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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

20 Juin 2020, 23:23pm

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

C’est là où la marque de la grâce en nous, de l’esprit de Jésus qui nous a marqué, s'il n’est pas vécu dans une radicale pauvreté en esprit, devient terrible. Elle devient cette prétendue maitrise du monde par l’explication rationnelle des choses en se prétendant détenteur du pourquoi ! C’est, pour l’homme, la tentative désespérée de préserver son droit d’ainesse et l’absolutisation crétine de son fonctionnement masculin. C’est pour cela que les hommes face à Jésus, soit ne l’aiment pas, soit en ont la trouille et paniquent. Le pourquoi des choses donnés dans l’abaissement (le lavement des pieds) le service de l’esclave (il se donne comme pain) et l’auto-identification à la misère des autres (la Croix) n’est pas du tout l’image virile, héroïque et chevaleresque que l’homme se fait de lui-même et de la vérité qu’il rêverait de vivre.

Les femmes à l‘inverse, n’ont pas besoin de l’explication du pourquoi si la présence de Dieu leur est donnée intimement et éclaire tout cela. Par contre elles veulent savoir le comment. 

Autant un homme met son grain de sel dans le pourquoi, autant une femme met, assez souvent son grain de sel dans le comment ! Parce qu’elle pense, trop souvent, être l’incarnation du juste comment des choses… C’est souvent un peu ça dans les familles : « va demander à papa pourquoi... le comment c’est moi qui gère ! »

Jésus ne vient pas dire le comment, puisqu’il est le comment. Et dans ce comment, il n’y a pas d’explication, ni de bonnes manières de faire. Juste quelqu’un à suivre, et à aimer. Et il n’y a même pas de bonne manière de l’aimer. Il y a juste à s’occuper de lui et plus de la manière dont on l’aime. Parce qu’il est dans sa personne Le chemin. Il est la manière d’avancer et ce vers quoi je vais. Puisqu’il est La vie. La vie tout court.

Quand Marthe et Marie vienne de perdre leur frère, c’est le comment qui les intrigue : « comment se fait-il que tu n’étais pas là ? Quelle est la cohérence de ta manière de faire ? Au regard de la grandeur de ce que tu dis, tu fais l’inverse. Je sais que mon frère ressuscitera, mais dans le comment je n’aimerai pas qu’on attende trop ! » Et la réponse de Jésus à Marthe est simple : « Je suis la résurrection ! » Autrement dit : « tu veux que ton frère soit vivant ? Mais la vie elle est devant toi ! La solution à ta souffrance, elle est là, c’est moi ! Je suis La solution, mais pas l’explication » 

Jésus se fait le chemin, la porte, donc le moyen. Comment cet homme qui est Dieu peut se proposer comme un chemin et comme un moyen ? C’est en tant que livré pour nous, en tant que crucifié, c’est à dire épousant notre condition humaine jusqu’au bout qu’il vient nous donner de vivre du Père et faire de nous des sources divines.

Et c’est là qu’est le conflit pour nous : que le chemin, le moyen, la porte, le comment, la lumière… soit le crucifié. C’est tout ce que nous ne désirons jamais avoir à rencontrer. Parce que ce qui pour nous est le chemin, et plus spécialement pour la femme, c’est l’amour, la tendresse, la pérennité de ceux qu’elle aime, leur réussite, leur luminosité, leur beauté, leur santé.

Il y a dans Jésus détruit, en état d’altération, tout ce qu’une femme veut chérir dans ceux qu’elle aime. Jésus a été en plus méthodiquement détruit par les hommes. On voit bien cela chez Marie Madeleine au matin de Pâques, cette oscillation entre le désespoir, la colère et l’amour. Elle n’a pas accepté qu’il se laisse massacrer comme ça. Elle n’a pas accepté que s’expose sous ses yeux la destruction de son bien-aimé. Et on voit là, l’immensité du cœur féminin qui est de consentir à se soumettre au crucifié. De devoir se plier à ça ! De ne rien pouvoir changer. En plus elle n’a pas accès à Jésus : il est cloué ! Elle ne peut donc rien faire ! Elle est obligée de se soumettre, de consentir au chemin qu’il est.

Les hommes eux sont effondrés, désarmés. Ils ne sont pas en conflits. Ils ont déserté. Là où il y a trop de souffrance, un homme n’a plus les moyens de la révolte.

Et là, ce dont il s’agit, c’est de se soumettre à la fragilité de Dieu qui s’est fait homme, jusque dans l’extrême anéantissement du crucifié.

à suivre ...

Grégoire +

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Le doux appel de l'amour

19 Juin 2020, 12:04pm

Publié par Grégoire.

Le doux appel de l'amour

Je trouve bon et juste de t' avoir écrit cette lettre ma chère Helga. Bien que tu sois morte et ne puisses la lire, ça m'aura comme réconforté de griffonner ces lignes.

Hier j'ai pris ma canne et suis allé me promener, sur mes vieilles jambes foutues. Je me suis couché dans l'herbe entre les Mamelons d'Helga, comme je l'ai fait si souvent. Au sud, de gros nuages se déplaçaient vivement et de la lumière filtrait entre les cumulus. C'est alors qu'un merveilleux rayon de soleil a transpercé les nuages pour se planter sur moi et aux alentours, pour ne pas dire sur nous, puisque j'étais couché là, contre ta poitrine.

C'est à ce moment qu'elle est arrivée, la petite bergeronnette ; elle s'est posée tout près, sur une motte herbue. Je lui ai demandé, comme grand-mère Kristin me l'avait appris, où je passerais l'année prochaine. La bergeronnette a hoché la queue mais ne s'est pas envolée et j'ai compris que le poseur de question n' en avait plus pour longtemps. Le rayon de soleil inondait la colline d'un tel flot de lumière que j'y ai vu le signe qu'un grand esprit me faisait, de l'autre côté de la vie. Alors je me suis mis à pleurer, vieillard sénile que je suis, échoué entre deux protubérances en terre d'Islande, les Mamelons d'Helga, et je compris que le mal, dans cette vie, ce n'étaient pas les échardes acérées qui vous piquent et vous blessent, mais le doux appel de l'amour auquel on a fait la sourde oreille — la lettre sacrée à laquelle on répond trop tard, car je le vois bien à présent, dans la clarté du dénouement, que je t'aime moi aussi.

Bergsvein Birgisson, Lettre à Helga

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Décrasser le nom de Dieu de ses dorures

18 Juin 2020, 09:56am

Publié par Grégoire.

Décrasser le nom de Dieu de ses dorures

La première fois que je l'ai vu, devant la gare du Nord à Paris, il agitait des bras si grands qu'il soulevait sans y penser des nuages dans le ciel bleu, comme des bottes de paille blanche. La deuxième fois, sa tête sortait de la fenêtre d'un immeuble d'Aubervilliers, comme une tête de géant soufi incrustée dans une pyramide. Il m'a préparé ce jour-là une paella assez garnie pour me nourrir jusqu'à ma mort. Je regardais cette montagne faire la cuisine. C'étaient les mêmes mains qui versaient le vin tonitruant dans les verres, et qui avaient écrit L'Évangile du gitan*, offrant à l'âme surprise la manne surabondante de l'esprit.

Parlant du spirituel, on croit souvent nécessaire de tamiser sa voix comme si on entrait dans un domaine feutré, luxueux, loin de la vie quotidienne. Le génie de Jean-Marie Kerwich est de dénicher Dieu à l'intérieur même de cette pauvre vie, la seule que nous ayons, avec le buisson fleuri de la mort à la fenêtre. Il a vécu dix-sept ans au Canada dans un petit cirque fondé par ses parents. Les feuilles rouges des érables ont brûlé ses paupières. La neige admirable a enseveli ses songes. Quand le chat sauvage de la misère lui a griffé le cœur, il a encaissé, avec ce panache propre aux gitans cravatés à la diable et baptisés d'eau de Cologne. Revenu en France, il a trouvé l'argent de la survie en faisant un numéro de jongleur dans les cirques et les cabarets. Les églises, les temples ni les mosquées n'ont jamais eu la primeur du spirituel. Sous la fausse voie lactée des cabarets, somnolent des malfaisants, des prostituées - et des anges.

C'est le travail des mystiques que de décrasser le nom de Dieu de ses dorures, de le frotter jusqu'à lui rendre son éclat primitif. Le soleil de l'absolu brille dans la ténèbre des épreuves. La cognée du réel en s'enfonçant dans le cœur de Jean-Marie Kerwich en a fait couler un miel divin.

Être vivant, c'est être sensible. Être sensible, c'est passer plusieurs fois par jour la frontière entre soi et l'autre, entrer sans la forcer dans la solitude d'un homme, d'un nuage, d'une rose. Dieu est le roi des sensibles, le plus brûlé des grands brûlés, l'humain absolu. Partout en visite dans le monde créé, partout crucifié, il ne pense jamais à son intérêt - une lumière qui s'égare loin de sa source pour venir en aide aux fleurs des murailles. Par la finesse de sa pointe, L'Évangile du gitan s'inscrit dans la lignée des mystiques orientaux, ces vagabonds que trois atomes de lumière soûlent à mort. Il célèbre le faste d'une vie sans confort qui n'a besoin pour fleurir que d'un peu de larmes et de soleil.

L'air qu'on avale dans le monde est plein de lames de rasoir. L'air qu'on respire dans ce livre est du bleu pour l'églantier des poumons. Au XIe siècle, en Iran, Omar Khayyam écrivait Les Robaiyat, livre fraternellement proche de L'Évangile du gitan. Il n'y a pas de temps. Il n'y a que des familles d'âmes, chacune rassemblée dans sa caravane céleste. Dieu est perdu. L'écriture l'accueille. Elle lui apprend ce qu'il a créé de bon et de tragique et, ce faisant, elle l'apaise. La porte est entrouverte, le café fume, le vent vient partager un peu d'arabica. Le gitan regarde au-dehors, le vent vient lui serrer la main.

Christian Bobin

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Regarde-moi. Regarde au fond de mes yeux: il est là

17 Juin 2020, 11:48am

Publié par Grégoire.

Regarde-moi. Regarde au fond de mes yeux: il est là

" Le chrétien n’a plus le droit d’être seul. La place manque, même au désert, l’homme est partout. « Pourquoi me fuis-tu ? Je suis toi-même. Tu cherches le Christ ? Regarde-moi. Regarde au fond de mes yeux: il est là. » C’est la leçon de notre temps. "

F Mauriac.

(...)

L’Évangile enfin accepté. C’était là l’essentiel du témoignage de F Mauriac, mais contrairement à ce qu’on pense d’ordinaire, la sérénité ne suit pas toujours ces réformes de l’âge mûr. Je ne savais pas bien, lorsque je connus Mauriac, que le choix entre le Christ et le monde – le monde dans ce qu’il a de faux et d’injuste – ne détermine pas nécessairement la transformation totale de l’homme. Si c’est un miracle, c’est comme on l’a dit, un miracle lent. On choisit l’Évangile, mais le monde reste en nous avec son attrait multiforme.

 

L’aventure des premiers disciples n’est pas sans rapport avec la nôtre. Il est exaltant de laisser là ses filets, son établi, sa table de travail pour suivre l’homme extraordinaire qui dit des choses qu’on n’est pas sûr de toujours comprendre – et cela ne fait rien qu’on ne comprenne pas tout, parce que c’est lui et qu’il nous appelle. Les reproches viendront cependant, et durs : «  ...Vous qui êtes mauvais... Hommes de peu de foi... Toi, tu vas me renier...»

 

Chez nous de même, le grand retournement de tout l’être ne se fera parfois que vers la fin du jour, dans les dernières clartés de l’après-midi. Mauriac a pressenti ces choses. Entre le moment où l’âme se met en route et celui où elle se rend à Dieu après des idolâtries sans nombre, il n’y a pas trop de toute une vie pour faire le voyage, et il arrive qu’on le supporte mal et qu’on s’en prenne furieusement à soi de la longueur du parcours.

 

À ne pas tenir compte de ces faits, on risque de mal comprendre le drame spirituel de Mauriac, car ce choix qui engage tout l’homme pose des problèmes à l’écrivain. La tentation de se reprendre est, en effet, toujours là. Mauriac, lui, fut fidèle jusqu’à la fin, mais son art même, jusque dans son essence, resta l’enjeu d’une partie redoutable. Le cas est étrange, mais il n’est pas rare. L’homme François Mauriac a accepté le choix.

 

Les personnages de Mauriac se montrent beaucoup moins dociles que lui, qui pourtant le fut assez peu... D’abord ils ne veulent du choix à aucun prix. Ils ont ceci de passionnant qu’ils sont avant tout des rebelles, des rebelles qui finissent assez souvent, je le sais, au pied de la croix, mais après combien de longues et violentes révoltes... Parfois même, et cela est pire, il n’y a pas de révolte, il n’y a que le refus pur et simple, jusqu’à ce que se produise, mais fort tard, ce que Port-Royal eût appelé un coup de la grâce, et alors tout est bien : un rayon de lumière céleste vient effacer le désastre d’une vie manquée.

 

On peut se demander, du seul point de vue du romancier, si cette révolte et ce refus ne sont pas plus captivants que le salutaire agenouillement dont nous ne doutons pas qu’il vienne, puisqu’il le faut. Jusqu’à quel point l’auteur est-il de cette humanité qu’il invente et fait souffrir, et qu’il rattrape au moment où elle va se perdre ? Certains de ses personnages courent droit aux abîmes. Non pourtant. À la dernière halte de leur existence toute noire, François Mauriac accorde aux misérables un retour à la foi et le secours de cette pitié divine qui arrange tout. Et cela est souvent ainsi – nous avons tout intérêt à ne pas y contredire : Dieu vole les âmes au démon l’une après l’autre. Mais c’est le romancier qui me retient, c’est l’homme dont je sens la présence derrière ces récits ténébreux, car de tous les romans qu’il a écrits, celui que je mets au-dessus de tous les autres pourrait s’appeler François Mauriac et c’est aussi le plus tragique : il est partout, depuis les vers où l’auteur regrette les péchés qu’il n’a pas commis jusqu’à ce Maltaverne dont on dirait que Dante lui a soufflé le nom à l’oreille et qui évoque je ne sais quelle sombre étape sur le chemin de l’au-delà.

Ira-t-on jusqu’à dire qu’après avoir si loyalement renoncé, il se ravise et que sans bien le savoir il prend sa revanche dans la peinture d’un monde dont il ne veut plus – ou dont il ne vent plus vouloir ? Mais comment un écrivain aussi lucide n’aurait-il pas su ce qu’il faisait ? Cette impitoyable intelligence pouvait-elle vraiment n’avoir pas compris ? Tout est possible dans cet ordre d’idées. Nous ne nous pipons jamais si bien que lorsqu’il s’agit de nous-mêmes, mais si nous sommes honnêtes, et c’était le cas, il nous en reste un indéfinissable malaise. De là cette amertume et cette inquiétude, de là le tourment qui ne finit pas.

 

 

Qu’il me soit permis de rapporter un souvenir dont la trivialité n’est qu’apparente. Un soir que je le quittais rue de la Pompe, après une de nos longues promenades, pour rejoindre ma rue Cortambert, je lui dis : « Vous qui allez rentrer chez vous, cela ne vous paraît-il pas drôle, dix heures étant passées, de troubler le sommeil de votre concierge en faisant retentir devant sa loge un nom célèbre ? ». «  Que vous êtes bête, si je puis dire ! », fit Mauriac en riant. Mais je ne le lâchai pas. «  Reconnaissez au moins qu’il vous est agréable de penser à tous ces lecteurs qui vous admirent. » Il eut alors, soudain, un mot qui me laissa muet, parce qu’il ressemblait à un cri de détresse : «  Je ne veux pas être admiré, je veux être aimé. »

 

Combien d’années plus tard, quarante sans doute et plus, ne jetait-il pas ce cri de l’homme libéré : «  Croire, c’est aimer ! » Il savait bien alors que, dans cette immense histoire d’amour entre Dieu et l’âme qu’est la vie humaine, c’est Dieu qui commence, et que la déclaration d’amour, c’est Dieu qui la fait d’abord.

(…)

 La belle affaire que de traverser l’humanité comme on traverse un désert ! On se bouche les oreilles, on se crève les yeux pour se préserver des souillures du monde où le Christ a pourtant vécu, et qui trouve-t-on au bout de l’interminable chemin que l’on s’est tracé ? Non pas Dieu, mais une idole, une idole peinte et parée de toutes les vertus qu’on voudra, mais une idole : nous-mêmes.

Mauriac était beaucoup trop lucide pour s’exposer à une bévue aussi désastreuse. Il avoue sans difficulté que bien des chrétiens auprès de qui il se sent étranger sont plus fidèles que lui, «  comme on me l’a souvent et justement reproché », dit-il avec une humilité qui n’est pas feinte, «  plus charitables, plus dévoués aux œuvres que je ne le suis moi-même ». Mais aussi de quel superbe dédain il couvre «  les âmes médiocres qui se croient saintes parce qu’elles sont scrupuleuses ». Il y a dans ces paroles la hauteur à quoi l’on reconnaît le grave discours de Port-Royal.

 

Dans ce vaste examen de conscience qu’est l’œuvre de Mauriac, l’introspection de l’auteur atteint à une sorte de génie, mais d’un génie impitoyable. On est rarement descendu d’un pas plus ferme et plus assuré dans les profondeurs de l’âme et jusque dans ces régions obscures où le romancier ordinaire ne s’aventure jamais, parce qu’il n’en a ni le pouvoir, ni le désir. Qui trouve-t-on, en effet, dans ces ténèbres si ce n’est l’inconnu qui porte notre nom ? Ici, j’admire l’homme chez Mauriac plus encore que l’écrivain, car il ne s’agit plus tant de littérature que d’une recherche douloureuse de la vérité.

 

On connaît l’histoire du curé d’Ars qui demanda la grâce de se voir tel qu’il était. Cette prière fut exaucée et l’imprudent qui la fit, tout saint qu’il était, ne s’en remit jamais. Ne dirait-on pas que Mauriac a voulu, lui aussi, avec un étrange courage, obtenir le même face à face ? De là vient ce quelque chose d’éperdu dans ses remontées vers la lumière à la fin de ses récits. Il sait que Pascal a dit vrai, que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordures et que cette vue ne se supporte pas. À l’angoisse de Pascal, ne craignons pas de mettre en parallèle, pour la grandeur comme pour la misère, l’angoisse de François Mauriac.

 

On devine chez lui un amer contentement à s’avouer coupable. Or, nous dit-il, et c’est ici qu’apparaît une tentative de justification, «  un homme qui se sent pécheur est déjà aux portes du royaume de Dieu ». Et ailleurs il nous parle de ce besoin d’être pardonné qui est toujours en lui. La blessure que l’Église a le pouvoir de refermer, mais qui ne laisse pas de se rouvrir, on dirait que Mauriac n’est tranquille que s’il peut constater qu’elle est encore là. Beaucoup ont parlé de l’orgueil de Mauriac. Cet orgueil alterne avec des repentirs et des abaissements qui effacent tout. Il voit clair, trop clair peut-être. Rien, je crois, ne lui levait le cœur comme la bonne opinion de soi commune à tant d’âmes pieuses que l’orgueil spirituel rend aveugles. 

 

Si passionnant qu’il soit dans cet éclairage surnaturel, je me refuse à voir en lui l’homme des seules sévérités excessives. Une flamme brûlait dans son cœur, celle-là même qui lui arrachait le cri d’amour qui l’apparente aux meilleurs : «  Tu existes parce que je t’aime. »

 

Julien Green, discours de réception à l'académie française.

http://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-de-julien-green

Regarde-moi. Regarde au fond de mes yeux: il est là

La Pharisienne. Ce roman écrit pendant l’occupation, en des heures d’anxiété et d’ennui, j’y verrais le chef-d’œuvre de Mauriac. Je laisse de côté une histoire d’amour, je veux surtout regarder cette fascinante Brigitte Pian qui se range sans hésitation dans le petit nombre des élus, car c’est la sainte femme dans toute son horreur. Elle veut le salut du prochain, et elle le veut avec une poigne de fer. Dévorée d’un orgueil spirituel qui dépasse tous les orgueils possibles, elle se persuade qu’elle est humble. Elle fait le bien d’une manière qui épouvante. Dans un tiroir secret de sa commode, elle cache une lettre qui peut anéantir le bonheur de plusieurs personnes. Elle garde ce document.

Avec une lucidité qui donne le frisson, Mauriac se promène dans les ténèbres de cette âme qui se prend personnellement pour l’Église et que guette le démon. Sera-t-elle sauvée malgré tout ? Pour emprunter le langage de saint Thomas, il semble que non. Elle s’est trompée de rigorisme, elle a pratiqué sans amour une religion d’amour. Non sans une joie un peu cruelle, l’auteur nous montre son héroïne excédée tout à coup de sa piété factice. Alors elle devient humaine, ou presque, et bannit les lectures édifiantes dont elle a gavé sa mégalomanie religieuse. Elle se repaît de littérature profane, elle lit Adolphe, elle lit Anna Karénine, elle déclare : «  Tous les hommes sont des canailles. »

Julien Green, discours de réception à l'académie française.

 

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La martyr du sourire

16 Juin 2020, 05:04am

Publié par Grégoire.

La martyr du sourire

Je voudrais vous parler de celle dont tout le monde parle et qui échappe à tout le monde. Je voudrais vous parler de Marilyn. Sa folie a régné sur le monde et s'était un règne sans mauvaiseté. Mais de folie quand même. Elle est une preuve de Dieu. N'importe qui et n'importe quoi est une preuve de Dieu sur terre. La preuve - Marilyn a quelque chose de déchirant. Elle est perdue, mais ni plus ni moins que vous ou moi, n'est-ce pas, une fois que nous avons enlevé le maquillage de nos conforts, de nos savoirs, de nos croyances. Il n'y a que les nuages qui ne sont pas perdus. Et les fleurs des prés. Et les bêtes dans les bois. Tous ceux-là connaissent leur maître, savent qu'il ne les abanonnera pas, respirent de suivre la pure nécessité.

Marilyn suivait l'étoile désorientée de sa folie. Son visage constamment épousseté par les lumières des photographes est celui d'une poupée papillonnant des yeux et de l'âme, souriant à ses assassins. La folie est un mécanisme d'horlogerie très fin. On en voit les rouages que lorsqu'il se brise. Marilyn sait que l'humanité a faim, plus encore que de pain ou de sexe, d'une vraie gaieté, d'une gaité profonde accordée au secret des fleurs, du ciel, des anges.

Nous recherchons le paradis. Nous ne sommes jamais très loin de lui. La gaieté - la pure, pas la marchande : comment vivre une seconde sans elle, sans son secours, sans au moins sa nostalgie ? Les saintes de cinéma brûlent dans le noir. Leurs chevelures luisent comme des méduses. Rien ne s'éteint plus vite que l'incendie de l'irréel. Marilyn tendait une gaieté volatile sur la petite assiette de son visage. Mangez-moi. Ceci est ma folie, ceci est ma perte. Je suis des vôtres. Simplement j'ai dans les paillettes de mes yeux et sur la charité de mes lèvres les stigmates du paradis, l'ombre portée de la lumière éternelle. Elle affolait les hommes mais aussi bien les femmes ou le soleil. Sa fragilité était invulnérable. Elle n'arrêtait pas de souffrir ni de sourire. Ces deux passions n'en faisaient qu'une. Son sourire remonté à bloc était prêt à casser.

C'est une plaie d'être une femme mais qu'on se rassure, c'est une autre plaie d'être un homme. Il faut tenir son rôle jusqu'au bout. La vie, dit Rimbaud, est la farce à mener par tous. Mais la gaieté ? Ce je-ne-sais-quoi qui ensoleille le coeur, cette braise sur laquelle la main en chêne de la mort ne peut se refermer ? La gaieté est le sens profond de nos vies. Marilyn l'avait compris à sa manière folle. Elle en présentait les signes, un appât - son sourire était comme ces mouches artificielles aux lueurs émerveillantes que confectionnent les pêcheurs à la ligne, pour attirer le poisson. Une gaieté fausse mais reliée à la pure vérité, comme toujours le mensonge. Son sourire était le sillage d'une comète entrant dans l'atmosphère irrespirable du monde. Un astre mort tombait, entrainant des milliers de visages dans sa chute.

Ce qui manque à ce monde, ce n'est pas l'argent. Ce n'est même pas ce qu'on appelle "le sens". Ce qui manque à ce monde c'est la rivière des yeux des enfants, la gaieté des écureuils et des anges. Qu'elle dorme en paix, la martyre du sourire. Qu'elle soit remerciée de son dévouement de folle. Comme Einstein a donné son nom à la loi de relativité que je suis heureux de ne pas comprendre, Marilyn a donné le sien à la loi inexorable de la chute des coeurs. Cette nuit j'ai mal dormi. Plusieurs fois je me suis réveillé. Une phrase insistait dans mon crâne. Elle disait ceci : même dans l'enfer, et nous y sommes, il y a des merveilles.

 

- Christian Bobin

 

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Présent ?

15 Juin 2020, 13:16pm

Publié par Grégoire.

Présent ?

"Ce qu'on fait de mal, c'est de ne pas être assez présent. Être présent ? La flamme de la vie, je me souviens d'états de rêverie de mon père. Il était dans un songe qu'il ne partageait pas, mais il irradiait d'une présence, d'une luminosité dont je sens toujours les rayons sur moi. Les présences démentent la mort, démentent le néant. Les vivants que sont les morts.

Il faut que ce qui est dit touche au secret de ma vie, sans qu'on s'en rende compte.

Il faut que le silence qui est en moi soit touché comme par une main de lumière par la voix de l'autre.

Une seule parole peut changer toute la vie."

Christian Bobin

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (6)

14 Juin 2020, 04:17am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (6)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

L’homme porte en lui cette grâce de communiquer la lumière. Il en est le porteur et le passeur. Non comme un propriétaire ou un ayant droit, puisque cette lumière le dépasse. Lorsqu’il se l’approprie, c’est soit le pater familias romain, soit le cléricalisme mou ou tyrannique. Autrement dit, la lâcheté du fonctionnement masculin qui s’approprie un don gratuit pour faire oublier sa fragilité et sa pauvreté. Cette appropriation au niveau religieux est terrible car elle annonce toujours les prémices de la barbarie politique.

 

La femme, elle, lorsqu’elle accepte d’entendre que sa grandeur est réelle mais cachée aux yeux du monde et donc d’elle-même, elle peut entrer dans sa vocation qui la dépasse. C’est bien là l’état propre de la créature : on est fait pour quelque chose qui nous dépasse, dans laquelle on ne peut entrer que dans une totale pauvreté. On ne peut donc jamais en être propriétaire, ou avoir un droit sur ce qu’on est ou ce qu’on a à vivre. 

 

C’est pour cela que la question de Marie à l’Annonciation est : « comment cela se fera-t-il » et non pas « pourquoi » ? Et l’ange répond à Marie : « l’Esprit-Saint viendra sur toi, la puissance du Très-haut te prendra sous son ombre » mettant Marie au-delà du comment elle sera mère, et relative à Celui qui veut réaliser quelque chose de totalement nouveau avec elle.

 

Il en est de même avec la présence de Jésus dans l’Evangile. Il donne comme Die fait homme la lumière la plus profonde sur ce qu’on a à vivre, mais obligeant toujours à une radicale pauvreté. 

 

Ainsi les femmes qui le croisent dans l’évangile n’ont plus de doute sur le pourquoi, parce que dans le Christ la lumière de Dieu est atteinte. Le propre du Christ est d’être la lumière, la lumière en lui est directement accessible, et sur Dieu, et sur ce qui nous est donné à vivre : Dieu. Dieu en Jésus vient se dire et être lui-même la réponse au pourquoi.

 

Avec Jésus, l’homme n’est plus dépositaire de la connaissance : il est médiateur d’un mystère qui n’est plus dans le prolongement de ses compréhensions et encore moins de ses compétences. Ce n’est plus sa parole, sa logique, son projet. Il s’agit de conduire à Jésus, de transmettre en se laissant agir par ce qu’il annonce, autrement dit en agissant dans la personne du Christ. C’est vrai au niveau sacramentel, ou selon l’esprit du sacrement. Puisque les sacrements sont des signes visibles d’une réalité invisible. Donc qui rendent manifeste ce que chacun est appelé à vivre « en esprit ». Ainsi, nous sommes actuellement plongés en Jésus : par le baptême nous sommes actuellement dedans lui. Par l’Eucharistie, Jésus me signifie que dans sa personne, il m’est complètement relatif, il se livre à moi. Cela me demande d’être intérieurement complètement livré, donné sans retour, à lui et à mes frères. Dans son pardon il assume toute ma misère et lui donne une toute nouvelle signification. Cela exige alors que la misère de mon frère soit la mienne… etc. 

 

Là, les hommes pataugent, totalement appauvris puisque la présence de Jésus devient soudain le révélateur de leur pauvreté et de leur discours : ils ne sont plus détenteur de la connaissance, et de leurs compétences : ils sont comme anéantis dans leur prétention à un pouvoir sur les choses.

 

à suivre ...

Grégoire +

 

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Ces gens dont l'âme et la chair sont blessées ont une grandeur que n'auront jamais ceux qui portent leur vie en triomphe

13 Juin 2020, 09:27am

Publié par Grégoire.

Ces gens dont l'âme et la chair sont blessées ont une grandeur que n'auront jamais ceux qui portent leur vie en triomphe

«  C'est vrai. Il y a de la douleur dans le monde. Elle vous apprend que vous n'êtes pas tout. Mais elle n'est pas salutaire par elle-même.

Il y a des gens qui, dans la souffrance, se crisperont encore plus sur leurs pauvres possessions. Il y en a que la douleur ouvrira au vivant. D'un seul coup. Comme on peut ouvrir un fruit.

Ce ne sont pas les événements qui décident de notre vie.

C'est notre vie qui décide -par l'accueil ou le rejet que nous en faisons- du sens des événements. »

Christian Bobin

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Reconstruire l'éternité : Notre Dame à coeur ouvert

12 Juin 2020, 09:42am

Publié par Grégoire.

Reconstruire l'éternité : Notre Dame à coeur ouvert

(...)

Nous sommes des passeurs.

Quand l'architecte fabrique une oeuvre, l'Architecte du Patrimoine s'efface pour faire place à l'œuvre. Dans « Guerre aux démolisseurs », Hugo exhorte à l'humilité : « Faites réparer ces beaux et graves édifices. Faites-les réparer avec soin, avec intelligence, avec sobriété. Vous avez autour de vous des hommes de science et de goût qui vous éclaireront dans ce travail. Surtout, que l'architecte-restaurateur soit frugal de ses propres imaginations ; qu'il étudie curieusement le caractère de chaque édifice, selon chaque siècle et chaque climat. Qu'il se pénètre de la ligne générale et de la ligne particulière du monument qu'on lui met entre les mains ; et qu'il sache habilement souder son génie au génie de l'architecte ancien. » 

Je m'interroge aussi sur ce « geste architectural » dont on nous parle tant. Pourquoi faudrait-il qu'il soit exclusivement du côté de l'écriture contemporaine ?

(…)

 

Être éclairés

La question de la gestion de la lumière s'est rapidement imposée dans les réponses des architectes à l’assaut de la toiture de Notre-Dame, de la flèche et du ciel. Et nous volons, attirés comme des papillons de nuit, cherchant une lampe pour venir pour se brûler. Car on confond « être éclairé » et « être dans la lumière » de Dieu.

Ainsi, on veut nous faire croire que le verre est la matière de la lumière par excellence. Et comme nous souffrons de ne pas y voir clair, la transparence nous apparait comme le remède idéal. Hélas, ce n'est pas dans la boule de cristal qu'est la flèche qu'il faut la chercher. Elle ne réglera pas elle toute seule la confiance per due dans tous les espoirs déçus. Et, en aucun cas, cette lumière-là ne peut faire la lumière sur notre passé et notre présent qui peuvent, de temps à autre, nager en eaux troubles.

Le verre transparent laisse voir nettement les objets. Le verre translucide laisse passer la lumière. De l'autre côté, les formes résistent se dévoiler, les visages portent des masques, les corps traînent derrière eux de grandes capes, il y a encore quelque chose du mystère. Je préfère ce flou, l'aléatoire, le changeant de la matière transluCide afin que demeure le continuum du nuage. C'est moi ensuite qui décide de faire le nec, la mise au point sur les couleurs et la forme des objets, de manière sélective si le souhaite. En tout état de cause, la matière du verre seule me semble être une réponse évanescente, évaporée et intangible qui manque de chair,

Dans les projets que je vois, le choix du verre apporte une solution radicale à la prétendue obscurité de la cathédrale. En réalité, la lumière dont on parle à Notre-Dame n'a rien à voir avec le lumen ou le lux, qui est une unité de mesure de l'éclairement lumineux. La lumière qu'on cherche dans la cathédrale n'éclaire pas une surface ou le sens de la vue. Cette lumière est toute intérieure et ne dépend pas de la quantité des rayons du soleil diffusés à l'intérieur de la coquille. 

L'obscurité qu'on reproche à Notre-Dame n'est pas n'importe quelle obscurité en fait. Elle est la mystérieuse obscurité, la part d'ombre qui fait la part belle à tous les cierges allumés dans les chapelles et le choeur. Sans obscurité, point de lumière pour éclairer les endroits choisis. Il faut avoir conscience de l'immensité de l'ombre. La cathédrale n'a pas besoin de la clarté d'un écrasant soleil pour accueillir et se revêtir de lumière.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que c'est précisément le siècle des Lumières qui cherche aussi à apporter la lumière du soleil à l'intérieur de l'édifice. Les vitraux médiévaux sont déposés et remplacés par des vitrages clairs et géométriques et les élévations sont complètement badigeonnées. Ce projet traduit, comme pour le xxie siècle, l'expression d'un grand besoin de lumière, apparentée ici à la connaissance. Dans un même temps, il règle son compte à tout le mysticisme du Moyen Âge en barbouillant de blanc la profondeur des couleurs et la lumière de l'or.

(...)

 

 

L'incendie de Notre-Dame de Paris a sidéré les Français comme le monde entier, croyants comme non-croyants, comme si une part de nous-mêmes avait brûlé, une part d'enfance avec notre Mère.

Marie-Amélie Tek en a été d'autant plus bouleversée que, architecte du patrimoine, elle a voué sa vie à la préservation du patrimoine.

Dans cet essai, écrit avec le coeur et un style d'une poésie éblouissante, l'auteur revient sur la signification profonde du bâtiment, sur le rapport à la matière et à l'harmonie, s'effrayant que l'on dissocie la fonction du lieu et sa construction. Elle interpelle les architectes qui doivent s'effacer derrière les mille ans de prières qui ont façonné Notre-Dame. Elle fait ainsi un développement rassérénant sur le bois de la charpente, allant à la rencontre des bûcherons qui retrouvent les techniques ancestrales pour couper le bois, le travailler. La matière n'est pas que matériau, elle vit aussi de la fonction qu'on lui donne, de l'âme de ceux qui la travaillent.

À la suite de Victor Hugo qui voyait en Notre-Dame un chef-d'oeuvre d'art total, Marie-Amélie Tek nous propose un ouvrage visionnaire, déployant avec force les arguments historiques, architecturaux, mais aussi humains afin de nous questionner sur notre rapport à la cathédrale Notre-Dame de Paris, mais aussi sur la résonance du patrimoine spirituel en chacun de nous.

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il n’y a rien d’autre à faire dans cette vie que d’y être parfaitement présent

11 Juin 2020, 10:05am

Publié par Grégoire.

il n’y a rien d’autre à faire dans cette vie que d’y être parfaitement présent

 

 

Quel a été selon vous le rôle de la lecture dans ces deux mois de confinement?

 

Silence… Le monde prétendu moderne est une sorte de conjuration contre la chose la plus vieille du monde et la plus solide au monde, à savoir le cœur. J’entends par cœur, pas le sentimentalisme, pas même le sentiment, mais une puissance de vie que chacun de nous peut avoir, une respiration. Ce que parfois on pouvait qualifier d’intériorité, ou dans des temps beaucoup plus anciens, l’âme. Les sociétés d’aujourd’hui sont rendues malheureuses par la mise à sac de cette intériorité. Or elle est la vraie force de chacun. Quand chacun rentre dans son centre, revient vers soi-même et retrouve quelque chose qui ressemble à l’enfance, il est invincible.

 

Qu’entendez-vous par invincible?

 

C’est ne pas soumettre sa vie à l’ordre du monde. C’est laisser sa vie dans la plus grande respiration possible, dans la fantaisie, parfois dans le silence, dans une parole qui sera toujours vive, fraîche, non conventionnelle. Être invincible c’est juste être vivant.

 

Vous parlez de l’importance de l’intériorité, que pensez-vous des conséquences de cette épidémie sur le rapport à l’autre?

 

Votre question est trop générale. La vie, pour moi, c’est la singularité même, le concret. La manière de vivre américanisée et électronisée détruit, en souriant, le singulier. Si vous me posez une question trop générale, je vais me taire car je ne suis ni un philosophe, ni un sage.

Ce qui me frappe actuellement, ce sont les images des villes vides. Des choses pauvres se reprennent comme le chant des oiseaux. Je ne sais pas si on le perçoit dans les villes mais je le perçois dans la forêt où j’habite. Il y a eu une renaissance des cantates d’oiseaux. Le vert des feuillages était plus affirmatif. La nature pendant ces semaines a retrouvé une confiance que nos vies insensées lui avaient fait perdre.

 

Ce matin, j’ai traversé un pré et je me suis arrêté sous un chêne. La nature était devenue une phrase parfaite, un morceau d’un poème très pur, extrêmement simple et qui m’a fait tout oublier. Les fragments de cette phrase étaient composés de l’arbre, des mouvements de ses feuilles, balancées très élégamment, sans fureur, par une brise légère. Il y avait aussi une lumière qui lançait ses javelots dans l’herbe, et une ombre très douce dans laquelle je me tenais. Un sentiment m’est entré dans le cœur: il n’y a rien d’autre à faire dans cette vie que d’y être parfaitement présent. Quelque chose d’adorable essaie de nous parler à chaque instant. Cette expérience a duré cinq secondes et elle était infinie. Je me rappelle d’avoir souri de ma misère d’homme, de n’être que de celui que je suis.

 

Avez-vous toujours eu ce langage poétique?

 

Je serai incapable d’exprimer autrement cette expérience d’être. C’est comme si je n’existais presque plus et que cela me comblait. Quelle que soit l’époque – si dure soit-elle –, le mouvement d’une brise, la sentence bienveillante d’un rayon de soleil, la fierté d’un brin d’herbe qui se redresse, la royauté d’un arbre, tout cela ne demande pas d’étude. Aucune puissance ne peut se mettre entre cette douceur et vous. L’humanité est profondément unique car ce que je connais moi, je peux le partager. Les choses de fond sont les plus lumineuses même si elles sont enfouies.

 

Vous considérez-vous croyant?

 

Je parlerai plutôt de confiance, mais je ne saurai vous dire sur qui ou quoi repose cette confiance. La confiance est la capacité inexplicable de continuer à vivre alors que même la vie semble vous avoir quitté. Il m’est toujours apparu que la vie est bien plus grande que celle que nous vivons. Elle n’est pas ailleurs. Par instant, nous arrivons à mettre nos yeux en face des yeux de la vie. C’est comme un enfant que la mère soulève et porte devant son visage: il y a des moments où nos yeux sont plantés dans les yeux solaires et terribles de la vie.

 

Cela me fait penser à votre ouvrage La Part manquante…

 

En effet. C’est un ouvrage ancien. Mais il en va sans doute de l’écriture comme de la vie: nous passons notre temps dans une danse de derviche tourneur, à danser autour d’un point indicible et invisible.

 

Quelle est votre définition de l’Amour?

 

L’Amour c’est quand une vérité arrive. Le reste du temps, c’est une comédie à laquelle nous participons tous. Ce qui arrête la comédie, c’est soit la mort, soit quelque chose de plus fort encore, doté de beauté et de grâce.

 

Connaissez-vous le Liban?

 

C’est, je crois, un des pays les plus proches de la poésie, celle qui fait venir dans sa parole du feu et des roses. Pour moi, la poésie est l’état le plus haut du vivant.

 

Christian Bobin, Propos recueillis par Zeina Trad pour L’Orient Littéraire

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Une âme triste est une âme qui se trompe

10 Juin 2020, 04:54am

Publié par Grégoire.

Une âme triste est une âme qui se trompe

Partout Dieu nous attend, mais un Dieu en loques, mal rasé, inquiet - pas le soleil à crâne d'or des antiques processions religieuses. Ce Dieu-là ne s'encombre d'aucun rituel. Notre étonnement et une pointe de gaieté lui suffisent comme monnaie dans sa main tendue. J'appelle « Dieu » la vie à peine sortie du tombeau des conventions, mal fichue, décoiffée comme au sortir du lit, adorable.

Et j'appelle « anges » ces gens qui s'intéressent passionnément à la vie et s'émerveillent de n'y rien comprendre. J'ai passé un dimanche après-midi chez des anges. Chacun était unique. Il n'y a pas de fabrique des âmes. Il ne peut y en avoir. Le songe, la sauvagerie et la décision soudaine sont les racines de l'âme. Ce qui n'est qu'efficacité l'anéantit. Un des anges passait ses journées à dessiner avec des crayons de couleur les arcs-en-ciel qui illuminaient sa boîte crânienne. Il n'exposait pas ses œuvres, fuyait tout commerce.

C'est un des signes certains pour reconnaître un ange : l'horreur des affaires. Un autre travaillait dans une banque et c'est encore un signe pour les distinguer : ils contredisent toutes les règles, même celles qui les définissent, et ne sont jamais là où nous avons coutume de les épingler, froids sur les tympans des cathédrales, endimanchés dans les livres de peinture. Ils parlaient des uns et des autres.

Les âmes sont indéchiffrables, comment s'arrêter jamais de les commenter ? Le commentaire infini que tissent chaque jour nos confidences et nos émerveillements est le bruit que fait la caravane de l'éternel à nos fenêtres. En écoutant ces anges, si drôles, je redécouvrais la vérité la plus fuyante qui soit : une âme triste est une âme qui se trompe. Un ange parla d'un de ses cousins qui avait dormi jusqu'à dix ans dans une caravane avec des bébés lions. Depuis qu'il n'avait plus de cirque, il allait comme représentant de commerce sur les routes, trois jours par semaine, et le reste du temps fréquentait les salles de vente où, sans avoir de quoi les acheter, il admirait les vieux soleils bradés. (Un jour, je me suis surpris dans le grand miroir rouillé d'un brocanteur et j'ai aussitôt pensé que je ne dépenserais pas un sou pour acheter quelqu'un comme moi.) Ce cousin des anges jugeait sa vie trop précieuse pour la perdre en actions. Il n'en faisait rien.

Ce matin, j'ai réalisé l'expérience magique de ce rien, quand le papier couleur sable de l'enveloppe s'est mis à boire l'encre de l'adresse que je venais d'écrire. (Les lettres qu'on écrivait jadis à la main amenaient au monde - par leurs pleins et leurs déliés vibrants de l'invisible - les premiers secours de l'âme.)

J'ai regardé, fasciné, le brillant de l'encre noire disparaître des lettres, s'éteindre peu à peu comme une lampe qui se meurt ou comme quelqu'un qui, portant un flambeau, s'éloigne dans la nuit. Une seconde de contemplation ouvre les portails du temps : je venais de passer une vie entière à regarder un peu d'encre rentrer dans un peu de papier. Une vie nouvelle s'avançait. Nous vivons des milliers de vie par jour, les anges le savent qui ne veulent pas en perdre une miette. 

Christian Bobin

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Et vous, qu'en pensez vous ?

9 Juin 2020, 05:52am

Publié par Grégoire.

Et vous, qu'en pensez vous ?
Les Tics de l'Actu : la vie intérieure

Montrer ou cacher ? Il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas. Qu’est-ce que la vie intérieure ? Le tic de l'actu de Pascale Seys

Posted by Musiq3 - RTBF on Wednesday, May 6, 2020
Les Tics de l'Actu : Sac de peau

Au chevet de ce monde malade, une grande question que se posait déjà Platon ressurgit: "Qui sommes nous" ? Le tic de l'actu de Pascale Seys

Posted by Musiq3 - RTBF on Wednesday, April 1, 2020
Les Tics de l'Actu - L'art subtil

Vous reprendrez bien un peu de subtilité avec votre tic de l'actu de Pascale Seys ?

Posted by Musiq3 - RTBF on Wednesday, June 3, 2020

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Le plus beau, sans doute, c’est quand cela ne sert à rien

8 Juin 2020, 10:45am

Publié par Grégoire.

Le plus beau, sans doute, c’est quand cela ne sert à rien

 

Ce que j’ai pour finir, c’est presque rien, un échantillon tombé de la boîte à couture d’un ange. C’est aussi fin qu’une brise qui ride un étang pendant quelques secondes. Difficile de l’attraper.

 

Voilà : il s’agit d’un arc-en-ciel. Du bleu, du jaune, du vert, des couleurs faibles sur le papier de l’air, un dessin convalescent en forme d’arche, de pont. C’est là et ce n’est pas là, vous comprenez ? Quelque chose apparaît et disparaît en même temps. Un soupçon coloré. Une énigme limpide.

 

Toute la vie a forme d’arc-en-ciel, n’est-ce pas : elle est là et en même temps elle n’est pas là.

La pluie s’éloignait après avoir couvert le ciel de son écriture régulière. Personne mieux qu’elle ne parle du soleil.

 

Je sais bien qu’il se trouve des savants pour expliquer ce que c’est, un arc-en-ciel. Je sais bien. Mais ce n’est pas avec du savoir qu’on voit ce qu’on appelle la vie. C’est avec la tête et le coeur éclaté qu’on entre dans l’émerveillement de ce qui est là, sous nos yeux, et dont l’éternité tient à la vibration de son effacement prochain.

 

Cette aquarelle dans le ciel mouillé au-dessus de la ville, on aurait dit l’haleine d’un ange architecte. C’était proche et lointain comme le sourire d’un mort. J’en étais assommé de calme. Un tissu flottait dans le ciel, le bout d’une robe transparente portée par un ange, et l’ange n’était rien, et rien n’existait – ni l’ange, ni le ciel. Uniquement ce tissu, ce pont lancé entre rien et rien, cette passerelle sur le vide aux planches bleues, jaunes, vertes. C’était, ce dessin sur le papier millimétré de l’air, une revanche de la vie : le faible, le léger, l’allusif et le tendre, tout ce que le monde détruit revenait en gloire dans le ciel ému.

 

Le plus beau, sans doute, c’était que ça ne servait à rien. Oui, c’était ça le plus beau : une féerie inutile. Rien à acheter. Rien à vendre. Quel repos pour nos cerveaux sur lesquels, chaque matin, le monde colle ses affiches d’entrée en guerre !

 

Je n’ai pas bougé. J’étais content. On est toujours bête quand on est content. On est toujours intelligent quand on est bête. Une intelligence me venait. Quelque chose me regardait sans yeux. Tout mon sang me quittait pour nourrir l’apparition pâle. Et puis ça a passé. La merveille n’insiste jamais. Ce qu’elle a à dire est sans bruit.

 

Parfois j’ouvre un livre, j’en lis très lentement une page et je vois comme un arc-en-ciel miniature trembler un instant au-dessus du papier, le bruit sec d’une phrase comme celle-ci : « Ce n’est pas un accident rare qu’un cheval échappé à travers une forêt. Et cependant je ne vois pas d’autre titre à l’existence. » Cette phrase déchire mon coeur comme du papier.

 

Le ciel n’est pas l’unique lieu des prodiges. Quelque chose se rappelle à nous de loin en loin, comme un très faible et très sûr sourire tourné vers nous… Quelque chose ou quelqu’un mais ce serait le faire fuir que de le nommer. Non ?

 

Christian Bobin

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Le sourire de ma mère

7 Juin 2020, 05:14am

Publié par Grégoire.

Le sourire de ma mère

 

J’ai la nostalgie du pain de ma mère, 
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…


Et l’enfance grandit en moi, Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère ! 


Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.


Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu, 
Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton Cœur ! 


Si je rentre, enfouis-moi !
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.


Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente !

 

Mahmoud Darwich

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (5)

6 Juin 2020, 07:33am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (5)

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Jésus, Dieu dans notre chair, est l'Agneau du Père. Il est vers le Père en choisissant d'être dans l'état d'une victime offerte. Il épouse et 'devient' nos violences et nos misères, pour nous donner son Esprit-Amour. Et c’est Son corps, répandu en pure perte « comme l’eau qui s’écoule » qui nous le donne à vivre.

 

Ainsi, lorsqu’on donne à Jésus de nous prendre là où ça fait mal, alors l’Esprit-Amour coule en nous, s’appropriant nos misères, nos pauvretés, nos blessures. Ce qui à nos yeux humains est un échec, devient, par lui, acte d’amour.

 

L'Esprit-Saint utilise tout en nous pour nous mettre en état de totale offrande gratuite, seule attitude vraie de la créature vers son Père ! Un état de totale gratuité et pauvreté puisqu’alors de nos actes il n’y a pas de récupération possible : ils sont perdus, répandus en pure perte ! « Perdre sa vie » : choisir qu’il s’en serve comme il le veut, sans pouvoir l’utiliser pour faire du bien comme on l’aurait voulu.

 

N’est-ce pas cela qui doit être vécu dans nos liens humains, nos relations hommes-femmes, trop empreints de dialectique de pouvoirs, d’efficacité revendicatrice, de fausses séductions ? N’est-ce pas cela que Jésus veut en commandant à Marie et Jean : « voici ton fils ! Voici ta mère ! »

 

Est-ce parce que notre manière de vivre de Dieu est autre comme homme et femme, que même Marie a besoin de Jean pour vivre jusqu’au bout de Jésus et être prise par l’Esprit-Paraclet ?

 

Car Dieu est venu se dire dans la chair, et dans une chair lacérée, réduit à l’état de loque : il est à la croix un homme charnellement anéanti. C’est là l’ultime révélation : Sa chair. La chair est à la croix devenue le Verbe. Et Jésus insiste presque péniblement en nous donnant sa chair à manger, et son sang à boire. 

 

Ce don de Marie à Jean, il en annonce quelque chose avec les femmes qu'il rencontre. Liens personnels pratiquement intimes, et impliquant des gestes : avec cette femme samaritaine à laquelle Jésus demande immédiatement « donne-moi à boire ». Avec la femme adultère devant laquelle il s’abaisse et écris sur le sol pour préserver quelque chose de personnel sans l’écraser alors qu’elle était accusée. Ou encore avec Marie sœur de Lazare à laquelle il lui laisse verser du parfum sur ses pieds et les essuyer avec ses cheveux, geste intime réalisé publiquement. 

 

Tous ces liens réalisent une certaine intimité à la différence de ceux avec les hommes, rejoint eux dans leurs peurs. Parce que Jésus descend précisément à l’endroit des fragilités, des blessures ; non pour les guérir mais pour y établir une nouvelle alliance, son alliance.

 

Les guérir serait nous faire revenir à l’ancienne alliance, celle de la justice des origines. Mais Jésus ne rétablie rien du tout. Il se sert de ce qui en nous est blessé, notre cœur, pour nous faire vivre de ce qui l’anime lui.

 

Dans l’ancienne alliance, il y a quelque chose de la sagesse de Dieu spécialement confié à l’homme, et autre chose confié à la femme. Confié dans le sens ou chacun est gardien d’un secret à vivre mais qu’il ne peut vivre entièrement sans l’autre.

 

Pour l’homme c’est le jardin et la responsabilité à l’égard de tout ce qui est dans le jardin, dans une coopération avec Dieu dans l’ordre du bien et du mal. Non pour infantiliser l’homme, mais lui demander de ne pas décider de ce qui est bon pour lui sans Dieu, parce que ce qui est bon pour lui l’excède ! « Ton vrai bonheur ? Il excède ton horizon. Si tu veux un bonheur à ta mesure, tu l’auras mais dans l’amertume puisque ton désir ne sera pas comblé. Je t’ai fait pour un bonheur plus large que ton horizon » La vocation de l’homme c’est d’avoir comme horizon du bien Dieu lui-même, et non ce qui lui est accessible.

 

L’homme existe de cette manière unique : comme gardien de ce que l’horizon de l’existence humaine transcende ce qui est en son pouvoir. Et la femme apparait comme prémisse de ce bonheur, excédant tout ce que l’homme peut faire de génial. Il peut tout sauf faire celle qui vient d’en haut et qui est en même temps, comme l’homme le chante, « l’os de mes os, chair de ma chair ». Elle est le lieu de l’apprentissage, de l’émerveillement et du commencement de ce que Dieu leur prépare ultimement.

 

Et malgré cela, depuis la chute, nous passons notre temps a tenter d’organiser notre bonheur provisoire selon ce que nous avons compris de notre pouvoir. Comme si ce pour quoi nous existons était au bout de nos capacités d’inventions génialement organisés.

 

Ce qui est étonnant, c’est que la femme n’est pas là quand Dieu confie cette responsabilité à l’homme de ce pour quoi il existe. La femme est ainsi comme la réponse à une question qu’elle ignore. Cette question que l’homme doit garder vivante : où est mon bien ? Où est le lieu qui me permettra de commencer sur terre ce à quoi je suis appelé, et qui me permettra d’aller au bout de ma vocation ? Et la femme, dans le 2e récit de la genèse, est ainsi ignorante de sa grandeur à elle. Elle ne peut se comprendre que dans le regard que l’homme à sur elle. Et c’est bizarrement non réciproque, puisque la femme n’a pas attendu l'homme.

 

Or cette dissymétrie entre ce qui est confié à l’homme et la possibilité de réalisation qui passe par la femme s’avère éprouvant : l’homme voudrait avoir une maitrise du bien qu’est la femme, et la femme aimerait bien savoir quelle est la clé de cette chose assez invivable qu’est la relation entre elle et l’homme. Pourquoi est-ce assez invivable ? Et pourquoi est-ce que à la fin on ne comprend pas ?

 

Un homme peut accepter de ne pas comprendre pourvu qu’il soit comblé selon la manière dont il a envie. Pour une femme, elle ne sera jamais comblée tant qu’elle n’a pas compris pourquoi. Or, la femme n’a pas accès au pourquoi sans passer par l’homme. L’homme a reçu cette grâce d’être, non le propriétaire, mais le passeur du pourquoi des choses ; lumière qu’il ne peut dévoiler qu’en connaissant celle qui lui est donnée, comme surabondance, comme don complètement gratuit, comme marque d’amour de Dieu. Et qui vient lui permettre d’atteindre dans sa vocation ce qu’il ne peut achever seul.

 

à suivre… 

Grégoire +

 

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Cette présence dans le fond sans fond du cœur

5 Juin 2020, 11:26am

Publié par Grégoire.

Cette présence dans le fond sans fond du cœur

Je suis un jour entré dans un lien où chaque parole de l'un était recueillie sans faute par l'autre. Il en allait de même pour chaque silence. Ce n'était pas cette fusion que connaissent les amants à leurs débuts et qui est un état irréel et destructeur.Il y avait dans l'amplitude de ce lien quelque chose de musical et nous y étions tout à la fois ensemble et séparés, comme les deux ailes diaphanes d'une libellule.

Pour avoir connu cette plénitude, je sais que l'amour n'a rien à voir avec la sentimentalité qui traîne dans les chansons et qu'il n'est pas non plus dans la sexualité dont le monde fait sa marchandise première _ celle qui permet de vendre toutes les autres. L'amour est le miracle d'être entendu un jour jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.

Pour être dans une solitude absolue il faut aimer d'un amour absolu. La plupart des écrivains mentent là-dessus. Ils font comme s'il n'y avait personne dans la pièce à côté, dans le fond sans fond de leur cœur. Ce n'est pas vrai. Ce n'est jamais vrai. Je ne dis pas qu'il s'agit nécessairement d'une présence visible, consciente. Peut-être même est-elle toujours plus profonde que tout visage connu, nommé. Mais il y a toujours quelqu'un aux côtés du solitaire, une présence sur laquelle il appuie en secret chacune de ses phrases, une lumière unique et nécessaire.

La solitude nous amène vers la plus simple lumière: nous ne connaîtrons jamais d'autre perfection que celle du manque. Nous n'éprouverons jamais d'autre plénitude que celle du vide, et l'amour qui nous dépouille de tout est celui qui nous prodigue le plus.

Christian Bobin

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Ne parlons jamais de ce qui est le plus précieux : on nous le volerait, ou cela mourrait d'être dit

4 Juin 2020, 14:27pm

Publié par Grégoire.

Ne parlons jamais de ce qui est le plus précieux : on nous le volerait, ou cela mourrait d'être dit

La solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. Il y a deux solitudes. Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

Il y a un bon silence, c’est celui de la neige, c’est celui d’une bougie, d’un poème; et il y a un mauvais silence, c’est celui qui laisse fleurir une blessure depuis longtemps faite, et qui la laisse croitre. Nous connaissons tous des heures où rien ne nous parle plus, où les paroles saintes arrivent essoufflées devant notre maison, meurent sur le seuil. Acédie : c'est ainsi que les moines nomment ce tremblement du coeur lassé de méditer. Un gant retourné, une gifle des enfers : l'acédie. Assez dit. Les livres de poésie sont les plus résistants, sans doute parce que la vraie poésie a déjà fait l'épreuve de l'acédie. Un grand poème, pour l'écrire, son auteur va le chercher aux enfers. Celui qui remonte de l'abîme, on ne peut que le croire. Il sait que Dieu se moque de nos accroche-coeurs, qu'il n'est ni ceci, ni cela, qu'il n'est rien et que ce rien seul a la puissance de nous sauver. 

Un matin d'acédie, j'ai fait une partie de billard, j'adore cette petite misère, ce goût enfantin pour le jeu et Dieu était de retour à la maison, ce dieu dont la racine la plus profonde est l'amour du temps perdu à rire et jouer comme des enfants. La sainte rivière des jours très ordinaires transporte toutes sortes de bois mort -mais de si belles lumières parfois. L'acédie n'est qu'une grosse mouche bleue. Il suffit d'ouvrir la fenêtre pour qu'elle s'en aille.

Christian Bobin

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (4)

1 Juin 2020, 14:50pm

Publié par Grégoire.

 Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (4)

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

L’Esprit-Amour est Celui qui nous fait aimer, devenir Amour ! C’est ce que Jésus commande en apparaissant à ses disciples : « Recevez l’Esprit-Saint », c’est à dire « devenez Esprit-Saint, buvez cette parole que je vous dit, venez vous plonger dans mon désir sur vous pour devenir mon Esprit-Amour, mon coeur. C’est ce que moi je veux faire de vous »

Devenir Esprit-Saint, source d’amour, c’est pour nous accepter de pâtir, d’accepter d’être rendu relatif, pure réceptivité, agneau, victime offerte, cri de soif, blessure inutile : témoins de Jésus offert à la Croix. Puisqu’à la Croix il se sert et assume toute la violence humaine, la trahison fraternelle, la jalousie religieuse, la lâcheté politique, pour, avec ça, nous dire ce qu’il est : celui qui se reçoit du Père. C’est ce que Jésus demandait dans le « Père glorifie ton Fils ». Il demandait :  « redis-moi ce que je suis pour toi : ton unique engendré » Et Il lui demande de nous le faire connaitre pour nous le donner à vivre.

« Recevez l’Esprit-Saint » c’est donc pour Lui faire de ceux qui lui sont le plus cher des agneaux, des petites hosties, des offrandes d’amour gratuite, des donnés au Père pour tout recevoir de lui

L’amour nous dépossède de nous-mêmes, de nos attributs, de nos qualités, de nos avoirs, de nos statuts, de nos rôles aussi spirituels soient-ils. Il est comme une intrusion, une prise de possession en nous de Celui qui nous attire, mais sans rien pouvoir  posséder de l’autre. Il est ce poids en nous qui nous incline vers l’aimé, mais sans pouvoir mettre la main sur celui qui nous attire. Le jour où l’autre devient notre avoir, notre propriété, l’amour se tarit et meurt étouffé. L’amour est attraction, repos dans un autre sans possession.

 

C’est en cela qu’aimer est toujours de trop pour nous. La générosité, le service, le don de soi, ça va encore puisqu’on fait quelque chose, donc on s’y retrouve. Mais pour ce qui est de l’Amour, honnêtement, parce qu’on tous des incompétents notoire, on n’aime pas ! « L’Amour n’est pas aimé » pleurait la nuit François d’Assise ! Parce qu’aimer réclame un tel état de pauvreté, de n’avoir aucun droit, de ne rien réclamer pour qu’il demeure lui-même, que peu accepte le dépouillement qu’il réclame. 

 

N’est-ce pas pour cela que Jésus réalise, ou plutôt commande, au sommet de la lutte, ce nouveau lien fraternel pour que nous puissions recevoir jusqu’au bout Celui qui se donne à aimer et qui veut nous co-naturaliser à lui : « voici ta mère, voici ton fils… » 

Ne faut-il pas s’interroger sur nos refus de ces liens qui nous obligent à une nouvelle dépendance, apparemment anodine, même peut-être apparement trop sensible que Jésus veut, pour  nous conduire à cette oblation de nous-même qu’il veut réaliser ? 

Cela commence à Cana, avec cette attention complètement incongru et pourtant réclamé par Marie : « ils n’ont plus de vin »… L’opposition entre le sensible et l’Esprit n’est-elle pas l’oeuvre de L’Esprit-mensongé, jaloux de l’alliance que le Père a voulu ? Dans l’Eucharistie déjà, n’avons nous pas un signe de cette alliance extrême que Dieu fait entre Lui dans ce qu’il a de plus intime et d’une matière somme toute banale ? Si nous refusons cette alliance, n’est-ce pas parce que l’amour inscrit un état de dépendance à un autre qui apparemment n’apporte aucune solution pratique, et qui s’il est vécu jusqu’au bout réclame d’être choisi comme étant de l’ordre de la survie ? Cela se voit pour l’embryon, ou tout vivant vis à vis de la nourriture et que Jésus explicite en disant : « sans moi vous ne pouvez rien faire »

 

C’est cet Esprit-Amour que Jésus vit et manifeste à la Croix dans sa chair. Il vient à la Croix nous donné à connaitre, et à vivre, ce qu’il y a de plus intime en Dieu : le secret de Dieu, ce qui noue le Père et le Fils, la Source et l’Engendré, cet amour réciproque, attraction et repos, principe et achèvement.

Cet Esprit-Amour est donc donné à vivre spécialement dans nos luttes, nos misères, nos croix. Quand on est sans force, sans éclat, jugé, meurtri, misérable, inutilisable, alors il est celui qui se répand, coule en nous, donnant une nouvelle signification à nos misères, à nos pauvretés, à nos blessures. Ce qui à nos yeux humains est un échec, devient, par lui, offrande de nous-même, don, acte d’amour. 

On comprend alors ce leitmotiv de Jean, son « magnificat »  face à Jésus mort, l’Agneau comme égorgé dans l’Apocalypse, blessé jusque dans son cadavre : Jean écrit « ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». C’est vrai pour Jésus : ses blessures, les violences qu’il a subit deviennent le lieu de la révélation et du don de l’Esprit-Amour, l’Esprit Paraclet. Ce qui était l’effet de la violence humaine devient état de don, d’amour. 

 

Et bien si c’est vrai pour lui, c’est vrai aussi pour nous ! La révélation n’est pas une vitrine ! Il nous faut donc nous regarder nous-même comme « le transpercé », puisque nos fragilités, nos misères, nos fautes deviennent lieu de don, d’amour, de révélation, d’où coule des fleuves d’eau vive si nous le voulons. C’est ce que crie Jésus dans le temple : « Celui qui croit en moi, qu’il vienne à moi et qu’il boive. (Car alors) de son sein couleront des fleuves d’eau-vive »

Cela c’est vrai pour chacun de nous. C’est ainsi que le Père veut que l’on se regarde. Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit Saint n’aime que ceux qui aiment ! et surtout, qui s’aiment dans la lumière du Paraclet ! C’est à dire accepter la manière dont le Père fait de nous des dons, fait de nos vies une offrande, un parfum répandu en pure perte !

On reste souvent à un regard matériel, un regard de justice sur nos misères, c’est à dire selon le résultat, avec des grands « ah c’est pas bien ». Et en restant à un jugement selon le résultat nécessairement on se durcit, on se juge, on cherche à tout corriger par soi. 

Ou alors, on peut entrer dans le regard du Père qui transforme nos misères, nos pauvretés, en un état d’offrande. Alors on se liquéfie, on devient tendre pour soi-même et pour nos frères. C’est cela l’Esprit-Paraclet. C’est cela aimer selon le coeur du Père : le laisser se servir de tout en nous, absolument tout, pour en faire le lieu de son secret le plus intime, en usant de nos misères comme ce qui nous met en état de réceptivité et de don, de cri vers lui, d’attente et d’offrande gratuite.

 

C’est ainsi que le Père veut faire de nous des sources, que nous ne devenions qu’amour, sans mesure, sans limite, sans prudence aucune « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure » prêchait St Bernard.

 

En cela l’Esprit de Feu est le Père des pauvres : en nous attirant, Il utilise tout en nous pour nous mettre en état de totale gratuité, d’excessive gratuité, d’extrême gratuité ! Et donc de pauvreté puisque tout nos actes sont sans attente de gain ou d’intérêt, sans attente de retour sur investissement, sans aucun droits dessus : ils sont perdus, répandus en pure perte ! C’est cela « perdre » sa vie pour lui, en choisissant qu’il s’en serve comme il l’a voulu, sans pouvoir l’utiliser pour faire du bien comme on l’aurait souhaité.

 

Et ça c’est, Jésus Agneau, répandu en pure perte, qui est à la Croix « comme l’eau qui s’écoule », comme un parfum répandu et irrécupérable, livré pour nous, parce que c’est nous.

 

à suivre …

Grégoire +

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

31 Mai 2020, 00:12am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

 

Le Père nous veut consacré à l’absolu de l’amour. C'est en Marie que nous le voyons. C’est en elle que nous comprenons l’oeuvre que l’Esprit-Amour veut réaliser en nous. 

En effet, l'amour ne se dit pas, il se vit. Il nous faut donc ouvrir les yeux sur celle qui a été habitée par l'Esprit Divin et à travers qui il nous parle. 

Les Pères de l'Eglise aiment dire que Dieu ne parle pas seulement en se servant de la parole humaine, mais aussi en se servant des hommes. L’amour échappe aux grosses têtes : ce ne sont pas les intellectuels, les professionnels, les savants qui le comprennent le mieux : ce sont les tout-petits, les amoureux, les poètes. 

L'Esprit Saint est l’Amour -tout amour vient de Dieu. Or, on ne peut pas faire d’étude, d’exégèse de l'amour. Impossible. L'amour est un secret qui noue de l’intérieur ceux qui s’aiment. Ce n’est jamais un évènement extérieur, il échappe à la succession du temps, il nous mets presque comme au-delà du devenir, il nous donne des ailes, il nous rend comme fou, ou peut-être vraiment humain.. 

Pour la parole, on peut en saisir quelque chose, on peut l'interpréter ; mais quand il s'agit de l'amour, c’est toujours inaccessible aux raisonneurs, à ceux qui n’aiment pas en acte, parce c’est toujours de trop pour notre intelligence. Ça la déborde. C’est pour cela que l’amour n’impliquant pas d’abstraction, réclame de se manifester : il se dit avec tout ce que nous sommes, en prenant tout en nous.

 

Telle est cette déclaration que Dieu, comme Père, nous fait en nous donnant Marie. Il a voulu que Marie, la femme, celle qui est la plus créature, la plus pauvre, la plus dépouillée, soit celle qui vive le plus intensément son secret, ce qu’Il est. Et cela lui est donné pour elle, mais aussi pour nous : tout ce qu’elle vit nous appartient. Elle nous donne à voir, ce qu’est vivre de l’Esprit-Amour. On pourrait presque dire que Marie est comme la parole de l'Esprit Saint.

 

L’apôtre Paul dit déjà « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ? » après avoir dit que nous sommes les membres du Christ. Le Christ est la tête, et nous sommes ses membres. Autrement dit, nos corps sont Jésus continuant à être présent sur terre, dans lequel l'Esprit Saint habite et veut vivre pleinement. 

 

C'est donc à travers le corps de Marie, qui est éminemment temple de l'Esprit Saint, que l’on peut voir cette inhabitation divine et ses effets : ce que l’Esprit-Amour nous donne à vivre lorsqu’il fait sa demeure en nous. Inhabitation : parce qu’il n’occupe pas les lieux, mais il fait corps avec celui qu’il habite.

 

L’amour réclame toujours de se manifester comme un don total, donc par le corps, et pour l’Esprit-Amour, il se fait par Marie. C'est à travers elle que l'Esprit Saint est le plus vivant, c'est là que cela « brûle » le plus. Marie est celle qui brûle le plus de ce feu de l'Esprit Saint : « elle partie en hâte vers la maison de sa cousine… » «… ils n’ont plus de vin… »

Elle est complètement LA femme : celle qui réveille l’amour, qui lui donne de toujours garder son ardeur, son jaillissement premier, qui hâte l’heure de Dieu de Cana à la Résurrection, dont les audaces sont celle de l’épouse du Cantique cherchant son bien-aimé ! « Où est celui que mon coeur aime ? »

 

L'Esprit Saint, est ultime dans la Trinité : on ne peut pas aller plus loin. Il y a une fécondité de l’amour en Dieu, et c’est l’Esprit-Amour. Il est à la fois ultime et aussi à la racine de tout : parce qu’il est ultime il est aussi ce qui est premier. Il est à la fois celui qui ‘féconde’ Marie, et en même temps celui qui est ’répandu’ à la Croix… 

 

Il est ainsi celui qui nous conduit à l’Agneau « voici Celui que tu ne connais pas, l’Agneau de Dieu » révèle-t-il à Jean-Baptiste, et celui qui permet de voir -dans l’Agneau immolé, le secret du Père : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». L'Esprit est source de l’incarnation du verbe, de l’enfant-Jésus et il est aussi le fruit de l’amour vécu en Jésus immolé, offert… 

 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est à la fois source cachée de cette reprise radicale, comme celui qui est source du secret donné à l’Annonciation, -réalité qui est vrai pour chacun : à la racine de notre foi il y a un secret d’amour personnel entre nous et Dieu; et il est aussi au terme où il est encore plus caché, puisque à la Croix il est ce nouvel amour -entre nous et Dieu, en plein coeur de la lutte.

 

C'est cela que dit Marie lorsqu’elle dit « Je suis l'Immaculée Conception ». Elle montre cette reprise radicale à partir d’un amour substantiel qui nous devance, un amour personnel, gratuit, inconditionnel, qui nous fait être quelqu’un pour lui.

Et en même temps, l’Immaculée c’est aussi le fruit de l’oblation gratuite de Jésus à la Croix. Elle est la première sauvée, c’est à dire revêtue, héritière de celui qui s’offre en même temps au Père et à chacun de nous comme un Agneau. Il est celui qui pour nous « se répand comme l’eau qui s’écoule, et dont les os se disloquent, dont le coeur fond au milieu des entrailles… » Ps 21, 15.

 

Ainsi, l’Esprit-Paraclet c’est l’amour même de Dieu dans la chair humaine. C’est un feu divin qui reprend sa créature abimée pour la posséder, pour nous donner d'aimer de l’amour même de Dieu. Le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu qui vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie par nous-mêmes ! 

L’Esprit-Paraclet c’est ce feu à la Croix qui transforme tellement tout en feu que les témoins de la Croix se 'liquéfient' pour devenir Celui qu'ils contemplent, recevant son Esprit et devenir avec Lui secret du Père, Feu d'Amour « ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercés ».

Il est comme un tremblement de terre qui fait que, chez ceux qui sont là debout, tout est  -selon le monde- apparemment détruit, dévastés, ruines « détruisez ce temple ». Ils sont devenus blessure du coeur, morsure substantiel, feu intérieur qui fait d’eux ces enfants qui crient dans le désert  « Père » !

à suivre…

Grégoire +

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

30 Mai 2020, 02:10am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Qu'est-ce que cela veut dire que nous convertir à cet amour radical ? Il s’agit non pas d’efforts ou d'une nouvelle générosité qui serait encore nous, mais de perdre son âme !

 

C'est-à-dire accepter d’être dans un état de dépouillement : dépouillement de nos conclusions, de nos savoirs, de nos principes.. brûler tout avoir spirituel pour recevoir Celui qui est amour : « A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets. » écrit Paul aux Philippiens.

Ces paroles de feu ne doivent rien aux lèvres pincées des raisonnables ! Elles sont désirs intense d’aimer sous le souffle de l'Esprit, d'aimer en dedans l'Esprit de Dieu !

 

Le sacerdoce -sacrement de l’Ordre, permet au prêtre d'agir dans la personne du Christ, c’est à dire étant le Christ lui-même agissant au milieu de nous. Le prêtre en consacrant dit en effet : « Ceci est mon corps » il ne dit pas : « Ceci est le corps du Christ.. » Il y alors une identification entre le Christ et le prêtre, de telle manière qu’on peut dire : le prêtre, lorsqu’il consacre, est Jésus.

 

Les sacrements, gestes actuels de Jésus pour nous, nous recréent, nous font naitre de nouveau et vivre immédiatement en Fils du Père. Et là, on comprend que l'Esprit Saint veut vivre en nous. Étant Fils, l’Esprit Saint veut que nous agissions avec Lui, par Lui, en Lui. Recevoir l’Esprit-Amour c’est pour agir dans la personne de l’Esprit Saint ! C’est à dire, agir en étant l’Esprit Saint ! Pas moins ! Vivre dans la personne même de l'Esprit Saint. C'est cela, le propre de l'amour : être un avec celui qu’on aime, on est deux sans que cela fasse nombre.

 

L'Esprit Saint réclame cette union, que l'on agisse sous son souffle. Quand on dit « sous son souffle » on a l'impression que l'Esprit Saint est comme par derrière et nous pousse, alors que ce n'est pas du tout cela. Ça, c'est très imaginatif.

 

Agir sous son souffle, c'est agir comme étant un avec l’Esprit Saint, en étant porté par lui, enveloppé par lui, comme une seule personne. Il veut que nous soyons comme tellement imprégnés de son amour, qu’il actualise notre vie, nos activités, de telle manière qu’il n’y ait plus de différence entre lui et nous !

 

C'est cela qu’il veut que nous désirions : avoir une soif profonde de vivre sa vie, selon son rythme, ses moeurs, être à sa taille, avec sa fécondité à Lui. C’est à la foi un don d'une surabondance inouïe, d’une totale gratuité, mais qui doit devenir premier en nous, la source nouvelle de notre vie.

 

Alors là seulement elle sera chrétienne ! Avant cela, elle est souvent pieuse, religieuse, morale.. bref, très selon l’ancienne alliance ! Niveau 10 commandements. C’est pas mal, mais les païens peuvent en faire autant.. Or, « si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens -ceux qui sont selon la loi- vous n’entrerez pas dans le royaume ! » Seuls ceux qui sont mû par l’Esprit de Dieu sont Fils de Dieu ! 

 

Se convertir à l'Esprit de Dieu, être consacré dans cet Esprit qui est la vérité toute entière, c'est être consacré à ne plus aimer que l’amour comme un absolu. C’est être devenu amour divin : mes désirs, mes attentes, mes initiatives, mes folies, mes blessures deviennent sources divines. Parce que je ne désire plus qu'aimer, je n’aime plus qu’a aimer. Cela c’est LA volonté de Dieu ! Que tout en nous soit pris que par l'Esprit d’Amour. 

« Dans le coeur de l’Eglise, je serais l’Amour, ainsi je serais tout ! »

 

à suivre ..

Grégoire +

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau …

29 Mai 2020, 02:04am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau …

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

L’initiative actuelle de Dieu qui vient nous demander si nous acceptons qu’il débarque chez nous et s'empare de nous : telle est la vie chrétienne. Vivre d’un don incroyablement gratuit et qui toujours nous dépasse.

Par l’incarnation il est venu nous dire son don. Et, en nous le disant il nous purifie de tout ce qui n’est Lui, nous fait entrer dans une amitié divine, une familiarité telle que tout ce qui est à lui est à moi ! Il nous met à sa taille, nous rendant participant de sa vie divine. 

L’achèvement, le sommet de cela, ce qu’il y a d’ultime, c’est d’être plongé, immergé dans son Esprit. L’Esprit de Dieu, celui qui n’est qu’amour, don, feu, folie de l’amour est ultimement répandu sur nous. 

C’est en laissant Marie nous conduire dans son silence, le silence de celle qui ne se regarde plus, mais qui n’est qu’attente pauvre, fragile, qu’on devient toujours plus attente de cet Esprit d’Amour. Marie est là pour cela. Pas pour qu’on lui brûle des cierges.. pas seulement.

Comment aimer intensément ? Vivre en étant de plus en plus brûler par l’amour ? Tel est ce dont on désirerait vivre mais auquel souvent on ne croit plus trop. Et pourtant, c’est cela que l’Esprit de Dieu, qui imprègne l'univers, recherche  : une âme en attente d’aimer, donc en attente de Lui.

Et Marie nous conduit à laisser tomber tout ce qui est secondaire, tout ce qui est trop imaginatif, tout ce qui nous fait fuir nos états de mendicité, de pauvretés dans lesquels la vie nous met. L'imagination, c'est un avoir qui fait nous fuir nous-même et empêche l’amour de se donner à nous. 

Et le monde actuel ne nous aide pas à nous dépouiller de nos inquiétudes, de nos peurs, de ces faux regards sur nous-mêmes, et à fortiori sur les autres. Tout ces petits jugements, ces petites images que l’on exige de soi et des autres, ces fausses gloires, ces petits trônes sont des résistances à cet amour absolu qui attend que l’on ne soit que tel qu’on est réellement.. 

Marie nous conduit maternellement à taire définitivement nos jugements, nos revendications, à considérer comme rien nos réalisations, et à désirer avec ardeur ce don de l’amour pur, cette emprise de l'Esprit Saint.

Nous existons pour entrer et vivre de cet absolu d’amour qu’est L’Esprit de Dieu. N’étant qu’amour, il répugne à tout ce qui n’est pas intime et complètement personnel.

L'Esprit de Dieu a une vulnérabilité divine d'amour qui fait que dès qu'il rencontre une  résistance il se tait. Il ne fait ni d’observation, ni remarque ! Pas de grosse éducation avec lui ! L’amour dans son infini délicatesse se tait devant nos plaintes ou nos révoltes et.. il attend. Bizarrement, l’Esprit-Amour est plus sensible que la plus humaine et la plus fine des sensibilités.

Tout nos jugements, surtout les plus humains apparemment, ceux qu’on croit les plus justes : selon la loi, selon les résultats, selon ce qu’on a décidé comme mesure sont des résistances, inconscientes certainement, mais elles arrêtent immédiatement le souffle de l'Esprit Saint, empêchent l'Esprit Saint de nous faire devenir amour, de prendre possession de nous.

Marie est immaculée pour cela. C'est pour cela qu'être Immaculée c’est premier dans la vie de Marie. C'est parce qu'il fallait une créature qui soit absolument docile, sans aucune résistance. Toute résistance est une négation de l'amour, c'est un non-amour. Et un non-amour empêche Celui qui n'est qu'amour de nous saisir.

Demander cela très directement et très simplement à Marie, avec la plus grande assurance qui soit, parce qu’elle est là pour nous convertir à l'amour. Nous sommes chacun en attente de vivre cet amour substantiel qu’est l'Esprit de Dieu, cet amour hyper-personnel qui est l’amour même du Père et du Fils. 

à suivre .. 

Grégoire +

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je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais

28 Mai 2020, 08:07am

Publié par Grégoire.

je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais

Il y a deux façons de protéger un amour: vous n’en parlez jamais, il ne fleurit même pas sur vos lèvres ou dans le fond ombreux de vos yeux, ou alors vous multipliez tout les noms, vous prenez toute la corbeille du langage et vous lui donnez tout les noms et votre amour est protégé.

 

Je ne sais pas ce que c’est que Dieu. Je sais que cette vie est illimité, je sais qu’il y a un principe personnel de cette vie, mais je n’en sais pas plus…

 

Ces histoires de Dieu, c’est bizarre mais j’ai toujours vu le divin sortir de façon incongru, je l’ai vu dans ces maisons ou l’on rassemble les troupeaux sans bergers de ces gens atteins d’alzheimer, ou parce que la vieillesse a décrété qu’ils devaient être là, et j’ai vu des gens extrêmement précieux et d’une beauté soufflante qu’ils ne connaissaient pas eux mêmes. J'ai trouvé Dieu dans les flaques d'eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.

Enfin, je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais.

 

Un jour dans un hôpital psychiatrique, un homme arrive vers moi et me dit: « je vous reconnais, vous êtes Dieu! » c’était vraiment me faire beaucoup d’honneur; j’ai eu une réponse… vous savez la vie c’est des cartes qui tombent comme ça en moins d’une seconde et il faut tout de suite relancer le jeu…

 

j’ai eu une réponse un peu faible, je lui ai répondu « non » et j’ai vu un grand dépit dans son visage, c’était un souffrant, quelqu’un de malade; aujourd’hui je lui répondrai « oui… mais vous aussi », « oui, mais pas plus que vous » Pas parce qu’il était faible et malade, mais parce que -je vais vous dire c’est épouvantable- je le reconnais partout. Pas uniquement dans les gens fragiles; Je peut sentir quelque chose de divin y compris dans la tristesse d’un puissant, d’un roi, d’un ministre; et ils me touchent ces gens là, non par leur puissance, non par leur morgue, mais parce que c’est une misère de croire que l’on peut quelque chose sur les autres, qu’on peut être le maître dans cette vie. Les mains des anges sont noires à force de nous déterrer des gravats de nos projets.

 

Au fond cet homme était clairvoyant: ce qu’on appelle Dieu peut se présenter partout dans notre vie, presque à notre insu. C’est comme du vif argent cette histoire de Dieu, c’est impossible à attraper, mais ça fait reluire tout le feuillage de la vie.

 

Christian Bobin 

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La joie de toucher, par moment, Celui qui est toujours là ..

27 Mai 2020, 01:06am

Publié par Grégoire.

La joie de toucher, par moment, Celui qui est toujours là  ..

Celui qui est notre Créateur est actuellement source en nous attirant. Son attraction substantielle est actuellement source de notre être.. En nous attirant, il est fin, parce qu’il est lumière et amour, Bonté souveraine et Vérité première. Il attire ce qui est le plus radical dans notre esprit, dans notre intelligence. N’est-ce pas cela, le premier moment de la contemplation ? La contemplation, philosophiquement parlant, consiste à subir l’attraction de la Vérité première, en sachant que seule cette Vérité première peut finaliser notre intelligence, notre esprit.

 

Subir cette attraction, c’est être entièrement suspendu à lui : l’homme religieux qui adore désire intensément contempler Celui qui est la contemplation de la contemplation, mais il sait que par lui-même il ne peut jamais entrer dans une unité parfaite avec lui ; il est donc en quelque sorte « suspendu » à Dieu, le Créateur – c’est le terme dont se sert Aristote. Il accepte ce mode nouveau de connaissance, dans lequel il demeure en attente, « vers Dieu ». L’intelligence n’analyse plus, elle contemple. Dieu, on ne peut que le contempler. Connaître Dieu c’est le contempler. Et la contemplation n’est pas on plus une synthèse, Dieu n’est pas une totalité.

 

La contemplation n’implique pas de concept : nous n’avons pas de concept de Dieu. Pour avoir un concept de Dieu, il faudrait assimiler l’éminence de l’être de Dieu comme Acte pur, ce qui est impossible ! Celui qui contemple n’a pas de concept de Dieu, mais il est suspendu à l’Etre premier, à la Vérité première, au Bien souverain, tout entier ordonné à lui. Cela se réalise comme un prolongement de l’adoration, donc dans un amour, comme un appel, comme un désir d’être le plus proche possible de la Vérité première, dans le silence. Parce qu’il n’y a pas de concept de Dieu – nous ne savons pas ce qu’est Dieu -, il n’y a qu’un jugement de connaissance affective, aimante, grâce à l’adoration, et un appel, un désir.

 

Parce que Dieu me contemple dans son acte créateur, il est toujours présent. Et c’est cette présence du Créateur qui permet de découvrir un repos, dans une attraction profonde de tout mon esprit et de toute ma personne vers Dieu. La contemplation n’est donc pas un drame, une tension tragique de l’esprit fini qui manifeste sa finitude alors même qu’il la dépasse, mais une attraction profonde, dans un amour vécu dans l’adoration.

 

Nous vivons par moments ce que Dieu vit éternellement.

... 

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L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi -vers l'Autre là-bas ..

26 Mai 2020, 01:59am

Publié par Grégoire.

L'intelligence est la force, solitaire,  d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi  -vers l'Autre là-bas ..

 

Le philosophe, peut, dans un regard de sagesse, c’est-à-dire -après avoir dévoiler l’existence de Celui qu'on appelle Dieu et approché ce qu'est se recevoir actuellement de Lui, ce qu'on appelle être créé, après cela, il peut préciser comment ce contact avec le Créateur nous aide à découvrir notre personne humaine dans ce qu’elle a de plus ultime : la personne religieuse : 'relié-vers sa source'.

 

La personne religieuse est de nature humaine, et c’est pourquoi le philosophe ne peut pas affirmer que l’homme verra Dieu tel qu’il est. Alors que le croyant reçoit la Révélation de Dieu qui lui parle et qui lui promet un bonheur nouveau, le philosophe montre l’effort de l’homme dans la recherche philosophique de l’Etre Premier, de la Personne première, Celui qu’on appelle Dieu. Le labeur de l’intelligence conditionne donc jusqu’au bout ce contact avec Dieu qui reste au niveau de l’attitude religieuse et qui s’achève dans une certaine contemplation.

 

L’homme qui a découvert par sa recherche de la vérité l’existence de l’Etre premier, et qui le découvre comme le Créateur, l’adore. En adorant, il devient un homme religieux, il est proche du Créateur. L’acte d’adoration nous lie, nous relier à Dieu Créateur. Il est la réponse libre et aimante de l’homme qui reconnaît sa dépendance à l’égard de Dieu qu’il découvre comme le Créateur, Celui dont il dépend dans son être.

 

A l’intérieur de cet acte d’adoration, l’homme sait que le Créateur est pur Esprit, que le vie de Dieu est une vie de pure contemplation qui transcende toujours son effort intellectuel de créature, sa manière de le connaître et de l’exprimer. Dans la lumière de l’adoration, la recherche de vérité, qui structure la personne humaine, nous conduit ainsi vers une certaine contemplation philosophique. Cette contemplation est religieuse, elle naît de l’adoration : n’est-il pas capital aujourd’hui de rappeler que la contemplation philosophique exige l’attitude d’adoration, l’adoration étant un acte d’amour, de volonté aimante ? La contemplation philosophique n’est pas un simple développement rationnel.

 

C’est dans cette volonté aimante qu’il y a un désir de connaître Celui qui est présent et qui nous regarde. La contemplation ouvre alors notre intelligence à l’attraction de la Vérité première : elle n’est plus une recherche. La personne humaine cherche la vérité, et lorsqu’elle découvre l’existence de l’Etre premier, de Dieu, et de Dieu comme Créateur, elle découvre la Vérité suprême et, découvrant la Vérité suprême, elle la contemple.

 

Cela est possible parce que, dans l’adoration, nous savons que Dieu nous donne d'être dans sa lumière et qu’il nous crée comme une réalité spirituelle faite pour le connaître et l’aimer. Ce qu’il y a de plus profond dans l’intelligence humaine, c’est donc de s’ordonner vers Dieu.

 

 

à suivre .. 

 

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Le Père, celui qui, dans le silence, nous attire à lui ...

24 Mai 2020, 02:00am

Publié par Grégoire.

Le Père, celui qui, dans le silence, nous attire à lui ...

« Père ... elle est venue l’heure. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur toute chair, il donne l'éternelle vie à tous ceux que tu lui as donnés. Or, tel est l'éternelle vie, te connaitre, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus. Moi, je te glorifie sur terre en accomplissant l’œuvre que tu me donne de faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’ai auprès de toi avant que le monde fût. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » Jean, 17.

 

 

La prière de Jésus, du Fils bien-aimé dévoile l’intention profonde de son coeur : il est toujours vers le Père. C'est cela qu'il vit à travers tout ce qu'il dit et réalise. Et, dans cette relation intime, qui est ce que Dieu vit en lui-même, Jésus prend chacun de nous. C'est pour cela qu’il nous la dit : « Père, c’est maintenant l’heure ... » 

Le maintenant, c’est ce que Jésus fait pour chacun de nous à chaque instant : nous introduire dans l'éternelle vie, qui est de connaitre le Père de l’intérieur, en nous faisant Fils bien-aimé. C'est son oeuvre. Ce qu'il fait pour chacun de nous, maintenant ! Cela veut dire que notre vie n'est pas ce que nous en faisons, mais ce que Lui en fait. C’est son oeuvre, sa réalisation, selon son efficacité divine, éternelle, donc actuelle.

Et notre grande lutte, notre seule lutte c’est se convertir à ce don, c'est à dire, ouvrir les yeux sur ce qu'Il fait en moi, qui reste invisible mais non moins réel et l’inscrire dans ma vie. Inscrire chaque jour ce don qui me fait fils du Père, et ainsi dire avec Jésus -car il n’y a qu’avec lui qu’on peut dire ces paroles en vérité : « Père, glorifie ton fils… » Cela c’est faire la volonté du Père, coopérer comme un ami. 

Connaitre le Père, agir en Fils c’est choisir de Lui abandonner notre vie, chercher à se laisser faire, vouloir être conduire, lui remettre tout ce que l'on est : c’est de fait une naissance toujours nouvelle, qui réclame de tout le temps tout réapprendre ! Aucune installation bourgeoise dans la vie divine, aucun acquis, aucun professionnel de la vie divine : on est constamment vers le Père, dans un don actuel et en cherchant à tout recevoir de Lui !

Être vers le Père c'est choisir tout ces états de pauvreté dans lesquels il nous met, lui remettre toutes nos actions, nos projets, nos résultats, nos blessures, notre efficacité, nos médiocrités, sans plus aucun jugement ni regard rétroactifs dessus. Parce que le propre du Père, c'est d'être une source telle qu'il se sert de tout pour dire son excessive bonté, sa surabondante gratuité : Il se dit en donnant un sens tout autre, une signification éternelle, une fécondité à tout ces événements, ces lieux en nous qui humainement sont irrécupérables, blessés, des échecs sans noms. Cela c’est la justice, l'éducation du Père : nous assumer totalement, gratuitement, excessivement !

Être l’enfant bien-aimé du Père, c’est pour chacun se remettre dans les mains du Père et laisser les paroles de Jésus nous faire renaitre, nous prendre de l'intérieur pour être définitivement marqué de ce regard actuel, efficace du Père sur nous. Redire avec Jésus de l'intérieur « Père » « Abba, Papa ».

C'est pour pouvoir dire cela en vérité, avec tout ce qu’on est, dans un abandon total de soi -c’est à dire sans plus aucun retour réflexif sur soi- que l'Esprit Saint nous est envoyé, donné : âme de notre âme, vie de notre vie. Il est celui qui nous attire de l’intérieur, et nous donne de nous voir comme celui que le Père attire, aime sans condition, chérit comme son secret, son unique. 

L'Esprit du Père et du Fils n'est pas donné pour que l'on soit des gens impeccables, moralement fort ou médiatiquement responsables. En rien nos qualités humaines ou nos acquis humains ne nous rendent capables de cette nouvelle naissance que Jésus opère en nous.

C’est assez moche pour ceux qui ont misé et vécu leur vie « selon la loi ou les règles … » Parce que c’est précisément le contraire qui permet à Jésus d’oeuvrer : seule notre pauvreté, notre petitesse, nos failles nous rendent "disponibles", "en attente" de ce don qui nous excède. Puisque son don ce n'est rien d'autre que Lui. Et Jésus a crié cela aux pharisiens qui se croyaient purs, parce que respectueux des règles, ayant en plus l’autorité sacerdotale : « les prostituées et les publicains vous précèderont au royaume des cieux ! » 

Lui demander de nous dire ces paroles, maintenant, pour moi, c'est lui permettre, à chaque instant et de plus en plus, de nous faire toucher que je suis, par son don, Fils du Père. L'attraction du Père sur chacun est souverainement efficace : Il est pure bonté agissante, gratuité excessive qui nous 'harcèle' en silence. Mais c'est une attraction telle, qu'elle nous blesse, elle nous excède, elle est de trop .. L'effet de son attraction est en nous cette soif, cet attente excessive de lumière et d'amour à laquelle rien dans le monde ne peut répondre.

C'est en cela que Jésus, se donnant à nous, nous met déjà au terme, nous introduit dans l'éternelle vie. Nous sommes marqués par cette excès de vie, en attente d'elle.. En cela, Jésus est Père pour nous : 'qui me voit, voit le Père'.

Dire avec Lui « Père » crée une connaissance intime, un secret intérieur dans notre coeur, un repos toujours à reprendre .. avec Celui qui est là, pure présence, qui m'attend, qui me connait, qui me devance toujours.. et là, je dois avoir le culot, le courage, l'orgueil de dire, avec Lui, par Lui, en Lui : «  Père.. glorifie moi.. »

Grégoire +

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