme vous autres, paroisses, vous avez pour patrons saint Crépin et saint Crepinien, tout de même, Bethléem, tu as pour patron saint Jésus. D'autres ont saint Marceau et saint Donatien; et Rome a saint Pierre. Mais toi, Bethléem, petite paroisse obscure, petite paroisse perdue, toi maline tu as saint Jésus, et nul ne pourra te l'enlever éternellement jamais. Car il est ton propre patron, comme saint Ouen est le patron de Rouen. Car c'est ce saint-là que tu as mis au monde; un jour du monde que tu as mis au monde. Tu as produit ce saint-là, tu as enfanté ce saint-là. Et nous autres nous ne sommes que des petites gens.

Et il n'y aura plus que de petites gens, depuis qu'une paroisse est venue, qui a tout pris pour elle.

Avant même qu'on ait commencé. Il n'y aura plus jamais, éternellement jamais, que des petites gens. »

Charles Péguy, Le mystère de la Charité de jeanne d'Arc (1910)

 

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Un amant parle peu

20 Décembre 2011, 04:35am

Publié par Father Greg

 

 

P1020712.JPGIl n’y a pas de chemin plus direct pour tomber dans un précipice que de délaisser l’oraison. Alors, reprenez-la pour ne plus jamais l’abandonner, tout en veillant à acquérir les vertus, à vous recueillir intérieurement et extérieurement, ainsi qu’à maintenir votre cœur en paix, pour qu’il soit la digne demeure de Dieu. Et ne vous étonnez pas des difficultés, tentations, aridités, etc.., mais grandissez dans la confiance en Dieu, servez-le fidèlement, et vous verrez l’abondance de ses miséricordes sur vous.

 

Je vous dirai encore de suivre l’Esprit Saint ; ne faites pas oraison à votre manière, mais à celle de Dieu ; laissez votre âme voler là où l’Esprit Saint la porte, et tenez pour suspectes, et même pour des tromperies, ces lumières qui ne laissent pas grande humilité, connaissance de soi-même, paix et augmentation du désir de plaire à Dieu. Un amant parle peu, une parole d’amour suffit à maintenir une âme en grand recueillement pour longtemps. La langue de l’amour, c’est le cœur qui brûle et se consume en holocauste vers le Souverain Bien ; qu’elle vous dise en mon nom que, si vous sentez votre cœur éveillé à l’amour, vous aimiez et vous reposiez en silence d’amour dans le sein du Bien-Aimé.

 

 

                                                                       Saint Paul de la Croix. 

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Les possessions matérielles ne représentent rien

19 Décembre 2011, 04:26am

Publié par Father Greg

Un homme d'affaires autrichien a renoncé à son entreprise et à sa fortune pour vivre avec 1000 euros par mois dans une cabane. Un choix radical qui lui apporte le bonheur.

d66d16a2-15e2-11e1-b82f-9af57c99f8a6Il y a un an, il habitait une luxueuse villa dans les montagnes autrichiennes. Un immense garage abritait sa limousine, cinq avions étaient à sa disposition. A 48 ans, Karl Rabeder était un homme d'affaires riche, reconnu et malheureux. Aujourd'hui il vit avec 1000 euros par mois dans une cabane de 20m2 sans confort, et il est , dit-il, «plus heureux qu'il n'a jamais été».


«Quand on voit la photo prise de moi il y a un an devant mon chalet, j'ai l'air d'avoir dix ans de plus, fatigué et triste», dit Rabeder au magazine Spiegel . C'est un voyage en Amérique du Sud qui lui a ouvert les yeux : «J'ai réalisé que la plupart des gens pauvres qui vivent là bas sont beaucoup plus heureux que l'Européen moyen», explique-t-il. «La publicité nous dit qu'il faut posséder le dernier jean de marque ou une grande maison, mais les gens qui possèdent tout cela n'ont pas l'air plus joyeux». En janvier 2010, l'homme d'affaires, qui a fait fortune dans les accessoires de décoration, prend une décision radicale : il choisit de se séparer de toutes ses possessions et de se retirer dans un chalet d'alpage.

 

Une vie idyllique sans possession matérielle

HBvq64TK Pxgen r 467xAPour se débarrasser de sa magnifique villa en bois et verre construite dans une verdoyante vallée tyrolienne, Rabeder imagine une méthode originale. Au lieu de la mettre en vente, il organise une loterie. 22.000 personnes achètent un billet à 99 euros dans l'espoir de remporter la maison, son jardin paysagé, son spa et son terrain de beach volley. C'est une Bavaroise qui remporte le gros lot. Les 2,2 millions d'euros récoltés vont rejoindre la fortune gagnée grâce à la vente de son entreprise et de ses biens dans un fonds caritatif consacré au micro-crédit dans les pays en développement.

 

Depuis un an, l'ex-millionnaire, divorcé en 2003 après 17 ans de mariage, a réalisé son rêve : il vit dans une petite maison de bois. Sa vie lui semble désormais idyllique. «Le matin je me réveille quand mon corps se réveille. Puis je me demande ce que j'ai envie de faire. Parfois j'écris pendant dix heures d'affilée, parfois je pars simplement marcher en montagne.» Maintenant qu'il est pauvre, les relations avec les gens sont plus faciles: «Avant les gens que je rencontrais me prenais pour une tirelire. Désormais, quand quelqu'un s'intéresse à moi, ce n'est plus à cause de l'argent, le contact est beaucoup plus facile». De sa maison et de sa vie passée, il n'a rien emporté. La seule chose qu'il regrette, «c'est le temps. Pendant vingt ans j'ai senti que je menais une vie qui ne me convenait pas». Il ne veut rien changer à son nouveau bonheur : «Les possessions matérielles ne représentent rien. Je suis plus heureux aujourd'hui, parce que je vis enfin comme j'aurais toujours dû vivre.»

Caroline Bruneau Le Figaro.

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Revêtue de Soleil...

18 Décembre 2011, 04:35am

Publié par Father Greg

 

 

02-La-Femme--Ap-12--copie-1.jpgLa « femme » de l’Apocalypse est Marie elle-même. Elle apparaît « revêtue de soleil », c’est-à-dire revêtue de Dieu : la Vierge Marie est en effet tout entourée de la lumière de Dieu et elle vit en Dieu. Ce symbole des vêtements lumineux exprime clairement une situation qui concerne tout l’être de Marie : Elle est la « pleine de grâce », comblée de l’amour de Dieu. Et « Dieu est lumière », dit encore saint Jean (1 Jn 1, 5). Et voici alors que la « pleine de grâce », l’« Immaculée », reflète par toute sa personne la lumière du « soleil » qui est Dieu.

Cette femme tient la lune sous ses pieds, symbole de la mort et de la mortalité. En effet, Marie est pleinement associée à la victoire de Jésus-Christ, son Fils, sur le péché et sur la mort ; elle est libre de toute ombre de mort et totalement comblée de vie. De même que la mort n’a plus aucun pouvoir sur le Christ ressuscité (cf. Rm 6,9), de même, par une grâce et un privilège singuliers du Dieu tout-puissant, Marie l’a laissée derrière elle, elle l’a dépassée. Et cela se manifeste dans les deux grands mystères de son existence : au début, le fait d’avoir été conçue sans péché originel : c’est le mystère que nous célébrons aujourd’hui ; et, à la fin, le fait d’avoir été portée, dans son âme et dans son corps, au ciel, dans la gloire de Dieu. Mais toute sa vie terrestre aussi a été une victoire sur la mort, parce qu’elle a été complètement dépensée au service de Dieu, dans l’oblation totale de soi pour Lui et pour le prochain. C’est pourquoi Marie est elle-même un hymne à la vie : elle est la créature dans laquelle s’est déjà réalisée la parole du Christ : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10).


Dans la vision de l’Apocalypse, il y a un autre détail : sur la tête de la femme revêtue de soleil il y a « une couronne de douze étoiles ». Ce signe représente les douze tribus d’Israël et signifie que la Vierge Marie est au centre du Peuple de Dieu, de toute la communion des saints. Et ainsi, cette image de la couronne de douze étoiles nous introduit dans la seconde grande interprétation du signe céleste de la « femme revêtue de soleil » : en plus de représenter Notre Dame, ce signe personnifie l’Eglise, la communauté chrétienne de tous les temps. Elle est enceinte, dans le sens où elle porte en son sein le Christ et qu’elle doit le mettre au monde : voilà le travail de l’Eglise pèlerine sur la terre, qui, au milieu des consolations de Dieu et des persécutions du monde, doit apporter Jésus aux hommes.

Et c’est justement pour cela, parce qu’elle porte Jésus, que l’Eglise rencontre l’opposition d’un adversaire féroce, représenté dans la vision apocalyptique par un « énorme dragon rouge » (Ap 12,3). Ce dragon a cherché en vain de dévorer Jésus – l’« enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations » (Ap 12, 5) – en vain parce que Jésus, par sa mort et sa résurrection, est monté vers Dieu et il s’est assis sur son trône. C’est pourquoi le dragon, défait une fois pour toutes dans le ciel, retourne ses attaques contre la femme – l’Eglise – dans le désert du monde. Mais à chaque époque, l’Eglise est soutenue par la lumière et par la force de Dieu, qui la nourrit dans le désert du pain de sa Parole et de la sainte Eucharistie. Et ainsi, à chaque tribulation, à travers toutes les épreuves qu’elle rencontre au cours des temps et dans les différentes parties du monde, l'Eglise souffre la persécution, mais se révèle victorieuse. Et c'est justement ainsi que la communauté chrétienne est la présence, la garantie de l'amour de Dieu contre toutes les idéologies de la haine et de l'égoïsme.


Benoit XVI, 08 Décembre 2011.

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C’est la crise !!!

17 Décembre 2011, 05:14am

Publié par Father Greg

 

 

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"Les problèmes des boulangers vont croissant.

Alors que les bouchers veulent défendre leur bifteck,

les éleveurs de volailles se font plumer

et en ont assez d'être les dindons de la farce.

Les éleveurs de chiens sont aux abois.

Les pêcheurs haussent le ton.

Les céréaliculteurs sont sur la paille

alors que les brasseurs sont sous pression.

Les viticulteurs trinquent.

Heureusement, les électriciens résistent.

Mais, pour les couvreurs, c'est la tuile.

Certains plombiers en ont ras-le-bol

et les autres prennent la fuite.

Chez Renault, les salariés débraient

et la direction fait marche arrière.

À la Sncf, les syndicats sont sous tension

mais Édf ne semble pas au courant.

Les cheminots veulent garder leur train de vie,

mais la crise est arrivée sans crier gare.

Les veilleurs de nuit vivent au jour le jour

et les carillonneurs ont le bourdon.

Les ambulanciers ruent dans les brancards

pendant que les pédicures travaillent d'arrache-pied.

Les croupiers jouent le tout pour le tout.

Les cordonniers sont mis à pied.

Les dessinateurs font grise mine.

Les exterminateurs ont le cafard.

Des militaires partent en retraite

et les policiers se sont arrêtés.

Les imprimeurs dépriment.

Les météorologues aussi sont en dépression.

Les pendus sont sur la corde raide.

Les prostituées se retrouvent sur le trottoir :

C’est vraiment une mauvaise passe."

 

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Bref...

16 Décembre 2011, 05:05am

Publié par Father Greg

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semer, et … aller dormir!

15 Décembre 2011, 10:44am

Publié par Father Greg

 

 

500px-August_Macke_003.jpgL’enseignement que le Christ nous donne est que son Evangile « est comme une graine de moutarde », sa personne même, est tout ce qu’il y a de plus petit sur terre car il n’existe rien de plus petit et de plus faible qu’une vie qui finit par une mort sur la croix. Pourtant, cette petite « graine de moutarde » est destinée à devenir un arbre immense, si grand que ses branches ont la capacité d’accueillir tous les oiseaux qui viendront s’y réfugier. Cela signifie que toute la création, vraiment toute, ira s’y réfugier.


Quel contraste par rapport aux reconstructions historiques évoquées plus haut! Là, tout paraissait incertain, aléatoire, suspendu entre le succès et l’échec ; ici, tout est décidé et garanti depuis le début! Dans l’épisode de l’onction à Béthanie, Jésus conclut par ces mots: « Amen, je vous le dis : partout où cette Bonne Nouvelle sera proclamée, dans le monde entier, on racontera, en souvenir d'elle, ce qu'elle vient de faire » (Mt 26,13). La même conscience tranquille qu’un jour son message aurait été diffusé « dans le monde entier ». Et ne s’agit, certes pas, d’une prophétie « post eventum », car à ce moment-là tout laissait présager le contraire.


En cela aussi, c’est Paul qui, entre tous, a le mieux saisi « le mystère caché ». Il y a un fait qui me frappe toujours : l’Apôtre a prêché à l’Aréopage d’Athènes et il a essuyé un refus du message, de façon polie, avec la promesse de l’écouter à une autre occasion. A Corinthe, où il s’est rendu aussitôt après, il a écrit sa Lettre aux Romains, y affirmant avoir reçu la tâche d’amener « toutes les nations à l’obéissance de la foi » (Rm 1, 5-6). L’insuccès n’a pas le moins du monde égratigné sa confiance dans le message : « Je n'ai pas honte, s’écrie-t-il, de l'Évangile, car il est la puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui est devenu croyant, d'abord le Juif, et aussi le païen” (Rm 1, 16).


« Chaque arbre, dit Jésus, se reconnaît à son fruit » (Lc 6, 44). Cela vaut pour chaque arbre, à l’exception de l’arbre sorti de lui, le christianisme (et en effet, il parle ici des hommes); il est le seul arbre qui ne se reconnaît pas à ses fruits, mais à sa racine. Dans le christianisme, la plénitude n’est pas à la fin, comme dans la dialectique hégélienne du devenir (« le vrai c’est le tout »), mais elle est au début; aucun fruit, voire même les plus grands saints, n’ajoute quelque chose à la perfection du modèle. Dans ce sens, celui qui a affirmé que « le christianisme n’est pas perfectible » a raison. 

3. Semer et …aller dormir

Ce que les historiens des origines chrétiennes ne retiennent pas, ou qu’ils jugent peu important, est cette incontrôlable certitude que les chrétiens de jadis, du moins les meilleurs d’entre eux, avaient de la bonté et de la victoire finale de leur cause. « Vous pouvez nous tuer, mais nous nuire, jamais », avait dit le martyr St Justin au juge romain qui le condamnait à mort. A la fin, c’est cette tranquille certitude qui leur a garanti la victoire, qui a convaincu les autorités politiques de l’inutilité de leurs efforts pour supprimer la foi chrétienne.


C’est ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui: réveiller chez les chrétiens, au moins chez ceux qui entendent se consacrer à cette nouvelle œuvre d’évangélisation, la certitude intime de la vérité de ce qu’ils annoncent. « L’Eglise, a dit un jour Paul VI, a besoin de retrouver le souci, le goût et la certitude de sa vérité » . Nous devons être les premiers à croire en ce que nous annonçons ; mais y croire vraiment. Nous devons pouvoir dire avec Paul: « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. Et nous, les Apôtres, animés de cette même foi, nous croyons, nous aussi, et c'est pourquoi nous parlons » (2 Co 4, 13).


La tâche concrète que les deux paraboles de Jésus nous confient c’est de semer. Semer à pleines mains, « à temps ou à contretemps » (2 Tm 4,2). Le semeur de la parabole qui sort semer ne se préoccupe pas qu’une part de la semence finisse sur la route et une autre part dans les ronces, et dire que ce semeur, hors de parabole, c’est Jésus lui-même! Car, dans ce cas, on ne peut pas savoir à l’avance quel terrain se révélera être bon, ou bien dur comme de l’asphalte et étouffant comme un buisson. C’est ici qu’intervient la liberté humaine que l’homme ne peut prévoir et que Dieu ne veut pas violer. Que de fois ne découvre-t-on pas que, parmi les personnes qui ont écouté tel sermon ou lu tel livre, celle qui l’a vraiment pris au sérieux et en a eu sa vie changée, c’était celle à laquelle on s’attendait le moins, qui se trouvait là par hasard ou à contrecœur. Je pourrais moi-même raconter des dizaines de cas.


Donc semer, et ensuite … aller dormir! Autrement dit semer et ne pas rester là tout le temps à regarder, quand cela pousse, où cela pousse, de combien de centimètres cela pousse chaque jour. L’enracinement et la croissance ne sont pas notre affaire, mais l’affaire de Dieu et de celui qui écoute. Un grand humoriste anglais du XIXe siècle, Jerome Klapka, dit que le meilleur moyen de retarder l’ébullition de la cuisson dans une casserole est de rester au-dessus et d’attendre avec impatience. 

Faire le contraire est une source inévitable d’inquiétude et d’impatience : ce sont des choses qui ne plaisent pas à Jésus et qu’il ne faisait jamais quand il était sur terre. Dans l’Evangile, il ne semble jamais être pressé. « Ne vous faites donc pas de souci pour demain, disait-il à ses disciples. Demain se souciera de lui-même : à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6,34).


A ce propos, le poète croyant Charles Péguy met dans la bouche de Dieu des paroles sur lesquelles cela nous fait du bien à nous aussi de méditer: 

« On me dit qu’il y a des hommes 
Qui travaillent bien et qui dorment mal. 
Qui ne dorment pas. Quel manque de confiance en moi ! 
C’est presque plus grave 
Que s’ils ne travaillaient pas mais dormaient, car la paresse 
N’est pas un plus grand péché que l’inquiétude … 
Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes 
Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas.
Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu... 
Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas... 
Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance … 
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour. 
Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit … 
Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance … » .

Les réflexions faites dans cette méditation, nous encouragent, en conclusion, à mettre à la base de cet engagement pour une nouvelle évangélisation un grand acte de foi et d’espérance, à nous défaire de tout sens d’impuissance et de résignation. Nous avons devant nous, il est vrai, un monde enfermé dans son sécularisme, pris dans l’ivresse des succès de la technique et des possibilités qu’offre la science, réfractaire à l’annonce de l’Evangile. Mais, le monde qui se présentait aux premiers chrétiens - l’hellénisme avec son savoir et l’empire romain avec sa puissance - était-il par hasard moins réfractaire à l’évangile ?

© P. Raniero Cantalamessa, ofmcap.

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De la démocratie comme despotisme (III)

14 Décembre 2011, 05:32am

Publié par Father Greg

 

 

camille-pissaro-boulevard-montmartre-effet-de-nuit.jpgLa sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l'usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l'obéissance, qui n'est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, mais très rares, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n'empêchera pas qu'ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d'agir par eux-mêmes, et qu'ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l'humanité.

J'ajoute qu'ils deviendront bientôt incapables d'exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu'ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'Etat, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d'élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s'étonnent et cherchent encore; comme si le mal qu'ils remarquent ne tenait pas a la constitution du pays bien plus qu'a celle du corps électoral.


Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l'habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire; et l'on ne fera point croire qu'un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d'un peuple de serviteurs.


Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m'a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l'imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s'étendre aux pieds d'un seul maître.

 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II

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De la démocratie comme despotisme... (II)

13 Décembre 2011, 04:51am

Publié par Father Greg

 

 

camille-pissaro-la-foire-a-dieppeJ'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir a l'ombre même de la souveraineté du peuple. 

 

Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu'on l'attache, parce qu'il voit que ce n'est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.

 

Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.


Je ne nierai pas cependant qu'une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentre tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d'un homme ou d'un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.


Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l'oppression qu'il fait subir aux individus est quelquefois plus grande; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu'on le gêne et qu'on le réduit à l'impuissance, peut encore se figurer qu'en obéissant il ne se soumet qu'à lui-même, et que c'est à l'une de ses volontés qu'il sacrifie toutes les autres.



Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d'elle, les forces et les droits qu'on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l'Etat, mais profitent à l'Etat lui même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu'ils ont fait au public de leur indépendance.



Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c'est donc diminuer le mal que l'extrême centralisation peut produire, mais ce n'est pas le détruire.
Je vois bien que, de cette manière, on conserve l'intervention individuelle dans les plus importantes affaires; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L'on oublie que c'est surtout dans le détail qu'il est dangereux d'asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu'on put jamais être assuré de l'une sans posséder l'autre.

 

 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II

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Ils attendent la bonne nouvelle!!

12 Décembre 2011, 05:30am

Publié par Father Greg

 

 


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L’Avent… et après ?

11 Décembre 2011, 05:02am

Publié par Father Greg


 

350px-August_Macke_004.jpg  Idée reçue : l’Avent est la période avant Noël.. Oui, mais pas seulement.

 D’abord, une question d’orthographe. « Avent », est-ce une faute, comme ceux qui envoient tant de SMS qu’ils oublient les bonnes vieilles règles de l’Académie française ?
Non, « Avent » s’écrit bien avec un « e ». Mais alors, de quoi s’agit-il ?

 

« Avent » vient du latin adventum, la venue, l’arrivée. C’est un mot qui a à voir avec « avenir ». Et pourtant, l’Avent est bien le nom qu’on donne à la période liturgique qui précède Noël… Un avenir qui est un avant ? Le mystère s’épaissit…
Et en fait, c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un mystère qui s’épaissit ! Et qui prend corps… Le mystère de Dieu vient enfin prendre chair au cœur de l’Homme. La rencontre entre Dieu et l’humanité devient réelle, prend du poids. Et cela, de trois manières. Trois manières pour que Dieu vienne et advienne jusqu’en nous.

 
1. Première « advenue », premier Avent : dans le passé, en Marie.

Le Fils de Dieu se fait fils d’une femme. Le Verbe éternel vient prendre chair humaine parmi nous. Le Seigneur souverain vient « planter sa tente », faire sa demeure dans notre monde. Il n’est plus seulement dans la Loi, ou en Esprit, mais se fait désormais présent dans un homme concret, Jésus de Nazareth. Voilà le premier Avent dont nous faisons mémoire pendant quatre semaines avant de fêter la naissance de Jésus à Noël.
Mais ce n’est pas tout… Le mystère s’épaissit, je vous dis !

 

2. Deuxième venue, « Second coming » en anglais, à la fin des temps.

C’est en fait le troisième Avent, chronologiquement. Ce sera le retour du Fils de Dieu dans la gloire à la fin de l’histoire. C’est ce dont les évangiles nous parlaient, ces dernières semaines le dimanche, à la messe. C’est ce que représentent les tympans de nos églises romanes ou encore le Jugement dernier de Van der Weyden à Beaune. Le Seigneur Jésus viendra pour « juger les vivants et les morts » selon sa miséricorde. Quand ? Nul ne le sait, si ce n’est le Père, dit Jésus lui-même. Mais cela ne nous empêche pas d’attendre… Et d’attendre avec tous ceux qui souffrent injustement et désirent ardemment que le Seigneur vienne rendre toute justice.

Mais entre la venue en Marie il y a deux mille ans et la venue à la fin des temps, quand pouvons-nous, pauvres croyants, rencontrer le Christ qui vient ?

 
3. Troisième Avent : maintenant.

Ce troisième Avent, c’est chaque instant où le Seigneur vient habiter dans nos cœurs. Parfois incognito. Comme le dit Jésus, « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous nous ferons une demeure chez lui ». (Évangile selon S. Jean 14,23) Voilà la venue, voilà « l’Avent » du Seigneur qui peut nous toucher aujourd’hui, ici et maintenant ! Ainsi, dans cet Avent, c’est à nous d’aller au-devant du Seigneur pour l’accueillir. Pas besoin d’attendre Noël pour que le Seigneur vienne à ma rencontre. Comme nous le dit le mystique allemand Angelus Silesius, « Le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas dans ton cœur, cela ne te sert à rien. »

Alors, en ce temps d’Avent, va devant le Seigneur et prépare ton cœur à ce qu’il advienne en toi. « Le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous et nous avons vu sa gloire. » (Jn 1,14) Cela s’est réalisé en Marie ; cela peut se réaliser en toi ! Viens, Seigneur Jésus !

http://blog.jeunes-cathos.fr

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De la démocratie comme despotisme...

10 Décembre 2011, 04:50am

Publié par Father Greg

 

 

 

Navid-painting2Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l'étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu'ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu'ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.


Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.


Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?


C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.


Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, vol II

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De la tristesse...

9 Décembre 2011, 05:12am

Publié par Father Greg

 

 

The_Thinker_Portrait_of_Louis_N_Kenton_1900.jpg Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté qui est entré en nous ; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui est habituel, nous est ravi ; nous sommes en effet, au cœur d’une transition où nous ne savons pas nous fixer. C’est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère : ce qui est nouveau en nous, l’adjuvant de ce que nous étions, est allé jusqu’à notre cœur, a pénétré son lieu le plus intime, mais n’y est pas non plus resté. : il a déjà passé dans le sang. Et nous ne savons pas ce que c’était. Il serait facile de nous persuader qu’il ne s’est rien passé ; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré.

 

  Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans doute jamais, et pourtant bien des signes témoignent du fait que c’est ainsi que l’avenir pénètre en nous pour s’y modifier longtemps avant qu’il n’arrive lui-même. Voilà pourquoi il est si important d’être solitaire et attentif lorsqu’on est triste : l’instant apparemment immobile où  semble t-il rien ne se passe, cet instant où l’avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie que cet autre moment arbitraire et patent où l’avenir nous arrive pour ainsi dire de l’extérieur.

 

 Plus nous sommes silencieux, patients et disponibles lorsque nous sommes tristes, et plus ce qui est nouveau pénétrera profondément et sûrement en nous, mieux nous le ferons nôtre ; il sera d’autant plus notre destin propre, et, plus tard, lorsqu’il se « produira » (c'est-à-dire lorsqu’il surgira de nous pour passer aux autres), nous nous sentirons profondément intimes et proches. Et c’est nécessaire ; Il est nécessaire-et c’est vers cela que peu à peu doit tendre notre évolution-que nous ne nous heurtions à aucune expérience étrangère, mais que nous rencontrions que ce qui, depuis longtemps, nous appartient. Il a fallu déjà repenser tant de conceptions du mouvement qu’on saura peu à peu admettre que ce que nous appelons destin provient des hommes et ne vient pas de l’extérieur.


 C’est uniquement parce que nombre d’entre eux ne se sont pas imprégnés de leur destin quand il vivait en eux, ne l’ont pas transformé en ce qu’ils sont eux-mêmes, qu’ils n’ont pas su reconnaître ce qui provenait d’eux ; cela leur est si étranger que, dans leur crainte confuse, ils ont cru qu’il venait à l’instant de les atteindre car ils juraient n’avoir auparavant rien trouvé de pareil en eux.

 

De même qu’on s’est longtemps abusé à propos du mouvement du soleil, on continue encore de se tromper sur le mouvement de ce qui est à venir. L’avenir est fixe cher monsieur Kappus, mais c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace infini. 

 

                                               Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

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Pourquoi l'Immaculée conception?

8 Décembre 2011, 04:33am

Publié par Father Greg

 

 

virgin-mary-annunciate-1433!xlMedium+St Maximilien Kolbe disait qu’il fallait reprendre toute la théologie dans la lumière de l'Immaculée conception! Pourquoi? Parce que l'Immaculée, ce mystère de gratuité en Marie, c'est le Père qui nous révèle sa miséricorde, son don excessif et gratuit, pour chacun d'entre nous. 

 

A l'Annonciation « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » - l'ange Gabriel révèle l'identité la plus profonde de Marie, le « nom », pour ainsi dire, par lequel Dieu la connaît : « pleine de grâce ». Marie, a été l'objet d'une prédilection singulière de la part de Dieu qui, dans son dessein éternel, l'a « pré choisie » pour être la mère de son Fils fait homme et, par conséquent, l'a préservée du péché originel. C'est pourquoi l'ange s'adresse à elle par ce nom qui signifie littéralement « comblée de l'amour de Dieu depuis toujours », de sa grâce.

 

Le mystère de l'Immaculée Conception est source de lumière intérieure, d'espérance et de réconfort. Au milieu des épreuves de la vie et particulièrement des contradictions que l'homme expérimente en son sein et autour de lui, Marie, nous dit que la Grâce est plus grande que le péché, que la miséricorde de Dieu est plus forte que le mal et sait le transformer en bien.Et cela, c’est pour nous dès maintenant ! Qu'est-ce à dire? On regarde souvent l'Immaculée conception comme un mystère de 'pureté' qu'il faudrait imiter ou que l'on admire un peu de l'extérieur... or, cette fête nous manifeste -en premier- que la Vierge Marie a reçu toute sa sainteté "d'en haut"; elle ne s'est pas faite sainte par elle-même, mais elle a tout reçu gratuitement et elle est resté rivé sur ce don purement gratuit de Dieu pour elle. Et pour chacun d'entre nous c'est analogue: notre Père veut nous voir fixé sur ce qu'Il nous donne actuellement -qui est caché et qui donc nous laisse complètement pauvre car on n'a aucune conscience de ce don. Mais, regarder Marie, c’est voir, toucher que c'est son don qui nous rend comme Lui.

 

C'est cela notre vie chrétienne: Dieu reprend tout de l'intérieur et nous donne tout, mais cela est cachée.  C'est pour cela que cette fête c'est donc célébrer la pauvreté de Marie qui reçoit tout d'en haut, rien de sa sainteté ne vient d'elle sinon d'avoir accepté d'être complètement relative et de vivre d'un don qui la dépasse, et donc d'accepter d'être conduit sans pouvoir 'gérer' sa vie divine: "quitte ton pays, ta parenté, tout ce qui t'es connaturel...".

 

Elle doit donc nous faire comprendre qu'aux yeux de Dieu nous n'avons pas moins de 'valeur' qu'elle;   Dieu veut nous donner de vivre et de continuer ce qu'il lui a donné de vivre, pas moins… !!! Mais il faut accepter de ne rien en voir, que la manière dont Dieu se donne à nous est caché et donc que le quotidien apparemment reste banal et même souvent médiocre, marqué par notre petitesse; et cela le Père le sait et Il s'en sert si on accepte qu'Il passe par là pour se donner à nous: Dieu ne mesure pas son don à notre réponse; La mesure de l'Amour de Dieu pour nous c'est Lui-même, pas moins.

     

Marie doit nous donner d'aimer cet amour de Jésus, du Père pour nous. Il faut que l'amour de Dieu pour nous, qui seul est capable de tout transformer, soit notre repos, notre joie. Nous sommes aimés comme Marie est aimée actuellement. Et c'est aussi Marie qui d'abord répond pour nous.

 

On pourrait dire que c'est un peu facile... mais c'est cela l'espérance: s'appuyer sur un autre qui nous dépasse et non sur ce que l'on peut faire soi-même; et cela c'est très rude: car alors on n'a aucun résultat tangible qui puisse nous montrer notre 'sainteté', là où on en est... Le Père attend de nous toute notre coopération, tous nos efforts, tous nos dépassements, mais ce qui est divin en nous, notre sainteté, ce qui est éternel: cela nous est donné, c'est un don actuel et caché qui reprend tout de l'intérieur.

 

Fr Grégoire.

 

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Le 08 Décembre - Merci Marie

7 Décembre 2011, 12:00pm

Publié par Father Greg

 

« Le 8 décembre : Merci Marie ».


 

marie

 

 Le projet

Refaire du 8 décembre

une grande fête d’action de grâce

pour toucher simplement les cœurs de ceux qui croient et de ceux qui ne connaissent pas Dieu.

  

Pourquoi le 8 décembre ?

Le 8 décembre fête de l’immaculée Conception

est un jour de grâce particulier. On célèbre Marie, lumière dans notre nuit, qui annonce et dit notre Salut.

 

Pourquoi Merci Marie ? 

Dire Merci Marie le 8 décembre, c’est :

Rendre grâce pour la présence protectrice de Marie qui veille sur chacun de nous et en particulier pour tout ce que nous avons reçu dans l’année écoulée. 

 

3 signes forts :

la lumière

Allumer un lumignon et le mettre à sa fenêtre.


la prière

Veillée de prière à St Laurent, Orléans. 20h00

21h00 messe.


Une image :

Merci Marie

 

Vous faites quoi le 8 décembre ?


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Esquisse (III)

7 Décembre 2011, 05:08am

Publié par Father Greg

 

 

Rough-Seas-with-wreckage-by-Joseph-Mallord-Turner.jpgDans sa quête incertaine et qui le rend fragile, le peintre s'il veut grandir doit s'affronter à quelque chose qui le dépasse. Le risque sinon est de s'essouffler dans la fade reproduction, la quête d'une originalité à la mode, ou la fidélité béate à son seul imaginaire. La rude fréquentation des grands maîtres éclaire les balbutiements et corrige l'errance. Seule l'exigeante présence de ceux qui ont fait le chemin permet de se « mesurer ». On n'improvise pas, on ne devient pas peintre parce qu'un jour on s'est éveillé revêtu de l'Inspiration ! On peut devenir peintre, peut être, parce que l'on a rencontré un jour le regard d'un vrai peintre. Du regard on est passé à l'œuvre. De l'œuvre on est retourné au regard. Et ce long va-et-vient a duré toute une vie.

 

Choisir ou reconnaître un maître ? Le reconnaître plutôt, parce qu'on 'avait choisi déjà, à l'intérieur de son propre désir. La peinture, l'art ne s'invente pas. On demeure celui qui ne sait rien encore. Le torrent bondit, mais il faut des berges pour qu'il soit torrent. Les infinis possibles appellent une taille. Le maître est ce milieu. Il est celui qui reçoit, éveille et porte dans un climat de confiance et de respect. Il attire dans une admiration. Il n'est pas la peinture apprise à l'école, le savoir technique ou historique qui, détaché de la vie propre de l'art, donne naissance à ces vedettes, blessantes caricatures dont notre monde pullule. Le maître est là, vivant chaque jour au rythme de ses doutes et de ses folles joies. Le regarder « voir », tenter de comprendre de l'intérieur l'enracinement de la peinture. Référence vivante que l'on imite dans ses premiers balbutiements, à la manière de l'enfant qui refait le geste du père sans aucun souci de sa propre originalité. Il faut assurer le pas : le regard d'abord, le dessin, le volume, et la couleur, à travers la saisie de leurs rapports. Ecouter, recevoir encore, recommencer jusqu'à l'oubli de la technique, jusqu'à l'instant rare où le geste est habité. Rien n'est plus simple, difficile, et banal, qu'un apprentissage.

 

Le maître est celui que l'on aime. Auprès de lui s'apprend la pauvreté d'un incessant désir de pénétrer plus simplement le secret. Ne rien arracher, recevoir. C'est la rosée. Apprendre à voir en le regardant faire, sans craindre les longues heures de silence. Elles ne sont pas inutiles. Comment découvrir autrement l'inlassable recommencement du métier et sa nécessaire solitude ? On ne s'approprie pas l'expérience d'une vie, on ne peut que guetter les touches posées, reprises, jusqu'à l'hallucination. Jamais je n'ai ressenti aussi fort le prix et l'importance du travail, qu'au cours de ces longs après-midi d'été que mon maître épuisait sur une toile toujours trop petite pour contenir tout son désir. Je n'ai su le prix des nuances, la valeur d'un ton, son importance, qu'à travers cette lutte interminable et muette. Nous avions quitté depuis longtemps le temps des théories et des mots. Naît alors, au fond de soi, plus précieux que tout, l'exigence de cette taille sans concession. La qualité attire et essouffle. Le regard se concentre sur l'instant jamais atteint, comme l'horizon lumineux qui semble fuir le marcheur.

 

Un jour le maître s'en va. Au vertige de l'amour orphelin s'ajoute l'incommensurable vertige de cette somme d'expérience et de savoir que le silence va enfouir. On mesure le temps gagné auprès de lui, tout en recevant dans un éclair le testament d'une quête personnelle qu'il nous faut poursuivre. La source ne se perd pas, elle rejaillit. Recevoir le secret d'un père, c'est aussi le porter au-delà, dans un grand respect. Travail de durée et de longue patience au rythme d'une reconnaissance intérieure. Il a été celui qui nous a ouvert la porte. On ne lui dira jamais assez merci. Sa quête devient notre quête. On ne refait pas. Il faut apprendre à renaître chaque jour.

 

L'urgence précipite les instants. On ne peut tout saisir. Mais ce que l'on n'a pas pu voler au vent demeure enfoui, ce que l'on n'a pas pu arracher à la beauté, à la douleur, au silence, demeure une expérience personnelle, cachée comme l'humus. Le peintre porte en lui ces émerveillements qu'il n'a jamais pu dire. Les plus beaux voyages n'ont pas le prix de cette seconde transfigurée pour laquelle il donnerait tout. Troubadour des couleurs, il ne se repose que dans cette quête, contraint de travailler pour mieux voir, mieux recevoir, contraint d'épier encore à l'instant où. il ne voit plus. La lumière serait-elle un peu sa contraignante liberté ? Elle qui joue et s'envole, elle qui effleure puis disparaît, avec quelle rigueur elle se joue de celui qui la poursuit !

 

II n'y a pas deux quêtes. S'il n'est pas toute sa vie, le travail de l'artiste s'enracine dans sa vie même comme l'exigence qui creuse d'autres exigences. Cet appel suscite un autre appel. Pour le peintre, chaque matin est le début du monde. Si la lumière fugitive n'était que le reflet d'un éblouissement plus mystérieux ?

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n14

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Esquisse (II)

6 Décembre 2011, 05:03am

Publié par Father Greg

 

 

Olevano_the_Town_and_the_Rocks_1827.jpgL'évidence est si impérieuse qu'elle habite le pinceau. Le travail lui- même est source de découvertes. Torrent aride ou tumultueux, il emporte, de surprises en surprises, ce paysage nouveau né des difficultés de la technique, des caprices de la matière, des impatiences ou des longs entêtements du peintre.

 

La simplification n'est pas le fruit d'un a priori, geste aussi vain que le verbiage justificateur qui l'accompagne. On ne cherche pas avant tout à simplifier pour être à la mode, pour « faire de l'abstrait ». La vraie simplicité explose dans un silence. Elle naît d'un élagage patient et maîtrisé. J'entends encore mon maître fulminer : « Pour dépouiller, il faut avoir quelque chose à dépouiller ! » Si le silence ne peut être le fruit que de l'amour, l'espace dans le tableau ne peut vivre que de l'invisible palpitation d'une présence des choses. Quelle plénitude abandonne la montagne Sainte-Victoire dans la seule limpidité d'une ligne ; quelle force dans le gris décliné d'un mur de Nicolas de Staël ! Le peintre s'y cache, labouré d'avoir été toute une vie mendiant de la lumière.

 

La peinture est faite de temps et de lumière... De ces longs temps d'incertitude qui mûrissent l'œuvre, de ces temps de désert ou de recherche sans but apparent, de ces temps de patience qu'exige la matière. Fulgurance et éternité. La vraie lumière naît d'un temps que l'on ne compte plus. La lumière de Rembrandt, ourlant un plissé de nuit, et que l'on devine plus qu'elle n'éclate, est modulée avec l'insistance d'un regard aiguisé. Elle surgit de vertigineux affrontements avec l'ombre, alors que Tintoret la sculpte et la drape, tournoyant abîme qui fait éclater le mystère. Captée et analysée par Vermeer, elle poudroie dans de subtiles couleurs qui emprisonnent le temps.

 

La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n14

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Esquisse

5 Décembre 2011, 05:02am

Publié par Father Greg

 

 

 

450px-Macke_Russisches_Ballett_1.jpgDemander au peintre pourquoi il peint, c'est demander au vent le secret de ses tourbillons, c'est demander à la mer quand elle cessera de creuser, d'étendre et d'ourler inlassablement ses vagues. Parler de la peinture, c'est déjà arrêter le regard, tenter de s'emparer de cet insaisissable qui justement ne peut être dit que par la peinture.

 

A-t-on appris à voir pour peindre, ou peint-on pour voir ? Quel est cet essentiel d'une réalité qui touche au silence et à la lumière des choses, qui échappe à toute analyse et demeure la fugitive expression d'une éternité ? Quelle est l'urgence qui, dans la seconde où elle a brûlé le regard, devient capable de vous mobiliser tout entier ? Quelle est cette attention qui retient dans l'instant le geste et la respiration du peintre ?

 

Permanence et fulgurance... On ne choisit pas de peindre pour se distraire : « quel joli passe-temps ! », me dit-on souvent. La peinture s'impose avec une force grave comme une lutte nécessaire pour que survive l'éblouissement. Je me souviens de ces matins si transparents, si fragiles dans leur beauté, quand la lumière révèle les formes en les éveillant dans un miracle. S'impose alors avec acuité la certitude d'un mystère, d'un instant qui ne se reproduira plus. La joie, voisine de la douleur, demande de s'approprier ce réel. Commence alors ce long mouvement de va-et-vient entre ce que je vois et la nouvelle présence d'une réalité recréée par le travail. Cet échange est si profond qu'il n'a d'autres mesures que lui-même. Il ne s'agit pas bien sûr de reproduire ce réel avec une précision toute photographique, mais plutôt de se laisser aspirer. Supprimer la distance, devenir l'ombre, la lumière, ou le reflet, c'est tendre, au risque de tout perdre, à ce point ultime qui est limite et délivrance. Quelle folie et quelle difficulté de vivre cet instant avec le seul contrôle de l'éblouissement ! C'est sans doute dans cette subtile correspondance qu'est la vérité du peintre. La réalité - source – nous dépasse toujours, et façonner ce qui déjà existe c'est choisir, dans l’alchimie des couleurs, la musique qui a éveillé le désir. Une étincelle émergera, peut-être une œuvre, correspondance transfigurée de l'émotion et de la réalité. Elle surprend toujours, acidulée comme une trahison ou libre comme l'envol du papillon. Il est vrai qu'à un moment donné l'œuvre s'impose. Le regard du peintre s'est posé sur un visage, puis sur le portrait en train de naître et là, par sa propre nécessité intérieure, l'œuvre guide la main jusqu'à l'instant où ce portrait est peut-être devenu le visage.

 

Tout est peinture. L'eau et le feu, le vent dans l'air doré et ce bleu froid qui borde l'incendie d'un ocre. L'arête d'ardoise, diagonale de lumière, griffe là-haut les chutes violettes de l'abîme. Il suffit de voir, il suffit de s'émerveiller. Peindre, c'est tenter d'arracher le secret d'un rapport - rapport des tons, valeurs et rythmes entre eux - qui ne s'impose qu'à l'instant où on le perçoit. Fulgurante évidence d'une unique possibilité dans la rencontre d'une lumière et du regard. La lumière construit mais il faut savoir lire, et rapidement. Le choix de cet instant porte la marque de chaque peintre. La structure des troncs de Cézanne n'a rien à voir avec le velouté d'un bosquet de Lorrain. Tout se conjugue : valeur, couleur, matière, dans un miracle intérieur à la peinture et qui essoufflera toute tentative d'explication. Personne ne peut prétendre entrer avec des mots dans cette saisie totale et rapide. C'est cela « voir » pour un peintre. Affiner le regard jusqu'à ne prendre du détail que ce qui sera indispensable à l'ensemble. Tout contenir dans l'essentiel, ce n'est pas avant tout « simplifier et dépouiller », c'est porter à sa pointe ultime tout au long du travail, dans une décision constante, le miracle entrevu.

 

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n14

 

 

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Des fleurs pour le respect Jeudi 8 décembre 2011 à 18h

4 Décembre 2011, 15:54pm

Publié par Father Greg

rene-magritte-heureux-presage.jpgLe 8 décembre 2011, la première représentation de Golgota Picnic se jouera au Théâtre du Rond-Point (Paris). A cette occasion, le Collectif Culture et Foi : et si on se respectait ? appelle tous ceux qu’un tel spectacle blesse mais aussi tous les croyants et les non croyants qui veulent demander le respect des convictions de chacun, à déposer en silence une fleur blanche :

Jeudi 8 décembre 2011 à 18h

devant le théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées

Les chrétiens veulent ainsi manifester leur douleur de voir le Christ insulté lors de cette pièce de théâtre.

Ni slogan, ni drapeaux, ni banderoles, mais simplement ce beau geste, en silence, pour manifester de façon pacifique, sobre et juste, notre désir de voir les esprits évoluer. Nous refusons toute violence, toute agressivité et tout affrontement.

Veillée de prière à Notre-Dame de Paris

Désireux de respecter le calme de cette démarche, et d’éviter toute tension, les participants ne resteront pas devant le théâtre, mais seront invités à rejoindre la veillée de prière organisée à 20h à Notre-Dame de Paris, à l’appel du Cardinal Vingt-Trois.

Une action pérenne

Jusqu’au 17 décembre, date de la dernière représentation, ce dépôt de fleurs blanches pourra être renouvelé dans la journée. Ce sera l’occasion pour tous de partager la peine des chrétiens et de demander le respect de leur foi, élément de notre culture et de notre histoire commune.

Cette pièce n’est pas une simple critique du christianisme. Elle s’attaque à la personne du Christ en croix, présenté comme « fou », « chien de pyromane », « messie du sida », ou « putain de diable ». Elle salie de façon malsaine et violente toutes les représentations de la foi chrétienne.

Pour ceux qui croient en Jésus-Christ, cette pièce est une provocation gratuite, agressive et blessante. C’est une violence faite à la foi, une violence faite aux croyants. Cette pièce de théâtre attise l’intolérance et les divisions.

« Le Collectif Culture et Foi : et si on se respectait ? »

Se respecter pour pouvoir dialoguer

Le Collectif a été créé à l’occasion de la pièce de théâtre Golgota Picnic par des laïcs chrétiens qui respectent les artistes et la liberté d’expression. Ils demandent le même respect pour leur foi.

Pour vivre ensemble et éviter l’éclatement de la société en de multiples communautés qui s’ignorent ou pire s’agressent, cette liberté d’expression doit rester attentive à ne pas blesser ce qui donne un sens à la vie de chacun.

http://www.culture-foi-respect.fr/

 

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L’Avent : l’attente de voir Celui qui est déjà là...

4 Décembre 2011, 05:38am

Publié par Father Greg


 

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Au terme de l’avent -qui a duré près de 2000 ans pour le peuple d’Israël- il faut se demander pourquoi si peu l’on reçut ? Quel est le premier obstacle qui nous empêche d’être possédés dans tout ce que l’on est, par son don ?

 

Il y a comme 2 écueils qui se rejoignent : pour les pharisiens, celui d’avoir réduit la Révélation à une pratique religieuse, à quelque chose à faire, un idéal à atteindre par nous-même ! Autant désespérer d’avance ! Pour St Joseph, -et c’est une tentation qui nous est cher- c’est d’avoir cru que ce n’était pas pour lui. Et le Père est obligé d’envoyé son ange pour dire à Joseph : « mais si c’est pour toi ; prend Marie chez toi ! Celui qui est donné à Marie, t’es aussi donné, tout autant, mais par Marie ».

 

Aujourd’hui encore, Marie demeure pour nous l’étoile qui précède le Christ, celle qui nous montre la manière de vivre du Christ déjà présent et qui veut m’attirer à Lui. Elle est la lumière pratique donnée par Dieu, à Noël et à la Croix.

Pourquoi Marie? Qu’est-ce que cela veut dire pour nous? Comment ‘s’en servir’ ?


Le Père a voulu qu’Elle nous montre ‘en clair’ ce qu’Il réalise pour chacun de nous. Aussi, tout ce que le Père donne de vivre à Marie, c’est pour nous, immédiatement.

 

Comme Jésus est « l’enfant de Marie », de la même manière Il nous est donné comme quelqu’un qui « nous appartient », comme Celui qui veut tout recevoir, tout attendre de nous, pour nous apprendre à tout attendre de Lui. Elle est donc celle à qui nous devons demander d’inscrire dans notre personne, cette présence incroyable de Dieu, qui est non seulement plus présent à nous-même que nous même ; mais qui vient tout vivre avec nous, qui s’intéresse à tout ce que l’on vit, jusque dans les choses les plus ordinaires, les plus communes, petites.  

 

« Dans son acte de foi vivant et aimant, l’esprit de Marie touche le Verbe de Dieu Lui-même dans son mystère personnel, ou plus exactement le Verbe de Dieu agit sur son esprit qui se livre totalement à cette emprise divine. Le Verbe de Dieu s’imprime comme de l’intérieur en son esprit, de sorte que l’esprit de Marie se trouve comme possédé par le Verbe. »  Mystère de Marie. MDP

 

 

Elle n’est donc pas d’abord un modèle à admirer, mais la figure ou l’on voit en clair ce que Dieu réalise actuellement en chacun de nous, d’une manière caché mais réelle!

Fr Grégoire

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S'enfoncer dans le réel...

3 Décembre 2011, 04:54am

Publié par Father Greg

 

 

Plage_de_Normandie.jpg« En dehors du monde ? Mon bonhomme, pour qui te prends-tu ? Je n’ai qu’une chose à faire, je l’ai compris, pendant une longue insomnie, c’est de me plonger dedans jusqu’au cou. J’en ai assez de jouer au faux génie qui prend l’écorce pour le noyau, et d’une main indolente, se plaît à caresser l’épiderme de la planète. Je veux m’enfoncer dans le réel, dans ce qui vit, palpite, souffre, transpire, hurle de joie ou de terreur. C’est dans ce corps à corps que j’aurai une chance d’aller plus loin. Sinon, je vais dépérir dans ma petite angoisse confortable d’intellectuel au rabais.

 

C’est la résistance qui sera créatrice, la résistance que je rencontrerai de la part des gens et des choses et la résistance dont je ferai preuve en les affrontant. Le même mot désigne l’obstacle et le courage qu’il rend nécessaire. C’est un signe du langage pour nous faire comprendre que l’opération essentielle est de surmonter l’obstacle, qu’il soit extérieur ou intérieur, et que s’il n’y avait pas d’obstacle il n’y aurait rien. L’oiseau, dit le philosophe, s’imagine sans doute qu’il volerait plus vite s’il ne se heurtait pas à la résistance de l’air qui, en fait, le maintien.

 

(…) Comment étais-je avant d’avoir lu les élucubrations du charme ? J’arrive mal à m’en souvenir. Il me semble que je me posais peu de questions, je me contentais de vivre au jour le jour. Les petits tracas quotidiens suffisaient à m’absorber. Mes plaisirs et mes ennuis étaient également minces. Je menais une vie terne et paisible. Aujourd’hui c’est le contraire. Je ne vois que problèmes à résoudre, et problème d’une envergure cosmique. J’ai perdu toute modestie. Ma mégalomanie me fait peur. Et me rassure. Si elle me quittait, j’aurais l’impression de sombrer. Je suis intoxiqué par l’intellect, ce qui ne veut pas dire l’intelligence. Une journée où je n’ai pas reconstruit l’univers est une journée de perdue. »

 

 « L’illusion de la vocation à l’universel est la marque de l’homme. Est-ce une illusion ? Ce serait une illusion s’il existait une réalité indépendante de l’homme. Mais que signifie une réalité indépendante de l’homme ? Le réel, c’est ce qui est perçu ou conçu par l’homme. La réalité indépendante de l’homme, c’est encore une idée d’homme. Ainsi, je suis convié à l’universel, sans être obligé d’user de cette facilité. Beaucoup n’en usent point et se contentent de cultiver leur petit bout de jardin. Pour moi, c’est l’inverse. Je ne me reconnais rien qui me soit propre et j’aspire à dégager des lois, des maximes à portée universelle. Cette forme de dérèglement mental, je l’assume entièrement. C’est ma drogue. Parce que je ne m’intéresse pas à  moi-même, suis-je capable de m’intéresser activement à tout le reste ? Mon orgueil me souffle que le désintérêt pour soi est la condition nécessaire sinon suffisante pour comprendre le monde.

 

« Cet appétit métaphysique, je ne le contrarie pas. Au fond de moi je l’approuve. S’accomplir, c’est vivre une passion approuvée par le jugement intime. »

 

« Je désire une structure. Le désir d’une structure est la structure même du désir. »

Bourbon Busset,  L’audace d’aimer

 

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Tout est à nous!

2 Décembre 2011, 04:52am

Publié par Father Greg

 

 

 

160px-Charles peguy  « Afin d’aimer Dieu, afin de le comprendre et de le servir, nous ne disposons pas seulement de nos propres forces, mais d’infiniment plus : De le bienheureuse Vierge au plus haut du ciel jusqu’au pauvre lépreux d’Afrique qui, sa clochette à la main, bredouille les réponses de la Sainte Messe d’une bouche qui n’a plus de dents ; la création toute entière, la visible et l’ invisible, toute l’histoire du monde, tout le passé, tout le présent et tout le futur, la nature entière, tous les trésors des saints, encore multipliés par la grâce : tout cela est à notre disposition, tout cela vient à notre secours, tout cela est notre armure, notre bouclier.

 

Tous les saints, tous les anges sont à nous. Nous pouvons user de l’intelligence de St Thomas, du bras de l’archange St Michel, du cœur de Ste Jeanne d’Arc ou Ste Catherine de Sienne, et de toutes ces sources cachées qu’il nous suffit d’effleurer pour qu’en jaillissent les eaux vives. Tout ce qu’il y a de bon, de grand et de beau d’une extrémité du monde à l’autre, tout ce qu’il y a de saint, il en est de tout cela comme si c’était notre œuvre. L’héroïsme des missionnaires, l’inspiration des Pères de l’Eglise, le courage des martyrs, le génie des artistes, l’ardente prière des clarisses et des carmélites, tout cela, voyons-le comme nôtre. Et vraiment, cela est à nous ! Du nord au sud, de l’Alpha à l’Omega, du levant au couchant : tout est un avec nous, nous nous en revêtons, nous le mettons en mouvement. »

 

Charles Péguy, tiré de Un poète regarde la Croix. 

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L'abeille et le philosophe...

1 Décembre 2011, 00:00am

Publié par Father Greg

 

250px-Bees_Collecting_Pollen_2004-08-14.jpg«Le jour où l’abeille disparaîtra, l’humanité n’en aura plus que pour trois ans ». Voilà ce qu’aurait annoncé Albert Einstein à la fin de sa vie. Peu importe que cette fameuse prophétie soit très probablement un faux, le succès de cette rumeur citée à tout propos suffit à montrer que l’abeille n’est pas un insecte, ni même un animal comme un autre. Aucun, d’ailleurs, ne fait aussi régulièrement la Une des journaux, aucun ne fait l’objet d’autant de sollicitude, et pourtant l'abeille n'est sûrement pas encore l'espèce la plus menacée parmi toutes celles qui sont en péril.

 

 

Les causes possibles de cette surmortalité sont nombreuses : la colonisation de la quasi-totalité de la planète, il y a une vingtaine d'années, par Varroa Destructorcet acarien venu d'Asie, qui se nourrit de l'hémolymphe de l'abeille et effectue son cycle reproductif à l'intérieur du couvain de la ruche ; l'utilisation massives de pesticides ; l'importation d'abeilles étrangères qui contribue à l'appauvrissement génétique des races locales et à la diffusion planétaire de virus, mycoses et autres bactéries ; la perte de la diversité des espèces florales et, plus récemment, l'arrivée du frelon asiatique. Toutes ces causes pouvant s'additionner, et amplifier leurs effets. Il est aussi frappant de constater que leur inventaire offre un condensé impressionnant de peurs et d'angoisses qui terrifient nos sociétés contemporaines.

 

Cela révèle une chose : l’abeille est perçue comme une sorte de miroir de l’humanité et comme le baromètre de son destin. Et ce n’est pas nouveau : les penseurs de toutes époques et civilisations ont cherché dans la ruche les secrets de la nature et les mystères de la culture. Cet animal fabuleux - c’est-à-dire, au sens strict, propre à la fable - a toujours fourni, depuis la nuit des temps, à la fois un modèle et un emblème pour l’homme, qui a quêté dans l’étrange cité apicole des réponses à toutes ses questions. Petit florilège…

 

L’abeille écolo… ou comment conserver l’équilibre nature / culture ?

 

abeilles.jpgSi l’abeille a des leçons à donner, c’est qu’elle-même se situe à la charnière troublante des deux ordres. Prenons le miel : c’est un produit mi-cultivé mi-sauvage ; le plus naturel des produits de la culture (il peut être consommé sans transformation), mais aussi le plus culturel des produits de la nature (à l’inverse de la plupart d’entre eux, il ne pourrit pas !).

 

De même, la ruche : elle est, d’un côté, un ordre spontané qui ne connaît ni les troubles de l’histoire ni les affres de la liberté ; mais, d’un autre côté, elle ressemble pourtant à s’y méprendre aux organisations économico-socio-politiques les plus sophistiquées.

 

Quant à l’abeille elle-même, c’est, dit le prophète Ezechiel, « un animal tout petit, mais [dont les] œuvres sont immenses » ; son comportement atteint pour beaucoup les sommets les plus sublimes de la raison (géomètre génial pour les hommes des Lumières), de la vertu (épouse idéale pour les Anciens) et de la sagesse (puisqu’elle n’a pas besoin de philosophie). Elle reste sauvage à l’état domestique (sa piqûre est redoutable), et domestique à l’état sauvage (elle produit le miel même sans apiculture). On comprend que la mythologie et la philosophie aient pu faire un usage immodéré de cette abeille ambiguë. Si proche et si lointaine de l’humaine condition, elle incarne l’équilibre et l’harmonie du monde, le secret de ses origines et la clé de sa pérennité.

L’abeille politique… ou comment organiser la cité ?

 

images--4-.jpgLa ruche a aussi fasciné par son organisation. D’apparence monarchique (même si le sexe des reines a fait l’objet d’un très long débat), elle sert de modèle aux monastères médiévaux et d’emblème à l’Empire, car, selon Cambacérès, conseiller « com' » de Bonaparte, « elle offre l’image d’une République qui a un chef ».

 

Mais le plus surprenant est qu’elle sera recrutée aussi bien par les anarchistes que par les libéraux. Proudhon y verra le symbole d’une organisation coopérative parfaite, où la coercition a été définitivement éradiquée ; Marx la comparera à l’architecte pour montrer la spécificité du travail humain. Mais, bien avant eux, l’anglais Bernard Mandeville écrivait la fameuse Fable des abeilles (1705), texte fondateur du libéralisme, dont le sous-titre est en soi un programme : les vices privés font le bien commun. Par où l’auteur entendait montrer que la prospérité d’une nation vient rarement de ses qualités morales …

L’abeille économiste… ou comment penser le capitalisme?

 

Il y a un exemple tout récent de l’usage de l’abeille. Dans son (autre) appel du 22 mars (en 2010), Daniel Cohn-Bendit comparait l’action politique à venir au travail de la ruche : « J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde d’autres parties du corps social avec ces idées ».

 

La métaphore lui venait de son conseiller et ami, l’économiste Yann Moulier-Boutang (L’abeille et l’économiste, éd. Nord, 2010) qui se sert de notre insecte pour penser une nouvelle forme de capitalisme : le capitalisme cognitif, dont Google serait, selon lui, le modèle. Il est fondé sur le développement maîtrisé des réseaux d’intelligence collective. Alors que nous croyons utiliser Google pour rechercher de l’information, c’est en réalité Google qui nous utilise afin de hiérarchiser les contenus grâce à nos clics, qui sont autant de votes. Leur accumulation produit une richesse informationnelle inestimable. Nous serions ainsi exactement dans la situation des abeilles qui, cherchant à produire le miel pour elles-mêmes, favorisent en fait la pollinisation générale et la prospérité de la production florale et fruitière. Et on pourrait multiplier les exemples, en parlant du buzz sur internet (mot qui vient du bruit de l’abeille), des modèles d’organisation en entreprises, etc.  

 

Bref, d’Hésiode à Marx, d’Aristote à Mandeville, de Virgile à Proudhon, de Saint Augustin à… Cohn-Bendit, l’abeille n’en finit de nous fournir ses leçons de morale, de politique et de sagesse… Située à de multiples carrefours (animal/végétal, totalité/parties, nature/culture, sauvage/domestique, science/technique, ancien/moderne, technique (nature à maîtriser)/poésie (nature à chanter), elle est le symbole du grand débat de notre siècle : celui du rapport de l'homme à la nature. Jadis l'homme était fini et tout petit par rapport à la nature infinie ; aujourd'hui, l'homme, qui prétendait à l'infini, prend d'autant plus conscience de sa finitude qu'il perçoit celle de la nature. Le spectre de la fin des abeilles le renvoie à l'angoisse de sa propre disparition. Pour qui se pique de philosophie, le monde de la ruche est décidément un beau et vaste sujet…

 

François et Pierre-Henri Tavoillot

http://www.atlantico.fr/

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