Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Giorgio Morandi

13 Mars 2015, 09:39am

Publié par Grégoire.

Giorgio Morandi

"L'oeuvre d'art est processus de réminiscence : le temps retrouvé. La vision de ce qui n'est plus simplement dans le temps, mais qui a le temps en lui, comme temps accompli, intemporalité, éternité. Il ne s'agit pas de la projection d'une mémoire volontaire mais de l'acte de dévoilement, par lequel quelque chose se rend manifeste, devient visible en devenant lumière.(...) grâce à sa transfiguration par cette méditation du peintre. Plus il s'absorbe dans les choses, moins elles sont disponibles, et plus elles apparaissent comme des réalités immatérielles et spirituelles.

Un temps qui passe et ne passe plus d'être passé : dans le tremblé des contours…"

"Morandi" - Lumière et mémoire par Youssef Ishaghpour. (éditions Léo Scheer - farrage)

 

 

"Maintenant je m'aperçois que ma vie ressemble déjà à ce que j'ai écrit, comme si c'était scénarisé d'avance, il me suffit juste de le fixer sur le papier. Un peu comme un des peintres que je préfère, Morandi, qui peignait ses natures mortes très rapidement avec une vivacité terrible, mais qui passait des heures avant à mettre les objets en place, à trouver la véritable lumière sur ses fioles, bocaux, vases, jusqu'à ce que la réalité ressemble déjà à du Morandi... Après, il n'avait plus qu'à la peindre."

Marc-Édouard Nabe, Coups d'épée dans l'eau.

"Avec Morandi, la nature calme-silencieuse (dite "morte") n'a jamais mieux mérité son nom. Un souffle monte incessant de ces amphores ramenées d'on ne sait quelle vase. La pâte fine et rapide décape les formes, dans une touche violente d'une délicatesse inconcevable. Nous sommes au fond des océans depuis des milliards d'années."

Marc-Édouard Nabe, Flacons, bocaux et fioles grises.

 

Voir les commentaires

La médecine moderne va droit dans le mur

13 Mars 2015, 07:32am

Publié par Grégoire.

La médecine moderne va droit dans le mur

La médecine moderne va droit dans le mur?

La plupart des gens ont au contraire l’impression de progrès spectaculaires : imagerie médicale, transplantations, chirurgie robotisée, ingénierie génétique…

Les journaux annoncent presque quotidiennement des progrès incroyables. Ces derniers jours encore, on apprenait qu’il était désormais possible de restaurer la vue dans certains cas grâce à des « implants rétiniens ». Cela consiste à implanter des photorécepteurs artificiels dans l’œil des personnes souffrant de dégénérescence maculaire. Ces implants stimulent les cellules nerveuses fonctionnelles de la rétine et transmettent la stimulation au cerveau via le nerf optique. C’est pas du progrès, ça ?

Mais la médecine moderne a deux visages.

Où sont les êtres humains ?

D’un côté, il y a la médecine qui fait les unes des journaux, et la fortune de certains entrepreneurs dans les biotechnologies : nouvelles molécules, nouvelles prothèses, cœur artificiel, implants rétiniens, pacemakers, découvertes génétiques, etc.

De l’autre, et c’est le revers de la médaille, il y a la face obscure de la médecine. La médecine qui laisse en plan les principales souffrances qui frappent l’humanité, comme si ce n’était pas son problème.

Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) paru le 14 mai 2014, la dépression est aujourd’hui la principale maladie affectant les adolescents dans le monde entier. Viennent ensuite les maladies et problèmes de santé liés au tabac, à la drogue, à l’alcool, le sida, la nutrition, la violence et l’automutilation (!). Les suicides représentent la troisième cause de mortalité de nos jeunes à l’échelle mondiale [1].

Ce rapport montre aussi que moins d’un adolescent sur quatre effectue suffisamment d’exercice physique, soit au moins une heure par jour. Que la grande majorité, y compris dans les pays développés, se nourrit extrêmement mal.

Dans certains pays, un adolescent sur trois est obèse. Cela veut dire que tous ces adolescents seront demain, et pour certains dès aujourd’hui, les proies du diabète, des maladies cardiovasculaires, de l’arthrose, du cancer, de la stérilité, de la dépression et j’en passe. Car chez l’être humain, tout est lié.

Ces problèmes vont-ils être résolus uniquement par nos chercheurs qui cherchent la nouvelle molécule miracle, le nouveau gène, le nouvel implant ? Non ! Bien sûr que non.

La solution ne viendra que d’une révolution douce, où la médecine reprendra conscience de sa mission : prendre soin des personnes humaines, avec toutes leurs dimensions, toutes leurs fragilités, et toutes leurs forces, y compris leurs forces morales et spirituelles.

La technique, oui, mais à condition qu’elle reste dirigée vers le bien des êtres humains, qu’elle soit au service de la relation médecin-patient.

Médecine pour tous ou pour personne ?

Médias et hommes politiques n’ont à la bouche que des slogans sur la « médecine pour tous » et « l’accès généralisé aux soins ». En réalité, notre médecine est surtout devenue une médecine à la chaîne, industrielle et anonyme, où vous avez parfois l’impression d’être traité comme un animal.

On vous vaccine, on vous perfuse, on vous « met sous traitement », on vous opère, et l’on vous engueule si vous vous plaignez.

Retour aux temps obscurs

Mais à force de considérer la maladie comme de simples facteurs biologiques à corriger indépendamment de la personne qu’on traite, la médecine court un risque inattendu.

Celui de retourner aux temps obscurs où la maladie était considérée comme une malédiction divine,où le malade croyait qu’il ne pouvait rien faire pour hâter sa guérison sinon se confier corps et âme aux sorciers qui lui promettaient de le libérer des maléfices.

Or, aujourd’hui, que demande-t-on au malade à l’hôpital ? De s’en remettre à la Science, même s’il n’y comprend rien, tout comme on demandait autrefois au malade de s’en remettre aux pratiques mystérieuses du sorcier.

Le malade qui passe dans des machines (radios, scanner, IRM) produisant des images colorées auxquelles il ne peut rien comprendre, qui subit des examens et analyses truffées d’acronymes que personne ne lui explique, qui avale des médicaments aux noms bizarres (salbutamol, ézétimibe…) sans avoir la moindre idée de leur mécanisme d’action ni de leur danger, n’est plus très éloigné de l’homme, dans la tribu primitive, qui se soumet aux rites imposés par le guérisseur.

Le résultat est que de plus en plus de gens se laissent aller à la fatalité. Ils oublient que c’est d’abord à eux qu’il revient de se prendre en main, pour retrouver durablement la santé.

Médecin ou sorcier ?

Le médecin se rapproche du sorcier quand il cède à la tentation de s’adresser à son patient comme à un enfant incapable de comprendre, et se comporte comme s’il détenait seul les formules magiques capables de guérir.

Son jargon n’est plus accessible au commun des mortels. Le malade est alors obligé de se soumettre sans comprendre aux procédures qu’on lui impose, exactement comme l’ensorcelé s’adressant au sorcier.

À une infirmière qui posait un « monitoring » à ma femme qui allait accoucher, je me suis permis de demander que représentaient les différentes courbes et numéros qui s’affichaient sur les écrans. « Là, c’est la saturation en O2, ici c’est la tension diastolique » me répondit-elle, ou quelque chose du genre, avant de s’enfuir, comme si ce charabia pouvait avoir la moindre signification pour la personne lambda.

Une erreur colossale

Il est normal, nécessaire même, que les scientifiques se préoccupent de médecine.

Mais la médecine n’est pas seulement une science. C’est aussi un art. Un art qui fut développé par des personnes habitées de sentiments humanistes et charitables, qui voulaient aider leur prochain à mieux vivre en soulageant leurs douleurs.

Quand vous avez affaire à une personne obèse, tabagique, alcoolique, sédentaire, dépressive, vous ne pouvez pas vous contenter de lui prescrire des analyses et des médicaments. Les qualités humaines, l’écoute, la compassion, le bon sens, sont indispensables pour réussir à vraiment l’aider.

On attribue cette phrase au fondateur de la médecine expérimentale, Claude Bernard : « Le microbe n’est rien, le terrain est tout » [2].

C’est une manière de dire qu’il faut s’intéresser à la personne avant de s’attaquer à la maladie.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

http://www.santenatureinnovation.com/la-medecine-va-droit-dans-le-mur/

Voir les commentaires

Une nouvelle guerre de religion?

12 Mars 2015, 11:44am

Publié par Grégoire.

Une nouvelle guerre de religion?

Diplômé de Polytechnique, de l'École nationale supérieure des pétroles et moteurs ainsi que d'une maitrise de philosophie, Luc Ravel est évêque du Diocèse aux Armées Françaises depuis 2009.

 

Une nouvelle guerre de religion? Quel drôle de titre pour une conférence de carême!

Je ne suis ni sociologue, ni politologue, ni polémologue. Cette conférence participe néanmoins totalement de ma mission d'évêque. Un évêque ne parle pas que de Dieu et de l'Église mais aussi du monde. Le concile Vatican II l'explique très clairement et donne la méthode pour comprendre le monde: «Pour mener à bien cette tâche, l'Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l'Évangile, de telle sorte qu'elle puisse répondre, d'une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques.» (Gaudium et Spes, 4)

Observons attentivement le monde pour ne pas nous emballer sur des tigres de papiers ou des sous-évaluations d'événements pourtant considérables. Or, non seulement le monde est compliqué mais on redouble sa complexité par un langage déraisonnablement incorrect. Ainsi on nous retient de parler d' «Islamisme» au motif que nous ferions des amalgames. Le français, jugé incapable de réfléchir par lui-même, ne serait-il plus capable que de faire des distinctions évidentes! C'est irritant pour notre amour-propre. Mais ce qui est outrageant pour la raison, c'est que le discours, dans le même temps, nous explique que la laïcité est menacée.

L'homme que je suis s'interroge: pourquoi la laïcité est-elle menacée si aucune religion n'est impliquée dans les attentats?

Regardons les faits, examinons-les de près en toute objectivité.

Au cours de ces cinq dernières années, dans le monde s'allument des foyers nouveaux de guerres nouvelles. Les révolutions arabes, la persécution des chrétiens en Inde ou au Sri Lanka, les horreurs de Boko Haram au Nigéria, la guerre sans nom de Daesh en Irak et en Syrie et tant d'autres brasiers de violence et d'horreurs comportent tous une question religieuse à un titre ou à un autre. La religion fait systématiquement son apparition comme cause explicite de ces nouvelles guerres. Subitement des millions de chrétiens découvrent qu'ils ne peuvent pas être indiens s'ils ne sont pas hindous. Des millions de coptes découvrent qu'ils ne sont pas de vrais égyptiens parce qu'ils sont chrétiens etc. La liste est longue: le Vatican connaît aujourd'hui 139 pays où les chrétiens subissent des persécutions! Comme l'écrit Timothy Radcliffe dans Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde: «La religion fait un retour spectaculaire au centre de la scène qu'aucun politicien ne peut plus se permettre d'ignorer.» (p. 809)

C'est une guerre parce que ses buts sont politiques: si les motivations sont religieuses et si les moyens sont terroristes, les buts sont politiques. Que nous le voulions ou pas, c'est bien une guerre car ce qui est visé n'est peut être pas immédiatement l'occupation d'une terre mais certainement la déstabilisation ou la réorganisation de la Cité. Il ne s'agit pas d'un terrorisme de gang aux visées financières mais d'un terrorisme à buts politiques: certains hommes, groupes ou États veulent s'assurer que leur religion dicte intégralement la forme de la société, la forme de vie personnelle ou sociale, vestimentaire ou sociétale, économique et politique. C'est le caractère totalitaire d'une religion qui investit aujourd'hui le champ de la guerre à titre de source première et de but ultime. Par totalitaire, j'entends un mouvement, au final politique, s'imposant contre la responsabilité humaine. Il veut l'attaquer puis la submerger par l'infantilisation, par la force ou par la séduction. Nous prêchons, nous chrétiens, une religion «totalisante», ce n'est pas du tout la même chose: dans le respect et dans le salut de la liberté responsable de chacun, elle investit tout l'homme par des vertus qui ne se juxtaposent pas aux autres vertus humaines mais qui les soulèvent et les complètent: la foi, l'espérance et la charité.

Nous gagnerions à nommer cette guerre «guerre globalisée», de ce nom qui fait froid dans le dos, «la globalisation». La globalisation, c'est à dire la marche triomphale, accélérée par le numérique (Internet), d'une économie à taille terrestre, d'une promotion scientifique et technologique à l'échelle mondiale, mais surtout d'une uniformisation de la pensée par la diffusion universelle des mêmes codes mentaux. Cette globalisation me paraît être le terrain propice pour cette guerre naissante. Il ne s'agit pas ici de thèse altermondialiste ou écologique encore moins nationaliste. Il s'agit de prendre conscience de cet effritement des frontières, politiques ou mentales qui autorise toutes les circulations: des biens, des maux et des idées.

Cette lutte est surtout nouvelle par l'implication explicite de la religion qui la fait naître et qui l'achève. La religion, qu'on le veuille ou non, est mêlée à cette violence armée parce qu'elle est nommément la motivation de ces guerres. Là réside la vraie nouveauté de ce qui nous advient. Et la méconnaissance volontaire de la vie religieuse par nos élites rend sa perception difficile. Et il va de soi que l'on combat mal l'ennemi qu'on a mal identifié.

On a parlé de «choc de civilisations»: avec raison, beaucoup s'opposent à cette expression. En réalité, les civilisations ne sont pas impliquées comme telles: la preuve en est que cette «guerre de religion» s'étend sans merci à des hommes de même civilisation, de même race ou de même langue (arabe par exemple ou indienne). La destruction d'œuvres d'art de civilisations disparues en Afghanistan ou en Irak montre clairement que la lutte est avant tout idéologiquement religieuse et religieusement idéologique. Ce n'est donc pas un choc de civilisations mais une nouvelle guerre de religion. Ce qui a pu laisser croire à un «choc des civilisations» tient à ce qu'il y a un choc idéologique inouï, nous l'analyserons dans la deuxième partie, un affrontement non pas entre l'Occident et l'Islam mais entre deux idéologies, l'une islamiste, religieusement dévoyée et l'autre laïciste, occidentalement détournée. Il se fait que la première est née en Islam et que la seconde provient de l'Occident.

La guerre de religion que nous nommons ne se revendique pas comme visant d'autres religions en tant que telles. Il ne s'agit pas d'un affrontement de dogmes. En ce sens, ce n'est pas une guerre des religions entre elles comme si l'une s'opposait symétriquement à l'autre. Ici, des croyants d'autres religions ou des croyants de la même religion sont visés non à cause de leur dogme mais à cause de leur existence même. Leur existence de citoyen contredit la religion des agresseurs. Ces nationalismes religieux d'un genre nouveau trient la population en fonction de leur religion, gardent ceux qui en sont dignes et éliminent les autres: derrière la prétendue sauvegarde d'une culture, se met en œuvre des racismes religieux. Ces racismes s'exercent aussi entre croyants: l'islamisme a fait plus de victimes musulmanes qu'occidentales (par exemple en Afghanistan). Dans tous ces cas, il y a une constante: la juste relation entre le politique et le religieux est attaquée. Sur ce point nous sommes d'accord avec les discours ambiants: la laïcité est en péril dans cette guerre nouvelle à flambée religieuse.

Luc Ravel, évêque aux armées.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/03/11/31001-20150311ARTFIG00306-daech-boko-haram-une-nouvelle-guerre-de-religion.php

Voir les commentaires

RÉFLEXIONS 
SANS ORDRE
 SUR L'AMOUR DE DIEU

12 Mars 2015, 07:45am

Publié par Grégoire.

RÉFLEXIONS 
SANS ORDRE
 SUR L'AMOUR DE DIEU

 

Notre être même, à chaque instant, a pour étoffe, pour substance, l'amour que Dieu nous porte. L'amour créateur de Dieu qui nous tient dans l'existence n'est pas seulement surabondance de générosité. Il est aussi renoncement, sacrifice. Ce n'est pas seulement la Passion, c'est la Création elle-même qui est renoncement et sacrifice de la part de Dieu. La Passion n'en est que l'achèvement. Déjà comme Créateur Dieu se vide de sa divinité. Il prend la forme d'un esclave. Il se soumet à la nécessité. Il s'abaisse. Son amour maintient dans l'existence, dans une existence libre et autonome, des êtres autres que lui, autres que le bien, des êtres médiocres. Par amour il les abandonne au malheur et au péché. Car s'il ne les abandonnait pas, ils ne seraient pas. Sa présence leur ôterait l'être comme la flamme tue un papillon.

La religion enseigne que Dieu a créé les êtres finis à des degrés différents de médiocrité. Nous constatons que nous autres humains nous sommes à la limite, l'extrême limite au-delà de laquelle il n'est plus possible de concevoir ni d'aimer Dieu. Au-dessous de nous il n'y a que les animaux. Nous sommes aussi médiocres, aussi loin de Dieu qu'une créature raisonnable peut l'être. C'est un grand privilège. C'est pour nous que Dieu doit faire le plus long chemin s'il veut aller jusqu'à nous. Quand il a pris, conquis, transformé nos coeurs, c'est nous qui avons le plus long chemin à faire pour aller à notre tour jusqu'à lui. L'amour est proportionnel à la distance.

C'est par un amour inconcevable que Dieu a créé des êtres tellement distants de lui. C'est par un amour inconcevable qu'il descend jusqu'à eux. C'est par un amour inconcevable qu'eux ensuite montent jusqu'à lui. Le même amour. Ils ne peuvent monter que par l'amour que Dieu a mis en eux quand il est allé les chercher. Et cet amour est le même par lequel il les a créés si loin de lui. La Passion n'est pas séparable de la Création. La Création elle-même est une espèce de passion. Mon existence elle-même est comme un déchirement de Dieu, un déchirement qui est amour. Plus je suis médiocre, plus éclate l'immensité de l'amour qui me maintient dans l'existence.

Le mal que nous voyons partout dans le monde sous forme de malheur et de crime est un signe de la distance où nous sommes de Dieu. Mais cette distance est amour et par suite doit être aimée. Ce n'est pas qu'il faille aimer le mal. Mais il faut aimer Dieu à travers le mal. Quand un enfant en jouant brise un objet précieux, la mère n'aime pas cette destruction. Mais si plus tard son fils s'en va au loin ou meurt, elle pense à cet accident avec une tendresse infinie parce qu'elle n'y voit plus qu'une des manifestations de l'existence de son enfant. C'est de cette manière qu'à travers toutes les choses bonnes et mauvaises, indistinctement, nous devons aimer Dieu. Tant que nous aimons seulement à travers le bien, ce n'est pas Dieu que nous aimons, c'est quelque chose de terrestre que nous nommons du même nom. Il ne faut pas essayer de réduire le mal au bien en cherchant des compensations, des justifications au mal. Il faut aimer Dieu à travers le mal qui se produit, uniquement parce que tout ce qui se produit est réel, et que derrière toute réalité il y a Dieu.

Certaines réalités sont plus ou moins transparentes ; d'autres sont tout à fait opaques ; mais derrière toutes indistinctement il y a Dieu. Notre affaire est seulement d'avoir le regard tourné dans la direction du point où il se trouve, soit que nous puissions ou non l'apercevoir. S'il n'y avait aucune réalité transparente, nous n'aurions aucune idée de Dieu. Mais si toutes les réalités étaient transparentes, nous n'aimerions que la sensation de la lumière et non pas Dieu. Quand nous ne le voyons pas, quand la réalité de Dieu n'est rendue sensible a aucune partie de notre âme, alors, pour aimer Dieu, il faut vraiment se transporter hors de soi. C'est cela aimer Dieu.

Simone Weil, Réfléxions sans ordre sur l'amour de Dieu.

Voir les commentaires

Aller à la lumière par des chemins incertains...

11 Mars 2015, 07:08am

Publié par Grégoire.

Aller à la lumière par des chemins incertains...

" L’artiste n’est pas un homme comme un autre. Sa sensation, sa recherche constante de la beauté l’écartent du contact des laideurs, son idéal des réalités.

Dans sa profession même, il ne peut pas suivre un chemin régulier ; il ne s’engage pas sur une grande route, vers un but que chacun atteint plus ou moins suivant ses forces ; il va à la lumière par des chemins incertains. Il est peu de carrières où il se rencontre plus de contradictions que celles de l’artiste ; sa vie s’écoule dans un perpétuel oui et non. C’est pour cela qu’après des tentatives originales, tant d’artistes se résignent à suivre les règles communes ; il est plus facile d’obéir à l’enseignement d’autrui que de chercher à dégager une vérité nouvelle. 

Les règles !  Les hommes font des règles, bonnes ou mauvaises, à leur fantaisie, et selon leur force. Il convient souvent de savoir s’en écarter.

Aristote lui-même, aux règles duquel on a si longtemps obéi sans le comprendre, a dit que, « dans un art quelconque, c’était folie de suivre les règles à la lettre. »

Chercher à analyser l’œuvre des maîtres, suivre leurs transformations, retrouver en eux l’esprit de leur temps, dire leurs qualités, leurs défauts, leur vie, est œuvre de critique, d’historien, de philosophe. L’artiste, lui, tout en associant son esprit à leurs études, doit surtout chercher les moyens qu’ils ont employés pour rendre leur vision, et comparer leur oeuvre à la nature qu’ils comprendront mieux par eux.

Que d’artistes forcent leur cerveau et leur talent par de grandiloquentes imitations, au lieu de dire, d’un cœur sincère, ce qui était à leur portée de comprendre.

Quand un peintre regarde la nature, il cherche surtout et voit en elle, par une sorte d’entraînement professionnel le motif d’une œuvre possible ; il se laisse moins aller complètement au bonheur de voir ; il semble qu’il ait moins de plaisir à regarder ce qu’il ne peut rendre ; peut-être a-t-il,  devant les aspects de la nature, le sentiment de son impuissance à bien les traduire dans toute leur beauté. Il sait qu’il n’arrivera qu’à une vérité relative, et trace d’instinct des limites à sa propre sensibilité.

Auguste Rodin, Eclairs de pensées

« A notre époque, il y a un nombre incroyable de préjugés, et l’on croit qu’il n’y en a pas. C’est peut-être aujourd’hui qu’il y en a le plus. Il n’y a aucune éducation d’art, et tous les temps ont été plus artistes que le nôtre.

La science a pris toute la sève, avec ses admirables découvertes. L’homme devient, de plus en plus, l’un des rouages de la machine qu’il dirige, plus ou moins à la vérité ; mais il ne peut faire donner à la machine que ce qu’elle peut rendre.

L’homme pense moins aujourd’hui, pour conduire une machine, qu’autrefois un cordonnier pour faire un soulier avec un simple morceau de cuir. » Rodin

Voir les commentaires

" Pérégrinations d'un cherchant-Dieu " derniers jours pour le commander !

10 Mars 2015, 11:06am

Publié par Grégoire.

" Pérégrinations d'un cherchant-Dieu "   derniers jours pour le commander !

             4 derniers jours pour le commander !


« L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir. »  Christian Bobin. L’Inespérée. (1994)

 

Ennui.

 

S’il y a quelque chose qui marque franchement la vie cubaine c’est bien l’ennui. Aucun moyen d’y échapper. Pas de distraction. Pas de Google, de texto à envoyer, de jeux vidéo en ligne, de réunions de travail, de sport, de ballade. Rien à faire ! Pas même de conversation mondaine ou de ragot. « Il n’y a rien à faire » crie le silence des cubains assis les dimanches ou le soir, quand les heures semblent alors se rallonger et ne plus finir. L’ennui est une pesanteur qui rajoute à la chaleur. Sa fuite : interdite ! Ce poids de l’ennui semble presque une norme décidé par l’état, soutenue par le climat et maintenue par la pauvreté qui affiche elle une joyeuse bonne santé. Cette lourdeur dévore tout et accouche d’une tristesse nonchalante. 

« Le monde est dévoré par l’ennui. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. (...) 

En Occident, on fuit l’ennui pour des choses bien plus tristes au fond. La plupart du temps, les choses qui nous distraient sont en fait très tristes. Nos fêtes, nos discussions, les médias, ou tout ce qu’on cherche comme distraction sont terriblement désespérants. Parfois bien pires que ce qu’on veut chasser. 

J’essaye de me confronter à cet ennui, à ce présent qui semble ne faire que durer. C’est un milieu transparent dans lequel tout naît, meurt et disparait sans laisser de traces. Le temps ennuyeux nous apporte et nous emporte. Tel est l’ennui ; tout passe et il reste. A Cuba, pas d’échappatoire. Se distraire reste un luxe inconnu. Sous embargo. Pas de technologie. Ni de rêve de vacances. De travail à accomplir. D’achat à projeter. De dîner à organiser. Ou de sortie culturelle. Le rhum permet de s’échapper. Pas bien loin, ni trop longtemps. Avec les réveils que l’on sait. Peut-on apprivoiser cette chose terrible de l’ennui, ce rien terriblement lourd, cet invisible qui nous blesse, ce vide qui semble stopper tout élan ? A-t-il dans cette vie une place comme le reste ? Dans la misère des jours qui se succèdent et se ressemblent, j’ai laissé l’ennui venir m’arracher à la tyrannie des projets, à la quête insatiable de nouvelles sensations, à des nouvelles autres que celle du soleil ou du ciel bleu qui sont les plus belles nouvelles du monde. Une compulsion maladive de réaliser et d’accumuler nous empêche de voir ces riens qui font qu’aucun jour n’est comme les autres. Qu’il n’y a ni jour ni nuit. Qu’il n’y a que les instants où nous sommes éveillés et ceux où nous dormons -même éveillés-. L’ennui est-il cet enfouissement mystérieux pour une nouvelle naissance de l’âme ? (...)

 

Plus que 4 jours pour commander cet essai, sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

Voir les commentaires

Lumières....

10 Mars 2015, 07:42am

Publié par Fr Greg.

Lumières....

"Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi.

Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer."

Christian Bobin

 

"Il nous faut devenir adultes pour comprendre que les adultes n'existent pas et que nous avons été élevés par des enfants que l'armure de nos rires rendaient faussement invulnérables."

 

" Ce que nous appelons «moi» et à quoi nous tenons tant est de même nature qu'un flocon de neige se heurtant à des milliers d'autres flocons semblables dans une lutte hasardeuse et terriblement brève.

"Je t'aime. Je t'aime et dans cet amour fleurit la plus grande vue de toi, une image où tu es libre, une image de drap blanc et ciel pur, je n'entre pas dans cette image, mon amour, je n'y entrerai jamais, tu y es seule, libre d'y dormir, d'y sourire et même d'y disparaître, je te regarde, je t'aime et t'aimant je te vois dans la nuée de ta vie blanche, dans la douceur de cette vie venue à toi et dont toi seule connaîtras jamais le goût, je t'aime donc je te vois et tu es libre dans cette vue." 

C. Bobin, Donne moi quelque chose qui ne meurt pas.

 

"Tout ce que je sais du ciel me vient de l'étonnement que j'éprouve devant la bonté inexplicable de telle ou telle personne, à la lumière d'une parole ou d'un geste si purs qu'il m'est soudain évident que rien du monde ne peut en être la source. "

C . Bobin, Ressusciter

Voir les commentaires

La solitude des femmes...

9 Mars 2015, 11:00am

Publié par Grégoire.

La solitude des femmes...

 

« Un enfant leur est venu. Il est venu avec la fraîcheur des jardins. Il est venu dans la chambre du sang, comme une phrase emmenée par le soir. Il a poussé dans leurs songes. Il a grandi dans leurs chairs. Il apportait la fatigue, la douceur et la désespérance. Avec l'enfant est venue la fin du couple. Les mauvaises querelles, les soucis. Le sommeil interdit, la pluie fine et grise dans la chambre du couple. C'est le contraire de ce qu'on dit qui est le vrai. C'est toujours ce qui est tu, qui est le vrai. Le couple finit avec l'enfant premier venu. Le couple des amants, la légende du cœur unique. Avec l'enfant commence la solitude des jeunes femmes.

Les jeunes mères ont affaire avec l'invisible. C'est parce qu'elles ont affaire avec l'invisible que les jeunes mères deviennent invisibles, bonnes à tout, bonnes à rien. L'homme ignore ce qui se passe. C'est même sa fonction, à l'homme, de ne rien voir de l'invisible. Ceux parmi les hommes qui voient quand même en deviennent un peu étranges. Mystiques, poètes ou bien rien.

Si on devait dessiner l'intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d'une jeune mère, n'importe laquelle. De même si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée.

Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de nous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible. »

 

Christian Bobin, La part manquante.

Voir les commentaires

Envie de meurtres? Pétage de plomb? "Les nouveaux sauvages" c'est pour vous !

9 Mars 2015, 07:29am

Publié par Grégoire.

Envie de meurtres? Pétage de plomb? "Les nouveaux sauvages" c'est pour vous !

 

 

Six histoires mordantes sur l'Argentine d'aujourd'hui, où les personnages sont confrontés à des situations qui leur font perdre leurs repères. Dans un avion, deux passagers découvrent qu'ils ont une connaissance en commun ; au restaurant, la serveuse reconnaît un courtier qui a provoqué la ruine de son père ; deux automobilistes s'insultent sur la route ; un père de famille dont la voiture part en fourrière se rebelle ; le fils d'une riche famille renverse une femme enceinte alors qu'il est au volant ; le jour de son mariage, une femme découvre que son mari l'a trompée avec une femme présente à la cérémonie...


A Cannes, entre deux films exigeants, on avait donc vu en compétition officielle ce film argentin. Une suite de sketches sur des pétages de plomb, avec quelques références cryptées pour cinéphiles : l'un des épisodes évoque Duel, de Steven Spielberg, un autre est une variation burlesque sur l'un des films les moins connus de Nuri Bilge Ceylan, Les Trois Singes. Mais tout, jusqu'au titre, prétend rappeler d'abord la grande comédie italienne de jadis : les films de Pietro Germi, d'Ettore Scola et, bien sûr, Les Monstres de Dino Risi et sa suite, au moins aussi réussie. Problème : si les histoires sont caustiques à souhait pour la plupart, elles sont filmées avec les pieds. Pis que tout : le réalisateur, qui se voudrait truculent, n'est que vulgaire. Et ça, ça ne pardonne pas...

 

On aura tout de même de l'indulgence pour l'histoire du brave type (Ricardo Darín) qui sombre dans le terrorisme par la faute d'une voiture mal garée et de la bêtise de fonctionnaires particulièrement bornés. Mais c'est, de loin, le prologue qui est le plus drôle. Dans un avion, un critique musical quinquagénaire drague une top model. Ils se découvrent une connaissance commune : un certain Esposito. Lui l'a laminé lors d'un examen. Elle l'a trompé avec son meilleur ami qui, quelle coïncidence, fait partie du vol... Peu à peu, comme dans un roman d'Agatha Christie, on réalise que tous les passagers ont eu affaire à cet Esposito qui, en pleine crise, les a réunis. C'est affreux, suave et méchant. Implacable comme la fatalité en marche. — Pierre Murat

 

 

Voir les commentaires

Plénitude du vide

8 Mars 2015, 07:57am

Publié par Grégoire.

Plénitude du vide

 

Nous sommes en danger dans le temps de notre vie. Nous sommes dans le danger d’échanger la ferveur de nos jours contre la douceur d’une vie morte. C’est dans toutes les langues que, dans l’enfance, on nous apprend la soumission à la raison et aux sagesses.

Le renoncement est le fruit de tout apprentissage. Il fait partie de l’évidence des saisons. Il en a la fatalité et la monotonie. Il n’y a pas de compromis entre nous et le monde. Il n’y a pas de repos ni d’alliance, et toute concession faite au monde ne peut l’être qu’au détriment de notre vie profonde. La solitude seule nous délivre. Elle nous est donnée par l’amour et se confond avec lui. La solitude épure la vue. Elle nous dit que nos jours passent plus vite que le vent sur les eaux, que notre âme est plus pauvre que l’ombre sur la terre. La solitude nous amène vers la plus simple lumière : nous ne connaîtrons jamais d’autre perfection que celle du manque. Nous n’éprouverons jamais d’autre plénitude que celle du vide, et l’amour qui nous dépouille de tout est celui qui nous prodigue le plus. C’est dans cette lumière que je vous aime.

La force qui m’en vient est immense. On dirait une faiblesse, une fièvre, un tourment. Elle émane de l’amour comme le sang d’une plaie franche. Elle vous étonne et vous craignez qu’elle ne puisse longtemps se maintenir sans, un jour, céder à son propre vertige, pour aussitôt s’effondrer. Vous appelez parfois une telle chose du fin fond de votre âme, comme on appelle la catastrophe afin que – par sa venue- elle nous délivre du sombre pressentiment d’elle-même. C’est une chose qui se dit dans le monde et que parfois vous croyez : de toutes les éternités qui nous sont accordées l’amour serait la plus périssable. Comment vous répondre ? Je regarde les autres femmes. Je les vois comme elles sont : belles et désirables. Les hommes aiment toujours les étrangères. Les jeunes femmes inconnues sont à leurs yeux la plus clair figure de l’invisible. Elles touchent en eux l’enfance jamais comblée. Je regarde les autres femmes et aucune n’est comme vous êtes : contemporaine de ma naissance et de ma mort. Au centre de moi comme au centre de tout. Il n’y a rien en dehors de l’amour. Il n’y a rien en dehors de vous et je n’ai, pour vous en convaincre, que cette jouissance qui me vient de vous, de votre seule existence perdue dans le monde, sous le ciel, sous le bleu.

Dans la lutte avec l’ange, c’est en perdant que l’on triomphe. C’est en renonçant à toute maîtrise sur le cours d’un amour plus brûlant que notre âme.

Christian Bobin, « Lettres d’or »

Voir les commentaires

Perdre jusqu’à l’envie de poursuivre la vie

7 Mars 2015, 07:52am

Publié par Grégoire.

Perdre jusqu’à l’envie de poursuivre la vie

Désirer sans espoir, regarder sans rien voir,

Se nourrir de ses larmes, s’en reprocher les charmes,

S’écrier à vingt ans :

« Que j’ai souffert longtemps ! »

Perdre jusqu’à l’envie de poursuivre la vie :

On me l’a dit un jour,

C’est le vrai mal d’amour.

Dans ses songes secrets, revoir les mêmes traits ;

Craindre la ressemblance qu’on appelle en silence ;

En frémissant d’aimer, apprendre à l’exprimer ;

Pleurer qu’un si doux songe soit toujours un mensonge :

On me l’a dit un jour, c’est le vrai mal d’amour.

S’arracher aux accents, que l’on écoute absents ;

Mais, en fuyant l’orage, détester son courage ;

Trembler de se guérir, le promettre… et mourir ;

Voilà ce qu’on ignore, quand on espère encore :

On me l’a dit un jour, c’est le vrai mal d’amour.

 

 Marceline Desbordes-Valmore, « Elegies »

Voir les commentaires

Appel en faveur des chrétiens d'Orient

6 Mars 2015, 12:07pm

Publié par Grégoire.

ISIS (« Islamic State in Irak and Syria ») crucifie huit chrétiens pour « Apostasie de l’Islam »

ISIS (« Islamic State in Irak and Syria ») crucifie huit chrétiens pour « Apostasie de l’Islam »

 

Pétition lancée par Jacques Julliard et Jean d'Ormesson

en faveur des chrétiens d’Orient

 

Nous avons tous été des Juifs allemands. Nous avons tous été des dissidents au temps des Sakharov et des Soljenitsyne. Nous avons tous été des Charlie. Nous devons tous être aujourd'hui des chrétiens d'Orient. 

Tout a commencé en Irak où la communauté chrétienne, une des plus anciennes du monde et qui se sert encore de l'araméen, qui était la langue la plus courante du temps de Jésus, a été soudain la proie de persécutions violentes. Ces persécutions n'ont pas tardé à s'étendre à la Syrie où l'État islamique s'est solidement établi. En Égypte, en Libye, partout dans le Proche-Orient et dans de nombreuses régions d'Afrique. Les enlèvements, les viols, les meurtres,les scènes d'horreur se sont multipliés. Chacun a pu assister à des actes de barbarie insoutenables. En Europe, en Asie, en Afrique, nous avons connu, depuis trois quarts de siècle, beaucoup d'abominations. Au moins les assassins tentaient-ils de dissimuler leurs forfaits. Jamais le crime ne s'était donné en spectacle avec une telle violence. La volonté d'éradication du christianisme par Daech et ses satellites dans toute une région du monde ne peut plus être mise en doute. Il est impossible de la voir se développer dans l'indifférence générale.

Jacques Julliard, qui a toujours été à la pointe des combats pour la liberté d'expression et pour les droits de l'homme, a rédigé un projet de pétition qui est en train de réunir un certain nombre de grandes signatures.

 

Le texte de Jacques Julliard a été signé par Alain Juppé, Michel Rocard, Robert Badinter, Alain Decaux, Claude Lanzmann, Mgr Claude Dagens, Luc Ferry, Alain Finkielkraut, Jean-François Colosimo, Jean-Luc Marion, Pierre Nora, Marcel Gauchet, Michel Onfray.

Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître jusqu'au dernier? Il n'est plus possible d'ignorer l'entreprise de purification ethnique et culturelle qui les vise et qui se traduit par une persécution généralisée de la part des islamistes.

 

Tout récemment, vingt et un coptes ont été enlevés d'Égypte et égorgés en Libye dans l'indifférence générale. Quelques jours plus tard, c'est deux cents chrétiens assyriens qui ont été enlevés en Syrie par l'organisation de l'État islamique.Leur sort inspire les plus vives inquiétudes. On ne compte plus dans l'ensemble du Proche-Orient les enlèvements, les meurtres,les viols, les destructions d'églises,les déplacements massifs de populations qui sont sur place depuis deux mille ans.

 

Une telle situation constitue un déni d'humanité qui regarde l'humanité tout entière. La paix ne régnera jamais dans cette région si le fanatisme et l'intolérance y font la loi.C'est pourquoi nous nous adressons à la conscience universelle. Et nous demandons au gouvernement français d'intervenir pour obtenir une réunion spéciale du Conseil de sécurité de l'ONU afin que soit mis un terme au génocide culturel qui est en train d'être commis.

 

Jacques Julliard, historien, ancien directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur, aujourd'hui éditorialiste à Marianne, est l'auteur de nombreux ouvrages sur les cultures politiques. Notamment “Les gauches françaises. 1762-2012, Histoire, politique et imaginaire”, (Ed. Flammarion), Prix Jean-Zay 2012 ; et, paru récemment, “La Gauche et le Peuple”, avec Jean-Claude Michéa (Ed. Flammarion).

Jean d'Ormesson est écrivain. Il est membre de l'Académie Française.

Voir les commentaires

PENSÉES SANS ORDRE
 CONCERNANT 
L'AMOUR DE DIEU

6 Mars 2015, 07:33am

Publié par Grégoire.

PENSÉES SANS ORDRE
 CONCERNANT 
L'AMOUR DE DIEU

 

Il ne dépend pas de nous de croire en Dieu, mais seulement de ne pas accorder notre amour à de faux dieux. Premièrement, ne pas croire que l'avenir soit le lieu du bien capable de combler. L'avenir est fait de la même substance que le présent. On sait bien que ce qu'on a en fait de bien, richesse, pouvoir, considération, connaissances, amour de ceux qu’on aime, prospérité de ceux qu'on aime, et ainsi de suite, ne suffit pas à satisfaire. Mais on croit que le jour où on en aura un peu plus on sera satisfait. On le croit parce qu'on se ment à soi-même. Car si on y pense vraiment quelques instants on sait que c'est faux. Ou encore si on souffre du fait de la maladie, de la misère ou du malheur, on croit que le jour où cette souffrance cessera on sera satisfait. La encore, on sait que c'est faux ; que dès qu'on s'est habitué à la cessation de la souffrance on veut autre chose.

Deuxièmement, ne pas confondre le besoin avec le bien. Il y a quantité de choses dont on croit avoir besoin pour vivre. Souvent c'est faux, car on survivrait à leur perte. Mais même si c'est vrai, si leur perte peut faire mourir ou du moins détruire l'énergie vitale, elles ne sont pas pour cela des biens. Car personne n'est satisfait longtemps de vivre purement et simplement. On veut toujours autre chose. On veut vivre pour quelque chose. Il suffit de ne pas se mentir pour savoir qu'il n'y a rien ici-bas pour quoi on puisse vivre. Il suffit de se représenter tous ses désirs satisfaits. Au bout de quelque temps, on serait insatisfait. On voudrait autre chose, et on serait malheureux de ne pas savoir quoi vouloir.

Il dépend de chacun de garder l'attention fixée sur cette vérité.

Par exemple les révolutionnaires, s'ils ne se mentaient pas, sauraient que l'accomplissement de la révolution les rendrait malheureux, parce qu'ils y perdraient leur raison de vivre. De même pour tous les désirs.

La vie telle qu'elle est faite aux hommes n'est supportable que par le mensonge. Ceux qui refusent le mensonge et préfèrent savoir que la vie est intolérable, sans pourtant se révolter contre le sort, finissent par recevoir du dehors, d'un heu situé hors du temps, quelque chose qui permet d'accepter la vie telle qu'elle est.

Tout le monde sent le mal, en a horreur et voudrait s'en délivrer. Le mal n'est ni la souffrance ni le péché, c'est l'un et l'autre à la fois, quelque chose de commun à l'un et à l'autre ; car ils sont liés, le péché fait souffrir et la souffrance rend mauvais, et ce mélange indissoluble de souffrance et de péché est le mal où [15] nous sommes malgré nous et où nous avons horreur de nous trouver.

Le mal qui est en nous, nous en transportons une partie sur les objets de notre attention et de notre désir. Et ils nous le renvoient comme si ce mal venait d'eux. C'est pour cela que nous prenons en haine et en dégoût les lieux dans lesquels nous nous trouvons submergés par le mal. Il nous semble que ces lieux mêmes nous emprisonnent dans le mal. C'est ainsi que les malades prennent en haine leur chambre et leur entourage, même si cet entourage est fait d'êtres aimés, que les ouvriers prennent parfois en haine leur usine, et ainsi de suite.

Mais si par l'attention et le désir nous transportons une partie de notre mal sur une chose parfaitement pure, elle ne peut pas en être souillée ; elle reste pure ; elle ne nous renvoie pas ce mal ; ainsi nous en sommes délivrés.

Nous sommes des êtres finis ; le mal qui est en nous est aussi fini ; ainsi au cas où la vie humaine durerait assez longtemps, nous serions tout a fait sûrs par ce moyen de finir par être un jour, dans ce monde même, délivrés de tout mal.

Simone Weil, Pensées sans ordre sur l'amour de Dieu. folio.

Voir les commentaires

SNOW-THERAPY ou thérapie de couple Ikea...

5 Mars 2015, 07:10am

Publié par Grégoire.

SNOW-THERAPY ou thérapie de couple Ikea...

 

Tomas trouve enfin le temps d'emmener Ebba, sa femme et leurs enfants, Vera et Harry en vacances aux sports d'hiver. Très occupé par son travail, il néglige les siens. Sur les sommets des Alpes, les liens semblent se resserrer. Ce n'est qu'apparence. Une avalanche manque de tuer toute la famille. Quand elle arrive sur les siens, Ebba pensent en premier à ses enfants. Tomas fait preuve de lâcheté en les laissant seuls. Finalement, l'avalanche ne fait pas tant de dégâts. Elle en a fait dans cette famille. Les blessures semblent irréparables...

La terrasse d'un restaurant d'altitude, aux sports d'hiver, où un charmant couple déjeune avec ses deux enfants. Le temps et la montagne sont magnifiques. Au loin, on entend une explosion, déclenchée volontairement pour prévenir les avalanches. L'une d'entre elles fonce à toute vitesse sur le resto, provoquant un mouvement de panique. Un film-catastrophe ? Pas vraiment, même si l'on peut parler de cataclysme. Car, dans le sauve-qui-peut généralisé, la mère a protégé ses enfants, tandis que le père s'est débiné dans un coin. Tout le monde l'a vu — le spectateur comme la mère et ses enfants — mais personne n'en parle, du moins au début. La famille continue de faire comme si, jusqu'à ce que la mère brise la glace au cours d'un repas avec un couple, rencontré dans la station. Le malaise se creuse d'autant plus que le père, par orgueil ou déni, refuse d'admettre qu'il a agi lâchement. Ruben Östlund, cinéaste suédois remarqué avec un film dérangeant sur des garçons pris en otage (Play), continue d'appuyer là où ça fait mal, sous l'angle, cette fois, de la comédie grinçante. Sa cible ? La famille bobo, moderne, brutalement remise en cause dans ses fondements par un événement extérieur : le retour du primitif.

Comment aurait-on réagi en pareille situation ? Pardonnerait-on à l'être aimé d'avoir agi en pleutre ? C'est le genre de questions qui fait le sel de cette étude de moeurs, parfois trop théorique, mais extrêmement drôle. Au-delà du couple, le cinéaste observe une société privilégiée, mais qui pète de trouille, asphyxiée par le principe de précaution, la normalisation forcée des comportements, l'absence criante de solidarité. Le tout dans un style glaçant, comme la neige. — Jacques Morice

Voir les commentaires

" L’INEPUISABLE EST A NOTRE PORTE "

4 Mars 2015, 07:05am

Publié par Grégoire.

DU 04 au 26 Juillet 2015

DU 04 au 26 Juillet 2015

J'ai la joie de vous présenter mon nouveau spectacle pour le Festival OFF 2015 en Avignon; d'après un interview et certains textes inédits de Christian Bobin : 

 

L’inépuisable est à notre porte

 

 

« L’inépuisable est à notre porte, il est là, il est partout. Je le vois aussi dans le métro. Un écrivain que j’aimais beaucoup, trouvait que le plus fascinant à Paris, c’était les visages. Il disait qu’il y en avait autant que de champignons dans le sous-bois. Et il y a des milliers d’espèces de champignons… Dans le métro, les gens ne le savent pas, mais ils sont magnifiques. Parfois, ils ont des visages de livres fermés, mais un livre fermé, on peut l’ouvrir. 

 

 

Il y a un trésor de choses pauvres qui nous est redonné, à tous, chaque matin tant qu’on est vivant, et que j’essaie de ne pas trop abîmer… Une belle vie, c’est une vie où la personne a beaucoup donné d’elle-même, s’est beaucoup élancée. Il y a eu beaucoup de floraisons, beaucoup de risques pris. C’est ça la vraie chance, c’est parfois coûteux, c’est parfois déchirant, mais c’est magnifique.

 

 

Dans cette vie, nous croyons toujours connaître l’autre, nous sommes aveuglés par les connaissances que nous avons. Pour rencontrer vraiment quelqu’un, il faut traverser tous les écrans, tout le dictionnaire, toutes les rumeurs, toutes les opinions. Je sais voir le sombre de cette vie, mais cette fermeture n’est pas définitive. 

 

 

Il y a quelque chose d’invincible dans l’humain. Malheureusement l’humain s’éloigne ces temps-ci. L’humain est enlevé même des visages et des regards, mais cela ne peut pas ne pas revenir parce que, tôt ou tard, vous avez à faire à l’inconnu d’aimer, à l’inconnu de mourir, à l’inconnu de perdre quelqu’un ; à des joies, à des amours, à des épreuves qui sont la base même de la vie et devant lesquelles vous vous redécouvrez. Et ce n’est pas uniquement des choses malheureuses, mais la simplicité de l’humain est inaltérable. Elle est recouverte, parfois même détruite, mais elle peut renaître. A tout moment. »

Christian Bobin.

 

PS: à diffuser !

Si vous voulez apporter votre aide pour ce spectacle, pendant le festival ou avant, n'hésitez pas !

et rejoignez-moi sur Facebook:

https://www.facebook.com/linepuisableestanotreporte?skip_nax_wizard=true&ref_type=logout_gear

Voir les commentaires

Le miel clair de ta bouche aimée...

3 Mars 2015, 07:12am

Publié par Fr Greg.

Le miel clair de ta bouche aimée...

C'est une île verte enchantée,
Sans les tempêtes de la mer,
Il n'y pousse aucun fruit amer
Ta dent est encore implantée
Dans l'ananas d'ambre et de chair.
La rose y fleurit solitaire
Pour embaumer tout l'autrefois
La vague mauve des émois
Déferle sur l'imaginaire.
Point de fantôme gémissant
Aucune proie au coeur de pierre
Du soleil et de la prière
Sur l'âme du soir languissant
Ton souvenir, douce musique,
M'enivre comme un vent d odeurs
Je distille en lui nos blondeurs,
L'esprit de ton souffle lyrique.
Près des fusains drus et des buis
C est un apaisement lucide.
Ton nom illumine le vide,
Loin des perversités des bruits.
La ferveur demeure éternelle,
Les minutes semblent rosir
Sous le léger poids d un désir
Qui fait éclater les cannelles.

Je sais fixer le goût flottant de tes promesses embaumées
Je chante au rythme du printemps,
Avec la ronde des almées
Et je prends aux baisers du temps
Le miel clair de ta bouche aimée.

Sérénité du souvenir
Alice Cluchier

Voir les commentaires

Le pire, c’est une âme endurcie par l’habitude...

2 Mars 2015, 07:38am

Publié par Fr Greg.

Le pire, c’est une âme endurcie par l’habitude...

Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on a pas vu tremper ce qui était habitué…

Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien.

Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux… Les «honnêtes gens» ne mouillent pas à la grâce. C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défaut eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent pas cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invisible arrière pensée, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies. C'est parce qu'un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C'est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l'essuya d’un mouchoir. Or celui qui n'est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n'est pas sale ne sera pas essuyé.

 

Charles Péguy

Voir les commentaires

Les religions sont souvent de beaux tombeaux

1 Mars 2015, 07:00am

Publié par Fr Greg.

Les religions sont souvent de beaux tombeaux

Vous donnez au musée Rodin une lecture de votre texte « L’homme qui marche »… Qui est cet homme ?

J’ai essayé de parler de quelqu’un, c’est le moins qu’on puisse dire, de mondialement connu, comme on ferait de quelqu’un qui vient de rentrer dans la pièce, dont on ne sait pas le nom, mais dont la présence commence à nous bouleverser. Dans cette vie, nous sommes aveuglés par les connaissances que nous avons. Pour rencontrer vraiment quelqu’un, il faut traverser tous les écrans, tout le dictionnaire, toutes les rumeurs, toutes les opinions. Il s’agit du Christ. C’est un livre très bref sur le Christ, mais il n’est jamais nommé en tant que tel. Je me suis basé sur sa présence humaine, vibrante, mais sans prononcer son nom, car c’était tout de suite faire venir tous les gardes du Vatican, et 2 000 ans d’histoire. C’était beaucoup trop lourd pour moi, cela soulevait beaucoup trop de poussière…

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?

C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu. Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur. Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre. C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes. C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.

Christian Bobin. (Photo : DR)

L’inquiétant aujourd’hui, c’est que pour certaines religions, même un mot d’amour peut choquer…

Les religions sont de beaux tombeaux, mais le vivant ne s’y trouve pas. J’aime le pape François, mais je ne suis pas sûr que le Christ habite encore au Vatican.

Lisez-vous des textes religieux ?

Je ne fais pas la démarcation entre les textes religieux et les autres. Je cherche la plaque chauffée à blanc de la vie. Certains vers d’Ossip Mandelstam, un poète russe mort en 1938 dans un camp, me parlent de la vie éternelle aussi bien, et même sans doute mieux, que certains textes dits spirituels. J’aime aussi beaucoup les poètes arabes. Le penseur perse et fondateur du soufisme au XIIIe siècle, Rumi, me touche beaucoup. Il y a chez lui une ivresse des mots qui fait danser la vie autour de cette chose impossible à dire, même le mot de Dieu n’y suffira pas.

La poésie devient aussi révolutionnaire…

Elle l’est. C’est que les puissances mortifères qui se développent à certains moments, dans l’histoire, ne supportent pas la moindre herbe de vie, la moindre brise. Il faut qu’il n’y ait plus aucun courant d’air dans les rues de la ville ; iI faut que le ciel soit fermé. Et il n’y a rien qui rouvre tout, à la fois les fenêtres et à la fois le ciel, comme la poésie, ou comme une parole d’enfant ; il n’y a rien d’aussi puissant. La parole poétique est par essence subversive, elle n’est pas gentille, elle n’est pas mièvre, elle n’est pas sentimentale. Elle est insurrectionnelle, c’est une force de vie, pas de mort, oui…

Est-ce que les mots d’aujourd’hui saisissent la vie ?

Les mots qui servent à rendre compte de la vie d’aujourd’hui, la plupart du temps, sont prémâchés et donc ils ne sont pas nourriciers. Aujourd’hui, on nous voile les choses sous prétexte de nous les éclairer. On ne peut guère ouvrir un journal ou entendre une émission de radio ou de télé sans qu’on vous parle d’économie. L’argent a une main mise sur presque tout. Le commerce cherche à attraper la vie, mais la vie est inimitable. Or moi, je crois que la langue économique n’est pas la première. On a besoin d’un langage et d’un monde qui ne soient pas mis tout entier sous un code-barres. On en a un besoin affolant, cela explique une partie des choses qui se passent. Il faut aller dans une forêt de mensonges en se guidant juste avec son instinct et son oreille, essayer d’entendre là où on nous ment. On peut y arriver…

La quête de réussite, de richesse, de jeunesse éternelle, est-ce compatible avec cette recherche ?

Il n’y a pas un gramme de vie dans les images lisses que proposent d’eux-mêmes les plus grandes fortunes de ce monde, ces vies fermées de milliardaires américains avec leurs piscines infernalement bleues. Je ne sais pas si l’argent à lui seul réussit ce prodige, mais ce n’est pas avoir de la chance que de se mettre à l’abri de la vie, des surprises, de l’imprévu. Ces châteaux-là sont des châteaux de néant et ils s’écrouleront. Ils ont peut-être déjà commencé…

Le monde autour de nous est en train de se couvrir de carapaces (casques, gilets pare-balles), cela vous inquiète-t-il ?

Tout cela tombe au premier coup de tonnerre, ou alors quand on est amoureux. Ces jeunes, dont vous dites qu’ils ont des casques greffés sur le crâne, attendent le tremblement de terre amoureux. C’est devant eux, et c’est quelque chose devant quoi toute l’électronique ne tient pas. Devant le tremblement d’une mèche blonde ou brune, devant le sourire de quelqu’un que l’on aime et qui s’en va, toutes les armures que nous avons inventées ne tiennent pas, elles tombent. Elles tombent… Elles tombent. Ma confiance, elle est dans ce point-là, elle est, au fond, dans le fait que la protection totale nous est impossible, et on le sait, on le voit en plus…

Les extrêmes s’affrontent désormais, les mèches dont vous parlez sont parfois cachées sous un voile…

Je pense que le bateau coule et en même temps, je suis confiant. Malheureusement, l’humain s’éloigne ces temps-ci. Il est enlevé même des visages et des regards, mais cela ne peut pas ne pas revenir parce que, tôt ou tard, vous avez à faire à l’inconnu d’aimer, à l’inconnu de mourir, à l’inconnu de perdre quelqu’un ; à des joies, à des amours, à des épreuves qui sont la base même de la vie et devant lesquelles vous vous redécouvrez. Et pas uniquement des choses malheureuses, mais la simplicité de l’humain est inaltérable. Elle est recouverte, parfois même détruite, mais elle peut renaître. À tout moment.

Beaucoup de visages se ferment dans les villes…

C’est vrai… Mais cette fermeture n’est pas définitive. L’inépuisable est à notre porte. Dans le métro, les gens ne le savent pas, mais ils sont magnifiques. Parfois, ils ont des visages de livres fermés, mais il suffit de très peu pour rouvrir un livre fermé. Chacun doit trouver sa place dans la vie, personne n’est inutile, absolument personne. À partir du moment où vous avez l’intuition que vous avez trouvé votre place, il faut la tenir, faire votre travail. Il y a un trésor de choses pauvres qui nous est redonné, à tous, chaque matin, tant qu’on est vivant et que nous devons essayer de ne pas trop abîmer. Une belle vie, c’est une vie où la personne a beaucoup donné d’elle-même, s’est beaucoup élancée. Il y a eu beaucoup de floraisons, beaucoup de risques pris. C’est ça, la vraie chance, c’est parfois coûteux, c’est parfois déchirant, mais c’est magnifique.

FRÉDÉRIQUE JOURDAA

http://kiosque.leditiondusoir.fr/data/416/reader/reader.html#preferred/1/package/416/pub/417/page/12

Voir les commentaires

Si seulement tu savais toi-même qui tu es...

28 Février 2015, 07:05am

Publié par Fr Greg.

Si seulement tu savais toi-même qui tu es...

"Si seulement tu savais toi-même qui tu es, qui tu héberges et qui t'habite, ce serait du moins un début.
Mais n'est-il pas plus honnête d'en convenir : celui ou celle que tu prétends être, et dont le nom est pour mémoire sur ta porte et tes papiers d'identité, n'existe encore que de façon rudimentaire.
Il est certain que les années t'accoucheront de quelques- uns des démons et des anges qui t'habitent et qu'il semble aujourd'hui prématuré de décliner ta propre identité.
Comment répertorier la troupe bigarrée qui te squattérise et où cohabitent, sans pacifisme aucun, les meilleurs et les pires sujets ?
Dix fois par jour ton humeur change, tes envies, tes projets, tes craintes. Le voyage que tu rêvais d'entreprendre te ronge d'angoisse depuis que les billets d'avion sont dans ta poche. C'est de solitude dont tu as envie, et de silence, mais c'est vers la rue la plus peuplée de la ville que t'entraînent tes pas. Tu te réveilles en jurant d'écrire une lettre urgente et deux semaines passent avant que la mémoire de cette urgence ne t'atteigne de nouveau en plein cœur.
Cet être que tu n'es qu'à l'essai, que tu ne connais pas encore, qui te met dans des situations abominables, t'embarque dans des mensonges alors que tu ne rêves que de transparence, te plonge tout à tout dans l'amnésie et l'obsession, te donne au Sud la nostalgie du Nord, en voyage l'impatience de rentrer et chez toi le virus de la fuite, cet inconnu qui, vingt fois par jour, t'arrache à ta lucidité pour te plonger dans des abîmes de perplexité, cet écervelé qui te sépare de la profondeur dont tu as soif pour t'installer dans la banalité que tu redoutes, qui grignote jusqu'au sang les ailes qu'hier encore tu entendais bruire dans ton dos … ce désaxé versatile qui fait régner en toi son ordre arbitraire voudrait se lier à un autre fou logé à la même enseigne que lui ...
Tant de naïveté consterne !"

Christiane Singer, « Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies. » 

Voir les commentaires

Vous vous croyez libre?

27 Février 2015, 07:49am

Publié par Fr Greg.

Vous vous croyez libre?

 

"Jamais le monde n’a été aussi fort. Le terrorisme tel qu’on le connaît historiquement ne réussit qu’à renforcer le système qu’il prétend attaquer, bien que certains de ses membres aient pu avoir des têtes d’anges. Jamais la négation de l’âme n’a été aussi forte et tranquille. L’esprit n’est plus même nié, c’est plus sournois qu’une négation. Nous sommes comme des prisonniers dont le corps seul aurait le droit de sortir. L’âme va rester vingt-quatre heures sur vingt-quatre en prison : le reste, le clinquant, c’est seulement cela qui est libre. Cette société ne croit plus qu’à elle-même, c’est-à-dire à rien.

C’est donc une lutte infernale de chacun contre tous, car s’il n’y a qu’un seul monde autant y être le premier : il y a presque une logique là-dedans. C’est le meurtre légal, accepté. Aujourd’hui, il n’y a plus d’obstacles. On est dans une sorte de progression négative dont on ne voit pas le terme et qui est comme d’avancer dans une nuit vide de tout. On a déclenché quelque chose qui est sans pitié, comme un fou qui aurait libéré sa folie. Il faudra que tout soit atteint pour qu’on commence à réfléchir. Le nihilisme porte un coup de boutoir à ce qui nous nourrit, et ce sont toutes les nourritures qui sont atteintes : on nous fait manger de mauvais mots, on nous fait avaler de terribles sourires. Il faudrait tout passer au jet, même les mots, même les religions (…) 

La religion est devenue une nourriture fade, qui ne nourrit plus personne, et quand elle parle du cœur, c’est sans talent, parce qu’elle ne croit plus à ce mot. Seule la poésie garde un ferment actif de révolte. Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent : ils nous apportent aussi un premier secours."

Christian Bobin, La lumière du monde.

Voir les commentaires

La cage aux «phobes»

26 Février 2015, 13:18pm

Publié par Grégoire.

La cage aux «phobes»

" Que dit-on aux jeunes Français? Que la France est une honte, que les Français sont des racistes et que le patriotisme est une tare. Comme l'avait prophétisé Philippe Muray, nous nous sommes enfermés dans la cage aux «phobes»: islamophobes, xénophobes, europhobes, homophobes. Plus personne ne bouge! Et nous avons une classe politique essorée, aseptisée, passée au micro-onde qui bénit le partage du travail entre les laïcards qui font le vide spirituel et les islamistes qui remplissent le vide."

PVD.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/

 

« Je suis frappé depuis quelques années par l’opération de médicalisation systématique dont sont l’objet tous ceux qui ne pensent pas dans la juste ligne : on les taxe de phobie. Et personne n’ose seulement délégitimer cette expression en la problématisant (c’est-à-dire en disant ce que se devrait de dire à tout propos un intellectuel : qu’est ce que, au fait, ça signifie ?). Il y a maintenant des phobes pour tout, des homophobes, des gynophobes (encore appelés machistes ou sexistes), des europhobes, etc. Une phobie, c’est une névrose : est-ce qu’on va discuter, débattre, avec un névrosé au dernier degré ? Non, on va l’envoyer se faire soigner, on va le fourrer à l’asile, on va le mettre en cage. Dans la cage aux phobes. »

 

Philippe MURAY, Exorcismes spirituels III, Les Belles Lettres 2002, p. 267.

Voir les commentaires

Leviathan -ou Job chez les soviets- Chef-d'oeuvre !

26 Février 2015, 07:28am

Publié par Fr Greg.

Ma Palme d'or 2014 !

Ma Palme d'or 2014 !

Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lylia et son fils Romka qu’il a eu d’un précédent mariage.

 

Vadim Sergeyich, le Maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Vadim Sergeyich devient alors plus agressif...
Leviathan -ou Job chez les soviets- Chef-d'oeuvre !

Fresque intimiste
Dès les premiers plans l'envoûtement opère. Avec ces vues d'une baie de la mer de Barents, au nord de la Russie, sur une musique de Philip Glass, aux dominantes de cordes profondes. La suite enchaîne sur une dramaturgie parfaitement maîtrisée, dans l'aube opaline d'un paysage non moins chaotique. A l'image d'un pays, d'un semi continent, la Russie, gangrénée par la corruption. A travers l'histoire de ce garagiste exproprié par une municipalité mafieuse, c'est tout un pays que stigmatise Andreï Zvyagintsev. Mais combien d'autres ? Et au-delà, la condition humaine mise à la solde d'Etats qui n'en ont plus que le nom.
Sur un scénario original d'Andreï Zvyagintsev et de son complice Oleg Negin, le cinéaste concocte une œuvre majeure du cinéma contemporain, à l'instar d'un Orson Wells en son temps. Une fresque épique sur un destin emblématique de notre époque, avec des fulgurances de la mise en scène rares et constamment renouvelées. Dieu sait si ce 67e Festival a été ponctué de films longs (3h16, 2h35, plus de 2h00…). Tous, même le très beau film de Xavier Dolan, "Mommy", avaient quelque chose de trop, facilement 20 à 30 minutes à élaguer. Sur ses 2h21, "Léviathan" tient constamment la route et pour dire vrai on en redemande.

Corruption métaphysique
Andreï Zvyagintsev atteint l'accord parfait. Un équilibre entre scénario, dramaturgie, et mise en images d'un niveau exceptionnel qui laisse pantois. Il prend comme sujet la situation d'un personnage lambda, victime d'une corruption "commune", pour en déduire un constat universel sur nos régimes politiques, qui font preuve d'une compétitivité olympique dans cette catégorie. Tous les bulletins d'information en témoignent au quotidien (encore aujourd'hui, l'affaire Isabelle Balkany en France, même si elle est présumée innocente). Tout est corrompu dans le film : les épaves dans la baie, les voitures cabossées, les maisons lépreuses… et bien sûr, les hommes.
Cet exposé des plus pessimistes ne laisse pas moins place à un humour des plus jouissifs et ravageurs dans plus d'une scène, notamment celle d'une fête d'anniversaire d'anthologie. Mais le tragique domine. La dramaturgie, toute anecdotique, atteint non seulement l'universel, mais le métaphysique. L'importance du religieux, par l'interaction entre le maire corrompu et le pope de la paroisse, aboutit à un discours final de l'ecclésiastique faisant figure d'oxymore, entre son discours et ce que l'on sait de sa théologie oisive, exposée quelques minutes auparavant. Le titre "Léviathan" renvoie à l'Apocalypse de Saint-Jean et désigne ouvertement la corruption comme la plaie fatale de régimes gangrénés par l'argent qui dominent le monde, au détriment des peuples. Les images puissantes d'un squelette de baleine échoué sur la plage, celle de la bosse d'un de ces Léviathan à la surface de l'eau devant les yeux d'une femme adultérine, culpabilisée, sont des moments de cinéma inoubliables.

Enfin, le destin de Kollia (Alexeï Serebriakov), martyr d'une politique qui n'en est plus une, broyé par une machine étatique devenu financière, égoïste et plénipotentiaire, dénonce un état du monde allant à la dérive. Coup de chapeau final à tous les acteurs du film qui mériteraient un Prix d'interprétation collectif, tant ils sont tous remarquables. Mais ne nous leurrons pas, c'est loin d'être acquis. Tout comme la Palme, qui revient de droit à ce film incroyable, d'une actualité brulante et prophétique. "Leviathan" n'en demeurai pas moins le chef-d'œuvre inattendu de la 67e édition du festival de Cannes.

Entretient avec ANDREI ZVIAGUINTSEV

La question profonde de votre cinéma n’est-elle pas celle de la nature humaine ? 

 ANDREI ZVIAGUINTSEV : Il y a une telle violence dans l’absence de justice, de principes, que le film aurait pu être centré uniquement sur le combat du personnage principal, Nicolaï (Kolia), contre le maire qui veut l’exproprier et le spolier. Mais j’ai effectivement ajouté d’autres trahisons à ce récit. Pour en venir à la grande question : si on m’enlève tout, que me reste-t-il ? Qui suis-je, donc, au fond ?

 La notion de faute, très présente dans votre cinéma, l’est encore davantage dans  Léviathan. Pourquoi ? 

Dans une scène du film, un personnage dit : « C’est de ma faute, tout ça. » Un autre lui répond : « Personne n’est responsable de tout. Chacun est forcément responsable de quelque chose. » Ce qui m’intéresse, c’est la faute de l’un, couplée à celle de l’autre, puis à celle d’un troisième… Cette manière de voir est très ancrée dans la philosophie russe, qui puise essentiellement à la source de Dostoïevski. Cependant, l’ambivalence de l’homme, qui reste en perpétuel devenir, doit être mise en perspective. 

Je suis très sensible à cette métaphore de Pic de La Mirandole : après avoir attribué une place sur Terre aux animaux, aux arbres, rochers et cours d’eau, Dieu en vient à l’homme et lui dit : « Toi, tu chercheras éternellement ta place en ce monde. » Seul « animal » doué de raison, l’homme peut, avec ses fautes, ses responsabilités, faire en sorte de se transformer au fur et à mesure de son existence.

 Mais cet homme est aussi sujet, dans votre film, à un écrasement inéluctable, qui renvoie au sentiment de fatalité… 

Un philosophe contemporain de Dostoïevski, Vladimir Soloviev, estimait qu’Adam pouvait redevenir ce qu’il était avant la faute originelle, s’extraire de sa nature vile et retourner au Paradis. Dostoïevski, qui se trouvait en total désaccord avec lui, a écrit un récit fantastique, Le Rêve d’un homme ridicule, dans lequel un suicidé se retrouve sur une planète ressemblant au Paradis, où des hommes vivent en harmonie. Hélas, il amène avec lui sa nature profonde, et la haine finit par contaminer ce lieu préservé. L’homme peut-il se bonifier pour accéder au Paradis ou n’en sera-t-il jamais capable ? L’auteur de Crime et châtiment était un grand connaisseur de la nature humaine…

 Léviathan soulève une autre question passionnante : celle de la preuve. « Qui apportera la preuve ? » , répète un personnage… 

Dans le contexte du film, cet avocat évoque un « trésor », c’est-à-dire des documents compromettants sur le maire, qui sont censés lui permettre d’installer un rapport de force avec lui. Mais si l’on parle plus généralement de la corruption dans mon pays aujourd’hui, je suis convaincu que la question de la preuve est vaine. Le phénomène est tellement installé, depuis au moins deux siècles, qu’il est devenu invincible. Quelles que soient les preuves que vous pourrez apporter, vous ne pourrez jamais l’endiguer. 

Il faut bien comprendre qu’en Russie, la loi qui prévaut est celle du plus fort. Elle ne s’applique qu’aux individus dont le comportement déplaît au pouvoir. Cela va de Mikhaïl Khodorkovski (NDLR :ancien oligarque russe, opposant à Vladimir Poutine, emprisonné de 2004 à 2013, aujourd’hui en exil en Suisse) jusqu’au niveau le plus modeste de la société.

Le film dénonce aussi une collusion entre le pouvoir politique et la hiérarchie de l’Église orthodoxe. N’avez-vous pas peur de provoquer des réactions très hostiles ? 

Le film n’est pas encore sorti en Russie et, pour le moment, nous ne savons pas quand cela sera possible. Dès l’écriture du scénario en 2012, nous avions prévu que l’accueil serait plus que délicat. La société va être divisée en deux, avec un abîme entre les deux parties. Et je pense que la partie qui recevra le film de manière négative sera la plus forte.

Je ne sais pas quelle sera la réaction dans les hautes sphères du pouvoir – à eux de voir avec leur conscience. Au-delà de ces considérations, ce sont les spectateurs qui m’intéressent : le film fera-t-il naître des idées, des espoirs, des désirs de changement ?

 Vous faites apparaître deux religieux dans  Léviathan. L’un d’eux est un prélat. L’autre est un prêtre pauvrement vêtu, qui tente de réconforter le personnage principal. Qu’était-il important pour vous   de souligner  ? 

Cette figure permet de conserver un équilibre auquel nous tenions beaucoup. Ce prêtre est un homme habité par la foi. Il est simple, pur et sincère. Il parle de Dieu pour tenter d’aider Nicolaï : tout le contraire d’un pharisien.

Voir les commentaires

"Elle VEUT être aimée...? quelle imbécilité !"

25 Février 2015, 07:38am

Publié par Fr Greg.

"Elle VEUT être aimée...? quelle imbécilité !"

Fragment d'une lettre que l'on n'enverra pas : 

« J'entends ce que vous me dites et j'entends plus encore la manière dont vous me le dites. 

Vous demandez quelque chose qui vous manque, et parce qu'elle vous manque vous en parlez comme si elle vous était due. Vous me faites penser à cette phrase entendue l'autre jour dans le rue : "elle veut être aimée, quelle imbécilité!". Cette parole est dure, mais la vérité a parfois des dents de loup. 

L'imbécilité en question est dans la croyance que notre volonté nous ouvre un droit sur ce dont nous avons besoin, y pose déjà une légère griffe. Mais franchement, qu'est ce qui mérite en nous d'être aimé? J'ai beau chercher je ne vois rien. L'imbécilité n'est pas de demander mais de changer sa demande en plainte et bientôt en exigence. 

Je sais bien, vous ne parlez pas de cela, mais c'est sur ce ton que vous en parlez et la vérité est dans le souffle avant d'être dans les mots. J'écoute vos raisons et je n'entends que votre dépit. Mais je n'ai jamais trouvé une once de vérité dans l'amertume. Je n'y ai jamais entendu que la misère d'un amour-propre déçu. 

Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie et dans cette conscience de nous-mêmes qui l'accompagne toujours, cette conscience radieuse de n'être rien - et dès lors comment prétendre à quoi que ce soit, pourquoi s'entêter dans une demande qui ne sait trop ce qu'elle veut et ne sait que le vouloir! 

L'amour ne vient que par la grâce et sans tenir compte de ce que nous sommes. 

D'ailleurs, si c'était le cas, il ne viendrait jamais.

Rassurez-vous : si j'écris ces choses, je suis loin d'en être digne. Du moins je ne cesse de les contempler comme sur la route pleine d'ombre on regarde à l'horizon les montagnes que l'on atteindra pas encore aujourd’hui. »

 

Christian Bobin, L'éloignement du monde.

Voir les commentaires

Aimer la compagnie de nos moments vides...

24 Février 2015, 07:09am

Publié par Fr Greg.

Aimer la compagnie de nos moments vides...

"Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie,
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton coeur.
Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir, si pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre, Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.
Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par craintes de blessures ultérieures.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,

Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.
Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.
Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même, Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

Je veux savoir si tu sais faire confiance, et si tu es digne de confiance.

Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté.
Je veux savoir si tu peux vivre avec l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier: "Oui!" au disque argenté de la lune.
Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis ni à la quantité d'argent
que tu as. Je veux savoir si après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.
Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout le reste s'écroule.
Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides."

Oriah Mountain Dreamer, Indien d'Amérique du Nord

Voir les commentaires

L’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage

23 Février 2015, 12:23pm

Publié par Grégoire.

L’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage

 

La solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

Dans la solitude dont on parle ici, en ce moment, il n’y a plus d’isolement. Je crois ne pas être un barbare, mais j’ai une sauvagerie : je peux, et j’aime, rester des heures et des jours entiers en ne voyant personne. Or, je ressens la plupart de ces heures et de ces jours-là comme des heures et des jours de plénitude où je m’éprouve comme relié à, exactement, tout !

 

L’amour et la solitude ne sont pas si éloignés…

Si peu éloignés que l’un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard : L’Amour la solitude. Ils ne sont même pas séparés par une virgule… C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé, et ce n’est pas séparable.

Mais moi je vous dis cela aujourd’hui, à 45 ans… Il m’a fallu beaucoup d’années, beaucoup de temps, pour que j’arrive à entendre un peu de ces choses-là. […] Curieusement, ce sont quelques personnes, quelques rencontres, qui m’ont donné la solitude. C’est un don, qui m’a été fait. […]

 

Pour vous, la solitude est-elle synonyme de paix ?

Oui… Oui, mais elle n’est pas toujours facile. Elle a ses langueurs. Elle a ses terrains vagues. Pour en parler très concrètement, et même de manière un peu drolatique – où c’est moi qui tiens le rôle du personnage comique –, un exemple : je n’ai pas la télévision, et je ne veux pas en avoir, j’ai même l’impression que c’est un luxe. Vivre dans la solitude est un luxe, vivre dans le silence est un luxe. 

(J’attends, j’ai cette attention muette au jour) pour aller vers le moment où une grâce va arriver. J’attends ça tous les jours. Et tous les jours ça arrive. Mais parfois ça arrive au bord, à l’extrême fin de la journée. Quand je peux penser que c’est perdu. Quand je peux penser que c’est une journée pâteuse, lourde, qui n’est pas née. Une journée où moi je ne suis pas né, où je n’étais pas là, du tout. Mais la plupart du temps – car il restera quand même des journées comme ça, comme des cailloux – il y a quelque chose qui est de l’ordre du miracle qui arrive. Il suffit de l’attendre. Il suffit de laisser passer la soudaine pesanteur du temps, et de soi-même dans le temps, cette pesanteur qu’on est à soi-même tout d’un coup. […] 

Christian Bobin, La grâce de solitude.

Voir les commentaires