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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Mommy... Géant !

14 Novembre 2014, 08:13am

Publié par Fr Greg.

Mommy... Géant !

 

 

Humain, boulversant, percutant, simple, plein de fragililités, de violences, au delà des schèmes, moderne, profond... L'âme humaine à vif! bref, Magnifique !!! Chef-d'oeuvre!

fr G.

 

Devenue veuve, Diane obtient la garde de Steve, son fils, un adolescent hyperactif et violent. Au centre où il séjourne, on la prévient : les retrouvailles risquent d'être mouvementées. On ne gère pas facilement des personnes pyschologiquement instables. Diane, femme forte, indépendante et exubérante, veut faire mentir les médecins de l'hopital. Elle est la mère de Steve, qui est sa chair et son sang. Elle y arrivera coûte que coûte. Contre toutes attentes, elle parvient à apprivoiser cet enfant imprévisible. Elle peut compter sur l'aide inattendue d'une voisine, Kyla. Ensemble, ils trouvent un certain équilibre. Un équilibre très fragile ...

 

Les Français de France, comme on dit au Canada, ne connaissent pas le joual, un argot québécois particulièrement fleuri. Une chance pour eux : sa découverte fait aimer encore plus le nouveau film de Xavier Dolan. Ce dialecte, dont on comprend un mot sur deux (il y a des sous-titres), mais dont on capte toute la crudité, fuse en tirades incendiaires, inventives, souvent hilarantes. Il est aussi raccord avec le voltage anormalement élevé des situations. Quelque chose doit craquer, exploser. La beauté un peu désespérée du film tient, entre autres, aux efforts du trio principal pour retarder au maximum cette déflagration fatale.

Il y a la mère, la « mommy », encore jeune pour être veuve, isolée, en pleine dégringolade sociale : on lui retire ses maigres piges à la rubrique courrier du coeur d'un magazine. Il y a le fils, Steve, 15 ans, déscolarisé, diagnostiqué hyperactif, tendance « opposant-provocant » : ce blondinet exubérant, autodestructeur, met tous ceux qui le côtoient en déséquilibre, sinon en danger. Et il y a leur nouvelle voisine d'en face, d'un milieu plus favorisé, mais avec nettement moins de peps : prof en congé sabbatique, elle a perdu ses mots et toute joie de vivre, malgré (ou à cause de ?) sa petite famille.

 

Avec Mommy, Xavier Dolan, 25 ans et déjà cinq films, franchit un cap, passe plusieurs vitesses à la fois. Il s'envole. Il n'a même plus besoin d'un sujet choc (le changement de sexe de Melvil Poupaud dans Laurence Anyways) ni d'emprunter au cinéma de genre (le thriller hitchcockien dans Tom à la ferme). Pour maintenir la tension pendant plus de deux heures, il lui suffit, cette fois, de faire exister intensément ses trois cabossés magnifiques et d'orchestrer une savante alternance d'accélérations et d'accalmies.

La légère touche de science-fiction qui ouvre le film n'est pas déterminante : quelques lignes font état d'une loi qui, dans un futur proche, autoriserait, au Canada, un parent en détresse à abandonner son enfant à l'hôpital public. Xavier Dolan aurait pu facilement s'en dispenser : les liens à la fois précaires et dévorants qu'il met en scène dépassent très vite la vraisemblance. L'émotion s'installe massivement dans le premier tiers du film, sur un air de Céline Dion, chanté et dansé par le trio dans une cuisine miteuse. Et elle ne retombe plus. Un exploit après lequel courent, en vain, nombre de cinéastes plus expérimentés.

La prouesse passe, évidemment, par ces actrices époustouflantes que sont Anne Dorval et Suzanne Clément (lire ci-contre). L'une et l'autre font irrésistiblement penser à Gena Rowlands chez John Cassavetes, sans que la comparaison leur fasse d'ombre. La mère, lasse, énervée, volontiers vulgaire, a quelque chose de Gloria, elle aussi flanquée d'un môme encombrant. La voisine à l'élocution bloquée rappelle une certaine « femme sous influence », héroïne dont l'émotivité extrême altérait l'expression. Et, face à elles, le jeune Antoine-Olivier Pilon incarne, avec une fougue à tout casser, une figure nouvelle dans l'univers du cinéaste : un adolescent strictement hétérosexuel, tour à tour taurillon agressif et agneau apeuré.

A ces héros boiteux, comme à cette banlieue prolétaire de Montréal, Xavier Dolan donne un style rutilant. C'est le paradoxe d'un auteur-réalisateur nourri depuis l'enfance de cinéma hollywoodien (il ne jure que par Titanic), mais resté, pour l'instant, dans son jus québécois et dans l'économie de l'art et essai. Mommy est donc merveilleusement hybride : mi-naturaliste mi-« bigger than life » (plus grand que la vie), tour à tour terre à terre et parcouru de somptueuses envolées lyriques ou oniriques. Mais aussi d'espiègles coups de théâtre formels : les dimensions de l'écran changent subitement, et avec elles l'horizon des personnages.

L'irruption des chansons est encore plus décisive que dans les films précédents. Elles sont le seul héritage du père, disparu quelques années plus tôt — il a laissé une simple compilation sur CD. Elles peuvent devenir le moteur d'une scène et de l'action. Exacerber les rapports de force qui sont le grand sujet du cinéaste. Ou bien les suspendre, le temps d'une parenthèse, d'un abandon voluptueux, d'une ivresse partagée. Là est sans doute la veine la plus bouleversante de Mommy : autour d'un buffet salami-mousseux, « c'est Versailles » à la portée des derniers de la classe, et une virée en voiture peut tourner à l'instant magique. Ou comment trois êtres fragiles, mal barrés et le sachant, s'inventent ensemble un répit. — Louis Guichard www.telerama.fr

 

 

Mommy... Géant !

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Les femmes ou le rire de Dieu...

13 Novembre 2014, 08:15am

Publié par Fr Greg.

Les femmes ou le rire de Dieu...

 

La différence entre les hommes et les femmes n’est pas une affaire des sexes mais des places. L’homme est celui qui se tient à sa place d’homme, qui s’y tient avec lourdeur, avec sérieux, bien au chaud dans sa peur. La femme c’est celle qui ne tient dans aucune place, pas même la sienne, toujours disparue dans l’amour qu’elle appelle, qu’elle appelle, qu’elle appelle.

 

Cette différence serait désespérante si elle ne pouvait être franchie à tout instant. L’homme qui ne sait des femmes que la crainte qu’elles lui inspirent et qui donc n’en sait  rien, l’homme a cependant un début de lumière, un fragment de ce qu’est Dieu, dans sa mélancolie du rire des femmes, dans sa nostalgie invincible d’un visage éclairé d’insouciance. Il est toujours possible pour un homme de rejoindre le camp des femmes, le rire de Dieu. Il suffit d’un mouvement,   un seul mouvement pareil à ceux qu’en ont les enfants quand ils se jettent en avant de toutes leurs forces, sans crainte de tomber ou mourir, oubliant le poids du monde. Un homme qui ainsi sort de lui-même, de sa peur, négligeant cette pesanteur du sérieux qui est pesanteur du passé, un tel homme devient comme celui qui ne tient plus en place, qui ne croit plus aux fatalités dictées par le sexe, aux hiérarchies imposées par la loi ou la coutume : un enfant ou un saint, dans la proximité  riante de Dieu- et des femmes. Et  sur ce point  l’Eglise de Rome se sépare de toutes les autres : nul plus que le Christ n’a tourné son visage vers les femmes, comme on tourne ses regards vers un feuillage, comme on se penche sur une eau de rivière pour y puiser force et goût de poursuivre le chemin.

 

Les femmes sont dans la Bible presque aussi nombreuses que les oiseaux. Elles sont là au début et elles sont là à la fin. Elles mettent le Dieu au jour, elles le regardent grandir, jouer et mourir, puis elles le ressuscitent avec les gestes simples de l’amour fou, les mêmes gestes depuis le début du monde, dans les cavernes de la préhistoire comme dans les chambres surchauffées des maternités.

 

                        Christian Bobin  « Le Très-Bas »

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Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense avoir tout lu de l'autre et s'éloigne

12 Novembre 2014, 08:10am

Publié par Fr Greg.

Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense avoir tout lu de l'autre et s'éloigne

 

Aimer quelqu'un c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le cœur de l'autre, et en le lisant le délivrer. C'est déplier son cœur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui- même un livre écrit dans une langue étrangère. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade et, quand je regarde un visage, j'essaie de tout lire, même les notes en bas de la page. Je pénètre dans les visages, comme on s'enfonce dans un brouillard, jusqu'à ce que le paysage s'éclaire dans ces moindres détails. Nos propres actes nous restent indéchiffrables. C'est peut-être pourquoi les enfants aiment tant qu'on leur raconte sans fin tel épisode de leur enfance. Lire ainsi l'autre c'est favoriser sa respiration, c'est à dire le faire exister.

 

Peut-être que les fous sont des gens que personne n'a jamais lus, rendus furieux de contenir des phrases qu'aucun regard n'a jamais parcourues. Ils ont comme des livres fermés. Un mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu'il sache s'exprimer. Il suffit d'avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d'homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs: il dévore le visage de l'autre. On lit en quelqu'un comme dans un livre, et ce livre nous éclaire d'être lu et vient nous éclairer en retour, comme ce que fait pour un lecteur une très belle page d'un livre rare (...)

 

Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense avoir tout lu de l'autre et s'éloigne, d'autant qu'en lisant on écrit, mais d'une manière très mystérieuse, et que le cœur de l'autre est un livre qui s'écrit au fur et à mesure et dont les phrases peuvent s'enrichir avec le temps. Le cœur n'est achevé et fait que quand il est fracturé par la mort.

Jusqu'au dernier moment le contenu du livre peut-être changé. On n'a pas la pleine lecture de ce qu'on lit tant que l'autre est vivant. Dieu seul serait le lecteur parfait, celui qui donne à cette lecture tout son sens. Mais la plupart du temps, la lecture de l'autre reste très superficielle et on ne se parle pas vraiment.

Peut-être que chacun de nous est comme une maison avec beaucoup de fenêtres. On peut appeler de l'extérieur et une fenêtre ou deux vont s'éclairer mais pas toutes. Et parfois, exceptionnellement, on va frapper partout et ça va s'éclairer partout, mais ça c'est extrêmement rare. Quand la vérité éclaire partout, c'est l'amour.

 

                Christian Bobin « La lumière du monde »

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L'espérance...

11 Novembre 2014, 08:03am

Publié par Fr Greg.

L'espérance...

  Ce qui nous incite à chercher c'est l'espérance et elle est inépuisable même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. (...)

L'espérance, dans l'âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L'âme a, autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l'âme c'est la beauté, l'amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l'âme c'est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L'enfant en bas âge prend l'air, la parole,  le  pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts contre sa bouche et il engloutit l'air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l'âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

On peut reconnaître quelqu'un à la nature des mots qu'il mange. J'ai toujours vu les gens des milieux culturels, à quelques exceptions bienheureuses près, comme des personnes qui ne se nourrissaient plus que de noms propres, quand ces noms avaient atteint une certaine maturité de gloire. La culture et l'intelligence sont de deux ordres différents. On peut avoir l'une et être dépourvu de l'autre. On peut être cultivé et d'une bêtise épouvantable. L'intelligence cela vient de l'âme et c'est donné à tout le monde par le seul fait de naître, même si tout le monde n'en use pas, n'ose pas user de sa capacité personnelle à la solitude, de l'intensité de la solitude de son âme propre. L'intelligence ce n'est rien d'autre : une manière personnelle de se tenir devant soi et devant le monde, une manière propre à la personne de se laisser altérer par ce qui vient et de chercher son bien à elle, rien qu'à elle, dans ce qui la traverse et parfois la tue. Lire par exemple c'est une des manifestations les plus simples de l'intelligence, cela n'a rien à voir, absolument rien à voir avec la culture. Lire c'est faire l'épreuve de soi dans la parole d'un autre, faire venir de l'encre par voie de sang jusqu'au fond de l'âme et que cette âme soit imprégnée, manger ce qu'on lit, le transformer en soi et se transformer en lui. Toute lecture qui ne bouleverse pas la vie n'est rien, n'a pas eu lieu, n'est même pas du temps perdu, est moins que rien. Toute vie qui n'est pas bouleversée par la vie et qui ne va pas, seule, sans le réconfort d'aucune leçon, trouver son bien dans ce bouleversement, est morte. Ce qui est le bien d'une personne  c'est à la personne seule d'en décider, en ne s'appuyant que sur la lumière suffisante de sa propre solitude, au plus loin des convenances de pensée ou de morale.

L'intelligence cela ne s'apprend pas -cela s'exerce. La culture, oui, cela s'apprend- ça sort peu à peu de l'entassement des longues études, ça s'ajoute à soi-même avec le temps et c'est aux mains de quelques-uns. Si on ne vit plus que dans la culture on devient très vite analphabète : il y a un temps où, dans les milieux culturels, les oeuvres  ne sont plus méditées, aimées, mangées, un temps où on ne mange plus que les noms d'auteurs, leur nom seul, pour s'en glorifier ou pour le salir. La culture quand elle est à ce point privée d'intelligence est une maladie de l'accumulation, une chose inconsommable que l'on ne sait plus consommer.

 

    Christian Bobin, L'Epuisement.

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Naissance de l'amour...

10 Novembre 2014, 08:06am

Publié par Fr Greg.

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"Qu'est-ce qui fait que l'on s'éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s'être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d'autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs... Parfois nous croisons quelqu'un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d'essentiel ensemble. Mais il suffit d'un rien pour que ces choses là ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté."

 

Les Déferlantes - Claudie Gallay

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La confiance...

9 Novembre 2014, 09:45am

Publié par Fr Greg.

La confiance...

 

"La confiance est la matière première de celui qui regarde, c'est en elle que grandit la lumière. La confiance est la capacité enfantine d'aller vers ce que l'on ne connait pas, comme si on le reconnaissait. Tu viens d'apparaitre devant moi et je sais qu'aucun mal ne peut me venir de toi, puisque je t'aime et c'est comme si je t'aimais depuis toujours.

 

La confiance est cette racine minuscule par laquelle le vivant entre en résonnance avec toute la vie, avec les autres hommes, les autres femmes, comme avec l'air qui baigne la terre ou le silence qui creuse un ciel. 

 

Sans confiance, plus de lien et plus de jour, sans elle, rien !"

Christian Bobin.

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La grande élégance. Une main de fer

8 Novembre 2014, 08:56am

Publié par Fr Greg.

La grande élégance. Une main de fer

J’étais dans cette librairie comme un vagabond tâtant les livres aux pommiers des rayonnages. Ma main s’est saisie de La Mort de Virgile d’Hermann Broch. Il y a plus de trente ans, un ami me l’avait montré. Il y a trente ans, je n’existais pas, j’étais trop jeune. Avec cet ami, on causait comme on cause quand on est jeune : architectes des nuages, on change les nuits en jours et les pensées en fièvres. On ne sait pas encore que Dieu écoute à la porte du cœur, qu’il n’est rien qu’un silence – mais quel silence ! Aujourd’hui non plus je n’existe pas, mais d’une manière plus légère, plus heureuse. Je n’avais pas lu ce livre. Son titre s’était égaré dans le labyrinthe ensoleillé de nos conversations errantes. Trente ans après, il me revenait dans un monde encore plus dévasté, où l’argent est plus précieux que les nuages, et l’écrasement du silence la seule règle. On dit que si un cambrioleur doit mettre plus de cinq minutes pour forcer votre porte, il renonce et s’en va. En moins d’une minute, j’ai été dévalisé par les phrases lues. Je ne sais pas raconter les livres. Je m’ennuie moi-même quand je le fais. Je peux juste vous dire qu’il s’agit du dernier jour sur terre du poète Virgile qui se demande s’il ne s’est pas trompé sur tout, si sa chère poésie n’était pas qu’un scintillement du néant à la surface des jours terribles. Les livres sont les dernières églises ouvertes jour et nuit. Un soleil sort sous la pioche des questions des poètes. Pas une réponse – les réponses tuent Dieu et les âmes. Non : un soleil. J’entendais s’élever du papier une passion de Bach, les valeurs océanes du songe et de l’amour. Une paix me venait, cette paix qui est notre seul bien sur terre. Le poète agonisant au long de ses phrases retenait à mains nues le toit du monde de s’effondrer sur nous. Dieu sans forces est invincible. Quand un sage japonais sent sa mort venir, il écrit un poème – une manière de saisir la vie dans une main de papier pour l’offrir à ceux qui restent. Écrire un poème, c’est la grande élégance, comme allumer une bougie dans la pièce d’où l’on s’apprête à sortir. J’ai emporté le livre. Il était épais. Il me faudrait plusieurs vies pour le lire. Il faut toute une vie pour que notre oreille prenne une forme parfaite, toute une vie pour que l’escargot de cire et d’os accueille au plus intime de sa spirale la santé éclatante d’une parole qui change tout. Un vrai poème ne s’épuise pas. Il apporte avec lui la fin de toute fatigue. En ouvrant les volets ce matin, avant même de surprendre la rivière du tremble et ses tourbillons de lumière, je vois quelques feuilles vieillies du cerisier voler dans l’air – une pluie de grâce. Mon âme roule avec elles dans l’abîme qui est le reflet du ciel pur. Le paradis est à perte de vue.

Christian Bobin.

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De la monstruosité des étiquettes 'progressistes/conservateurs'

7 Novembre 2014, 09:03am

Publié par Fr Greg.

De la monstruosité des étiquettes 'progressistes/conservateurs'

Parmi les critiques adressées à la relatio post disceptationem, se trouve la question de l’équilibre entre miséricorde et vérité. Certains craignent que l’on mette la miséricorde avant la vérité au détriment de cette dernière.

Dans notre esprit, nous ne pouvons jamais échapper à la tentation de faire des catégories. Distinguer les choses est important en termes de clarté conceptuelle. Mais dans la vie, et en particulier dans la foi, pourquoi devrait-on faire des distinctions ? Dans la Bible il n’est pas question de deux réalités. 
En particulier quand Jésus dit : « Je suis la vérité et la vie » ! Cela signifie que la vérité n’est ni une idée si un concept. C’est la personne de Jésus. Il est la vérité et Il est l’amour. Il est la miséricorde ! Quand nous regardons la personne de Jésus, il n’est plus question de se demander qui, de la miséricorde ou de la vérité, doit être premiere. En Jésus, miséricorde et vérité sont unies. Et le défi pour nous est d’intérioriser la miséricorde et la vérité. En Jésus, elles n’entrent pas en conflit car elles sont toutes deux réunies dans sa personne. Nous devrions essayer de l’imiter.
Quand j’étais enfant, mes parents me refusaient parfois ce que je leur demandais. Je répondais« pitié ! » et je pensais « ils ne sont pas miséricordieux ». Mais plus tard, j’ai compris que quand ils me disaient oui ou non, ils exprimaient la vérité. Quelle vérité ? Celle de l’amour. Mes parents ne se disaient pas « maintenant, je vais être miséricordieux » et « maintenant je vais être vrai ».Ils exprimaient leur amour qui était la vérité. Faire ces distinctions est utile en un sens, mais nous devrions trouver en Jésus et dans l’expérience des gens comment les harmoniser plutôt que comment les opposer. La vraie miséricorde, qui est une forme d’amour, ne peut reposer sur des mensonges. Mentir c’est manquer de miséricorde. Une des fondations de la vraie miséricorde est la vérité mais la vérité nous conduit à la miséricorde. Aussi, quand la vérité me rend aveugle à la miséricorde et aux situations de souffrance, elle n’est que froideur et idéologie. La miséricorde et la vérité dépassent leurs propres définitions pour ceux qui en font l’expérience : elles s’incarnent dans la qualité de leur cœur.

Peut-on dire que la nouveauté de ce synode, qui veut partir des personnes, est une certaine forme de pragmatisme ?

Oui, mais un pragmatisme qui parte des personnes. Je m’explique. En anglais, une expression dit : « On va tout faire pour que ce mariage fonctionne ». Mais « fonctionner » ici n’est pas simplement une manifestation de pragmatisme. C’est une chose qui implique des personnes. Le« fonctionnement » ici implique d’aimer et de pardonner en vérité.

Au cours de la conférence de presse de présentation de la relatio vous avez dit que l’esprit de Vatican II se manifestait parmi les pères mais qu’il ne fallait pas dissocier l’esprit des textes. Pouvez-vous expliciter ?

Vatican II a eu lieu à une époque où la plupart d’entre nous étions enfants. J’ai étudié l’histoire de Vatican II, j’ai lu tous les débats de l’époque. Au Concile il y avait 2000 évêques, imaginez un peu… Comment conduire un dialogue de 2000 évêques ? Aujourd’hui nous sommes 200… 


Mais il y a quelque chose de commun dans la liberté d’expression, la manière de prendre en compte les réalités du monde, ce qui était une des véritables beautés de Vatican II. C’était un concile pastoral où l’on accepta à la fois le fait que le monde avait changé et où l’on se demanda comment nous pouvions apporter l’évangile dans ce monde nouveau. C’était un concile profondément missionnaire, fidèle aux enseignements de l’Eglise, mais avec une nouvelle manière de transmettre les enseignements de l’Eglise au monde. A présent, de nouveaux défis se présentent et c’est ce dont parlent les évêques, quand ils mettent leurs peurs et leurs espoirs sur la table. 


Mais quand les gens évoquent l’esprit de Vatican II, il est important qu’ils connaissent les textes. Il faut étudier les documents et les textes pour ne pas leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. L’esprit de Vatican II est issu des documents de Vatican II, précisément dans cette ouverture de l’esprit missionnaire.

Un des points majeurs de Vatican II était la place des Eglises locales, ce qui est aussi un des grands axes de réflexion du pape François tel qu’il l’a exprimé dans Evangelii Gaudium. Au terme de ce synode, le pape donnera des orientations générales que les évêques auront charge de mettre en pratique dans leurs diocèses. Comment concilier la liberté des Eglises locales confrontées à des problèmes spécifiques et l’unité de l’Eglise ?

Cette question existait déjà au moment du Concile dont un des fruits est précisément le synode... En convoquant des évêques venus du monde entier, le pape lui-même, qui est un signe visible de l’unité, devra prendre en considération l’expérience des Eglises locales. Vatican II a institué de manière plus formelle les conférences épiscopales dans différents pays et a donné aux conférences la ligne de démarcation entre ce qu’elles pouvaient décider par elles mêmes et ce qui ne relevait pas de leurs compétences. Peut-être ce synode est-il un examen de ce qui a déjà commencé lors du Concile au sens où il devra examiner à nouveau où ce situe cette ligne de démarcation. Mais le souci de l’unité demeure et la manière dont s’opérera cet équilibre sera un des fruits du synode qui aura lieu l’année prochaine. Il y a deux écueils à éviter : celui qui consiste à ne prendre en compte que la diversité au détriment de l’unité. L’unité de l’Eglise est ce qui me permet de me sentir à « la maison » quand je vais à l’étranger. Et celui qui consiste à nier les singularités locales. L’équilibre est très difficile à trouver et chaque évêque est confronté à cette question au niveau de son diocèse.

En parlant d’unité de l’Eglise, vous vous êtes exprimé, lors d’une conférence de presse, contre l’étiquetage des gens entre «progressistes» et «conservateurs». Pourquoi ?

Quand on m’a posé cette question, je me suis senti mal à l’aise parce que je pense que les étiquettes ne rendent jamais compte de la réalité des personnes. Étiqueter les gens est parfois une manière d’étouffer la complexité du réel. Les étiquettes effacent le mystère des êtres. Parfois, aussi, elles servent à dresser les gens les uns contre les autres en leur faisant oublier ce qui pourrait les rassembler. Les étiquettes enferment les gens dans une caricature d’eux-mêmes. Après avoir écouté les évêques et les laïcs au fil de ces premiers échanges, je pense que l’étiquetage des uns et des autres, y compris celle du pape, est une injustice.


Si, quand j’écoute quelqu’un me dire la manière dont il reçoit tel ou tel passage de la Bible, je me mets à analyser son point de vue en plaquant sur lui une grille de lecture en termes de « progressisme » ou de « conservatisme », je nie sa qualité de personne dans ce qu’elle peut avoir de complexe. C’est, je le répète, une grande injustice. Comment éviter cela ? Respectons les personnes. Laissons à chaque personne la possibilité d’exprimer sa complexité. C’est comme cela que nous trouverons un terrain commun. Soyons des personnes qui écoutons d’autres personnes. Les gens ne sont pas des étiquettes. Les gens ont un nom.

cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille.

La vie.fr

 

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Les héritiers de Franz Kafka portent plainte contre l’administration française pour plagiat

7 Novembre 2014, 07:53am

Publié par Fr Greg.

Les héritiers de Franz Kafka portent plainte contre l’administration française pour plagiat

Prague – Connue dans le monde entier pour son incroyable complexité, l’administration française se voit attaquer par les héritiers de la famille Kafka. Selon eux, il y a bien trop de similitudes entre l’univers de l’administration et les ouvrages du célèbre auteur tchèque pour que cela soit un simple hasard.

 

Reportage.
 

Les avocats sont formels. Ceux-ci affirment avoir relevé 4560 points de comparaison similaires après les visites de plusieurs administrations françaises comme l’URSSAF, le RSI, Pôle Emploi, les ministères… «C’est incroyable, nous avons même constaté que parfois l’univers des livres de M. Kafka avait été visuellement adapté dans l’architecture et la manière dont les fonctionnaires doivent se comporter entre eux et avec les contribuables» souligne un des avocats. «C’est un travail de réappropriation culturelle que nous ne soupçonnions pas».
 

Ils notent aussi que ce plagiat éhonté a amené une confusion dans l’esprit des gens. «Demandez dans la rue, on ne parle plus d’univers kafkaïen mais de l’administration française» se lamente-t-il, ajoutant qu’il avait même lu sur Internet des gens affirmant que Kafka s’était inspiré de l’administration française pour forger son univers. Les héritiers demandent ainsi que la France modifie dans les plus brefs délais son administration afin qu’elle ne porte plus en elle les éléments incriminés. «Nous allons remplir les formulaires adéquats et attendons une réponse rapide» se sont ils félicités.
 

Interrogée, la ministre de la Fonction publique nous a conseillé d’appeler le ministre de l’Économie qui nous a conseillé d’appeler le ministère de la Justice qui nous a conseillé d’appeler l’ENA entre 14h30 et 17h les lundi, mardi, et vendredi, qui nous a conseillé d’envoyer une demande bilingue à l’INSEE qui nous a conseillé d’appeler l’URSSAF qui, dans l’immédiat n’était pas joignable, quelques instants avant que pris d’un accès de rage…

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La nuit américaine d'Angélique

6 Novembre 2014, 08:00am

Publié par Fr Greg.

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nous voilà abrutis par des millénaires de savoir...

5 Novembre 2014, 09:29am

Publié par Fr Greg.

nous voilà abrutis par des millénaires de savoir...

 

Le soir vient. Une longue patience enveloppe les choses et le sang, plus sûrement que le lierre. C’est le bel instant suspendu au-dessus de l’abîme, c’est l’heure de notre mort qui revient ainsi, chaque soir, comme une feuille baignée d’argent qui se détache d’un arbre, très loin dans la forêt. Ce jour ne reviendra plus. Il était le premier et le dernier de son ordre. Un nouveau monde surgira demain des eaux planantes du sommeil, et tout l’effort de vivre, de voir et de sourire sera à reprendre.

La lumière du matin heurtera les yeux. Il faudra à nouveau regagner son corps, aller vers ce qui, dès le réveil, s’approche de nous- femme, songe ou nuée- et dont nous ne savons rien sinon que cela s’avance vers nous, avec la douce fatigue du jour. La beauté est là, dès l’aube. Levée bien avant nous. Fidèle, elle attend. Son haleine se répand dans le moindre silence, dans l’air autour des amandiers. Elle attend que s’ouvre en nous le chemin où elle pourra venir sans se blesser. Elle attend des heures entières, et le mouvement de son attente est celui du jour qui pointe, fleurit puis décline, mourant à nos pieds, méconnu, délaissé. 

Chaque jour ainsi, quelqu’un vient, quelqu’un qui tient entre ses mains un fin couteau de pluie ou bien un seul pétale de rose, de ceux que l’on glisse entre les pages d’un livre épais, plus léger que l’air, plus léger que l’air sur le ventre des moineaux. C’est une mendiante ou une reine qui est en marche vers nous, peut-être les deux à la fois : nous ne saurons jamais rien de plus, et au fond qu’importent les mots, qu’importent les noms ? Des noms nous en avons mis sur tout, nous en avons mis partout, sur la folie, sur les étoffes et sur les chairs, sur les jeunes femmes qui naissent au printemps dessous les cerisiers, sur les étoiles égarées de la mort et sous le pas des chevaux, nous avons mis des noms sur tout et même sur l’ignorance et nous voilà abrutis par des millénaires de savoir, alourdis par ces noms à dépenser chaque jour, comme ça, pour rien, bonjour, bonsoir, que faites-vous dans la vie et comme vos yeux sont pâles, ce sont les yeux de l’hiver, c’est pour mieux t’ignorer mon enfant, pour mieux te tuer.

Ainsi vont-elles, nos vies, dans une guerre incessante de chacun contre soi, contre tous, et le sommeil revient, et la beauté n’est pas encore aujourd’hui parvenue à ses fins, n’a pas encore touché notre âme brûlante de ses doigts de rosée. A peine aurons- nous entrevu quelque chose, par- delà les soucis et la fumée bleue d’une cigarette.

 

Christian Bobin, L’homme du désastre

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La bonté

4 Novembre 2014, 08:27am

Publié par Fr Greg.

La bonté

On dit parfois que la douleur est nécessaire pour créer. Je pense que la joie est aussi un bon aliment pour le songe. Il y a un mystère du mal sur lequel se sont penchés des milliers de sages et de fous, sans jamais l’éclaircir en rien. 

 

Il y a un autre mystère aussi insondable, celui du bien. L’un nous aveugle par ses ténèbres, l’autre par ses lumières. Nous apprenons très vite à reconnaître la part noircie du cœur de l’homme, cette pesanteur universelle de l’envie et de la cruauté et nous donnons souvent à la bonté la figure de l’enfance. Ce n’est pas faux, à condition de ne pas tenir l’enfance dans l’enclos d’un âge.

 

 La bonté est la petite enfance de l’humanité. Cette petite enfance qui ne vieillit pas, qui ne grandit pas, qui ne passe pas, qui revient jouer partout où la confiance ouvre un visage. La bonté est la porte ouverte d’un visage.

 

Christian Bobin, Donne- moi quelque chose qui ne meure pas

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Le propre de l'amour est de s'abaisser le plus qu'il le peut...

3 Novembre 2014, 09:05am

Publié par Fr Greg.

Le propre de l'amour est de s'abaisser le plus qu'il le peut...

 

On pouvait s'attendre, lors de la venue de Dieu sur terre, à ce qu'il s'agisse d'un homme d'une grande force, qui détruise les puissances adverses, qu'il soit un homme de grande violence pour établir la paix. 

 

Rien de cela en fait. Il est venu faible avec la seule force de l'amour, totalement sans violence jusqu'à se laisser crucifier. 

 

Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n'aide jamais à faire de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence. 

 

Benoit XVI.

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La vie est éphémère. L'ivresse de renaître...

2 Novembre 2014, 08:53am

Publié par Fr Greg.

La vie est éphémère. L'ivresse de renaître...

 

Un ténor changeait mes os en cristal. Ce n’était rien, juste un chant d’oiseau dans le jardin que traversait l’armée en marche des couleurs, sous le casque des fleurs. Je ne voyais pas le prophète, je n’entendais que ses leçons. Il réveillait le soleil. Dieu me rentrait par l’oreille. J’étais reconduit au paradis d’être vivant donc immortel. Des murailles invisibles s’effondraient sous le chant d’un oiseau inconscient de son sacre, de son don, de sa race divine. Ses notes tombaient comme une eau surnaturelle sur les flammes de l’enfer. Sois présent, disait l’oiseau : garde tes soucis, garde tes projets, garde tes liens, puisque tu as la faiblesse de tenir à tout ça. Garde tout mais élève-toi d’un cran ne serait-ce qu’un instant. Hisse-toi sur ce tabouret de joie que je t’apporte, oui hisse-toi un instant qui sera plus qu’un instant jusqu’à cette note que je tiens, jusqu’au sans-souci, sans-projet, sans-lien. Jusqu’au rien. Chemise gonflée par le vent, l’oiseau chantait à tue-tête les amours de la lumière et du vide. Je goûtais à ce que les morts ne savent plus et que les vivants négligent : la liqueur bleutée de l’air, l’ivresse de renaître par décret solaire. La joie qui me traversait réveillait un consentement à vivre, donc à perdre. Puis l’écriture sainte s’est envolée. Le soleil a tourné la tête. Une caravane de nuages a traversé le ciel. Je suis rentré dans mon coeur où, par grâce, plus rien n’était en ordre. J’ai cherché dans les livres quelque chose, je ne savais quoi. La bouteille me parle, dit l’ivrogne : bois-moi. Les livres me disent la même chose. Quand je lis, ma tête est coupée et je la porte dans mes mains comme les saints des vieilles images. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. Cette lumière, ce feu volant de crête en crête, de mot en mot ! Les saints sont fous comme sont fous nos coeurs qu’une mer rouge envahit chaque seconde, usant les falaises de chair, et ces oiseaux qui crient au-dessus, les mouettes perdues de nos pensées impensées. On marche, on marche et puis un jour on se retrouve à marcher à son propre enterrement, c’est drôle. La seule chose que nous ayons sous les yeux est la vie, et nous constatons qu’elle est éphémère. Pourquoi la mort aurait-elle, seule, le privilège de durer ? Rien ne dure que le sourire en poinçon des nouveau-nés, cette entaille faite au temps par l’éternel. La vie est un flux de particules lumineuses dont les saints et les oiseaux aident la circulation infinie. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d’oiseau dit tout.

Christian Bobin.

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Bien peu de gens savent aimer...

1 Novembre 2014, 09:47am

Publié par Fr Greg.

Bien peu de gens savent aimer...

Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même - aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou d'un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est leur présence. 

 

Aimer quelqu'un, c'est le dépouiller de son âme, et c'est lui apprendre ainsi - dans ce rapt - combien son âme est grande, inépuisable et claire. Nous souffrons tous de cela: de ne pas être assez volés. Nous souffrons des forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour nous les faire découvrir.

 

Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre. Ils pensent que l'amour amène la fin de toutes misères. Ils ont raison de le penser, mais ils ont tort de vivre dans l'éloignement des vraies misères. Là où ils sont, rien ni personne ne viendra. Il leur faudrait d'abord atteindre cette solitude qu'aucun bonheur ne peut corrompre.

 

Christian Bobin, la femme à venir.

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Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même! Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer (II)

1 Novembre 2014, 08:47am

Publié par Fr Greg.

Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même! Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer (II)

La miséricorde de Dieu ne réclame-t-elle pas notre coopération, notre libre arbitre? N'est-ce pas un peu facile que ce regard de gratuité dégoulinant qui alors ne respecterai plus ce qu'est l'homme? N'est-ce pas du protestantisme que d'affirmer que la miséricorde suffit à tout?

 

On ne peut mettre au même niveau la grâce de Dieu et notre coopération: c'est un antroporphisme qui imagine et calque l'agir de Dieu sur notre mode humain.  Dieu n'est pas dans le temps, ni dans le devenir. Son amour est efficace: c'est lui-même; En m'aimant il me donne d'être. Son amour est efficace et substantiel. En m'aimant comme son Fils bien aimé, il me récrée, que je le veuille ou non!

 

" par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme.... parce que le Christ est en quelque sorte uni à l'homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n'en est pas conscient " Gaudium & Spes, Redemptor hominis.

« Le fils de Dieu... s'est uni à nous et nous a unis à lui … et devient une élévation de l'homme jusqu'à la hauteur de Dieu » Benoit XVI, 1ere vêpres de l'avent, audience janvier 2006.

La grâce de Dieu est gratuite et nous divinise, et notre coopération est une réponse gratuite à ce don gratuit. C'est donc une nécessité au niveau de l'amour, qui n'a pas d'autre nécessité que la gratuité de l'amour: tout notre mérite est de répondre gratuitement à un don gratuit. Mais certains ne répondrons pas, et pourtant la grâce de Dieu ira jusqu'au bout pour eux!

C'est donc une nécessité différente que celle au niveau du travail: dans le travail la matière ne doit pas être pourri, les outils avoir leur fonctions propres, être dociles, et si c'est la maitre et le disciple, le disciple ou l'ouvrier doit faire tout ce qu'il peut, il y a un labeur.

 

Dans l'amour, le désir suffit; car l'amour est d'abord l'effet en moi de l'attraction de l'autre; il peut impliquer une manifestation, un labeur, une vraie coopération, mais là, il n'y a pas d'autres nécessité que l'amour répondant à l'amour: l'amour n'attend rien que le don qu'il propose; sf dans l'amour humain qui réclame d'être réciproque pour être pleinement lui-même; l'amour divin, lui , est substantiel et efficace par lui-même: il réalise ce qu'il signifie: il transforme en "amour" ce qu'il touche".

 

Le salut c'est quelqu'un, ce n'est pas un état intérieur ou un état moral. Dans l'amour humain, c'est mieux de ne pas avoir trop de vices pour pouvoir recevoir l'autre, alors que dans l'amour divin c'est tout autre, puisque même les innocents sont saints sans avoir rien 'faits' sinon de subir le mal d'un autre, sans coopération aucune! Mais le "pire" à ce niveau là, c'est bien la Vierge Marie: qui est immaculée, sainte et rachetée avant sa conception, sans avoir rien fait du tout! Et St Louis Marie dit qu'elle est le modèle sur lequel Dieu nous divinise ! Son Fiat de l'Annonciation, c'est de de dire oui à ce que Dieu veut faire en elle, au delà de ce qu'elle en a compris... mais l'ange ne lui demande aucune permission: "tu vas concevoir et enfanter un fils...".

 

La sainteté c'est d'être revêtu de la sainteté du Christ, au delà de nos mérites et de nos efforts! Tant mieux si l'on peut coopérer et répondre à ce don, mais le don réalisé, donné c'est d'être uni au Christ dans sa personne: on comme une personne avec lui, et cela est au-delà de notre conscience et de notre volonté ! (quasi una personna dit St Thomas et le P Chardon, mystique dominicain du 14e)

 

Et ça s'est insupportable si on a un tout petit peu de sang dans les veines, si on a un peu le sens de la justice: c'est même insupportable, parce que c'est trop de gratuité! et c'est le refus même de Lucifer! C'est la grande tentation des stoïciens, grands vertueux et tout ceux qui font beaucoup d'effort pour garder un peu de hauteur dans cette vie! C'est la tentation pharisienne, qui a terme est de se reposer et de ne vivre que des vertus acquises, donc de soi-même et de ne pls accepter que l'amour nous déloge, qu'il s'impose et qu'il réveille constamment la véhemence des passions, cette 'maladie' de l'âme comme disait les stoïciens! C'est bien la peur des biens pensants, d'une certaine droite catho en France, satisfaite d'elle-même, en mal d'identité, qui se fait juge même d'évêques nommés par le Pape, sûr de son bon droit et de ses principes, qui matérialise tout et qui répète sans le comprendre St Thomas d'aquin, dans une distinction scolastique des péchés mortels/véniels par exemple, sans comprendre le regard contemplatif qui le sous-tend...

 

Et là, gare, car notre coopération peut-être un obstacle à son don: l'homme alors refuse la gratuité de Dieu au nom de sa propre humanité: certains c'est en idolâtrant la liturgie, d'autres leur auto-lucidité, d'autres leurs raisonements, d'autres leur volontarisme etc... (CF JPII à Paris, aux évèques en 1980)

 

Or, le don du Christ nous éprouve! C'est un amour substantiel qui est de trop, et tant que chacun ne sera pas un 'amoureux' du Christ, tant qu'on ne s'oubliera pas soi-même, tant qu'on vivra avec cet esprit critique ou l'intelligence qui mesure sera première -héritière de Descartes et son cogito- on restera dans un regard religieux, humain, de l'homme qui tend vers Dieu! Mais ce ne sera pas la foi: cette lumière obscure qui ne dit rien à mon intelligence et qui réclame une mort de cette intelligence! même pour la V. Marie la vie éternelle est un don gratuit qui s'impose au delà de ses mérites ou sa coopération! Et elle aurait pu le refuser: car ça éprouve sa nature! Elle aurait pu refuser que les plus pauvres, le plus grand des salopards entrent au ciel; pour l'intelligence humaine ça restera toujours un scandal insupportable! Il n'y a qu'une confiance d'enfant qui suspend son jugement qui puisse accepter cela !

Le saint, c'est donc bien celui qui s'oublie, qui arrête de croire en lui-même!

fr Grégoire.

 

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« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

30 Octobre 2014, 15:21pm

Publié par Fr Greg.

« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

"Chemin de croix" ou comment une vision doloriste, moralisante, rigide, liturgico-ritualisante (la vraie messe, la vrai foi...) et extrêmement stupide de la foi basé sur la peur, l'angoissante distinction scolastique des "péchés" (véniels, mortels etc) est un univers totalement reclus sur lui-même, un carcan idéologique destructeur, un enfermement psychologique d'une quête de perfection, de pureté sectarisante et de liturgie idolatrée. Les plans statiques, sans vie, sans mouvement et net comme des peintures reflètent cet univers malade et angoissé de trop nombreux cathos 'tradis'. On comprend que cet univers ait explosé en 68. Et dire que certains veulent y revenir... Glaçant.

fr Grégoire.

 

Synopsis: 

Maria, 14 ans, est une ado d'aujourd'hui élevée dans une religion d'hier : un catholicisme intégriste confit dans les traditions qui prône une conception guerrière de la foi. Interdite de tout (même de manger un gâteau, pour ne pas « succomber à la tentation », ou d'écouter du rock, cette musique « satanique »), la jeune fille s'abîme en dévotion et, en bonne soldate de Dieu, rêve de devenir une sainte. Jusqu'à vouloir se sacrifier pour « sauver » son petit frère, inexplicablement muet depuis sa naissance...

 

 

Pour exposer le calvaire de son héroïne, le réalisateur berlinois Dietrich Brüggemann adopte une forme radicale : quatorze plans fixes, comme les quatorze stations du Christ sur son chemin de croix, dont des cartons noirs reprennent les intitulés liturgiques (« Véronique essuie le visage de Jésus », « Jésus tombe pour la deuxième fois »...). Sur le papier, ce concept a tout du gadget. A l'écran, il se révèle terriblement efficace pour représenter l'enfermement psychologique : un univers dont Maria ne peut s'extraire que par la mort. Les rares mouvements de caméra (quatre seulement en cent dix minutes !), placés à des moments charnières du parcours de la jeune fille, revêtent alors une grande puissance symbolique. Tel ce lent travelling latéral, lors de la cérémonie de confirmation à l'église, qui annonce le passage de l'enfance à l'âge adulte. Ou ce bref panoramique vertical, qui précipite l'adolescente hors du monde des vivants...

 

Les images composées comme des tableaux hyperréalistes évoquent les films dérangeants d'Ulrich Seidl (la trilogie Paradis, le documentaire Jésus, Toi qui sais). Mais sans le regard volontiers cynique du provocateur autrichien. Brüggemann ne condamne pas les croyants : la rencontre avec un garçon fan de gospel, le soutien affectueux de Bernadette, la fille au pair française rappellent que la foi peut être synonyme de tolérance et de joie. Le film ne s'attaque pas à la religion, mais à ses effets dévastateurs sur des individus en quête d'idéal, quand ils suivent les préceptes du dogme à la lettre — si absurdes soient-ils.

 

 

A travers le destin tragique de Maria, c'est un processus de dépossession de soi que raconte le film. Un endoctrinement orchestré par un jeune prêtre charismatique, et redoutable dialecticien dans l'impressionnant cours de catéchisme qui ouvre le récit. Mais aussi une manipulation mentale conduite de manière inconsciente par la propre famille de la victime : une promenade dominicale dans la campagne, un trajet en voiture, un repas banal deviennent des épreuves d'humiliation et de soumission à un ordre intransigeant. Dans ce contexte, Franziska Weisz compose une mère toxique parmi les plus terrifiantes vues depuis longtemps...


http://www.telerama.fr/

 

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La présence pure

30 Octobre 2014, 08:39am

Publié par Fr Greg.

La présence pure

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Bobin en Savoie...

29 Octobre 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

Journal "la Savoie" 23.10.2014.

Journal "la Savoie" 23.10.2014.

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Le Palais des Papes comme vous ne l'avez jamais vu...

29 Octobre 2014, 09:56am

Publié par Fr Greg.

Le Palais des Papes comme vous ne l'avez jamais vu...

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Lancement du Parvis d'Avignon le 22 novembre prochain

28 Octobre 2014, 10:09am

Publié par Fr Greg.

Lancement du Parvis d'Avignon le 22 novembre prochain

INVITATION

 

Lancement du Parvis d’Avignon

Samedi 22 novembre 2014

 

«Puissance et fragilité»

 

Peut-on être faible et fragile face à la puissance du savoir, de l'économie et de la technologie ? 

Quel équilibre trouver entre nos logiques de maîtrise, de domination et l'expérience de notre propre fragilité ? 

 

 

PROGRAMME

 

11h00 : Ouverture de la journée:  exposition des oeuvres de Davide Galbiati (sculpteur) et Sylvie Kajman (peintre).

 

12h00 : Lecture de «La Présence pure» de Christian Bobin avec Grégoire Plus, fsj (lecteur) et Léa Duret, violoncelliste (Professeur au Conservatoire de Paris)

 

« L’émerveillement est le propre de la maladie d’Alzheimer. Elle s’est annoncée chez mon père par des paroles étranges, mais j’ignorais alors que c’était les premières marques, au dedans, de cette bête qui ronge la conscience et en laisse assez pour qu’il connaisse, par instants, l’horreur d’être là. Mon père, revenant de courses, d’un trajet quotidien depuis des dizaines d’années, à dit : « Je ne reconnais plus rien, tout est neuf. Je suis très étonné : le monde est neuf. »   interview de Christian Bobin

 

12h45 : Buffet «tartines»

 

14h30 - 17h30 : Conférence  Marc Halévy (philosophe) et Jacques Gaillard (Président du groupe Artélia)

Peut-on être faible et fragile face à la puissance du savoir, de l'économie et de la technologie ? 

Quel équilibre trouver entre nos logiques de maîtrise, de domination et l'expérience de notre propre fragilité ?    Table-ronde animée par Frère Samuel Rouvillois (philosophe-c.s.j)

 

20h30 : «J’ai soif » de Serge Barbuscia, Production du Théâtre du balcon.

 

 

 

CHAPELLE DES ITALIENS 

35, RUE PAUL SAÏN, 84000 AVIGNON 

 

Entrée: dons libres (participation de 10 € demandée pour le buffet)

Inscriptions : contact@parvis-avignon.fr    www.parvis-avignon.fr 

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Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan

28 Octobre 2014, 09:12am

Publié par Fr Greg.

Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan

 

« Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le cœur arraché vivant…


Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan. Comme si périodiquement nous étions remis à neuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous installer, de ne pas nous habituer. La vie a deux visages : un émerveillant et un terrible. Quand vous avez vu le visage terrible, le visage émerveillant se tourne vers vous comme un soleil.


Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée.

Mon père, mort il y a maintenant 13 ans, n’arrête pas de grandir, de prendre de plus en plus de place dans ma vie. Cette croissance des gens après leur mort est très étrange. Comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire : « Ça y est, je l’ai lu. » La vision de mon père change avec le temps, tout comme moi-même je change. Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s’assombrit puis s’éclaire de façon toujours surprenante. La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil. Elle nous ramène à l’essentiel, vers ce à quoi nous tenons vraiment.»

Entretien avec Christian Bobin
extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"

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Comment Dieu me regarde?

27 Octobre 2014, 10:51am

Publié par Fr Greg.

Comment Dieu me regarde?

Toutla conduite de Dieu est paternelle à notre égard, ellest pleine de miséricorde et elle réclame d'acceptertant qu'on essur lterre, de ne pas pouvoitoujours discerner parfaitement le bien et lmal dans nos activités et dans celles de nos frères. C'est du reste pour cela que nous n'avons pas à jugerC'esDieu lui-même qui juge et faile discernement. Ce ne sont pas les hommes. C'est cela qui nous donne la grande espérance. Ce seraiterrible, si c'étailes hommes qui jugeaient.

C'esDieu seul qui sonde les reins et les cœursIl ne juge pas selon les réalisations matérielles, mais il juge selon  les  intentions profondes de chacun. Les hommes s'habituent tellement à juger les autres hommesleurs frèresselon leurs résultats : ‘qu'astu fais dans ta vie?’ et quand cela commence à être négatif, c'esterrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif faison cheminement ! 

C'esterrible cette humanité comme aujourd'hui, parce qu'on ne voique l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à lsource et voiles intentionsEn Dieu, in'y a plus de jugement à partir des réalisationsL'hommeDieu lui rappellson salujusqu'au boutDieu le poursuijusqu'au bout pour qu'il redécouvre lmiséricorde du Père, pour qu'il redécouvrl'amour du Père, pour qu'il redécouvre lsollicitude aimante du Père sur lui.

Marie-Dominique Philippe, Retraite sur l’Apocalypse.

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Le pire des relativisme: relativiser la miséricorde !

26 Octobre 2014, 10:39am

Publié par Fr Greg.

Le pire des relativisme: relativiser la miséricorde !

 

Le gouvernement de Dieu sur les hommes est caractérisé par la miséricorde. L’économie chrétienne de la grâce – les mystères de l’Incarnation, de la Rédemption, des sacrements... – rendent cela presque tangible[i] . Cependant, ce n’est pas le propre de la grâce chrétienne. Saint Thomas d’Aquin affirme que la Providence de Dieu est toujours juste et miséricordieuse, mais avec une primauté accordée à la miséricorde puisque rien n’est dû à la créature[ii]. La miséricorde est caractérisée par cette gratuité absolue et elle est première. La considérer comme seconde serait la réduire à une dérogation faite à la justice, une exception.

Ce point est important d’un point de vue pratique si nous cherchons à vivre du commandement du Christ : « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux »[iii]. Cette primauté accordée à la miséricorde devrait caractériser l’agir chrétien et tout « gouvernement » qui se veut animé de l’esprit de l’évangile. Tant de saints, depuis Marie-Madeleine et le bon Larron, ont témoigné dans l’Église de ce primat de la miséricorde ; et on sait combien, durant ces dernières décennies, l’accent est mis dans l’Église sur la miséricorde. Le Concile Vatican II pourrait être appelé le Concile de la miséricorde : premier Concile à ne pas formuler d’anathème. Jean Paul II fut le Hérault de la miséricorde divine à un titre très particulier. Certaines initiatives de Benoît XVI semblent répondre au même appel de l’Eprit Saint[iv]. Mais on sait aussi que les tentations sont nombreuses aujourd’hui – comme elles l’ont souvent été – de relativiser l’absolu de la miséricorde. L’histoire de l’Église abonde tristement  en exemples de cette tentation : toutes les hérésies relativisant la primauté de la grâce bien sûr (pélagianisme, jansénisme…), mais aussi l’Inquisition, les tentations de compromission avec le pouvoir temporel sous toutes ses formes, la corruption de l’autorité des pasteurs du troupeau du Christ en un pouvoir tyrannique, la séduction de la gloire humaine et de la bonne réputation… La liste serait longue.

 

Notre propos n’est pas ici de remuer la boue des siècles, mais bien de chercher à préciser quels sont les enjeux et les défis d’une miséricorde qui va jusqu’au bout[v] pour les disciples du Christ. On sait que le verset du psaume : « Les hommes ont diminué la vérité »[vi] faisait pleurer Saint Thomas d’Aquin à l’Office divin. L’une des formes que prend aujourd’hui cette tentation de diminuer la vérité – dans le monde et dans l’Église – est de diminuer la miséricorde en la ramenant à une espèce d’indulgence, de faiblesse, ou en considérant plus ou moins explicitement qu’elle relève de l’exception (la justice étant la règle). L’Évangile nous montre bien que la règle, c’est la miséricorde… et la justice ; mais la miséricorde d’abord ![vii] Toutes les rencontres du Christ, et la manière dont il choisit ses Apôtres, sont ici particulièrement significatives. La miséricorde n’est-elle pas caractérisée par une qualité de relation personnelle ? Pensons à l’appel de Matthieu le publicain[viii], à la femme pècheresse de Luc VII, à l’adultère de Jean VIII, au dialogue de Jésus avec la Samaritaine[ix]. Avant les guérisons et les miracles, ce sont bien toutes ces rencontres personnelles où Jésus rejoint la misère du cœur de l’homme qu’il faudrait regarder.

 

Jésus nous indique cet ordre quand il commence par dire au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés », avant de dire : « Lève-toi et marche »[x]. Saint Thomas d’Aquin dans son traité de la charité nous montre que la première aumône est la prière, puis l’enseignement (communication de la vérité), bien avant les aumônes temporelles [xi]. Le dialogue de Jésus avec Simon-Pierre[xii] après la résurrection est caractéristique de cette primauté d’une miséricorde personnelle à la base de l’Église dans sa dimension pétrinienne. Pour entendre : « Pais mes brebis », Simon-Pierre a dû passer par le reniement, l’expérience de sa propre faiblesse, et le triple questionnement du Christ. La tentation de celui qui a autorité n’est-elle pas d’oublier qu’il est lui-même objet de la miséricorde divine d’une manière particulière, et par conséquent de durcir l’exercice de son autorité en une justice fausse parce qu’impersonnelle ?

 

Nous touchons ici à ce qui semble être un fondement humain, une disposition, pour vivre du mystère de la miséricorde chrétienne : le sens de la personne. A titre d’exemple, le Bienheureux Jean Paul II et le P. Marie-Dominique Philippe, OP, qui tous deux étaient doués d’un grand sens de la personne humaine – comme philosophes et comme apôtres – furent des témoins de la miséricorde s’il en est ; témoins souvent incompris, critiqués, voire combattus. La rencontre du sens de la personne et de la miséricorde n’est sans doute pas un hasard. Ces deux « amis de l’Agneau » nous montrent le chemin de la miséricorde chrétienne, de cet amour qui va jusqu’au bout sans avoir peur des persécutions, du qu’en dira-t-on ou, simplement, du désordre…

 

Ce chemin implique une dimension directement théologale ; c’est le mystère de la Croix : accepter de donner sa vie jusqu’au bout, accepter d’être « assis à la table des pécheurs [xiii] », d’y laisser sa peau. Il n’y a pas de vraie miséricorde sans cela, comme il n’y a pas de vraie suite du Christ. Ce chemin implique aussi un profond respect de la personne de l’autre, et plus qu’un respect, un amour personnel. Le « sens de la personne » est, bien sûr, davantage de l’ordre d’une disposition. Mais dans le contexte actuel, où beaucoup sont marqués, voire manipulés par des idéologies subjectivistes qui amputent la personne humaine sous prétexte de l’exalter, il devient crucial. Le réalisme du lavement des pieds est certes celui de l’amour divin, mais il est aussi fondamentalement celui d’une rencontre personnelle. Ce dernier est présupposé à tout exercice de miséricorde, cette miséricorde qui est la note caractéristique de toute communauté chrétienne. Le P. Marie-Dominique Philippe, OP, résumait cela en une distinction très pratique, disant qu’il y a deux manières de gouverner une communauté : pour le bien de chacune des personnes qui la composent, ou bien pour la propreté du tout. La première peut devenir un vrai gouvernement de miséricorde ; la seconde, sous prétexte de justice et de sens du bien commun, se corrompt rapidement en une espèce de « tyrannie des bien-pensants ». La première est celle du Christ, la seconde celle des Pharisiens.

 

Jean Paul II, dépassant toutes les fausses dialectiques entre justice et miséricorde, disait, d’un mot inspiré que toutes les personnes exerçant l’autorité – à plus forte raison dans l’Église – devraient garder constamment présent à l’esprit : « Il n’y a pas de justice sans pardon [xiv] ».

 

Frère Charbel, csj – Pondichéry, Inde

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[i] « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue » (1 Jn 1, 1 sq).

[ii] « L’œuvre de la justice divine présuppose toujours une œuvre de miséricorde et se fonde sur elle. Car rien n’est dû à la créature, si ce n’est en raison de quelque chose qui préexiste en elle, ou que l’on considère tout d’abord en elle ; et si cela est dû à la créature, ce sera en raison d’un présupposé encore antérieur. Ne pouvant aller ainsi à l’infini, on doit arriver à quelque chose qui dépend de la seule bonté de la volonté divine, laquelle est la fin ultime. Comme si l’on disait qu’avoir des mains est dû à l’homme en vue de son âme raisonnable ; avoir une âme lui est dû pour qu’il soit un homme, mais être un homme, cela n’a pas d’autre raison que la bonté divine. En toute œuvre de Dieu apparaît donc, comme sa racine première, la miséricorde. » Somme Théologique, I, q. 21, a. 4.

[iii] Lc 6, 36

[iv] Par exemple, la levée de l’excommunication  des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, geste d’une miséricorde pastorale qui a valu au pape d’être si critiqué. D’aucuns auraient voulu que sa justice soit inflexible, il s’en explique : « Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l’Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l’humble geste d’une main tendue soit à l’origine d’un grand tapage, devenant ainsi le contraire d’une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande: Était-il et est-il vraiment erroné d’aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui "a quelque chose contre toi" (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer – autant que possible – leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences? Le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble, peut-il être totalement erroné? Moi-même j’ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu’ensuite en ont émergé des forces positives pour l’ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité? Qu’en sera-t-il ensuite? Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes – suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j’ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des cœurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède; consciente de la promesse qui lui a été faite? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi des discordances se sont fait entendre? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine.Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent: "Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde: vous allez vous détruire les uns les autres !" J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour? » Lettre de Benoit XVI aux évêques, le 10 mars 2009

[v] «  Il les aima jusqu'à la fin » Jn 13, 1.

[vi] Ps 12, 2 (Vulgate).

[vii] Mt 9, 13 : « Allez donc apprendre ce que signifie: Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. “ et Lc 11, 42 : « Mais malheur à vous, Pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, de la rue et de tout légume, et que vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans négliger cela. »

[viii] Mt 9.

[ix] Jn 4.

[x] Lc 5, 17-26.

[xi] Saint Thomas distingue les différentes aumônes spirituelles : « Pareillement, on subvient aux déficiences spirituelles par des actes spirituels de deux façons. D’abord en implorant le secours de Dieu, à quoi correspond la prière; en second lieu, par l’octroi d’un secours humain qui, lui-même, peut viser trois choses : un défaut de l’intelligence, auquel on remédie par l’enseignement s’il s’agit d’un défaut de l’intellect spéculatif, et par le conseil quand le défaut concerne l’intellect pratique ; – un défaut affectant la puissance appétitive : le plus grand est ici la tristesse, à laquelle on porte remède par la consolation ; – un défaut tenant à un acte déréglé, lequel peut lui-même être considéré au triple point de vue : 1° de celui qui pèche, pour autant que l’acte procède de sa volonté déréglée ; le remède approprié est alors la correction ; 2° de celui contre qui on pèche ; s’il s’agit de nous, nous y portons remède en pardonnant l’offense ; mais s’il s’agit de Dieu et du prochain, "il ne nous appartient pas de pardonner", dit S. Jérôme dans son Commentaire sur S. Matthieu ; 3° des conséquences de l’acte déréglé, qui, même sans que les pécheurs l’aient voulu, affectent péniblement ceux qui vivent avec eux ; le remède consiste alors dans le support de celui qui pèche par faiblesse, selon cette parole de S. Paul (Rm 15, 1) : "Nous devons, nous qui sommes forts, porter les faiblesses des autres." Et il faut le faire, non seulement selon qu’ils sont faibles, ou difficiles à cause de leurs actes déréglés, mais encore pour tout ce qu’il peut y avoir chez eux de pénible à supporter, selon cette autre parole de l’Apôtre (Ga 6, 2) : "Portez les fardeaux les uns des autres."” (Somme Théologique, II-II, q. 32, a. 2). A l’article suivant, il explique en quoi l’aumône spirituelle est supérieure à l’aumône temporelle.

[xii] Jn 21.

[xiii] Comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus accepte d’y être spirituellement, cf. Derniers Entretiens.

[xiv] Cf. Message de Jean-Paul II pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002 : « Le pardon ne s'oppose d'aucune manière à la justice, car il ne consiste pas à surseoir aux exigences légitimes de réparation de l'ordre lésé. Le pardon vise plutôt cette plénitude de justice qui mène à la tranquillité de l'ordre, celle-ci étant bien plus qu'une cessation fragile et temporaire des hostilités: c'est la guérison en profondeur des blessures qui ensanglantent les esprits. Pour cette guérison, la justice et le pardon sont tous les deux essentiels. (…)Mais que signifie concrètement pardonner? Et pourquoi pardonner? Quand on parle du pardon, on ne peut éluder ces interrogations. Reprenant une réflexion que j'ai déjà eu l'occasion d'exposer pour la Journée mondiale de la Paix de 1997 (« Offre le pardon, reçois la paix »), je voudrais rappeler que le pardon réside dans le cœur de chacun avant d'être un fait social. C'est seulement dans la mesure où l'on proclame une éthique et une culture du pardon que l'on peut aussi espérer en une « politique du pardon », qui s'exprime dans des comportements sociaux et des institutions juridiques dans lesquels la justice elle-même puisse prendre un visage plus humain. (…) En effet, le pardon comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu'à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire: elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l'avenir lointain une perte réelle et permanente.Le pardon pourrait sembler une faiblesse; en réalité, aussi bien pour l'accorder que pour le recevoir, il faut une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve. Loin de diminuer la personne, le pardon l'amène à une humanité plus profonde et plus riche, il la rend capable de refléter en elle un rayon de la splendeur du Créateur.(…) Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon: voilà ce que je veux rappeler à ceux qui ont entre leurs mains le sort des communautés humaines, afin qu'ils se laissent toujours guider, dans les choix graves et difficiles qu'ils doivent faire, par la lumière du bien véritable de l'homme, dans la perspective du bien commun. »

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Rien ne peut arrêter son don sinon l'orgueil de se croire 'trop' pécheurs!

25 Octobre 2014, 09:30am

Publié par Fr Greg.

Rien ne peut arrêter son don sinon l'orgueil de se croire 'trop' pécheurs!

 

« Si j'avais commis tous les crimes possibles j'aurais toujours la même confiance. Je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent! »  

Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

 

 « Ma fille, ma délectation et ma prédilection, rien ne m'empê­chera de t'accorder des grâces. Ta misère ne gêne en rien ma miséri­corde — Ma fille, écris que plus grande est ta misère, plus elle a droit à ma miséricorde et incite toutes les âmes à la confiance en l'incon­cevable abîme de ma miséricorde car je désire les sauver toutes. La source de ma miséricorde a été largement ouverte par la lance sur la croix pour toutes les âmes. je n'ai exclu personne ». (Jésus à Ste Faustine)

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