Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Un moine peut-il proclamer un texte d'amour à une femme?

26 Juillet 2013, 12:43pm

Publié par Fr Greg.

001

002

Journal La Provence 24 Juillet 2013

Voir les commentaires

Pourquoi les cathos ont beaucoup à gagner à écouter ceux qui ont perdu la foi

25 Juillet 2013, 22:07pm

Publié par Fr Greg.

athee1.jpg

 

Des membres de la Fixed Point Foundation, dont la mission est de promouvoir la foi chrétienne aux Etats-Unis, ont mené des entretiens avec des étudiants se déclarant athées pour connaître les raisons pour lesquelles ces derniers ont rompu avec leur religion. Principal reproche : le message religieux serait trop vague et ne répondrait pas assez aux problèmes personnels. Est-ce une faiblesse que l’on retrouve aussi en France, et qui expliquerait au moins en partie la baisse du nombre de croyants ?

Bernard Lecomte : Trop vague, le message de la religion chrétienne ? Je crois, au contraire, que ses deux mille ans d’histoire ont donné au christianisme un trop-plein de références théologiques, de figures saintes, de rituels sophistiqués, de prières liturgiques ! Comment un jeune ayant laissé tomber la foi de son enfance ne serait-il pas découragé devant une religion finalement aussi complexe, précise, exigeante ? Vouloir en savoir plus sur Jésus, sur Marie ou sur les Évangiles, cela demande de lire la Bible, de fréquenter les pères de l’Eglise, de comprendre les sacrements, de lire les grands théologiens, de suivre les encycliques papales, que sais-je encore ! C’est justement pour cette raison que les « évangéliques » gagnent du terrain sur les catholiques, notamment en Amérique latine et en Afrique. Cela dit, que tout cet ensemble ne corresponde pas forcément au monde moderne, qu’il paraisse inadapté aux problèmes personnels des jeunes d’aujourd’hui, c’est une autre affaire… De la même manière que les entreprises mènent des audits, l’Eglise catholique aurait-elle intérêt à se livrer à ce même type d’investigation dans les pays, comme la France, très largement concernés par l’athéisme ? Des investigations de type sociologique sur la déchristianisation des jeunes Français, il y en a des kilomètres : allez donc vous promener dans une librairie religieuse comme La Procure, à Paris, et vous en trouverez plein les rayonnages ! Dès le milieu du XXème siècle, des prêtres français comme l’abbé Godin ou le chanoine Boulard ont publié des études passionnantes sur le recul de la foi dans la société moderne. Toutes ces enquêtes ne sont pas parfaites, certes, mais elles éclairent utilement le mouvement de « sécularisation » qui caractérise le christianisme en Europe depuis cette époque. Cependant, une chose est de comprendre cette évolution, une autre est de l’enrayer ! Il a beaucoup été question de dialogue inter-religieux sous le pontificat de Jean-Paul II, en revanche on parle peu de dialogue religion-athéisme. S'agirait-il d'un échange du même ordre ? Ces deux mondes s'ignorent-ils totalement ? C’est à la fin du concile Vatican II que la question s’est posée : le dialogue avec les « non chrétiens » est-il le même quand ces « non chrétiens » sont des croyants d’autres religions ou des athées ? La tendance de ce dernier demi-siècle est de considérer les juifs ou les musulmans d’abord comme des croyants : Jean-Paul II a même dit que les juifs étaient les « frères aînés » des chrétiens ! Le dialogue avec les athées a donc pris une tournure spécifique. Le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, s’en était fait une spécialité – rappelez-vous son célèbre échange avec le philosophe Habermas. C’est ce qui a conduit, sous son pontificat, en 2011, à lancer cette démarche dite du « parvis des gentils » consistant à engager un dialogue direct avec les athées qui le souhaitent, dans le cadre plus général d’une « nouvelle évangélisation » devenue une priorité pour l’Eglise.

 Staline a été séminariste, un certain nombre de rockers se sont insurgés contre leur éducation religieuse, pourquoi la religion produit-elle ses plus fervents opposants ? L’anticléricalisme ou l’athéisme actif peuvent trouver leur origine dans une enfance religieuse mal vécue, mais je ne suis pas sûr qu’il faille en tirer des généralités. Un dictateur russe ou africain aura probablement été baptisé, mais certainement pas un dictateur chinois ou arabe ! Quant aux rockers ou aux rappeurs qui s’en prennent au christianisme, il y en a, nombreux, notamment dans les banlieues difficiles, qui viennent de milieux déchristianisés, indifférents, athées ou… musulmans : leur révolte vise la société plus que la religion ! Seuls quelques tendances, genre « sataniste » ou « gothique », restent obsédées par la religion, mais elles restent très marginales, et rien ne dit qu’elles proviennent d’une éducation religieuse défaillante !

Propos recueillis par Gilles Boutin

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-catholiques-ont-beaucoup-gagner-ecouter-aussi-ceux-qui-ont-perdu-foi-bernard-lecomte-791941.html#AAlRl3vYHWKUZpJ2.99

Voir les commentaires

Dire le verbe. Le faire vivre. Vivre par-delà le verbe...Et vibrer!

23 Juillet 2013, 09:40am

Publié par Fr Greg.

bobinportrait.jpg

 

LE PITCH

Grégoire Plus, professeur de philosophie, lit  " La Plus Que Vive " de Christian Bobin. Ce dernier a perdu brutalement en 1995, une amie, une amante très chère, Ghyslaine. Un an après, il publie ce livre qui lui permet de faire revivre celle qui n'est plus. " Ecrire pour réparer l'irréparable! ". Il est question de la vie, de la mort, de l'amour selon Bobin à travers les souvenirs vécus avec cet être cher.

L'AVIS DU FESTIVALIER

Dans le panorama exhaustif de tous les genres de spectacles vivants présents au festival Off, il en est un à ne point occulter: la Lecture! Grégoire Plus, qui se dit non comédien, semble habité par le texte. Il aime le travail de Bobin et ça se voit. Et ça s'entend! Profondément! Au cours de la lecture, il est dit que " les yeux et la voix sont les plus proches de l'âme"...Ce n'est pas un personnage que joue là Grégoire Plus, c'est une âme! L'âme d'un grand homme, Bobin. L'âme d'une grande femme, la disparue. L'âme d'une oeuvre, le livre. Pas de larme à l'oeil, pas de snif-snif pleurnichard, on regarde ici la mort en face, droit dans les yeux! La scénographie, réduite à sa plus simple expression, a tout de même un impact de taille: un éclairage intelligent plonge le visage de l'acteur-lecteur dans le clair-obscur...Il irradie! Quand il se lève, son ombre se projette sur le pilier nord de la chapelle Saint Louis et appuie encore la portée du propos. Les mots de Bobin sont d'une justesse, d'une beauté, poétique et cinglante, transcendés par la philosophie du lieu, une église et du thème, la disparition. L'acteur-lecteur n'est pas un comédien et c'est sa première année au festival. Cette expérience concluante le rend prêt à se lancer dans une nouvelle aventure de lecture. Mais seulement pour un texte qu'il aime intensément. Il se " livre" mais il n'est pas à vendre!

Chapelle Saint Louis, 18 rue du Portail Boquier. Jusqu'au 31 juillet à 16h30. Durée: 1h00. Tarifs: 12 euros / carte OFF : 08 euros. Résas: 0786556762.

 

par Jean-Christophe Gauthier le 22/07/2013 à 13:14

 http://www.citylocalnews.com/avignon/2013/07/22/la-plus-que-vive

 

 

Voir les commentaires

L'Homme violoncelle, Pablo Casals ou la musique sauvera le monde

20 Juillet 2013, 09:13am

Publié par Fr Greg.

 

7804_526091080784280_15956382_n.png

Juliana Laska et Michel Sigalla ressuscitent la figure du grand violoncelliste Pablo Casals, dans toute son humanité, sa générosité. Quand l'expression musicale rencontre le plaisir de la parole vécus dans un même élan, transmettre et recevoir se révèlent être un grand bonheur.

Immense violoncelliste qui reçut l'hommage de ses contemporains tels que Jean Sibelius, Mstislav Rostropovitch ou Thomas Mann, Pablo Casals fut avant tout un humaniste qui rêvait d'un monde de fraternité, à l'image du concert, où artistes et public communient dans le même amour de la beauté. À l'initiative de la violoncelliste Juliana Laska qui partage dans un geste semblable le désir de servir la musique, et en étroite communion avec le comédien Michel Sigalla en qui, à la scène, transparaissent quelques traits du modèle, L'Homme violoncelle offre un pur moment de bonheur où musique et théâtre ne font qu'un.

Foisonnant d'extraits musicaux, le spectacle donne un florilège du répertoire pour violoncelle. Les Suites de Jean-Sébastien Bach, son maître spirituel dont l'œuvre l'accompagna toute sa vie durant, puis Mozart, Beethoven, Brahms, l'Élégie de Fauré ou la Pavane de Ravel, Bartók... Les principes d'une certaine musique contemporaine, caricaturés dans leur inexpressivité, donnent prises, sinon à un moment de franc éclat de rire, à une réflexion sur la confusion artistique qui règne à notre époque. 

Plaisir des yeux et des oreilles, L'Homme violoncelle a le mérite de ne pas s'empêcher de parler musique comme entre connaisseurs, animé par un élan de transmission passionnante. On pénètre au cœur des problématiques de la maîtrise de l'instrument comme de l'interprétation. De manière didactique et ludique sont abordés l'aspect technique, les différents modes de jeu et la recherche de souplesse au service d'une liberté dans le geste musical. De même que le philosophe Bergson qu'il a rencontré parle de l'intuition, Casals cherche le naturel en musique. Le son parle, vibre, exprime, suit la courbe d'un phrasé dont tout l'art réside dans le rubato. Se fait ressentir ce que l'instrument incombe de sacrifices et de souffrances dans la vie de l'interprète, serviteur et esclave du violoncelle. De même l'angoisse, perpétuelle, et toute la magie du concert.

970585_546325302094191_1718135714_n.jpg

Catalan né en 1876 et mort en 1973, Pablo Casals fut le témoin de l'histoire tragique du XXème siècle : son engagement au service de l'association ouvrière des concerts de Barcelone, son exil à Prades en 1939, sa fuite et sa protestation face au régime franquiste. L'évocation de la Seconde Guerre mondiale, illustrée par des extraits radicalement différents du Concerto n° 1 de Chostakovitch et de la bande originale de La Liste de Schindler, suscite l'émotion aux larmes... 


D'une grande richesse, L'Homme violoncelle met surtout en présence deux interprètes dont le dialogue, verbe et son s'écoulant dans un même élan, rythmés par un même souffle (à l'évidence fruit d'un sérieux travail !), est naturel et vivant. C'est une humble générosité qui se dégage de ce moment, et que seuls rendent possible la vie intérieure et le don de soi lors d'un chant expressif et émerveillé.


http://www.ruedutheatre.eu/article/2153/l-homme-violoncelle-pablo-casals-ou-la-musique-sauvera-le-monde/

Voir les commentaires

Nous avons dans l'Eglise de talentueux artistes !

18 Juillet 2013, 22:35pm

Publié par Fr Greg.

Annuntio vobis gaudium magnum...

publié le 17/07/2013 à 16:57

Nous avons dans l'Eglise de talentueux artistes !

image.jpg

 

Au Festival, 17 spectacles fédérés sous l'appellation "Présence chrétienne" occupent trois lieux magnifiques dans Avignon : chapelle de l'Oratoire, chapelle Saint-Louis et chapelle Notre-Dame de la Conversion.

 

Dans la chapelle Saint-Louis, le frère Grégoire Plus, de la communauté saint Jean, interprète "La plus que vive" de Christian Bobin. Un texte très émouvant dans lequel Bobin évoque la mémoire de Ghislaine sa compagne morte subitement à 44 ans. Un texte où il s'adresse à celle qui continue mystérieusement de l'aider à vivre et à aimer la vie. Nous avons interrogé le frère Grégoire Plus au sujet de cette pièce.

 

Comment es-tu arrivé au Festival avec cette création?

En fait, c'est plus Bobin et le Festival qui m'ont choisi plutôt que l'inverse. Les circonstances ont beaucoup joué. Il y a 15 ans, j'avais fait une première expérience de théâtre mais la question ensuite était restée au niveau philosophique puisque c'est ma spécialité universitaire. Puis trois événements ont provoqué le déclic : mon arrivée en septembre à Avignon chez les frères, la lecture de ce livre de Bobin en Pologne en février dernier qui m'a porté pendant plusieurs semaines et mes amis qui m'ont propulsé de la simple lecture à la véritable création théâtrale.

Quelles sont tes premières impressions après deux semaines de jeu?

Je ressens une vraie fragilité et une vraie vulnérabilité en me donnant sur scène. Un vrai exercice d'humilité. Et une vraie joie en voyant comment le texte est reçu à travers mon interprétation. Ce texte m'a apporté notamment des réponses sur le manque et la déchirure que provoque la mort.

As-tu fait des rencontres marquantes au Festival?

En tractant dans les rues, j'ai rencontré providentiellement une amie de Ghislaine, la femme évoquée dans la pièce, ainsi qu'une amie de Clémence, la fille de Bobin. Or il est question de Clémence dans une scène très émouvante où elle entre longuement dans une cabine téléphonique pour parler à sa mère défunte. Et cela constituera un tournant pour Bobin dans son deuil.

 

Autre chapelle et encore de brillants talents.

Coup de cœur et de projecteur pour "Je serai avec vous jusqu'à la fin des temps" où Lorenzo Bassotto, accompagné en musique par Francesco Agnello, incarne le texte de l'évangile selon Saint Matthieu avec un talent extraordinaire, dans la lignée de la comedia dell'arte : plein d'humour, d'évocations poétiques et d'intensité dramatique.

Excellente innovation cette année : ils jouent avec la porte de la chapelle de l'Oratoire ouverte en permanence sur la rue.

Dès lors, dans la fournaise d'Avignon, la fraîcheur de l'évangile se révèle. Des personnes entrent timidement, puis s'installent charmés, interrogés, bouleversés par la Parole. Francesco nous témoigne ainsi que "nous vivons avec le public une rencontre providentielle : cette parole se déploie alors non comme un patrimoine, une texte ancien mais comme une réalité vivante et inattendue pour tous ceux qui franchissent le seuil de la chapelle. Aussi inattendue qu'une rencontre avec Jésus sur les chemins de Palestine."

 

Quand on voit tant de talents, on se dit que Dieu finalement ne choisit pas que des incapables!

Et nous, nous prions très fort pour qu'Il nous rende capables d'un truc, un jour...

Frères Thierry et Nicolas

 

La plus que vive

Gregoire Plus

Chapelle Saint Louis à 16h30. Durée 1h

 

 http://www.lavie.fr/sso/blogs/blog.php?id=13348

Voir les commentaires

ODE À LA VIE PLUS FORTE QUE LA MORT

17 Juillet 2013, 22:22pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 la-croix.gif

 

Frère Grégoire, le moine acteur

Membre de la communauté de Saint-Jean, il est, chaque après-midi, l’interprète du livre de Christian Bobin.

La plus que vive,de Christian Bobin

La dernière fois que l’on a parlé de Frère Grégoire dans la presse, c’était bien malgré lui. Le 13 mai, il a été victime d’une agression à Avignon, au centre paroissial Saint-Ruf : quatre jeunes lui ont volé son téléphone portable, puis l’ont roué de coups, le laissant inanimé, visage tuméfié, nez cassé. L’affaire a fait grand bruit, d’autant que ce membre de la communauté de Saint-Jean était en habit religieux et ses agresseurs des Maghrébins. 

De nombreuses voix lui ont alors apporté leur soutien. Le conseil régional du culte musulman de la région Paca a exprimé « son incompréhension et son indignation face à cette agression qui a visé un homme de paix devant un lieu de prière et de recueillement ».

Frère Grégoire ne s’attarde guère sur cet épisode. Il précise seulement son désir de « tisser des liens avec la communauté musulmane ». S’il avoue, cependant, s’habiller désormais plus souvent en « civil », en ce mois de juillet, la raison est particulière : il a rejoint la cohorte des acteurs du off pour interpréter, seul sur scène, La plus que vive, de Christian Bobin.

ODE À LA VIE PLUS FORTE QUE LA MORT

Face au public dans le chœur de la chapelle Saint-Louis, il fait entendre le très beau texte écrit par l’écrivain à la suite du décès brutal de son épouse, à 44 ans. « Ta mort a tout bouleversé en moi. Tout. Sauf mon cœur… »Les mots s’élèvent, graves, pudiques, refusant de conjuguer « je t’aime »au passé. Ce qui n’aurait pu n’être que plainte se fait ode à la vie plus forte que la mort.

Né en 1971 dans un milieu « artiste », il se destinait aux relations internationales lorsque, à 23 ans, taraudé par « la question de Dieu », il a rejoint la communauté de Saint-Jean. Formé à la philosophie, il est envoyé en mission en Europe, en Asie, aux États-Unis. Il vit à Avignon depuis un an. Il a beaucoup lu, s’est interrogé sur l’art et l’artiste, qui « parlent directement au cœur de l’homme ». De cette réflexion est né son désir,« longtemps rentré », de « se mettre humblement au service d’une parole, d’une pensée ». La découverte de Christian Bobin et de La plus que vivesera le déclic.

Deux amis (Mélanie Dumas et le metteur en scène Michel Sigalla) lui ont offert leurs services. La communauté de Saint-Jean l’a soutenu. « Présence chrétienne » l’a accueilli dans la chapelle Saint-Louis. Il n’a pu payer des affiches. Un imprimeur lui a fourni gratuitement 100 000 tracts…« Je commence à ressentir cette joie à me lâcher devant le public »,reconnaît-il. Frère Grégoire espère reprendre La plus que vive. Mais « cela ne m’empêchera pas d’assumer mon apostolat auprès de mes frères ».

Didier Méreuze, Chapelle Saint-Louis, à Avignon

 

http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Frere-Gregoire-le-moine-acteur-2013-07-17-987449

Voir les commentaires

Le trac du tractage

17 Juillet 2013, 09:40am

Publié par Fr Greg.

AVIGNON-Festival-2013-002--1-.jpg

A priori, on pourrait se dire que pour un acteur, tracter est comme un jeu d’enfant. Ni plus ni moins qu’une nouvelle façon de se mettre en scène. De faire le clown. L’acteur quoi. Tracter  dans la rue ne serait finalement que le prolongement du travail sur un plateau. La même chose. Mais dans la rue, les yeux dans les yeux avec votre public. Bref, le bonheur.

Et bien, permettez-moi de vous dire que vous avez tout faux. Pour ne parler que de ma petite personne, tracter est bien plus difficile que de jouer la comédie. Et pour être franc, j’ai plus peur d’aborder une table de dix personnes au restaurant pour parler de Comme d’habitude que de jouer devant une salle comble. Vendre en général, et se vendre en particulier est une affaire bien plus délicate que de faire l’acteur. Sur un plateau, protégé par les lumières des projecteurs, vous êtes dans une bulle. Protectrice, régressive, où (presque) tout est possible et toléré. Malgré tous ces yeux braqués sur vous, vous êtes étrangement à l’abri. Du dehors. De la vraie vie.

Devant dix personnes en train de d’attaquer leur pizza ou leur entrecôte, c’est une autre affaire. Mais attention, je connais des comédiens qui ont le talent pour leur faire poser les fourchettes, et de boire vos paroles en guise de rosé. Matthieu (l’autre comédien de Comme d’habitude) est de ceux-là. Ce sont des races à part. Des comédiens show man. Des acteurs à bagout. Qui peuvent vous emballer tout et n’importe quoi. Et surtout les jolies filles. Et puis il y a les autres, les comme moi. Qui ne savent pas très bien quoi faire avec le regard des autres.

Si j’étais directeur commercial d’une entreprise d’aspirateurs, de photocopieurs ou de boulons en inox, j’exigerais que tous mes vendeurs se mettent à la disposition des compagnies de théâtre pour faire la promotion de leur spectacle pendant la durée du festival. Je ferai coup double: une excellente séance de formation pour mes équipes de commerciaux, et une petite contribution à la grande histoire du théâtre. Ce serait chic.

Mais je ne suis que journaliste et comédien le temps du festival. Alors je tracte. Et  je dois ravaler un peu de mon amour propre. Notamment devant ces faces de citron qui  me regardent débiter mon argumentaire commercial comme s'ils avaient en face d’eux un chimpanzé d’une espèce menacée d’Amazonie. Il y a les malotrus qui ne lèvent pas le nez de leur assiette. Les menteurs: «Désolé, mais je pars ce soir». Les faux-culs qui ponctuent chacune de mes phrases d’un «d’accord, d’accord, d’accord…» et qui concluent par un «merci» qui sent à plein à nez le «bon débarras». Les agacés qui soupirent avant même que vous commenciez à parler. Ou encore les péteux: «Désolé, que je ne vois que les spectacles du in». Heureusement, il y a tous les autres (et c’est la majorité) pour qui le tractage est l’occasion d’échanger sur le théâtre et le festival.

 

Bon allez, c’est pas tout ça, mais il faut allez au turbin. Ce soir, on n’a que 15 réservations. Alors, au tractage. A demain.

http://avignonoff.blogs.liberation.fr

 

 

Voir les commentaires

"Nous, les vivants, sommes devant la mort de bien mauvais élèves..."

15 Juillet 2013, 10:21am

Publié par Fr Greg.

la-plus-6876.JPG

 

Une chaise, une table, la chapelle Saint-Louis, le décor est sobre. Cet homme, assis devant l’autel, va faire partager au public l’hommage de l’auteur Christian Bobin à son amie Ghislaine décédée il y a 18 ans d’une rupture d’anévrisme, à travers le livre “La plus que vive” publié en 1996 un an après sa tragique disparition.

 

“Grégoire Plus”, le lecteur, pour sa première participation au festival donne à ce texte magnifique, profondeur, humanité. Prêtre dans la communauté des Frères de Saint-Jean à Saint-Ruf, il donne vie à un homme meurtri.

 

http://www.ledauphine.com/vaucluse/2013/07/14/gregoire-plus

Voir les commentaires

de la dureté de nos coeurs...

12 Juillet 2013, 22:12pm

Publié par Fr Greg.

vs591_2126097292_regard_inquisiteur.jpg

 

 

"Seigneur, donne-nous la grâce de pleurer sur notre indifférence, sur la cruauté qu’il y a dans le monde et en nous."

François, Pape.

Voir les commentaires

Dieu protège les roses...

12 Juillet 2013, 08:04am

Publié par Fr Greg.

fleurs-de-lotus-4-_1247818299.jpg

 

Quand j’ai pensé à vous écrire cette lettre, je ne savais pas si vous étiez vivant ou mort. Et puis j’ai appris votre mort. Elle était prévisible, annoncée par la délicatesse de votre dernier livre, et surtout de son titre : Dernier dernier nuage. Vous aviez le génie des titres. Un autre ici m’éclaire : Dieu protège les roses ! Les deux livres sont dans un coffre-fort qu’il y a dans la banque des nuages. Je vous ai lu dix fois, ça ne s’éclairait pas, et puis tout d’un coup le soleil a explosé en silence sous mes yeux. J’ai tout compris. Est-ce que « comprendre » est le mot ? Je n’en suis pas sûr. Disons que tout d’un coup je suis rentré dans votre cœur. L’étrangeté des images n’était plus meurtrière. Après tout, les roses ont des épines. Je vous ai vu vivre dans le fil de vos livres et j’ai vu l’eau de la vie passer entre vos mains creusées pour la boire. Ce qu’on arrive à retenir près de nous, ce sont des restes, des rebuts – même s’ils sont en or. Le plus lumineux c’est cette chose qui nous serre à la gorge quand du beau temps arrive. Battant le tambour bleu de l’air, les armées de ce que nous avons aimé et qui n’est plus passent sous nos fenêtres, sans lever la tête vers nous. Rien de plus snob qu’un mort. Alors, voyez-vous, il faut lutter contre la mélancolie, renverser l’adversaire en le saisissant par sa ceinture de roses trémières et de ronces, et le plaquer à terre, sur la terre de la page. Aimer ce qui nous quitte, ce qui nous quittait déjà à l’instant de la rencontre, dont les bras tendus nous traversaient comme si nous étions de l’air, comme si notre vie n’avait aucune épaisseur. Nous réjouir d’avoir un court instant longé le mur qui encercle le paradis. La joie ouvre des brèches dans ce mur. Le cœur, quand il devient ce qu’il est, c’est-à-dire un enfant, arrive ensuite à s’y glisser. Je parle là, vous l’avez compris, de la poésie. Vous avez été un de ses bons ouvriers. La mort, c’est juste une histoire de poser ses outils au fond du jardin et d’aller voir ailleurs. C’est votre existence qui m’arrive à travers vos poèmes. C’est la faiblesse et les miracles d’un homme. Car nous sommes porteurs du miracle de vivre, source de prodiges infinis tels que : serrer la main d’un assassin, essuyer la larme d’une rose, faire sonner dans l’air blanc une parole pure. En même temps qu’on m’apprenait votre mort, on m’apprenait votre vie et combien elle avait été inexperte, dure, tentée par les renoncements. Vous avez veillé pendant une éternité votre mère souffrante. Puis sur le tard vous vous êtes marié et votre femme est vite tombée gravement malade et vous êtes passé sans transition d’une veille à une autre. C’est ce qu’on m’a dit. Je ne crois pas que vous soyez mort. Vous savez pourquoi ? Je ne crois pas que, même mort, vous soyez mort, parce que vos doigts ont frôlé une lumière sur la table d’écriture. Ce qu’un homme touche de beau, ce qu’il en invente fait de lui un fils du soleil. Les titres de vos livres voleront toujours dans l’air printanier. Il y a encore celui-ci : Le Christ est du matin. Par bonheur je relis celui qui à lui seul est un poème : Dieu protège les roses ! Vous vous appeliez Jean-Michel Frank. Vous n’êtes pas mort car, pour avoir nourri le Dieu errant sur terre, votre nom a été consigné dans le grand livre du présent absolu qu’il y a sur une table dans le ciel, là-bas, pas loin, au fond du jardin abandonné aux anges et aux chats pauvres.

Christian Bobin

 

http://www.lemondedesreligions.fr

Voir les commentaires

Chronique du Festival d'Avignon...

10 Juillet 2013, 09:09am

Publié par Fr Greg.

PHO9e5e0208-e4b2-11e2-a215-5a797d04a69c-805x453.jpg

 

Il faut voir Frère Samuel dans sa longue robe grise, discuter, l'œil vif, de la révocation de toute vocation chez saint Paul dans l'Epître aux Romain avec le comédien Nicolas Bouchot, qui vient d'interpréter Projet Luciole. Pointu, intéressé, enthousiaste. "Une intelligence", comme disaient les anciens. Avignon connaît bien sa silhouette qui parcourt la ville, à pied, à vélo, avec, à 51 ans, la même énergie communicative, portant cette "surhumanité de Dieu" qui l'éblouit.

Paroisse Saint-Ruf, à Champfleury, un quartier populaire au-delà des remparts. L'air est paisible. Ils sont six "petits gris", comme on les surnomme, membres de la communauté de Saint-Jean, apparentés aux dominicains, à vivre là dans les cellules d'un prieuré dont l'architecture rappelle plus un centre de Sécurité sociale qu'un monastère. Il y a six ans, l'évêque leur a proposé de venir en Avignon, une communauté de profils haut de gamme, un peu anar, un peu consultants. L'un coordonne les aumôneries des hôpitaux, l'autre s'occupe de la radio... Lui-même, fils d'un grand commis de l'Etat (son père, Philippe Rouvillois, sortit major de l'ENA, promo Vauban, avec Chirac et Rocard, fut notamment à la tête de la SNCF), s'occupe de la culture. Par un tour du destin, là où les artistes vous confient souvent qu'ils visaient la prêtrise ou traversaient une crise mystique, Frère Samuel, lui, avait pour vocation d'être metteur en scène de cinéma. Un an de philosophie auprès d'un dominicain aristotélicien en décida autrement. Il entra dans les ordres.

MOTS PROSAÏQUES

Les hommes de robe ont une place importante dans l'histoire du Festival. A commencer par le Père Chave, qui à 88 ans, est l'un des derniers monuments vivants de l'épopée vilarienne. Fils de cheminot, le vicaire diocésain fut là dès les débuts, organisant des rencontres et des passerelles entre l'Eglise et ce monde qui veut sans cesse réinventer le théâtre, à moins que ce ne soit le contraire.

En 2011, ce sont eux, les religieux qui s'opposèrent aux ultras du catholicisme jetant l'anathème sur la pièce de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu"Il faut n'avoir rien compris. Au contraire, on ressort avec cette image du Christ de 15 mètres de haut qui vous reste. Cette force, c'est ce que l'Eglise n'arrive plus à faire. La question de Castellucci c'est celle-là : pourquoi le visage du Christ a disparu au détriment de tous ces crucifix ?"

Frère Samuel utilise des mots prosaïques et une pensée directe. De Par les villages qu'il a vu dans la Cour d'honneur, il dit : "J'aime bien, mais il est un peu chiant le Peter Handke, il nous fait une homélie du dimanche qui dure trois quarts d'heure, et Stanislas Nordey ne nous fait grâce de rien. Mais c'est intéressant devoir comme l'auteur se cherche, se tient à distance du sujet, y revient. Car cette pièce n'est que ça : l'Evangile."

Frère Grégoire, qui joue dans le "off" La plus que vive, tiré d'un texte de Christian Bobin, est parti à l'entracte, quand, lui, parle sans tarir de ses émerveillements : Anne Teresa De Keersmaeker, Arthur Nauziciel, Simon McBurney... "C'était l'an passé, Le Maître et Marguerite ! Quelle trouvaille esthétique, quelle puissance, dans cette scène où l'homme est là avec ses roseaux qui forment comme une croix, montrant ainsi mieux que tout comment ce n'est pas le poids de la Croix qui fait ployer le Christ mais sa propre fragilité."

Ouvrant son agenda, il voit le programme dantesque qui l'attend. "Ah ! Faust, huit heures, à la FabricA. Formidable..." On le surprend alors, au propre comme au figuré, à s'en lécher les babines. Péché d'intelligence du monde.

 http://www.lemonde.fr/culture

Voir les commentaires

1258 spectacles à Avignon 2013! 1 seul donné par un moine ! :)

5 Juillet 2013, 12:58pm

Publié par Fr Greg.

PHO45266154-e3f3-11e2-8ff2-5aa1557aaa69-805x453.jpg

 

Greg Germain, président d'Avignon Festival et Compagnies, l'association qui organise le festival Off, a présenté lundi 27 mai l'édition 2013: 1066 compagnies et 1258 spectacles à l'affiche. Affolant !

Une image vient à l'esprit lorsque l'on tente de saisir le sens de la prolifération des spectacles dans le cadre du festival Off d'Avignon. Non pas celle du désordre des cellules saisies par la maladie, mais celle de l'arbre fruitier qui, sentant sa mort prochaine, donne plus de fruits qu'il n'en a jamais donnés… C'est le cher Alain Baraton, maître des jardins de Versailles qui, souvent, rappelle cet étrange phénomène.

Avec ses 8.000 artistes et techniciens réunis, ses 1.066 compagnies (soit 100 de plus qu'en 2012), ses vingt pays représentés, ses 1.258 spectacles, ses 48 «événements», le tout sur 24 jours du 8 au 31 juillet, quel sens a le festival Off? Depuis quelques années, la manifestation a choisi comme slogan: «Le plus grand théâtre du monde». D'accord, même Édimbourg et son joyeux mélange est battu!

Mais pour quoi faire?

Devant un parterre attentif, Greg Germain, comédien, metteur en scène, chef de troupe, directeur de théâtre, producteur, s'est montré résolument optimiste. Il a fait le calcul: 30.000 représentations en un peu plus de trois semaines! Cela ne semble pas l'inquiéter.

Il faut dire qu'avec une volonté sans faille, lui et ses équipes, ont mis en place, dans le droit fil de ce qu'avaient initié Alain Léonard et sa femme, la regrettée Monique Léonard, des structures efficaces apportant une assise professionnelle à la manifestation.

Nul ne saurait se plaindre du désir des jeunes de défendre des textes et de choisir le théâtre. Nul ne saurait se plaindre que l'on puisse estimer à plus de 2,3 millions les «fauteuils occupés» (très exactement 2.313.430), intéressante catégorie qui évite d'ailleurs de parler de «places vendues». En 1966, il n'y avait qu'une compagnie ; en 1983, 50 compagnies ; en 2012, 975 compagnies. C'est tout de même une montée en puissance du nombre, qui paraît étonnante.

Après avoir salué la mémoire de Monique Léonard et d'Antoine Bourseiller, qui fit débuter le jeune acteur qu'il était au théâtre et fut son mentor, Greg Germain analyse Avignon Off comme le lieu où les compagnies peuvent jouer dans la durée (plus de trois semaines) quand la moyenne en France est de… sept fois!

Avec l'effet pervers que l'on sait et qui a été souligné il y a dix ans lors du conflit des intermittents: ici, on fait des heures. Et on est prêt à payer pour cela. Greg Germain se garde bien de dire de telles horreurs, évidemment. Il souligne que le Off est également le lieu du marché du théâtre: 20 % de toutes les cessions du spectacle vivant se font à Avignon dans le off. Encore un chiffre faramineux: 3.700 professionnels étaient accrédités en 2012: 17 % de journalistes, 39 % de programmateurs, 36 % de «prescripteurs», une catégorie assez floue, mais elle existe dans le off! Tous ces chiffres donnent le tournis.

Un commerce lucratif

Ne parlons pas des salles: Greg Germain a beau dire que l'on ne peut rien ouvrir sans autorisation de la préfecture, des pompiers… les Thénardier des Papes n'ont pas disparu. Témoignons. Il y a deux étés, on a vu des jeunes pleurer parce qu'ils arrivaient dans une salle qu'ils avaient louée sur plans, par Internet, des mois auparavant. À une époque où la tenancière du lieu n'avait pas encore acquis l'espace ni obtenu d'autorisation de transformer un garage en salle de spectacles, pas plus qu'elle n'avait obtenu celle de la copropriété. Une dame bien connue puisqu'elle a déjà sévi dans deux autres lieux du Off.

Pourquoi se priverait-elle de ce lucratif commerce? Les jeunes n'ont eu qu'à se passer de décors! Les jeunes n'ont eu qu'à payer et à travailler dans des conditions détestables. Ceux dont nous parlons avaient d'ailleurs craqué avant la fin du festival. Et la dame en question a eu des ennuis? Bien sûr que non. Elle ira parader le 7 juillet, comme tout le monde.

Et cela coûte combien de louer une heure trente à deux heures (car il y a le montage et le démontage du décor) dans un «théâtre» avignonnais? Plusieurs milliers d'euros. Exemple: une salle de 100 à 110 places, créneau horaire de début d'après-midi, pas le plus cher, se louait en 2012, 9.000 euros. Hors taxes. Les jeunes compagnies qui, le plus souvent, ne sont pas assujetties à la TVA, se retrouvent avec des notes de 11.000 euros. Une salle de 200 places, c'est souvent 16.000 euros, hors taxes. Ajoutez qu'il faut payer le régisseur, le caissier et la communication: dossiers de presse, les dépliants… Il faut loger les comédiens: au prix le plus souvent prohibitif des locations avignonnaises, les administrateurs et administratrices de compagnies estiment que le logement d'un acteur revient à environ 700 euros et plutôt même 900 euros.

Et il faut toujours payer, à Avignon: pour faire partie de l'association et figurer dans le guide, 300 euros. Multiplié par les 1.066 compagnies, cela fait une jolie base de travail!

Nous sommes trop nombreux

Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne à Avignon. Quelques théâtres (mais ils sont par ailleurs subventionnés) demandent une participation à la communication, une co-réalisation, un partage des recettes. D'autres sont loués par les régions qui accueillent «leurs» compagnies dans des conditions beaucoup plus confortables que les jeunes compagnies seules.

Être une compagnie indépendante qui débute dans la fournaise des Papes, c'est l'enfer, il faut le savoir! Et pourtant ils y vont. «C'est une foire commerciale. On pourrait être à la Porte-de-Versailles, ce serait la même chose, dit une jeune artiste très lucide. Et il faut revenir au moins deux fois, sinon trois pour que les résultats soient convaincants. Mais ils peuvent l'être. Les programmateurs voient nos spectacles. On peut vendre des représentations, durant la saison qui suit, en France, dans des circuits de petites salles.»

Mais ce que note cette jeune femme chef de troupe et très bonne administratrice qui fréquente Avignon depuis plusieurs étés: «Les relations entre les compagnies se tendent. Nous sommes trop nombreux. C'est de la folie d'accepter que de nouvelles salles ouvrent sans cesse et que tant de spectacles soient en concurrence! Si pourtant nous venons, c'est que nous y trouvons, pour certains, notre compte… Mais je pense que l'on a atteint le sommet de la crête et que tout retombera un jour. D'ailleurs, cette année pour la première fois, nous avons pu négocier le loyer de notre logement…»

Tous les renseignements sur le site: www.avignonleoff.com

http://www.lefigaro.fr


La rédaction vous recommande :)))

Diapositive1.JPG

 

 

 Merci de diffuser !!

 

sinon, vous avez ça: http://www.rfi.fr/france/20130704-images-15-pieces-decouvrir-festival-avignon-2013

Voir les commentaires

Rencontrer Dieu !

4 Juillet 2013, 20:17pm

Publié par Fr Greg.

pauvres3.jpg

 

La principale voie pour rencontrer Dieu ce n'est pas la « méditation », ni la « pénitence », c’est « d'embrasser les plaies de Jésus » dans les hommes qui souffrent : il suffit donc "de sortir dans la rue".

François, Pape.

Voir les commentaires

Le mystère de la patience de Dieu

3 Juillet 2013, 20:54pm

Publié par Fr Greg.

 

huy_Ngangi_livres_goma.jpg

 

Il n’existe pas « un protocole de l’action de Dieu sur notre vie », mais nous pouvons être certains qu’un jour ou l’autre il intervient « à sa manière ». Pour cela nous ne devons pas nous laisser gagner par l’impatience ou par le scepticisme, également parce que quand nous nous décourageons et que « si nous décidons de descendre de la croix, nous le faisons toujours cinq minutes avant la révélation ».

Dieu marche toujours avec nous « et cela est certain ». « Du premier moment de la création le Seigneur est impliqué avec nous. Il n’a pas créé le monde, l’homme, la femme et il les a laissés. Il nous a créés à son image et ressemblance ». Donc dès le commencement des temps on trouve « cette implication du Seigneur dans notre vie, dans la vie de son peuple », parce que « le Seigneur est proche de son peuple, très proche. Il le dit lui-même : quel peuple sur la terre comme vous a un Dieu aussi proche ?

« Cette proximité du Seigneur est un signe de son amour : il nous aime tant qu’il a voulu cheminer avec nous. La vie est un chemin qu’il a voulu faire avec nous. Et le Seigneur entre toujours dans notre vie et nous aide à aller de l’avant ». Mais, « quand le Seigneur vient, il ne le fait pas toujours de la même manière. Il n’existe pas un protocole de l’action de Dieu sur notre vie. Un jour il le fait d’une manière, un autre jour il le fait d’une autre. Mais il le fait toujours. Toujours il y a cette rencontre entre nous et le Seigneur ».


« Le Seigneur prend son temps mais lui aussi dans ce rapport avec nous, a une grande patience. Nous ne sommes pas les seuls à devoir être patients. Lui a la patience, lui nous attend. Et il nous attend jusqu’à la fin de la vie, avec le bon larron qui juste à la fin a reconnu Dieu. Le Seigneur marche avec nous, mais très souvent il ne se fait pas voir, comme dans le cas des disciples d’Emmaüs».

C’est cela le chemin avec le Seigneur et lui intervient, mais nous  devons attendre : attendre le moment en marchant toujours en sa présence et en essayant d’être irrépréhensibles »

 

 François, Pape.

 

 

Voir les commentaires

La musique: un bruit volontaire...??

2 Juillet 2013, 20:28pm

Publié par Fr Greg.

louis-de-funes-la-grande-vadrouille-10194.jpg

 

Michel Onfray, philosophe, grand penseur de l’hédonisme, théoricien de l’athéisme et anarchiste à ses heures, nous propose cette fois un essai sur la musique. Plus exactement un livre d’entretiens avec son ami Jean-Yves Clément, responsable du séminaire de musique classique à l’Université populaire de Caen.

La raison des sortilèges (c’est son titre) tourne autour d’une question essentielle (ou pas) : que dit la musique, et dit-elle réellement quelque chose ? Sont convoqués pour y répondre tous les grands noms du Panthéon de la philosophie et ceux de la musique, de Bach à Debussy en passant par Berlioz, Wagner ou Varèse. Tous ces discours passés au tamis, il en ressort cette quintessence : la musique « ne se dit pas, elle ne dit rien, elle est l’une des modalités du monde ».

Moins connu que les illustres personnages convoqués dans cet ouvrage, monsieur Danhauser, dans sa Théorie de la musique qui nourrit autrefois des générations d’enfants au solfège, en donnait une définition basique : « La musique est l’art d’arranger les sons d’une manière agréable à l’oreille. » C’était cucul et concon, mais pas plus, au fond, que ce qui résulte des deux cervelles essorées de nos protagonistes. En effet, après avoir disserté dans cette langue absconse qu’il affectionne, Michel Onfray tente enfin, à mi-ouvrage, « une définition possible de la musique ». C’est, dit-il, « une modalité voulue du réel sonore, car une modalité non voulue du réel sonore définirait le bruit. La musique est un bruit volontaire… »Tant de pages indigestes pour en arriver là !

Mais poursuivons la lecture.

Au chapitre intitulé « Pour un hédonisme musical », Jean-Yves Clément pose à Michel Onfray la question de ses propres goûts. Qui aime-t-il, quels compositeurs, quelles œuvres ? « Autodidacte radical », dit Onfray, il est entré dans l’univers de la musique « de façon monumentale : toutes les symphonies, tous les requiem, tous les trios, tous les quatuors… J’y suis également allé par musicien : tout Mozart, tout Schubert, tout Mahler, etc. » Et tous les opéras, et la musique contemporaine itou. L’horreur en somme. Vu sous l’angle de la sociologie de bazar, on peut certes comprendre : l’enfant pauvre issu du quart monde veut avaler d’un coup les trois quarts qui lui manquent. Boulimie de savoir qui le conduira à être ce qu’il est aujourd’hui : LE philosophe, excellent pourvoyeur de savoir dans son Université populaire de Caen.

 

Néanmoins, on se demande si, semblable aux compétiteurs des concours de bouffe (le Canadien champion du manger de hamburgers en a avalé quinze en dix minutes), Onfray n’est pas en train de régurgiter son trop-plein. On voudra bien nous pardonner ce raccourci lapidaire, mais franchement on s’interroge : est-ce qu’un tel excès de savoir ne rendrait pas finalement con ? Explosion du chou farci « La musique n’exprime pas, elle est. Il faut se défaire de cette idée que nous pourrions penser l’être du monde en termes de signification, de sens, d’expression. La raison a débordé ce qu’elle pouvait. Il nous faut admettre l’existence de limites à la raison et d’un monde au-delà de ses prétentions et de sa suffisance », écrit Michel Onfray. On lui apportera une précision, celle de la chose vécue (la « pratique musicale », comme on dit) : la musique ne rend que ce qu’on lui donne. Elle ne se révèle que dans l’échange, celui entre l’interprète et le compositeur, entre le chef et ses musiciens, entre l’orchestre et le public. Elle est dans ces moments d’humanité, à l’exact opposé de l’intellectualisation asséchante et mortellement ennuyeuse qu’on nous propose ici.

Marie Delarue

 

http://www.bvoltaire.fr

 

 

Voir les commentaires

Vous êtes branchés..et perdez le sens des choses..?

1 Juillet 2013, 20:37pm

Publié par Fr Greg.

geek.jpg

En 1933, André Malraux narrait dans La Condition humaine l’histoire de ses héros plongés dans le tourbillon de la révolution chinoise. Les protagonistes tentaient tous d’échapper à la solitude. L’homme ne peut se dérober à sa condition, tel était le constat délivré par l’auteur.

 

 

Avec La Condition numérique, Jean-François Fogel et Bruno Patino entreprennent de raconter la révolution opérée par l’informatique. Impossible d’y échapper. Elle concerne tout le monde. Elle bouleverse nos univers. L’être se trouve plongé dans une globalisation radicale où il importe de prendre conscience de la réalité au risque de perdre pied et de s’anéantir dans une totale aliénation.

Nos deux auteurs se sont fait remarquer par Une presse sans Gutenberg où ils analysaient ce véritable séisme qui ébranle dans ses plus profonds fondements toutes nos sociétés. Que cela plaise ou non, on n’échappe pas à la réalité. Internet fait exploser toutes les frontières traditionnelles, qu’elles soient mentales, sociales, économiques, politiques, scientifiques, qui bornaient le monde de tout un chacun.

 

Le mot révolution a été bien souvent galvaudé, mais ce n’est pas une raison pour ne pas l’accepter dans son véritable sens. Elle est là, omniprésente. Elle court. Ce qui est remarquable, avec les révolutions, est le fait que l’on sait toujours quand elles commencent mais on se trouve incapable d’en estimer et la fin et les conséquences. Le pire peut-être est que l’être n’a même pas la possibilité de prétendre pouvoir y échapper. L’anachorète saint Antoine fuyant dans le désert afin de se soustraire aux tentations de ce bas monde est désormais interdit de séjour. Il faut être branché, connecté, sur le réseau. Les smartphones, les tablettes, tous les portables plus sophistiqués chaque année, les bases de données, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux font exploser un univers mental et sociologique.

Jean-François Fogel et Bruno Patino connaissent depuis bien longtemps le monde du numérique. Ils sont donc tout à fait à l’aise pour ouvrir les yeux de leurs lecteurs. Ils les conduisent à travers tous les méandres de cette révolution qui va transformer leur condition. Ils dépassent la vulgarisation et se montrent des analystes subtils de ce monde où le virtuel danse avec le réel. Ici tout se transforme mais on n’est pas dans un univers magique, bien au contraire. Prométhée est parmi nous. Il faut apprendre avec lucidité à vivre avec. Voici une invitation à laquelle il ne faut pas résister. À lire d’urgence afin de rester lucide. Un véritable essai d’une lecture aisée et agréable.

Jean Claude Lauret

 http://www.bvoltaire.fr

Voir les commentaires

Source d'amour...

30 Juin 2013, 22:46pm

Publié par Fr Greg.

 femme-regard

 

J'aime votre silence, j'aime votre fatigue éternelle, j'aime votre rire. J'aime tout de vous, et je ne me lasse pas de vous contempler dans cette vie ordinaire qui vous exténue, pour laquelle vous avez les attentions les plus rares. Je vous regarde chasser l'ombre du visage d'un enfant, apaiser ceux qui vous accablent d'eux- mêmes, renouveler l'eau des fleurs blanches, dans un vase ébréché. Je vous vois aller dans la vie la plus humble -qui est aussi la plus haute- avec cette intelligence qui ne met pas en péril ce qu'elle éclaire : vous veillez sans contraindre. Vous recueillez ce qui n'a pas lieu, vous écoutez ce qui n'est pas dit. Tout est obscur dans votre vie, car tout y est simple. Votre force est de ne jamais corrompre la faiblesse qui est dans les êtres, comme elle est dans les choses.


Vous vous tenez auprès de l'amour comme auprès d'un jeune enfant malade, qui peut à tout instant se réveiller et mendier la faveur d'un regard, d'un verre d'eau ou d'un conte. Dans la vie de chaque jour, vous ne demandez rien. Dans la vie éternelle- qui ne supporte aucune circonstance- vous demandez l'infini, et rien de ce qu'on vous donne ne convient, rien de ce qui est ne suffit. Alors vous demeurez là, silencieuse auprès de votre désir, par quoi la solitude -en vous- se fait consciente. Vous êtes une femme étrange, et d'ailleurs, pour dire votre étrangeté, il suffirait de dire cela : vous êtes une femme, et, en tant que telle, vous préférez toujours l'insaisissable désespoir à toute saisie d'amour.


 Qu'est-ce qu'aimer? Que veut une femme lorsque, comme vous, elle s'habille d'un mot d'amour qui la dérobe à nos yeux et l'offre à nos songes? Je ne sais pas. Peut-être n'y a-t-il, sous un ciel qui reste à inventer et à peindre, aucune distance entre la vie de chaque jour et la vie éternelle. Peut-être toutes différences entre l'amour et la solitude s'effacent-elles, dans l'exigence qui est leur source commune, unique. Peut-être. Je ne sais pas et j'écris pour savoir, je vous écris ces lettres qui n'égaleront jamais en pureté le simple fait de votre existence : écrire, c'est avoir une très haute conscience de soi-même, et c'est avoir conscience que l'on n'est pas à cette hauteur, que l'on n'y a jamais été.


C'est un mot obscur que celui de l'amour. Il résonne dans nos coeurs comme le nom d'un pays lointain dont, depuis l'enfance, on a entendu vanter les cieux et les marbres. Il dit ce qui délivre, il dit ce qui tourmente. Il est enroulé sur lui-même, luisant et creux, comme ces coquillages que l'on porte à l'oreille pour y entendre l'infini.

 

 

Christian Bobin. Lettres d'or

Voir les commentaires

LE CHIEN ET LES CHACALS

29 Juin 2013, 20:39pm

Publié par Fr Greg.

chacals.jpg



   LE CHIEN ET LES CHACALS


  Du coquin que l’'on choie, il faut craindre les tours

  Et ne point espérer de caresse en retour.

Pour l’'avoir ignoré, maints nigauds en pâtirent.
C'’est ce dont je désire, lecteur, t’'entretenir.
Après dix ans et plus d'’homériques batailles,
De méchants pugilats, d'’incessantes chamailles,
 Un chien était bien aise d’'avoir signé la paix
 Avec son voisin, chacal fort éclopé
Qui n'’avait plus qu'’un œil, chassieux de surcroit,
 Et dont l’'odeur, partout, de loin le précédait.
 Voulant sceller l'’événement
 Et le célébrer dignement,
Le chien se donna grande peine
  Pour se montrer doux et amène.
 Il pria le galeux chez lui,
Le fit entrer, referma l'’huis,
L’'assit dans un moelleux velours
 Et lui tint ce pieux discours :
 « Or donc, Seigneur Chacal, vous êtes ici chez vous !
 Profitez, dégustez, sachez combien je voue
  D'amour à la concorde nouvelle entre nous !
Hélas, que j’'ai de torts envers vous et les vôtres,
Et comme je voudrais que le passé fût autre !
 Reprenez de ce rôt, goûtez à tous les mets,
Ne laissez un iota de ce que vous aimez ! »
 L’interpellé eut très à cœur
D’'obéir à tant de candeur.
La gueule entière à son affaire,
Il fit de chaque plat désert
Cependant que son hôte affable
 Se bornait à garnir la table.

 Puis, tout d’'humilité et la mine contrite,
  En parfait comédien, en fieffée chattemite,
Il dit : «Mais, j’'y songe, mon cher,

Nous voici faisant bonne chère
Quand je sais là, dehors, ma pauvrette famille :

  Mes épouses, mes fils, mes neveux et mes filles,
 Mes oncles et mes tantes que ronge la disette,
 Toute ma parentèle tant nue que maigrelette.

Allons-nous les laisser jeûner jusqu’'au matin ? »
 "Certes non ! » répliqua, prodigue, le mâtin,
Qui se leva, ouvrit, et devant qui passèrent
Quarante et un chacals parmi les moins sincères.

 Sans tarder cliquetèrent les prestes mandibules

Des grands et des menus, même des minuscules.
Ils avaient tant de crocs, de rage et d’'appétit,
 Ils mangèrent si bien que petit à petit
Les vivres s'’étrécirent comme peau de chagrin
Jusqu'’à ce qu’'à la fin il n’'en restât plus rien.

Ce que voyant, l'’ingrat bondit : « Ah ça, compère, je vous prédis
 Que si point ne nous nourrissez
Et tout affamés nous laissez
Tandis que vous allez repu,
La trêve entre nous est rompue ! »
Ayant alors, quoi qu'’il eût dit,
Retrouvé forces et furie,
 Il se jeta sur son mécène,

Et en une attaque soudaine

il lui récura la toison,

Aidé de toute sa maison.

Puis, le voyant à demi mort,

  De chez lui il le bouta hors.

Et l’'infortuné crie encore

«La peste soit de mon coeur d'’or ! »


 Retenez la leçon, peuples trop accueillants :

À la gent famélique, point ne devez promettre.
Ces êtres arriérés, assassins et pillards

Marchent en rangs serrés sous le vert étendard.
Vous en invitez un, l’emplissez d’ortolans,

Et c’est jusqu’à vos clefs qu’'il vous faut lui remettre.

Jean de LA FONTAINE

Voir les commentaires

Les hommes fermés

28 Juin 2013, 18:15pm

Publié par Fr Greg.

 

juriste

 

 

Un médecin s’était fait un bureau portatif dans le couloir de l’hôpital. Plusieurs fois par jour, assis sur un tabouret devant une table roulante, il scrutait des chiffres sur un écran dont le sang bleu semblait celui d’un fantôme. On ne pouvait alors rien lui demander. Les ordinateurs doivent être très malades pour qu’on s’occupe autant d’eux. Les chiffres grignotent les poutres du monde. Ils avancent, ils avancent. Un jour il ne restera plus que la poésie pour nous sauver. Je ne parle pas ici d’un genre littéraire ni d’un bricolage sentimental. Je parle de la déflagration d’une parole incarnée. Seuls rendent habitable le monde les bégaiements d’une parole qui ne doit rien à la triste perfection d’un savoir-faire. La pianiste Zhu Xiao-Mei a été déportée cinq ans en Mongolie. Jean-Sébastien Bach est venu en personne la délivrer : elle s’est dans son exil souvenue des partitions apprises par cœur. Elle les jouait en appuyant ses doigts sur le clavier de l’air. Il y a un flux dans la vie qui est toute la vie. Une onde lumineuse. Quelque chose d’invincible qui tremble. Il faut, dit-elle, quand on joue Bach, porter « chaque phrase comme on le ferait d’une bougie qu’on ne veut pas voir s’éteindre un soir de vent ». C’est une jolie façon de parler de la musique. Jolie et juste. Parler par images c’est s’adosser à l’arbre de Vie. La poésie capture les choses telles que Dieu les voit à l’instant où il les crée et où elles lui glissent des mains. Cette pointe de feu dans le langage – les chiffres s’en écartent. La pianiste, sortie du camp de rééducation, vit dans l’Occident riche où, dit-elle, tout est beaucoup plus dur que dans un camp. Personne ne veut entendre cette parole-là. Les hommes fermés ont fait main basse sur le langage. Les chiffres avancent, avancent. Un jour nous lèverons la tête sur le ciel et nous ne verrons plus qu’un panneau d’affichage avec les prix d’entrée pour le paradis. La pianiste est parfois atteinte dans ses concerts d’une discrète fatigue. Se hausser sur le bout des pieds pour toucher le ciel étoilé, c’est fatigant. Elle oublie une note ou deux. La grâce la récompense. C’est une maladie mortelle que d’être professionnel jusqu’au bout des ongles. Qu’est-ce que l’humain, sinon ce qui ne supporte pas les chiffres, le terrible savoir-faire ? Dans les tableaux du peintre De La Tour, la flamme d’une bougie représente l’âme. Elle éclaire des mains qui ont l’intelligence de ne rien faire. Des mains qui réfléchissent, on les dirait en cire. Le monde moderne n’est qu’une tentative de moucher la chandelle de l’âme, afin que brille dans le noir la seule brillance hypnotisante des chiffres. L’âme, vous savez, cette pianiste qui joue toujours la note d’à côté, que le monde ne veut pas engager parce qu’elle manque d’habileté et dont il dit : « enlevez moi ça, tout ira mieux sans elle »

Christian Bobin - publié le 01/05/2013

 

http://www.lemondedesreligions.fr

Voir les commentaires

Précieux malheur

27 Juin 2013, 18:13pm

Publié par Fr Greg.

 

3155 710a094f68f2c7c-copie-1

 

 

La beauté est la mort de tout ce qui est beau : 

la mort est un secret qui n’est jamais trahi,
la mort est un amour qui n’a jamais douté.
Mon coeur est une neige où personne n’a marché, 
la neige qui portait l’empreinte de ton âme.
Tes yeux se sont éteints miraculeusement,
la pensée de l’azur ne quitte plus mon coeur.
Qui aime la beauté ne verra pas les anges,
ces anges agenouillés sur le parvis de l’âme.
Les anges m’éclairaient le cœur avec leurs lys. 
Le malheur m’a jetée entre les bras des anges.
Mon malheur radieux vaut plus que le bonheur,
il n’est d’autre bonheur que d’aimer son malheur.
Les anges jamais plus ne me laissent en repos,
Dieu veille dans la nuit sur mon précieux malheur.
J’ai chéri mon malheur jusqu’à en être aimée,
ce bonheur est si pur qu’il ne peut plus mourir.
 

 

Lydie Dattas

Voir les commentaires

La misère: un métastase incurable...?

26 Juin 2013, 20:08pm

Publié par Fr Greg.

 

girl 3

 

Je veux vous parler d’une cause qui dépasse les clivages idéologiques et les vulgaires querelles. J’attends avec grande espérance, et peut-être une certaine naïveté, que l’on me donne raison sur un point : le peuple français n’est pas un troupeau de pigeons pour lesquels il est plus important de converser en se grattant les couilles de sous-sujets idéologiques que d’agir véritablement pour ce qui en vaut la peine.

Il semblerait qu’il persiste en France un fléau aussi majeur que négligé : la pauvreté. Est-ce la force de l’habitude qui nous pousse à prendre pour chose commune les amas de mendiants étalés sur les quais au petit matin ?

S’il est vrai que la pauvreté se propage furieusement, elle est loin d’être une métastase incurable. Et s’il est vrai que les banques et les gouvernements nous mènent la vie dure, rien ne nous empêche de nous affranchir de leur pénible égide et de ne pas toujours compter sur leur secours pour parfaire le monde dans lequel il nous faut vivre.

Ceux qui papillonnent parfois sur Facebook le savent, les pages d’accueil regorgent de publications massivement diffusées : faits cachés sur les guerres, photos d’animaux en attente d’adoption, atrocités de France et du tiers-monde, initiatives individuelles qui ne demandent qu’à devenir collectives.

Récemment, je fus séduite par quelques-unes d’entre elles.

La première était la tradition du « café en attente » (« suspended coffee ») : Paul décide d’aller boire un café avec Jean. Ils en commandent quatre. Deux pour eux, deux en attente. Ces deux cafés déjà payés seront mis de côté pour des gens dans le besoin. Plus tard, un SDF pourra venir demander un café en attente et être gratuitement servi. Le principe vaut aussi pour les sandwichs et les repas. Cette initiative, née à Naples, s’est propagée dans le monde mais demeure marginale. Pourquoi ne pas tenter de souffler un mot au gérant des établissements dans lesquels vous vous rendez ?

 

La seconde initiative a eu lieu en Turquie. Un boulanger a choisi de faire confiance à l’honnêteté populaire. Il tient sa boutique mais a placé dehors un petit étal sur lequel il a déposé du pain avec l’indication suivante : « Si vous êtes dans le besoin, servez-vous… » Que les esprits perplexes le sachent : l’homme n’a jamais été pillé par des hordes malhonnêtes et certains se rappelleront peut-être qu’en 2007, le groupe anglais Radiohead avait ouvert une brèche en décidant de sortir l’album « In Rainbows » sur Internet, laissant aux gens le libre choix du prix qu’ils souhaitaient payer : jamais un album ne leur a rapporté autant d’argent.

 

Comme il est vrai que tout mal est puni et tout bien récompensé, heureux sont les candides qui ne prennent pas la cruauté du monde comme prétexte à l’infirmité décomplexée ou au cynisme le plus sinistre. Nul ne peut être insensible à la bonté. Contagieuse, elle désarme souvent, et fait fléchir, parfois, l’homme qui se veut cruel ou indifférent.

Propageons ces initiatives. Mieux encore, réfléchissons ensemble à celles que nous pourrions organiser à notre tour. Et tâchons d’avoir la vertu, dans le tumulte du monde, de réserver toujours aux âmes vulnérables une pensée constructive.

Altana Otovic

 

 

http://www.bvoltaire.fr

Voir les commentaires

de l’hypocrisie...

25 Juin 2013, 20:04pm

Publié par Fr Greg.

72d08359.jpg

 


L’hypocrisie dans l’Eglise, est souligné dans quatre épisodes évangéliques où « le Seigneur parle contre les hypocrites » : les deux premiers épisodes représentent les hypocrites qui utilisent « la casuistique » : il s’agit des pharisiens qui demandent au Christ s’il est permis de payer l’impôt à César (Mt 22, 15-22) et des saducéens qui lui soumettent le cas de la femme sept fois veuve (Mt 22, 24-30).

Ces catégories d’hypocrites « utilisent la voie de la casuistique » pour « faire tomber Jésus dans un piège » : ce sont « les hypocrites de la casuistique, les intellectuels de la casuistique », qui « n’ont pas l’intelligence de trouver, d’expliquer Dieu »; ils restent seulement dans la « casuistique: là on peut, là on ne peut pas». Ce sont « des chrétiens intellectuels sans talents ».

L’éthique sans bonté

Le troisième épisode se situe au chapitre 23 de Matthieu, où le Christ se tourne vers les pharisiens : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes ; vous-mêmes n'y entrez pas, et ceux qui essayent d'y entrer, vous ne leur permettez pas d'entrer ! ».

Ceux-là utilisent la voie des préceptes, et à force de préceptes « la parole de Dieu ne semble pas féconde ». Ils « amènent le peuple de Dieu sur une voie sans issue. Ce sont des éthiciens sans bonté. Ils ne savent pas ce qu’est la bonté. Ce sont des éthiciens – il faut faire ceci, ceci, ceci – remplis de préceptes » mais « sans bonté ».

Ces mêmes hypocrites empruntent également « la route de la vanité », « à tel point qu’ils finissent par se rendre ridicules » : ils se « drapent pour faire semblant d’être majestueux, parfaits » mais ils n’ont « pas le sens de la beauté. Ils parviennent seulement à une beauté de musée ».


L’hypocrisie qui touche au sacré

Enfin, la quatrième sorte d’hypocrisie est illustrée en Mt 6, 1-6. 16-18 : « le Seigneur parle d’une autre classe d’hypocrites, ceux qui touchent au sacré… il parle du jeûne, de la prière et de l’aumône : les trois piliers de la piété chrétienne, de la conversion intérieure que l’Eglise propose dans le carême. Sur cette voie il y a des hypocrites, qui se pavanent en jeûnant, en rendant l’aumône, en priant ».

Cette hypocrisie est la forme la plus grave : « quand l’hypocrisie arrive à ce point, dans la relation avec Dieu [ces hypocrites] sont assez proches du péché contre l’Esprit-Saint. Ils ne connaissent rien à la beauté, à l’amour, à la vérité; ils sont petits, vils ».


La route alternative

Il y a une « route alternative » dans la première lecture (2 Co 9, 6-11) où Paul « parle de largesse, de joie. Tous les chrétiens ont la tentation de l'hypocrisie. Tous. Mais [ils ont] aussi la grâce, la grâce qui vient de Jésus Christ, la grâce de la joie, la grâce de la magnanimité, de la largesse ».

 

« L’hypocrite ne connaît pas la joie, ne connaît pas la largesse, ne connaît pas la magnanimité ». Ils fait « du mal à tous » dans l’Eglise et il a une attitude suffisante : « Seigneur, je fais tout cela… je fais partie d’une association... ».  Il est le contraire de l’« icône si belle du publicain qui prie ainsi : ‘aie pitié de moi Seigneur, je suis un pécheur’ ». (Lc 18, 9-14).


Cette humble prière, « c’est la prière que [le croyant] doit faire tous les jours, dans la conscience qu’il est pécheur, mais avec des péchés concrets, non pas théoriques », j'invite le chrétien à demander au Seigneur « qu’il le sauve de toute hypocrisie et lui donne la grâce de l'amour, de la largesse, de la magnanimité et de la joie ».

François, Pape.

 

 

Voir les commentaires

L’expérience de bonté

24 Juin 2013, 21:14pm

Publié par Fr Greg.

camille_claudel2-vertumne-et-pomone.jpg

 

Faire l’expérience de la bonté (1) d’un être et, à fortiori d’une personne, engendre presque toujours un sentiment d’euphorie, d’espérance, de confiance dans la vie. Un sourire rencontré en signe d’humanité partagée, un service rendu à notre insu, un accueil dans la joie de se retrouver, mais même l’affection échangée avec un animal ou la familiarité chaleureuse d’une réalité naturelle ou d’un objet ouvre le cœur, dilate l’âme. L’art sait dire la bonté éclatante comme celle du couronnement de la vierge de Fra Angelico, de l’emphase heureuse de l’architecture baroque ou de l’amour célébré du Taj Mahal. Mais la bonté, parce qu’elle est aussi profonde et discrète, se rend souvent visible, tangible, présente par des signes « faibles » que l’art ne peut traduire que de manière plus lente, exigeante, parcellaire comme dans les courbes de l’art roman, la cérémonie du thé ou la peinture de Chagall.

Malaise

Plus tragiquement dans les cultures du concept dominant, de la rationalité efficace et de l’autonomie de l’ego la bonté est mal vue. Elle fait figure de faiblesse, de mièvrerie, de pathos, d’idéalisation naïve. Là il est de bon ton d’être tendre mais jouisseur, bon au sens de performant, confiant mais intéressé et calculateur, intelligent mais critique, présent mais distancié, impressionnable mais pas émerveillé. La bonté dérange parce qu’elle passe par la dépendance consentie, la confiance au-delà du raisonnable, le don à perte, l’exposition à la souffrance et le labeur de la laisser devenir un lieu de rencontre. La bonté c’est ce qui en nous peut donner à l’autre d’être. Ce qui de l’autre me donne un espace, une lumière un souffle pour être plus et surtout mieux. En cela la bonté est contagieuse, diffusive ; comme le feu sous la cendre où dans les sous bois, elle est incendiaire.

Source

Le bien est au creux des cultures, il ne saurait être contenu par elles, il est entrevu à travers le beau et jamais véritablement dicible. Et pourtant il est la nappe phréatique et la plaque tectonique de nos existences. La question est de le laisser sourdre et de repérer pour s’y abreuver les sources qui nous le donnent à voir, à boire et à mettre au service de la vie. Dans cet apprentissage de l’irrigation des terres arides que sont les cœurs et les communautés humaines, le Christ apparaît comme un maître puisatier qui n’a pas hésité à laisser la Bonté, qui est un autre nom de Dieu, traverser son être en le rendant intégralement médiateur d’Eau Vive.

POSTÉ PAR SAMUEL ROUVILLOIS LE 9 JUIN 2013

http://culture-foi.blogs.la-croix.com/lexperience-de-bonte/2013/06/09/

1. L’expérience de bonté est le titre d’un livre splendide de Lydie Dattas, Arfuyen, 1999.

 

 

Voir les commentaires

Formidable ou Forminable..? alors on danse... :)

23 Juin 2013, 21:20pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

Voir les commentaires

Révolutionnaire de la grâce!

22 Juin 2013, 21:15pm

Publié par Fr Greg.

 

img bebe5

 

 

L’apôtre Paul, à la fin d’un passage de sa lettre a nos ancêtres, dit ceci: ne soyez plus sous la loi, mais sous la grâce. Voilà ce qu’est notre vie : marcher sous la grâce, car le Seigneur nous a aimés, il nous a sauvés, nous a pardonné. Le Seigneur a tout fait, c’est cela la grâce, la grâce de Dieu. Nous marchons sous la grâce de Dieu, venue à nous en Jésus-Christ qui nous a sauvés. Mais ceci nous ouvre à un grand horizon, et cela est pour nous une joie « Vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce ». Mais que signifie « vivre sous la grâce »? Nous allons essayer d’expliquer un peu ce que signifie vivre sous la grâce. C’est notre joie, notre liberté. Nous sommes libres. Pourquoi ? Parce que nous vivons sous la grâce. Nous ne sommes plus esclaves de la Loi : nous sommes libres parce que Jésus-Christ nous a délivrés, Il nous a donné la liberté, cette pleine liberté d’enfants de Dieu, que nous vivons sous la grâce.

 
Ceci est un trésor, Je tâcherai d’expliquer un peu ce mystère, si beau, si grand. Vivre sous la grâce.

Cette année vous avez beaucoup travaillé sur le baptême mais aussi sur le renouvellement de la pastorale après le baptême. Le baptême, ce passage de « sous la Loi » à « sous la grâce », est une révolution. L’histoire est pleine de révolutionnaires, n’est-ce pas ? Il y en a eu beaucoup. Mais personne n’a eu la force de cette révolution que Jésus nous a apportée. Une révolution pour transformer l’histoire qui change en profondeur le cœur de l’homme. Les révolutions de l’histoire ont changé les systèmes politiques, économiques, mais  aucune d’elles n’a vraiment modifié le cœur de l’homme. La vraie révolution, celle qui transforme radicalement la vie, Jésus-Christ l’a réalisée à travers sa Résurrection : la Croix et la Résurrection. 

Benoît XVI disait de cette révolution qu’elle est « la plus grande mutation de l’histoire humaine ». Pensons à cela !... La plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ! C’est une vraie révolution et nous, nous sommes des révolutionnaires, les révolutionnaires de cette révolution, car nous marchons dans cette voie, celle de la plus grande mutation de ‘histoire de l’humanité. Aujourd’hui un chrétien qui n’est pas un révolutionnaire, n’est pas un chrétien! Il doit être un révolutionnaire par la grâce! C’est la grâce que le Père nous donne à travers Jésus-Christ qui fait de nous des révolutionnaires, car – et je cite encore une fois Benoît – « c’est la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ». Parce que c’est ça qui change le cœur. Le prophète Ézéchiel disait: « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur  de chair ». Et cette expérience, l’Apôtre Paul l’a vécue: après avoir rencontré Jésus sur la route de Damas, sa vision de la vie a radicalement changé, et il a reçu le baptême. 

Dieu  a transformé son cœur ! Vous imaginez ? Un persécuteur, un homme qui poursuivait l’Eglise et les chrétiens, devenu un saint, un chrétien jusqu’à la moelle, un vrai chrétien! D’abord un violent persécuteur, puis un apôtre, un témoin de Jésus-Christ devenu si courageux qu’il n’a pas eu peur de subir le martyre. Ce Saül qui voulait tuer tous ceux qui annonçaient l’évangile,  a fini par donner sa vie pour annoncer l’Evangile. La voilà la transformation, cette grande transformation dont parlait le pape Benoît XVI. Celle qui change le cœur, qui transforme les pécheurs que nous sommes en saints –  oui des pécheurs, car nous sommes tous des pécheurs – Chacun de nous n’est-il pas un pécheur ? Que celui qui ne l’est pas lève la main! Ah, regardez … je travaille pour vous, eh? Nous sommes tous des pécheurs, oui, tous ! 

Nous sommes tous des pécheurs! Mais la grâce de Jésus-Christ nous sauve du péché: elle nous sauve tous, si nous accueillons Jésus-Christ, c’est lui qui change notre cœur et fait de nous, pécheurs, des saints. Pour devenir saint, il n’est pas nécessaire de tourner les yeux de cette façon, ou d’avoir le visage comme celui d’une petite image pieuse, l’air un peu comme ça. Non, non, cela n’est pas nécessaire! Pour devenir saint il faut une seule chose: accueillir la grâce que le Père nous donne en Jésus-Christ.  C’est la grâce qui change notre cœur. Nous continuons à pécher, car nous sommes tous des êtres faibles, mais toujours avec cette grâce qui nous fait sentir que le Seigneur est bon, que le Seigneur est miséricordieux, que le Seigneur nous attend, que le Seigneur nous pardonne… Cette grâce immense qui transforme notre cœur. 


Et le prophète Ézéchiel a dit qu’il aurait transformé notre cœur de pierre en cœur de chair. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un cœur qui aime, un cœur qui souffre, un cœur qui se réjouit avec les autres, un cœur plein de tendresse pour celui qui, portant sur lui les plaies de la vie, se sent à la périphérie de la société. L’amour est une force, la plus grande des forces. Il transforme la réalité, car il abat les murs de l’égoïsme et comble les fossés qui nous tiennent loin les uns des autres. Cet amour-là vient d’un cœur de pierre qui a été transformé en cœur de chair, en cœur humain. Et c’est la grâce qui fait ça, la grâce de Jésus-Christ que nous avons tous reçue. 

Quelqu’un parmi vous sait combien coûte la grâce ? Où on en vend? Où puis-je acheter cette grâce ? Personne ne sait le dire : non. Je vais l’acheter au secrétariat de la paroisse, vous en vendez peut-être, de la grâce? Des prêtres en vendraient-ils ? Mais, écoutez bien cela : la grâce ne s’achète pas et ne se vend pas. C’est un cadeau de Dieu en Jésus-Christ. Jésus-Christ nous donne la grâce. Lui seul nous donne la grâce. C’est un cadeau: il nous l’offre, à nous. Prenons-la. Que c’est beau !  L’amour de Jésus est comme ça: il nous donne la grâce gratuitement. Gratuitement. Et nous devons la donner à nos frères, à nos sœurs, gratuitement. Voir quelqu’un se mettre à vendre la grâce est un peu triste: cela est arrivé quelques fois dans l’histoire de l’Eglise, et cela a fait beaucoup de mal, beaucoup de mal. La grâce n’est pas à vendre : on la reçoit gratuitement et ont la donne gratuitement. C’est cela la grâce de Jésus-Christ.

Et au milieu de tant de souffrances, tant de problèmes qu’il y a ici, à Rome, il y a des gens qui vivent sans espérance. Chacun de nous peut penser, en silence, aux personnes qui vivent sans espérance,  qui sont plongées dans une profonde tristesse dont elles essaient de sortir en croyant trouver leur bonheur dans l’alcool, dans la drogue, dans le jeu de hasard, dans le pouvoir de l’argent, dans la sexualité sans règles … Mais celles-ci se retrouvent encore plus déçues et il arrive que leur colère à l’égard de la vie se traduise par des comportements violents et indignes de l’homme. Que de personnes tristes, que de personnes tristes et sans espérance! Pensez à tous ces jeunes qui, après avoir expérimenté tant de choses, ne trouvent pas le sens de leur vie et tentent le suicide, comme solution. Savez-vous combien il y a de jeunes qui se suicident aujourd’hui dans le monde ? Le nombre est élevé. Pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas d’espérance. Ils ont essayé tant de choses ! Et la société, qui est cruelle – si cruelle! – ne peut te donner l’espérance.

L’espérance, c’est comme la grâce : on ne peut pas l’acheter, c’est un don de Dieu. Et nous devons offrir l’espérance chrétienne par notre témoignage, par notre liberté, par notre joie. Cette grâce que Dieu nous donne en cadeau porte l’espérance. Nous qui avons la joie de nous apercevoir que nous ne sommes pas des orphelins, que nous avons un Père, pouvons-nous être indifférents face à cette ville qui nous demande, voire inconsciemment, sans le savoir, une espérance qui l’aide à regarder l’avenir avec plus de confiance et sérénité ? Nous ne saurions être indifférents. Mais alors comment faire ? Comment pouvons-nous offrir cette espérance ? En allant dans la rue et en disant : « Ah moi j’ai l’espérance ! » ? Non. Par votre témoignage, en disant avec le sourire: « Je crois avoir un Père » - Et l’annonce de l’Evangile est celui-ci: par ma parole, par mon témoignage dire : « J’ai un Père. Je ne suis pas orphelin. Nous avons un Père », et partager cette filiation avec le Père et avec tous les autres. « Ah, père, maintenant je comprends: il s’agit de convaincre les autres, de faire les prosélytes ! ». 

Non: rien de tout cela. L’Evangile c’est comme du grain : tu le sèmes, tu le sèmes par ta parole et par ton témoignage. Et puis, tu n’en fais pas une statistique : c’est Dieu qui le fait. C’est Lui qui fait pousser ce grain. Mais nous, nous devons semer avec cette certitude que l’eau c’est Lui qui la donne, que c’est Lui qui fait pousser la graine. Et ce n’est pas nous non plus qui faisons la récolte: c’est un autre prêtre qui la fera, un autre laïc, une autre laïque, un autre la fera. Mais la joie de semer par le témoignage, car la Parole ne suffit pas : cela ne suffit pas. La parole sans le témoignage, c’est du vent. Les paroles ne suffisent pas. Il faut ce vrai témoignage dont parle Paul.

 
L’annonce de l’Evangile est avant tout destinée aux pauvres, à ceux qui manquent souvent du strict nécessaire pour  pourvoir conduire une vie digne. Ils sont les premiers à recevoir l’heureux message que Dieu les aime plus que les autres et qu’Il leur rend visite à travers les œuvres de charité que les disciples du Christ accomplissent en son nom. Avant tout, aller vers les pauvres ! Lors du jugement dernier, comme nous pouvons lire dans Matthieu 25, nous serons tous jugés sur nos actes. Certains pensent que le message de Jésus est destiné à ceux qui n’ont pas de préparation culturelle: ah, non! Non. L’apôtre affirme avec force que l’Evangile est l’affaire de tous et qu’il est donc aussi pour les  instruits. La sagesse, qui dérive de la Résurrection, ne s’oppose pas à celle des humains, au contraire elle la purifie, elle l’élève. L’Eglise est toujours présente là où agit la culture. 

Le premier pas est toujours la priorité aux pauvres. Mais nous devons aussi aller aux frontières de l’intelligence, de la culture, dans les hauteurs du dialogue, du dialogue qui fait la paix, du dialogue intellectuel, du dialogue raisonnable. L’Evangile est l’affaire de tous ! Aller vers les pauvres ne signifie pas que nous devons tomber dans le paupérisme, devenir des sortes de clochards spirituels: non, non, cela ne veut pas dire ça, pas du tout. Cela signifie que nous devons aller vers la chair de Jésus qui souffre. Mais la chair de Jésus souffre aussi de ce que certains ne le connaissent pas par leurs études, par leur intelligence, par leur culture … C’est là que nous devons aller ! C’est pourquoi j’aime bien utiliser l’expression « aller vers les périphéries », vers les périphéries de l’existence. Vers tous les pauvres… de la pauvreté physique et réelle à la pauvreté intellectuelle qui, elle aussi, est réelle. Toutes les périphéries, tous les carrefours : aller là-bas. Et là semer l’Evangile, par la parole et par le témoignage. 


Cela signifie que nous devons avoir du courage. Paul VI disait qu’il ne comprenait pas les chrétiens découragés: il ne les comprenait pas. Ces chrétiens tristes, anxieux, ces chrétiens qui, on se demande s’ils croient en Christ ou en la déesse Plainte: on ne sait jamais. Mais tous les jours ils se plaignent, se plaignent … Et « comment va le monde, quelle calamité, les calamités … ».  Or, pensez-y, le monde n’est pas pire qu’il y a cinq siècles, vous ne trouvez pas ? Le monde c’est le monde : cela a toujours été le monde. Et quand certains se plaignent… c’est comme ça, on ne peut rien y faire… Ah les jeunes ! – mais, vous, vous connaissez … c’est une question que je vous pose: vous connaissez des chrétiens comme ça ? Il y en a, il y en a ! Mais, le chrétien doit être courageux et, devant un problème, devant une crise sociale, religieuse, il doit avoir le courage d’avancer, d’avancer avec courage. Et quand on ne peut rien faire, avec patience : en supportant. Supporter. Courage et patience, ces deux vertus de Paul. Le courage : avancer, faire les choses, donner des témoignages forts: allons-y ! Supporter porter sur son dos les choses que l’on ne peut encore changer. Mais avancer avec cette patience, avec cette patience que nous donne la grâce. 

Mais que devons-nous faire avec ce courage et cette patience? Sortir de nous-mêmes: sortir de nous-mêmes. Sortir de nos communautés pour aller là où les hommes et les femmes vivent, travaillent et souffrent, et leur annoncer la miséricorde du Père qui s’est fait connaître aux hommes en Jésus-Christ de Nazareth. Annoncer cette grâce qui nous a été offerte par Jésus. Si le jeudi saint j’ai demandé aux prêtres d’être des pasteurs avec l’odeur des brebis, à vous, chers frères et chères sœurs, je dis : soyez partout des porteurs de la Parole de vie dans nos quartiers, sur les lieux de travail et partout où les personnes se retrouvent et développent des relations. Vous devez sortir. Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui s’enferment dans leur paroisse … 

Mais je tiens à vous dire une chose : dans l’Evangile il y a ce beau passage du berger qui, de retour chez lui, s'aperçoit qu'il lui manque une de ses 99 brebis et part donc la chercher en laissant seules ces dernières. Mais, frères et sœurs, nous,  on en a une : il nous en manque 99! Nous devons sortir, nous devons sortir et aller les trouver! Mais, dans cette culture, soyons francs: dans cette culture nous n’en avons qu’une, nous sommes une minorité, avons-nous la ferveur, le zèle apostolique pour aller chercher les 99 autres ? Nous avons là une belle responsabilité et nous devons demander au Seigneur la grâce de la générosité et le courage et la patience pour sortir, pour sortir annoncer l’Evangile. 

Ah, cela est difficile. Il est plus facile de rester chez soi, avec cette unique brebis. C’est plus facile! Avec cette brebis, la brosser, la caresser … mais à nous prêtres, et à vous chrétiens, à tous, le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas ceux qui brossent les brebis! Et quand une communauté est fermée, toujours entre les mêmes personnes qui parlent,  cette communauté n’est pas une communauté qui donne vie. C’est une communauté stérile, non féconde. La fécondité vient par la grâce de Jésus-Christ mais à travers nous, notre prédication, notre courage, notre patience.

Tout ça est un peu long, n’est-ce pas ? Oui, ce n’est pas facile. Et nous devons être francs : évangéliser, faire circuler la grâce gratuitement, est un travail qui n’est pas facile. Car Jésus-Christ et nous, nous ne sommes pas seuls. Il y a aussi un adversaire, un ennemi qui veut tenir les hommes loin de Dieu. Et pour cela, il instille dans les cœurs la déception, quand nous ne nous voyons pas arriver tout de suite la récompense de notre engagement apostolique. Le diable, tous les jours,  jette dans nos cœurs des graines de pessimisme et d’amertume, et alors on se décourage. « Ça ne va pas, nous avons fait cela et ça ne va pas, cette autre chose et ça ne va toujours pas, et regardez cette religion comme elle attire tant de gens et pas nous pas … » : c’est le diable qui est l’œuvre. Nous devons nous préparer à la lutte spirituelle. Ceci est très important. On ne peut prêcher l’Evangile sans cette lutte spirituelle: une lutte de tous les jours contre la tristesse, contre l’amertume, contre le pessimisme … une lutte de tous les jours. Semer n’est pas facile: il est bien plus beau de récolter. Semer n’est pas facile, mais cette lutte est celle qui revient à tous les chrétiens, chaque jour.

Paul disait qu’il était pressé de prêcher, et il savait ce qu’était cette lutte spirituelle pour l’avoir vécue. Il disait : « J’ai dans ma chair une épine de Satan, et tous les jours je la sens ». Nous aussi nous avons des épines de Satan qui nous font souffrir et nous font avancer avec difficulté, et souvent nous nous décourageons. Nous préparer à la lutte spirituelle: l’évangélisation exige de nous un vrai courage aussi pour cette lutte intérieure, dans notre cœur, pour dire par la prière, par la mortification, par notre volonté de suivre Jésus, par les sacrements  qui sont une rencontre avec Jésus : Merci, merci pour Ta grâce. Je veux la porter aux autres. Mais cela est un travail : c’est un travail. Cela s’appelle – ne vous affolez pas – cela s’appelle le martyre: c’est cela le martyre. Lutter tous les jours pour témoigner. C’est cela le martyre. Et à certains le Seigneur demande le martyre de la vie. Mais il y a le martyre de tous les jours, de toutes les heures : le témoignage contre l’esprit du mal qui ne veut pas que nous soyons des évangélisateurs.

Et maintenant je voudrais finir,  en pensant à une chose. A une époque où la gratuité paraît s’amenuiser dans les relations interpersonnelles, car tout se vend et tout s’achète, et il est difficile de  trouver la gratuité, nous les chrétiens nous annonçons un Dieu qui, pour être notre ami, ne demande rien si ce n’est d’être accueilli. La seule chose que Jésus demande c’est d’être accueilli. Pensons à tous ceux qui vivent dans le désespoir parce qu’ils n’ont jamais rencontré personne qui leur ait consacré un peu d’attention, les ai consolés, les ait fait sentir précieux et importants. Nous, disciples du Crucifié, pouvons-nous refuser d’aller là où personne ne veut aller par peur de nous compromettre et par peur du jugement des autres, et ainsi nier à nos frères l’annonce de la Parole de Dieu? La gratuité: nous avons reçu cette gratuité, cette grâce, gratuitement; nous devons la donner gratuitement.

Et c’est par cela que je voudrais terminer, vous dire: de ne pas avoir peur, de ne pas avoir peur de l’amour, de l’amour de Dieu, de notre Père. Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de recevoir la grâce de Jésus-Christ, ne pas avoir peur de notre liberté qui vient de la grâce de Jésus-Christ ou, comme disait Paul: « Ne soyez plus sous la Loi, mais sous la grâce ». Ne pas avoir peur de la grâce, ne pas avoir peur de sortir de nous-mêmes, ne pas avoir peur de sortir de nos communautés chrétiennes pour aller trouver ces 99 brebis qui ne sont pas chez elles. Et aller dialoguer avec elles, et leur dire ce que nous pensons, aller montrer notre amour qui est l’amour de Dieu. 

Chers frères et sœurs : N’ayons pas peur! Avançons et disons à nos frères et sœurs que nous sommes sous la grâce, que Jésus nous donne la grâce et que cela ne coûte rien : seulement la recevoir. Allons-y!

 

 François, Pape.

Voir les commentaires