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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Cette flamme si fragile...

10 Juin 2013, 18:47pm

Publié par Fr Greg.

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Aimons toujours! aimons encore!

Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.

L'amour, c'est le cri de l'aurore,

L'amour, c'est l'hymne de la nuit.

 

Ce que le flot dit aux rivages,

Ce que le vent dit aux vieux monts,

Ce que l'astre dit aux nuages,

C'est le mot ineffable: Aimons!

 

L'amour fait songer, vivre et croire.

Il a, pour réchauffer le cœur,

Un rayon de plus que la gloire,

Et ce rayon, c'est le bonheur!

 

Aime! qu'on les loue ou les blâme,

Toujours les grands cœurs aimeront:

Joins cette jeunesse de l'âme

A la jeunesse de ton front!

 

Aime, afin de charmer tes heures!

Afin qu'on voie en tes beaux yeux

Des voluptés intérieures

Le sourire mystérieux!

 

Aimons-nous toujours davantage!

Unissons-nous mieux chaque jour.

Les arbres croissent en feuillage;

Que notre âme croisse en amour!

 

Soyons le miroir et l'image!

Soyons la fleur et le parfum!

Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,

Se sentent deux et ne sont qu'un!

 

Les poètes cherchent les belles.

La femme, ange aux chastes faveurs,

Aime à rafraîchir sous ses ailes

Ces grands fronts brûlants et rêveurs.

 

Venez à nous, beautés touchantes!

Viens à moi, toi, mon bien, ma loi!

Ange! Viens à moi quand tu chantes,

Et, quand tu pleures, viens à moi!

 

Nous seuls comprenons vos extases;

Car notre esprit n'est point moqueur;

Car les poètes sont les vases

Où les femmes versent leur cœur.

 

Moi qui ne cherche dans ce monde

Que la seule réalité,

Moi qui laisse fuir comme l'onde

Tout ce qui n'est que vanité,

 

Je préfère, aux biens dont s'enivre

L'orgueil du soldat ou du roi,

L'ombre que tu fais sur mon livre

Quand ton front se penche sur moi.

 

Toute ambition allumée

Dans notre esprit, brasier subtil,

Tombe en cendre ou vole en fumée,

Et l'on se dit: «Qu'en reste-t-il?»

 

Tout plaisir, fleur à peine éclose

Dans notre avril sombre et terni,

S'effeuille et meurt, lys, myrte ou rose,

Et l'on se dit: «C'est donc fini!»

 

L'amour seul reste. O noble femme,

Si tu veux, dans ce vil séjour,

Garder ta foi, garder ton âme,

Garder ton Dieu, garde l'amour!

 

Conserve en ton cœur, sans rien craindre,

Dusses-tu pleurer et souffrir,

La flamme qui ne peut s'éteindre

Et la fleur qui ne peut mourir!

 

 

Victor Hugo

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parler dans la vérité de l’amour

9 Juin 2013, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

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« Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu » (Mc 12, 13-17).

Mais « ils ne croyaient pas à ce qu’ils disaient, c’était une flatterie », un « discours de flatteur, avec des paroles souples, avec de belles paroles, avec des paroles trop sucrées ».

Ce discours, a-t-il poursuivi est « le langage des corrompus, la langue de l'hypocrisie » et l’évangéliste précise que Jésus le sait : « sachant leur hypocrisie ». Les corrompus « n’aiment pas la vérité. Ils aiment seulement eux-mêmes et cherchent à tromper, à impliquer l’autre dans leur mensonge. Ils ont le cœur menteur; ils ne peuvent pas dire la vérité ».

L’hypocrisie « est le langage de Satan après le jeûne dans le désert : tu as faim ? Tu peux transformer cette pierre en pain. Pourquoi tant de travail ? Jette-toi du haut du temple. Ce langage qui semble convaincant porte à l'erreur, au mensonge ».

Ce langage est une tentative de « persuasion diabolique », dont les pharisiens feront usage également auprès de Pilate au moment de la Passion : « nous n’avons pas d’autre roi que César ». Par ce langage, ceux qui semblent « louer » le Christ « finissent par le trahir et l’envoyer sur la croix. Mais Jésus les regarde en face et leur dit : hypocrites ! ».

Le langage des enfants

Au contraire, le « langage de vérité » fonctionne « avec l’amour », « il n’y a pas de vérité sans amour : l'amour est la première vérité. Et s’il n’y a pas d’amour il n’y a pas de vérité ».

Chez les hypocrites « la vérité est esclave de leur propres intérêts » et le seul amour qu’on peut y trouver c’est « l’amour de soi », une « idolâtrie narcissique qui les porte à trahir les autres et aux abus de confiance ».

« La douceur que Jésus demande n’a rien, rien à voir avec cette flatterie, avec cette façon sucrée d’avancer. Rien. La douceur est simple, comme celle d’un enfant; et un enfant n’est pas hypocrite, parce qu’il n’est pas corrompu. Quand Jésus dit : que votre oui soit oui, que votre non soit non, avec une âme d’enfant, c’est le contraire de ce que disent les corrompus ».

Chacun a « une certaine faiblesse intérieure », une vanité, qui aime « que l’on dise du bien de soi, demandons-nous aujourd’hui quel est notre langage : parlons-nous en vérité avec amour ou bien parlons-nous un peu avec ce langage » hypocrite ?

« Que notre façon de parler soit évangélique, Que ce soit le langage des simples, des enfants, des fils de Dieu: parler dans la vérité de l’amour ».

Pape François.

 

 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (III)

8 Juin 2013, 20:20pm

Publié par Fr Greg.

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Oui, quand vous dites Molière ou Paul Valéry, on l'entend. Mais le même texte dit par d'autres ne produit pas nécessairement le même effet...

F.L. Vous me mettez dans une position impossible. Je ne peux pas être juge de moi-même, c'est votre boulot, ça. Soit je prends l'air faussement modeste [il prend une voix tourmentée] : "Je ne sais pas d'où ça vient... une énigme", ou alors je fais [il prend une voix très assurée] : "Oui, c'est parce que j'ai pas mal bossé." Donc je suis dans une impasse par rapport à votre question. La seule réponse valable est donc : c'est une passion qui est ma passion. Je voulais que ce que j'aime s'entende. Mais pour cela, il faut au moins trente ou quarante ans de votre vie. Moi, je suis au plus près du texte. Les gens n'osent pas dire que c'est le texte qui est génial, alors ils disent : "Oh, quel interprète !" Mais non... Ce n'est pas de la fausse vanité, mais je vous assure : c'est le texte. Il suffit de le suivre. Prenez La Fontaine : "Une tortue était, à la tête légère, qui, lasse de son trou, voulut voir le pays..." Si ce texte n'éveille pas en vous tout ce qu'il y a de burlesque, d'inquiétant, de prodigieux... Mais c'est le texte de La Fontaine qui fait ça, pas la diction de Luchini ! Moi, je ne fais que le faire résonner. 

Vous êtes quand même plus doué pour dire La Fontaine ou Céline que pour être coiffeur...

F.L. C'est vrai, je n'étais pas hyper-doué avec mes doigts et mes ciseaux, même pour faire des coupes au carré. En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Mais il faut avoir une nature suffisamment ébranlée et douloureuse pour être acteur. Cela dit, je n'ai aucune conscience de ma spécificité. Aucune. Moi, je suis un mec normal avec une vie normale, des week-ends normaux. Revenons à La Fontaine : "Certain ours montagnard, ours à demi léché." Ours à demi léché. Formidable ! On ne sait pas : il n'est pas mal léché, il n'est pas bien léché, il est "à demi" léché. Ça a l'air de rien mais c'est une nuance. "Certain ours montagnard, ours à demi léché, [...] Nouveau Bellérophon vivait seul et caché. Il fût devenu fou, la raison d'ordinaire n'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés." Non mais vous entendez comme c'est écrit ! Ce n'est pas écrit, c'est autre chose !... Là où les écrivains écrivent, La Fontaine, lui, est dans le nerf ! C'est du miracle. Il n'y a aucune rhétorique.  

En ce moment, je travaille Baudelaire. Je prépare un spectacle sur la musique classique et Baudelaire, qui sera un spectacle hyper-pointu, avec du piano, une chanteuse d'opéra, etc... Je ne suis pas fou de Baudelaire mais je suis fasciné par la belle oeuvre, le bel ouvrage : "Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; adieu vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, et, comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; l'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd." Ça, c'est une forme prodigieuse. Mais La Fontaine est supérieur ! La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance : "Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie." Vous rendez-vous compte ? "Si bien que tout ours..." D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" : "Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait." A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court. 

Au cours de ces trente-cinq dernières années passées à satisfaire votre passion des grands textes, qu'avez-vous sacrifié ?

F. L. L'aspiration à un bonheur conjugal quotidien, organique et ménager. Ce qui est un beau projet. Le drame de l'époque est que tout le monde se prend pour Lautréamont. Mais personne n'est Lautréamont. Nous sommes tous des petits-bourgeois, très médiocres, et on devrait la fermer ! L'autre jour, je me promenais dans une rue de Paris et je regardais un homme marcher, quelques mètres derrière sa femme, puis entrer chez un marchand de pâtés pour acheter quelque chose qui avait l'air d'être très important pour eux. Il y a dix ans, je me serais peut-être dit : "Quelle vie médiocre !" Mais aujourd'hui, au contraire, je trouve cela formidable : tous les êtres sont philosophes sans le faire exprès. 

Qui aimez-vous parmi les philosophes ?

F.L. Nietzsche, bien sûr. Nietzsche est l'homme qui a découvert que personne ne supporte la vie. C'est la grande découverte. Personne ne supporte la vie et donc nous nous vengeons. En permanence, nous nous vengeons. "Avant moi, la philosophie n'a fait que se venger", dit Nietzsche. Il n'aimait pas la vie. Mais quel philosophe aime la vie ? Et puis, la philosophie, ce n'est pas facile. Ce n'est pas "cool". Ce n'est pas "sympa". Il faut faire un effort. Mais c'est ça qui rend la littérature si essentielle : il faut faire des efforts ! Mais attention, en étant nietzschéen, c'est-à-dire en faisant sienne cette phrase fabuleuse : "Tuons l'esprit de pesanteur !" 

Mais il y a aussi du plaisir à lire...

F.L. Moi, je n'ai aucun plaisir à lire. 

Allons !

F.L. Parole d'honneur ! Pour moi, lire, c'est être actant et non pas être absorbé. Il y a des gens qui aiment l'histoire et qui sont pris dans l'histoire que raconte un roman. Moi, je suis incapable d'être pris dans une histoire. J'ai un immense plaisir de comédien lorsque je lis sur scène, lorsque la lecture devient orale, mais l'attitude de prendre un livre et lire dans ma tête ne m'apporte aucun plaisir. D'ailleurs, il y a plein de livres que je n'ai pas réussi à terminer... 

Lesquels ?

F.L. Dois-je l'avouer ? Des livres que l'on dit éternels. L'homme sans qualités, par exemple, de Robert Musil. Proust, aussi. Je n'ai jamais pu dépasser Sodome et Gomorrhe : il y a résistance. Pourtant, Proust, c'est très grand. Non, je n'ai pas un rapport heureux à la littérature. J'ai un rapport très malheureux à Henry James ou à Virginia Woolf : j'essaie à chaque fois de m'y mettre et je ne sais pas le faire, je n'y arrive pas. Ça ne me parle pas... Je lis peu, d'ailleurs. Mais pour une excellente raison : je suis au théâtre tous les soirs et pendant deux heures et quart je dis de la littérature. Alors, le soir, quand je rentre, ou bien le week-end, chez moi, j'éprouve un besoin impérieux de me replonger dans les livres que j'aime. Nietzsche. Céline. Flaubert. Quand je lis, c'est de manière compulsive, répétitive, obsessionnelle. Je lis dix fois, cinquante fois, soixante-douze fois le même livre du même auteur. Nietzsche disait : "Lire lentement, plein d'arrière-pensées et plein de portes ouvertes." "Mais nous lisons très peu", ajoutait-il, lui qui devait lire énormément. "Nous n'avons pas besoin pour vivre de l'impulsion de l'imprimé. Nous lisons très peu mais nous refermons les livres de savants avec un grand soulagement. Nous les refermons parce qu'on y sent partout la bosse du spécialiste. Tout métier voûte." Vous savez, quand vous avez lu ça, vous n'avez pas besoin d'aller plus loin : "Tout métier voûte." Je n'ai pas de plaisir au roman. J'ai du plaisir à Flaubert, en revanche. J'ai relu tout Thomas Bernhard, une fois de plus. C'est vous dire que je m'ennuie ! Il y a quand même quelque chose de très, très, très douloureux dans mon histoire, parce que se retaper Thomas Bernhard pour dire au bout du compte que je l'adore mais que c'est un imposteur... Il y a des choses démentes chez cet écrivain : il interdit l'argent aux artistes, par exemple. Il dit que, pour qu'un artiste s'épanouisse, il faut lui couper toutes les bourses. Marche ou crève ! J'aimerais bien le lire un jour à Avignon, lui qui est contre toute subvention ! Pour lui, l'artiste doit créer ou crever. Il a une position totalement démente mais que je trouve très drôle. 

Vous parliez de Flaubert. Qu'aimez-vous chez lui ?

F.L. Tout. Je suis un fou de Flaubert. L'éducation sentimentale : "Il voyagea." Dernier chapitre. "Il connut la mélancolie des paquebots." Indépassable ! J'ai dû lire au moins trente fois Madame Bovary. Un coeur simple a été l'objet d'un spectacle. "Elle avait eu, comme une autre, son histoire d'amour. Son père, un maçon, s'était tué en tombant d'un échafaudage. Puis sa mère mourut, ses soeurs se dispersèrent, un fermier la recueillit, et l'employa toute petite à garder les vaches dans la campagne. Elle grelottait sous des haillons, buvait à plat ventre l'eau des mares, à propos de rien était battue, et finalement fut chassée pour un vol de trente sous, qu'elle n'avait pas commis. Elle entra dans une autre ferme, et devint fille de basse-cour, et comme elle plaisait au patron, ses camarades la jalousaient. Un soir du mois d'août (elle avait alors dix-huit ans), ils l'entraînèrent à l'assemblée de Colleville. Tout de suite, elle fut étourdie, stupéfaite par le tapage des ménétriers, les lumières dans les arbres, la bigarrure des costumes, les dentelles, les croix d'or, cette masse de monde sautant à la fois. Elle se tenait à l'écart modestement, quand un jeune homme d'apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes sur le timon d'un banneau, vint l'inviter à la danse. Il lui paya du cidre, du café, de la galette, un foulard, et, s'imaginant qu'elle le devinait, offrit de la reconduire. Au bord d'un champ d'avoine, il la renversa brutalement. Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est tout le génie de Flaubert, ces trois phrases : "Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est sublime. Et j'aime beaucoup, évidemment, la correspondance... 

Et la littérature contemporaine ?

F. L. Je dois avouer que les romans qui racontent que Jean s'occupe de Jean-Pierre (ou Jeannine), qui rentre du boulot et a un problème d'ascenseur, se met à écrire puis n'écrit plus, prend le métro ou le train... tout cela ne m'intéresse pas. Je suis sûr qu'il y a des choses très bien dans ce qui paraît en ce moment mais... je n'arrive pas à m'y intéresser, désolé. Dernièrement, j'ai lu Cioran. Son journal. Et le journal de Cocteau, aussi. Mais la littérature contemporaine... Si, j'aime beaucoup Philippe Muray. Il faut lire absolument ses Exorcismes spirituels. Il a inventé l'horreur du festif, l'horreur du débat. C'est un réac, mais un écrivain génial. Sa critique de la société actuelle est fabuleuse. Très violente, aussi... J'adore ce texte sur Ségolène Royal : "Ce sourire-là n'a jamais ri." Je me dis toujours que, quand j'arrêterai de travailler, je deviendrai enfin un lecteur normal, qui lit tout ce qui sort, qui suit la rentrée littéraire... Mais, non, je n'ai pas un rapport serein à la littérature. Je voudrais attaquer Chateaubriand. Ça m'impressionne, mais je sens que je vais bientôt réussir à y aller ! Chateaubriand et Balzac. Je sens que ça peut me plaire. 

 


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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (II)

7 Juin 2013, 20:15pm

Publié par Fr Greg.

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Comment y parvient-on ?

F.L. D'abord, j'étais terrorisé. A cause de sa vie. A 18 ans, on veut aimer Rimbaud, Céline et Che Guevara. Et puis quand on apprend qui ils sont... Même Rimbaud n'était pas très sympa, hein ? Alors, voilà, je découvre leur vie et je suis terrorisé. Et puis, on lit. Tout simplement. Si j'arrive à dire Céline pas trop mal, c'est parce que Céline est mon obsession. Trente ans d'obsession. C'est le temps qu'il faut pour pouvoir dire les textes de Céline correctement. Trente ans d'obsession du passage de l'écrit à l'oral. Voilà : si on ne s'est pas demandé comment l'écrit pouvait devenir de l'oral, si on ne s'est pas demandé comment oraliser l'écrit sans le trahir, alors on ne peut pas réussir. C'est quoi, l'écrit ? Ça n'a l'air rien de rien, cette question, mais on doit se la poser de façon quasiment névrotique. L'imprimé, c'est des cicatrices, pas des mots. 

C'est-à-dire ?

F.L. Je parle des cicatrices organiques dont les mots sont porteurs. Les mots sont des planches jetées sur un abîme. Et un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices. Dès l'âge de 26, 27 ans, je ne me suis plus occupé que de ça : les cicatrices. Je suis un obsédé de la note. La note qui se trouve dans la phrase. C'est ça, travailler un texte. Mon obsession, avec Céline, était la suivante : comment restituer la perfection de l'écrit dans une oralité qui ne trahisse pas les intentions premières de l'œuvre ? Voilà. Cette obsession est devenue une passion. Je travaillais tout le temps : pendant les dîners, la nuit, pendant que je jouais d'autres pièces ou des rôles de cinéma... Aujourd'hui, j'en suis sorti mais cette passion m'a occupé au moins trente-cinq ans de ma vie. 

Votre spectacle, Le point sur Robert, se présente comme une anthologie littéraire : vous évoquez Perceval le Gallois, Chrétien de Troyes, La Fontaine, mais aussi Paul Valéry, Roland Barthes...

F.L. Ce spectacle, Le point sur Robert, c'est cinquante pour cent d'écriture quotidienne pondue par moi qui ne suis évidemment pas un écrivain et qui dois avoir une efficacité sur scène. J'ai écrit ce spectacle parce que j'avais envie de m'amuser, de sortir du carcan. Je me suis donc trouvé une voie médiane, entre le respect de Paul Valéry et le plaisir que j'ai à jouer Chrétien de Troyes mais aussi en alternant avec ma rencontre, réelle, avec Roland Barthes. 

Comment faire pour toucher le grand public avec les textes de Valéry ou de Barthes, plus exigeants, peut-être, que ceux de Céline ou de La Fontaine ?

F.L. Il n'y a pas de recette. Cela passe, me semble-t-il, par l'abandon obligatoire de la spécificité des choses difficiles et rares. Mais Barthes et Valéry ne sont pas difficiles ! C'est peut-être aussi le résultat d'un malentendu. Quand je vois tous ces gens sortir du théâtre, je ne peux m'empêcher de me demander qui consomme quoi. Pour répondre à votre question, pour toucher le grand public il faut oser s'amuser. Le point sur Robert est un spectacle très agréable à jouer. On ne peut pas dire du Rimbaud pendant une heure et demie ou deux heures. Même chose avec Valéry. En revanche, au milieu d'un spectacle... 

Comment avez-vous choisi les textes et les auteurs qui composent ce spectacle ?

F.L. C'est sorti comme ça ! J'étais en train de dire Rimbaud, langue prodigieuse, et j'ai eu envie de comprendre ce qu'était une langue qui ne levait pas. La langue de Paul Valéry, par exemple. Car la langue de Valéry est éblouissante mais elle est sèche. Oui, c'est une langue qui ne lève pas ! Quand Valéry écrit Tel quel, il ne le fait pas pour être Molière mais pour dire : "Ce qui nous force à mentir est fréquemment le sentiment que nous avons de l'impossibilité chez les autres qu'ils comprennent entièrement notre action. Ils n'arriveront jamais à en concevoir la nécessité, qui à nous-mêmes s'impose sans s'éclaircir. Je te dirai ce que tu peux comprendre. Tu ne peux comprendre le vrai, je ne puis même essayer de te l'expliquer. Je te dirai donc le faux. C'est là le mensonge de celui qui désespère de l'esprit d'autrui, et qui lui ment, parce que le faux est plus simple que le vrai. Même le mensonge le plus compliqué est plus simple que le vrai." 

Ça lève, là, quand même, la langue...

 

F.L. Ah oui ! Mais par le concept, par la pensée. Ça ne lève pas comme : "J'étais sur le théâtre, en humeur d'écouter la pièce qu'à plusieurs j'avais ouï vanter. Les acteurs commençaient, chacun prêtait silence - je vous file juste ça - lorsque d'un air bruyant et plein d'extravagance, un homme à grands canons est entré brusquement en criant : "Holà-ho ! Un siège, promptement !" Et de son grand fracas surprenant l'assemblée, dans le plus bel endroit a la pièce troublée. Hé ! mon Dieu ! nos Fran-çais, si souvent redressés, ne prendront-ils jamais un air de gens sensés, ai-je dit, et faut-il sur nos défauts extrêmes qu'en théâtre public nous nous jouions nous-mêmes, et confirmions ainsi par nos éclats de fous ce que chez nos voisins on dit partout de nous ? Tandis que là-dessus je haussais les épaules, les acteurs ont voulu continuer leurs rôles. [Il s'exclame] Mais l'homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas, et traversant encore le théâtre à grands pas, bien que dans les côtés il pût être à son aise, au milieu du devant il a planté sa chaise." [Les fâcheux de Molière] Ça, c'est prodigieux, ça, c'est une turbo. Il y a un moteur là-dedans : on ne sait plus comment ça commence ni comment ça s'arrête. Quand on est acteur de ça, c'est une propulsion ! 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices

6 Juin 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

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"Tout esprit profond avance masqué", assurait Nietzsche. Au royaume des comédiens, Fabrice Luchini occupe une place sans pareille. Luchini, disons-le tout net, est le meilleur ami des lecteurs que nous sommes. Il suffit de l'écouter, un soir, sur scène, lorsqu'il lit Céline, La Fontaine, Molière, Roland Barthes ou Paul Valéry : on découvre d'une oreille nouvelle ce que l'on croyait pourtant connaître par coeur ! Ses masques, Fabrice Luchini n'a pas l'intention de les tomber. Pas tout de suite.

Pourtant, Robert (devenu Fabrice) Luchini n'a pas un rapport heureux à la littérature. Dans la bibliothèque de son appartement parisien, on trouve ses écrivains cultes mais aussi le théâtre de Guitry et de Cocteau, de très nombreux journaux intimes (Léautaud, Cioran, Cocteau, des dizaines d'autres) mais pas de romans contemporains et assez peu de "classiques". Il a le courage de dire qu'il n'aime pas Dostoïevski ni Zola, qu'il n'arrive pas à lire Henry James ou Virginia Woolf et, surtout, il explique par quel miracle il parvient à rendre aux textes les plus sublimes de la littérature toute leur saveur. 


Quand on vous entend lire des textes que nous croyons connaître (La Fontaine, Molière, Céline et tant d'autres...), on les redécouvre comme s'ils étaient entièrement neufs. En êtes-vous conscient et comment l'expliquez-vous ?

Fabrice Luchini. La réponse est simple : je suis persuadé que ces textes étaient structurés, pensés pour être dits. Et pourtant, je ne suis pas fanatique du danger que représente le "dire" d'un texte écrit qui, obligatoirement, altère les "harmonies premières". 

Comment vous est venue l'idée de dire les grands textes seul en scène ?

F.L. C'était en 1986. Jean-Louis Barrault m'a proposé de dire des passages de Voyage au bout de la nuit seul sur scène. J'étais complètement terrorisé à l'idée de toucher à Céline. Et puis j'ai joué. Huit fois. A 18 h 30. A plat. Sans dramaturgie. Parce que j'avais une totale passion pour ce livre. Et puis un jour, j'aperçois une silhouette dans la salle. On me dit : "C'est Madame Lucette Destouches." Pour un célinien, c'est énorme ! 

C'est quoi, être célinien ?

F.L. Etre célinien ? C'est sortir de la chose écrite. C'est sortir du petit pré carré littéraire de la rue des Saints-Pères, Paris VIe. Céline, lui, fout une merde noire partout ! Il invente une langue et il les anéantit tous ! Céline, c'est avant tout un immense poète. Le voyage au bout de la nuit, il y a des critiques qui essayent de dire que c'est de la trompette, fort, sonore... Non, non ! C'est beaucoup plus pervers. Oui, il faut un génie pervers pour mettre ensemble le populaire, l'argot et Racine. Céline, c'est le mélange de ces trois choses. En mêlant la phrase extraordinairement bien écrite, par une rupture, avec de l'organique argotique et en la dotant d'une sensibilité unique, il a créé une langue. Ceci, par exemple : "Moi je m'étais trouvé pour la pratique un petit appartement au bord de la zone d'où j'apercevais bien les glacis et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien, avec son bras dans un gros coton blanc, blessé du travail, qui sait plus quoi faire et quoi penser et qui n'a pas assez pour aller boire et se remplir la conscience. Molly avait eu bien raison, je commençais à la comprendre. Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie. Avant on tourne autour seulement. On se prend pour un affranchi mais on bute dans des riens..." Alors, voilà : "Et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien." C'est génial ! Qui pourrait, en 1928, écrire : "L'ouvrier qui est dessus, à regarder rien " ? Au-delà même de l'invention d'une langue, Céline a fait éclater la confidence personnelle du "moi-je". Le philosophe Gilles Deleuze dit que Céline et Proust sont les deux plus grands, parce que Céline ne parle jamais de sa misère mais de la misère et Proust ne parle pas de son enfance mais de l'enfance. Céline a éjecté la littérature du domaine privé, il l'a élevée à l'universel. Ce n'est pas une affaire privée, la littérature. Et c'est pour cela qu'on aime Flaubert, Proust ou Céline. La littérature comme affaire privée, c'est ce qui paraît aujourd'hui. Je ne veux pas être méchant mais il y a des pauvres gens qui sont obligés d'en pondre. Alors ils pondent, ils pondent, ils pondent... 

Vous ne lisez jamais de romans contemporains ?

F.L. Non. Pas le temps. Flaubert. Céline. Oh, il y a sûrement des choses merveilleuses. On me le dit parfois. Céline est important dans ma vie parce que c'est le premier livre que j'ai lu. J'avais dix-sept ans. Imaginez ! Je vis à Paris, à Montmartre, dans un milieu bizarre composé de voyous et de types qui sortent de prison et je tombe sur Céline... Cette description de sa mère, lorsqu'elle vient le rejoindre après la guerre... Oui, je tombe en arrêt devant ceci : "Nous parcourûmes ensemble avec ma mère des rues et des rues du dimanche. Elle me racontait les choses menues de son commerce, ce qu'on disait autour d'elle de la guerre, en ville, que c'était triste la guerre, épouvantable même, mais qu'avec beaucoup de courage nous finirions tous par en sortir, les tués pour elle c'était rien que des accidents, comme aux courses, y n'ont qu'à bien se tenir, on ne tombait pas. En ce qui la concernait elle n'y découvrait dans la guerre qu'un grand chagrin nouveau qu'elle essayait de ne pas trop remuer ; il lui faisait comme peur ce chagrin ; il était comblé de choses redoutables..." Il ne lâche jamais l'affaire, Céline. Il parle d'un élément, il dit : "La tante à Bébert rentrait des commissions." C'est le seul écrivain qui est capable d'écrire une phrase aussi banale. "La tante à Bébert rentrait des commissions." Il y a toute la dramaturgie, dans cette phrase ! C'est Shakespeare ! Il est capable, lui, au lieu d'inventer du lyrisme et de la fausse poésie, de rendre un événement dramaturgique en écrivant : "La tante à Bébert rentrait des commissions." On est déjà étonné, intéressé. Avant, il a décrit Bébert, en disant de lui : "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile, celle des bêtes. Le monde n'est pas ce qu'on croyait ! Voilà tout ! Alors, on a changé de gueule ! [...] Tout de la vache qu'on devient en moins de deux !" J'aime pas "Tout de la vache", mais j'aime "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile..." Il ne lâche jamais... Je ne veux pas attaquer de petits ennemis, mais que tous ceux qui parlent mal de Céline baissent d'un ton : ils n'atteignent pas son génie poétique. 

Le Voyage est génial. Mais les autres livres ?

F.L. On le sait tous, après Mort à crédit, il y a des problèmes. C'est des pamphlets, c'est la folie, c'est la démence. Et après il y a Nord, qui est quand même moins fort... Et alors ? Il reste le Voyage. Moi, je lis ça à 17 ans et je me dis : "C'est prodigieux !" Et je me mets à l'apprendre par coeur. Dix ans plus tard, on me demande de le dire chez Barrault. Et je l'ai joué pendant quinze ans. Ça a commencé avec la banlieue de La Garenne- Rancy. Et puis, après, l'arrivée à New York : "Figurez-vous qu'elle était debout leur ville. Absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout. Raide à faire peur." La partie américaine est beaucoup plus difficile à jouer parce qu'elle est plus descriptive et qu'il y a moins de personnages pittoresques, comme la tante à Bébert. 

Lucette Destouches, la veuve de Céline, a dit plusieurs fois à quel point elle aimait votre spectacle sur Céline. Comment avez-vous réagi ?

F.L. C'était énorme ! Pendant une quinzaine d'années, j'ai été invité à Meudon tous les mois, le dimanche. J'y croisais François Gibault, et tout un tas de gens. Et puis un jour, Lucette me dit que Céline l'appelait la nuit, il lui racontait qu'il avait l'ambition que le Voyage soit dit. Tout est là ! Céline n'a pas écrit de l'oral. Ce serait trop simple. Il écrit, point final. Et son écriture n'obéit qu'à une seule ambition : restituer l'émotion du langage parlé dans la langue écrite qui, pour lui, n'est qu'une langue morte. Céline fait cela pour atteindre le nerf de l'émotion. Pas l'émotion, non, mais le nerf de l'émotion ! Et, pour lui, le nerf se situe dans l'oralité, dans la langue parlée. Et pourtant, il n'écrit pas une langue parlée. Il écrit une langue écrite mais qui aboutit à une langue que le lecteur a l'impression de parler. 

Il y a donc une façon différente de lire Céline selon qu'on est lecteur ou acteur ?

 

F.L. Oui, c'est exactement cela. Le lecteur lit une écriture écrite et pense qu'il s'agit d'une écriture parlée, mais l'acteur qui travaille l'oralité d'une langue écrite doit faire très attention à ne pas oraliser bêtement. 

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La grâce de se sentir pécheur

5 Juin 2013, 21:46pm

Publié par Fr Greg.

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« Des pécheurs, il n’est pas nécessaire de parler trop, car nous le sommes tous. Nous nous connaissons de l’intérieur et nous savons ce qu’est un pécheur. Et si quelqu’un de nous se sent ainsi, il va faire une visite au médecin spirituel ».

Tout commence par l’amour

Les « corrompus », étaient aussi « pécheurs comme tous », mais ils ont fait « un pas supplémentaire » : ils se sont « affermis dans le péché et ne sentent pas le besoin de Dieu ». Ou du moins ils « croient ne pas le sentir » car « ce rapport à Dieu est inscrit dans le code génétique. Et comme ils ne peuvent pas le nier, ils se font un Dieu spécial : eux-mêmes.

 Ces corrompus sont illustrés par la parabole évangélique du jour (Mc 12, 1-12), où Jésus parle du propriétaire d’une vigne, symbole du peuple de Dieu. Tout comme ce propriétaire prend soin de sa vigne, Dieu a appelé l’homme « avec amour », il le « protège ». Et « il lui donne la liberté, il donne tout cet amour “en location”. C’est comme s’il disait : garde et protège mon amour comme je t’ai protégé. C’est le dialogue entre Dieu et [l’homme] : préserver l'amour. Tout commence par cet amour ».

Mais les vignerons auxquels la vigne est confiée se sont corrompus : ils « se sont sentis forts, ils se sont sentis autonomes par rapport à Dieu ». « Ils se sont emparés de cette vigne; ils ont perdu le rapport avec le maître de la vigne ». Ils n’ont « plus besoin de Dieu, de ce patron ».

La grande amnésie

« Les corrompus sont de grands amnésiques, ils ont oublié cet amour avec lequel le Seigneur a fait la vigne, les a faits. Ils se sont coupés de ce rapport et de cet amour. Ils sont devenus adorateurs d’eux-mêmes ».

Personne n’est à l’abri du « danger » de « devenir corrompu , il y en a dans les communautés chrétiennes et ils font tant de mal. Jésus parle aux docteurs de la loi, aux pharisiens, qui étaient corrompus. Il leur dit qu’ils sont des sépulcres blanchis. Et dans les communautés chrétiennes les corrompus sont ainsi. On dit: Ah, c’est un bon chrétien, il appartient à telle confraternité; c’est l’un des nôtres. Mais pas du tout : ils sont pour eux-mêmes. »

« Judas a commencé par être un pécheur avare, il a terminé dans la corruption », car « la route de l’autonomie est une route dangereuse ;  Que de mal font les corrompus dans les communautés chrétiennes ! Que le Seigneur nous libère du glissement sur la voie de la corruption !».

La grâce de se sentir pécheur

Les saints sont ceux qui obéissent au Seigneur, ceux qui adorent le Seigneur, ceux qui n’ont pas perdu la mémoire de l'amour avec lequel le Seigneur a fait la vigne. Les saints dans l’Eglise. Et de la même façon que les corrompus font tant de mal à l’Eglise, les saints font tant de bien ».

« Des corrompus, l’apôtre Jean dit qu’ils sont l’antéchrist, ils sont parmi nous, mais ne sont pas de nous. Des saints, la parole de Dieu en parle comme de la lumière : ce sont ceux qui seront devant le trône de Dieu, en adoration ».

« Demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de nous sentir pécheurs. Mais vraiment pécheurs. La grâce de ne pas devenir corrompus: pécheurs oui, corrompus, non. Et la grâce d’aller sur la route de la sainteté ».

 

Pape François, 3 juin 2013

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La foudre...

4 Juin 2013, 21:40pm

Publié par Fr Greg.

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Ce n'est pas un livre, c'est une déflagration et Lydie Dattas n'est pas un écrivain, c'est une prestidigitatrice chamane, une torche vive qui jette son être entier dans le feu de ses mots.

Née d'une mère théâtrale, comédienne dans l'âme, et d'un père organiste et essentiellement poète, Lydie Dattas a reçu en héritage le sens de la démesure, de l'irrégularité et du sacré.

Dans "La foudre", elle restitue deux périodes de son existence de consumée : l'enfance ébouillantée et ses années d'amour à vif, de compagnonnage écorché auprès d'Alexandre Romanès, le fondateur, avec elle, du cirque Lydia Bouglione.

Lydie Dattas qui avait un intellect taillé et programmé pour une vie conceptuelle, doctement et gentiment universitaire, va bifurquer radicalement et épouser, avec Alexandre et son cirque (à l'époque cirque Rimbaud) la ligne des irréguliers, la vie, somptueuse et tripale, des sauvages carnassiers dévoreurs de vif et cracheurs de feu.

Le texte s'articule ou plutôt surgit en une succession de tableaux hallucinés. Les êtres comme les moments qu'évoque Lydie Dattas sont sublimes et irradiés. Ils ne le sont pas en soi mais par la grâce du regard porté et qui est, précisément, de nature rimbaldienne (Rimbaud étant à la fois le nom porté par le cirque à ses débuts et le tutélaire semeur de foudre, celui qui, pour Lydie Dattas, alluma les mots de manière décisive et définitive).

Lydie Dattas fait en effet partie de ces rares êtres nativement incendiés et c'est ce feu qui court dans ses veines qui fonde sa vision brûlante, perpétuellement hallucinée.

Ainsi perçoit-elle les membres de sa famille comme autant d'exceptions magnifiques : un cénacle d'archanges fléchés et transpercés. Sa mère, comédienne de métier et tragédienne dans l'âme et qui ne reprend souffle que lorsqu'un rôle la requiert, apparaît comme une divinité distributrice, à parts égales, du feu et de la glace. Tant elle ne vibre que hantée par les altérités successives qu'elle endosse. Quant à ses enfants, elle les aime d'un amour souverain et détaché car ils lui sont un empêchement de vivre sa passion primordiale.

Le père, lui, préside à certains miracles, il est le grand ordonnateur des sons célestes et aussi un ange de bonté qui immole son existence pour le bon-vouloir et la santé défaillante de sa femme, trouée et parfois pulvérisée de ne pouvoir être Sarah Bernhardt à plein temps.

Quant à son frère et à sa soeur, Lydie Dattas les présente comme des prodiges dont l'envol fut cisaillé par les mots-guillotine d'une mère mortifiée. Prodiges pétris de surabondants dons artistiques mais aussi prodiges de beauté et de sensibilité sans filtre aucun : leur beauté comme leur sensibilité étant d'une intensité radioactive, elle les expose au foudroiement continu.

Et Lydie Dattas est évidemment de la même trempe.

Et bien entendu sa relation avec Alexandre est (cela tombe sous le sens) de nature incendiaire autant qu'alchimique. Car Alexandre est un ange, lui aussi, un mage, un illuminé charismatique, mais luciférien : il recèle de sombres abîmes que Lydie longe, se grisant de luxuriants vertiges. Elle qui était l'épouse du verbe avant d'être celle d'Alexandre, va accomplir une double transmutation et presque transsubstantiation.

Elle s'imprègne et se vulcanise de la force brute, purement organique d'Alexandre cependant que, tel un circéen Prométhée, elle irrigue son homme du feu de ses mots.

Même si l'alliance entre la foudre et la foudre se soldera finalement par une carbonisation des corps, elle donnera d'abord, et longtemps, lieu à de flamboyantes éclosions.

Un texte qui aspire et subjugue.

Un texte incantatoire, hanté, d'une beauté et d'une intensité sidérante.

 

http://www.livres-addict.fr

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Absence...

4 Juin 2013, 13:54pm

Publié par Fr Greg.

 

 

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L'amour? une expérience fort risquée...

2 Juin 2013, 22:31pm

Publié par Fr Greg.

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(...) En fait il n'y a découverte que dans l'amour. C'est une expérience fort risquée où les chances d'erreur sont grandes, d'abord sur le sujet lui-même, puis sur la force du sentiment qui l'anime et aussi pourquoi pas?, qui vous anime vous-même. Cependant c'est l'aventure la plus haute et il y a une certaine lâcheté à s'y dérober. Beaucoup de philosophes, et non des moindres, ont consacré des pages fort éloquentes à la connaissance par sympathie dont l'instrument serait l'intuition nourrie par l'amour.

 

C'est une belle histoire très bien contée, mais qui laisse un peu sceptique. Dans l'intérêt même de l'amour, il faut conserver une part de mystère. L'être aimé entièrement découvert et mis à plat deviendrait rapidement ennuyeux. Jusqu'au dernier jour, il faut qu'il détienne un secret. Et ce secret, parfois, est celui d'un amour plus profond, plus viscéral, que les âmes en causes ne pouvaient elles-mêmes supposer.

 

Au soir de la vie, on découvre, avec une force accrue à mesure que les années passent, qu'il n'y rien à découvrir mais que tout est à construire. C'est, je crois, la plus grande découverte qu'un être humain puisse faire. Tout devient plus clair, dès qu'on a compris que nos choix nous créent, et du même coup nous libèrent, nous libèrent de l'incertitude, des hésitations, du caprice. Une vie est une série de choix, même si certains de ces choix sont inconscients, et ces choix nous construisent.

 

Il peut arriver aussi qu'on découvre, en jetant les yeux sur son passé, une cohérence dans ces choix. C'est une agréable surprise que la découverte de ce fil d'Ariane. Est-ce une illusion de l'âge ou désir irrépressible d'unité? Peut-être les deux. Il s'y ajoute, je crois, la conscience, parfois bien tardive, d'un sens de l'existence. Ce sens, on ne l'avait pas découvert clairement, mais, dans ses actes on en tenait compte, comme si un maître intérieur n'avait cessé de veiller sur l'essentiel et de nous pousser doucement vers lui... 

 

Jacques de Bourbon Busset, l'Absolu vécu à deux.

 


 

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La nostalgie...

2 Juin 2013, 07:52am

Publié par Fr Greg.

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Pourquoi, et qu'est -ce que la nostalgie? Un manque, la sensation que quelque chose manque, mais en même temps, malgré la séparation, l'éloignement, demeure le sens, je dirai même plus, la certitude de la proximité.

La confiance permet de dominer cette nostalgie ; la foi en la réciprocité des sentiments a raison de la nostalgie. La foi en l'amour absorbe la nostalgie et en fait un matériel d'amour ; on peut d'une certaine manière "utiliser " la nostalgie pour approfondir l'amour.

L’éloignement approfondit la proximité,

L’éloignement purifie l'amour ;

La nostalgie est " désintéressée".

Eprouver de la nostalgie pour une personne l'établit dans une dimension différente, celle de Dieu.

La nostalgie du bien qui te vient d'une autre personne doit se transformer en prière, si c'est une valeur authentique (...)

Dans la nostalgie, il y a aussi le désir d'avoir auprès de soi la personne qui la suscite. La proximité directe est incontestablement source de joie, joie simple, d'être proches. Cette joie de la proximité augmente pourtant dans l'éloignement, la séparation. La nostalgie devient alors féconde, et sa valeur augmente, d'une certaine manière. Bien plus, la valeur de l'objet de la nostalgie augmente et en même temps justifie l'intensité de la nostalgie.

Il y a là une interdépendance. On ne peut pas désirer un bien dont on a une haute estime. La nostalgie devient normale, simple, compréhensible, quand on sait de quoi on est nostalgique.

A un moment donné, pourtant, elle devient nocive, destructrice : quand? Je pense que cela arrive quand elle s'unit en quelque sorte, à l'imagination ; l'imagination se met comme à sa disposition, et ce que nous imaginons couvre l'essence même de ce dont on a la nostalgie, suscitant un état de "profonde mélancolie" qui paralyse la volonté et agit de manière destructrice. Il faut vaincre tout cela.

On peut au contraire retenir la nostalgie, de toutes ses forces, quand elle se transforme en gratitude, quand on a conscience de posséder un don, le don d'un être humain.

La nostalgie est bonne dans la mesure où elle souligne, où elle met en évidence la valeur du don. L'éloignement en permet la contemplation, il donne le temps de méditer sur les faits advenus dans le passé et de se rendre compte de leur profondeur, de leur sens et de leurs conséquences.

Si la nostalgie altère l'homme, elle le tourne contre l'amour. Ce n'est pas la présence physique qui décide de la proximité, mais la proximité spirituelle, la communio personarum. Ce qui unit vraiment les hommes est au-delà du temps et de l'espace, mais pour parvenir à une telle réflexion la personne doit être contrainte, peut -être pas toutes les personnes en général, mais les femmes surtout. La féminité pousse aux réactions du cœur, parce que dans la nostalgie se trouve avant tout la réaction du cœur.

 

Wanda Poltawska "Journal d'une amitié"

 

 

 

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Connaissez-vous le "tumulte d'angoisse"...??

31 Mai 2013, 22:11pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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La culture: une accumulation quantitative...?

30 Mai 2013, 22:16pm

Publié par Fr Greg.

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  Ce qui nous incite à chercher c'est l'espérance et elle est inépuisable même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. (...)

L'espérance, dans l'âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L'âme a autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l'âme c'est la beauté, l'amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l'âme c'est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L'enfant en bas âge prend l'air, la parole,  le  pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts contre sa bouche et il engloutit l'air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l'âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

On peut reconnaître quelqu'un à la nature des mots qu'il mange. J'ai toujours vu les gens des milieux culturels, à quelques exceptions bienheureuses près, comme des personnes qui ne se nourrissaient plus que de noms propres, quand ces noms avaient atteint une certaine maturité de gloire. La culture et l'intelligence sont de deux ordres différents. On peut avoir l'une et être dépourvu de l'autre. On peut être cultivé et d'une bêtise épouvantable. L'intelligence cela vient de l'âme et c'est donné à tout le monde par le seul fait de naître, même si tout le monde n'en use pas, n'ose pas user de sa capacité personnelle à la solitude, de l'intensité de la solitude de son âme propre. L'intelligence ce n'est rien d'autre : une manière personnelle de se tenir devant soi et devant le monde, une manière propre à la personne de se laisser altérer par ce qui vient et de chercher son bien à elle, rien qu'à elle, dans ce qui la traverse et parfois la tue. Lire par exemple c'est une des manifestations les plus simples de l'intelligence, cela n'a rien à voir, absolument rien à voir avec la culture. Lire c'est faire l'épreuve de soi dans la parole d'un autre, faire venir de l'encre par voie de sang jusqu'au fond de l'âme et que cette âme soit imprégnée, manger ce qu'on lit, le transformer en soi et se transformer en lui. Toute lecture qui ne bouleverse pas la vie n'est rien, n'a pas eu lieu, n'est même pas du temps perdu, est moins que rien. Toute vie qui n'est pas bouleversée par la vie et qui ne va pas, seule, sans le réconfort d'aucune leçon, trouver son bien dans ce bouleversement, est morte. Ce qui est le bien d'une personne  c'est à la personne seule d'en décider, en ne s'appuyant que sur la lumière suffisante de sa propre solitude, au plus loin des convenances de pensée ou de morale.

L'intelligence cela ne s'apprend pas -cela s'exerce. La culture, oui, cela s'apprend- ça sort peu à peu de l'entassement des longues études, ça s'ajoute à soi-même avec le temps et c'est aux mains de quelques-uns. Si on ne vit plus que dans la culture on devient très vite analphabète : il y a un temps où, dans les milieux culturels, les oeuvres  ne sont plus méditées, aimées, mangées, un temps où on ne mange plus que les noms d'auteurs, leur nom seul, pour s'en glorifier ou pour le salir. La culture quand elle est à ce point privée d'intelligence est une maladie de l'accumulation, une chose inconsommable que l'on ne sait plus consommer.

 

 

            Christian Bobin. L'Epuisement.

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Père Marie-Dominique Philippe - Une vie donnée pour l'Amour

30 Mai 2013, 07:45am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Larmes de femmes

29 Mai 2013, 20:58pm

Publié par Fr Greg.

 

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Un petit garçon demanda à sa mère :
- Pourquoi pleures-tu ?
- Parce que je suis une femme, lui répondit-elle.
- Je ne comprends pas, dit-il.

Sa mère le prit dans ses bras et lui dit :
- Et jamais tu ne comprendras.

Plus tard le petit garçon demanda à son père :
- Pourquoi maman pleure-t-elle ? Je ne comprends pas !
- Toutes les femmes pleurent sans raison, fut tout ce que son père put lui dire.

Devenu adulte, il demanda à Dieu :
- Seigneur, pourquoi les femmes pleurent-elles aussi facilement ?

Et Dieu répondit :
- Quand j'ai fait la femme, elle devait être spéciale.
J'ai fait ses épaules assez fortes pour porter le poids du monde ;
et assez douces pour être confortables.
Je lui ai donné la force de donner la vie,
et celle d'accepter le rejet qui vient souvent de ses enfants.

« Je lui ai donné la force pour lui permettre de continuer quand tout le monde abandonne,
et celle de prendre soin de sa famille en dépit de la maladie et de la fatigue.
Je lui ai donne la sensibilité pour aimer ses enfants d'un amour inconditionnel,
même quand ces derniers l'ont blessée durement.

« Je lui ai donné la force de supporter son mari dans ses défauts
et de demeurer à ses côtés sans faiblir.
Et finalement je lui ai donné des larmes à verser quand elle en ressent le besoin.

« Tu vois mon fils, la beauté d'une femme n'est pas dans les vêtements qu'elle porte,
ni dans son visage, ou dans la façon de se coiffer les cheveux.
La beauté d'une femme réside dans ses yeux.
car c'est la porte d'entrée de son coeur - le lieu où réside l'amour.
Et c'est souvent par ses larmes que tu vois passer son coeur.

« Toutes les femmes sont belles,
et nous devons les encourager à s'aimer telles qu'elles sont
et à avoir une juste estime d'elles-mêmes. »

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Appelez-moi 'Loretta'... :)

29 Mai 2013, 08:41am

Publié par Fr Greg.

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ETINCELLES DE SAGESSE JUIVE

28 Mai 2013, 20:23pm

Publié par Fr Greg.

 

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La Biblerelate, à propos d’Agar et de son fils, que Dieu « entendit le gémissement de l’enfant » (Gn 21,17). Or, le texte ne dit à aucun moment que l’enfant avait poussé le moindre gémissement. « C’est que, dit Mendel de Worke, il existe des cris silencieux. Ils parviennent à trouer le ciel en profondeur et seul le Maître des cieux les entend ».

 

Le rabbin de Moscou, Yaakov Isaïe Matza, disait : « Il est heureux que notre maître Moïse ait été bègue. Sans quoi les hébreux n’auraient pas été libérés d’Égypte car on aurait perdu le temps en débats, en discours, en colloques et en controverses ».

 

Parole de Mendel de Kotzk : « Pourquoi parle-t-on du jour du don de la Torah et non celui de sa réception ? C’est parce que le don a été le même pour tous, pas la réception… »

 

Quand Dieu se proposa de créer l’homme, les anges lui dirent : « Ne le crée pas, il n’est que querelles ! ».

Mais quand Dieu observa que les anges eux-mêmes n’étaient pas tous d’accord là-dessus et qu’ils se querellaient d’abondance sur la question, il décida de ne pas tenir compte de leur avis. Après tout, on ne peut pas demander à l’homme d’être meilleur que les anges.

 

« Il y a, disait Yeshayahou Leibowitz, deux façons d’avoir la foi : il y a ceux qui croient en Dieu et ceux qui croient en l’aide de Dieu. Le juge Haïm Cohen, une haute personnalité intellectuelle israélienne, m’a dit un jour qu’après Auschwitz il avait perdu la foi en Dieu. Je lui ai répondu qu’il ne l’avait jamais eue ; il ne croyait en vérité qu’en l’aide de Dieu et, comme il ne l’avait pas eue, il a été déçu. C’est que la vraie foi ne dépend en aucune manière de l’aide que Dieu peut vous apporter ou pas ».

 

On demande à Eisik Harif :

« Quelle proportion d’intelligents y a-t-il parmi les juifs ?

pas moins de dix pour cent puisque, selon la Bible, Moïse a nommé un responsable pour dix juifs !

- et quelle est la proportion d’imbéciles ?

- pas moins de dix pour cent, puisqu’il y a un ministre officiant pour dix juifs ! »

 

Un commerçant juif vient demander conseil au rabbi Israël de Salant :

« Rabbi, je n’ai qu’une heure par jour à consacrer à l’étude. Que dois-je étudier, le Talmud ou la morale ?

Il vaut mieux que tu consacres cette heure à étudier la morale parce que ainsi tu apprendras comment trouver, chaque jour, trois heures libres pour étudier le Talmud ».

 

Parole de Dov Ber de Mezerotch : « Il faut parfois remuer de la cendre chaude pour obtenir une flamme ».

 

Quand Rabbi Yaakov fut nommé rabbin à Lissa, il eut quelques opposants :

« Que me reprochez-vous ? leur demanda-t-il ? Mes connaissances vous paraissent-elles vraiment insuffisantes ?

Ce n’est pas cela qui nous préoccupe, rabbi. C’est que vous êtes encore très jeune !

- Si c’est le seul défaut que vous me trouvez, il s’agit là, je puis vous l’assurer, d’une chose appelée à disparaître. Chaque jour qui passe, je vous promets d’être de moins en moins jeune ».

 

 

Parole de Mendel de Kotzk : « Le psalmiste dit : « Rendez grâce à Celui qui fit les cieux avec sagesse ». Avec sagesse ? Et avec quoi voudriez-vous que l’on fît le ciel ? Avec une aiguille et du fil ? Ce que veut dire, en vérité, le psalmiste, c’est que Dieu a fait le ciel afin que l‘homme l’observe avec sagesse et qu’il connaisse, grâce à cela, la finalité du monde ».

 

Nombreux étaient les fidèles qui venaient demander audience à Mendel de Kotzk ; mais il avait la réputation de n’en recevoir à chaque fois qu’un très petit nombre. Un jour, son assistant fait entrer dans le bureau du rabbi un paysan alors que les hommes de renom attendent depuis des heures d’être reçus. Le paysan vient demander au rabbi de prier pour la santé de sa vache malade dont dépend la subsistance de sa famille.

« Quoi ? s’étonnèrent les hommes dans la salle d’attente. Vous voulez dire que nous sommes condamnés à attendre ici pendant que le rabbi prie pour la santé d’une vache ?

Je préfère, répondit Mendel de Kotzk, recevoir un juif qui parle de vache en pensant à une vache plutôt que certains fidèles qui parlent de Dieu et pensent à leur vache ! »

 

 

Parole de Mordekhay Yossef : « Il est écrit : « Vous avez été rebelles avec le Seigneur » (Dt 9,24). On aurait dû écrire « contre » Dieu plutôt qu’ »avec ». Mais cela signifie sans doute qu’un juif peut se révolter en étant encore du côté de Dieu. »

 

Victor Malka, PETITES ETINCELLES DE SAGESSE JUIVE

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Art moderne !

27 Mai 2013, 21:44pm

Publié par Fr Greg.

 

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Moutons de Panurge..?

26 Mai 2013, 20:51pm

Publié par Fr Greg.

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Le compagnon de Pantagruel, Panurge, s'est embarqué pour le pays des Lanternes. Sur le bateau il rencontre Dindenault, marchand de moutons qui emmène un troupeau avec lui.

 

Panurge, ayant obtenu pour un prix élevé l'une des bêtes, la saisit et la jette à la mer. Tous les moutons suivent et se précipitent dans les flots, avec le marchand qui tente de les retenir. 


C'est depuis cette époque que l'expression "les moutons de Panurge" désigne les gens qui suivent les autres sans réfléchir.

"Soudain, je ne sais comment, le cas fut subi, je n'eus loisir de le considérer, Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant en pareille intonation, commencèrent à se jeter et à sauter en mer après, à la file. La foule était à qui le premier y sauterait après leur compagnon. Il n'était pas possible de les en empêcher, comme vous savez du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part qu'il aille". 

Rabelais, Pantagruel: Le Quart Livre, chapitre VIII.

 


 

 

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Dieu ne nous regarde pas de l'extérieur ou par nos petits cotés...

24 Mai 2013, 22:23pm

Publié par Fr Greg.

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Toute la conduite de Dieu est paternelle à notre égard, elle est pleine de miséricorde et elle réclame d'accepter, tant qu'on est sur la terre, de ne pas pouvoir toujours discerner parfaitement le bien et le mal dans nos activités et dans celles de nos frères. C'est du reste pour cela que nous n'avons pas à juger. C'est Dieu lui-même qui juge et fait le discernement. Ce nesont pas les hommes. C'est cela qui nous donne la grande espérance. Ce serait terrible, si c'était les hommesqui jugeaient.

C'est Dieu seul qui sonde les reins et les cœurs. Il ne juge pas selon les réalisations matérielles,  mais  il  juge  selon  les  intentions  profondes  de  chacun.  Les  hommes s'habituent tellement à juger les autres hommes, leurs frères, selon leurs résultats : ‘qu'as- tu fais dans ta vie ?’ et quand cela commence à être négatif, c'est terrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif fait son cheminement ! 

C'est terrible cette humanité comme aujourd'hui, parce qu'on ne voit que l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à la source et voit les intentions. En Dieu, il n'y a plus de jugement à partir des réalisations. L'homme, Dieu lui rappelle son salut jusqu'au bout. Dieu le poursuit jusqu'au bout pour qu'il redécouvre la miséricorde du Père, pour qu'il redécouvre l'amour du Père, pour qu'il redécouvre la sollicitude aimante du Père sur lui.

Marie-Dominique Philippe, Retraite sur l’Apocalypse.

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Es-tu mon ami? Seule question qui purifie le pouvoir religieux de son pharisaïsme!

23 Mai 2013, 22:13pm

Publié par Fr Greg.

 

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Ce soir, l’autel de la Confession devient ainsi notre lac de Tibériade, sur les rives duquel nous réécoutons le magnifique dialogue entre Jésus et Pierre, avec cette question adressée à l’apôtre, mais qui doit résonner dans notre cœur aussi : « M’aimes-tu ? » ; « Es-tu mon ami ? » (cf. Jn 21, 15 sq).

La question est adressée à un homme qui, en dépit de ses solennelles déclarations, s’était laissé prendre par la peur et qui avait renié. « M’aimes-tu ? » ; « Es-tu mon ami ? ». Cette question s’adresse à chacun de nous : si nous évitons d’y répondre avec trop d’empressement et de manière superficielle, elle nous pousse à regarder en nous, à entrer en nous-mêmes. « M’aimes-tu ? » ; « Es-tu mon ami ? ». Celui qui scrute les cœurs (cf. Rm 8, 27) se fait mendiant d’amour et nous interroge sur l’unique question vraiment essentielle, prémisse et condition pour paître ses brebis, ses agneaux, son Église. Tout ministère se fonde sur cette intimité avec le Seigneur ; vivre avec lui, telle est la mesure de notre service ecclésial, qui s’exprime dans notre disponibilité à l’obéissance, à l’abaissement et au don total (cf. Ph 2, 6,11).

Du reste, la conséquence de notre amour du Seigneur est de tout donner, vraiment tout, jusqu’à notre vie, pour lui : c’est ce qui doit distinguer notre ministère pastoral ; c’est le papier tournesol qui dit avec quelle profondeur nous avons embrassé le don reçu en répondant à l’appel de Jésus et à quel point nous sommes liés aux personnes et aux communautés qui nous ont été confiées. Nous ne sommes pas l’expression d’une structure ou d’une nécessité d’organisation : même à travers notre service de l’autorité, nous sommes appelés à être le signe de la présence et de l’action du Seigneur ressuscité, et donc à édifier la communauté dans la charité fraternelle.

Ce n’est pas quelque chose d’acquis : en effet, s’il n’est pas continuellement nourri, même l’amour le plus grand s’affaiblit et s’éteint. Ce n’est pas pour rien que l’apôtre met en garde : « Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l'Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l'Église de Dieu, qu'il s'est acquise par le sang de son propre fils » (Ac 20, 28). Par manque de vigilance, nous le savons, le Pasteur devient tiède ; il est distrait, oublieux et même intolérant ; il se laisse séduire par la perspective d’une carrière, les flatteries liées à l’argent et les compromis avec l’esprit du monde ; il devient paresseux, se transformant en fonctionnaire, en clerc de l’État davantage préoccupé de lui-même, de l’organisation et des structures que du vrai bien du peuple de Dieu. On court alors le risque, comme l’apôtre Pierre, de renier le Seigneur, même si, formellement, on se présente et on parle en son nom ; on offusque la sainteté de notre mère, l’Église hiérarchique, en limitant sa fécondité.

Mes frères, qui sommes-nous devant Dieu ? Quelles sont nos épreuves ? Que nous dit le Seigneur à travers elles ? Sur quoi nous appuyons-nous pour les dépasser ? Comme pour Pierre, la question insistante et affligée de Jésus peut nous faire souffrir et nous rendre davantage conscients de la faiblesse de notre liberté, menacée par mille conditionnements internes et externes, qui souvent suscitent en nous désarroi, frustration, et même incrédulité.

Ce ne sont certainement pas ces sentiments et ces attitudes que le Seigneur entend susciter : c’est plutôt l’ennemi, le diable, qui en profite pour isoler dans l’amertume, la plainte et le découragement. Jésus, le bon Pasteur, n’humilie pas et n’abandonne pas aux remords ; en lui parle la tendresse du Père qui console et relance ; il fait passer de la désagrégation de la honte au tissu de la confiance ; il redonne courage, confie à nouveau une responsabilité, envoie en mission. Pierre, purifié au feu du pardon, peut dire humblement « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn, 21, 17). Dans sa Première lettre, il nous exhorte à paître « le troupeau de Dieu […] veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cœur ;non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau » (1 P 5, 2-3).

Oui, être des pasteurs signifie croire chaque jour dans la grâce et dans la force qui nous viennent du Seigneur, malgré notre faiblesse, et assumer jusqu’au bout la responsabilité de marcher devant le troupeau, dégagés des poids qui entravent un sain empressement apostolique, et en le guidant sans hésitations pour que notre voix soit reconnaissable par ceux qui ont embrassé la foi comme par ceux qui « ne sont pas [encore] de cet enclos » (Jn 10, 16) ; nous sommes appelés à faire nôtre le rêve de Dieu, dont la maison n’exclut personne ni aucun peuple, comme l’annonçait prophétiquement Isaïe (cf. Is 2, 2-5).

C’est pourquoi, être des pasteurs veut aussi dire se disposer à marcher au milieu du troupeau et derrière lui, en étant capables d’écouter le récit silencieux de ceux qui souffrent et de soutenir le pas de celui qui craint de ne pas y arriver, attentifs à relever, à rassurer et à redonner espérance. Quand nous partageons avec les humbles, notre foi en ressort toujours fortifiée ; laissons donc de côté toute forme d’arrogance, pour nous pencher sur ceux que le Seigneur a confiés à notre sollicitude. Parmi ceux-ci, réservons une place particulière à nos prêtres ; que notre cœur, notre main et notre porte restent ouverts pour eux surtout, en toutes circonstances.

Chers frères, la profession de foi que nous allons maintenant renouveler ensemble n’est pas un acte formel, mais il s’agit de renouveler notre réponse au « Suis-moi » par lequel se termine l’Évangile de Jean (21, 19) : cela nous conduit à déployer notre vie selon le projet de Dieu, en engageant tout notre être pour le Seigneur Jésus. C’est de là que jaillit ce discernement qui connaît les pensées, les attentes et les besoins des hommes de notre temps, et qui les prend en charge.

Dans cet esprit, je remercie de tout cœur chacun de vous pour votre service, et je vous dépose sous le manteau de Marie, Notre Dame.

Mère du silence, gardienne du mystère de Dieu, libère-nous de l’idolâtrie du présent à laquelle se condamne celui qui oublie. Purifie les yeux des pasteurs avec le collyre de la mémoire et nous retournerons à la fraîcheur des origines, pour une Église priante et pénitente. Mère de la beauté, qui fleurit dans la fidélité au travail quotidien, réveille-nous de la torpeur de la paresse, de la mesquinerie et du défaitisme. Revêt les pasteurs de cette compassion qui unifie et qui intègre, et nous découvrirons la joie d’une Église servante, humble et fraternelle. Mère de la tendresse, qui enveloppe de patience et de miséricorde, aide-nous à brûler les tristesses, impatiences et rigidités de ceux qui ne connaissent pas d’appartenance. Intercède auprès de ton Fils pour que nos mains, nos pieds et nos cœurs soient agiles, et nous édifierons l’Église dans la vérité et la charité. Et nous serons le peuple de Dieu, pèlerin vers le Royaume. Amen.

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Joie et tristesse

22 Mai 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

 

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Une femme dit alors: "Parle-nous de la Joie et de la Tristesse."

Il répondit: Votre joie est votre tristesse sans masque.

Et le même puits d'où jaillit votre rire a souvent été rempli de vos larmes. 

 Comment en serait-il autrement ?

Plus profonde est l'entaille découpée en vous par votre tristesse, plus grande est la joie

que vous pouvez abriter.

La coupe qui contient votre vin n'est-elle pas celle que le potier flambait dans son four ?
Le luth qui console votre esprit n'est-il pas du même bois que celui creuse par les couteaux ?

Lorsque vous êtes joyeux, sondez votre coeur, et vous découvrirez que ce qui vous donne de la joie n'est autre que ce qui causait votre tristesse.


Lorsque vous êtes triste, examinez de nouveau votre coeur. Vous verrez qu'en vérité vous pleurez sur ce qui fit vos délices.

Certains parmi vous disent: "La joie est plus grande que la tristesse", et d'autres disent: "Non, c'est la tristesse qui est la plus grande."


Moi je vous dit qu'elles sont inséparables.


Elles viennent ensemble, et si l'une est assise avec vous, a votre table, rappelez-vous que l'autre est endormie sur votre lit.

En vérité, vous êtes suspendus, telle une balance, entre votre tristesse et votre joie.
Il vous faut être vides pour rester immobiles et en équilibre.

Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent dans les plateaux, votre joie et votre tristesse s'élèvent ou retombent.

Khalil Gibran

 

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l'amour nous enlève tout...

22 Mai 2013, 07:45am

Publié par Fr Greg.

 

 

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      "Oui, on est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.

L'amour ne vous demande rien - sinon d'être là. Il vous donne l'éternel, en passant.

Reste l'amour qui nous enlève de tout, sans nous sauver de rien. La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs. On ne pourrait nous l'enlever sans nous tuer aussitôt. L'amour ne révoque pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l'espace pour brûler. L'amour n'est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d'une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumière dans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que tout une vie serait légère, penchée sur ce rien. Légère, limpide : l'amour n'assombrit pas ce qu'il aime. Il ne l'assombrit pas parce qu'il ne cherche pas à le prendre. Il le touche sans le prendre. Il le laisse aller et venir. Il le regarde s'éloigner, d'un pas si fin qu'on ne l'entend pas mourir : éloge du peu, louange du faible. L'amour s'en vient, l'amour s'en va. Toujours à son heure, jamais à la vôtre."

Christian Bobin, Eloge du rien.



 

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Vie et Destin...

21 Mai 2013, 01:40am

Publié par Fr Greg.

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Anna Sémionovna, juive et enfermée dans un ghetto d’Ukraine en 1941 par les allemands, écrit une dernière lettre à son fils.

 

« Je fais des visites aux malades. Des dizaines de personnes, vieillards presque aveugles, bébés, femmes enceintes, vivent entassées dans une pièce minuscule.

J’ai l’habitude de lire dans les yeux les symptômes des maladies, les glaucomes, les cataractes. Je ne peux plus regarder ainsi les yeux, je vois dans les yeux le reflet de l’âme. D’une âme bonne, Vitia ! D’une âme bonne et triste, moqueuse et condamnée, vaincue par la force mais, en même temps, triomphant de la force. Une âme forte, Vitia !

 

Si tu voyais avec quelle gentillesse de vieilles personnes m’interrogent à ton sujet ; avec quelle chaleur me consolent des gens auxquels je ne me suis pas plainte et qui se trouvent dans une situation bien plus horrible que la mienne. Avec quelle délicatesse touchante on me donne pour mes soins un morceau de pain, un oignon, une poignée de haricots.

 

Crois-moi, ce ne sont pas des honoraires pour une visite. Quand un vieil ouvrier me serre la main, glisse dans mon filet quelques pommes de terre et me dit : ‘ Allons, allons, docteur, je vous en prie », des larmes me montent aux yeux. Il y a dans tout cela quelque chose de pur, de paternel, de bon, je ne sais comment l’exprimer à l’aide de mots.

 

Je ne veux pas te consoler en te disant que ma vie a été facile ici, tu dois t’étonner que mon cœur n’ait pas éclaté de douleur. Mais ne te tourmente pas en te disant que j’ai souffert de faim, pendant tout ce temps, je n’ai pas eu faim une seule fois. Et aussi, je ne me suis jamais sentie seule.

 

Que d’enfants ici, des yeux merveilleux, des cheveux bruns et bouclés, il y sûrement parmi eux de futurs savants, des professeurs de médecine, des musiciens, des poètes peut-être.

Je les regarde quand ils courent le matin à l’école, ils ont un sérieux qui n’est pas de leur âge, et leurs yeux tragiques leur mangent le visage. Parfois ils se battent, se disputent, rient, mais cela est encore pire.

 

On dit que les enfants sont notre avenir, mais que peut-on dire de ces enfants-là ? Ils ne deviendront pas musiciens, cordonniers, tailleurs.

 

Comment finir cette lettre ? Où trouver la force pour le faire, mon chéri ? Y a-t-il des mots en ce monde capables d’exprimer mon amour pour toi ? Je t’embrasse, j’embrasse tes yeux, ton front, tes yeux.

 

Souviens-toi qu’en tes jours de bonheur et qu’en tes jours de peine l’amour de ta mère est avec toi, personne n’a le pouvoir de le tuer.

Vitenka … Voilà la dernière ligne de la dernière lettre de ta maman. Vis, vis, vis toujours … Ta maman. ».

 

 

Vassilly Grossman, Vie et destin.

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LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE VIENT AU SECOURS DES CHRÉTIENS

17 Mai 2013, 08:11am

Publié par Fr Greg.

 

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« Je n’ai reçu aucun soutien des élus locaux. Pas un mail, pas un texto, pas un coup de fil » , se désole le père Grégoire, violemment agressé lundi soir, dans le quartier Saint-Ruf, pour s’être défendu alors qu’on lui volait son portable. Seuls les députés Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen m’ont envoyé un mail…" 

"Ce silence nous blesse, nous sommes à 500 mètres de la mairie de quartier, personne n’est venu", renchérit le père Marie-Christophe, responsable de la communauté de Saint-Jean. 

La communauté musulmane d’Avignon aussi a été choquée par cette absence de réaction officielle. Alors, elle a spontanément apporté son soutien au prêtre jeudi et avait tenu à le faire savoir dans le hall de la mairie, place de l’Horloge. "Toucher à un homme d’église et de paix, c’est intolérable, on a franchi un cap. Une société sans foi ni loi, c’est la porte ouverte à l’anarchie. Mais après le désordre risque de venir un grand ordre", s’alarme Abderrahmane Bouaffad, porte-parole de la communauté des musulmans du Grand Avignon, faisant allusion aux tentations extrémistes facilement ravivées par ce genre d’agression.


Un appel au ministre de l'intérieur

Khalid Belkhadir, président du conseil régional du culte musulman avait tenu à venir de Marseille "pour soutenir notre frère agressé par des voyous, pas par des musulmans. Nous devons réfléchir au bien-vivre ensemble pour éviter les amalgames faciles." "La démission des élus a entraîné la création de ghettos, la marginalisation des jeunes, l’insécurité ambiante, on appelle le ministre de l’Intérieur, qui est aussi celui des cultes, à venir nous rencontrer tous ensemble à Avignon", lance Abderrahmane Bouaffad qui suggère d’aller jusqu’au bureau du maire.

Les frères rackettés

Pas la peine. "Le Bon Dieu fait bien les choses", voilà Marie-Josée Roig qui traverse le hall et se retrouve bientôt interpellée par le petit groupe. "Je rentre juste de Paris, s’excuse l’élue qui assure avoir contacté l’évêque dès qu’elle a appris la nouvelle. Pour le père Grégoire, cette agression doit servir à aider les autres, "tous ceux qui se font attaquer et dont on n’entend pas la voix." "Je suis d’accord, j’irai dans votre paroisse", promet le maire avant de s’éclipser. "Elle nous a joué un morceau de flûte", réagit, désabusé, le père Marie-Christophe dont la paroisse est régulièrement la cible des petits malfrats. Régulièrement, le tronc de l’église est pillé, scooters et ordinateurs sont volés. "Le Jeudi saint, des jeunes en planque m’ont dit : “Si tu ne veux pas être volé, tu paye”. On ne supporte plus ce racket permanent."

Une marche inter-religieuse

Un portable volé, c’est tragiquement la banalité quotidienne de la petite délinquance opportuniste. "Il faut que les élus réfléchissent à l’irrespect, la violence, l’éducation, à la zone de non-droit, qui se développent", lancent les hommes de foi. Eux, imaginent une marche inter-religieuse pour la paix par exemple. "Il faut sacraliser le vivre ensemble, dit Abderrahmane Bouaffad. À la mosquée ou à l’église, nous sommes avec nos frères en religion, mais dans la rue, nous sommes tous avec nos frères et sœurs en humanité."

Certains le savent déjà qui, non croyant et n’habitant même pas Avignon, ont spontanément contacté le père Grégoire pour lui donner un téléphone, de l’argent pour un nouveau forfait. Un petit geste de solidarité pour croire encore en l’homme.

 

 http://www.midilibre.fr/2013/05/16/les-musulmans-d-avignon-soutiennent-le-pere-gregoire,697982.php

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Ne subissez plus!

16 Mai 2013, 15:08pm

Publié par Fr Greg.

 

France 2 - le 16.05.2013. à 13h00. Anne Domy et Christelle Chabaud

 

Je rentre d'une conférence de presse donnée dans le hall de la mairie d'Avignon, sur la demande de responsables musulmans, qui ont souhaités "comme citoyens et musulmans" prendre la défense d'un religieux catholique et s'indigner du silence de l'état français et des autorités publiques! En effet, aucun élu de la république, mairie ou état n’a téléphoné ou ne s’est déplacé ; la mairie de quartier est à – de 500m. Les élus ne sont pas venus, nous sommes donc allés à leur rencontre ; la providence a de fait bien fait les choses, car à ce moment est rentrée madame Marie-José Roig, Maire UMP d’Avignon, que je n’ai pas manqué d’interpeller vivement pour son absence, ni d’avoir envoyé aucun représentant. Et lui ai demandé des actes concrets, non plus des paroles, pour la minorité silencieuse qui souffrait !

 

Ces musulmans assurent ne pas en rester là et sont prêt à agir pour que l'Etat s'engage concrètement face à ces agressions, ces vols et rackets, qui dégénèrent dès qu’on leur oppose la moindre résistance ! De fait, les musulmans sont aussi victimes d’actes similaires barbares.      

 Mais ces responsables musulmans disent aussi qu’aujourd’hui un cap est franchi : «si on touche à ce qui est sacré, c'est la fin de la république, et cela on n'en veut pas!"

 

Si a travers cette agression je peux plaider la cause de ceux qui subissent la démission de nos autorités, cet évènement n’aura pas été vain ! Je suis preneur de toute suggestion !

 

Fr Grégoire. 

 

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