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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Trouver la joie dans la défaite

18 Juin 2017, 06:38am

Publié par Grégoire.

Trouver la joie dans la défaite

Vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! si nous avons pratiqué ces actes de résistance et même si la vie nous submerge, ce n'est pas grave...

C'est lié à la joie. Il faut savoir perdre. Et trouver la joie dans la défaite. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu..

Je vais vous donner un exemple que tout le monde va comprendre tout de suite. Quand on a trente ans à peu près, l'âge des bandes d'amis, et que c'est l'été, cette saison incroyablement belle, et que l'on tente de traverser une rivière sans trop se mouiller, que fait-on ? On passe d'un galet à l'autre. On peut gagner, c'est-à-dire arriver sur l'autre rive indemne. Mais on peut aussi perdre tout d'un coup, glisser brusquement, tomber, se mouiller... et s'apercevoir que perdre, c'est encore plus drôle que de gagner, et que ce n'est pas grave ! Ce qui comptait, ce n'était pas d'atteindre l'autre rive indemne mais d'être ensemble, vivant, de se réjouir de petits riens comme ceux-là. 

On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j'ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l'argent mais des êtres. J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons. Mais je sais aussi, en même temps, que c'est une perte et qu'elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus? 

Christian Bobin.

 

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C'est l'encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer.

16 Juin 2017, 05:33am

Publié par Grégoire.

 C'est l'encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer.

Tout est une question d'air et de respiration. C'est l'encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer. On a besoin de connaître des choses telles que l'ennui, le manque, l'absence, pour connaître la présence, la joie et l'attention pure. On a besoin d'une chose pour aller vers une autre. Par exemple, j'aime beaucoup les livres, mais j'ai remarqué que je trouvais les plus intéressants dans les toutes petites librairies perdues, qui n'en vendent que très peu ; comme si c'était là que certains livres m'attendaient depuis très longtemps. Alors que je ne les aurais pas vu dans un grand étalage, parmi mille autres choses. Cette pensée va dans le sens exactement inverse de celui qui a créé Internet. À la racine d'Internet, il y a le désir qu'on ait tout, tout de suite. Que surtout nul ne souffre plus d'un manque. Or, je pense que c'est une souffrance que d'avoir tout à sa disposition, sans intervalles. On devient soi-même comme une chose au milieu des choses. Alors qu'on a besoin que certaines vitres de la maison soient cassées. Et que le vent entre ! Besoin de certains défauts, de certains manques, de certaines brisures, pour pouvoir respirer.

Ma vie ? C'est comme si depuis toujours, j'avançais dans la brume ! Et tout ce que je vois me semble déchirer un voile de néant posé sur le monde. Soudain ça m'apparaît, dans une splendeur ! Je suis sujet à des éblouissements. Ça peut être un visage, un objet. Vous regardez autour de vous, vous voyez un pissenlit, et là, vous savez ce qu'il en est du soleil. Parce que la structure est la même. Le pissenlit, à mon sens, est comme un petit frère égaré du soleil. Il aime tellement son grand frère, qu'il s'est mis à lui ressembler. Dans l'infime, vous avez l'immense La contemplation vous donne ce que l'information ne vous donnera jamais. La contemplation a besoin de s'appuyer sur du très peu, du très simple. C'est comme si la création du monde était continue, que nous étions contemporains de la création du monde. C'est comme si la création n'était pas une chose à l'arrière de nous, mais exactement en train de se faire.

Christian Bobin.

 

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Faire revenir la lenteur

14 Juin 2017, 05:30am

Publié par Grégoire.

Faire revenir la lenteur

La mauvaise énergie est celle qui consiste à essayer de forcer les chemins du ciel. La mauvaise énergie est celle qui veut accélérer chimiquement les battements du coeur. La mauvaise énergie, c'est vouloir tout tout de suite, les applaudissements avant même d'avoir commencé l'effort... Notre époque veut du sur-vitaminé. Elle a oublié la lenteur. J'essaie, par les livres que j'écris, de retrouver cela, de faire revenir la lenteur.  

faut-il avoir beaucoup souffert pour arriver à un tel détachement? Je ne sais pas quoi dire… la vie vous savez, est tellement dure... La vie a été beaucoup plus dure pour tellement plus de gens que pour moi... Comment pourrais-je dire que j'ai souffert alors que se passent encore certaines choses aujourd'hui ? Je dirais simplement, par pudeur, que je n'ai pas abandonné l'enfant que j'étais. Voilà. 

J’étais un enfant qui ne faisait pas grand-chose. Qui regardait par la vitre. Qui regardait ce qu'il se passait quand il se passait quelque chose. Nous prenons notre véritable visage et notre véritable force dans l'enfance.

Ma vie sourit parce qu’elle sort du noir. C’est ça convertir le drame en joie : D’abord en éprouvant la sensation de confiance dans la base de la vie. Il arrive que la vie soit partie. Que l'on soit délaissé, abandonné. Chacun fait cette expérience tôt ou tard, et parfois sur une durée très longue. Soit. Mais même dans ces moments-là, il y a quelque chose qui ne nous quitte pas, que je ne saurais pas nommer, que je ne veux pas nommer - parce que la nommer, ce serait l'abîmer et, peut-être, la faire fuir à jamais. Il y a un point de confiance, quelque chose en nous comme une petite chambre dans le coeur, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne. Pas même ceux que nous aimons. 

Christian Bobin.

 

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Personne n'a une vie facile

12 Juin 2017, 04:51am

Publié par Grégoire.

Personne n'a une vie facile

" Personne n'a une vie facile. Le seul fait d'être vivant nous porte immédiatement au plus difficile. Les liens que nous nouons dès la naissance, dès la première brûlure de l'âme au feu du souffle, ces liens sont immédiatement difficiles, inextricables, déchirants.

La vie n'est pas chose raisonnable. On ne peut, sauf à se mentir, la disposer devant soi sur plusieurs années comme une chose calme, un dessin d'architecte. La vie n'est rien de prévisible ni d'arrangeant. Elle fond sur nous comme le fera plus tard la mort, elle est affaire de désir et le désir nous voue au déchirant et au contradictoire.

Ton génie est de t'accommoder une fois pour toute de tes contradictions, de ne rien gaspiller de tes forces à réduire ce qui ne peut l'être, ton génie est d'avancer dans la déchirure, ton génie c'est de traiter avec l'amour sans intermédiaire, d'égal à égal, et tant pis pour le reste.


D'ailleurs quel reste ? "


 Christian Bobin, la plus que vive.

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La grosse femme à la robe couleur de fraise

10 Juin 2017, 04:52am

Publié par Grégoire.

La grosse femme à la robe couleur de fraise

La grosse femme à la robe couleur de fraise, à peine entrée dans le café, serre énergiquement la main de chaque client, inventant une fraternité de fin du monde. Puis elle s’accoude au comptoir et demande un verre de rouge avec le naturel enjoué des gens du peuple et des saints irrévélés.

Je bois un blanc avec un ami. Le ballon du verre scintille, embué d’une lumière glacée plus rafraîchissante que le vin. Dieu m’a mis dans le désert : à lui de me désaltérer. La sainte couleur de fraise me rappelle par son geste que rien en profondeur ne sépare les humains. Nous sommes tous naufragés de l’éternel et le plus simple geste -  pour peu qu’il soit vrai- est un débris du ciel à quoi nous raccrocher.

Puisqu’on ne sait jamais rien, autant donner notre confiance et être comme Dieu, aveugle.

Le soufre du mâcon supérieur commence légèrement à marteler mes tempes, pendant que la poignée de main en or d’une inconnue fait son chemin incendiaire dans mon âme. Rien de plus simple que d’aller main tendue vers un étranger. Ce simple geste est le plus rare. J’ai déjà vu cette déclaration soudaine d’amitié dans un hôpital psychiatrique près de Besançon. Un homme vient à ma rencontre, le visage explosé de joie : « Je vous reconnais, vous êtes Dieu. » Ma réponse négative l’enténèbre. Aujourd’hui je lui dirais :  « C’est vrai, je suis Dieu-  tout comme vous. »

Christian Bobin , Un assassin blanc comme neige.

 

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Splendeurs infracassables des jours sans histoire...

8 Juin 2017, 04:59am

Publié par Grégoire.

Splendeurs infracassables des jours sans histoire...

« Que restera-t-il de tout cela ? Notre contemplation : le temps que nous aurons passé à ne rien faire qu'à regarder par la fenêtre les papillons qui volent, tout ce temps nécessaire pour le levain de l'esprit, ce temps qui ne s'efface pas agit dans l'invisible, et continue d'agir même après notre disparition. »

 

« Ceux qui viennent d'arriver au monde, ou les vieillards, ou les mourants, ou les prisonniers, ceux là qui sont jetés vivants dans la marmite du réel, ceux-là savent que c'est la vision du simple et elle seule qui peut nous sauver; et moi j'essaye d'attraper en plein une parcelle de ces choses là -celles qui traversent nos vies en aveugle.»

Christian Bobin

Splendeurs infracassables des jours sans histoire...

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La beauté doit avoir la puissance d'un poème c'est-à-dire d'un crime...

6 Juin 2017, 04:49am

Publié par Grégoire.

Sur le théâtre.

Sur le théâtre.

Mon cher Pauvert,

Il vous faut donc une présentation. Mais que dire d’une pièce dont j’étais détaché avant même qu’elle fût achevée ? Parler de sa composition serait évoquer un monde et un climat sans grandeur. […] C’est plutôt du théâtre en général que je voudrais dire quelques mots. Je ne l’aime pas. […] Ce qu’on m’a rapporté des fastes japonais, chinois ou balinais, et l’idée magnifiée peut-être qui s’obstine dans mon cerveau, me rend trop grossière la formule du théâtre occidental. On ne peut que rêver d’un art qui serait un enchevêtrement profond de symboles actifs, capables de parler au public un langage où rien ne serait dit mais tout pressenti. Or, le poète qui tenterait l’aventure verrait se dresser la bêtise hautaine des comédiens et des gens de théâtre. Leur trivialité, si, rarement, elle s’apaise, apparaissent alors l’inculture et la niaiserie. On ne peut rien attendre d’un métier qui s’exerce avec si peu de gravité ni de recueillement. Son point de départ, sa raison d’être, c’est l’exhibitionnisme. A partir de n’importe quelle attitude aberrante, on peut élaborer une morale ou une esthétique, il y faut alors du courage et du renoncement, et le travers qui est à l’origine du choix du métier d’acteur est commandé par la reconnaissance non désespérée mais complaisante du monde. L’acteur occidental ne cherche pas à devenir un signe chargé de signes, simplement il veut s’identifier à un personnage de drame ou de comédie. Le monde actuel, fatigué, incapable de vivre en actes, l’entraîne encore à cette vulgarité en le chargeant de représenter à sa place non des thèmes héroïques mais des personnages rêvés. Quelle sera donc la morale de ces gens ? S’ils ne végètent dans la pouillerie intellectuelle, mais amère, ils travaillent la vedette. Voyez-les luttant pour la première page des journaux. Il faudrait donc, à la fois, fonder plutôt qu’un conservatoire, une sorte de séminaire, puis, à partir de lui, bâtir des constructions théâtrales avec tout ce qu’elles doivent comporter de textes, décors, gesticulations. Car même les très belles occidentales ont un air de chienlit, de mascarades, non de cérémonies. Ce qui se déroule sur la scène est toujours puéril. La beauté du verbe quelquefois nous trompe quant à la profondeur du thème. Au théâtre, tout se passe dans le monde visible et nulle part ailleurs. […]

Emu par la morne tristesse d’un théâtre qui reflète trop exactement le monde visible, les actions des hommes, et non les dieux, je tâchai d’obtenir un décalage qui, permettant un ton déclamatoire, porterait le théâtre sur le théâtre. J’espérais obtenir ainsi l’abolition des personnages — qui ne tiennent d’habitude que par convention psychologique — au profit de signes aussi éloignés que possible de ce qu’ils doivent d’abord signifier, mais s’y rattachant tout de même afin d’unir par ce seul lien l’auteur au spectateur. Bref, d’obtenir que ces personnages ne fussent plus sur la scène que la métaphore de ce qu’ils devaient représenter. Pour mener à moins mal l’entreprise, j’eusse dû, bien sûr, inventer aussi un ton de voix, une démarche, une gesticulation… C’est un échec. Je m’accuse donc de m’être abandonné sans courage à une entreprise sans risques ni périls. Je répète pourtant que j’y étais incité par cet univers du spectacle qui se satisfait d’approximation. A peu de choses près, le travail des comédiens relève de l’enseignement distribué dans les conservatoires officiels. Ceux qui osèrent quelques recherches s’inspirèrent de l’Orient. Hélas, ils le font à la façon des femmes du monde pratiquant le yoga. Les manières, les moeurs, l’entourage des poètes sont souvent d’une triste frivolité mais que dire de celles des gens de théâtre ? Qu’un poète découvre un grand thème et commence à l’ordonner, il faut bien, pour l’achever, qu’il l’imagine joué, mais s’il apporte à son travail la rigueur, la patience, les recherches, la gravité avec lesquelles on aborde un poème, s’il découvre des thèmes majeurs et de profonds symboles, quels acteurs sauront les exprimer ? Au lieu du recueillement, les gens de théâtre vivent dans la dispersion d’eux-mêmes. Faut-il les accuser ? Il est probable que ce métier s’impose à eux sous cette forme facile parce que, sous l’oeil d’un public repu et un peu jaloux, ils se prélassent à la fois dans une vie brève, mais sans danger, et dans une apothéose mécanique. Je le sais, des marionnettes feraient mieux qu’eux l’affaire. Déjà l’on songe à elles. Toutefois, il serait encore possible que cette formule théâtrale que j’appelle, toute et seulement allusive, me soit un goût personnel. Par cette lettre, je n’exprimerai donc que mon humeur.

Sur une scène presque semblable aux nôtres, sur une estrade, il s’agissait de reconstituer la fin d’un repas. A partir de cette seule donnée qu’on y retrouve à peine, le plus haut drame moderne s’est exprimé pendant deux mille ans et tous les jours dans le sacrifice de la messe. Le point de départ disparaît sous la profusion des ornements et des symboles qui nous bouleversent encore. Sous les apparences les plus familières — une croûte de pain — on y dévore un dieu. Théâtralement, je ne sais rien de plus efficace que l’élévation. Quand cette apparence apparaît enfin devant nous — mais sous quelle forme, puisque toutes les têtes sont inclinées, le prêtre seul le sait, peut-être est-ce Dieu lui-même ou une simple pastille blanche qu’il tient au bout de ses quatre doigts ? — ou cet autre moment de la messe quand le prêtre, ayant avec la patène découpé l’hostie, pour la montrer aux fidèles — non au public ! — aux fidèles ? Mais ils baissent encore la tête, ils prient donc, eux aussi ? —, la reconstitue et la mange. Dans sa bouche l’hostie craque ! Une représentation qui n’agirait pas sur mon âme est vaine. Elle est vaine si je ne crois pas à ce que je vois qui cessera — qui n’aura jamais été — quand le rideau tombera. Sans doute une des fonctions de l’art est-elle de substituer à la foi religieuse l’efficace de la beauté. Au moins, cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème c’est-à-dire d’un crime. Passons.

J’ai parlé de communion. Le théâtre moderne est un divertissement. Il arrive qu’il soit, rarement, un divertissement de qualité. Le mot évoque assez une idée de dispersion. Je ne connais pas de pièces qui lient, fût-ce pour une heure, les spectateurs. Au contraire, elles les isolent davantage. […] Un théâtre clandestin, où l’on viendrait en secret, la nuit et masqué, un théâtre dans les catacombes serait encore possible. Il suffirait de découvrir — ou de créer — l’Ennemi commun, puis la patrie à préserver ou à retrouver. Je ne sais pas ce que sera le théâtre dans un monde socialiste, je comprends mieux ce qu’il serait chez les Mau-Mau, mais dans le monde occidental, de plus en plus touché par la mort et tourné vers elle il ne peut que raffiner dans la « réflexion » de comédie de comédie, de reflet de reflet qu’un jeu cérémonieux pourrait rendre exquis et proche de l’invisibilité. Si l’on a choisi de se regarder mourir délicieusement, il faut poursuivre avec rigueur, et les ordonner, les symboles funèbres. Ou choisir de vivre et découvrir l’Ennemi. Pour moi, l’Ennemi ne sera jamais nulle part, il n’existera plus de Patrie, fût-elle abstraite ou intérieure. Si je m’émeus, ce sera par le rappel nostalgique de ce qu’elle fut. Un théâtre d’ombres seul me toucherait encore. Un jeune écrivain m’a raconté avoir vu dans un jardin public cinq ou six gamins jouant à la guerre. Divisés en deux troupes, ils s’apprêtaient à l’attaque. La nuit, disaient-ils, allait venir. Mais il était midi dans le ciel. Ils décidèrent donc que l’un d’eux serait la Nuit. Le plus jeune et le plus frêle, devenu élémentaire, fut alors le maître des Combats. « Il » était l’Heure, le Moment, l’Inéluctable. De très loin, paraît-il, il venait, avec le calme d’un cycle mais alourdi par la tristesse et la pompe crépusculaire. A mesure de son approche, les autres, les Hommes, devenaient nerveux, inquiets… Mais l’enfant, à leur gré, venait trop tôt. Il était en avance sur lui-même : d’un commun accord avec les Troupes et les Chefs décidèrent de supprimer la Nuit, qui redevint soldat d’un camp… C’est à partir de cette seule formule qu’un théâtre saurait me ravir.

Jean Genet. 

 

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Un autre titre à l'existence ?

4 Juin 2017, 04:58am

Publié par Grégoire.

Un autre titre à l'existence ?

Lisant le chapitre IV de Promenades et souvenirs de Nerval, j'ai entendu le bruit sec d'une phrase - le même qu'entend le renard quand une de ses pattes vient d'être prise dans une mâchoire de fer. Il n'en sortira pas. Il mourra sur place, ou il lui faudra s'amputer de sa patte captive. Seul un nouvel amour a cette force. La phrase, je la recopie et c'est un délice de peindre la prison où je suis entré sans savoir, réentendre le claquement des mâchoires de l'encre, l'impossible guérison d'une plaie si belle : « Ce n'est pas un accident rare qu'un cheval échappé à travers une forêt. Et cependant, je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » 

Le grand-père de Nerval avait, jeune homme, la garde de ce cheval. Il s'est assis au bord de l'eau, rêveur. Quand il s'est retourné, le cheval avait disparu dans la forêt de Compiègne. Grondé par son père, le jeune homme décida de quitter sa famille. Il partit ailleurs, loin, où il trouva sa future épouse. La mère de Nerval était née de cette union, de cette fugue, de cette bête soudain et à jamais invisible, de cette rêverie au bord de l'eau où du ciel et des nuages prenaient conscience d'eux-mêmes. Je vois ce cheval. J'entends son galop depuis la prison bienheureuse de ma lecture.

La voix si douce de Nerval déchire mon coeur comme du papier : « Je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d'une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n'être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d'une parole parfaite en son obscurité. 

Le cheval du songe m'a jeté bas. Ma tête et mon coeur ont éclaté. Demain j'irai chercher du pain, mais ce ne sera que la promenade du prisonnier. Le cheval des poètes est sans cavalier. Il court sur les espaces gelés du monde, assez vite pour que son poids jamais ne fasse céder la glace. Le paradis est cette course. C'est ma plus belle vie, écrire. D'ailleurs, « je n'ai guère d'autre titre à l'existence ». Cette phrase me hante. Sa douceur et sa simplicité me bouleversent. Je ne crois pas aux bruits du monde ni au mutisme des dieux. J'écoute le passage d'une brise. Trois fois rien. Ce qui compte dans une vie tient dans une main d'enfant. Il y a, dans le Concerto numéro 1 pour piano de Mozart, dirigé par Boulez, joué par Yvonne Loriod, au second mouvement, dans le mouvement lent, le chant d'un coucou. C'est furtif. Cela passe plusieurs fois. Ce n'est pas vraiment voulu par Mozart. Ce chant de coucou fait éclater mon coeur. Je passe ma vie dans l'espérance d'entendre ce chant dans un livre, un bois, une mort, partout, surprendre ce très faible et très sûr sourire du Dieu vivant tourné vers nous : car nous n'avons guère d'autre titre à l'existence. 

Christian Bobin.

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Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque.

2 Juin 2017, 06:28am

Publié par Grégoire.

Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque.

"On peut donner bien des choses à ceux que l'on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.
Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque.

Il m'était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais, tu me manquais encore.
Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis, l'air s'y engouffre, le glacé, le brûlant et toutes sortes de clartés.
Tu étais celle-là, tu l'es encore aujourd'hui, celle par qui le manque, la faille, la déchirure entrent en moi pour ma plus grande joie.

C'est le trésor que tu me laisses : manque, faille, déchirure, joie.

Un tel trésor est inépuisable.

Il devrait me suffire pour aller de "maintenant" en "maintenant" jusqu'à l'heure de ma mort. (…)

Christian Bobin, la plus que vive.

 

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Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu.

31 Mai 2017, 04:23am

Publié par Grégoire.

Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu.

Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans le monde, la seconde balance l'âme jusqu'au ciel.

La douceur n'est rien de gentil ni d'accommodant.

La vie est violente.

L'amour est violent.

La douceur est violente.

Si nous sommes tant surpris par la rudesse de la mort, c'est peut-être que nous avons mis nos vies dans des zones trop tempérées, tièdes, presque fausses.

Christian Bobin, la plus que vive.

 

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Rien ne préserve mieux la fraicheur de la vie que le calme d'un coeur brûlant....

29 Mai 2017, 04:26am

Publié par Grégoire.

Rien ne préserve mieux la fraicheur de la vie que le calme d'un coeur brûlant....

 

Je ne comprends pas très bien votre question. Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours? Pour les sauver? Mais ils n'ont pas besoin de l'être. Il n'y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d'avance, puisqu'elles passent un peu plus, à chaque seconde. Un mot me gêne dans votre lettre. Ce mot de sens. Permettez-moi de l'effacer. Voyez ce que devient votre question, comme elle a belle allure, à présent. Aérienne, filante: "qu'est-ce qui vous donne votre vie?" la réponse cette fois-ci est aisée: tout. Tout ce qui n'est pas moi et m'éclaire. Tout ce que j'ignore et que j'attends. L'attente est une fleur simple. Elle pousse au bord du temps. C'est une fleur pauvre qui guérit tout les maux. Le temps d'attendre est un temps de délivrance. Cette délivrance opère en nous à notre insu. Elle ne nous demande rien que de laisser faire, le temps qu'il faut, les nuits qu'elle doit. Sans doute l'avez-vous remarqué: notre attente -d'un amour, d'un printemps, d'un repos- est toujours comblée par surprise. Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré.  Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci: ne rien prévoir sinon l'imprévisible. Ne rien attendre sinon l'inattendu. Ce savoir là me vient de loin. Ce savoir qui n'est pas un savoir, mais une confiance, un murmure, une chanson....

Christian Bobin, Eloge du rien.

 

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Les deux mères

27 Mai 2017, 04:45am

Publié par Grégoire.

Les deux mères

Une histoire que j’ai trouvé chez Simone Weil. elle n’a pas de titre, appelons là l’histoire des deux mères. Deux mères le même jour reçoivent la même lettre qui évoquent la mort pour chacune, de leur fils, mort à la guerre. La première mère ouvre l’enveloppe, prend la lettre et s’effondre en larmes, est incapable de dire quoi que ce soit, n’est plus que détresse, n’est plus qu’un abîme, n’est plus qu’un coeur qui perd tout son sang et toutes ses étoiles. L’autre mère reste absolument imperturbable. C’est que la seconde mère ne sait pas lire. La nouvelle ne lui ai pas parvenu.

Ce qui manque, me semble-t-il, pour que la hache de la vie fende notre coeur, et pour qu’en sorte les larmes mais aussi la joie qu’il contient, qui y sont captifs, c’est d’apprendre à lire ce qui nous est présenté chaque jour. Non seulement bien sûr des livres, des journaux ou des lettres, mais aussi des visages, des gestes, des lumières, qui traversent la vitre sans la briser.

La lecture, comment dire cela, la lecture, est la vitalité de l’âme, la certitude que nous sommes en vie, et que les ténèbres n’ont pas mis leurs mains sur nous. La lecture est le peu de feu dont nous disposons réellement en cette vie. Ce qui peut nous aider à lire, qu’on m’excuse de citer ce terme qui est aujourd’hui méprisé, minorité, ou tout simplement oublié, c’est la poésie. Qu’on entende pas par poésie, dans ma parole, une chose qui serait enterré dans les petits tombeaux des livres, et sur lesquels nos lectures viendraient y déposer quelques fleurs. Il s’agit de bien plus que de ça. 

Par exemple, dans le dictionnaire de Furetière, écrit au 17e siècle, où qu’on aille on trouve des miracles. C’est un dictionnaire de voleurs : Furetière fait partie de l’académie française a ses débuts, et trouvant que ses collègues ne vont pas assez vite, déjà à l’époque, il décide d’en faire un tout seul, avec les trouvailles merveilleuse de la langue de son époque où elle n’a peut-être jamais été aussi belle, aussi fraiche, aussi risquée.

Au mot fraise, on trouve cette définition : « petit fruit, blanc ou rouge, qui croît, dans les jardins, ou dans les bois. Il est semblable au bout des mamelles des nourrices. »

La poésie fait une greffe : elle prend une chose qui est là, sous les yeux, et elle fait venir à coté une autre chose, qui pour l’instant n’est pas là. Et les deux tout d’un coup s’enflamment de se découvrir soudainement mariées.  La poésie n’en fini pas de fiancer le visible au visible, le visible à l’invisible. Tout à tout. La poésie est la grande maitresse de la lecture, on peut dire que elle seule n’oublie personne, et elle seule sait lire les lettres des épreuves, que la vie parfois terrible nous adresse. 

Il n’y a rien de réel que le poétique. 

Un visage zébrée par les nuages des soucis. On le nomme, et là on le tire du flux du néant de chaque seconde, on le tire comme on sauverait quelqu’un qui est en train de se noyer et on l’amène sur la rive paisible et éternelle du langage. 

Christian Bobin

 

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L'insoutenable légèreté de l'être

25 Mai 2017, 04:31am

Publié par Grégoire.

L'insoutenable légèreté de l'être

" Tereza caresse la tête de Karenine qui repose paisiblement sur ses genoux. Elle se tient à peu près ce raisonnement : Il n'y a aucun mérite à bien se conduire avec ses semblables. Tereza est forcée d'être correcte avec les autres villageois, sinon elle ne pourrait pas y vivre, et même avec Tomas elle est obligée de se conduire en femme aimante car elle a besoin de Tomas. On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou de notre haine, et dans quelle mesure elles sont d'avance conditionnées par les rapports de force entre individus.

  La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité ( le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent.

Une génisse s'est approchée de Tereza, s'est arrêtée et l'examine longuement de ses grands yeux bruns. Tereza la connaît. Elle s'appelle Marguerite. Elle aurait aimé donner un nom à toutes ses génisses, mais elle n'a pas pu. Il y en a trop. Avant, il en était encore certainement ainsi voici une trentaine d'années, toutes les vaches du village avaient un nom. (Et si le nom est le signe de l'âme, je peux dire qu'elles en avaient une, n'en déplaise à Descartes.) Mais le village est ensuite devenu une grande usine coopérative et les vaches passent toute leur vie dans deux mètres carrés d'étables. Elles n'ont plus de nom et ce ne sont plus que des "machinae animatae". Le monde a donné raison à Descartes.

J'ai toujours devant les yeux Tereza assise sur une souche, elle caresse la tête de Karénine et songe à la faillite de l'humanité. En même temps, une autre image m'apparaît : Nietzsche sort d'un hôtel de Turin. Il aperçoit devant lui un cheval et un cocher qui le frappe à coups de fouet. Nietzsche s'approche du cheval, il lui prend l'encolure entre les bras sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots.

Ça se passait en 1889 et Nietzsche s'était déjà éloigné, lui aussi, des hommes. Autrement dit : c'est précisément à ce moment-là que s'est déclarée sa maladie mentale. Mais, selon moi, c'est bien là ce qui donne à son geste sa profonde signification. Nietzsche était venu demander au cheval pardon pour Descartes. Sa folie (donc son divorce avec l'humanité) commence à l'instant même où il pleure sur le cheval.

     Et c'est ce Nietzsche-là  que j'aime, de même que j'aime Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d'un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte : ils s'écartent tous deux de la route ou l'humanité, "maître et possesseur de la nature", poursuit sa marche en avant.(...) "

 Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, 1984 

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Pays de neige

23 Mai 2017, 04:16am

Publié par Grégoire.

Le 16 avril 1972 Yasunari KAWABATA disparaissait, laissant une des œuvres les plus marquantes de la littérature japonaise et mondiale du XXème siècle. Prix Nobel 1968.

Le 16 avril 1972 Yasunari KAWABATA disparaissait, laissant une des œuvres les plus marquantes de la littérature japonaise et mondiale du XXème siècle. Prix Nobel 1968.

« La nuit se tenait immobile, figée, sans le moindre soupçon de brise, et le paysage se revêtait d'une austère sévérité. On avait l'impression qu'un grondement sourd, dans le sol, répondait au crissement du gel qui resserrait la neige partout sur l'étendue. Il n'y avait pas de lune. Les étoiles, par contre, apparaissaient presque trop nombreuses pour qu'on crût à leur réalité, si scintillantes et si proches qu'on croyait les voir tomber et se précipiter dans le vide. Le ciel se retranchait derrière elles, toujours plus profond et plus lointain, là-bas, vers les sources enténébrées de la nuit.»

Yasunari Kawabata est considéré comme le plus grand auteur japonais du vingtième siècle et Pays de neige, comme son oeuvre maîtresse.


L'intrigue est simple : Shimamura, un aristocrate désoeuvré de Tokyo, lors d'un voyage dans une station thermale dans les montagnes du nord du Japon, s'éprend d'une geisha, Komako. Abandonnant périodiquement femme et enfants, il revient dans la station thermale pour retrouver Komako, qui est follement amoureuse de lui.
«Ce fut alors qu'une lumière lointaine vint resplendir au milieu du visage. Dans le jeu de reflets, au fond du miroir, l'image ne s'imposait pas avec une consistance suffisante pour éclipser l'éclat de la lumière, mais elle n'était pas non plus incertaine au point de disparaître sous elle. Et Shimamura suivit la lumière qui cheminait lentement sur le visage, sans le troubler. Un froid scintillement perdu dans la distance (...)»
Il y a quelque chose d'insaisissable dans ce roman et on en est constamment à se demander si c'est son caractère poétique ou son appartenance à la culture nippone qui en est la cause. Peu importe, ce flou est envoûtant. Il est difficile de cerner le véritable propos avec précision. Risquons-nous quand même : on y voit un homme envoûté par les traditions millénaires du Japon, par la beauté des femmes, par la pureté de la neige. Ce Shimamura est plein de regrets, regret d'une pureté perdue dont la montagne et la neige semblent les symboles.

 

«Et pourtant tout l'amour de la femme du Pays de Neige s'évanouirait avec elle, ne laissant en ce monde pas même une trace aussi certaine qu'une toile de Chijimi ! (toile blanchie à la neige selon un vieux procédé artisanal) Car si l'étoffe est le plus fragile des produits de l'artisanat, un bon Chimaji néanmoins, quand on en prend convenablement soin, garde sa qualité et le vif de ses couleurs un demi-siècle au moins, et ne s'use complètement que bien longtemps après. Ainsi songeait Shimamura, méditant sur l'inconstance des intimités entre les humains, leur durée éphémère qui ne connaît pas même la longueur d'existence d'un bout de toile...»


Toujours en retrait, il s'accroche à Komako, à ce lieu perdu, incapable de le quitter, fasciné par la vie qui se déroule devant lui, comme un entomologiste devant des insectes.

«Les choses allaient ainsi jour après jour. Prendre la fuite et se cacher, c'était tout ce que pouvait vouloir faire Komako, si d'aventure elle se demandait où cela pouvait bien la mener. Mais elle n'en était que plus séduisante dans ce nimbe invisible de désespérance et de perdition.»


Ou encore :

«L'agonie et la mort des insectes, par exemple, occupait ici une part de son loisir. [...] Sur l'écran métallique de sa fenêtre, il y avait des papillons de nuit, longtemps immobiles, qui finirent eux aussi, par tomber comme des feuilles mortes. Il y en avait aussi, posés sur le mur, qui glissaient soudain et tombaient au sol. La richesse somptueuse, la beauté prodiguée sur ces vies éphémères plongeait Shimamura dans de longues méditations contemplatives, l'insecte au creux de la main.»
Seule la violence des événements le ramènera à Tokyo.
Ce roman unique nous invite à la relecture. Unique.

Yasunari KAWABATA, Pays de neige. 1947. traduit du japonais par Armel Guerne

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Comment remercier la neige...?

21 Mai 2017, 03:41am

Publié par Grégoire.

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à quoi je tiens ?

19 Mai 2017, 04:59am

Publié par Grégoire.

à quoi je tiens ?

"Vous vous dites: à quoi je tiens.

À quoi tient une vie, la mienne, toutes vies, n'importe laquelle.
À des riens elle tient. À des choses de trois fois rien.
Et cette chose, à quoi elle sert?

D'abord à rien. Elle est soustraite de l'utilité mortelle de toutes choses dans la vie. Elle brille par son inutilité. Elle est en excès par défaut.
Ce qui ne sert à rien sert à tellement de choses.

Cela tient lieu du monde.. ou de l'âme ou de la beauté jamais atteinte.
Cela tient lieu de tout.

Vous pouvez tout quitter sauf cette chose.

Sauf ce ce nom, sauf ce ciel d'un printemps dans la vie à jamais éteinte.
Une faiblesse vous retient là, vous y ramène à chaque fois.

La douce pente de faiblesse vous incline, corps et âmes, vers cette seule chose comme un asile.
C'est une énigme de rien.

C'est un mystère d'enfance.
C'est une coutume qui vient de l'enfance, une cérémonie partout respectée dans les chambre d'enfants: ce désordre.

Cette moisson d'insignifiance dans les tiroirs. Ces bouts de chiffons, ces queues de comètes et ces dentelles d'anges.
Tout ces riens à quoi l'enfance donne de la valeur.

Ce à quoi on donne de la valeur vous en donne en retour.
Ce n'est qu'à vous, donc c'est vous."

Christian Bobin, La part manquante

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La vie éternelle, dont les anges connaissent l'adresse, c'est : ici, maintenant...

17 Mai 2017, 03:49am

Publié par Grégoire.

La vie éternelle, dont les anges connaissent l'adresse, c'est : ici, maintenant...

Elle m'appelait, appuyée contre un pommier dans le jardin. D'abord je ne l'ai pas vue. Je pensais à quelque chose et la pensée empêche de voir. Plus des trois quarts de nos vies se passent en somnambule. Nous serrons des mains, nous donnons nos yeux à des lueurs de toutes sortes, et en vérité nous ne voyons rien. Les soucis et les projets sont des paravents devant lesquels nous passons. Nous les longeons, distraits par leurs dessins. La vie est derrière eux. Elle frissonnait au vent frais du matin. Son visage pâle, tragique et doux. Sa robe déchirée comme si pour venir ici elle avait traversé des buissons épineux, couru longtemps jusqu'à s'arrêter là, devant ce pommier, essoufflée. Radieuse. Sa joie renversait les paravents.

Pensant à un travail en cours, je m'inquiétais du lendemain. Son apparition me reconduisait à la vie éternelle dont les anges connaissent l'adresse : ici, maintenant. Ses soeurs l'entouraient. Je ne les regardais pas. Elle seule parlait à mon âme avec son âme écorchée. Je suis allé droit vers elle comme vers mon ange - ce qu'elle était sans doute à cet instant. Dans un langage plus sec, dans le langage non-voyant des paravents, on l'aurait nommée : une fleur d'églantier. Certes, c'est ce qu'elle était.

Mais elle m'était apparue d'abord comme une reine perdue, la déesse du bref, la sainte de la rosée. Si présente à elle-même qu'elle en devenait presque invisible. L'or de ses étamines grésillait comme un collier de poupée. L'infini baignait de rose l'ourlet de ses pétales. La solitude de nuits sans étoiles l'avait épuisée. Des bandes de pluie s'amusaient à la gifler. Proche de sa fin, elle entrait en moi par ce qu'elle avait de blessé. Demain, après-demain, elle ne serait plus là. Rien n'est là pour nous. Nous croyons lire notre nom sur les paravents, mais ce n'est qu'une ombre, qui passe. Notre âme est une fleur sauvage appuyée à notre chair avant qu'un orage la déchire.

Ce qui m'étonnait le plus était l'invraisemblable couleur de la fleur d'églantier : rose comme le souffle d'un ange, son haleine rendue visible pour peu de temps. Une promesse dont on ne pouvait douter. Une lettre comme dans les vieux romans d'amour. Ah, ce rose, ce rose ! La couleur d'une fleur est la manière qu'elle a, propre aux timides, de pousser brutalement son âme en avant d'elle, vers nous. Ce rose entrait effrontément dans ma pensée, la remplaçait même, inscrivait dans mon cerveau quelque chose d'aussi solide qu'une parole sainte - allant dans le même sens déraisonnable. Je le contemplai longtemps puis je revins aux livres, tournant leurs pages, espérant y trouver une clarté aussi convaincante que celle qui peu à peu se retirait du jardin. Les poèmes traversent les murs. Les fantômes ont les joues rosées. Il y a un paradis pour les fleurs, sûrement. 

Christian Bobin.

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Vers le ciel...

15 Mai 2017, 03:47am

Publié par Grégoire.

Vers le ciel...

Nous les vivants, nous sommes des mendiants. Nous demandons aux morts très anciens de nous donner une pièce d'or, une chanson, un poème. Quelque chose qui remonte à la source de l'univers sans jamais s'arrêter nulle part. Nous sommes bien plus loin du feu central que les morts avec leur patience et leur âme fleurie de croix. À peine si nous savons que nous avons une âme, si nous en usons. D'ailleurs nous ne l'avons pas : c'est elle qui nous a, qui nous tient, petite fleur de chantier, survivante de nos décombres. Elle va, elle vient. Elle regarde avec nos yeux, touche avec nos mains, respire dans notre souffle et ne craint rien sinon notre lourdeur. Elle vole. Voler dans la lumière, c'est le paradis. Le vent et ses abeilles le savent. La beauté, ce que nous appelons la beauté - ce sont des retrouvailles avec nous-mêmes. Notre âme de retour au colombier. On surprend parfois son éclat dans les yeux des gens. Les yeux sont nos papiers d'état céleste. Quand j'étais enfant, je savais tout mais je ne le savais pas. Ce qu'on m'apprenait était sans âme. Je l'oubliais tout de suite. Je lisais pour rêver, aimer ou mourir - jamais pour apprendre. Lire assouplit l'âme, lui donne cette miraculeuse souplesse des roses trémières, les plus belles habitantes de Vézelay. Elles rasent les murs, mendient un peu de soleil. Ce sont des voyageuses, partant sans cesse en navigation dans l'air blond. Des danseuses à la barre. La basilique et ses os de Marie-Madeleine ne peuvent rivaliser avec ces roses trémières, leur tête dodelinant au bout de leur long cou, bénédiction donnée aux passants fatigués par la rue trop montante. 

Seule atteint cette grâce la tombe de Maurice Clavel en contrebas de la basilique avec, gravée sur la pierre, cette foudroyante parole d'un Évangile : « Je te remercie père, créateur du ciel et de la terre, d'avoir caché tout ceci aux sages et aux habiles et de l'avoir révélé aux tout petits. » Une croix est en creux au-dessus de cette parole, tracée dans la pierre par l'ongle d'un ange, comme jadis au couteau le même signe sur le pain. Les cimetières sont des trésors enfouis de douceur. Quelques coups de pioches dans le coeur les découvrent. Je regardais cette croix, les yeux encore colorés par la souplesse éternelle des roses trémières. Ceux qui, comme Maurice Clavel, ont cherché sans repos un peu de ciel sur terre, ne meurent pas même quand ils meurent. Leur âme continue à grandir. Grandir pour une âme, c'est diminuer, décroître, perdre ses propriétés pour connaître une souplesse de plus en plus grande, de plus en plus folle jusqu'à finalement bercer Dieu. Oui, c'est ça : bercer Dieu. 

 

Christian Bobin.

 

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L'argent et la langue

14 Mai 2017, 05:40am

Publié par Grégoire.

J'ouvre "l'école fantôme" le livre de Robert Redeker et je lis : "Ecoutons nos contemporains, tournons le bouton d'un poste de radio, allumons notre télévision, branchons nous sur quelque réseau social Facebook ou Twitter, parcourons les colonnes des journaux, nous ne tarderons pas alors, à rédiger un avis de recherche dans les termes suivants ":

Quelque chose a disparu de notre paysage auditif, un ersatz est venu remplacer cet absent. Quelle chose ? Quel ersatz ? La langue française. Ce n'est plus la langue française que nous entendons. Ce n'est plus celle que nous lisons. La langue française ne répond plus à l'appel de son nom. Il y a eu usurpation d'identité, une autre langue se fait passer pour elle.

Fabrice Luchini ne se résigne pas à ce remplacement. Depuis de nombreuses années déjà, sa double passion de la langue et de la pensée l'a conduit à dire sur scène et pour un public toujours plus nombreux : Céline, La Fontaine, Nietzsche, Valéry, Proust , Claudel ou encore le Bateau ivre de Rimbaud et, à la rentrée il proposera un nouveau spectacle sur l'argent.

Pourquoi ce thème Fabrice Luchini ? et pourquoi sollicitez vous les écrivains à l'heure où ce sont les économistes qui font la loi ?

Au cours de cette émission, Fabrice Luchini lit des extraits de: Manuscrit de 1844 de Karl Marx, Timon d'Athènes de William Shakespeare, La sagesse de l'argent de Pascal Bruckner, L'argent de Charles Péguy ( La Pléïade), La poule aux oeufs d'or de Jean de la Fontaine ( La Pléïade) et Alain Finkielkraut lit des extraits de L'argent de Charles Péguy ( La Pléïade) De Jean Coste de Charles Péguy ( Actes Sud)

Le spectacle "L'argent" de Fabrice Luchini commencera le 15 septembre prochain à la Salle Réjane du Théâtre de Paris 15, rue Blanche, 75009.

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Qu'attendre de Dieu ?

13 Mai 2017, 03:46am

Publié par Grégoire.

Qu’attendre de Dieu et des hommes ? Peut-on tout demander à Dieu ? Faut-il attendre que Dieu nous exauce, ou ne doit-on compter que sur nous ou sur nos frères ? Dans cette attente, quelle espérance doit-on fonder sur Dieu et sur l’homme ?

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Tout est comme au premier matin du monde : donné.

11 Mai 2017, 03:16am

Publié par Grégoire.

 Tout est comme au premier matin du monde : donné.

Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l’absolu qui nous entoure. Il nous appartient-quand tout nous fait défaut et que tout s’éloigne- de donner à notre vie la patience d’une œuvre d’art, la souplesse des roseaux que la main du vent froisse, en hommage à l’hiver. Un peu de silence y suffit.

Nous sommes sans défense devant notre vie. Nous ne pouvons que l’accueillir, rien de plus. Nous ne pouvons qu’entendre ce second cœur qui nous est donné, plus matinal que l’autre. Il ne fait qu’emprunter notre corps et survivra à nos jours, continuant de battre la mesure d’un temps prodigue. Le silence rafraîchit le cœur impondérable, plus rouge et vivant que notre vie. L’inconsolable le nourrit.

Christian Bobin, Le huitième jour de la semaine

 

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L'amour, la solitude...

9 Mai 2017, 04:51am

Publié par Grégoire.

L'amour, la solitude...

Ce que je pourrais vous dire à propos de la solitude, je pourrais le dire à propos de l’amour et de beaucoup d’autres choses. Toutes ces choses-là se touchent et jouent ensemble. Il est très difficile d’en isoler une. Tous ces atomes sont liés, comme ceux qui composent l’air que l’on respire … D’ailleurs toutes ces choses-là sont « respirantes » : aident à respirer ; elles donnent la plus grande respiration possible. L’amour, la solitude, l’écriture, le chant, le jeu, j’aime par exemple à les faire tourner comme des toupies sur la page, parce que je les éprouve dans ma vie même comme tournant l’une sur l’autre, l’une dans l’autre.

Cependant, que saurais-je dire de la solitude des autres … Bien qu’il me soit déjà arrivé d’écrire là-dessus, je reconnais que personnellement j’ai tendance à parfois aller trop vite vers du sublime, vers du céleste. Il faut donc bien préciser que je n’ai pas choisi de vivre comme je vis, même si j’en suis heureux et même si je m’éprouve vivant dans cette vie-là, un peu étrange et un peu, par certains côtés, retiré …

Je n’ai pas choisi cette vie-là et je dois même ajouter - c’est une pensée qui me vient souvent et qui me fait sourire - qu’à peu de choses près, j’aurais fait un assez bon autiste ! Il y a peut-être eu un handicap au départ, peut-être quelque chose m’a-t-il manqué … Certaines choses m’ont été données et d’autres n’ont pas été données. Mais on ne peut pas tout recevoir comme on ne peut pas tout donner non plus … Je crois que cela n’est pas en notre pouvoir. C’est peut-être dans le pouvoir de Dieu mais pas dans le nôtre. Certaines choses ne m’ont pas été données, qui ont fait – et cela j’en suis presque sûr – que j’aurais pu être un sauvage beaucoup plus renfrogné que je ne le suis … et peut-être même malheureux. Tout s’est joué à très, très peu … Voilà pourquoi j’ai scrupule à aller vers ce qui ressemblerait à une théorie de la solitude. De même, je supporte assez mal les théories, les grands systèmes de pensée ou les pensées trop construites, trop élaborées sur l’amour … comme sur tout ce que vous voudrez.

Si peu éloignées que l’un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard : « L’amour la solitude ». Ils ne sont même pas séparés par une virgule … C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé et ce n’est pas séparable.

Mais moi je vous dis cela aujourd’hui, à quarante-cinq ans … Il m’a fallu beaucoup d’années, beaucoup de temps, pour que j’arrive à entendre un peu de ces choses-là. C’est venu petit à petit, par des occasions, par des hasards, par des rencontres. Curieusement, ce sont quelques personnes, quelques rencontres, qui m’ont donné la solitude. C’est un don, qui m’a été fait. Comme le reste d’ailleurs … Ce n’est pas à moi, c’est quelque chose que l’on m’a donné.

Comment peut-on faire don de la solitude ?

 Je crois qu’on vous donne cela en vous aimant. Mais en vous aimant pleinement, sans raison, de façon sans doute insensée … Si l’on reçoit ne serait-ce qu’une parcelle, un rien, un fragment d’un amour de ce genre-là, après, c’est tout ouvert devant vous … Et même si ce qui vous a été donné disparaît, ça reste ouvert ! C’est le plus grand bien-être physique, mental et spirituel. Je me refuse à séparer ces domaines-là. Même si le langage m’amène à les formuler en trois fois, en trois mots différents, même si pour réfléchir, pour écrire, pour parler entre nous - ou pour parler de façon générale - je sui obligé de passer par un mot et ensuite l’autre, je sais que tous ces états en nous ne sont pas séparables. La chair, l’esprit, l’âme, le cœur … qu’on les appelle comme on veut - c’est important aussi qu’ils aient chacun leur nom - ne sont en réalité pas séparables. Et toutes ces choses-là sont irradiées par un regard, quand ce regard est vraiment juste, vraiment tout de bienveillance, aimant. A partir de là, c’est une liberté, une respiration inimaginable ! Après vous pouvez vous ennuyer, ça n’a plus d’importance. Après on peut même connaître la mauvaise solitude à certains moments, ça n’a plus d’importance. C’est comme si on m’avait donné une nourriture … qui suffit. Qui suffit même si elle n’est plus renouvelée, même si elle n’est plus redonnée, même si on ne sait pas très bien en quoi elle consiste. Il suffit peut-être d’avoir reçu cette chose et de ne pas douter qu’elle a été donnée. De ne pas faire porter le doute là-dessus. De peut-être laisser tout le reste de la vie dans un grand tremblement, dans une fièvre, dans une inquiétude - car je crois que l’inquiétude est bonne - mais de ne pas douter de ce tout petit point-là. Dès lors, en même temps qu’à l’amour, c’est à notre solitude, c’est-à-dire à notre liberté, qu’on s’est donné. Pour moi, les mots solitude et liberté sont pleinement équivalents.

Christian Bobin, la grâce de solitude.

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Fracassantes lumières

7 Mai 2017, 04:42am

Publié par Grégoire.

Fracassantes lumières

La poignée en cristal de la porte du paradis, en t’écrivant j’arrive presque à la tourner. Presque. C’est assez beau, cette vie où on ne peut rien faire qu’échouer, tu ne crois pas ?

Lire est une passion lente. S’émerveiller d’un rire gravé dans l’air va plus vite à l’essentiel.

Je sens mon visage s’éclairer comme si le livre sur lequel je me penche était une bougie.

L’abandon est ce tremblement de terre que la bête du cœur devine avant qu’il arrive.

Un poème est le maximum de sensibilité qu’un homme ou une femme puisse connaître. Un rien de de plus et les poumons du langage éclatent, comme ceux des plongeurs qui remontent trop vite du fond de l’océan.

Vivre – gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés.

Les femmes sont brutales, n’est-ce pas. Les madones sanglantes. Elles piétinent dans l’enclos de la liberté – sautent  par-dessus la barrière et vont se perdre dans la nuit. Sans elles pas de vie risquée, aucun amour, rien.

J’ai été toi et c’était la même révélation.

Le poète perce quelques trous dans l’os du langage pour en faire une flûte. Ce n’est rien  mais ce rien parle de l’éternel.

Quand je lis un poème, c’est la mort des horloges.

J’épluchais une pomme rouge du jardin quand j’ai soudain compris que la vie ne m’offrirait jamais  qu’une suite de problèmes merveilleusement insolubles. Avec cette pensée est entré dans mon cœur l’océan d’une paix profonde.

Quand tu avançais c’est un monde qui avançait avec toi, comme avec la mariée sa traîne, injuste et sainte. Noireclaire. Ta mort n’y change rien : je te vois en mouvement, toujours en avançant, et la vie surabondante te suit, le printemps arrive avec ton nom.

Je t’écris pour t’emmener plus loin que ta mort.

 Christian bobin, Noireclaire

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"Itinéraire pour un cœur amoureux"

6 Mai 2017, 04:55am

Publié par Grégoire.

Loin des discours contemporains dominants, Fabrice Sabolo nous propose de le suivre et entrer en conversation sur l'amour, le long du chemin de notre humanité. Il ne s'agit pas d'un décorticage froid et chirurgical qui nous inviterait à regarder l'humain sans passion et à distance mais d'un itinéraire à travers éros et philia illuminant, parfois sans concession, notre dignité humaine au cœur de notre aspiration à aimer. Peut-on aimer quelqu'un ? Peut-on l'aimer pour toujours ? Peut-on dépasser le dilemme d'un amour fusionnel intense mais fugace ou d'une vie partagée, mais ô combien trop longue ? Emprunter l'itinéraire de Fabrice Sabolo, c'est marcher avec un ami et nous vouloir du bien

Loin des discours contemporains dominants, Fabrice Sabolo nous propose de le suivre et entrer en conversation sur l'amour, le long du chemin de notre humanité. Il ne s'agit pas d'un décorticage froid et chirurgical qui nous inviterait à regarder l'humain sans passion et à distance mais d'un itinéraire à travers éros et philia illuminant, parfois sans concession, notre dignité humaine au cœur de notre aspiration à aimer. Peut-on aimer quelqu'un ? Peut-on l'aimer pour toujours ? Peut-on dépasser le dilemme d'un amour fusionnel intense mais fugace ou d'une vie partagée, mais ô combien trop longue ? Emprunter l'itinéraire de Fabrice Sabolo, c'est marcher avec un ami et nous vouloir du bien

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Itinéraire pour un coeur amoureux

5 Mai 2017, 04:09am

Publié par Grégoire.

de Fabrice Sabolo. Collection Philosophie 288 pages - avril 2017

de Fabrice Sabolo. Collection Philosophie 288 pages - avril 2017

 

Voici l’histoire de deux amours. L’un est à la racine de toutes les séductions, de la quête effrénée d’un idéal qui le captive, le fixe et parfois le dévore. C’est l’amour qui habite le coeur de l’artiste, aspire à la beauté, à la forme parfaite et qui, pour mieux s’éprouver, ira jusqu’à rendre impossible son assouvissement.


Le second est moins bavard, moins flamboyant. Il ne désire qu’une chose : aimer l’autre. Loin de nier les aspérités de la vie réelle, il trace son chemin à travers les aléas du quotidien, luttant pour ne jamais éteindre la flamme qui l’anime : l’amour – réciproque – de la personne, qui est son secret.


Voici l’histoire de quelques questions décisives :

peut-on vraiment aimer quelqu’un ? Peut-on l’aimer pour toujours ? Peut-on dépasser le dilemme d’un amour fusionnel, intense mais fugace, ou d’une vie partagée, mais ô combien trop longue ?

Voici l’histoire d’éros et philia, deux grandes figures de l’amour qui ne cessent de renaître.


Docteur en philosophie, Fabrice Sabolo travaille dans le secteur social et enseigne en milieu universitaire. Il a notamment dirigé un centre de préformation aux métiers de l’éducation. L’amour, l’art, le travail et la personne sont ses thèmes de prédilection.

 

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17948/itineraire-pour-un-coeur-amoureux

 

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