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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Il y a une petite chambre en nous, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne, pas même ceux que nous aimons...

13 Septembre 2016, 05:00am

Publié par Grégoire.

Il y a une petite chambre en nous, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne, pas même ceux que nous aimons...

 

Quand Christian Bobin parle, c’est avec une immense douceur, en choisissant et polissant chaque mot, et son regard ne lâche pas le vôtre avant d’être certain de s’être bien fait comprendre. Mais quand il rit, c’est d’un rire énorme, jaillissant, libératoire qui emplit tout l’espace. Et l’un répond parfaitement à l’autre dans l’oeuvre singulière qu’il poursuit depuis trente ans.

TC : Vous venez de publier un livre poétique, Noireclaire, et La prière silencieuse, un superbe recueil de photographies de religieux et religieuses que vous commentez. Ce dernier est plein de lumière et de silence et, d’une certaine façon, on regrette que vous-même n’y figuriez pas.

Christian Bobin : C’est que moi, je ne suis pas un moine. Si je devais me définir, ce que j’évite de faire, mais ce sera une exception, je suis juste, du moins, j’espère être, un passage entre une chose et une autre, pas plus que ça. Il y a quelques jours, dans le bureau où parfois j’écris, qui donne sur un pré, j’ai vu un daim. À ce moment-là, dans ce bureau, j’étais debout et, à la main, j’avais un livre d’une poétesse russe, Anna Akhmatova, une amie de Mandelstam (1). Ce sont des poètes des années 1930, 1940, 1950. Je connaissais la puissance de cette poétesse, ma main droite était comme enflammée par le livre que je tenais et mes yeux ont aussi été enflammés par la vision de cette bête sauvage et délicate que je voyais dans le pré, en train de mâcher quelques touffes d’herbes. J’ai eu le sentiment, difficilement explicable, que je n’étais que le point de rencontre entre une poétesse, morte dans les années 1960, et cet animal sauvage dans le pré. Pour moi, ce lien, ce passage, c’est le travail même de l’écriture. Il est difficilement nommable.

Ce que vous dites est pourtant l’une des étymologies du mot « religieux » : religere, « qui relie ».

Oui, effectivement, je n’y avais pas pensé.

Vous dites que vous êtes un « passage » et non un « passeur », ce n’est pas la même chose.

Le passage est toujours provisoire et je me ressens comme une sorte d’architecture de chair et d’os, et de nerfs et de songes. Dans la rencontre entre cet animal et cet autre être sauvage, la poétesse, j’avais l’impression, moi, radieuse – l’adjectif est important – de n’être rien que cette rencontre, que celui qui avait favorisé la rencontre. Vous voyez ? Il est possible que l’écriture soit, telle que je l’éprouve, toujours de cet ordre-là. J’écris beaucoup par images.

Je vis et je perçois par métaphores, par associations, par images, c’est comme une maladie que j’ai, c’est ma maladie et c’est ma santé. À la seconde où je vois une chose qui me touche, elle fait venir, dans mon cerveau, une autre chose d’un autre domaine, qui l’éclaire. Puisque nous sommes en automne, je vais vous donner un exemple un peu banal, mais je n’en trouve pas d’autre, pour
l’instant. Un marron, la bogue d’un marron, cette sorte de porc-épic, voyez, il y a déjà une image, facile, qu’on peut tous avoir, cette sorte de porcépic contient le bijou brun doré, à l’intérieur de la bogue du marron, c’est velouté, lisse, l’oeil le voit et la main, le doigt qui passe dessus, l’éprouve aussi et le marron lui-même, quand il est sorti, tout neuf après sa chute sur le sol, il a le brillant d’un petit soulier d’enfant ou de poupée. Vous voyez ? Et je vois ça comme ça. Je ne cherche pas les images, elles viennent à moi, moi je suis juste le rassembleur, leur assembleur. C’est plus fort que moi. 

Souvent, je ne vois rien, distraction, absence… mais quand une vision vient, ce n’est pas moi qui en décide, je n’invente rien, il y a un domaine qui vient. Je crois beaucoup à ces échanges. Et, de même entre les vivants et les morts, et de même entre les absents et les présents et pourquoi pas, les anges et les diables, qui sont de même espèce, d’ailleurs, comme on le sait, théologiquement…

Dans un entretien, vous dites une chose un peu étrange. Vous parlez d’une chambre secrète, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne. Vous ajoutez, pas même soi-même. De quoi s’agit-il ?

Ça, c’est la grande force que je me souhaite, que je vous souhaite et que je souhaite à chacun et chacune. Parce que c’est la source d’une grande force, les épreuves viennent à nous, les trahisons s’approchent, les manques, les fins, beaucoup de choses viennent nous heurter et, parfois, nous mettre à bas. Or, il y a une chose qui, dans le grand effondrement, qu’il est inévitable de connaître, doit demeurer intacte, au milieu, comme une chambre d’or au milieu des décombres de toute la maison. Il est à souhaiter que les murs soient inébranlables. 

À l’intérieur de cette chambre, il n’y aurait exactement rien, mais ce rien est plus précieux que tout. Ce rien, pour moi, c’est le visage même du Christ, c’est le visage de Dieu, c’est aussi ce que je peux entrevoir dans l’extrême délicatesse d’un feuillage d’arbre. Ce rien, c’est la chose la plus faible de la vie, de cette vie, qui, parce qu’elle est la plus faible, est invincible. On peut, si vous voulez, convenir d’appeler ça « Dieu ». Mais il me semble que, y compris nos amours, nos passions, n’y ont pas accès. On ne doit pas les laisser entrer, dans cette chambre forte. Nous-mêmes, peut-être, n’avons-nous pas à y entrer, simplement à la garder intacte, comme font, je crois, certaines religions, comme la religion orthodoxe, où un voile sépare les fidèles de l’essentiel, c’était aussi le cas avec le voile du Temple dans le judaïsme. Il faut qu’il y ait un espace intérieur en chacun, dans son coeur où, même ses émois, ses émotions, ses attachements n’entrent pas. 

C’est une pensée qui m’est venue de la fréquentation des livres, et aussi un peu de sa personne, de Jean Grosjean. Jean Grosjean est un poète radical et extrêmement doux, comme tous les gens radicaux. C’est aussi un penseur, et c’est un merveilleux lecteur. Pour moi, c’est le plus grand lecteur des évangiles, et notamment de celui de saint Jean, dont il a fait une lecture pas à pas, verset à verset, dans L’ironie christique, parue chez Gallimard [1991]. C’est un livre que je redécouvre à chaque fois, inépuisable, extrêmement dur vis-à-vis du monde, mais cette dureté n’a d’autre sens que de préserver un amour très délicat. Appelons-le, si vous voulez, l’amour de Dieu. Mais je n’y tiens pas particulièrement. 

Cette chose, dont je parle, qui est à l’intérieur de cette chambre, interne, si je répugne à la nommer, c’est parce que, me semble-t-il, les mots risquent de la faire s’envoler ou disparaître.

Ce que vous dites fait écho à un passage assez mystérieux du livre de Tobie : « Il est bon de tenir caché le secret du roi (2) » (Tb 12,7.11).

C’est magnifique, c’est tout à fait cela. Ça me va très bien, je ne connaissais pas cette phrase, mais ça me va très bien. Elle est bienvenue, aujourd’hui, cette phrase.

Et ce lieu, cette chambre secrète, n’est-ce pas la source de la joie ?

Je pense, parce que c’est la certitude inexplicable d’être sauvé, que le naufrage ne sera jamais total et qu’il n’y aura pas un engloutissement, de tout, de tout ce qu’on a aimé, de tout ce qu’on a été, de tout ce qu’on a espéré, c’est cette réserve, ce retrait intime. Peut-être est-ce, à l’instant de la mort, dans ce lieu que nous nous réfugions, que nous entrons. Ernst Jünger a une très belle image pour parler de la mort, il parle des Portes de la gloire, du passage des Portes de la gloire. C’est assez magnifique à lire cette phrase. Et la joie, c’est le sentiment que ce que vous avez aimé n’est pas perdu, que ce que vous avez espéré va être encore plus grand que tout ce que vous pouviez imaginer et va arriver, et même est déjà là au fond, et même a toujours été là. La joie, c’est de sentir que ce qu’on attend a toujours été à notre côté. 

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Ça s’apparente beaucoup à la foi, ce que vous dites là…

Le mot « foi », j’évite de l’employer, parce que, dans le domaine dit « spirituel », il y a une coulée de conventions qui arrive très vite. Il me semble que les discours religieux, je les connais avant même qu’on ait fini de me parler et, en vérité, j’entends qu’on ne me parle pas, parce que, me parler, c’est me réveiller, me sortir de ma torpeur, de la vie routinière, de la vie somnambule, celle qu’il est inévitable, à un certain moment, de connaître. Me parler, c’est m’arrêter, comme un agent de police peut m’arrêter, comme le Christ, j’imagine, arrêtait tel ou tel qu’il désignait du doigt, ou plus violemment encore, juste d’un regard. 

Beaucoup de discours estampillés religieux me font penser à des étals de fruits, des pommes rutilantes pleines de chimie. Moi, je préfère aller voler une pomme dans un jardin, ces pommes cabossées, étranges, singulières qui ne ressemblent à rien, parce qu’elles n’ont pas subi de traitement industriel. Il y a une industrie du religieux et du spirituel qui est éprouvante et qui, peut-être, peut expliquer les intégrismes, qui explique aussi l’éloignement de très braves gens, quand je dis « les braves gens », c’est les gens qui sont plus hauts que moi, qui sont plus forts, il n’y a pas mieux qu’une personne « brave » au sens d’ailleurs de courageuse et il y a un éloignement des gens, du religieux, dont le religieux est la cause. Voilà, ce n’est pas les gens qui sont en cause, c’est le religieux. Il me semble que c’est ce que dit le pape actuel, qui est un penseur très profond et qui n’a rien de conventionnel. 

Le problème de l’Église, c’est que le serviteur s’est bouclé sur son service, s’est assuré de sa place. Le majordome a pris pour lui toutes les chambres du château… Ça pose un petit problème. Le pape, lui, est un poète. Il n’y a qu’un poète pour rendre le langage aussi vivant. Il restaure un langage qui était devenu un filet d’eau grise, sale, perdue au fond du bénitier où aucune main ne plongeait plus. Parler du bien, parler de la bonté, parler de la lumière, parler de la résurrection, parler de l’amour, ce sont des paroles qui, si elles ne sont pas effilées, aiguisées, vont devenir fades, banales, plus pauvres qu’une chanson de quatre sous. Or cet homme, ce pape, relance – comme on lance des dés – il relance la pauvreté des évangiles, la pauvreté bienheureuse des évangiles, et le langage, qui est le nerf de cette vie. Il le fait avec la matière de l’Évangile, qui est une matière pauvre, mais heureusement pauvre. C’est le cri très violent du Christ : « Je te remercie Père d’avoir caché cela aux lettrés et de ne l’avoir montré qu’aux tout petits. »

Vous qui avez écrit Le très-bas sur François d’Assise, vous avez été touché qu’il choisisse de s’appeler François ?

Ce qui m’a le plus frappé, c’est cette sorte de bienveillance amusée, quand il s’est avancé sur le balcon, le soir de son élection et a imposé silence aux médias du monde entier et à la foule. J’ai compris que toutes les télévisions du monde se taisaient. Leur bruit nous empêche tellement de réfléchir et d’aimer et de vivre ; il faut être très fort pour obtenir ce silence-là. Et, pour les besoins d’une prière, dans le tissu noir qui couvre nos sociétés, il a donné un premier coup de dague. Le tissu s’est déchiré et il y a eu de la lumière qui est venue pendant une minute. La minute de ce silence, c’est le début, c’est le début de sa parole, c’est un coup de tonnerre de silence, il fait taire tout, tout le reste. Il nous fait taire nous aussi. 

C’est le début de son pontificat, c’est-à-dire du déploiement de sa parole et je pense que c’est ça une vraie parole. Parce que, si on veut nous ressusciter, il faut commencer par nous tuer, il n’y a pas d’autre moyen, parce que nous vivons d’une façon tellement horrible qu’il faut commencer d’abord par tuer les pauvres bêtes que nous sommes – je parle ici, évidemment par images. Je le précise tout de suite, parce que je sais que, dans des pays, pas si loin, il y a des gens qui pourraient dire la même chose, mais à la lettre. Je parle en esprit. J’essaye.

Vous citez l’Évangile. Sans doute lisez-vous la Bible. Avez-vous des préférences ?

Les psaumes, les évangiles et, là, je passe assez souvent par un intermédiaire. Ma petite église portative à moi, s’appelle Jean Grosjean. J’aime sa liberté de vif-argent. Et comme lui-même se penche sur la Bible, je me penche par-dessus son épaule, pour voir. Parfois aussi, j’ouvre le livre… J’aime beaucoup la traduction « du Maistre de Sacy », celle qu’avait connue Rimbaud. C’est un très beau français, celui de l’époque de Port-Royal, un français qui atteint une forme cristalline. À cette époque, la langue française arrive à maturité.

La Bible pour moi, est comme un livre de poèmes, c’est une fenêtre que j’ouvre, je regarde par la fenêtre, je regarde ce qui est en train de passer.

À propos de l’écriture, la vôtre, vous racontez une forme de possession. Vous êtes possédé par l’écriture ?

Oui, et par les livres, par la lecture. Je distingue à peine la lecture de l’écriture. Pour moi, ce sont deux électricités, d’intensité égale et qui passent par les mêmes circuits. La lecture est venue avant l’écriture, évidemment, mais, dès que la lecture est venue, quand j’étais enfant, l’histoire, sans doute, était close, pliée, c’est ce chemin-là que j’allais prendre. J’étais captif, j’étais un enfant captif des livres et puis les choses se sont poursuivies et, comme toute bonne vraie maladie, aggravées.

Vous avez écrit : « Peu de livres changent une vie, quand ils la changent, c’est pour toujours. » Quels livres ont changé votre vie ?

Bien avant Jean Grosjean, dans ma jeunesse, deux livres, l’un d’Alexandre Dumas, l’autre de Balzac. Le premier n’a pas la même qualité littéraire que le second mais ce n’est pas ça qui comptait. Celui d’Alexandre Dumas, c’est Le chevalier de Maison-Rouge. L’histoire m’a aimanté. Il s’agit des dernières semaines de la reine Marie-Antoinette avant la mort qui lui est promise. Un chevalier essaye de la sauver et n’y arrive pas. C’est aussi simple que ça. Moi, j’ai quoi ? J’ai 12 ou 13 ans quand je lis ça et je crois comprendre dans cette lecture que le sens de la vie, c’est de sauver une reine de la mort. Le chevalier a échoué, mais moi, je n’ai pas renoncé à y arriver.

Eh bien, dites donc, quel programme, garder le secret du roi et sauver la reine !

Oui, je vous invite au château ! Et on mettra le majordome à la porte! Le deuxième livre est assez voisin mais mieux écrit, c’est Le lys dans la vallée. Là aussi, c’est l’histoire d’un dévouement, d’une dévotion. Je n’ai pas rouvert ce livre depuis mon adolescence mais, dans mon souvenir, c’est un jeune arriviste qui s’éprend d’une femme qui a des enfants. Il y a une histoire entre eux, mais cette femme s’efface à un moment, pour que ce jeune homme prenne son envol, pour qu’il aille là où il doit aller, dans la capitale. C’est le sacrifice de cette femme qui m’a bouleversé. Cette passion m’éclairait plus que tout ce qu’on pouvait me dire à propos de cette vie.

Vous écrivez en pensant être publié. Est-ce aussi pour créer un lien d’intimité avec vos lecteurs ?

Quand j’écris, ce n’est pas que je pense à vous, ou à telle personne ou à tel lecteur en particulier, pas du tout. Mais je voudrais que mon langage contienne assez de silences pour que quelqu’un d’autre y vienne et s’en nourrisse. Pour Noireclaire, quand je l’écris, au départ, il est trois ou quatre fois plus grand. Ensuite, je taille dedans, je coupe, j’enlève le plus possible, parce que, il me semble, que « en disant le moins, vous faites entendre le plus ». Le fait d’écrire en pensant qu’on sera publié, ça vous met en état juste d’éveil. Ça vous incite à ne pas bavarder et à faire en sorte que votre langage, votre langue soit tenue, serrée, de façon à ce que le premier ou la première venue puisse y entrer, et partager et connaître la vision que vous avez eue. L’écriture est une manière étrange de prendre soin des gens que vous ne connaissez pas, et même d’une partie de vous que vous ne connaissez pas. Vous voyez, c’est une façon de prendre soin.

 

Christian Bobin

Né en 1951 au Creusot en Saône-et-Loire où il demeure, il est un écrivain et poète. Il a récemment publié Un assassin blanc comme neige (2012),L’homme-joie (2013), La grande vie (2014), L’épuisement (2015)...

Lire :

  • Noireclaire, Gallimard, octobre 2015, 88 p., 11 €
  • La prière silencieuse, avec Frédéric Dupont, Gallimard, octobre 2015, 136 p., 70 ill., 24,90 €

(1) Ossip Mandelstam est un poète et essayiste russe du XXe siècle.

(2) La citation exacte est : « Il est bon de tenir caché le secret d’un roi, [...] tandis qu’il convient de révéler et de publier les oeuvres de Dieu. »

Photos Christian Adnin

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La poésie ne se vend pas, ne s'est jamais vendue, ne se vendra jamais

11 Septembre 2016, 05:09am

Publié par Grégoire.

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L'Evangile du Gitan

9 Septembre 2016, 05:26am

Publié par Grégoire.

L'Evangile du Gitan

 

Et d'abord, comme au marché on vous fait goûter une cerise, cette phrase de «l'Evangile du Gitan»:

«On croit que les étoiles sont dans le ciel mais elles sont sous nos pas. On les écrase. Ce qu'on voit briller dans la nuit, ce sont leurs cris.»

L'auteur de cette phrase, Jean-Marie Kerwich, a passé son enfance au Canada, sous la neige ensevelissant la caravane familiale. Le feu des érables accusait le feu de son coeur. Il est revenu en France possédé par le rêve d'être heureux avec rien: un verre de rouge, un morceau de soleil jaune et le pain bleu des anges de l'air. Nos rêves sont plus cruels avec nous que notre mort. Loin d'une vie sans embarras, Jean-Marie Kerwich s'est vu sommé par le ciel ou par son inconscient d'écrire «l'Evangile du Gitan». On découvre un texte comme celui-ci deux ou trois fois par siècle. Dans les bons siècles.

 

Né à Paris en 1952, Jean-Marie Kerwich est l'auteur de "l'Ange qui boîte" (Temps qu'il fait) que Jean Grosjean a comparé aux prières de François d'Assise.

L'arrière-grand-père de Jean-Marie Kerwich arrive à cheval de Hongrie en 1786. Il vit en France puis en Algérie où il vole un linceul par jour. Des linceuls cousus il fait un chapiteau. Puis il continue sa cavalcade, traverse le temps, la mort, jette devant la caravane de Jean-Marie des dizaines de linceuls qui deviennent des dizaines de pages blanches sur lesquelles s'écrivent les visions extatiques de «l'Evangile du Gitan». La poésie est le Christ du langage. Un texte par page, à chaque fois un clou en or dans la main divine du réel.

 

Jean-Marie Kerwich a longtemps vécu dans le cirque de ses parents. Les coups ont ouvert son âme à toutes les compassions. La pauvreté lui a légué ses ronces. Pour gagner sa vie il a craché du feu, jonglé dans les cirques qui inquiètent les enfants et dans les cabarets où s'endorment les diables. Il est devenu ce fou pour qui tout existe - de la boîte de sardines qui brille dans l'herbe à la bague en air au doigt de Dieu. Cet homme dont le peuple s'enorgueillit de n'obéir qu'au peuple analphabète a écrit le livre qui manquait à la Bible entre les imprécations de Job et les espérances de David. Son écriture a des douceurs que ne savent avoir que les fauves, un ralenti soudain de la phrase et des silences de neige.

 

Le nom du paradis est le paradis même. Ce livre donne ce qu'il dit. A chaque coup de rame dans l'eau du papier blanc, l'âme du lecteur avance sur le grand fleuve de l'air. Yehudi Menuhin a connu et aimé l'écriture de ce Gitan. Jean Grosjean le mettait à son chevet. La rentrée littéraire est comme d'habitude sinistrement prévisible. Remarqué ou non, «l'Evangile du Gitan» illuminera de son feu de ronces la nuit des temps, quand tous les livres aujourd'hui couronnés seront devenus cendres.

 

Christian Bobin

 

«L'Evangile du Gitan», par J.-M. Kerwich, Mercure de France, 162 p.,

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le problème des nouvelles générations...

8 Septembre 2016, 16:08pm

Publié par Grégoire.

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Exister. Le cheval des poètes

7 Septembre 2016, 04:22am

Publié par Grégoire.

Exister. Le cheval des poètes

 

Lisant le chapitre IV de Promenades et souvenirs de Nerval, j'ai entendu le bruit sec d'une phrase - le même qu'entend le renard quand une de ses pattes vient d'être prise dans une mâchoire de fer. Il n'en sortira pas. Il mourra sur place, ou il lui faudra s'amputer de sa patte captive. Seul un nouvel amour a cette force. La phrase, je la recopie et c'est un délice de peindre la prison où je suis entré sans savoir, réentendre le claquement des mâchoires de l'encre, l'impossible guérison d'une plaie si belle : « Ce n'est pas un accident rare qu'un cheval échappé à travers une forêt. Et cependant, je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » 

Le grand-père de Nerval avait, jeune homme, la garde de ce cheval. Il s'est assis au bord de l'eau, rêveur. Quand il s'est retourné, le cheval avait disparu dans la forêt de Compiègne. Grondé par son père, le jeune homme décida de quitter sa famille. Il partit ailleurs, loin, où il trouva sa future épouse. La mère de Nerval était née de cette union, de cette fugue, de cette bête soudain et à jamais invisible, de cette rêverie au bord de l'eau où du ciel et des nuages prenaient conscience d'eux-mêmes. Je vois ce cheval. J'entends son galop depuis la prison bienheureuse de ma lecture. La voix si douce de Nerval déchire mon coeur comme du papier : « Je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d'une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n'être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d'une parole parfaite en son obscurité. 

Le cheval du songe m'a jeté bas. Ma tête et mon coeur ont éclaté. Demain j'irai chercher du pain, mais ce ne sera que la promenade du prisonnier. Le cheval des poètes est sans cavalier. Il court sur les espaces gelés du monde, assez vite pour que son poids jamais ne fasse céder la glace. Le paradis est cette course. C'est ma plus belle vie, écrire. D'ailleurs, « je n'ai guère d'autre titre à l'existence ». Cette phrase me hante. Sa douceur et sa simplicité me bouleversent. Je ne crois pas aux bruits du monde ni au mutisme des dieux. J'écoute le passage d'une brise. Trois fois rien. Ce qui compte dans une vie tient dans une main d'enfant. Il y a, dans le Concerto numéro 1 pour piano de Mozart, dirigé par Boulez, joué par Yvonne Loriod, au second mouvement, dans le mouvement lent, le chant d'un coucou. C'est furtif. Cela passe plusieurs fois. Ce n'est pas vraiment voulu par Mozart. Ce chant de coucou fait éclater mon coeur. Je passe ma vie dans l'espérance d'entendre ce chant dans un livre, un bois, une mort, partout, surprendre ce très faible et très sûr sourire du Dieu vivant tourné vers nous : car nous n'avons guère d'autre titre à l'existence. 

Christian Bobin.

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Folies...

5 Septembre 2016, 04:57am

Publié par Grégoire.

Folies...

Tout donner, tout perdre et qu'on n'en parle plus. Ne plus penser à rien, c'est commencer à bien penser.

Pourquoi grandir puisque enfants nous touchions déjà le ciel de nos petites mains d'argile rose ?

Le mimosa est entré dans la pièce comme un gros chien ruisselant de soleil qui s'ébrouait, envoyant partout ses ondes jaunes.

Aujourd'hui on n'écrit plus de lettres. C'est comme s'il n'y avait plus d'enfant pour jeter sa balle de l'autre côté du mur.

Ce que j'appelle réfléchir: je dévisse ma tête, je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour la tête s'est allumée. La promenade dure une heure ou un an

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hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

3 Septembre 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

 

 « Un ténor changeait mes os en cristal. Ce n’était rien, juste un chant d’oiseau dans le jardin que traversait une armée en marche des couleurs, sous le casque des fleurs. Je ne voyais pas le prophète, je n’entendais que ses leçons. Il réveillait le soleil. Dieu me rentrait par l’oreille. J’étais reconduit au paradis d’être vivant, donc immortel. Des murailles invisibles s’effondraient sous le chant d’un oiseau inconscient de son sacre, de son don, de sa race divine.

Ses notes tombaient comme une eau surnaturelle sur les flammes de l’enfer. Sois présent, disait l’oiseau : garde tes soucis, garde tes projets, garde tes liens, puisque tu as la faiblesse de tenir à tout ça. Garde tout, mais élève toi d’un cran, ne serait-ce qu’un instant. Hisse-toi sur ce tabouret de joie que je t’apporte, oui hisse-toi un instant qui ne sera plus qu’un instant jusqu’à cette note que je tiens, jusqu’au sans-souci, sans-projet, sans-lien. Jusqu’au rien. 

Chemise gonflée par le vent, l’oiseau chantait à tue-tête les amours de la lumière et du vide. Je goûtais à ce que les morts ne savent plus et que les vivants négligent : la liqueur bleutée de l’air, l’ivresse de renaître par décret solaire. La joie qui me traversait réveillait un consentement à vivre, donc à perdre.

Puis l’écriture sainte s’est envolée. Le soleil a tourné la tête. Une caravane de nuages a traversé le ciel. Je suis rentré dans mon cœur où, par grâce, plus rien n’était en ordre. J’ai cherché dans les livres quelque chose, je ne savais quoi. La bouteille me parle, dit l’ivrogne : bois-moi. Les livres me disent la même chose. Quand je lis, ma tête est coupée et je ma porte dans mes mains comme les saints des vieilles images. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu.

Vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. Cette lumière, ce feu volant de crête en crête, de mot en mot ! (…) 

La vie est un flux de particules lumineuses dont les saints et les oiseaux aident la circulation infinie. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d’oiseau dit tout.»

 

Christian Bobin.

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Fulgurances

1 Septembre 2016, 04:48am

Publié par Grégoire.

Fulgurances

L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.

 

J'ai entrevu assez du paradis pour comprendre qu'il peut être partout.

 

L'essentiel on l'attrape en une seconde. Le reste est inutile.

 

L'éternel est là, sous nos yeux, sous nos pieds, dans une phrase.

 

Christian Bobin, la grande vie.

 

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Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande

30 Août 2016, 05:06am

Publié par Grégoire.

Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande

 

Une des joies éphémères de l'été, c'est de traverser une rivière en sautant sur des pierres.
On écarte les bras comme s'ils étaient des ailes. On appuie les mains sur l'air. On peut glisser, se mouiller un peu, beaucoup. Si on est plusieurs à vivre cette époqée on rit aussi bien de l'échec que de la réussite. Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande. On a dix ans, quinze ans.
C'est l'âge des bandes. On ne sait pas alors qu'on est en train de traverser la chambre en feu de la vie, celle dont chaque fenêtre donne sur l'éternel. On ne sait pas non plus qu'il est aussi indifférent de perdre que de gagner. Il faudra encore des années pour comprendre que les années ne sont rien et qu'il n'y a ni vrai, ni faux, juste la vie-rivière et nos bonds maladroits d'une parole à l'autre.

Christian Bobin, la grande vie.

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C'est harassant de convaincre...

28 Août 2016, 05:43am

Publié par Grégoire.

C'est harassant de convaincre...

Une petite fille mange du chocolat. Il y a plus de lumière sur le papier d'argent enveloppant le chocolat que dans les yeux des sages.

Le livre que je tiens entre les mains se met parfois à sourire.

J'apprends que je suis vivant. Je dois cette bonne nouvelle à l'air qui circule sous une phrase en faisant flotter ses mots, très légèrement, au dessus de la page.

Je ne cherche pas à vous convaincre. C'est harassant, vain et au fond un peu cruel de convaincre. Je voulais juste vous dire qu'un jour j'ai vu, planté dans un livre d'André Dhôtel, un panneau indicateur du paradis. La distance marquée ? Il n'y a pas de distance. L'Eternel est là, sous nos yeux, sous nos pieds, dans une phrase.

Christian Bobin, la grande vie.

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"Louise Amour" à la maison...

26 Août 2016, 04:51am

Publié par Grégoire.

Pourquoi vouloir plus que la stupéfiante lumière des jours sans histoire...?

Pourquoi vouloir plus que la stupéfiante lumière des jours sans histoire...?

à la suite de sa présentation au festival off 2016 en Avignon, Louise Amour part en tournée, à domicile...

Première tournée du 24 sept (Annecy) au 17 oct région parisienne, Reims...

 

Organisez et réservez votre soirée en écrivant à brgregoire@hotmail.com

https://www.facebook.com/louiseamour/?fref=ts

 

"Le visage d'une mère est pour l'enfant son premier livre d’images. Ma mère avait un visage de bon pain et j'aimais, quand elle me soulevait de terre et me portait à la hauteur de ses yeux, tapoter de mes doigts boudinés de garçon de trois ans la mie de ses joues claires. Un peu plus tard, quand je commençai à écrire, vers six ou sept ans, je m'amusai à dessiner de mes doigts quelques mots sur ses joues. Elle fermait les yeux, me laissait faire puis, sans jamais se tromper, disait à voix haute le mot que je venais d'appuyer sur sa chair : eau, feu, terre, lune. Ainsi, celle dont la patience m'instruisait sur l'éternel était-elle devenue ma première page blanche."

Christian Bobin, Louise Amour.

 

 

 

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Parfois la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout

24 Août 2016, 05:16am

Publié par Grégoire.

Parfois la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout

 

Les lumières s’attardent. La noirceur des arbres quand la nuit les enserre est moins grande, moins dure. De grandes choses dorment en nous, toujours, d’un sommeil qu’agite un peu plus la longueur accrue des jours. Quelque chose manque, toujours. A tout ce que nous pouvons faire et dire et vivre, quelque chose manque, toujours. Cette conscience-là, tôt venue, irréductible. On peut vouloir passer outre, s’arranger. Ce qui n’est qu’un seul et inépuisable jour on peut l’oublier, on peut l’amoindrir en jours, en semaines, en mois. S’occuper. Parler et croire que l’on parle. Faire des choses et croire que l’on fait quelque chose. Je préfère pour ma part ne rien faire. Je préfère en rester à ce premier âge du monde, de la nuit, du froid. De cette épaisseur de la nuit, de l’ombre, du gel, je n’ai rien à dire, je ne pense rien. En penser quelque chose serait déjà s’en éloigner. C’est à l’intérieur de cette nuit, de cette non lumière de la vie que je vous écris, mais ce n’est pas d’elle que je vous parle, c’est de tout le reste, de tout ce qui en elle s’abîme, les gestes, les choses, les visages, les mots.  Tout s’en va. Tout lentement s’approche puis lentement s’éloigne. Tout glisse doucement – les voix, les regards – tout glisse doucement sur le côté, sans heurts, comme indépendamment de tout vouloir, comme un glissement de terrain. Et tout se poursuit aussi bien. Les mêmes, choses, toujours. Rien n’est empêché. Apparences du travail, apparences des conversations, apparences des mouvements divers. Vie apparente. Je suppose que c’est là chose banale.  Je suppose qu’il est possible de vivre ainsi longtemps, sur un long temps. Dans cette mort merveilleuse de l’indifférence.  Dans cette horrible aptitude à vivre en l’absence de tout, dans la plus silencieuse des absences. Sans âge. Sans plus vieillir, sans plus souffrir de rien. Sans doute est-ce là cette vie, que l’on dit ordinaire. On peut y mourir. On sait qu’on peut y mourir. On sait aussi que mourir est impossible. On sait tout cela et bien d’autres choses encore, toutes aussi inutiles, toutes aussi encombrantes. Parfois aussi la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout, ce fatras. 

Christian Bobin, Souveraineté du vide

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Eloge de la solitude

22 Août 2016, 05:01am

Publié par Grégoire.

Eloge de la solitude

 

Ce qu’on ignore, on l’appelle, on le nomme. On voit l’amour et la solitude : une seule chambre à vrai dire, un seul mot. De la solitude, nous ne viendrons pas plus à bout que de notre mort. C’est ce qui fait que l’on aime et que le temps passe ainsi, dans l’attente lumineuse de ceux que l‘on aime : car même quand ils sont là, on les espère encore. On touche leurs épaules, on lit dans leurs yeux, et la solitude n’est pas levée pour autant. Elle gagne en beauté, elle gagne en force, mais elle est toujours là. Ce qui a commencé avec nous – avec l’étoile de notre naissance – n’en finira jamais de nous isoler dans l’espace : chacun séparé de tous les autres. Chacun enclos dans son désir, dans son attente.

Nous sommes seuls dans le jour. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour, comme on mène un enfant jusqu’aux rives étincelantes du sommeil. Nous sommes seuls dans le jour, mais nous serions incapables de découvrir cette solitude si quelqu’un ne nous en faisait l’offrande amoureuse. La révélant, en pensant l’abolir. L’aggravant, en croyant la combler. Cette solitude est le plus beau présent que l‘on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s’illumine de nos absences.

Christian Bobin, Lettres d’or

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Poussières. Un ange anglais

20 Août 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

Poussières. Un ange anglais

 

Je me suis précipité dehors et j'ai levé la tête vers le ciel où les dieux dorment depuis deux mille ans : des flammes jaillissaient de la cheminée. Elles avaient la beauté d'un drapeau de prière tibétain. Un bruit sortait du conduit, aussi fort que celui d'un bombardier. Le feu venait de me déclarer sa guerre. Je ne saurai jamais ce qui l'avait irrité. J'ai appelé les pompiers. Ils sont venus dans leur camion jouet d'enfant. Je les ai regardés travailler. Leur manière de ne s'assoupir dans rien, pas même dans l'expérience acquise. Le ralenti de leurs gestes : Confucius grimpant à l'échelle. Puis ils sont partis. Les anges sont du côté du réel. Le plus beau spectacle, c'est de voir quelqu'un faire son travail avec une passion calme. Je me souviens des mains de Glenn Gould sur son clavier : une précision de chirurgien comme s'il fallait, en appuyant chaque touche, déclencher la réponse la plus nette, et vite retirer les doigts de crainte de toucher un nerf. Les anges sont de toutes sortes. Ce qu'ils ont en commun est l'attention à la vie fragile. Je pense à cette femme de ménage qui avait pris un jour de congé pour aller à l'enterrement de Simone Weil où il n'y eut que sept personnes. Elle jeta un petit bouquet tricolore dans la fosse. Ceux qui étaient là, voyant le geste de cette femme pauvre, comprirent alors qu'ils venaient d'enterrer une sainte. La vie est la chose la plus délicate au monde. D'ailleurs ce n'est pas une chose. Comment dire : une grande délicatesse circule dans l'air, confondue avec lui. Une délicatesse que nous respirons et dont nous n'avons que rarement conscience. La nonchalance d'un roseau écoutant un ruisseau lui faire la cour. C'est là un ange supérieur qui fait tout en ne faisant rien. Un jour, j'ai vu une mousse dans la fissure d'un trottoir. Une espérance verte poussée là, plus forte que le ciment et infiniment moins prétentieuse. Je me suis accroupi pour mieux voir. Un ange a traversé mon crâne. C'est avec ses yeux à lui que j'ai vu la mousse couvrir sans bruit la ville industrielle, réenchanter de sa lumière fluorescente nos amours imprécis. La ville a disparu et moi avec. Je me suis relevé quelques siècles après. Un autre monde luit, proche comme une belle pomme tombée dans l'herbe. La délicatesse des poètes protège ce monde, en tient la porte ouverte. Les anges font leur nid dans les poèmes comme les abeilles dans un arbre creux. Deux jours après l'incendie j'ai fait venir le ramoneur. Le soin qu'il donnait aux cendres, au bois et aux tuiles, était le même soin que les poètes essaient d'avoir pour leurs phrases, exactement le même. Nos catastrophes attirent des anges plus sûrement que nos triomphes.

Christian Bobin

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QUI IRA LE PREMIER ENTERRER L’AUTRE ?

18 Août 2016, 05:57am

Publié par Grégoire.

QUI IRA LE PREMIER ENTERRER L’AUTRE ?

Chaque jour, je reçois beaucoup de livres, beaucoup de livres que je n’aurais jamais achetés, beaucoup de livres que je garde parce que je ne jette pas les livres, beaucoup de livres accompagnés de lettres qui me rendent d’autant plus hommage que l’index, les notes et la bibliographie m’ignorent, beaucoup de livres à compte d’auteur, autrement dit, de non-livres… Depuis plus de vingt-ans, je peux compter sur les doigts de la main ceux que je reçois et dont je m’étais dit que je les achèterais…

Au courrier du deux janvier, je découvre dans une enveloppe trois petits livres parus dans la collection Blanche de Gallimard : Un peuple de promeneurs, sous-titréHistoires tsiganes, Sur l’épaule de l’ange (avec une demie page de préface de Christian Bobin dont le nom n’est pas sur la couverture), et Paroles perdues (avec une préface de Jean Grosjean). Leur auteur ? Alexandre Romanès. L’un des trois ouvrages possède une (belle) dédicace écrite horizontalement sur la page.

Il faut toujours moins d’une minute pour savoir ce que vaut un livre : le tout est dans la partie, le grand tout se trouve même dans la petite partie. Dix phrases disent dix livres. Je tombe en arrêt… J’ignore tout de cet auteur qui me stupéfie… Ce joueur de luth, ancien dompteur de lions ayant créé le seul cirque tzigane au monde, publie des poèmes qui pulvérisent ce petit monde de la poésie qui s’agenouille habituellement devant l’ésotérisme, l’intellectualisme, le cérébralisme…

Cet homme qui a appris tardivement à lire et à écrire fut l’ami de Genet et de Grosjean. Il écrit comme Dieu devait écrire après avoir créé le monde : simple et sobre, direct et droit, efficace et précis, économe et franc, fort et clair, ferme et lumineux, compact et juste. Un poète qui affirme :  « Ce qui ne compte pas, / il faut se battre pour l’avoir », ou bien : « Qui ira le premier enterrer l’autre ? », ou bien encore : « Quand on m’a dit ‘elle est morte ‘, / je n’ai pas versé une seule larme : / j’ai marché toute la nuit », celui-là fait partie des plus grands. Alexandre Romanès est un moraliste du grand siècle et un fabuliste en prose, un connaisseur du cosmos et un homme avisé des gens, un sage sans livres et un nomade enraciné dans l’univers.

En une poignée de mots qui auraient pu se contenter d’être dits, mais jamais écrits, il raconte : l’amour de ses filles, la rudesse d’un ancêtre aimé, la mort du père, la grandeur de la famille, la simplicité de Dieu, le sens de la mort et celui de l’or, la culture des coups, le rôle cardinal des femmes, le mépris de ce qui s’achète, le trésor de l’air, du vent, des étoiles, des paysages, le goût des voyages, la vanité de la propriété (à la mort du plus ancien des deux dans un couple, on brûle tout ce qu’il a, personne n’hérite…), la méchanceté du monde, la grande tristesse des morts, la facilité du bonheur, le sens de l’honneur, la véritable aristocratie, la pierre tombale.

J’ai pleuré, suffoqué ; j’ai lu, relu, lu encore ; j’ai admiré les coups du boxeur et l’élégance du fleurettiste, l’efficacité du tireur à l’arc et la force du lutteur ; j’ai souri et ri aussi à l’humour, à la drôlerie des histoires tziganes, entre le désespoir des caniveaux et l’extase dans la voie lactée. J’ai reposé les livres lus tard dans la nuit, et me suis dit : « Voilà un homme »…

©Michel Onfray

 

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Lumières

16 Août 2016, 05:52am

Publié par Grégoire.

Lumières

 

Non je ne suis pas mort, je ne suis pas seul,
tant qu’avec ma compagne mendiante
je savoure l’immensité des plaines,
et la brume, et la faim et la tempête.

Dans la splendide pauvreté, dans la somptueuse misère,
je vis seul, satisfait et serein,
ces jours et ces nuits sont bénis
et le travail mélodieux est innocent.

Malheureux celui qu’un aboiement épouvante
comme son ombre et que fauche le vent,
misérable celui qui à demi vivant
demande à son ombre la charité.

Ossip Mandelstam, Cahiers de Voronèje

 

 

“Ce qui s'enfuit du monde c'est la poésie. La poésie n'est pas un genre littéraire, elle est l'expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l'intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.”

― Christian Bobin.

 

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La joie...

14 Août 2016, 05:11am

Publié par Grégoire.

" A l'agitation de la lumière, les fleurs répondent par une seule phrase indéfiniment répétée : c'est pas grave, c'est pas grave."

" A l'agitation de la lumière, les fleurs répondent par une seule phrase indéfiniment répétée : c'est pas grave, c'est pas grave."

 

"La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu."


Christian Bobin, Le Très Bas.

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Ce qu'il reste d'une personne aimée...

12 Août 2016, 05:15am

Publié par Grégoire.

Ce qu'il reste d'une personne aimée...

 

"Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée."


C.Bobin, entretien

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Déménagement...

10 Août 2016, 06:04am

Publié par Grégoire.

Déménagement...

Quittant le Sud-Est pour le Nord-Ouest, ma voiture a fait des siennes : turbo mort, démarreur fendu... 1300€ de réparations. Rude après un festival d'Avignon pas aussi reluisant que les autres années.

Je me permets ainsi de mendier très simplement un peu d'aide à ceux qui pourrait.

Merci.

Grégoire.

 

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Légèreté est notre loi...

8 Août 2016, 05:07am

Publié par Grégoire.

 Légèreté est notre loi...

La légèreté vous ne l'aimez ni dans la parole, ni dans le sang, ni dans rien. Partout vous la chassez d'un froncement de sourcils comme une vache balaye de sa queue une mouche importante.

Revenons aux choses sérieuses, dites-vous, revenons à ces choses qui, pour être sérieuses, ne peuvent être que sévères.

Pour la vérité vous avez la morale.
Pour l'amour vous avez la raison.
Pour le chant vous avez la cage.
Pour toutes choses vous avez la pesanteur nécessaire, l'ombre suffisante.

La pesanteur est votre toit, la pesanteur est votre chaise.

Nous avons mis du temps, nous avons mis beaucoup de temps avant atteindre au plus léger. 
...

Christian Bobin, L'AUTRE VISAGE
 

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L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques‏

6 Août 2016, 05:21am

Publié par Grégoire.

L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques‏

Quand le pape François fait le constat que la majorité des mariages catholiques ne sont pas valides, il pose un diagnostic mais il ne modifie pas une virgule de la doctrine catholique. Pourtant il provoque des réactions hystériques chez un certain nombre de fidèles.

 

C’est plutôt curieux car, pourvu qu’on se donne la peine d’aller lire ce qu’il a effectivement déclaré et non les citations hors contexte voire carrément tronquées que l’on trouve sur la réacosphère, on constate que tout ce qu’il dit est dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église sur le sacrement de mariage : le mariage est indissoluble dès lors qu’il est valide sacramentellement ce qui suppose que certaines conditions de validité soient réunies au préalable. C’est ce qui explique que dans certains cas l’Église reconnaisse a posteriori que certains mariages que l’on croyait valides ne l’étaient en fait pas. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de nullité de mariage (et non l’annulation du mariage).

 

Le constat qu’il fait sur l’état d’immaturité affective, psychologique et spirituelle de nombreux catholiques n’est malheureusement pas surprenant quand on se donne la peine d’ouvrir les yeux sur la réalité. Si tel n’était pas le cas nous n’aurions pas tous ces débats sur la question des divorcés-remariés. Rien de nouveau sur ce point.

 

Pourtant quand il dit tout haut ce que tout le monde constatait jusque là sans oser le dire à haute et intelligible voix, certains catholiques s’offusquent. D’autres expriment leur réprobation en s’étonnant ouvertement.

 

Mais ce qui est étonnant n’est-ce pas plutôt l’allergie d’un certain nombre de catholiques à l’honnêteté du pape François ?

 

De même quand le pape François déclare que « l’Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu’elle a offensées », il ne fait que rappeler l’Évangile : il invite à la conversion ceux qui se sont comportés de manière non charitable envers les personnes homosexuelles et il s’inclut lui-même dans le lot. En revanche il ne change rien sur la position de l’Église à propos de l’homosexualité. En ce sens il n’a pas changé depuis qu’il a organisé l’opposition à la loi sur le mariage homosexuel en Argentine….

 

Pourtant certains catholiques se disent déstabilisés. Mais n’est-ce pas précisément leur réaction qui est déstabilisante ?

 

Qu’y a-t-il de déstabilisant à prêcher aux catholiques la conversion du cœur et du regard ? Qu’y a-t-il de déstabilisant à leur dire que s’ils ont blessé un frère ou une sœur ils doivent lui demander pardon ? Ce que dit le pape François correspond à l’esprit et la lettre même de l’Évangile. Le lui reprocher quand on est adepte de la religion de l’amour, c’est une contradiction manifeste et grotesque à la fois.

 

Mais c’est surtout l’indice que quelque chose ne tourne pas rond. Du moins dans certains milieux. Car les préventions contre le pape François sont loin d’être partagées par tous à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église….

 

Les réactions hystériques d’une certaine frange de catholiques

 

Certains milieux catholiques s’acharnent à critiquer le Pape au nom d’une identité catholique qu’ils confondent avec la somme des mauvaises habitudes, des partis pris et des préjugés qu’ils ont hérités de leur famille et de leur milieu. C’est cet héritage qu’ils assimilent au dépôt de la foi, et qu’ils accusent le Pape de vouloir brader.

 

Ils ne lui pardonnent pas de rappeler que la seule identité du chrétien est de suivre le Christ et que cela suppose très souvent de changer beaucoup de choses en soi et autour de soi… et de rompre donc avec les préjugés et les solidarités de son milieu d’origine.

 

Un certain nombre de catholiques par héritage refusent de devenir des chrétiens par choix. Ils font ce qu’on appelle en équitation un refus d’obstacle et tentent de faire passer leur raideur et leur dureté de cœur pour de la fidélité au magistère de L’Église.

 

D’où le paradoxe de ces catholiques qui se se réfèrent davantage à la pensée de Charles Maurras et de Pierre Gattaz qu’à celle des Pères de l’Église et qui se veulent plus catholiques que le Pape au point de prétendre lui donner des leçons de catholicisme. Quand ils ne l’accusent pas carrément de trahir le dépôt de la foi !

 

Sous prétexte de dénoncer les méfaits, bien réels, du clergé et de l’épiscopat français qui avaient pris prétexte de Vatican II pour justifier leurs propres fantaisies (pastorales, théologiques, liturgiques et morales) et in fine leur propre apostasie, certains milieux catholiques veulent en faire porter la responsabilité à un pape argentin qui n’y est pour rien !

 

Catholiques ou néo-protestants ?

 

La contradiction manifeste entre ce qu’ils disent être – à savoir des catholiques qui se veulent fidèles à l’autorité de l’Église parce qu’elle est guidée par l’Esprit saint –, et leur comportement de protestants – ils dénient au pape son autorité intellectuelle, spirituelle et morale – saute aux yeux de tous sauf d’eux-mêmes. Ils semblent les seuls à ne pas en être conscients.

 

Mais ce qu’il y a de plus absurde dans ce genre de comportements c’est qu’ils sont délibérément blessants et qu’ils ne reculent devant aucun procédé malhonnête et malveillant : insultes, calomnies, insinuations, citations tronquées ou citées hors contexte, accusations sans preuves… Toute la petite panoplie du manipulateur au complet (ou plutôt au complot).

 

Ces comportements prennent le contrepied de ce que le Christ nous a demandé (aimer notre prochain comme nous mêmes). Ceux qui utilisent de tels procédés refusent au pape François non seulement la présomption d’innocence, mais surtout refusent d’adopter envers lui le parti pris de la bienveillance. Ce sont des contre-témoignages pour tous les non-chrétiens. Ils découragent les meilleurs volontés et font fuir les autres.

 

Une telle attitude traduit (trahit ?) chez ceux qui l’adoptent une malveillance profonde indissociable d’une forme d’orgueil consistant à se considérer, eux, comme le conseil d’administration de l’Église et le pape François comme un PDG d’entreprise qui devrait leur rendre régulièrement des comptes et surtout leur donner satisfaction.

 

Malheureusement pour eux L’Église a été voulue et conçue par le Christ et le Pape désigné par l’Esprit saint. Ne pouvant le destituer ils se consolent en le mettant en cause, un peu comme quand Alain Juppé avait dit de Benoît XVI qu’il commençait « à poser un vrai problème » et qu’il vivait « dans une situation d’autisme total ».

 

L’opposition au Pape et le refus de l’Évangile

 

Ce qui est reproché au Pape, c’est au fond de demander aux catholiques d’être fidèles à l’Évangile. Le pape François nous met en garde contre le risque ou plutôt contre la tentation de préférer défendre le contenant (la culture chrétienne) plutôt que de vivre de son contenu (le Christ).

 

Ce que certains catholiques lui reprochent, c’est de leur rappeler que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais qu’il recherche des témoins et ce n’est pas la même chose (sinon il aurait appelé des légions d’anges pour échapper à sa Passion).

 

Ce qui lui est reproché par certains athées pieux, c’est de dire tout haut que les catholiques européens ne sont pas ici-bas pour rappeler à des masses ignorantes les beautés de l’art roman mais pour leur annoncer la bonne nouvelle de notre rédemption par Jésus-Christ en commençant par vivre eux-même en cohérence avec cette Bonne Nouvelle.

 

Certains le détestent parce qu’il leur rappelle qu’ils ont une mission : témoigner par leur vie et par la parole que Dieu est un Dieu d’amour et que Lui seul peut combler l’aspiration fondamentale de l’être humain à être aimé (« Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, Répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui, sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’amour absolu de toute éternité »).

 

Ce qu’ils détestent par dessus tout c’est quand le pape François leur rappelle que cette responsabilité leur incombe aussi à eux en tant que baptisés, qu’ils ont un devoir d’exemplarité parce que la sainteté n’est pas une option qu’ils pourraient décider de ne pas prendre mais qu’elle est leur vocation unique, leur seule raison d’être ici-bas et la condition de leur salut.

 

 

 

Catholiques ou islamo-chrétiens ?

 

Certains le haïssent parce qu’ils ne veulent pas entendre que la foi chrétienne est la foi en un Dieu tout-puissant qui a décidé d’avoir besoin de nous pour réaliser le salut de l’humanité. Ils lui préféreraient un Dieu musulman qui leur commande d’utiliser la force.

 

Leur obsession de l’islam est le reflet de leur envie et l’expression de leur regret de ne pouvoir exalter leur propre volonté de puissance, à l’image de ces musulmans qui peuvent justifier leur volonté de dominer en invoquant le jihad et imposer, quand ils sont en position de force, le statut dedhimmis aux non-musulmans….

 

De même que l’amour rend intelligent, la malveillance rend aveugle. A force de vouloir faire dire au Pape ce qu’il n’a pas dit, par exemple en l’accusant d’avoir dit que tous les mariages étaient nuls, les ennemis du pape François se condamnent à ne rien comprendre.

 

Car en posant un diagnostic sans complaisance sur la réalité de certains mariages célébrés dans les formes, il pointait du doigt les conséquences de l’apostasie et du laxisme d’un certain nombre de responsables du clergé qui ont renoncé à éclairer les consciences en refusant de célébrer un mariage sacramentel quand les conditions de validité n’étaient pas réunies !

 

En refusant d’écouter ce que le pape dit réellement et en préférant le calomnier, les catholiques qui aiment le détester se condamnent à la cécité volontaire.

 

L’hystérie que déclenche le pape François chez certains ne nous dit rien de ce que fait ou pense le Pape mais elle nous en apprend beaucoup sur l’état de conscience de ses détracteurs.

 

De ce point de vue, l’allergie au pape François est un bon révélateur des incohérences et des turpitudes de certains milieux catholiques. En un sens c’est une bonne nouvelle : les masques tombent !

http://fr.aleteia.org/2016/07/08/lallergie-au-pape-francois-est-un-revelateur-des-turpitudes-de-certains-milieux-catholiques/

 

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Prophétisme de Joseph Ratzinger sur l'Eglise...

4 Août 2016, 05:13am

Publié par Grégoire.

Prophétisme de Joseph Ratzinger sur l'Eglise...

Retranscription d'une interview radiophonique de 1969 de Joseph Ratzinguer...

 

 

« Je pense, non, je suis sûr, que le futur de l’Église viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra pas non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilité, qui cherchent à échapper à la passion de la foi, considérant comme faux ou obsolète, tyrannique ou légaliste, tout ce qui est un peu exigeant, qui blesse, ou qui demande des sacrifices. Formulons cela de manière plus positive : le futur de l’Église, encore une fois, sera comme toujours remodelé par des saints, c’est-à-dire par des hommes dont les esprits cherchent à aller au-delà des simples slogans à la mode, qui ont une vision plus large que les autres, du fait de leur vie qui englobe une réalité plus large. Il n’y a qu’une seule manière d’atteindre le véritable altruisme, celui qui rend l’homme libre : par la patience acquise en faisant tous les jours des petits gestes désintéressés. Par cette attitude quotidienne d’abnégation, qui suffit à révéler à un homme à quel point il est esclave de son égo, par cette attitude uniquement, les yeux de l’homme peuvent s’ouvrir lentement. L’homme voit uniquement dans la mesure où il a vécu et souffert. Si de nos jours nous sommes à peine encore capables de prendre conscience de la présence de Dieu, c’est parce qu’il nous est tellement plus facile de nous évader de nous-mêmes, d’échapper à la profondeur de notre être par le biais des narcotiques, du plaisir etc. Ainsi, nos propres profondeurs intérieures nous restent fermées. S’il est vrai qu’un homme ne voit bien qu’avec le cœur, alors à quel point sommes-nous aveugles ?

 

Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle

Quel rapport tout cela a-t-il avec notre problématique ? Eh bien, cela signifie que les grands discours de ceux qui prônent une Église sans Dieu et sans foi ne sont que des bavardages vides de sens. Nous n’avons que faire d’une Église qui célèbre le culte de l’action dans des prières politiques. Tout ceci est complètement superflu. Cette Église ne tiendra pas. Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle. Un prêtre qui n’est rien de plus qu’un travailleur social peut être remplacé par un psychologue ou un autre spécialiste. Un prêtre qui n’est pas un spécialiste, qui ne reste pas sur la touche à regarder le jeu et à distribuer des conseils, mais qui, au nom de Dieu, se met à la disposition des Hommes, est à leurs côtés dans leurs peines, dans leurs joies, dans leurs espoirs et dans leurs peurs, oui, ce genre de prêtres, nous en aurons besoin à l’avenir.

 

L’Église sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro

Allons encore un peu plus loin. De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges. Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.

 

L’Église ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession

Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant. Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.

 

Le temps de « l’Église des doux » arrivera

L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle. Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.

Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle. »

 

Il est possible d’approfondir ces questions et de retrouver l’intégralité de ces propos en lisant l’ouvrage de Joseph Ratzinger La foi chrétienne hier et aujourd’hui.

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Tout est là...

2 Août 2016, 04:54am

Publié par Grégoire.

Tout est là...

 

"Plongez vos mains dans une rivière. Regardez l'eau qui se heurte à cet obstacle imprévu, sa manière gaie de le tourner. Laissez la fraîcheur monter de vos mains à votre âme. Accroupi, tête vide, comme un enfant devant un grillon, écoutez l'eau qui passe, l'insolence claire du temps qui fuit : vous venez de sentir, de voir, d'entendre une sonate de Mozart pour violon et piano."

 

Christian Bobin, Mozart et la pluie

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La Bretagne...

31 Juillet 2016, 05:12am

Publié par Grégoire.

La Bretagne...

Je reviens de Bretagne, mon amour. La Bretagne est une terre belle comme l’enfance : les fées etles diables font bon ménage. Il y a des pierres, de l’eau, du ciel et des visages – et  ton nom partout chantant dessous le nom des pierres, de l’eau et des visages.

 

Cela fait bien longtemps que je ne sors plus sans toi. Je t’emporte dans la plus simple cachette qui soit : et je te cache dans ma joie comme une lettre en plein soleil.

 

Il y a en Bretagne beaucoup d’églises, presque autant que de sources et de diables. Dans une chapelle, j’ai vu un bateau large comme deux  bras ouverts. Il ne portait ni voiles ni mât – rien d’autre que des bougies. On aurait dit un jouet d’enfant. Sur la coque, ce nom en peinture bleue : A l’abandon de Dieu. J’ai aussitôt pensé à toi : ce petit bateau c’est ta vie et c’est toi mon amour. C’est la pureté de ton cœur mille et mille fois naufragé, mille et mille fois reprenant le large, emportant avec lui cette lumière qui le brûle et le lave.

Christian Bobin, L’inespérée

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Les moments les plus lumineux de ma vie...

29 Juillet 2016, 04:51am

Publié par Grégoire.

Les moments les plus lumineux de ma vie...

 

"Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchant dans la rue. Je ne pense plus à hier et demain n'existe pas. Je n'ai plus aucun lien avec personne et personne ne m'est étranger. Cette expérience est simple. Il n'y a pas à la vouloir. Il suffit de l'accueillir, quand elle vient. Un jour tu t'allonges, tu t'assieds ou tu marches, et tout vient sans peine à ta rencontre, il n'y a plus à choisir, tout ce qui vient porte la marque de l'amour. Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas indispensables à la venue de ces instants extrêmement purs. L'amour seul suffirait. Je ne décris là qu'une expérience pauvre que chacun peut connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, oubliant même que l'on existe, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie." 

 

Christian Bobin, Mozart et la pluie

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