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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Ne lisez plus les journaux !

15 Juin 2015, 05:20am

Publié par Grégoire.

Ne lisez plus les journaux !

« L’on s’étonne dans les 

quotidiens 

et il y a cent mille quotidiens

qui ne molvent que des 

balivernes 

et qui donnent [chaque] jour

à la conscience 

humaine 

sa prolifique platée 

de sottises, de cancans, 

de fausses nouvelles, 

on s’étonne que la vie 

aille aussi mal 

et qu’est-ce que c’est que la vie 

qu’est-ce que c’est que le mal 

dans la vie 

qu’est-ce que c’est que le 

mal de vivre, 

le mal de vivre dans la vie, 

et comment vivez-vous 

tous dans votre vie 

et qu’est-ce que vous y faites dans la vie 

et à quoi vous sert-elle la vie 

à quoi vous sert-il de vivre, 

et pourquoi vit-on ? »

 

Antonin Artaud - Cahiers d'Ivry, février 1947-mars 1948

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Le progrès, point final?

14 Juin 2015, 12:12pm

Publié par Grégoire.

Le progrès, point final?

Dans son nouvel ouvrage, le philosophe Robert Redeker analyse la mort de la «religion du progrès» dans nos sociétés occidentales. Il en explique les causes et les conséquences dans un entretien fleuve accordé au Figarovox.

Professeur agrégé de philosophie, Robert Redeker est écrivain. Son dernier livre «Le progrès, point final?» vient de paraître aux éditions Ovadia.

 

FIGAROVOX. - L'idée de progrès, expliquez-vous, n'est plus le moteur des sociétés occidentales. Partagez-vous le constat de Jacques Julliard qui explique que le progrès qui devait aider au bonheur des peuples est devenu une menace pour les plus humbles?

Robert REDEKER. - Le progrès a changé de sens. De promesse de bonheur et d'émancipation collectifs, il est devenu menace de déstabilisation, d'irrémédiable déclassement pour beaucoup. Désormais, on met sur son compte tout le négatif subi par l'humanité tout en supposant que nous ne sommes qu'au début des dégâts (humains, économiques, écologiques) qu'il occasionne. Le progrès a été, après le christianisme, le second Occident, sa seconde universalisation. L'Occident s'est planétarisé au moyen du progrès, qui a été sa foi comme le fut auparavant le christianisme. Il fut l'autre nom de l'Occident.

 

Aujourd'hui plus personne ne croit dans le progrès. Plus personne ne croit que du seul fait des années qui passent demain sera forcément meilleur qu'aujourd'hui. Le marxisme était l'idéal-type de cette croyance en la fusion de l'histoire et du progrès. Mais le libéralisme la partageait souvent aussi. Bien entendu, les avancées techniques et scientifiques continuent et continueront. Mais ces conquêtes ne seront plus jamais tenues pour des progrès en soi.

 

Cette rupture ne remonte-t-elle pas à la seconde guerre mondiale et de la découverte des possibilités meurtrières de la technique (Auschwitz, Hiroshima)?

Ce n'est qu'une partie de la vérité. L'échec des régimes politiques explicitement centrés sur l'idéologie du progrès, autrement dit les communismes, en est une autre. L'idée de progrès amalgame trois dimensions qui entrent en fusion: technique, anthropologique, politique. Le progrès technique a montré à travers ses possibilités meurtrières sa face sombre. Mais le progrès politique -ce qui était tenu pour tel- a montré à travers l'histoire des communismes sa face absolument catastrophique. Dans le discrédit général de l'idée de progrès l'échec des communismes, leur propension nécessaire à se muer en totalitarismes, a été l'élément moteur. L'idée de progrès était depuis Kant une idée politique. L'élément politique fédérait et fondait les deux autres, l'anthropologique (les progrès humains) et le technique.

 

Les géants d'Internet Google, Facebook, promettent des lendemains heureux, une médecine performante et quasiment l'immortalité, n'est-ce pas ça la nouvelle idée du progrès.

Il s'agit du programme de l'utopie immortaliste. Dans le chef d'œuvre de saint Augustin, La Cité de Dieu, un paradis qui ne connaît ni la mort ni les infirmités est pensé comme transcendant à l'espace et au temps, postérieur à la fin du monde. Si ces promesses venaient à se réaliser, elles signeraient la fin de l'humanité. Rien n'est plus déshumanisant que la médecine parfaite et que l'immortalité qui la couronne. Pas seulement parce que l'homme est, comme le dit Heidegger, «l'être-pour-la-mort», mais aussi pour deux autres raisons.

D'une part, parce qu'un tel être n'aurait besoin de personne, serait autosuffisant. D'autre part parce que si la mort n'existe plus, il devient impossible d'avoir des enfants. C'est une promesse diabolique. Loin de dessiner les contours d'un paradis heureux, cette utopie portée par les géants de l'internet trace la carte d'un enfer signant la disparition de l'humanité en l'homme. Cet infernal paradis surgirait non pas après la fin du monde, comme chez saint Augustin, mais après la fin de l'homme. Une fois de plus, comme dans le cas du communisme, l'utopie progressiste garante d'un paradis déboucherait sur l’enfer.

 

La fin du progrès risque-t-elle de réveiller les vieilles religions ou d'en créer de nouvelles?

Le temps historique des religions comme forces de structuration générale de la société est passé. Cette caducité est ce que Nietzsche appelle la mort de Dieu. La foi dans le progrès -qui voyait dans le progrès l'alpha et l'oméga de l'existence humaine- a été quelques décennies durant une religion de substitution accompagnant le déclin politique et social du christianisme. Du christianisme, elle ne gardait que les valeurs et la promesse d'un bonheur collectif qu'elle rapatriait du ciel sur la terre. Bref, elle a été une sorte de christianisme affaibli et affadi, vidé de toute substance, le mime athée du christianisme. Les conditions actuelles -triomphe de l'individualisme libéral, règne des considérations économiques, course à la consommation, mondialisation technomarchande-, qui sont celles d'un temps où l'économie joue le rôle directeur que jouaient en d'autres temps la théologie ou bien la politique, sont plutôt favorables à la naissance et au développement non de religions mais de fétichismes et de fanatismes de toutes sortes. L'avenir n'est pas aux grandes religions dogmatiquement et institutionnellement centralisées mais au morcellement, à l'émiettement, au tribalisme du sentiment religieux, source de fanatismes et de violences.

 

Peut-on dire que vous exprimez en philosophie ce que Houellebecq montre dans Soumission: la fin des Lumières?

Il doit y avoir du vrai dans ce rapprochement puisque ce n'est pas la première fois qu' l'on me compare à Houellebecq, le talent en moins je le concède. Ceci dit dans ma réflexion sur le progrès je m'appuie surtout sur les travaux décisifs de Pierre-André Taguieff auquel je rends hommage. Ce dernier a décrit le déclin du progrès comme «l'effacement de l'avenir». Peu à peu les Lumières nous apparaissent comme des astres morts, dont le rayonnement s'épuise. Rien n'indique qu'il s'agisse d'une bonne nouvelle. Cependant, cet achèvement n'est non plus la revanche des idées et de l'univers vaincus par les Lumières. Elle n'annonce pas le retour des émigrés! Cette fin des Lumières n'est pas la revanche de Joseph de Maistre sur Voltaire!

 

Le conservatisme, vu comme «soin du monde» va-t-il remplacer le progressisme?

Les intellectuels ont le devoir d'éviter de se prendre pour Madame Soleil en décrivant l'avenir. Cette tentation trouvait son origine dans une vision nécessitariste de l'histoire (présente chez Hegel et Marx) que justement l'épuisement des Lumières renvoie à son inconsistance. Pourtant nous pouvons dresser un constat. Ce conservatisme est une double réponse: au capitalisme déchaîné, cet univers de la déstabilisante innovation destructrice décrite par Luc Ferry (L'Innovation destructrice, Plon, 2014), et à l'illusion progressiste. Paradoxalement, il s'agit d'un conservatisme tourné vers l'avenir, appuyé sur une autre manière d'envisager l'avenir: le défunt progressisme voulait construire l'avenir en faisant table rase du passé quand le conservatisme que vous évoquez pense préserver l'avenir en ayant soin du passé. La question de l'enseignement de l'histoire est à la croisée de ces deux tendances: progressiste, l'enseignement de l'histoire promu par la réforme du collège est un enseignement qui déracine, qui détruit le passé, qui en fait table rase, qui le noie sous la moraline sécrétée par la repentance, alors que l'on peut envisager un enseignement de l'histoire qui assurerait le «soin de l'avenir» en étant animé par le «soin du passé».

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Bébé Tigre.

14 Juin 2015, 05:25am

Publié par Grégoire.

Ce premier long-métrage aux accents de polar porte un regard dénué de manichéisme sur les filières d'immigration clandestine

Ce premier long-métrage aux accents de polar porte un regard dénué de manichéisme sur les filières d'immigration clandestine

 

Réfugié en France, Many est un jeune indien de 17 ans, brillant et qui voudrait devenir ingénieur. Ses notes sont bonnes et ses professeurs croient beaucoup en lui. Sur la voie d'une intégration exemplaire, il peut être fier de lui, sauf qu'il ne respecte pas la tradition, celle d'envoyer de l'argent à ses parents restés au pays. Or, en France, les enfants sont protégés et ne doivent pas travailler. La pression familiale est trop forte et il doit absolument trouver un emploi. On lui en offre un , à la limite de la légalité. Ses professeurs et l'assistante sociale découvrent ses activités et le menacent d'expulsion lorsqu'il aura 18 ans...

Comment un sujet de société méconnu et complexe devient-il un film de fiction fluide et captivant ? Dans Bébé Tigre, premier long métrage de Cyprien Vial, cela passe par un visage. Celui, souvent en gros plan, de Many, adolescent de 17 ans tiraillé entre deux pays (la France et l'Inde, où il est né), entre un monde légal (le collège, la famille d'accueil) et un autre, illicite : le travail au noir. Many est un « mineur isolé étranger ». Ou encore, comme chacun ne le sait pas, un enfant arrivé en France grâce à un passeur, sans ses parents. Lesquels, depuis l'Inde, attendent de lui, impatiemment et régulièrement, de l'argent.

Ce visage d'ado intrigue et fascine tant il exprime de fierté et de maîtrise, dans des situations inconfortables, ou bien pires. Pour satisfaire les exigences financières des siens, Many doit supplier son passeur de lui confier du travail sur des chantiers ou d'autres basses oeuvres encore moins de son âge. Par ailleurs, il réussit sa scolarité. Entretient une relation amoureuse. Fréquente, en région parisienne, la communauté sikhe de ses origines, qui inculque un courage martial aux garçons. Au prix de mensonges incessants, notamment à son éducateur et à sa famille d'accueil, il mène ses vies de front, avec détermination.

 

La sérénité apparente du garçon, la douceur du regard posé sur lui, sur sa copine et leurs camarades de classe par le réalisateur contrastent avec le sordide des faits relatés — le film s'appuie sur un long travail de documentation, commencé dans le collège de Pantin que l'on voit à l'écran. Quand le visage de Many va-t-il enfin refléter l'enfer qu'on lui fait vivre ? Un suspense se noue autour de sa relation avec son passeur, personnage ambivalent, voire séduisant, à la fois violent et protecteur, en même temps grand frère et substitut de père. Bébé Tigre devient alors un récit initiatique et, finalement, une réflexion morale et politique, montrant, en écho à son titre-avertissement, une violente sortie d'enfance. — Louis Guichard

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Les larmes de ton corps

13 Juin 2015, 05:42am

Publié par Grégoire.

Les larmes de ton corps

Les larmes de ton corps

Sur le corps de ton Maître

Sacrement de l’accord

En lui de tout ton être

 

Tombant comme des perles

De ton collier cassé

Tes pleurs d’amour déferlent 

Noyant ton cœur passé

 

Sans désir sans détour

Voyant en toi la femme

Le seul qui sût l’amour

T’as retiré des flammes

 

Laisse tes beaux cheveux

Sur le corps d’agonie

De ce Dieu qui te veut

De tendresse infinie.

 

Evocation de Marie-Madeleine   

Charles Dumont, moine de l'abbaye de Scourmont-Chimay

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Salsa Dog...! Inépuisable...!

12 Juin 2015, 11:04am

Publié par Grégoire.

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Noir-Clair

12 Juin 2015, 05:25am

Publié par Grégoire.

suite à la sortie "carnets du soleil"
suite à la sortie "carnets du soleil"

suite à la sortie "carnets du soleil"

 

"Noir-Clair" prochain livre de Christian Bobin en hommage à Ghislaine...

 

" Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse."

 

"je sais très bien que je ne te reverrai plus sur cette terre, que c’en est fini de ton rire sur la terre, du bruit de tes pas sur la terre, je me contente pour l’heure de ce savoir, la douceur qui me venait de toi me vient encore, elle est aujourd’hui portée à son extrême, elle sort de ton caveau ouvert où j’ai vu, longtemps vu et contemplé ton cercueil de bois clair et les deux autres cercueils pourris, comme des dents noires dans une bouche malade, juste au-dessus du tien, cette vision m’est précieuse, je la garde près de moi, je cherche une lumière qui peut tenir à côté, je cherche cette lumière en t’écrivant, c’est comme un travail que tu me laisses et ce travail est encore un don, le plus pur peut-être, je te rends grâce, Ghislaine, j’ai tout perdu en te perdant et je rends grâce pour cette perte, je t’aime comme un fou, je cherche douceur, lumière, amour dans cette folie, et quant au Christ, on verra bien.(...)

 

Je réfléchis, je réfléchis énormément, je suis devant ta mort comme devant une énigme, une pensée dont je ne sais trop ce qu ‘elle contient de tendre et de terrible, je devine que je n’ai pas le choix et que, pour mettre la main sur le tendre, il me faudra accueillir aussi le terrible, tu ne m’as jamais rien donné que de noble et de pur, je cherche ce qui dans ta mort est caché de noble et de pur , j’écris comme tu m’as appris à le faire : je cherche matière de louange partout, même dans le pire."

sortie prévu en septembre... 


Avant-goût en Juillet avec "L'inépuisable est à notre porte..."

https://www.facebook.com/linepuisableestanotreporte?hc_location=ufi

Noir-Clair

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VENTRES AFFAMES

11 Juin 2015, 12:24pm

Publié par Grégoire.

Le 27 janvier, dans l’affaire Paradiso, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné l’Italie pour avoir retiré à un couple l’enfant qu’il a acheté 49.000 euros à Moscou en 2011.

Le 27 janvier, dans l’affaire Paradiso, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné l’Italie pour avoir retiré à un couple l’enfant qu’il a acheté 49.000 euros à Moscou en 2011.

Dans un monde idéal, je défendrais la gestation pour autrui : des amis, sans jamais parler d’argent, porteraient l’enfant de tiers dans une logique contractuelle, mais obligatoirement affective, je souscrirais. La déconstruction de la famille traditionnelle avec couple hétérosexuel géniteur de son enfant, se ferait alors au profit d’une famille dans laquelle le sentiment ferait la loi. Comment être contre ?

Mais dans la réalité, le projet de loi ignore l’affectivité, le sentiment, la construction de l’enfant à partir du noyau qui le voudrait et le constituerait affectivement en dehors de l’argent. La gestation pour autrui, dont Pierre Bergé est le « penseur », se trouve définie par lui comme une location d’utérus dans l’esprit même où la caissière d’un supermarché louerait sa force de travail moyennant salaire ! On ne peut mieux transformer en marchandise et  le corps de la femme et la vie d’un enfant – sans parler du sperme ou de l’ovule des parents assimilés aux boulons, aux vis, aux pistons, aux rouages, aux ressorts d’une machine sans être.

Or, nous avons affaire à du vivant et le vivant n’est pas une marchandise, un produit monnayable. Car les pauvres, dont on ne veut même plus de la force de travail puisqu’elle est désormais assurée par des machines moins coûteuses, n’ont plus pour issue que de devenir eux-mêmes des machines en louant ou en vendant leurs corps ou leurs produits dérivés en pièces détachées. Dès lors : la prostitution devient location d’orifices ; les dons de sang, de sperme, d’organes, marché du sang, du sperme et des organes.  Que la droite libérale, qui veut que tout se vende, veuille aussi cela, n’est pas étonnant. Mais que ce qui se présente comme la « gauche » le veuille aussi est purement et simplement abject.

Le « droit à l’enfant » si souvent invoqué est susceptible d’être entendu, mais seulement s’il s’accompagne d’un « devoir à l’endroit de l’enfant ». Quelle idée se fait-on de l’enfant quand on croit qu’il pourra vivre une vie sereine, équilibrée, harmonieuse, mentalement satisfaisante pour lui, les autres, son entourage, sa descendance, quand il apprendra qu’il a été acheté, vendu, porté par une inconnue qui l’a abandonné après avoir reçu son chèque ? Il faut vouloir ignorer tous les problèmes existentiels, ontologiques et identitaires afférents à l’abandon après un accouchement sous X ou au fait d’avoir connu un simple divorce suivi d’une famille dite recomposée (il faut éviter de dire une famille décomposée même si la décomposition est certaine et la recomposition pas sûre…), pour imaginer qu’un enfant est une chose facile à faire, à produire, à construire, à édifier, à élever au sens spirituel du terme.

Le désir d’enfant procède bien souvent d’une envie d’adultes qui sont eux-mêmes restés des enfants et croient devenirs adultes, comme par magie, en devenant parents. L’infantilisation des adultes qui fait désormais la loi a généré des parents qui veulent des enfants comme on a des poupées. Devenues vivantes, ces poupées ont tout pour se transformer en monstres.

Michel Onfray, ©2015

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Que de progrès incroyable...!

11 Juin 2015, 06:09am

Publié par Grégoire.

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« On a pas besoin d'improvisation permanente en politique»

10 Juin 2015, 12:52pm

Publié par Grégoire.

« On a pas besoin d'improvisation permanente en politique»

 

Avec son livre le Capital au XXIe siècle (le Seuil, 2013) vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde, Thomas Piketty est devenu une star planétaire de l’économie (1). Classé à gauche, il a conseillé des candidats socialistes à la présidentielle, donne un coup de main à Podemos… Dans son petit bureau de Normale supérieure situé aux portes de Paris, il affirme qu’il existe bien, quoi qu’on en dise, une alternative à la politique menée par François Hollande. A «l’improvisation» actuelle du gouvernement, il oppose deux niveaux de réforme : la fin de l’austérité, dit-il, passe par une zone euro rénovée, au fonctionnement plus démocratique. Puis, fidèle à sa marotte théorique, qu’il défend depuis des années, il rappelle qu’une réforme fiscale en profondeur permettra de financer notre modèle social.

 

Les derniers chiffres sur le chômage signent-ils l’échec de la politique de l’offre menée par Hollande depuis le début de son quinquennat ?

Le problème de Hollande, c’est surtout qu’il n’a pas de politique. La soi-disant politique de l’offre est une blague. En arrivant au pouvoir, Hollande a commencé par supprimer - à tort - les baisses de cotisations patronales décidées par son prédécesseur. Avant de mettre en place, six mois plus tard, le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi), qui est une gigantesque usine à gaz consistant à rembourser avec un an de retard une partie des cotisations patronales payées par les entreprises un an plus tôt. Avec, au passage, une énorme perte liée à l’illisibilité du dispositif. Et maintenant, on envisage de revenir d’ici à 2017 à une baisse de cotisations. On a besoin de réformes fiscales et sociales de fond, pas de cette improvisation permanente. Et, surtout, on a besoin d’une réorientation de l’Europe. Le nouveau traité budgétaire ratifié en 2012 par Sarkozy et Hollande était une erreur, et doit être aujourd’hui dénoncé. On a voulu réduire les déficits trop vite, ce qui a tué la croissance. Même le FMI a reconnu ses erreurs sur l’austérité, mais Berlin et Paris persistent et signent. Il y a cinq ans, le taux de chômage en zone euro était le même qu’aux Etats-Unis. Il est aujourd’hui deux fois plus élevé qu’aux Etats-Unis, qui ont su faire preuve de souplesse budgétaire pour relancer la machine. Nous avons transformé par notre seule faute une crise financière américaine privée - celle des subprimes - en une crise européenne des dettes publiques.

 

Une politique économique de gauche est-elle possible ?

Il y a toujours des politiques alternatives possibles. A condition de prendre un peu de recul et de faire un détour par l’histoire. L’idée selon laquelle il n’existe aucune alternative à la pénitence ne correspond à aucune réalité historique. On observe dans le passé des dettes publiques encore plus importantes que celles constatées actuellement, et on s’en est toujours sorti, en ayant recours à une grande diversité de méthodes, parfois lentes et parfois plus rapides. Au XIXe siècle, le Royaume-Uni choisit la méthode lente, en réduisant par des excédents budgétaires, avec une inflation nulle, l’énorme dette publique - plus de 200 % du PIB - héritée des guerres napoléoniennes. Cela a marché, mais cela a pris un siècle, au cours duquel le pays a consacré davantage de recettes fiscales à rembourser ses propres rentiers qu’à investir dans l’éducation. C’est ce que l’on demande aujourd’hui à la Grèce, qui est censée dégager un excédent budgétaire de 4 % du PIB pendant les prochaines décennies, alors même que le budget total de tout son système d’enseignement supérieur est d’à peine 1 % du PIB. La France et l’Allemagne souffrent d’amnésie historique : en 1945, ces deux pays avaient plus de 200 % de PIB de dette publique, et ne l’ont jamais remboursé. Ils l’ont noyé dans l’inflation et dans les annulations de dettes. C’est ce qui leur a permis d’investir dans la reconstruction, les infrastructures et la croissance. Le traité budgétaire de 2012 nous fait choisir la stratégie britannique du XIXe siècle : c’est une immense erreur historique, un acte d’amnésie extraordinaire. Actuellement, l’Europe consacre un minuscule budget de 2 milliards d’euros par an à Erasmus, et 200 milliards d’euros par an à se repayer des intérêts de la dette à elle-même. Il faut inverser cette stratégie absurde. Il faut mettre les dettes publiques dans un fonds commun et engager une restructuration d’ensemble, pour la Grèce comme pour les autres pays.

 

La gauche est accusée d’avoir lâché les classes populaires, le FN serait en train de les récupérer…

L’Europe s’est construite sur l’idée d’une mise en concurrence généralisée entre les pays, entre les régions, entre les groupes mobiles et les groupes moins mobiles, sans contrepartie sociale ou fiscale. Cela n’a fait qu’exacerber des tendances inégalitaires liées à la mondialisation, à l’excès de dérégulation financière. Des économistes, des intellectuels, des hommes et des femmes politiques disent aujourd’hui qu’il faut sortir de l’Europe. Y compris à gauche, où l’on entend : «N’abandonnons pas la question de la sortie de l’euro, voire de l’Europe, à Marine Le Pen, il faut poser la question.» Ce débat est légitime et ne pourra pas être éludé indéfiniment.

 

Un chantage à la sortie de l’euro serait-il efficace ?

Il est temps que la France, et en particulier la gauche française, dise à l’Allemagne : si vous refusez la règle de la démocratie dans la zone euro, à quoi ça sert d’avoir une monnaie ensemble ? On ne peut pas avoir une monnaie unique sans faire confiance à la démocratie, qui est aujourd’hui corsetée par des critères budgétaires rigides et par la règle de l’unanimité sur les questions fiscales. La force des classes populaires, c’est d’être nombreux : il faut donc changer les institutions pour permettre à des majorités populaires de prendre le pouvoir en Europe. Il faut arrêter de fonctionner avec cette espèce de directoire franco-allemand dans lequel Paris joue un rôle étrange. On a l’impression que la France ne peut décider de rien, alors qu’en vérité, rien ne peut se décider sans elle. Si on mettait ensemble nos parlements nationaux pour construire une véritable chambre parlementaire de la zone euro, chacun envoyant un nombre de représentants au prorata de sa population, je suis certain que nous aurions eu moins d’austérité, plus de croissance et moins de chômage. Cette Chambre parlementaire serait responsable pour décider démocratiquement du niveau de déficit et d’investissement public, ainsi que pour superviser la Banque centrale européenne, l’union bancaire et le Mécanisme européen de stabilité. Bien sûr, l’Allemagne aurait peur d’être mise en minorité dans une telle instance. Mais si la France, l’Italie, la Grèce, demain l’Espagne, faisaient une telle proposition de refondation démocratique et sociale de l’Europe, l’Allemagne ne pourrait s’y opposer indéfiniment. Et si elle s’y opposait, alors le discours en faveur de la sortie de l’euro deviendrait irrésistible. Mais pour l’instant, il n’y a rien sur la table.

Pour vous, une politique de gauche passe par l’Europe, mais aussi par la France…

Il faut se battre pour changer l’Europe. Mais cela ne doit pas empêcher de mener en France les réformes de progrès social que nous pouvons conduire tout seuls. Nous pouvons engager en France une réforme fiscale de gauche, mais là, on a très mal commencé en votant, fin 2012, une augmentation de la TVA, alors même que le Parti socialiste n’a cessé de dire, quand il était dans l’opposition, que l’augmentation de la TVA est la pire des solutions. Le financement de notre protection sociale repose trop fortement sur les salaires du secteur privé. Pour la droite, la bonne solution est d’augmenter indéfiniment la TVA, qui est l’impôt le plus injuste. L’alternative de gauche est de financer notre modèle social par un impôt progressif pesant sur tous les revenus (salaires du privé, salaires du public, pensions de retraites, revenus du patrimoine), avec un taux qui dépend du revenu global.

 

Contrairement à ce que l’on entend parfois, la CSG progressive est parfaitement constitutionnelle : elle existe déjà pour les retraités, et peut être étendue dans les mêmes conditions aux salaires et aux autres revenus. Autre réforme de gauche : les retraites. Notre système est extrêmement complexe avec des dizaines de caisse de retraite qui font que les jeunes générations ne comprennent rien à ce que seront leurs droits futurs. Une réforme de gauche, une réforme progressiste sur les retraites serait d’unifier, pour les jeunes générations, pas pour ceux qui s’apprêtent à partir à la retraite, tous les régimes publics, privés, non salariés, avec une même cotisation pour toutes ces activités et des droits identiques. Une politique de gauche consisterait à refonder un régime de retraite universel où ce sont les systèmes qui s’adaptent aux trajectoires professionnelles des personnes et pas l’inverse. Dans tous ces domaines, le gouvernement est à des années-lumière d’engager la moindre réforme.

 

Quand est-ce que vous devenez ministre de l’Economie ?

Je n’ai aucun goût pour les petits fours. Ce qui me semble plus intéressant, c’est de contribuer, à la place qui est la mienne, de faire bouger l’opinion dominante en participant au débat public. C’est comme ça que les choses changent. La politique ne devrait pas être un métier. On en paie aujourd’hui les conséquences. Nous sommes gouvernés par des personnes qui confondent la rhétorique et la réalité.

 

Recueilli par Cécile Daumas et Philippe Douroux

http://www.liberation.fr/economie/2015/06/07/thomas-piketty-on-a-besoin-de-reformes-fiscales-et-sociales-de-fond-pas-de-cette-improvisation-perma_1324837

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Tout ce qu'on peut faire, c'est de rester humblement disponible

10 Juin 2015, 05:59am

Publié par Grégoire.

Tout ce qu'on peut faire, c'est de rester humblement disponible

Hier, j'ai cru un moment ne plus pouvoir continuer à vivre, avoir besoin d'aide. J'avais perdu le sens de la vie et le sens de la souffrance, j'avais l'impression de "m'effondrer" sous un poids formidable, pourtant là encore j'ai continué à me battre, et tout à coup je me suis sentie capable d'avancer, plus forte qu'auparavant. J'ai essayé de regarder au fond des yeux la "Souffrance" de l'humanité, je me suis expliquée avec elle, ou plutôt : "quelque chose" en moi s'est expliqué avec elle, nombre d'interrogations désespérées ont reçu des réponses, la grande absurdité  a fait place à un peu d'ordre et de cohérence, et me voilà capable de continuer mon chemin. Une bataille de plus, brève mais violente, dont je suis sortie dotée d'un infime supplément de maturité.

Je dis que c'est moi qui me suis expliquée avec la "Souffrance de l'Humanité"(ces grands mots me font encore et toujours grincer des dents). Mais ce n'est pas tout à fait juste. Je me sens plutôt comme un petit champ de bataille où se vident les questions, ou du moins quelques-unes des questions, posées par notre époque. Tout ce qu'on peut faire, c'est de rester humblement disponible pour que l'époque fasse de vous un champ de bataille. Ces questions doivent trouver un champ clos où s'affronter, un lieu où s'apaiser, et nous, pauvres petits hommes, nous devons leur ouvrir notre espace intérieur et ne pas les fuir.

On ne doit pas se perdre continuellement dans les grandes questions, être un champ de bataille perpétuel il est bon de retrouver chaque fois ses étroites limites personnelles entre lesquelles on peut poursuivre consciemment et consciencieusement sa petite vie, sans cesse mûrie et approfondie par les expériences accumulées dans ces moments "dépersonnalisés" de contact avec l'humanité entière.

Avec toutes ses souffrances autour de soi, on en vient à avoir honte d’accorder tant importance à soi-même et à ses états d’âme. Mais il faut continuer à s’accorder de l’importance, rester son propre centre d’intérêt, tirer clair ses rapports avec tous les événements de ce monde, ne fermer les yeux devant rien, il faut « s’expliquer» avec cette époque terrible tâcher de trouver une réponse à toutes les questions de vie ou de mort qu’elle vous pose. Et peut-être trouvera-t-on une réponse à quelques-unes de ces questions, non seulement pour soi-même, mais pour d'autres aussi. Je n’y puis rien si je vis. J’ai le devoir d’ouvrir les yeux. Je ne dois pas non plus me fuir moi-même. Je me sens parfois comme un pieu fiché au bord d’une mer en furie, battu de tous côtés par les vagues. Mais je reste debout, j’affronte l’érosion des années. Je veux continuer à vivre pleinement.

Autrefois, j'esquivais sournoisement toute réponse à une lettre, j'attendais jusqu'à ce que l'occasion d'une réponse orale se présente. Derrière une telle attitude, il y a tant de négligence et de lâcheté, peut-être de la peur, celle de ne pas écrire une "belle" lettre, le refus de se livrer d'une quelconque manière. Et cela fait partie de la culture, de l'éducation, ou peu importe le nom qu'on veut lui donner, de ne pas laisser partir en fumée les mots qu'on nous adresse. Lorsque cela a un sens et lorsqu'on  en éprouve le besoin, il faut répondre au moindre appel. Aux questions qui viennent vers vous, on devrait répondre le mieux possible, en y apportant la réponse qui se trouve être mûre en vous à ce moment là. Je pense qu'il y a beaucoup  de questions sans réponse qui, impuissantes, restent en suspens dans l'atmosphère, allant d'une personne à l'autre, et si chacun, à sa manière et selon ses capacités, commençait à délivrer ces questions de leur quête et de leur impuissance, leur permettant d'obtenir une réponse, un refuge, il n'y aurait pas ce monde effrayant de questions sans abri.

Etty Hillesum
 

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Etre là, simplement...

9 Juin 2015, 05:53am

Publié par Grégoire.

Etre là, simplement...

Il faut oublier des mots comme

Dieu,

la Mort,

la Souffrance,

l’Éternité.

Il faut devenir aussi simple

et aussi muet

que le blé qui pousse

ou que la pluie qui tombe.

Il faut se contenter d'être.

Etty Hillesum

 

"J'ai réglé mes comptes avec la vie", je veux dire : l'éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l’accepter cette mort, cet anéantissement, toute forme d’anéantissement, comme partie intégrante de la vie, c'est élargir cette vie. A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un pauvre petit bout de vie mutilée méritant à peine le nom de vie. Cela peut paraître presque paradoxal : en excluant la mort de sa vie on se prive d'une vie complète, en l'y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.

Etty Hillesum

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Rien ne nous est dû...

8 Juin 2015, 13:06pm

Publié par Grégoire.

Rien ne nous est dû...

 

"...tout ce qu'on vit est adultère, tout ce qu'on vit vraiment est secret, clandestin et volé, marcher sous la pluie fine et se réjouir du bruit des talons sur les pavés, prélever une phrase dans un livre et la poser sur son cœur un instant, 
manger un fruit en regardant par la fenêtre,
ça aussi il faut dire que c'est tromper, 
puisqu'on y reçoit une joie brute qui ne doit rien.."

Christian Bobin

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Le Christ n'est pas monté au ciel...

8 Juin 2015, 06:07am

Publié par Grégoire.

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Le christianisme, l’islam et la laïcité française

7 Juin 2015, 13:37pm

Publié par Grégoire.

Le christianisme, l’islam et la laïcité française

Abdennour Bidar* a appris l’islam par sa mère, auvergnate convertie au soufisme, tandis que Fabrice Hadjadj* se présente comme «Juif de nom arabe et de confession catholique». Le premier veut croire à l’émergence d’un islam éclairé compatible avec les sociétés occidentales. Le second considère qu’une laïcité qui ne serait que le paravent d’un relativisme absolu débouchera forcément sur le choc des civilisations.

 

- LE FIGARO. – Le vrai problème de la France, est-ce l’islam radical ou l’islamophobie ?

 

Abdennour BIDAR. – On peut parler en France d’un islam radical qui revêt plusieurs formes, dont la plus inquiétante ces derniers temps est celle du djihado-terrorisme, et celle, plus répandue, d’un néo-conservatisme. Ce dernier revendique un certain nombre de pratiques religieuses qui, sans être interdites ni toujours contradictoires avec la laïcité, deviennent problématiques quand elles s’exercent sur un mode provocateur, agressif, intransigeant.

Sans hystériser le sujet, reconnaissons qu’il y a bien en France une question de l’islam, faute d’une démonstration convaincante, à travers une évolution suffisante de la culture islamique, de sa compatibilité avec les valeurs de la République.

Quant à l’islamophobie, je ne crois pas à un rejet généralisé de l’islam. Mais le développement de l’islam radical en France crée un climat d’inquiétude qui engendre ou attise chez certains la suspicion, l’inquiétude, voire le rejet et des actes antimusulmans. On est alors face à deux radicalités qui s’alimentent.

Fabrice HADJADJ. – Comme vous, je reconnais le danger de l’islamisme et de l’islamophobie, qui s’excitent l’un l’autre. Mais mon alignement s’arrête là. Je crois qu’il faut cesser de se polariser sur l’islam. Le vrai problème de la France, aujourd’hui, c’est la France. Qu’y a-t-il à défendre derrière cette bannière ?

- Vous voulez parler des fameuses valeurs de la République ?

«La République s’est développée sur le refus, en grande partie, de son passé tant royal que catholique. Elle a inventé un récit national fondé sur un progressisme qui désormais, fort de la technologie, devrait conduire vers l’avenir radieux des cyborgs…» – Fabrice Hadjadj

F. H. – La République s’est développée sur le refus, en grande partie, de son passé tant royal que catholique. Elle a inventé un récit national fondé sur un progressisme qui désormais, fort de la technologie, devrait conduire vers l’avenir radieux des cyborgs… Persuadée de porter les valeurs de la civilisation, la République s’est aussi autorisée à coloniser certains pays. Le problème, c’est qu’aujourd’hui tout ce modèle s’est effondré: on est sorti du progressisme, de l’humanisme, et, Dieu merci, de la logique coloniale. Ce qui reste, c’est l’autoflagellation de notre passé impérial, un laïcisme démesuré et, du fait du règne de l’expertise et de la consommation, notre incapacité à porter une espérance nationale. Le signe de cette incapacité, c’est la dénatalité. Aussi bien Raymond Aron que Michel Rocard insistaient sur le «suicide démographique» de la France.

Pour parer à cela, on fait appel à l’immigration. Le danger n’est pas dans l’immigration en tant que telle mais dans ce que nous proposons aux nouveaux venus pour les intégrer. Le supermarché techno-libéral ne suffit pas pour insuffler l’élan d’une aventure historique. Or c’est cela que les jeunes attendent. Non pas de devenir «modérés», mais d’entrer dans une vraie radicalité (ce mot renvoie aux racines, lesquelles ne sont pas pour elles-mêmes, mais pour les fleurs, les fruits et les oiseaux). Ils ont envie d’héroïsme. Mais les actuelles «valeurs d’échange» de la République ne proposent rien de cela, et ce vide nourrit le terrorisme aussi bien que la xénophobie. Aujourd’hui, nous devons repenser à la France et à l’essence de la République en les mettant en perspective dans une histoire et un héritage qui portent sa radicalité judéo-chrétienne, de sainte Geneviève à de Gaulle, ou de Jeanne d’Arc à Bernard Lazare.

A. B. – Une remarque: attention au terme de «radicalité» dont il est très hasardeux de vouloir se servir «positivement». Dans mon dernier livre, je vous rejoins en soulignant que l’islam agit comme un puissant révélateur de notre propre désarroi de civilisation, ici en Occident. Mais je maintiens que nous avons deux systèmes de valeurs profondément en crise. En face de la sacralité essoufflée des idéaux républicains français et des idéaux de la modernité occidentale, il y a, du côté de certains musulmans, trop nombreux, un sacré fossilisé pour lequel la religion est un totem intouchable. Cette représentation anhistorique, inadaptable, de l’islam va à l’encontre du sens historique de la modernité. L’islam n’a pas actuellement le moteur culturel nécessaire pour être une fabrique de civilisation. Aussi, dire, comme certains le disent, que les musulmans ont «déjà gagné» me paraît faux. Pour gagner, il faut un système de valeurs en bon état, sinon prêt à l’emploi.

 

- Pour se moderniser, l’islam doit-il prendre des distances par rapport à son passé ?

A. B. – Face aux épisodes passés de la colonisation et de l’impérialisme occidental, l’islam en est trop longtemps resté à une posture de réaction et de repli sur soi. Nous devons lui demander bien plus aujourd’hui, en matière d’autocritique, pour qu’il entre dans une période de transition.

F. H. – Je ne peux pas laisser dire cela. C’est l’islam qui dès le départ s’est propagé à travers l’expansion guerrière en Afrique du Nord, en Espagne… Mahomet fait des guerres, des razzias, le Christ n’en fait pas. C’est pour cela d’ailleurs que les guerres faites au nom de la Croix sont bien plus graves que celles faites au nom du Croissant.

A. B.- Ne faisons pas de l’objet historique de l’islam une entité métaphysique. L’islam n’est pas par essence conquérant, guerrier ou incompatible avec ceci ou cela. Certes, le mot «islam» est réputé signifier soumission à Dieu, mais il est aussi de même racine que le mot arabe qui veut dire paix. Une religion peut évoluer, en enfantant par exemple, à l’image du christianisme, une civilisation de la sécularisation, de la liberté de conscience compatible avec la vie spirituelle. Certains pays musulmans ont tenté de se transformer ainsi lors des printemps arabes.

F. H. – Vous voyez l’histoire comme une nécessaire sortie de la religion. Quitte à me répéter, le sens de l’histoire est, selon moi, à l’opposé du modernisme qui croit pouvoir faire «du passé table rase». L’invention de l’histoire se fait dans la tradition, la nouveauté prenant corps à partir d’un héritage. L’islam ne doit pas refuser son historicité. Or, dans son principe, il s’oppose à un aspect très profond du judéo-christianisme qui est la notion de révélation progressive. Le génie juif est de dire que la révélation de Dieu s’opère à travers des événements historiques, non en se détachant de la chair et du temps, mais en y descendant profondément. Ainsi insiste-t-on dans la Bible et les Évangiles sur les événements, les généalogies, les noms propres. Cela n’existe pas dans le Coran, qui tend à court-circuiter l’histoire de la Révélation. Pour preuve: Marie, mère de Jésus, y est confondue avec la sœur d’Aaron et de Moïse.

Mohammed ne prétend pas venir après et assumer tout l’héritage précédent. Il affirme restaurer la religion adamique, et donc sauter par-dessus les siècles vers une origine anhistorique. C’est pourquoi le Coran rejette les Écritures juives et chrétiennes comme étant falsifiées (aussi la Bible est-elle interdite dans la plupart des pays musulmans). C’est un rapport pour le moins curieux à l’histoire.

Dans les religions juive et chrétienne, il y a dès le départ un rapport critique à l’observance religieuse. Chez les juifs, comme vous le savez, il y a une primauté de l’interprétation. Et, chez les chrétiens, à partir d’une critique des docteurs de la Loi, une primauté de la charité. L’Église catholique affirme en conséquence le développement du dogme, la multiplicité des sens de l’Écriture, le travail de la raison, d’où viennent les très catholiques Rabelais, Montaigne, Descartes, Pascal…

La seule manière de restaurer le sens de l’histoire en France est d’admettre l’origine de notre foi en l’histoire, et donc d’affirmer la primauté culturelle du judéo-christianisme. Ou plus précisément que la France s’est constituée à travers des racines gréco-latines et des ailes juives et chrétiennes.

- Abdennour Bidar, vous voulez sans doute répondre à ces attaques…

A. B. – Hors du judéo-christianisme, point de salut donc! Quel impérialisme absolument inaudible! Au moment où toutes les civilisations du monde se rencontrent, et cherchent de l’universel partageable, construit ensemble, je vous souhaite bon courage pour aller convaincre les musulmans mais aussi les Chinois et les Indiens que seuls le judaïsme et le christianisme ont un sens de l’histoire!

Sur le fond, je ne peux que réagir. Certes, le Coran contient, et je le déplore, des versets extrêmement violents et problématiques qui continuent aujourd’hui à nous empoisonner. Mais il existe des musulmans capables de prendre leurs distances vis-à-vis de ces versets, de refuser qu’ils servent de prétexte à la violence ou à une prétendue «guerre sainte» et de réclamer plus généralement un droit d’interprétation des textes.

F. H. – Ils sont très minoritaires.

A. B. – Je vous rassure, ils sont plus nombreux que vous semblez le penser. Et l’islam a une histoire. J’en veux pour preuve le schisme entre les chiites et les sunnites, la diversité des écoles et les batailles ou échanges continuels avec les différents bassins de civilisation. Il existe aussi dans l’islam un certain nombre de grands noms, comme Ibn Khaldoun, qui ont posé de façon très précoce les fondements de la science historique et qui ont influencé un grand nombre de penseurs d’autres civilisations.

Un mot, enfin, sur la généalogie. Étant des trois monothéismes la dernière religion révélée, l’islam reconnaît que nous sommes tous les fils d’Abraham.

- Comment articuler laïcité, racines chrétiennes de la France et fraternité ?

F. H. – Vous ne pouvez ignorer que ce truc des «fils d’Abraham» est un passe-passe nominal, puisque l’Abraham dont parle le Coran n’a pas la même histoire que celui de la Bible, et qu’on y substitue Ismaël à Israël… Mais soit. Revenons sur les conditions d’un vrai dialogue. Sans entrer dans la logique du choc des civilisations, je mets en garde contre les risques du relativisme. Soit chacun rentre dans sa bulle, soit, puisqu’il n’y a plus de vérité, ce n’est pas le plus sage, mais le plus séduisant, le plus habile, le plus menaçant ou le plus argenté qui l’emporte. L’enjeu n’est pas la modération mais la reconnaissance envers cette vérité de l’histoire apportée par l’héritage chrétien de la laïcité. Aussi, la France, dans le rapport aux religions, ne peut pas traiter avec équivalence ce qui relève de sa propre ascendance – et de la production de la laïcité même – et ce qui n’est pas du même lieu de civilisation. Vous savez très bien qu’une fleur coupée de ses racines et mise dans un vase est très jolie, mais, lorsqu’elle fane, elle commence à sentir mauvais. C’est le sort actuellement en France d’une laïcité coupée de ses racines.

Quant à la notion de fraternité mise à la fin de la devise républicaine, je dirais comme Régis Debray qu’elle a été largement occultée. Après avoir reproché au roi son paternalisme, la République a cherché à inventer une société de frères sans père, et elle n’a réussi qu’à fabriquer des individus sans patrie.

- Les religions chrétienne et musulmane en France sont-elles alors vouées à s’ignorer ?

A. B. – Je suis d’accord pour reconnaître l’héritage judéo-chrétien, évidemment, mais il faut aller plus loin en intégrant l’islam. Certes, l’islam vient d’une autre civilisation, mais il convient de reconnaître la valeur de l’altérité.

Or notre différence, semble-t-il, est que j’ai confiance en vous, en nous tous, avec votre culture et avec la mienne. Je voudrais qu’il en soit de même pour vous à l’égard des musulmans. L’importance de la population musulmane en France nous fait un devoir de nous entendre.

C’est pour cela que je plaide pour la fraternité. La laïcité, qui à la base avait le génie de rassembler, est devenue un facteur de division, et je le déplore. Par contre, j’estime que la fraternité a encore, elle, une virginité qui pourrait conduire au ressaisissement collectif dont la France a bien besoin.

Nous y travaillons au ministère de l’Éducation nationale, avec la mise en place d’un nouvel enseignement moral et civique qui remettra dans la culture commune un certain nombre d’héritages humanistes – comme la fraternité – qui se retrouvent tant dans le judaïsme, le christianisme que dans l’islam.

Cette responsabilisation de la société civile ne relève évidemment pas seulement de l’État. Elle doit se faire dans toutes les sphères, et en priorité familiales. Que dit-on dans les familles musulmanes du petit juif? Et vice versa?

En outre, j’ai déjà exprimé mon jugement très sévère à l’égard du Conseil français du culte musulman (CFCM), dont l’appellation elle-même invite à s’interroger. Pourquoi considérer que la population musulmane en France est obligatoirement liée à l’islam par le culte? C’est nier, aujourd’hui, la diversité profonde de la culture musulmane, qui regroupe à la fois des personnes attachées aux cultes, d’autres moins et des non-croyants.

Je sais que mes propos, comme les vôtres, peuvent être un peu durs à entendre, mais il est de notre devoir de se solidariser tous pour que la balance penche du bon côté. La grâce et le génie de la situation actuelle, c’est que nous sommes tous dans la même galère, de réinventer ensemble un humanisme partageable, avec tous nos héritages sacrés et profanes.

 

* Dernier ouvrage d’Abdennour Bidar : « Plaidoyer pour la fraternité », Albin Michel, 2015 ; de Fabrice Hadjadj : « Puisque tout est en voie de destruction. Réflexions sur la fin de la culture et de la modernité », Le Passeur, 2014.

et aussi:

http://www.jolpress.com/histoire-judaisme-christianisme-islam-religion-dieu-enquete-article-822002.html

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Voyage en barbarie

7 Juin 2015, 06:10am

Publié par Grégoire.

Ce documentaire part à la rencontre de trois survivants du Sinaï qui ont accepté de témoigner pour la première fois à visage découvert.VOYAGE EN BARBARIE, un documentaire réalisé par Delphine Deloget et Cécile Allegra. Ce film a déjà recu le Prix Olivier Quémener/RSF au FIGRA 2015 et est finaliste pour le Prix Albert Londres 2015 qui sera décerné le 31 mai 2015.

Ce documentaire part à la rencontre de trois survivants du Sinaï qui ont accepté de témoigner pour la première fois à visage découvert.VOYAGE EN BARBARIE, un documentaire réalisé par Delphine Deloget et Cécile Allegra. Ce film a déjà recu le Prix Olivier Quémener/RSF au FIGRA 2015 et est finaliste pour le Prix Albert Londres 2015 qui sera décerné le 31 mai 2015.

Le prix du meilleur documentaire du NEW YORK CITY INTERNATIONAL FILM FESTIVAL 2015 a été attribué le 8 mai au film VOYAGE EN BARBARIE réalisé par Delphine Deloget et Cécile Allegra

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Entrez, mes souvenirs...

6 Juin 2015, 05:42am

Publié par Grégoire.

Entrez, mes souvenirs...

 

Entrez, mes souvenirs, ouvrez ma solitude !

Le monde m'a troublée ; elle aussi me fait peur.

Que d'orages encore et que d'inquiétude

Avant que son silence assoupisse mon coeur !

Je suis comme l'enfant qui cherche après sa mère,

Qui crie, et qui s'arrête effrayé de sa voix.

J'ai de plus que l'enfant une mémoire amère :

Dans son premier chagrin, lui, n'a pas d'autrefois.

Entrez, mes souvenirs, quand vous seriez en larmes,

Car vous êtes mon père, et ma mère, et mes cieux !

Vos tristesses jamais ne reviennent sans charmes ;

Je vous souris toujours en essuyant mes yeux.

Revenez ! Vous aussi, rendez-moi vos sourires,

Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs,

Où les anges riaient dans nos vierges délires,

Où nos fronts s'allumaient sous de chastes rougeurs.

Dans vos flots ramenés quand mon coeur se replonge,

Ô mes amours d'enfance ! ô mes jeunes amours !

Je vous revois couler comme l'eau dans un songe,

Ô vous, dont les miroirs se ressemblent toujours !

Marceline Desborde-Valmore

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Idolâtrer ses idées: volonté de puissance athée ou religieuse

5 Juin 2015, 04:04am

Publié par Grégoire.

Idolâtrer ses idées: volonté de puissance athée ou religieuse

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Je t'aime avec fureur

4 Juin 2015, 06:07am

Publié par Grégoire.

Je t'aime avec fureur

 

Ma féroce amie,

Ma pauvre tête est bien malade, et je ne puis plus me lever le matin. Ce soir, j'ai parcouru (des heures) sans te trouver nos endroits. que la mort me serait douce ! et comme mon agonie est longue. Pourquoi ne m'as-tu pas attendu à l'atelier. où vas-tu ? à quel douleur, j'étais destiné. J'ai des moments d'amnésie où je souffre moins, mais aujourd'hui, l'implacable douleur reste. Camille ma bien aimée malgré tout, malgré la folie que je sens venir et qui sera votre oeuvre, si cela continue. Pourquoi ne me crois-tu pas ? J'abandonne mon Salon [ou : Dalou ?] la sculpture ; Si je pouvais aller n'importe où, un pays où j'oublierai, mais il n'y en a pas. Il y a des moments où franchement je crois que je t'oublierai. Mais en un seul instant, je sens ta terrible puissance. Aye pitié méchante. Je n'en puis plus, je ne puis plus passer un jour sans te voir. Sinon l'atroce folie. C'est fini, je ne travaille plus, divinité malfaisante, et pourtant je t'aime avec fureur.

Ma Camille sois assurée que je n'ai aucune femme en amitié, et toute mon âme t'appartient.

Je ne puis te convaincre et mes raisons sont impuissantes. Ma souffrance tu n'y crois pas, je pleure et tu en doute [sic]. Je ne ris plus depuis longtemps, je ne chante plus, tout m'est insipide et indifférent. Je suis déjà mort et je ne comprends plus le mal que je me suis donné pour des choses qui me sont si indifférentes maintenant. Laisse-moi te voir tous les jours, ce sera une bonne action et peut-être qu'il m'arrivera un peu mieux, car toi seule peut me sauver par ta générosité.

Ne laisse pas prendrai à la hideuse et lente maladie mon intelligence, l'amour ardent et si pur que j'ai pour toi enfin pitié ma chérie, et toi-même en sera récompensée.

Je t'embrasse les mains mon amie, toi qui me donne [sic] des jouissances si élevées, si ardentes, près de toi, mon âme existe avec force et, dans sa fureur d'amour, ton respect est toujours au dessus. Le respect que j'ai pour ton caractère, pour toi ma Camille est une cause de ma violente passion. ne me traite pas impitoyablement je te demande si peu.

Ne me menace et lais toi voir que ta main si douce marque ta bonté pour moi et que quelques fois laisse là, que je la baise dans mes transports.

Je ne regrette rien. Ni le dénouement qui me paraît funèbre, ma vie sera tombée dans un gouffre. Mais mon âme a eu sa floraison, tardive hélas. Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci car c'est à toi que je dois toute la part de ciel que j'ai eue dans ma vie.

Tes chères mains laisse les sur ma figure, que ma chair soit heureuse que mon cœur sente encore ton divin amour se répandre à nouveau. Dans quelle ivresse je vis quand je suis auprès de toi. Auprès de toi quand je pense que j'ai encore ce bonheur, et je me plains. et dans ma lâcheté, je crois que j'ai fini d'être malheureux que je suis au bout. Non tant qu'il y aura un peu d'espérance si peu une goutte il faut que j'en profite la nuit, plus tard, la nuit après.

Ta main Camille, pas celle qui se retire, pas de bonheur à le toucher si elle ne m'est le gage d'un peu de ta tendresse.

Ah! divine beauté, fleur qui parle, et qui aime, fleur intelligente, ma chérie. Ma très bonne, à deux genoux, devant ton beau corps que j'étreins.

A Rodin

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Rien ne demeure que la gloire écrite de nos jours pauvres.

3 Juin 2015, 06:13am

Publié par Grégoire.

Rien ne demeure que la gloire écrite de nos jours pauvres.

Les rues de Nevers — des veines d’où le sang serait parti depuis des siècles. J’entre dans une église comme dans ce palais dont parle Rimbaud, d’où l’on a vidé tous les meubles « pour ne pas voir une personne aussi peu digne que vous ». Sous une cloche de verre, Bernadette Soubirous, comme un insecte pris dans l’ambre, dort de son sommeil de cire. Les saintes sont de drôles de filles. Le silence qui règne ici, à quoi le comparer : à la poussière de craie dans la rainure des tableaux à l’école – quelque chose de sec, qui fait tousser et qui ennuie. Le plus vivant est le bruit d’une chaise raclée par un fidèle. On dirait le grognement de Dieu dans son sommeil. Je reprends le chemin de la gare. Le ciel repeint les jardins. Le vent tourmente les roses trémières au long cou de décapitées. Dans les villes inconnues marche quelqu’un qui a notre visage, notre âge et notre nom, quelqu’un qui est nous mais ayant épousé une autre vie. J’ouvre un livre dans le train. Lire est un adieu au monde. Un à un les voyageurs s’endorment, touchés par la baguette féérique d’une fatigue. Le train longe la vieille usine du Creusot. C’est donc là que je suis né, dans cette ville noble d’être pauvre. En vérité, ce n’est pas là mais dans un livre, devant une histoire qui me serrait la gorge. Il s’agissait d’épargner à une reine une mort injurieuse. Arrivé à la fin de ma lecture, je n’avais pu sauver la soupçonnée et c’est sans doute que le livre était mal écrit. À l’instant de descendre du train, je découvre les seuls passagers éveillés : une mère et sa fille. L’enfant regarde fascinée un nuage dans le ciel. La mère contemple en souriant le petit visage captif des anges. On dirait un poème sans auteur. Le sourire est un trésor aztèque. Nos âmes, ce sont nos actes. L’âme d’un poète, c’est son haleine sur la vitre de papier blanc, celle d’un assassin, c’est le deuil qu’il porte de lui-même. Les saintes sont des tanks. Un sourire est plus puissant qu’une colonne de chars. Le Creusot est un bloc de prose. C’est par sa dureté que j’ai tout compris de la poésie. À trois ans, j’ai levé les yeux et j’ai vu la ville éternelle au-dessus de la ville, ses anges en bleu de chauffe et ses jardins de nuages. J’ai commencé mon vrai métier : attendre. C’est un métier qui exige beaucoup. L’attente pure est celle qui ne sera jamais comblée. Le manque est la lumière donnée à tous. La poésie est le nom laïc de la sainteté. La sainteté est l’accord intuitif, fragile, avec la vie sauvage – rien qui tienne sous verre ou sous dogme. Le train repart avec sa cargaison d’ensommeillés. Le poème de la petite fille au nuage glisse sur les rails, s’éloigne, s’efface. Tout passe. Rien ne demeure que la gloire écrite de nos jours pauvres.

 
Christian Bobin

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L'homme et la femme...

2 Juin 2015, 06:09am

Publié par Grégoire.

L'homme et la femme...
"L’homme est la plus élevée des créatures,
la femme est le plus sublime des idéaux. 

Dieu a fait pour l’homme un trône, 
pour la femme un autel. 
Le trône exalte,
l’autel sanctifie. 

L’homme est le cerveau, 
la femme le coeur. 
Le cerveau fabrique la lumière,
le coeur produit l’Amour. 
La lumière féconde, 
l’Amour ressuscite. 

L’homme est fort par la raison,
la femme est invincible par les larmes. 
La raison convainc, 
les larmes émeuvent. 

L’homme est capable de tous les héroïsmes,
la femme de tous les martyres. 
L’héroïsme ennobli, 
le martyre sublime. 

L’homme a la suprématie, 
la femme la préférence. 
La suprématie signifie la force,
la préférence représente le droit. 

L’homme est un génie, 
la femme un ange. 
Le génie est incommensurable, 
l’ange indéfinissable.

L’aspiration de l’homme, 
c’est la suprême gloire, 
l’aspiration de la femme, 
c’est l’extrême vertu. 
La gloire fait tout ce qui est grand, 
la vertu fait tout ce qui est divin. 

L’homme est un Code, 
la femme un Evangile. 
Le Code corrige, 
l’Evangile parfait. 

L’homme pense , 
la femme songe. 
Penser, c’est avoir dans le crâne une larve, 
songer, c’est avoir sur le front une auréole. 

L’homme est un océan, 
la femme est un lac. 
L’Océan a la perle qui orne,
le lac, la poésie qui éclaire. 

L’homme est un aigle qui vole, 
la femme est le rossignol qui chante. 
Voler, c’est dominer l’espace, 
chanter, c’est conquérir l’Ame. 

L’homme est un Temple, 
la femme est le Sanctuaire. 
Devant le Temple nous nous découvrons, 
devant le Sanctuaire nous nous agenouillons.

"l’homme est placé où finit la terre , 
la femme où commence le ciel »

Victor Hugo       

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Une mère est belle, toujours...

1 Juin 2015, 05:55am

Publié par Grégoire.

Une mère est belle, toujours...

Elle est belle. Non, elle est plus que belle. Elle est la vie même dans son plus tendre éclat d'aurore. Vous ne la connaissez pas, vous n'avez jamais vu aucun de ses portraits, mais l'évidence est là, l'évidence de sa beauté, la lumière sur ses épaules quand elle se penche sur le berceau, quand elle va écouter le souffle du petit François d'Assise, qui ne s'appelle pas encore François, qui n'est qu'un peu de chair rose et fripée, qu'un petit d'homme plus démuni qu'un chaton ou un arbrisseau.

 

Elle est belle en raison de cet amour dont elle se dépouille pour en revêtir la nudité de l'enfant. Elle est belle en mesure de cette fatigue qu'elle enjambe à chaque fois pour aller dans la chambre de l'enfant. Toutes les mères ont cette beauté. Toutes ont cette justesse, cette vérité, cette sainteté. Toutes les mères ont cette grâce à rendre jaloux Dieu même- le Solitaire, dessous son arbre d'éternité. Oui, vous ne pouvez l'imaginer autrement que revêtue de cette robe de son amour . La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature. Une beauté inimaginable, la seule que vous puissiez imaginer pour cette femme attentive aux remuements de l'enfant.

 

La beauté, le Christ n'en parle jamais.Il ne fréquente qu'elle, dans son vrai nom: l'amour. La beauté vient de l'amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d'une femme épuisée par ses couches. Les pères vont à la guerre, vont au bureau , signer des contrats. Les pères ont la société en charge. C'est leur affaire, leur grande affaire. Un père, c'est quelqu'un qui représente autre chose que lui-même face à son enfant, et qui croit à ce qu'il représente: la loi, la raison, l'expérience. La société. Une mère ne représente rien en face de son enfant. Elle n'est pas en face de lui mais autour, dedans, dehors, partout. Elle tient l'enfant levé au bout des bras et elle le présente à la vie éternelle. Les mères ont Dieu en charge. C'est leur passion, leur unique occupation, leur perte et leur sacre à la fois. Être père, c'est jouer son rôle de père. Être mère, c'est un mystère absolu, un mystère qui ne compose avec rien, une tâche impossible et pourtant remplie, même par les mauvaises mères  Même les mauvaises mères sont dans cette proximité de l'absolu, dans cette familiarité de Dieu que les pères ne connaîtront jamais, égarés qu'ils sont dans le désir de bien remplir leur place, de bien tenir leur rang. Les mères n'ont pas de rang, pas de place. Elles naissent en même temps que leurs enfants. Elles n'ont pas comme les pères une avance sur l'enfant-l'avance d'une expérience, d'une comédie mainte fois jouée dans la société.

Les mères grandissent dans la vie en même temps que leur enfant, et comme l'enfant est dès sa naissance l'égal de Dieu, les mères sont d’emblée au saint  des saints, comblées de tout, ignorantes de tout ce qui les comble. Et si tout beauté pure procède de l'amour, d'où vient l'amour, de quelle matière est sa matière, de quelle nature sa sur-nature? La beauté vient de l'amour. L'amour vient de l'attention. L'attention simple aux simples, l'attention humble aux humbles, l'attention vive à toute vie,et déjà à celle du petit chiot dans son berceau, incapable de se nourrir, incapable de tout, sauf des larmes. Premier savoir du nouveau-né, unique possession de prince à son berceau: le don des plaintes, la réclamation de l'amour éloigné, les hurlements à la vie trop lointaine- et c'est la mère qui se lève et répond, et c'est Dieu qui s'éveille  et arrive, à chaque fois répondant, à chaque fois attentif, par delà sa fatigue. Fatigue des premiers jours du monde, fatigue des premières années d'enfance. De là vient tout, hors de là rien.

Il n'y a pas de plus grande sainteté que celle des mères épuisées par les couches à laver, la bouillie à réchauffer, le bain à donner. Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l’éternel qui tient le monde et les hommes. La sainteté future du petit François d'Assise, pour l'instant barbouillé de lait et de larmes, ne tiendra sa vraie grandeur que de cette imitation du trésor maternel- généralisant aux arbres, aux bêtes et à tout le vivant ce que les mères ont depuis toujours inventé pour le profit d'un nouveau né. D'ailleurs il n'y a pas de saints. Il n'y a que de la sainteté. La sainteté, c'est la joie. Elle est le fond de tout. La maternité est ce qui soutient le fond de tout. La maternité est la fatigue surmontée, la mort avalée sans laquelle aucune joie ne viendrait. Dire de quelqu'un qu'il est saint, c'est simplement dire qu'il s'est révélé, par sa vie, un merveilleux conducteur de joie - comme on dit d'un métal qu'il est bon conducteur  quand il laisse passer la chaleur sans perte ou presque, comme on dit d'une mère qu'elle est une bonne mère quand elle laisse la fatigue la dévorer, sans reste ou presque... 

 

Christian BOBIN, le Très bas.

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Tout est là...

31 Mai 2015, 06:12am

Publié par Grégoire.

Tout est là...

 

"Pourquoi chercher Dieu quand tout est là ? Je me sens proche, souvent, des mystiques, et pour les mêmes raisons qui les ont presque toujours rendus suspects aux yeux des Églises.

"Si un mystique est quelqu'un qui fait l'expérience de la présence de Dieu, ou qui appelle "Dieu" la présence dont il fait l'expérience, il n'a plus besoin d’Église, plus besoin de dogmes, plus besoin d'espérance : Dieu est là, tout est là, et nous sommes déjà sauvés.

"Les Églises, au contraire, se nourrissent de l'absence de Dieu et de l'espérance du salut."

Que mes contradicteurs me pardonnent. Mais j'ai vécu ma propre sortie d'une religion aliénante, pour me retrouver libéré par la parole du Christ.

J'ai acquis cette conviction que Dieu est trop grand pour se laisser enfermer dans une religion. Quelle qu'elle soit. Et c'est heureux. Dieu parle à tout homme. Avec ou sans intermédiaires.

André Comte Sponville.

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Tout amour a une source cachée...

30 Mai 2015, 06:08am

Publié par Grégoire.

Tout amour a une source cachée...

"La vérité c'est l'infini d'amour parfois reçu dans cette vie quand nous n'avions vraiment plus rien. Il suffit d'une seconde pour le connaître et comprendre -même si "comprendre" n'est pas le mot-que cet infini nécessairement a un lieu qui doit nécessairement lui aussi être infini." 

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur.

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Lumières ordinaires...

29 Mai 2015, 06:00am

Publié par Grégoire.

Lumières ordinaires...

"La seule tristesse qui se rencontre dans cette vie vient de notre incapacité à la recevoir sans l'assombrir par le sentiment que quelque chose en elle nous est dû: rien ne nous est dû dans cette vie, pas même l'innocence d'un ciel bleu. Le grand art est l'art de remercier pour l'abondance a chaque instant donnée."

Christian Bobin, L'inespérée.

 

"Le temps est la toupie de Dieu. Les saisons sont peintes sur son tour. La toupie tourne de plus en plus vite, jusqu'au jour où, comme si elle avait heurté un invisible obstacle, elle sort de son axe, bascule sur le côté, s'arrête : quelqu'un vient nous sortir du tourbillon de nos soucis et de peines."

Christian Bobin, Prisonnier du berceau.

 

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La Loi du Marché

28 Mai 2015, 05:56am

Publié par Grégoire.

La Loi du Marché

 

À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

Pas de lourdeur maladroite, d'insistance dégoulinante, mais au contraire beaucoup de finesse, de dignité, de regard concret qui n'en rajoute pas. (...) Il faut dire aussi que Brizé est parfaitement épaulé par des comédiens admirables. (...) On se dit qu'il y a, là aussi, une justesse (...) entre le film, son sujet, et la façon dont il a été fabriqué. 

Lindon est colos­sal. De simpli­cité, de vérité. Avec une écono­mie de jeu qui confine à l’as­cèse. Brizé a choisi de toujours placer sa caméra dans son dos. Nous sommes alors cet homme bafoué, qui rare­ment s’exas­père, mais qui ne lâche rien.

Une mise en scène quatre étoiles.

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