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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Comment convertir nos drames en joie?

14 Avril 2013, 00:47am

Publié par Fr Greg.

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Et quel enfant étiez-vous?

Un enfant qui ne faisait pas grand-chose. Qui regardait par la vitre. Qui regardait ce qu'il se passait quand il se passait quelque chose. 

Pensez-vous toujours que nous prenons notre véritable visage et notre véritable force dans l'enfance, qu'ensuite rien ne change?

Oui, c'est ce qu'on appelle les caractères. C'est une drôle de chose : il est possible que le caractère d'une personne ne change jamais. On voit cela, dans la religion, par exemple. Prenez saint Paul. C'est amusant car il est d'abord persécuteur des chrétiens avant d'être renversé sur le chemin de Damas et de se convertir, de devenir le premier défenseur des chrétiens. Mais il est aussi fou, aussi violent, dans sa défense que dans son attaque ! Son caractère, passé le feu de la révélation, est resté intact. Je crois donc, en effet, que l'on peut retrouver chez chacun et à tout âge les traits de l'enfance. Ils sont parfois encrassés, mais ils sont toujours là.  

Dans L'Homme-Joie, cette confession : "Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir." Comment convertir le drame en joie?

Peut-être en éprouvant la sensation de confiance dans la base de la vie. Il arrive que la vie soit partie. Que l'on soit délaissé, abandonné. Chacun fait cette expérience tôt ou tard, et parfois sur une durée très longue. Soit. Mais même dans ces moments-là, il y a quelque chose qui ne nous quitte pas, que je ne saurais pas nommer, que je ne veux pas nommer - parce que la nommer, ce serait l'abîmer et, peut-être, la faire fuir à jamais. Il y a un point de confiance, quelque chose en nous comme une petite chambre dans le coeur, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne. Pas même ceux que nous aimons. 

Pas même ceux que nous aimons?

 

Pas même ceux que nous aimons, non. Parce que le coup peut aussi venir, parfois, de ceux que nous aimons. Il y a quelque chose de plus haut, de plus secret. Ce retrait-là permet de traverser tous les hivers, tous les incendies. Pourquoi ? Je n'ai pas d'explications. C'est comme ça : c'est là. 

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Notre époque a oublié la lenteur...

13 Avril 2013, 08:08am

Publié par Fr Greg.

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Diriez-vous que votre travail d'écriture s'apparente à cette tradition?

La comparaison est beaucoup trop grande pour moi ! Mais, évidemment, oui. Vous savez, je n'ai pas vraiment choisi d'écrire comme ça. J'ai entamé une course, celle de la vie, et à chaque chute, à chaque genou écorché, une page d'encre apparaît. Je frotte mes écorchures avec une poignée d'encre pour les guérir. Et puis il y a, aussi, l'inverse, c'est-à-dire les éblouissements.  

Quels sont-ils?

Tout ce qui arrive. Mais il n'arrive pas quelque chose tous les jours, entendons-nous bien ! Le manège ne tourne pas tous les jours. Il est parfois à l'arrêt, bâché. Mais quand quelque chose arrive, ça devient pour moi une urgence de l'écrire, de le transmettre. En partageant la joie, vous la multipliez. Et écrire, c'est partager pour multiplier.  

Et les jours où il n'arrive rien, comment les vivez-vous?

Ce sont des jours où je dois avoir une tête un petit peu renfrognée, chiffonnée. Une tête comme un papier froissé. Alors j'attends. Tout simplement, j'attends. Sans impatience. C'est la seule sagesse que je me connaisse. 

L'attente, une sagesse?

Oui, l'attente. Parce que je sais, d'expérience, que les portes fermées vont se rouvrir.  

Comment peut-on attendre sans impatience?

J'attends à la façon du pêcheur au bord de l'eau, vous voyez? Il n'y a pas de prise, il n'y a rien, il n'y a pas une ride sur l'eau, la lumière du ciel décroît, il commence à faire frais mais j'attends. Je sais que rien n'est vain, même ces jours-là. Aujourd'hui, nous commettons presque tous la même erreur : nous croyons que l'énergie, c'est la vérité. Certes l'énergie est nécessaire... mais il y a une mauvaise énergie. 

Laquelle?

La mauvaise énergie est celle qui consiste à essayer de forcer les chemins du ciel. La mauvaise énergie est celle qui veut accélérer chimiquement les battements du coeur. La mauvaise énergie, c'est vouloir tout tout de suite, les applaudissements avant même d'avoir commencé l'effort... Notre époque veut du survitaminé. Elle a oublié la lenteur. J'essaie, par les livres que j'écris, de retrouver cela, de faire revenir la lenteur.  

Ne faut-il pas avoir beaucoup souffert pour arriver à un tel détachement?

[Long silence.] Je ne sais pas quoi dire.  

La vérité.

 

Oui, la vérité... Mais, vous savez, la vie est tellement dure... La vie a été beaucoup plus dure pour tellement plus de gens que pour moi... Comment pourrais-je dire que j'ai souffert alors que se passent encore certaines choses aujourd'hui ? Je dirais simplement, par pudeur, que je n'ai pas abandonné l'enfant que j'étais. Voilà. 

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rencontrer un humain, la chose sans doute la plus rare au monde

12 Avril 2013, 00:43am

Publié par Fr Greg.

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Qu'attendez-vous d'un livre, quand vous êtes lecteur?

J'attends tout. Absolument tout. J'attends une paix immense - elle vient souvent, monte du livre. J'attends de connaître un peu mieux mon visage - il est si mouvant, de passage, comme celui de ceux qui nous lisent en ce moment, comme le vôtre. D'un livre, j'attends qu'il travaille comme un miroir, qu'il travaille pour moi. J'attends aussi qu'il me donne, qu'une sorte de lumière monte de lui. Et j'attends, enfin, de rencontrer un humain parce que je crois que c'est la chose sans doute la plus rare au monde, une rencontre, une vraie rencontre. J'attends qu'une personne sorte du livre et se mette à me parler et, en me parlant, me découvre, moi.  

Cette personne, est-ce l'auteur ou les personnages?

L'auteur ! Au-delà des personnages d'un roman, je veux sentir la personne de l'auteur. Je cherche le vivant. Un livre fonctionne comme une baguette de coudrier, ces baguettes que l'on tient à la main et dont les vibrations soudaines indiquent une source heureuse dans le sol : certains livres indiquent une source heureuse dans notre esprit ou dans le monde. Lorsque cela arrive, c'est la plus belle chose qui soit !  

Avec quel livre cela vous est-il arrivé ?

Jardins et routes, d'Ernst Jünger. Jünger est un écrivain allemand, comme on sait, et qui a traversé les deux guerres mondiales. Jünger n'est pas du tout l'homme sur lequel on a plaqué une image au mieux austère, au pire militariste. Son oeuvre est comparable à celle de Montaigne : c'est un homme qui traverse les épreuves de la vie, toutes, avec noblesse, nonchalance parfois, en cherchant toujours ce qui témoigne du surgissement coloré de la vie. Jünger a un esprit passionnément contemplatif. Dans son Journal parisien, il assiste à la première apparition de l'étoile jaune sur la poitrine d'une passante. Et il note qu'il a cet instinct, ce geste qui le foudroie lui-même : faire le salut militaire à cette jeune femme. Le salut militaire était tourné ordinairement vers le puissant, vers le monstre, vers le Dieu tout-puissant qui avait fait sa tanière en Allemagne et avait essaimé partout. Mais ce salut donné au plus faible est, je trouve, bouleversant. C'est magnifique! C'est une crête d'humanité! Et quand je lis cela, je vois quelqu'un de vivant, parce que peut-être, vivant et aimant, c'est pareil. Et parce que, aimant et être attentif à ce qui est en train d'être broyé, c'est pareil. 

Quelle place occupent les écrivains du Grand Siècle dans votre vie?

Jünger est un grand collectionneur, un grand traqueur, un grand chasseur d'insectes et de fleurs. Et un être attentif aux nuages. Il appartient à cette grande tradition qui vient de Montaigne et de Pascal et de Saint-Cyran. Le Grand Siècle ? Ses écrivains parlent au coeur, tout de suite. Ils enfoncent la dague de leurs phrases dans le coeur du lecteur, sans détours. Leurs livres sont comme des meurtres lumineux. 

Des meurtres lumineux?

Oui. C'est comme ça que je qualifierais la poésie ou la pensée lorsqu'elle est à son plus haut. Quelque chose qui vous sort du monde. Pour que vous puissiez commencer à voir et à comprendre ce qu'est cette vie qui vous a été donnée, qui vous sera enlevée un jour, il faut d'abord sortir du monde, sortir du somnambulisme dans lequel le monde vous tient. Et pour cela, il vous faut un grand coup! La beauté, c'est cette dague qui s'enfonce dans la poitrine ou l'âme du lecteur. Les phrases de Pascal, des grands moralistes du XVIIe siècle, ces pensées-là ont cet effet. Je les retrouve en amont chez Montaigne et en aval chez Jünger : elles ont quelque chose de brûlant et de délivrant. Tous ces écrivains ont l'art de resserrer le langage sur un point et un seul. 

Lequel?

 

Comment se tenir dans la vie. Comment être à la hauteur de la vie, si noble et si fragile. 

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Peut-on vraiment, sereinement, retrouver la joie ?

11 Avril 2013, 00:40am

Publié par Fr Greg.

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Dans Autoportrait au radiateur, en 1997, vous évoquiez déjà cela en disant que pour y parvenir il fallait disposer d'un "temps pur" : "Je me suis fait écrivain ou plus exactement je me suis laissé faire écrivain pour disposer d'un temps pur, vidé de toute occupation sérieuse."

Oui. 

Tout à l'heure vous évoquiez de vous-même les psychanalystes et leur langage. Avez-vous eu besoin d'eux pour atteindre ce point d'émerveillement et de sidération, pour comprendre que ce manteau de puissance va finalement tomber et glisser?

Ou bien nous sera arraché... Mais cela revient au même. Je n'ai pas suivi de psychanalyse, j'ai laissé les événements me révéler à moi-même avec leur violence habituelle. Ça a marché à moitié ou aux trois quarts -parce qu'il reste toujours une part d'inconnu en nous-mêmes, évidemment. Mais j'ai demandé à l'écriture de m'amener vers des zones plus claires, vers une terre plus ample et plus ouverte. Et c'est ce qui s'est passé. Je ne suis pas allé chercher un savoir technique. Je ne crois guère aux théories : dessous les théories, cherchez la déception...  

Vous parlez comme si vous aviez conclu un pacte avec l'écriture...

Oui, je crois que l'écriture en sait plus long que moi. [Il marque une pause, observe un long silence, en souriant.] 

Et, en même temps, vous semblez considérer la vie comme étant une aventure, une expérience, y compris dans ses drames les plus forts. Vous avez écrit sur la mort de l'être aimé, l'arrachement, la douleur. Peut-on vraiment, sereinement, retrouver la joie ?

Alors là, il faudrait que je parle, si je puis dire ainsi, sur la pointe des pieds. [Un silence.] 

Comme vous écrivez.

Vous êtes gentil de dire ça. 

Non. Je le dis parce que c'est vrai.

 

Je pense qu'il faut faire très attention, sur cette question de la mort et de la joie. Le plus beau proverbe que je connaisse vient d'Egypte. C'est une injonction : "Ne fais jamais peur à quelqu'un, n'inspire jamais la peur à un autre être humain." Je trouve que c'est une sentence magnifique. Et j'y ajouterai : n'injurie jamais la douleur de l'autre, ne va pas trop vite, ne fais pas l'économie de ce que les autres vivent. Comment pourrais-je vous dire cela ? J'ai de la joie à aller dans les endroits, même les moins éclairés qui soient. Je pense, par exemple, à des hôpitaux ou des maisons de retraite, endroits que je continue de fréquenter. J'ai une joie profonde à traverser les épaisseurs de grisaille, la dureté que le monde met sur certains visages à la fin d'une vie. J'éprouve une joie profonde à enlever tous ces voiles et à voir, soudain, deux yeux qui brûlent dans l'ombre. L'humain est un soleil. La vie, voilà la seule merveille. Et c'est la seule merveille non commercialisable. L'humain est un soleil que l'on peut aller chercher dessous les décombres, dessous la fatigue, dessous les pertes. Il n'y a rien de pire que de perdre un enfant. Rien de pire. C'est connaître et éprouver l'hémorragie de ses propres forces. Oui, la vie est très rude. Mais j'essaie de peindre, de livre en livre, le sourire que je vois sur ces lèvres. Malgré tout. Je connais la perte de qui on aime plus que tout. Et je le redis: la vie est peut-être cent milliards de fois plus belle que nous l'imaginons - ou que nous la vivons. 

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la gaieté : du minuscule et de l'imprévisible.

10 Avril 2013, 00:38am

Publié par Fr Greg.

 

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Dans votre précédent livre vous écrivez : "Chaque jour a son poison et pour qui sait voir, son antidote." Quel est l'antidote au poison des jours ordinaires et comment apprendre à le voir ? Car là est le vrai problème : comment reconnaître le miracle lorsqu'il arrive.

Quand le miracle arrive, vous le savez. Si vous me demandez quels sont les vrais trésors aujourd'hui, à l'heure qu'il est, à cette époque de ma vie, je répondrais : la patience et l'humeur bonne. Oui : une bonne humeur. J'ai entendu, il n'y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais - comment dire...? - il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cette image m'a réjoui et j'ai eu comme l'intuition que cette humeur-là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l'artisan réveillait jusqu'à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel. Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l'aident à respirer à nouveau. Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu'une sorte de gaieté vous vient. C'est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication ! Mais c'est comme si, tout d'un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête.  

Dans L'Homme-Joie, vous écrivez dès les premières pages que "l'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir". Pour y parvenir ne faut-il pas d'abord trouver quelque part la force de tourner le dos aux grandes injonctions du monde moderne, c'est-à-dire à ces verbes que vous énumérez si bien : "acheter, envier, triompher, écraser l'autre..."?

Il s'agit juste de faire un pas de côté, mais ce pas de côté fait que vous arrivez au paradis. Un paradis qui se trouve non pas ailleurs et demain mais ici et maintenant. Je vais dire une banalité mais le monde est d'une puissance terrible et mortifère. Chaque jour, chacun de nous l'éprouve. Après tout, nous ne sommes pas obligés d'obéir. Après tout, nous pouvons tout d'un coup nous réveiller. La vie est une chose extrêmement fragile et hors de prix. C'est un diamant. En venant vous voir, ici, à Paris, j'ai vu des gens couchés sur les trottoirs. Un peu plus loin, j'ai ouvert un livre que je venais d'acheter et je me suis surpris à le lire. Il faisait très froid dehors mais la lecture m'a offert une sorte de cabane, de protection. Ce n'est rien, n'est-ce pas, des phrases dans un livre, ou un plâtrier qui siffle un air de quatre sous ? Ce n'est rien. Mais si les planètes suivent leur cours et si la Terre est toujours sous nos pieds, c'est grâce à des riens comme cela.  

Les esprits grincheux vont encore dire : "Vous êtes devenu mièvre, Christian Bobin..." Que signifie cet éloge des marguerites dans un pré, des planètes lointaines, du plâtrier qui siffle?

Mais la réponse est très simple : nous n'avons que ça. Nous n'avons que la vie la plus pauvre, la plus ordinaire, la plus banale. Nous n'avons, en vérité, que cela. De temps en temps, parce que nous sommes dans un âge plus jeune ou parce que la fortune, les bonnes faveurs du monde, viennent à nous, nous revêtons un manteau de puissance et nous nous moquons de cette soi-disant "mièvrerie". Mais le manteau de puissance va glisser de nos épaules, tôt ou tard... Non, je ne suis pas mièvre. Je parle de l'essentiel, tout simplement. Et l'essentiel, c'est la vie la plus nue, la plus rude, celle qui nous reste quand tout le reste nous a été enlevé. Je vais à l'essentiel. Je ne fais pas l'apologie de quelque chose qui serait simplet. La marguerite dans son pré, le plâtrier qui siffle, les planètes lointaines : voilà, au contraire, quelque chose qui est rude, émerveillant, parce que ces choses résistent à tout.  

Mais cet état d'émerveillement est particulièrement difficile à atteindre, paradoxalement...

Oui, curieusement. Je crois qu'il faut chercher sans chercher. Cela peut venir de partout.  

C'est donc du minuscule et de l'imprévisible ?

 

Oui. C'est cela que j'appelle la gaieté : du minuscule et de l'imprévisible. 

http://www.lexpress.fr

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L'exceptionnel ? C'est l'ordinaire. C'est un visage...

9 Avril 2013, 00:36am

Publié par Fr Greg.

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Certains livres deviennent immédiatement des amis. Ce sont des livres rares, souvent cachés dans les rayonnages d'une librairie ou d'une bibliothèque. On les découvre par hasard, ou par ouï-dire, ou encore parce qu'un ami qui vous veut du bien vous les a offerts. Ce ne sont pas de lourds traités sur le bonheur, non, pas directement, mais ce sont des livres qui rendent heureux. Ils parlent de la joie, de la gaieté, de l'émerveillement, de la sidération. De tout ce qui fait que la vie est belle malgré la peine, malgré la douleur, malgré la bêtise ambiante, malgré la mort - aussi. Christian Bobin nous offre de tels livres. Le dernier en date s'intitule L'Homme-Joie et est incroyablement lumineux. Peut-être faut-il le situer comme le point le plus lumineux, d'ailleurs, dans une bibliographie superbe mais torturée, où la mélancolie, l'absence et la mort tiennent une place déterminante. Une bibliographie forte de grands succès comme L'Inespérée ou La Plus que vive mais aussi - pour la partie croyante et un peu mystique de l'oeuvre - Le Très-Bas. Christian Bobin a choisi la solitude. Il vit loin de Paris, de l'agitation, des mondanités, des injonctions du monde moderne, dans un petit village près du Creusot, en Bourgogne. Il publie des livres comme on jette des bouteilles à la mer et leur donne des titres parfaits: L'Eloignement du mondeEloge du rienEclat du solitaireL'Enchantement simple ou encore Une petite robe de fête. Il pèse chaque mot. Prend son temps pour répondre. Sourit. Et fait preuve d'un humour délicieux, lui qui écrit dans L'Homme-Joie: "J'ai lu plus de livres qu'un alcoolique boit de bouteilles." 

La Bourgogne, où vous habitez, semble fonctionner de plus en plus comme un refuge pour vous... Le lieu du bonheur parfait ?

Christian Bobin. C'est mon berceau et c'est la base d'envol de tous mes songes. 

 

Faites-vous partie de ces écrivains qui se sentent attachés géographiquement à un territoire, qui ont besoin d'être sédentaires pour écrire? De quel ordre est votre attachement?

Je ne crois pas me tenir dans la cage d'un territoire. Je pourrais dire que, dans un sens, j'écris tout le temps. J'ai comme une hémorragie d'écriture tout le temps. Je ne prends pas de notes. Ou alors de façon très exceptionnelle : je vais noter une phrase qui me vient, une chose vue de façon très simple, très réduite, puis, si elle doit vivre plus tard dans un livre, elle vivra, prendra de l'ampleur. Mais je regarde tout, tout le temps, toujours. Je vis, c'est vrai, dans une campagne tout à côté du Creusot. Mais mon vrai pays, c'est la page blanche.  

Comment écrivez-vous?

Je vais faire un léger détour pour vous répondre. Je pense que l'écriture est un travail de guérison. Elle a à voir avec quelque chose qui relève de la guérison. Pas uniquement ma propre guérison mais une guérison de la vie. De la vie souffrante. De la vie mise à mal par les conditions modernes. Etrangement, pour guérir il faut d'abord rendre malade. Rendre malade d'émotions, rendre malade de beauté, vous voyez ? Mon travail, si j'en ai un, est de transmettre une émotion qui m'est venue. De faire en sorte que cette émotion soit contagieuse. Je suis donc toujours dans une sorte d'"attention flottante", comme disent les psychanalystes, c'est-à-dire une attention légère et soutenue aux choses, aux gens. Et puis quand quelque chose d'exceptionnel arrive, je le recueille.  

Quel est ce "quelque chose d'exceptionnel"?

L'exceptionnel ? C'est l'ordinaire. C'est un visage. C'est une marguerite dans un pré. C'est une parole inouïe entendue quelque part. 

http://www.lexpress.fr

 

Avec l'aimable autorisation de France Inter 

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La miséricorde l’emporte toujours !

8 Avril 2013, 02:33am

Publié par Fr Greg.

 

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Nous aussi, comme les femmes disciples de Jésus, qui allèrent au tombeau et le trouvèrent vide, nous pouvons nous demander quel sens a cet événement (cf. Lc 24, 4). Que signifie : Jésus est ressuscité ? Cela signifie que l’amour de Dieu est plus fort que le mal et que la mort elle-même ; cela signifie que l’amour de Dieu peut transformer notre vie, faire fleurir ces zones de désert qui sont dans notre cœur. Et cela l’amour de Dieu peut le faire !


Ce même amour par lequel le Fils de Dieu s’est fait homme et est allé jusqu’au bout du chemin de l’humilité et du don de soi, jusqu’aux enfers, jusqu’à l’abîme de la séparation de Dieu, ce même amour miséricordieux a inondé de lumière le corps mort de Jésus, l’a transfiguré, l’a fait passer dans la vie éternelle. Jésus n’est pas retourné à la vie d’avant, à la vie terrestre, mais il est entré dans la vie glorieuse de Dieu et il y est entré avec notre humanité, il nous a ouvert à un avenir d’espérance.

Voilà ce qu’est Pâques : c’est l’exode, le passage de l’homme de l’esclavage du péché, du mal à la liberté de l’amour, du bien. Parce que Dieu est vie, seulement vie, et sa gloire c’est nous : l’homme vivant (cf. Irénée, Adversus haereses, 4, 20, 5-7).

Chers frères et sœurs, le Christ est mort et ressuscité une fois pour toutes et pour tous, mais la force de la Résurrection, ce passage de l’esclavage du mal à la liberté du bien, doit se réaliser en tout temps, dans les espaces concrets de notre existence, dans notre vie de chaque jour. Que de déserts, aujourd’hui encore, l’être humain doit-il traverser ! Surtout le désert qui est en lui, quand manque l’amour de Dieu et du prochain, quand manque la conscience d’être un gardien de tout ce que le Créateur nous a donné et nous donne. Mais la miséricorde de Dieu peut aussi faire fleurir la terre la plus aride, peut redonner vie aux ossements desséchés (cf. Ez 37, 1-14).


Alors, voici l’invitation que j’adresse à tous : accueillons la grâce de la Résurrection du Christ ! Laissons-nous renouveler par la miséricorde de Dieu, laissons-nous aimer par Jésus, laissons la puissance de son amour transformer aussi notre vie ; et devenons des instruments de cette miséricorde, des canaux à travers lesquels Dieu puisse irriguer la terre, garder toute la création et faire fleurir la justice et la paix.

 

Et demandons ainsi à Jésus ressuscité, qui transforme la mort en vie, de changer la haine en amour, la vengeance en pardon, la guerre en paix. Oui, le Christ est notre paix et par lui implorons la paix pour le monde entier !

Pape François.

 

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Il est La Miséricorde...

7 Avril 2013, 00:59am

Publié par Fr Greg.

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(…) Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde : Il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde.Pour qui la voit et la trouve en lui, Dieu devient «visible» comme le Père «riche en miséricorde».

 

Le Christ ne nous a-t-il pas enseigné que notre Père, «qui voit dans le secret», attend pourrait-on dire continuellement que, recourant à lui dans tous nos besoins, nous scrutions toujours son mystère, le mystère du Père et de son amour?

 

Le Christ, en révélant l'amour-miséricorde de Dieu, exige en même temps des hommes qu'ils se laissent aussi guider dans leur vie par l'amour et la miséricorde.

 

Ainsi, la miséricorde se situe, en un certain sens, à l'opposé de la justice divine, et elle se révèle en bien des cas non seulement plus puissante, mais encore plus fondamentale qu'elle. Le primat et la supériorité de la charité sur la justice (qui est une caractéristique de toute la révélation) se manifestent précisément dans la miséricorde.

 

Le père de l'enfant prodigue est fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours. Cette fidélité ne s'exprime pas seulement dans la parabole par la promptitude de l'accueil, lorsque le fils revient à la maison après avoir dilapidé son héritage; elle s'exprime surtout bien davantage par cette joie, par cette fête si généreuse à l'égard du prodigue après son retour. L’amour envers le fils, cet amour qui jaillit de l'essence même de la paternité, contraint pour ainsi dire le père à avoir souci de la dignité de son fils.

 

Il nous arrive parfois, en considérant les choses ainsi, de percevoir surtout dans la miséricorde un rapport d'inégalité entre celui qui l'offre et celui qui la reçoit. Et par conséquent, nous sommes prêts à en déduire que la miséricorde offense celui qui en est l'objet, qu'elle offense la dignité de l'homme. La parabole de l'enfant prodigue montre que la réalité est tout autre : la miséricorde se manifeste dans son aspect propre et véritable quand elle revalorise, quand elle promeut, et quand elle tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l'homme.

 

Le Christ souffrant s'adresse d'une manière particulière à l'homme, et pas seulement au croyant. Même l'homme incroyant saura découvrir en lui la solidarité éloquente avec la destinée humaine, comme aussi la plénitude harmonieuse du don désintéressé à la cause de l'homme, à la vérité et à l'amour. Croire dans le Fils crucifié signifie «voir le Père», signifie croire que l'amour est présent dans le monde, et que cet amour est plus puissant que les maux de toutes sortes dans lesquels l'homme, l'humanité et le monde sont plongés. Croire en un tel amour signifie croire dans la miséricorde.

 

La croix est comme un toucher de l'amour éternel sur les blessures les plus douloureuses de l'existence terrestre de l'homme. La dignité de l'homme pourrait-elle être plus respectée et plus grande, puisque l’homme, s'il est objet de la miséricorde, est aussi en même temps en un certain sens celui qui «exerce la miséricorde»?

 

L'Eglise vit d'une vie authentique lorsqu'elle professe et proclame la miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur, et lorsqu'elle conduit les hommes aux sources de la miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice.

 

Dieu qui «est amour» ne peut se révéler autrement que comme miséricorde. Cela correspond non seulement à la vérité la plus profonde de cet amour qu'est Dieu, mais aussi à la vérité intérieure de l'homme et du monde qui est sa patrie temporaire.

 

La miséricorde, en tant que perfection du Dieu infini, est elle-même infinie. Infinie donc, et inépuisable, est la promptitude du Père à accueillir les fils prodigues qui reviennent à sa maison. Infinies sont aussi la promptitude et l'intensité du pardon qui jaillit continuellement de l'admirable valeur du sacrifice du Fils. Aucun péché de l'homme ne peut prévaloir sur cette force ni la limiter. C'est pourquoi l'Eglise annonce la conversion et y appelle. La conversion à Dieu consiste toujours dans la découverte de sa miséricorde, c'est-à-dire de cet amour patient et doux.

 

La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l'amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable, non seulement comme acte intérieur d'un instant, mais aussi comme disposition permanente, comme état d'âme. Il consiste dans la découverte constante et dans la mise en œuvre persévérante de l'amour en tant que force à la fois unifiante et élevante, en dépit de toutes les difficultés psychologiques ou sociales: il s'agit, en effet, d'un amour miséricordieux qui est par essence un amour créateur.

 

La miséricorde authentique est, pour ainsi dire, la source la plus profonde de la justice. Si cette dernière est de soi propre à «arbitrer» entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l'amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons «miséricorde»), est capable de rendre l'homme à lui-même.

 

La miséricorde véritablement chrétienne est également, dans un certain sens, la plus parfaite incarnation de l'«égalité» entre les hommes, et donc aussi l'incarnation la plus parfaite de la justice, en tant que celle-ci, dans son propre domaine, vise au même résultat. L'égalité introduite par la justice se limite cependant au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l'amour et la miséricorde permettent aux hommes de se rencontrer entre eux dans cette valeur qu'est l'homme même, avec la dignité qui lui est propre.

 

Le monde des hommes pourra devenir «toujours plus humain» seulement lorsque nous introduirons, dans tous les rapports réciproques qui modèlent son visage moral, le moment du pardon, si essentiel pour l'Evangile. Le pardon atteste qu'est présent dans le monde l'amour plus fort que le péché.

 

 «Puiser aux sources du Sauveur» ne peut se réaliser que dans l'esprit de pauvreté auquel le Seigneur nous a appelés par sa parole et son exemple: «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» ainsi le peuple tout entier, qui rend témoignage «à toutes les merveilles» de son Seigneur - manifeste encore mieux le Dieu «qui est riche en miséricorde».

 

Jean Paul II, Dieu riche en miséricorde, 30.11.1980.

 

 

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Crier vers le ciel...

6 Avril 2013, 00:57am

Publié par Fr Greg.

 

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« La prière est un cri d'appel à la miséricorde de Dieu face aux multiples formes de mal qui pèsent sur l'humanité. Plus la conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la «miséricorde»; plus, en s'éloignant de Dieu, elle s'éloigne de la miséricorde, plus aussi l'Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la miséricorde «avec de grands cris». Ces «grands cris» doivent caractériser l'Eglise de notre temps. »

JPII, Dives in misericordia.

 

 

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Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse !

5 Avril 2013, 00:54am

Publié par Fr Greg.

 

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Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse !

 

 Et ici j’ajoute alors une remarque supplémentaire : le fait de prendre soin, de garder, demande bonté, demande d’être vécu avec tendresse. Dans les Évangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse !

François, Pape, homélie d'installation.

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Recueillement...

4 Avril 2013, 00:46am

Publié par Fr Greg.

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Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

                                   Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

                                   Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

                                   Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

                                   Pendant que des mortels la multitude vile,

                                   Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci

                                   Va cueillir des remords dans la fête servile,

                                   Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

                                   Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

                                   Sur les balcons du ciel, en robes surannées

                                   Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

                                   Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,

                                   Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

 

                                   Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Charles Baudelaire

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Rien n'est jamais acquis à l'homme

3 Avril 2013, 00:13am

Publié par Fr Greg.

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Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force 
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit 
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix 
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie 
Sa vie est un étrange et douloureux divorce 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes 
Qu'on avait habillés pour un autre destin 
À quoi peut leur servir de se lever matin 
Eux qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains 
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure 
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé 
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer 
Répétant après moi les mots que j'ai tressés 
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard 
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson 
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson 
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson 
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare 
Il n'y a pas d'amour heureux 

 

 

Louis Aragon, La Diane Française.

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Il fait toutes choses nouvelles...

2 Avril 2013, 00:53am

Publié par Fr Greg.

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La résurrection, au-delà de la joie liturgique et du feu pascal, c’est d’abord l’expérience de l’absence. Absence de signes et de traces visibles. Pas de manifestation ! « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » Il n’est pas dans une victoire temporelle ou un ordre naturel idéal ! Il n’est pas dans nos projets liturgique, pas dans un évènement extraordinaire, ou dans notre immanence pieuse : Jésus ressuscité n’est plus de ce monde ! Il n’est plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure ! Il n’est plus localisable dans le monde physique, il échappe au lieu et au temps : parce qu’Il est encore plus présent, il est LA REALITE, Celui qui s’impose à tout ce qui existe et qui en même temps nous échappe.

 

 Jésus ressuscité, est présent d’une manière incroyable : il est partout présent ; La résurrection, c’est quelqu’un, c’est Jésus qui prend possession de tout l’univers ! Jésus ressuscité : c’est Celui qui nous attend, celui qui nous précède ! Et il est ressuscité pour nous, pour tout vivre avec nous, de l’intérieur. Et cela c’est tout de suite! Dans la foi, nous avons un contact immédiat avec lui, sans aucune distance. Et cela d’une manière telle, que sa résurrection, c’est la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : donc LA RESURECTION C’EST LE REEL QUI M’ENTOURE: on ne 'respire' plus que du Jésus !


Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière ; On doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitants du ciel, puisque tout en étant sur la terre -avec tout ce qui fait son poids quotidien- il vient nous prendre et nous épouser dans tout ce que nous sommes.

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats!  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose pas de l'extérieur et la résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous prend, est une victoire cachée.

 

C'est une victoire dont on est témoin en en vivant comme ce qui transfigure nos liens personnels, nos liens fraternels: Jésus est présent à travers chacun de ceux qui me sont donnés; Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors de liens personnels est faux, contraire à ce que nous sommes et à la résurection. 


Si nous sommes encore mort, c'est que nous restons dans notre générosité, dans ce que l'on fait, dans ce qui vient de nous, dans nos méthodes et nos trucs, et que l'on ne s'est pas livré jusqu'au bout à un autre dans un don personnel. La résurection est une nouvelle vie, si tout en nous est pour l'amour d'un autre, pour être accueil et don personnel, pour être livré jusqu'au bout, définitivement.

 

Fr Grégoire.

 

 

 

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La résurrection, c’est quelqu'un !!

1 Avril 2013, 00:11am

Publié par Fr Greg.

 

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La résurrection, c’est la personne de Jésus, dans ce qu’il a de plus personnel, qui vient embraser tout notre univers, chacun de nous. Il vient habiter d'une manière nouvelle toute notre personne, tout ce qui fait nous même; C'est un don caché, que l'on doit comme réapprendre à recevoir tout les jours, comme des enfants. On ne peut donc pas rester comme des spectateurs admiratifs face à un évènement, comme quelque chose d'éxtérieur qui nous échapperaient, mais la réssurection c'est quelqu'un qui vie partout, qui s'impose à nous, qui nous imbibe...  c'est donc un don certain, personnel, encore caché mais plus réel que tout ce qui est visible et  réellement acquis. C'est dans la foi -donc immédiatement- qu'il est présent... mais cela laisse notre sensibilité complétement pauvre, bléssée même: il y a comme un 'retard' dans l'amour... et quant à 'l’usage', 'l'utilité' de ce don: il n'y en a pas: on est face à quelqu'un!  

fr Grégoire.

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Ô bienheureuse faute !

31 Mars 2013, 01:07am

Publié par Fr Greg.

« Ô nécessaire péché d’Adam, que la mort du Christ a détruit,

Ô heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur ! »

Exultet, Vigile Pascale.

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« Ô Felix culpa ! » « Ô Heureuse faute ! » Voilà ce que nous proclamons au monde et à nous-même pendant cette nuit pascale ! Ce qui est au cœur de notre foi –et qui n’est pas sans poser problèmes à nos intelligences cartésiennes et pharisiennes, moralistes et empresser de juger selon des schèmes étriqués et mesquins!!     

 


 La faute d’Adam, ce péché originel dont nous avons tous hérité à travers ses conséquences, voilà qu’elle devient le lieu d’un magnificat, d’une exultation ! Ce qui empoisonne notre vie quotidienne, et dont les conséquences –l’orgueil, la jalousie et nos vanités- ne mourront en quelque sorte qu’après nous, deviennent malgré elles, source de joie ! Cette faute, ce premier refus d’être pauvre face à un don excédant nos capacités et qui apparaissait à notre condition humaine comme quelque chose de négatif –tu ne mangeras pas…-  ce « non originel » a comme permis à Dieu de se donner encore plus à nous. Comment ?
  


Alors que nous étions créés juste face à Dieu, la faute originelle nous a blessée d’une manière telle qu’elle a comme hâté, obligé Dieu de s’abaisser vers nous, et de se donner à nous d’une manière toute nouvelle. En effet, nos pauvretés et nos misères, tout ce qui humainement nous diminue, est devenue l’occasion pour Dieu d’un don nouveau ! Comment ?

 

Dieu nous a donné l’existence, la vie, toutes nos capacités spirituelles, sensibles, cet univers qui est comme notre grand jardin, ce dont nous pouvons user pour nous développer. Ce ‘non’ premier a mutilé, handicapé notre existence, nos capacités. Même notre univers est touché par cette faute et ces conséquences. Et Dieu y a répondu, non pas en nous rétablissant dans cette harmonie première, mais en se donnant lui-même ! Nous avions reçu une existence humaine. L’ayant abimé, nous recevons Dieu lui-même !! Ayant défiguré notre existence créé, nous recevons directement l’Incréé ! Celui qui subsiste se donne à nous dans la plus grande des proximités, en venant –grâce à notre misères- nous épouser, nous communiquer sa propre dignité. La faute d’Adam est devenu comme le lieu, l’occasion du don incroyable de Dieu qui, donc, nous appartient ! Dieu est venu s’unir à nous immédiatement, par là où nous l’avions rejeté !

 

La Croix devient ainsi comme un lieu de joie : Dieu épousant notre misère, nous communique tout ce qu’il est, d’une manière telle que l’homme et Dieu sont UN, sans fusion des natures. Il s’est abaissé jusqu’à se faire notre esclave, notre aliment, pour que nous arrêtions de rechercher notre perfection en dehors de son don, en dehors d’une dépendance dans l’amour ; Il se donne totalement pour que nous arrêtions de nous inquiéter de nous-mêmes, pour que nous arrêtions de nous regarder, de nous comparer, d’écraser les petits et les pauvres par nos qualités ou nos perfections à taille humaine ! Et il est venu jusqu’à épouser notre mort, toutes nos morts et nos échecs, toutes nos fautes, pour leur donner un sens, un poids, une fécondité divine, s’unissant par-là en quelque sorte à tout hommes, au-delà de notre vécu ou de notre conscience !


 

Nos lieux de misères deviennent ainsi comme des lieux qui l’attirent, qui réclament son don ! Il n’y a donc plus de place pour aucun pharisaïsme ! Et nous devons tous crier avec la petite Thérèse que nous arriverons au ciel : ‘les mains vides’ pour tout recevoir de Lui, et que nos perfections ne fassent pas obstacles à son don ! Nous ne pouvons donc plus nous prévaloir « d’avoir la vérité » « de posséder la vraie religion » sinon dans une totale pauvreté ! Qui de nous peut se prévaloir de vivre tous les jours en Fils de Dieu ? En Ressuscité ? Qui a conscience d’avoir tout reçu de Dieu ? D’être héritier de Jésus, de race divine ?

 

L’orgueil absolu qui a été vaincu c’est l’orgueil religieux, celui du fils ainé, du pharisien qui croit qu’il sait, des grands prêtres établis dans leurs fonctions et qui refusent de rester des mendiants, dépositaires d’un mystère qui les dépasse.  

 

La résurrection, cette victoire que Dieu nous acquière, doit nous libérer de ces vraies maladie: la bonne conscience de nous-même, de cette satisfaction de gens bien propre sous tout rapport et qui baignent dans leur suffisance. Ce qui fait dire à St Jean de la Croix que l’obstacle le plus grand à son don, ce sont nos richesses spirituelles ! Même notre amour pour Lui –ou ce que nous croyons être notre amour pour Lui, peut-être un obstacle ! La résurrection est un don qui réclame de chacun, une pauvreté spirituelle radicale ! Qu’est-ce à dire que : ‘Jésus habite tout notre univers et confère à tout ce que l’on vit la dignité même de Dieu’ ?! Je n’en sais rien ! Cela nous échappe tous, puisqu’aucun avons une parfaite compréhension de Dieu !

 

La résurrection, c’est Jésus qui vient nous mettre relatif à lui, et qui vient nous dire que rien, absolument Rien dans notre vie n’est un obstacle à son don, sinon lorsque l’on croit que l’on sait ! «vous dites ‘nous voyons’, alors votre péché demeure… » Jean 9, 41.

 

 

Fr Grégoire.

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Ou est la vraie misère..?

30 Mars 2013, 01:56am

Publié par Fr Greg.

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« Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

 

 

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"Si l'on désire un amour qui protège contre les blessures, il faut aimer autre chose que Dieu..."

29 Mars 2013, 03:14am

Publié par Fr Greg.

 

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« Peut-il y avoir des remèdes humains pour ceux qui sont malades du feu divin ? Qui sait jusqu’où va la profondeur de cette blessure ? »

Thérèse d’Avila.

 

Aucune vie intense n’est exempte d’épreuves. Aucun cœur aimant n’échappe à la brisure. Plus haut vole le désir, plus il est menacé. Et toute âme noble se voit en ce monde meurtrie et injuriée.

Qu’elle apparaisse sous forme de déchirure d’amour, de beauté ou de douleur, la blessure a pour sens d’ouvrir l’homme à l’inconnu, voire à l’illimité. Et d’abord elle rappelle que toute grande rencontre laisse une trace ineffaçable et que la grâce d’être touché au cœur désigne, élit même l’être véritablement humain.

Jacqueline Kelen – Divine blessure

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le trésor le plus précieux de l'amour...

28 Mars 2013, 02:49am

Publié par Fr Greg.

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"On peut donner bien des choses à ceux que l'on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.
Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque.

Il m'était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais, tu me manquais encore.
Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis, l'air s'y engouffre, le glacé, le brûlant et toutes sortes de clartés.
Tu étais celle-là, tu l'es encore aujourd'hui, celle par qui le manque, la faille, la déchirure entrent en moi pour ma plus grande joie.

C'est le trésor que tu me laisses : manque, faille, déchirure, joie.

Un tel trésor est inépuisable."

Christian Bobin. la plus que vive.

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La miséricorde...?

27 Mars 2013, 02:36am

Publié par Fr Greg.

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La miséricorde? Il ne s’agit pas d’une simple pitié ou même d’une souffrance ressentie à la rencontre d’un homme malheureux. La miséricorde, c’est la prise de la misère de l’autre dans son cœur, c’est la misère de l’autre qui se loge en nous, qui devient nôtre, d’abord comme une brûlure profonde, mais tout de suite comme une exigence d’action. Le miséricordieux n’entasse pas en lui les misères qu’il rencontre, par une variété de «masochisme ». Non. La misère de l’autre le brûle, mais pour le mouvoir.


La misère de l’autre. Il s’agit de l’afflige par toute misère. Celui qui a faim, celui qui n’est pas vêtu, celui qui n’est pas logé, celui qui est infirme, celui qui est malade, celui qui est chômeur. Le pauvre d’esprit, le mal doué, l’irrésolu. L’ignorant. Le méprisé, le délaissé, le trahi. Celui qui est sans amis, sans au moins un ami. Le clochard, l’ivrogne. Le désespéré. Mais aussi bien, le riche égoïste, le savant si spécialisé qu’il oublie l’essentiel, le vaniteux plein de soi, l’orgueilleux qui cherche la gloire, le dominateur qui opprime.


Chaque homme, par quelque point, est un miséreux. Et c’est pour cela qu’il faut tous les loger dans son cœur, dilater toujours plus son cœur et par là ressembler chaque jour plus au Christ qui logea dans son cœur toutes les misères de tous les hommes. La miséricorde devient ainsi l’une des formes suprêmes de l’épanouissement. L’homme broyé par la misère des autres, et progressivement de tous les autres, est un homme qui élargit toujours plus sa puissance d’aimer.

 

La prière du miséricordieux est immense comme l’immensité de la misère. Et déjà, par la prière, l’homme brûlé par la misère de l’autre, des autres, est en mouvement dans la lutte contre les misères. Cependant, pour la plupart des hommes, la justification par la prière ne suffirait pas. Elle serait une tricherie pour ne pas s’engager, ne pas agir. Nous ne pouvons rien ajouter à Dieu. Dieu se suffit et sa miséricorde est de nous avoir appelés à être, à être à son image, dotés d’intelligence et de liberté. La miséricorde de Dieu nous a donné le monde. La miséricorde de Dieu nous a envoyé le Verbe, Fils unique, Homme-Dieu, pour nous sauver. La miséricorde de Dieu nous a, dans le Christ, glorifiés et rendus capables d’aimer jusqu’au don complet de nous-mêmes.

Louis-Joseph Lebret, L’évangile de la miséricorde, Collectif Cerf 1965 p.165-166.

 

 

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la personne de Jésus: joie des pauvres et des simples !

26 Mars 2013, 01:01am

Publié par Fr Greg.

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Foule, fête, louange, bénédiction, paix : c’est un climat de joie que l’on respire. Jésus a réveillé dans le cœur tant d’espérances surtout chez les gens humbles, simples, pauvres, oubliés, ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde. Lui a su comprendre les misères humaines, il a montré le visage de miséricorde de Dieu, il s’est baissé pour guérir le corps et l’âme. Ça, c’est Jésus. Ça, c’est son cœur qui nous regarde tous, qui regarde nos maladies, nos péchés. L’amour de Jésus est grand. Et ainsi il entre dans Jérusalem avec cet amour, et nous regarde tous. C’est une belle scène : pleine de lumière – la lumière de l’amour de Jésus, celui de son cœur –, de joie, de fête.

Au commencement de la Messe nous l’avons répété nous aussi. Nous avons agité nos palmes, nos rameaux d’olivier. Nous aussi nous avons accueilli Jésus ; nous aussi nous avons exprimé notre joie de l’accompagner, de le savoir proche, présent en nous et au milieu de nous, comme un ami, comme un frère, aussi comme un roi, c’est-à-dire comme un phare lumineux de notre vie. Jésus est Dieu, mais il s’est abaissé pour marcher avec nous. Il est notre ami, notre frère. En cela il illumine notre marche. Et ainsi nous l’avons accueilli aujourd’hui. Et c’est la première parole que je voudrais vous dire : joie ! Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ; elle naît du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles, même quand le chemin de la vie se heurte à des problèmes et à des obstacles qui semblent insurmontables, et il y en a tant ! Et à moment-là vient l’ennemi, vient le diable, si souvent déguisé en ange, et insidieusement nous dit sa parole. Ne l’écoutez pas ! Suivons Jésus ! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que lui nous accompagne et nous met sur ses épaules : ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Et s’il vous plaît ! ne vous laissez pas voler l’espérance ! Ne vous laissez pas voler l’espérance ! Celle que Jésus nous donne.

2. Deuxième parole. Pourquoi Jésus entre-t-il à Jérusalem, ou peut-être mieux : comment Jésus entre-t-il à Jérusalem ? La foule l’acclame comme Roi. Et lui ne s’oppose pas, il ne la fait pas taire (cf. Lc 19, 39-40). Mais quel type de Roi est Jésus ? Regardons-le : il monte un petit âne, il n’a pas une cour qui le suit, il n’est pas entouré d’une armée symbole de force. Ceux qui l’accompagnent ce sont des gens humbles, simples, qui ont la capacité de voir en Jésus quelque chose de plus ; qui ont le sens de la foi, qui dit : C’est le Sauveur. Jésus n’entre pas dans la Ville sainte pour recevoir les honneurs réservés aux rois terrestres, à qui a le pouvoir, à qui domine ; il entre pour être flagellé, insulté et outragé, comme l’annonce Isaïe dans la première Lecture (cf. Is 50, 6) ; il entre pour recevoir une couronne d’épines, un bâton, un manteau de pourpre, sa royauté sera objet de dérision ; il entre pour monter au Calvaire chargé d’un bois. Et alors voici la deuxième parole :Croix. Jésus entre à Jérusalem pour mourir sur la Croix. Et c’est justement ici que resplendit son être de Roi selon Dieu : son trône royal est le bois de la Croix ! Je pense à ce que Benoît XVI disait aux Cardinaux : vous êtes des princes, mais d’un Roi crucifié. Le bois de la croix est le trône de Jésus. Jésus prend sur lui… Pourquoi la Croix. Parce Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave, il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. Regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible, soif d’argent, que personne ne peut emporter avec soi, on doit le laisser. Ma grand-mère nous disait à nous enfants : le linceul n’a pas de poches. Amour de l’argent, pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi – chacun de nous le sait et le reconnaît – nos péchés personnels : les manques d’amour et de respect envers Dieu, envers le prochain et envers la création tout entière. Et sur la croix Jésus sent tout le poids du mal et avec la force de l’amour de Dieu  le vainc, le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la Croix. La croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort !

3. Aujourd’hui sur cette place il y a beaucoup de jeunes : depuis 28 ans le Dimanche des Rameaux est la Journée de la Jeunesse ! Voici la troisième parole :jeunes ! Chers jeunes, je vous ai vus dans la procession, quand vous entriez ; je vous imagine à faire la fête autour de Jésus, agitant les rameaux d’olivier ; je vous imagine alors que vous criez son nom et exprimez votre joie d’être avec lui ! Vous avez une part importante dans la fête de la foi ! Vous nous portez la joie de la foi et vous nous dites que nous devons vivre la foi avec un cœur jeune, toujours : un cœur jeune, même à soixante-dix ou quatre-vingts ans ! Cœur jeune ! Avec le Christ, le cœur ne vieillit jamais ! Pourtant nous le savons tous et vous le savez bien que le Roi que nous suivons et qui nous accompagne est très spécial : c’est un Roi qui aime jusqu’à la croix et qui nous enseigne à servir, à aimer. Et vous n’avez pas honte de sa Croix ! Au contraire, vous l’embrassez, parce que vous avez compris que c’est dans le don de soi, dans le don de soi, dans le fait de sortir de soi-même, que se trouve la véritable joie et que par l’amour de Dieu, le Christ, Lui a vaincu le mal ! Vous portez la Croix pèlerine à travers tous les continents, par les routes du monde ! Vous la portez en répondant à l’invitation de Jésus « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19), qui est le thème de la Journée de la Jeunesse de cette année. Vous la portez pour dire à tous que sur la croix Jésus a abattu le mur de l’inimitié, qui sépare les hommes et les peuples, et qu’il a apporté la réconciliation et la paix. Chers amis, moi aussi je me mets en route avec vous, dès aujourd’hui, sur les traces du bienheureux Jean-Paul II et de Benoît XVI. Désormais nous sommes proches de la prochaine étape de ce grand pèlerinage de la Croix. Je regarde avec joie vers juillet prochain, à Rio de Janeiro ! Je vous donne rendez-vous dans cette grande ville du Brésil ! Préparez-vous bien, surtout spirituellement dans vos communautés, pour que cette Rencontre soit un signe de foi pour le monde entier. Les jeunes doivent dire au monde : il est bon de suivre Jésus ; il est bon d’aller avec Jésus ; le message de Jésus est bon ; il est bon de sortir de soi-même, vers les périphéries du monde et de l’existence pour apporter Jésus. Trois paroles : joie, croix, jeunes.

Demandons l’intercession de la Vierge Marie. Elle nous enseigne la joie de la rencontre avec le Christ, l’amour avec lequel nous devons le regarder sous la croix, l’enthousiasme du cœur jeune avec lequel nous devons le suivre en cette Semaine sainte et dans toute notre vie. Ainsi soit-il.

 

François, PP

© Libreria editrice vaticana

 

 

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Ce qu'il y a de terrible dans chaque vie...

25 Mars 2013, 02:14am

Publié par Fr Greg.

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Il y a quelque chose de terrible dans chaque vie. Il y a dans le fond de chaque vie, une chose lourde, dure et âpre. Il faut lui faire place comme au reste. La grâce se paie toujours au prix fort. Une joie infinie ne va pas sans un courage également infini. Encore faut-il consentir ce courage et surtout cette joie. Vivre. S’accommoder de ses contradictions, ne rien gaspiller de ses forces réduire ce qui ne peut l’être, avancer dans la déchirure, avec la déchirure, par la déchirure, et traiter avec l’amour sans intermédiaire. Avec le temps, bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables en disant: c’est comme ça, il y a des choses impossibles, il vaut mieux ne pas en parler, ne même plus y penser puisque c’est comme ça , impossible. Et ils commencent par se tuer eux-mêmes, par étrangler toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi soi. Il n’y a qu’ à voir le peu de liberté que chacun s’accorde, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, cet empêchement de vivre et d’aimer. Je craindrais que tu ne bascules de ce côté. Et moi de même d'ailleurs. Quels mots donc que ceux de confiance, de liberté, j’y accolerai encore espérance (qui n’a rien voir avec l’optimisme), et commencements… Personne ne pourra jamais suffire ce besoin d’amour en moi. Personne ne pourra combler l’abîme qui me tient de cœur…. A voir... car je veux simplement ce que toutes les femmes veulent depuis le premier jour du monde : vouloir la liberté et l’amour, vouloir l’amour ouvert dans la liberté, la liberté exercée dans l’amour.

 

Christian Bobin. La plus que vive.

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L’amour est violent...

24 Mars 2013, 01:50am

Publié par Fr Greg.

 

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« Nous ne pouvons aimer personne sans vouloir automatiquement le prendre dans notre cœur, alors que l’être est de donner du cœur à ceux que l’on aime sans les ramener jamais à soi, et comment donner du cœur pendant l’éternité? » (Antonin Artaud)

La réponse, nous la connaissons tous, mais nous n’avons pas forcément envie de l’appliquer, c’est bien de maintenir tout le temps de sa vie l’inquiétude de cette question, et demeurer l’intérieur de cette question finalement riante et dansante, pleine d’élan, d’inconnu, de création et d’invention, au lieu de la considérer immédiatement sous un jour pessimiste et condamnée…

                                               

 

Christian Bobin. La plus que vive.

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L'homme-joie...

23 Mars 2013, 02:29am

Publié par Fr Greg.

 

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L'homme-joie est au bord d'être perdu, au bord d'être trouvé... C'est un titre de noble, une figure archétypale de l'homme à venir qui n'existe, en chacun de nous, que par intervalles. La joie dont je parle ici ressemble au sautillement, bref, suspendu, d'une enfant dans des flaques d'eau. Passagère, elle nous traverse le coeur par intermittence. Pourtant, étrangement, elle est plus nous que toute autre chose. L'enfant qui sautille convertit la petite malédiction de la pluie en jubilation, en jeu. Cette joie transforme toute malédiction en gaieté. C'est quelque chose vers lequel nous pouvons tendre, un soleil à venir. Il n'y a pas de règles, pas de recettes. La vie dispose de nous. C'est elle qui fait le travail. Pas nous. Quand cet état d'émerveillement et d'acquiescement à la vie, cette capacité à jouer avec elle, nous tombe dessus, on le sait. La spiritualité est du vif-argent, une floraison étonnante. Elle a de l'insolence, du charme, est toujours imprévue, ne se possède pas. Elle est un printemps hors saison qui pousse dans nos cœurs et qui ne dure qu'un temps. (...)

L'enfer sur terre est monotone et normé, un endroit assez conventionnel. Le paradis est tout sauf convenu. Tout y est sans arrêt nouveau ; d'une nouveauté de fleur de cerisier non commerciale. Chaque instant y est vécu comme étant le dernier.

La vie est un trésor que nous gâchons. Si on regarde ce qui est autour de nous, de plus fragile, de plus banal, nous pouvons y voir quelque chose d'illuminant. Les mères le savent bien. Quand l'une d'entre elles se penche sur le berceau de son tout-petit en train de dormir, elle est une géante qui veille sur la course des étoiles. Ces choses-là, qui ne sont petites qu'en apparence, sont le meilleur de l'existence.

 (...) Le bonheur n'est pas le contraire du malheur. Une vieille gitane a dit un jour que la vie la plus riche est celle où on a beaucoup souffert. Si on entend précisément cette phrase, il n'y a rien de doloriste. C'est juste que la vie qui s'est affrontée le plus à la vie est sans aucun doute la plus heureuse. L'image physique du bonheur serait d'imaginer un rosier injurié par la grêle. Il est dans le réel brut et pur.”

 Christian Bobin. L'homme -Joie

 

 

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Christianisme clérical, formaliste, éteint et durci…

22 Mars 2013, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 

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« Oui, disent-ils, il n’est que trop vrai. A le prendre dans son ensemble, notre christianisme est affadi. Malgré tant de beaux efforts pour lui rendre vie et fraîcheur, il est énervé, habitué, sclérosé. Il tombe dans le formalisme et dans la routine. Tel que nous le pratiquons, tel que d’abord nous le pensons, c’est une religion faible, inefficace ; religion de cérémonies et de dévotions, d’ornement et de consolation vulgaire, sans sérieux profond, sans prise réelle sur l’activité humaine, parfois même sans sincérité. Religion hors de la vie, ou qui nous met nous-mêmes hors de la vie. Voilà donc ce qu’est devenu entre nos mains l’Évangile, ce qu’est devenue cette immense espérance qui s’était levée sur le monde ! Y peut-on reconnaître le souffle de cet Esprit qui devait recréer toutes choses et renouveler la face de la terre ? (…) Et que dire de cette alternance, voire de ce mélange de politique et de “dévotion”, où la religion a peine à se trouver une place ? Le mal est aussi grave, quoique d’une autre nature, chez les plus “pratiquants” que chez les mondains. Les plus vertueux eux-mêmes n’en sont pas toujours les moins atteints. L’impatience à toute critique, l’impuissance à toute réforme, la peur de l’intelligence, n’en sont-ils pas des signes manifestes ? Christianisme clérical, christianisme formaliste, christianisme éteint et durci… Le courant de la Vie, qui jamais ne s’interrompt, semble l’avoir depuis quelque temps déposé sur la rive… »

 

(…) Il n’a pas été promis aux chrétiens qu’ils seraient toujours le plus grand nombre. (Il leur a plutôt été annoncé le contraire). Ni qu’ils paraîtraient toujours les plus forts et que les hommes ne seraient jamais conquis par un autre idéal que le leur. Mais en tout cas, le christianisme n’aura jamais d’efficacité réelle, il n’aura jamais d’existence réelle et ne fera jamais lui-même de conquêtes réelles que par la force de son esprit à lui, par la force de la charité.

 

Henri de LubacLe drame de l’humanisme athée, p. 129

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J'aimais Dieu parce que je t'aimais

21 Mars 2013, 02:12am

Publié par Fr Greg.

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"..à certains instants j'ai eu le sentiment très net d'une densité plus forte, d'une lumière plus vive. Tout se passait comme si venait de se joindre à nous un troisième interlocuteur qui parlait par nos bouches et donnait à l'entretien plus de poids et de clarté. Et cet inconnu bienfaisant n'était que le reflet, le modeste interprète d'un autre invisible et lointain. Je crois que le sentiment de cette soudaine proximité du plus lointain, du plus différent, du plus autre est la racine même de ce qu'on appelle l'expérience religieuse. Elle se suffit à elle-même et, à vouloir la définir, l'enserrer dans des concepts, on risque de la détruire. Pour moi, expérience de de l'amour et expérience de la foi n'en font qu'une. Loin de se faire du tort, elles se renforcent l'une l'autre, conscientes de procéder d'une même intuition: celle de l'absolu se faisant proche.

 

Dès les premiers jours, nous avons senti que nous engagions, au -delà de nous-mêmes, un pouvoir qui nous dépassait et en même temps nous habitait. Ce compagnon extrêmement présent et discret, nous ne le nommions guère. Les mots ne lui convenaient pas. Il s'évadait de leur cage. Des anges gardiens de nos enfances il avait la fidélité et la modestie.

Il n'avait rien à voir avec le despote couronné, barbu et trônant sur les nuages d'une certaine imagerie. Ce dont nous étions sûr, c'est qu'il se réjouissait de notre alliance, que tout ce qui la consolidait lui plaisait, que tout ce qui la blessait lui peinait. Il se retrouvait en elle et nous la retrouvions en lui...

(...) Est-ce toi en Dieu ou dieu en toi? Je ne t'aimais pas en Dieu, je n'aimais pas Dieu en toi. J'aimais Dieu parce que je t'aimais...

Jacques de Bourbon Busset, Lettre à Laurence.

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