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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Lumières de l'Inde...

9 Juillet 2015, 05:44am

Publié par Grégoire.

Lumières de l'Inde...

 

« L’homme est peut-être bien, comme on l’a défini, un animal doué de raison, mais on doit ajouter que c’est un animal qui, dans l’ensemble, raisonne très mal. D’une façon générale, ce n’est pas dans le but de découvrir la vérité qu’il réfléchit, c’est bien plus pour la satisfaction de ses préférences mentales et de ses tendances émotionnelles. Ses conclusions découlent de ses préférences, de ses préjugés et de ses passions ; et le raisonnement et la logique qu’il brandit pour les justifier ne sont rien d’autre qu’un trompe-l’œil ou un masque de convenance derrière lequel il cache sa progression vers un résultat que son cœur et son tempérament ont à l’avance rendu inévitable. Quand nous nous éveillerons de nos illusions modernes, comme nous nous sommes éveillés de nos superstitions moyenâgeuses, nous nous apercevrons que les conclusions intellectuelles du rationaliste, en dépit de tout leur apparat et de leurs prétentions à l’honnêteté scrupuleuse dans l’investigation, étaient tout autant des dogmes que les anciennes déclarations du pape et de certains théologiens qui, eux, avouaient sans honte qu’ils se basaient clairement sur la négation de la raison... Il est donc toujours préférable d’examiner de très près ces explications simplistes qui satisfont si aisément le mental inférieur. Une fois que nous aurons reconnu cette petite partie de la vérité dont elles se sont emparées, nous devrons toujours rechercher la grande partie qui leur a échappé. »

Sri Aurobindo (1872-1950), extrait d'un article paru en 1910 dans la revue Arya (Pondichéry)

 

Le sage qui a écouté, compris et médité sans interruption les écritures les abandonne après avoir connu directement Brahman - la Réalité suprême - comme on laisse tomber le brandon qui a servi à allumer le feu. »

L'Amritananda Upanishad

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L'amour ne révoque pas la solitude, il la parfait...

8 Juillet 2015, 05:17am

Publié par Grégoire.

L'amour ne révoque pas la solitude, il la parfait...

 

« Toi seule, tu fais partie de ma solitude pure.

Tu te transformes en tout : tu es ce murmure

ou ce parfum aérien.

Entre mes bras : quel abîme qui s'abreuve de pertes .

ils ne t'ont point retenue, et c'est grâce à cela, certes,

qu'à jamais je te tiens . »

 

Rainer Maria Rilke - Chanson

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CE BEAU RIEN

7 Juillet 2015, 05:51am

Publié par Grégoire.

CE BEAU RIEN

 

Riches de ce qui nous manque

la grâce enfin serait

d’être touchés

à l’invisible de ce que nous sommes

 

Toute paroi devenue transparente

sans retrait ni 

dérobement

nous irions partout l’âme nue

 

Faite d’instants absolus de notre vie

tirerait sons ultime sens

de la métamorphose

dont la chrysalide déjà nous enveloppe

 

Gilles Baudry, le bruissement des arbres dans les pages

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La vraie lumière ne vient que par explosions intérieures

6 Juillet 2015, 05:33am

Publié par Grégoire.

La vraie lumière ne vient que par explosions intérieures

 

"Nous avançons dans la vie avec des mains rougies de criminel. Le déluge de notre mort les blanchira.

Nous finirons tous en miettes mais ces miettes sont en or et un ange, l'heure venue, travaillera à partir d'elles, à refaire le pain entier.

La beauté a puissance de résurrection. Il suffit de voir et d'entendre.

Quand une chose arrive, quand elle arrive vraiment,ce n'est jamais dans le temps qu'elle arrive. La mort, l'amour, la beauté,quand ils surviennent par grâce, par chance, ce n'est jamais dans le temps que cela se passe. Il n'arrive jamais rien dans le temps - que du temps.

La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables.

Je n'aime que les livres dont les pages sont imbibées de ciel bleu - de ce bleu qui a fait l'épreuve de la mort. Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir. J'ai passé ma vie à lutter contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune. Le bleu du ciel, c'est comme si une pièce d'or tombait de votre poche et qu'en l'écrivant je vous la rendais. Ce bleu en majesté dirait la fin définitive du désespoir et ferait monter les larmes aux yeux.

​La pureté n'est jamais si pure que lorsqu'elle fleurit au milieu de l'impur. La vie n'est jamais si forte que lorsqu'elle est contrariée par un côté, empêchée dans une de ses voies : elle file limpide, par l'issue qui lui reste.

Nous recevons la nouvelle de la disparition d'un être aimé comme l'enfoncement d'un poing de marbre dans notre poitrine."

Christian Bobin, L'homme-joie.

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Joe Bonamassa, l'homme qui fait parler sa guitare...

5 Juillet 2015, 05:02am

Publié par Grégoire.

Joe Bonamassa, l'homme qui fait parler sa guitare...
Le jeune prodige de la guitare Joe Bonamassa continue à nous servir des albums à vitesse grand V. Le dernier en date, The Ballad of John Henry, est également le plus abouti avec, comme pour les disques de Gary Moore, un savant mélange de reprises et de compositions originales. Alors qu’une date à l’Olympia est prévue pour dans quelques mois, nous avons eu le droit à un entretien express avec le bluesman sous l’œil protecteur et assez indiscret de son manager…

La guitare et toi, ça a toujours été une histoire d’amour ?
Joe Bonamassa : Oui. Mon père en jouait et il était propriétaire d’un magasin de guitare. Tu imagines donc bien qu’il y avait des guitares qui traînaient un peu partout dans la maison ! Jeune, je voulais comme beaucoup reprendre le business de mon père ou en tout cas au moins suivre son exemple. Il avait une Les Paul, du coup je devais en prendre une aussi (rires). J’ai commencé comme ça. A 4 ans… (il baille bruyamment) Excuse-moi, je me suis couché vers 3h30 du matin. J’ai fait une émission de radio sur France Inter – ou RTL2 je ne m’en rappelle même plus – de 1h à 2h (rires) ! Toujours est-il que j’ai commencé par la musique classique puis je me suis mis au blues dès que j’ai entendu Peter Green, Jeff Beck et Eric Clapton.

Tu n’as jamais été tenté par d’autres instruments ?
Joe Bonamassa : Non. J’ai essayé la batterie mais je suis nul. Le son que j’obtiens quand je joue ressemble à peu près au son d’une batterie qui se fracasse dans les escaliers (rires).

Et le chant, alors ? Quand est-ce que ça t’est venu ?
Joe Bonamassa : J’ai commencé à 18 ans. J’ai eu une révélation, presque divine (rires). J’étais guitariste dans un groupe et le chanteur avait la maladie du frontman… Je me suis demandé si j’allais devoir supporter ça toute ma vie ou si j’allais essayer de faire ça moi-même. J’avais déjà un bon niveau à la guitare et je commençais à obtenir des récompenses comme espoir dans différents magazines spécialisés. En revanche, quand j’ai commencé à chanter, j’étais nul. Depuis douze ou treize ans, je cravache pour que le chant « rattrape » la guitare. Je ne pense pas être naturellement doué pour le chant mais j’ai une voix qui accepte d’apprendre et qui peut être façonnée. C’est la chose la plus difficile que j’ai à faire mais c’est également la plus gratifiante. Quand j’écoute mes vieux disques, je n’ai plus l’impression de m’entendre tellement je me suis amélioré !

Le fait de te mettre au chant tout en jouant de la guitare a-t-il changé ta manière de faire en tant que guitariste ?
Joe Bonamassa : Tout à fait. Et c’est étonnant. Ça m’a fait devenir un meilleur musicien, en réalité. Quand quelqu’un d’autre chantait, je m’en foutais de ce qu’il pouvait faire. Plus maintenant. Ça m’a fait sortir de mon mode « Carlos Santana » et de jouer des fills à longueur de temps. Chez Santana, dès qu’il peut y avoir un blanc, tu peux être sûr qu’il fera un fill (rires). J’ai laissé les choses s’aérer et le tout est devenu beaucoup plus grand. Par conséquent, dès que je joue de la guitare ou que je fais un solo, mon jeu est nettement plus mis en valeur.

Il y a quelques années, tu as fait un DVD pédagogique…
Joe Bonamassa : (me coupant) Il était horrible ! Je ne faisais que survoler les choses. Ce n’était pas le bon format pour présenter les choses.

Ce n’était pas ton idée ?
Joe Bonamassa : Si, mais elle n’était pas exécutée correctement. Je ne pense pas que les gens aient pu apprendre grand-chose. De toute manière, que faire dans un DVD pédagogique d’1h30 ? C’est difficile ! En 90 minutes il est seulement possible de décortiquer un plan… Je pense que si je veux me plier à nouveau à ce genre d’exercice, je passerais par un blog ou un truc du style… « Cette semaine, les accords majeurs ! » En plus, sous cette forme, les gens peuvent interagir et tu n’es pas perçu comme quelqu’un qui vend un DVD de 30 euros qui a un contenu discutable.

Tu as des plans concrets de prévu là-dessus ?
Joe Bonamassa : Je réfléchis à haute voix avec toi, en fait (rires). Il y a des gens qui veulent que je sorte un nouveau DVD pédagogique mais il faut le traiter comme il faut. A voir. Je pense qu’à l’heure actuelle les meilleurs DVDs sont ceux qui restent hyper basiques. Pour le reste, il s’agit souvent de branleurs de manche qui se filment…

Tu parlais toute à l’heure de l’évolution vocale. Quelles sont les chansons sur The Ballad Of John Henry qui font progresser ton son dans son ensemble ?
Joe Bonamassa : Je pense qu’il s’agit de mes trois préférées, celles qui ont vu le jour alors que je passais une sale journée : « Last Kiss », « Happier Times » et « Story Of A Quarryman ». The Ballad of John Henry montre mes côtés les plus joyeux mais aussi les plus tristes car j’ai vécu tout cela récemment. Tout ça en six mois et à cause d’une fille ! Avec l’album So It’s Like That j’avais un peu perdu ma confiance en tant que compositeur car tout le monde autour de moi semblait s’obstiner à devenir les nouveaux Beatles. The Ballad of John Henry montre que j’ai retrouvé cette confiance et mon style.

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Un cœur pur sous les rails de la vie

4 Juillet 2015, 05:16am

Publié par Grégoire.

Un cœur pur sous les rails de la vie
Un cœur pur sous les rails de la vie

Je ne veux qu'un lecteur pour mes poèmes :

Celui qui me connaît - celui qui m'aime -

Et, comme moi dans le vide voguant,

Voit l'avenir inscrit dans le présent.

Car lui seul a pu, toute patience,

Donner une forme humaine au silence.

car en lui seul on peut voir comme en moi

S'attarder tigre et gazelle à la fois.

 

 

« Aimez-moi, aimez-moi » semble encore hurler cet éternel orphelin au monde, qui ne s'aimait guère. Un de ses recueils s'intitule « Je n’ai ni père, ni mère ».

Seul peut devenir un homme, celui

qui est orphelin de cœur et de corps,

qui sait que la vie déposée en lui

est un simple supplément à la mort.

 

L'Unesco a décrété 2005 comme « l'année mondiale d'Attila József » à l’occasion du centenaire de sa naissance. Qu'en reste-t-il après quelques vaguelettes médiatiques ? Le grand oubli l'a encore recouvert. Et pourtant on ne peut comprendre la poésie européenne sans avoir lu et relu Attila József.

Un livre « somme » chez Phébus donnant à lire l'œuvre poétique et quelques articles épars pour le saluer, voilà tout. Mais pas d'autres remous dans l'océan dompté des lettres, avec ses rochers poreux qui affleurent et ses fausses vagues. Attila József est encore un territoire ignoré en France, plus vaste que toutes les vastes plaines de Hongrie. Là il respire encore et le 11 avril (la date d’anniversaire d’Attila József) est la Fête de la Poésie en Hongrie. Le 11 avril 2005 fut un moment intense de veillées, de célébrations, de récitations sans trêve dans toute la Hongrie.

 

Pour ce « pays froid de la solitude » dont parle l'écrivain Peter Esterhazy, et qui vécu sous le couvercle noir de l'oppression, d'abord ottomane pendant 150 ans, puis celle de la dictature communiste à partir de 1949, avec cette flambée insensée d'espoir de 1956 et ensuite de féroce répression, il fallait des héros. Ce ne pouvait être Bartok, esprit trop pur et indépendant, ce ne pouvait être Imre Kertész car juif, ce sera donc Attila József honteusement récupéré et décrété poète national. Affolé par la vie aux dents coupantes, par la solitude aveuglante des jours, Attila József, fragile et lucide jusqu'à la blessure, ne pouvait trouver le repos que dans la grange ouverte des mots et de son idéal de faire « œuvre de vie ». Son refuge contre le soir qui va tomber, contre les idéaux qui sentent déjà la rouille et le mensonge, avant même que de se réaliser, son auberge devait être le territoire de la langue, de sa langue.

 

Un dicton, sans doute inventé, dit que pour les Hongrois « le bonheur du monde se trouve sur le dos de leurs chevaux ». Celui d'Attila se trouva sur le dos des mots, qu'il faisait galoper et hennir, se cabrer et fendre le vent.

 

Il choisira pourtant la mort en 1937, prenant un soin méticuleux, lui le grand négligent, à bien se placer pour ne pas échapper à la locomotive, belle mort au galop dans toutes ces mornes plaines. L'impossible toujours le tourmentait, le possible du sang jeté sur toutes les voies tranchera son impossible consolation. Ses quatre cents poèmes cheminent plus loin que lui, parlant jusqu'à la chair de l'intime de sa vie et de sa foi en l'humanité.

Il aura écrit l'étrange supplique d'un homme couché sur les rails :

 

M'entends-tu ? Me voici

Abandonné gisant ainsi

J'étais le Christ : je suis à terre

je meurs narcisse solitaire

 

Voici le train

il vient de loin.

Tout à coup semble éclore,

en un plus bel éclat que celui de l'aurore

l'instant festif, fringant comme un beau destrier

Œil rouge inscrit pour moi dans le calendrier

Ni vapeur ni brume ne le nourrit, mais l'amertume...(vers 1925?) (traduction Georges Kassai édition Phébus)

 

La poésie d'Attila József est inondée de musiques, il attache un sens profond à transmettre dans sa langue des sonorités qui convergent vers l'obsession de la rime ; ses vers sont des battements d'eau qui se joignent en convergence sonore des mots. Il est difficile de rendre toutes ses assonances qui en hongrois semblent une douce marée qui engloutit le temps. Une musique de György Ligeti sur les Fragments d’Attila József, Töredekek, pour soprano solo (1981-82) lui rend justice. Vouloir rendre par des rimes en langue française sa musique n'est pas pourtant satisfaisant, il a glissé ailleurs. Ondoyant et profond comme la musique de Bartok qui tant l'aimait, il est un oiseau de feu qui ne se laisse pas accrocher au mur de la traduction.

Il se voulait le plus proche possible des réalités quotidiennes, il ne fut vraiment proche que de son malheur intime.

 

Trajectoires d’un météore

 

Troisième enfant d'un ouvrier savonnier Aron József et de Borbála Põcze, ancienne domestique, Attila József naît dans une famille pauvre le 11 avril 1905. Sa mère est sans le sou lorsque son père quitte sa famille et s’expatrie en Roumanie, ne pouvant pas aller aux États-Unis. Attila est confié à des parents adoptifs puis revient vivre dans l'indigence auprès de sa mère. À l'âge de onze ans, le jeune garçon commence à écrire des poèmes. Après la mort de sa mère à noël 1919, d'un cancer, il devient mousse à bord d'un chaland sur le Danube, puis suit des cours dans un lycée d'une petite ville du Sud de la Hongrie, Makó. Le « Mendiant de la beauté », son premier recueil de poèmes, paraît en 1922. En janvier 1924 « Le Christ révolté » lui vaut un procès, le premier d'une longue série, pour blasphème à 19 ans !

Jozsef

Il rejoint la Faculté des Lettres de l’université de Szeged et se spécialise dans le hongrois, le français et la philosophie. Son poème célèbre « Cœur Pur » est de cette époque. Il s'installe à Vienne à l'automne 1925 et s'inscrit à l'université en faisant des petits boulots ( crieur de journaux, marchand de limonade dans les cinémas, garçon de café à la célèbre brasserie Emke,...) tout en découvrant Hegel et Marx. C'est là qu'il rencontre des exilés hongrois ( Georg Lukács) et fait son éducation sociale à leur contact. En automne 1926 il part à Paris et s'inscrit à la Sorbonne jusqu'en 1927. Il y découvre Villon et les surréalistes.

 

Il se cherche politiquement et flirte un temps avec l' Union Anarchiste Communiste. Toujours aussi pauvre il doit ses études à l'Université de Budapest. C'est alors que sa légende de voyou et de barbare s'installe, il traduit en effet François Villon et s'identifie à lui. Son premier et grand amour, Márta Vágó se brise sur la séparation. Il sombre alors dans les bras de la dépression nerveuse, qui plus jamais ne cesseront de l'enlacer. Il comprend que sa vie ne se fera pas dans le quotidien visqueux de la vie et décide de quitter son emploi dans l'export pour se consacrer à sa seule passion, l'écriture. Il devient orphelin du monde, mais enfin lui-même (recueil « Je n'ai ni père, ni mère » en 1929). Sale gosse il restera, plutôt gamin timide ne sachant pas aimer. Son esprit anarchiste et libertaire proclamait Ni Dieu, ni Maître, et pourtant la beauté de l'être humain, sa fragilité seront ses adorations. Pour les célébrer il aura fait de sa langue une arme.

 

Je n'ai ni père, ni mère, ni Dieu, ni patrie, ni berceau, ni linceul, ni baisers, ni amour. je n'ai pas mangé depuis plus de trois jours, même pas une miette. Mes vingt ans sont un pouvoir, ils sont à vendre! si personne ne les veut, le diable devra les acheter. Je m’interromprai avec un cœur pur ; s'il le faut, je tuerai quelqu'un. Je devrai être arrêté et pendu et enterré dans une terre sacrée, et l'herbe qui apporte la mort poussera par-dessus mon cœur magnifiquement juste.

 

Jozsef

Sa vie sauvage, rimbaldienne commence alors. Il est le grand insurgé, le blasphémateur, mais aussi le poète de la misère humaine. Il se veut indépendant de toutes chaînes, sa pensée roule hors de tous les chemins. Il veut cracher son suicide à la face blême du monde qui ne l'a pas compris.

 

Dans la clandestinité, il devient membre du parti Communiste hongrois en 1928, mais il ne s'implique vraiment qu'en 1930. Sa rencontre avec Judit Szántó, militante communiste, le stabilise pendant cinq ans.

Ses recueils deviennent des machines de guerre politiques (Abats les chênes, mais sans murmure). Il est de nouveau inculpé pour atteinte à la pudeur à cause de la traduction, publiée dans le recueil, de la « Ballade de la grosse Margot » de Villon, mais en fait il est persécuté surtout pour son combat politique (il proteste en 1932 contre l’exécution de deux dirigeants du parti Communiste). Souffrant de dépression, de paranoïa aussi, il fait plusieurs séjours dans des sanatoriums. L'ombre noire des fascismes commence à se poser sur la Hongrie (Gömbös Gyula devient président du Conseil des Ministres et se rapproche de Hitler). Attila commence à ne plus croire au combat du Parti Communiste qui ne saurait admettre un tel poète qui ne se plie pas au moule du réalisme soviétique. Le recueil « Nuit des faubourgs » marque le fossé immense de l'incompréhension de « ses amis communistes ». Il sera exclu en 1933 par les staliniens du Parti Communiste pour « opinions fascistes »car il prônait un front commun avec les sociaux-démocrates. Il sera aussi exclu du Congrès des écrivains soviétiques à Moscou.

Jozsef

 

Il préfère écrire sa vie, ses odes à l'amour, et se retire en 1934 en province, auprès de sa sœur cadette. Il ne militera plus et découvre l'œuvre de Freud qui le fascine. Il choisit Freud à la place de Lénine ! Lui-même suivait des analyses et sa vaine tentative de marier freudisme et marxisme, le laissera amer.

 

Regarde, là à l'intérieur de ta souffrance

Hors de là, sûrement est l'explication. (1934)

 

En mars 1934 il collabore à des revues de gauche, il largue ses amarres amoureuses, et surtout rencontre un de ses plus fervents admirateurs en 1936, Béla Bartók qui le connaissait grâce à son ami librettiste, le marxiste Béla Balázs. En décembre il publie son dernier recueil « Cela fait très mal ». La maladie de l'âme et du corps prend alors possession de lui.

 

Mes yeux sautent hors de ma tête. Si je deviens fou, s'il vous plaît ne me frappez pas. Juste tenez-moi à terre dans vos mains puissantes.

 

Il tente de se soigner en clinique pendant l'été. Quelques lueurs encore lui font rendre hommage à Thomas Mann " Vous le savez bien, jamais ne ment un poète ; le réel n'est pas suffisant, car il travestit ; Dites nous la vérité qui puisse remplir de lumière la pensée. Car sans chacun de nous, tout est nuit."

 

Il va surtout écrire son poème le plus célèbre Ma Patrie. La traduction de Guillevic le fera un peu connaître en France. Alarmées par son état, ses sœurs le prennent avec elles à Balatonszárszó, en novembre, espérant l'apaisement de la nature.

 

Le 3 décembre 1937 dans la soirée, à l'âge de trente-deux ans, Attila József se couche sous un train de marchandises en ayant méticuleusement préparé son suicide en se mettant contre les roues d'un wagon prêt à démarrer pour être sûr de ne pas se manquer. Pour seuls témoins il y eut le fou du village de Balatonszárszó, un représentant de commerce, et un conducteur.

Sur la table de sa chambre, ouvert, un livre de poèmes de Victor Hugo.

 « Nous l’avons laissé s’effondrer devant nos yeux » écrit Arthur Koestler quelques jours après.

Son poème Cœur pur nous disait déjà toute sa trajectoire.

 

Une poésie inondée de musique et de désespoir

 

Dessus la branche du néant,

mon cœur grêle tremble en silence,

et les doux astres le voyant,

les doux astres vers lui s'avancent.(Sans espoir)

 

On retient maintenant de lui sa précocité poétique digne de Rimbaud, mais lui, à la maturité, ne vendra pas des armes, mais son âme. Il passe ainsi improbable comète, les poings dans les poches, et plein de chevaux blancs qui cascadent dans sa tête. Il ne craignait point l'oubli, qui le lui rendit bien. Il était un révolté, un cœur pur qui saigne, et la gloire il s'en fichait.

Chevalier de l'apocalypse contre l'injustice et le monde cruel et indifférent, il entretiendra une relation complexe avec la vie. Amoureux passionné, militant de l'utopie, il ne pouvait pourtant pas s'en accommoder et sa première tentative de suicide il la fait à 9 ans ! Feu brûlant, il se consume et consume autour de lui.

Maudit, il se croit, maudit il se fait. Ses tentatives de suicide se succèdent pitoyablement, échecs parmi d'autres échecs. Sa fascination pour sentir le train le disloquer, le poursuivra toujours jusqu'à sa réalisation finale et théâtrale.

 

Jozsef

La poésie d'Attila József appartient à une tradition poétique hongroise qui nous est fort inconnue. Sachons qu'elle célèbre la nature et l'homme et que le lyrisme l'imbibe. Qu'elle est porteuse de rythme et de musique.

L'influence du poète Endre Ady et de Dezsô Kosztolányi (1885–1936), fut forte sur lui. Ce qu'apporte d'original Attila est cette torsion du lyrisme qu'il précipite dans la tourmente de l'être, cette distorsion de l'âme. Effroi et foi, espérance et noir désespoir s'enchevêtrent chez lui. Il se jette dans la vie comme dans un combat perdu d’avance, mais qu'il mène au bout. Il a en lui cette mission prométhéenne de dire la beauté du monde et de sa contemplation.

Célébration ardente, combat cruel, Attila aura vécu sur ces deux versants, marchant de plus sur le fil de rasoir de sa folie.

 

De ses gouffres amers et intimes il tente de secourir tous les déshérités de la terre. Il était présent au monde, ardemment. Il est profondément solidaire. Sa célébration de la classe ouvrière est aussi une ode d'amour pour sa mère, pauvre blanchisseuse des quotidiens des jours. Dans un poème autobiographique qu'il se dédie, il écrit : « Crois-moi, je t'aime vraiment. Cela, je l'ai hérité de ma mère ».

Son amour pour sa mère est aussi une clé pour pénétrer dans ses textes. Mère et humanité laborieuse, mère et patrie, mère et amour, tout cela irrigue sa poésie. Cette mélancolie qui se fraie un chemin en nous comme les méandres du Danube ne doit pas faire oublier sa modernité.

La place de l'homme dans le siècle nouveau était une de ses grandes interrogations. Cette harmonie du monde qu'il contemplait, était sa foi panthéiste. Lui la crécelle bariolée, il a repeint le monde. Sa poésie porte autant d'images que le Danube en crue.

 

Sa poésie gueule, interpelle, secoue. Elle déchire les habitudes et nous plonge dans la modernité. Lire la poésie d'Attila c'est lire le livre de sa vie, pas à pas, des brisures aux espoirs fous. Il écrit très peu en vers libres, car il est tout entier dans les vers rythmés et rimés.

 

Aura-t-il été vraiment un homme engagé dans les combats de son siècle ? Je ne le crois pas, il passait en flânant, sincère mais déjà ailleurs. Il était une sorte de dandy en loques des utopies, de l'amour, de la psychanalyse. Il était un papillon de l'infini. Il avait dû se faire un serment intérieur de mourir le plus jeune possible, et tous les adjuvants de la vie, sexe, nature, nobles causes, ne le détourneront pas de sa promesse initiale. Comme un héros de Kleist ou une incarnation de Hölderlin, il traverse la vie en rêvant. On a voulu le récupérer, l'embrigader, le momifier, après sa mort. Lui le sauvage, « le veuf, l'inconsolé » marqué au sceau de la mélancolie. Sa poésie brasse les thèmes de la pauvreté, de la souffrance, de la sauvagerie, mais aussi de l'amour et de l'espoir, de l'humanité à sauver aussi.

Il disait de lui qu'il était assis sur la « branche du néant ».

Seul l'impossible est à sa portée.

 

Ses derniers vers furent ceux-ci:

Souvenez-vous de moi, vous aussi, et pas seulement en vous moquant

de moi qui ai vécu parmi vous et que jadis vous aimiez.

 

Attila József est à tout jamais irrécupérable, un désastre obscur chu d'une étoile étrangère. Un très grand poète qu'il nous faut lire et relire pour saisir la complexité de l'univers. François Fejtõ a le mieux défini la poésie de son meilleur ami: « la poésie d’Attila József est cosmique. »

 

Sois libre pour manger, boire, faire l'amour et dormir!

Confronte-toi avec l'univers!

Jamais je ne plierai mon tourment intérieur à ramper

et servir le fondement des pouvoirs briseurs d'os.

Ars Poética 1934

 

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La femme, ce mystère...

3 Juillet 2015, 05:03am

Publié par Grégoire.

La femme, ce mystère...

Les femmes viennent du plus lointain de la vie des hommes, elles sortent de l'enfance des hommes, on dit qu'elles gouvernent cette enfance mais ce n'est pas vrai, il suffit de regarder dans les jardins publics, les mères avec leurs enfants: elles ne gouvernent pas. Elles veillent.

Elles veillent sur l'incendie naissant d'enfance, elles aident le feu de vie à prendre. Plus tard, beaucoup plus tard, elles regardent ceux qu'elles ont fait rois et qui ne savent plus leur parler. Les hommes, ce sont les devinettes qui les rassurent - devinettes du pouvoir, de la force. 

Devant les femmes ils disent : je ne devine rien, c'est un mystère. Ce qu'ils appellent mystère, c'est la simplicité des femmes et c'est leur solitude, cette force de solitude en elles, en chacune d'elles, cette manière qu'elles ont de tenir leurs enfants, leurs maris, leurs amants, le bleu du ciel et l'ordinaire des jours à bout de bras.

Les femmes sont seules au début, au milieu et à la fin de leur vie. Elles reçoivent de cette solitude le sacre d'intelligence.

 

Christian Bobin - Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas.

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Une reine perdue...

2 Juillet 2015, 05:11am

Publié par Grégoire.

Une reine perdue...

Elle m'appelait, appuyée contre un pommier dans le jardin. D'abord je ne l'ai pas vue. Je pensais à quelque chose et la pensée empêche de voir. Plus des trois quarts de nos vies se passent en somnambule. Nous serrons des mains, nous donnons nos yeux à des lueurs de toutes sortes, et en vérité nous ne voyons rien. Les soucis et les projets sont des paravents devant lesquels nous passons. Nous les longeons, distraits par leurs dessins. La vie est derrière eux. Elle frissonnait au vent frais du matin. Son visage pâle, tragique et doux. Sa robe déchirée comme si pour venir ici elle avait traversé des buissons épineux, couru longtemps jusqu'à s'arrêter là, devant ce pommier, essoufflée. Radieuse. Sa joie renversait les paravents. Pensant à un travail en cours, je m'inquiétais du lendemain. Son apparition me reconduisait à la vie éternelle dont les anges connaissent l'adresse : ici, maintenant. Ses soeurs l'entouraient. Je ne les regardais pas. Elle seule parlait à mon âme avec son âme écorchée. Je suis allé droit vers elle comme vers mon ange - ce qu'elle était sans doute à cet instant. Dans un langage plus sec, dans le langage non-voyant des paravents, on l'aurait nommée : une fleur d'églantier. Certes, c'est ce qu'elle était. Mais elle m'était apparue d'abord comme une reine perdue, la déesse du bref, la sainte de la rosée. Si présente à elle-même qu'elle en devenait presque invisible. L'or de ses étamines grésillait comme un collier de poupée. L'infini baignait de rose l'ourlet de ses pétales. La solitude de nuits sans étoiles l'avait épuisée. Des bandes de pluie s'amusaient à la gifler. Proche de sa fin, elle entrait en moi par ce qu'elle avait de blessé. Demain, après-demain, elle ne serait plus là. Rien n'est là pour nous. Nous croyons lire notre nom sur les paravents, mais ce n'est qu'une ombre, qui passe. Notre âme est une fleur sauvage appuyée à notre chair avant qu'un orage la déchire. Ce qui m'étonnait le plus était l'invraisemblable couleur de la fleur d'églantier : rose comme le souffle d'un ange, son haleine rendue visible pour peu de temps. Une promesse dont on ne pouvait douter. Une lettre comme dans les vieux romans d'amour. Ah, ce rose, ce rose ! La couleur d'une fleur est la manière qu'elle a, propre aux timides, de pousser brutalement son âme en avant d'elle, vers nous. Ce rose entrait effrontément dans ma pensée, la remplaçait même, inscrivait dans mon cerveau quelque chose d'aussi solide qu'une parole sainte - allant dans le même sens déraisonnable. Je le contemplai longtemps puis je revins aux livres, tournant leurs pages, espérant y trouver une clarté aussi convaincante que celle qui peu à peu se retirait du jardin. Les poèmes traversent les murs. Les fantômes ont les joues rosées. Il y a un paradis pour les fleurs, sûrement. 

Christian Bobin.

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L'amour, c'est sans espoir...

1 Juillet 2015, 05:00am

Publié par Grégoire.

L'amour, c'est sans espoir...

L'homme livide c'est l'homme social, c'est l'homme utile, persuadé de son utilité. C'est l'homme de la plus faible identité - celle de maintenir les choses en état, celle du mensonge éternel de vivre en société. Et puis il y aurait un autre type d'homme. Inutile, celui-là. Merveilleusement inutile. Ce n'est pas lui qui invente la brouette, les cartes bancaires ou les bas nylon. Il n'invente jamais rien. Il n'ajoute ni n'enlève rien au monde : il le quitte. Il s'en découvre quitté, c'est pareil. On l'aperçoit ici ou là. Il pousse devant lui le troupeau de ses pensées. Il rêve dans toutes les langues. De loin, visible. Il est comme ces gens du désert, ces hommes bleus.Il est comme ces gens aux chairs teintées du tissu qui les garde du soleil. Il a le cœur perclus de bleu. On l'aperçoit ici ou là, dans les révoltes qu'il inspire, dans les flammes qui le mangent. Dans les livres qu'il écrit. C'est pour le voir que vous lisez. C'est pour les heures nomades, pour la brise d'une phrase sous les tentures de l'encre. Vous allez de livre en livre, de campement en campement. La lecture, c'est sans fin. C'est comme l'amour, c'est comme l'espoir, c'est sans espoir.

Christian Bobin, une petite robe...

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Au-delà du souffrant: l'autre...

30 Juin 2015, 05:26am

Publié par Grégoire.

Au-delà du souffrant: l'autre...

"Je n'ai pas de lumières sur la souffrance humaine... comme l'amour elle ferme les yeux.

J'ai peur d'entrer dans certaines chambres. j'ai peur de la souffrance sans nom, de cette douleur qui ne s'organise dans aucun langage, qui ne se ménage plus la complicité d'un regard ou d'un pauvre sourire. J'ai peur de la souffrance brute. Je n'ai pas peur pour l'autre. Je crains d'être emporté dans un tourbillon. Et pourtant, presque toujours, je franchis le seuil."

Jean-Yves Quellec

 

Dans le moulin de ma solitude, vous entriez comme l'aurore,
vous avanciez comme le feu.
Vous alliez dans mon âme comme un fleuve en crue.
Et vos rives inondaient toutes mes terres.
Quand je rentrais en moi, je n'y retrouverais rien :
là où tout était sombre, un grand soleil tournait.
Là où tout était mort, une petite source dansait.
Une femme si menue qui prenait tant de place: je n'en revenais pas.
Il n'y a pas de connaissance en-dehors de l'Amour.
Il n'y a dans l'amour que de l'inconnaissable.

Christian Bobin, une petite robe de fête.

 

 

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Ce que l'Amour a de plus doux, ce sont ses violences

29 Juin 2015, 05:06am

Publié par Grégoire.

Ce que l'Amour a de plus doux, ce sont ses violences

 

"Ce que l'Amour a de plus doux, ce sont ses violences ;

son abîme insondable est sa forme la plus belle ;

se perdre en lui, c'est atteindre le but ;

être affamé de lui, c'est se nourrir et se délecter ;

l'inquiétude d'amour est un état sûr ;

sa blessure la plus grave est un baume souverain ;

languir de lui est notre vigueur ;

c'est en s'éclipsant qu'il se fait découvrir ;

s'il fait souffrir, il donne pure santé ;

s'il se cache, il nous dévoile ses secrets ;

c'est en se refusant qu'il se livre ;

il est sans rime ni raison, et c'est sa poésie ;

en nous captivant il nous libère ;

ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations ;

s'il nous prend tout, quel bénéfice !

c'est lorsqu'il s'en va qu'il nous est le plus proche ;

son silence le plus profond est son chant le plus haut ;

sa pire colère est sa plus gracieuse récompense ;

sa menace rassure

et sa tristesse console de tous les chagrins ;

ne rien avoir, c'est la richesse inépuisable (…)

Voilà le témoignage que moi-même et bien d'autres

nous pouvons porter à toute heure,

à qui l'amour a souvent montré

des merveilles, dont nous reçûmes dérision,

ayant cru tenir ce qu'il gardait pour lui.

Depuis qu'il m'a joué ces tours

et que j'ai appris à connaître ses façons,

je me comporte tout autrement avec lui :

ses menaces, ses promesses,

tout cela ne me trompe plus :

je le veux tel qu'il est, peu importe

qu'il soit doux ou cruel, ce m'est tout un."

 

Hadewich d’Anvers

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Nous ne sommes pas là pour séduire mais pour faire peur !

28 Juin 2015, 23:34pm

Publié par Grégoire.

Enorme de Funès... film prémonitoire de notre société.

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Voir cela s’apprend, ou la 'vertu' d'effacement...

28 Juin 2015, 04:59am

Publié par Grégoire.

Voir cela s’apprend, ou la 'vertu' d'effacement...

 

Il est possible que la plus grande partie de cette vie soit invisible et que nous ayons à en devenir des transmetteurs, mais la plupart du temps nous y faisons obstacle. Tournés vers nous-même nous devenons opaques, nous offrons une résistance à quelque chose qui demande juste à passer à travers nous pour aller plus loin et cette vertu d’effacement, avant de la trouver un peu plus tard chez ce que l’on appelle aussi improprement les « saints », je l’ai trouvé chez certains artistes, peintres, écrivains ou musiciens.

La vie en société se fait d’autant plus facilement qu’on y est comme absent, c’est une vie de somnambule. On fait d’autant mieux les choses sociales que l’on ne les pense pas, elles se pensent et agissent à notre place et en notre nom. On ne peut naître que de l’effacement et du retrait au monde. Pour cela il suffit parfois  d’entendre parler d’autre chose que de ce que l’on vous montre comme nécessaire, inévitable et fatal.   Au fond, un tableau, une musique ou un livre est tout à coup devant nous comme une porte battante que l’on vient de pousser : on a le temps d’entrevoir des bribes furtives avant que cela se referme, pas plus c’est comme une fève de lumière dans un gâteau d’ombre, nous racontent autre chose que celles qui ont cours, marchandes et obligées.

On n’est pas certain de ce que l’on a vu, on aurait du mal à en rendre compte, mais on ne peut pas en douter, car cela a fait venir un courant d’air, un rafraîchissement soudain dans la pièce, et l’on constate qu’il y a infiniment plus de lumière que tout ce que l’on nous a raconté. Nous venons de l’entrevoir par la porte d’un tableau, par le silence entre deux notes de musique ou par la fenêtre grande ouverte d’un livre ou d’une seule phrase, comme celle d’André d’Hôtel que j’aime beaucoup : « J’entendis soudain une porte claquer au fond du ciel » .

Le paradis, c’est le présent, ce qui nous fait face. Voir cela s’apprend. C’est la vie qui vous taille et vous découpe les yeux avec son petit marteau de sculpteur et ce sont les épreuves qui vous apprennent à voir. Il faut payer pour voir. J’aime beaucoup « La petite châtelaine » de Camille Claudel, il se passe beaucoup de choses dans ses yeux, on peut penser en la voyant qu’elle est l’image parfaite de ce à quoi nous pouvons aspirer. Et si nous laissons la vie faire son travail elle nous donnera ce visage-là, à la fois espérant, presque méfiant, crédule et malgré tout, ouvert. C’est la vie qui est le sculpteur, et nous qui sommes la matière brute

Je pense que chacun fait ce qu’il peut et que le substrat premier c’est la crainte le sentiment d’abandon le sentiment enfantin de devoir traverser un couloir la nuit est partagé par tout le monde dans tous les pays depuis toujours Et ce que l’on appelle l’art c’est juste une réponse une manière de siffler dans le noir pour que le cœur ne se décroche pas dans la poitrine pour que la peur ne vous envahisse pas trop…

C’est cela que j’entends dans Jean-Sébastien Bach, mais c’est aussi cela que je peux ressentir devant la surnaturelle joie des papiers découpés de Matisse. Cette œuvre s’arrache à quelque chose de ténébreux. Parfois la lutte est gagnée. Matisse est un des rares soldats de cette guerre-là que chacun mène avec sa propre mélancolie, avec son propre sentiment d’abandon et de détresse, un des rares qui a gagné la bataille que chacun mène avec sa vie…

 

Christian Bobin, interview.

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Elephant Song

27 Juin 2015, 05:52am

Publié par Grégoire.

Excellente performance de Xavier Dolan.

Excellente performance de Xavier Dolan.

Elephant Song, premier film anglophone de Charles Binamé, est d’un académisme, mais son trio d’acteur principaux vaut le détour.

Binamé est un grand directeur d’acteur. Chacun de ses longs métrages est indissociable d’une remarquable performance d’acteur  Bruce Greenwood, toujours excellent, Catherine Keener et la surprise du film, Xavier Dolan  qui se révèle être un formidable comédien.

Le film est adapté de la pièce de Nicolas Billon par l’auteur lui-même, Binamé réussit mal à faire oublier l’origine théâtrale de son matériel de base.  Nous suivons le Dr Toby Green (Bruce Greenwood) qui cherche à élucider le mystère entourant la disparition de son collègue, le Dr Lawrence. Son principal témoin est Michael (Xavier Dolan), un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille. Michael est un enfant «dérangé» qui vécut avec sa mère suicidaire et son père chasseur d’éléphant. Les troubles de Michael ont pour point d’origine le safari à lequel son père l’a convié enfant, voir son père tuer un éléphant fut un événement traumatisant pour le jeune Michael, depuis la ligne entre le bien et le mal et la vie et la mort est plus que flou, lorsqu’il voit sa mère se suicider, il la regarde mourir froidement.

Michael amène le Dr Green sur différentes pistes: parfois fausses, parfois vraies. Pour lui, tout cela ne semble qu’un jeu. Dolan réussit à nous exposer le coté maladif de personnage, toujours en finesse et sans jamais tomber dans l’excès. Face à lui, Greenwood est en tout point formidable, à la fois empathique et contrarié; cet habitué des secondes places trouve ici l’un de ces plus beau premier rôle. Gravite autour d’eux l’infirmière en charge de Michael et ex-femme de Dr Green, interprétée par la talentueuse Catherine Keener.

http://www.cinemaniak.net/elephant-song/​

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Occupation des failles et du rien...

26 Juin 2015, 05:27am

Publié par Grégoire.

Occupation des failles et du rien...

« …Au cœur de ma révolte dormait un consentement » A.Camus

 

« Nous ne connaitrons jamais d’autre perfection que celle du manque » Ch.Bobin

 

Sans forcément les comprendre dans un premier temps, ces phrases me parlent. Est-ce parce qu’elles portent en elles une contradiction, une portée poétique, une confidence personnelle, une affirmation simple et posée, une clé enfin possible du trousseau ?

 

L’idée de l’absurdité si présente chez Camus ne peut être supportée et vécue sans une forme d’acceptation transformée, celle du temps que prend Sisyphe lorsqu’il redescend de la montagne cherchant son rocher dans la vallée, celle de cet espace de liberté que les Dieux ne peuvent lui contester, celle de la graine de « choisir » plantée dans la tourbe du subir. Les efforts, la souffrance, l’inimaginable peine à perpétuité, l’absurdité, ne peuvent être consentis, je ne dirai pas compris ou acceptés, que par cet espace-temps qu’il parcourt du pas léger de sa descente. Lorsque le poids des jours se fait trop lourd, j’imagine sa course éolienne. Cet assentiment né de la situation d’absurdité comme le blues nait de l’esclavage peut alors faire le lit d’un consentement permis, nourrissant paradoxalement la révolte. « Il faut imaginer Sisyphe heureux » semble la seule solution, malgré tout fataliste, à laquelle se range Camus, pour accepter de vivre, le seul miroir qu’il nous tend.

 

Introduire une acceptation, voire du bonheur dans l’absurde, comme le fragile s’introduit dans la vie, jusqu’à devenir invincible, c’est d’une certaine façon ce que Bobin répète aussi : « Il est possible que les épreuves soient une chance accordée ». Chercher jusque dans une malédiction divine une forme de bonheur caché, même infime, mais fissurant alors l’absurdité nous ramène à Sisyphe. Seule la fêlure de l’absurdité permet qu’elle soit envisageable. L’absurdité infaillible n’est pas supportable et pousse au suicide. Le travail de la Création même est d’avoir créé des failles dans le néant absurde puis d’avoir ouvert des mers pour lui échapper, mis en place des guides pour en trouver la sortie, d’avoir fissuré celui-ci de béatitudes, d’avoir glissé l’espoir dans la faille, comme un coin dans la densité invivable de l’absurde…

 

Considérer la sensation de manque comme la perfection absolue, c’est aller encore plus loin. Je rajouterai « volontairement » à la notion de manque car il faut que la démarche soit choisie et non imposée. Dans un monde où pour certains, tout semble possible et où pour d’autres tout semble absurde et révoltant, choisir l’ascétisme ou la voie de manquer plutôt que de posséder est une constance minoritaire de toutes cultures. Le vide du renoncement est plénitude, puisque de nous dépendant et non périssable. La quête durien est la seule qui ne peut nous être volée. Ce dégagement de notre espace le plus souvent encombré crée un vide qui attire. Il permet d’occuper cet espace en nous que le monde ou les Dieux ont oublié, comme ce temps durant lequel le rocher dévale la pente, et de se débarrasser de ce dont nous avons pu nous libérer, sans regrets ni mémoire. Même les murs n’ont alors plus lieu d’être. N’est ce pas la définition de la liberté ? La perfection du manque est alors là, finie et totale ; contrairement à la recherche de possession jamais assouvie. Consentir au rien, faille lumineuse… Déménager avec pour seul fourgon deux poches vides me semble proche de cette perfection. Certains l’osent vivants, tous le feront morts.

 

Jean-François Debargue (Procédures et modes d’emplois)

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Avignon : le Off a cinquante ans !

25 Juin 2015, 23:13pm

Publié par Grégoire.

Avignon : le Off a cinquante ans !

 

Une conférence de presse du Off, c'est toujours une avalanche de chiffres écrasants! Comment est-ce possible? se demande-t-on chaque année. Et chaque année ça recommence, et ça marche! Greg Germain, président de l'association qui fédère, depuis dix ans, compagnies et salles, Avignon Festival & Compagnies, avait convié la presse hier, dans la salle Réjane du Théâtre de Paris. Les journalistes étaient rares mais au fil du temps, la presse nationale, qui, jusqu'alors, à l'exception deLa Croix, de L'Humanité, du Figaro, ne faisaient guère de place aux créations du Off, s'y est aventurée depuis quelques étés...

Rompu à l'exercice, celui qui est aussi un comédien et metteur en scène très estimé et qui dirige le très actif théâtre d'Avignon qui présente les œuvres de la France d'Outremer à la Chapelle du Verbe Incarné, a pris la parole brièvement, avant de commenter, projections à l'appui, des «camemberts» comme il les nomme, reprenant les statistiques astronomiques de cette manifestation.

Le festival off d'Avignon, est-il, comme le proclament les affiches visibles partout en France, grâce au mécénat de Jean-Claude Decaux, «le plus grand théâtre du monde»? D'autres festivals peuvent revendiquer des chiffres aussi lourds, Edimbourg, notamment.

Mais la particularité du Off d'Avignon est d'avoir grandi en marge du festival créé par Jean Vilar en 1947 et de bénéficier ainsi de la venue de journalistes du monde entier, qui viennent tout de même d'abord pour le «in» et la grandiose beauté de la cour d'Honneur.

C'est un poète, doux et bourru à la fois, qui fut à l'origine du Off. Comme l'a dit en substance Greg Germain: «En créant, le 17 juillet 1966 son texte Statues, André Benedetto ne savait pas qu'il inventait le Off.»

Depuis le Off n'a cessé de gonfler jusqu'à risquer l'explosion. Pour ce jubilé 2015 sont d'ores et déjà prévus: 1071 compagnies, 8000 artistes et techniciens, qui joueront 1336 spectacles. Parmi ces compagnies, 126 viennent de 27 pays étrangers. Les dates sont celles du «in»: 4 au 26 juillet, avec le 3 la fameuse parade d'ouverture. Alors que 192 festivals ont disparu, cette année, en France, le Off demeure un recours essentiel pour les compagnies ou les jeunes isolés qui cassent tous leurs tirelires.

Ils viennent chercher, selon les études menées par Avignon Festival & Compagnies, quatre choses:

- vendre leurs spectacles

- rencontrer le public

- obtenir des articles

- jouer dans la durée

Trois semaines, cela compte et en particulier pour conserver ou acquérir le fameux statut d'intermittent du spectacle. Mais Greg Germain est fin diplomate et il passe vite sur ce dernier point.

À l'heure de l'électronique, des Tweets et des réseaux sociaux en général, Avignon Off demeure une énorme machine papivore. Cette année encore on promet des gestes écologiques, et, la députée-maire PS de la ville, voudrait bien instaurer une certaine harmonie dans l'affichage. Plus d'affiches en plastique et des emplacements dédiés...

On est loin de la joyeuse époque des affichages à la bonne franquette. Flairant le filon, des sociétés sont nées qui organisent ces affichages et tondent un peu plus les jeunes compagnies, obsédées par la communication.

Greg Germain annonce une nouvelle publication tirée à 200.000 exemplaires: Venez quand vous voulez! Elle sera distribuée partout en France, par les mairies et les offices de tourisme.

Et puis, bien sûr, il y a le fameux Programme du Off. Un véritable bottin. Pour y figurer, il faut adhérer à l'association. Une bible pour le festivalier qui y trouve horaires, durée des spectacles, classements par genre, index nombreux, plans, etc. Ce programme: c'est 130 tonnes de papier recyclé! Souvent, jusqu'à présent, ils sont hélas jetés n'importe comment ou brûlés...On va essayer de les recycler encore!

Le Off est essentiel dans l'économie globale de la ville et engendre 1000 emplois. On peut prendre des cartes d'abonnement et bénéficier de prix plus économiques. Ils étaient 52.000 en 2013, 50.000 en 2014 (le conflit des intermittents, les grèves ont refroidi les ardeurs l'été dernier). 694.705 places ont été vendues pourtant.

Bref! Des tonnes de papiers, des milliers de spectateurs. Et beaucoup de rendez-vous spéciaux cette année. 

 

http://pdf Programme du festival OFF d'Avignon 2015

http://www.avignonleoff.com/telechargements/

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Silence

25 Juin 2015, 05:00am

Publié par Grégoire.

Silence

Un vide envahit notre monde : celui du silence de la déception et de l’échec. Nous restons sidérés devant notre impuissance à rendre l’humanité heureuse, à faire de notre planète un sweet home. Un froid glacial – comme celui d’un hiver nucléaire – gagne nos regards, nos espérances et même nos désirs. C’est le silence qui suit la dévastation, celui qui fait irruption au milieu de la certitude clinquante de notre liberté, de la prétendue maîtrise de nos existences et de notre destinée.

Muets

Ce silence de mort est celui de la sécheresse du cœur, qui s’étend inexorablement comme le sable d’un désert plombé par le soleil caniculaire de notre ego collectif. Nous pensions bâtir une Babylone Nouvelle et nous sommes devenus muets, étrangers les uns aux autres ; bientôt la parole va nous manquer. Le bavardage, l’auto-affirmation idéologique ou libertaire, l’insulte et le cri de guerre couvrent le silence dans lequel nous engloutissent nos peurs et nos terreurs.

Mais il faut savoir traverser le silence de la nuit pour découvrir celui de l’amour.

Absence

C’est que nous avons peur du silence de Dieu qui nous semble impuissant ou absent de nos combats et de nos épreuves. Le silence de l’extase, de la beauté ou de ce qui est présent là tout simplement, sans bavardage ni commentaire, nous paraît alors pâle, insignifiant, inconsistant même, face au silence assourdissant du désespoir et de l’anéantissement, que notre siècle masque vainement en s’enivrant de divertissements.

Pure présence

Et si le silence de Dieu était là, présent à l’intérieur de l’échec et du bruit, de l’impuissance humaine et de l’inexprimable de la souffrance ? S’il était patience qui écoute et soin sans mots qui ne se donne que dans une tendresse trop profonde pour être perçu par nos âme endolories ?

C’est dans la part essentielle et souvent inaccessible de nos vies chaotiques et fissurées que le cœur silencieux de Dieu vient à nous en nous invitant à laisser nos blessures être visitées, ointes, baignées par le Souffle silencieux de sa miséricorde.

Car au fond du bruit et des gémissements de notre monde bat le cœur du Crucifié. En perfusion de sa Vie, trop grande pour que nous puissions la contenir, la recréation souterraine des nôtres a déjà commencé.

Samuel R. http://culture-foi.blogs.la-croix.com/silence/2015/04/02/

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Qu’était-ce que Dieu...?

24 Juin 2015, 05:09am

Publié par Grégoire.

Qu’était-ce que Dieu...?

Je me rappelai alors comment notre pasteur parlait de Dieu, dont la petite chambre était un défi à la beauté, une défense dérisoire contre la pression du vrai monde : comme un sous-ordre eût parlé d’un patron exceptionnellement vertueux et capable, disposant sur ces ouvriers des pleins pouvoirs comme il eût parlé de lui devant des ouvriers assez peu soucieux qu’existât ou non ce lointain personnage, plutôt gênés simplement par sa venue éventuelle, irrités d’avance à l’idée qu’il pourrait leur faire une remarque désagréable sur leur tenue, ou même sur leur conduite en dehors des heures. De ces propos, de l’ennui dont ils étaient imprégnés et qu’ils dispensaient, je ne pouvais me souvenir sans dégoût.

S’il fallait parler de Dieu, que ce fût comme en avaient parlé les prophètes, enveloppés, emportés par sa puissance : si le moindre vent du sud pouvait nous retourner le cœur, qu’était-ce que Dieu, sinon un vent capable d’absorber ce vent par sa seule approche ? Et, dès lors, comment était-il permis d’en parler sur le ton d’un maître d’école évoquant un grand capitaine entre un bâillement et un coup de férule ? Ou que ce fût comme en parlaient les saints : perdant le souffle, comprenant, ou plutôt éprouvant dans le fond de leur être qu’ils ne pouvaient en parler, qu’ils pouvaient seulement chercher des mots qui fussent comme des flèches lancées vers le lieu même qu’ils étaient sûrs de ne jamais pouvoir atteindre.

Il me semblait, peut-être à tort, que n’importe quelle insouciance de Dieu était préférable à ce glacial et placide usage de son nom, entre quatre murs qu’il ne pouvait habiter, pas plus que le feu ne brûle dans un réceptacle clos. Que n’ouvrait-il donc un passage, cet homme qui s’était voué au service de l’Absolu, dans ces cloisons aux trop suaves tapisseries ! C’était cela qu’il devait faire, et déchirer, meurtrir, détruire ; précipiter ces âmes trop paisibles, trop sérieuses aussi, dans un passage où s’engouffrerait, avec d’autant plus d’impétuosité que celui-ci serait plus étroit, le souffle de l’Esprit.

Comment ces hommes, s’ils ont l’assurance de Dieu, ne sont-ils pas pleins à craquer de bonheur, comment se fait-il, s’ils savent d’expérience profonde, indubitable, qu’ils n’accomplissent ici qu’un exercice d’éternité, comment se peut-il qu’ils aient cet air timidement contristé de croque-morts ? Ou alors, s’efforçant de regagner les masses, et particulièrement les êtres jeunes, pleins de force, qu’ils prennent ces airs de chef scout, de représentant en bonne humeur ? Comme si leur sérieux et leur jovialité étaient également forcés, comme si ces défenseurs assermentés de la vie intérieure avaient fini par se réduire à un uniforme.

 

Philippe Jaccottet, Eléments d’un songe (L’encre serait de l’ombre, notes, proses et poèmes choisis par l’auteur)

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LES PETITES HEURES

23 Juin 2015, 05:02am

Publié par Grégoire.

LES PETITES HEURES

L’écoute du monde intérieur

nous ferait parvenir 

à cette simplicité sans limites

de pouvoir rêver grand

dans les petites heures du temps ordinaire

 

avec la faiblesse de croire

que dans le plus dénué

il resterait encore

cette part de ciel et d’amour

qui qualifie la vie

 

Gilles Baudry, le bruissement des arbres dans les pages

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L'art, gardien de la dignité humaine...

22 Juin 2015, 16:40pm

Publié par Grégoire.

L'art, gardien de la dignité humaine...

 

Je pressens un avenir très sombre, si l’homme ne se rend pas compte qu’il est en train de se tromper. Mais je sais que tôt ou tard il prendra conscience. Il ne peut pas mourir comme un hémophile qui se serait vidé de son sang pendant son sommeil parce qu’il se serait égratigné avant de s’endormir. L’art doit être là pour rappeler à l’homme qu’il est un être spirituel, qu’il fait partie d’un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. S’il s’intéresse à ces questions, s’il se les pose, il est déjà spirituellement sauvé. La réponse n’a aucune importance. Je sais qu’à partir de ce moment-là, il ne pourra plus vivre comme avant....

 

L’art est surtout d’esprit aristocratique. L’art musical ne peut être qu’aristocratique, parce qu’au moment de sa création il exprime le niveau spirituel des masses, ce vers quoi elles tendent inconsciemment. Si tout le monde était capable de la comprendre, alors le chef œuvre serait aussi ordinaire que l’herbe qui pousse dans les champs. Il n’y aurait pas cette différence de potentiel qui engendre le mouvement...

 

A. Tarkovski. Derniers témoignages.

L'art, gardien de la dignité humaine...

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Ce qui distingue une journée de toutes les autres : une parole, un visage

22 Juin 2015, 05:00am

Publié par Grégoire.

Ce qui distingue une journée de toutes les autres : une parole, un visage

Chaque jour de ma vie était comme une pièce dans laquelle j'entrais pour y découvrir, bien en évidence sur une table, une chose et une seule qui, en la résumant, distinguerait cette journée de toutes les autres : une parole, un visage, un goutte de sang, une étoile ou une feuille de vigne.

Surgie de nulle part, mon enfance, grimpée sur mes épaules, serrait ma tête entre ses petites mains et la faisait tourner, reprenant la formule même par laquelle Louise Amour m'avait montré son lit. "Là", me disait-elle d'une voix claire. Je regardais : une mésange venait de se poser sur la croix d'une tombe adossée à un muret. Ma présence ne l'effarouchait pas.

J'aurais depuis toujours voulu être le gardien d'un brin d'herbe. J'aurais aimé être payé pour veiller sur lui.... Les vivants demandent aux vivants l'amour et la gloire. Les morts ne demandent rien aux vivant car tout cela, ils l’ont. Ce qui advient dans le visible n'est qu'un effet - parfois très retardé - de ce qui s'est auparavant passé dans l'invisible.

Tout visage est une porte et la même porte, selon l'instant où on la pousse, peut donner sur le paradis ou sur l’enfer. Sur la porte du paradis, il est écrit : "bon sens".

La violence des saints me semblait comparable à celle des tout-petits qui s'agrippent aux jupes de leur mère, greffant leurs mains au tissu, se laissant traîner, sans qu'on puisse les en décrocher avant qu'ils aient obtenu ce qu'ils voulaient.

Christian Bobin, Louise Amour.

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"Je suis l'autre" Festival d'Avignon 2015

21 Juin 2015, 05:07am

Publié par Grégoire.

"Je suis l'autre" Festival d'Avignon 2015

Le directeur du Festival In d'Avignon répond aux questions de la rédaction du Cross Média sur l'évolution du Festival et du monde de l'art ainsi que de la relation de l'Eglise avec les artistes.

http://www.festival-avignon.com/fr/

 

Quelques élements d'histoire...

1947 - 1963

Pendant 17 ans, le Festival reste l'affaire d'un seul homme, d'une seule équipe, d'un seul lieu, et donc d'une seule âme. La volonté de Jean Vilar est de toucher un public jeune, attentif, nouveau, avec un théâtre différent de celui qui se pratiquait à l'époque à Paris : "Redonner au théâtre, à l'art collectif, un lieu autre que le huis clos (...) ; faire respirer un art qui s'étiole dans des antichambres, dans des caves, dans des salons ; réconcilier enfin, architecture et poésie dramatique".

Jean Vilar s'attache une troupe d'acteurs qui viendra chaque mois de juillet réunir un public de plus en plus nombreux et de plus en plus fidèle. Ces jeunes talents, ce sont Jean Negroni, Germaine Montero, Alain Cuny, Michel Bouquet, Jean-Pierre Jorris, Silvia Montfort, Jeanne Moreau, Daniel Sorano, Maria Casarès. Gérard Philipe, déjà célèbre à l'écran, les a rejoints en 1951 ; il en est resté le symbole, avec ses rôles fameux du Cid (Corneille) et du Prince de Hombourg (Kleist). (...)

L'administration et la troupe qui s'organisent à Paris présentent en Avignon des spectacles qui feront date : Lorenzaccio, Dom Juan, Le Mariage de Figaro, Meurtre dans la cathédrale, Les Caprices de Marianne, Mère Courage, La guerre de Troie n'aura pas lieu...

Et chaque été, au Palais des papes, c'est une liturgie, un rituel, une "communion" qui se déroule.

 

1964 - 1979

Jean Vilar est lui-même le premier conscient que ce rituel risque aussi de se changer en routine. D'autres personnalités du théâtre s'affirment également en France. Enfin, le directeur du TNP est las de cumuler des fonctions écrasantes ; il quitte le palais de Chaillot, en 1963, pour se consacrer au Festival d'Avignon, qu'il soumet à une interrogation incessante. (...)

Dès lors, le Festival est plus difficile à maîtriser. De nouvelles générations en témoignent. Ainsi en 1968, Jean Vilar est-il dans la tourmente. La vague de la révolte étudiante de mai 1968 atteint le Festival et conteste son père fondateur. La confusion des esprits est à son comble et Jean Vilar, pourtant si ouvert au dialogue avec la jeunesse, en souffrira irrémédiablement. Il est emporté par une crise cardiaque en 1971.

C'est Paul Puaux, témoin et acteur de l'aventure, qui poursuit l'entreprise Vilar.

Parallèlement au Festival, s'est créé un hors festival : le "off", regroupement épars de compagnies d'abord locales (André Benedetto, Gerard Gélas) puis de jeunes équipes venues des quatre coins de France (Gildas Bourdet, Bernard Sobel...) désireuses de toucher le public du Festival. Sans pour autant avoir été sélectionnées et invitées par la direction du Festival, elles veulent participer à ce qui devient la grande fête estivale du théâtre, rendez-vous incontournable des professionnels et du public amateur de théâtre.

http://www.festival-avignon.com/fr/histoire

 

 

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L'homme le plus dangereux de la planète....

20 Juin 2015, 20:18pm

Publié par Grégoire.

Laudato Si, l'encyclique sur l'environnement, a rendu quelques personnes outre-Atlantique d'humeur saumâtre

Laudato Si, l'encyclique sur l'environnement, a rendu quelques personnes outre-Atlantique d'humeur saumâtre

Le pape François a publié, jeudi, son encyclique sur l'environnement Laudato Si qui a rendu quelques personnes outre-Atlantique d'humeur saumâtre. En remettant l'homme face à ses responsabilités concernant le réchauffement climatique, pointant notamment du doigt «la soumission de la politique à la technologie et aux finances qui se révèle dans l'échec des Sommets mondiaux sur l'environnement», le Saint-Père s'est attiré les foudres des conservateurs américains. Qui estiment qu'ils n'ont aucun conseil à recevoir de sa part et qu'il devrait rester, de préférence, en dehors de la sphère politique.

Point de mesure par contre concernant l'expert de la chaîne ultra-conservatrice Fox News, Greg Gutfeld, qui a qualifié le pape d'«homme le plus dangereux de la planète», rapporte le Huffington Post aux États-Unis. Pour justifier ses propos, le spécialiste prétend que le souverain pontife chercherait à plaire à «ses adversaires», parmi lesquels les libéraux. C'est ce rapprochement qui confèrerait au pape sa «dangerosité.»

Greg Gutfeld va plus loin, regrettant que le pape François n'aspire pas «à devenir le pape de nos grands-parents.» Et d'ajouter caustique: «Il veut être un pape moderne (...), il ne lui manque plus que des dreadlocks et un chien avec un bandana et il pourra aller manifester à Wall Street».

Cette prise de position extrême n'est cependant pas partagée par toute la rédaction de Fox News,parmi lesquels Juan Williams qui estime que la mission du pape serait aussi de protéger la planète.

http://tvmag.lefigaro.fr/le-scan-tele/actu-tele/2015/06/20/28001-20150620ARTFIG00135-pour-fox-news-le-pape-francois-est-l-homme-le-plus-dangereux-de-la-planete.php

 

l'encyclique a été accueillie avec réticence par les climatosceptiques, nombreux aux Etats-Unis. En tête de file : Jeb Bush, le candidat récemment déclaré à la Maison Blanche. En campagne dans l'Iowa (centre) pour la primaire républicaine, il s'est expliqué : «Je respecte le pape, c'est un dirigeant formidable, mais ce problème doit être résolu dans le domaine politique... Je ne vais pas à la messe pour entendre parler économie ou politique». Et d'enfoncer le clou : «Bon, le climat est en train de changer. Je crois qu'il y a des solutions technologiques pour tout, et je suis sûr qu'il y en a aussi une pour ça».

http://www.leparisien.fr/

 

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« Ces mots que je rugis »

20 Juin 2015, 05:13am

Publié par Grégoire.

Programmation de Présence Chrétienne au Festival d'Avignon

Programmation de Présence Chrétienne au Festival d'Avignon

« Ces mots que je rugis »

Les paroles, les discours, les mots devenus innombrables et anarchiques, noyés par les images auxquelles ils sont associés peuvent sembler vains. Y a-t-il encore quelque chose à dire ou quelque chose d’audible ? Comment permettre aux mots de se faire de nouveau entendre dans leur saveur première ? Faut-il les crier, les hurler, les rugir ou les murmurer ?

Cette année nos rencontres avec les comédiens nous feront écouter ce que les mots, les gestes, l’acteur jeté au milieu de nos regards nous disent et nous taisent. Nous serons là pour accueillir les questions, les doutes, les joies qu’ils viendront nous confier.

Le Christ sur la Croix dit sa détresse avec ces mots « Mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné… » qui sont les premiers d’un psaume qui crie la détresse et la confiance tout à la fois. « Loin de me sauver, les mots que je rugis » : le poète et le Christ crient l’attente et la douloureuse distance que ces mots traversent. Nos paroles savent-elles rugir cette attente de l’aurore qui monte de la rumeur du monde ?

fr Samuel

 

Cliquez ici pour télécharger le programme complet :

 Programmation Présence Chrétienne – Festival 2015

 

Présence Chrétienne

Depuis la fondation du Festival d’Avignon par Jean Vilar en 1947, la communauté chrétienne est engagée dans ce qui est devenu la plus grande manifestation du spectacle vivant en France. Les rencontres Foi et culture, inaugurées par le Père Robert Chave, sont l’occasion pour la 49ème année d’écouter, d’interroger des metteurs en scène, des comédiens, des auteurs pour découvrir la quête, la souffrance, l’espérance qui traversent leurs œuvres. Plusieurs chapelles sont dédiées aux spectacles professionnels : théâtre, musique, chant, danse.

L’artiste n’est-il pas là pour rappeler à l’homme qu’il est fait pour autre chose que pour dominer le monde par l’efficacité des techniques et la puissance de l’économie ? L’artiste n’a-t-il pas le sens de l’appel inscrit dans le cœur de l’homme à un dépassement de lui-même ? L’artiste n’est-il pas un peu prophète ? «S’il règne parfois à force de comprendre» comme disait A. Camus, n’est-ce pas parce qu’il a saisi et su exprimer quelque chose qui habite le cœur de tout homme ?

http://www.diocese-avignon.fr/spip/-Presence-Chretienne-au-Festival-124-

 

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L'inattendu est la signature authentique du Divin...

19 Juin 2015, 05:46am

Publié par Grégoire.

L'inattendu est la signature authentique du Divin...

"Le clochard fumait un cigare.

C'est toujours merveilleux de voir quelqu'un ne pas répondre à l'imaginaire qu'on avait de lui. 

L'inattendu est la signature authentique du divin."


Christian Bobin, Les ruines du ciel.

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