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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Un soleil embrase son coeur ... (2)

1 Août 2020, 00:01am

Publié par Grégoire.

Un soleil embrase son coeur ... (2)

 

— Je ne comprends pas du tout ce que c’est que cela, Ivan, observa en souriant Aliocha qui jusqu’alors avait écouté sans rien dire : — est-ce une fantaisie, ou une erreur du vieillard, quelque impossible quiproquo ?

Ivan se mit à rire.

— Accepte la dernière hypothèse, si le réalisme contemporain t’a gâté à un tel point que tu ne puisses rien supporter de fantastique : tu veux que ce soit un quiproquo, va pour un quiproquo. D’ailleurs, c’est bien naturel, poursuivit-il avec un nouveau rire, — le vieillard est nonagénaire et son idée a pu le rendre fou depuis longtemps. Il se peut que le prisonnier l’ait frappé par son extérieur. Enfin ce peut n’être qu’un pur délire, le rêve d’un vieillard de quatre-vingt-dix ans qui touche à sa dernière heure, et dont l’imagination est encore échauffée par le spectacle de la veille : l’autodafé de cent hérétiques. Mais, fantaisie ou quiproquo, qu’est-ce que cela nous fait ? Il n’y a ici qu’une chose importante, c’est que le vieillard parle et révèle à haute voix ce qu’il a tu pendant quatre-vingt-dix ans.

— Et le captif reste silencieux ? Il se borne à le regarder sans dire un seul mot ?

— Mais, dans tous les cas, Il doit se taire, reprit gaiement le narrateur. — Le vieillard même lui fait observer qu’il n’a pas le droit d’ajouter une syllabe à ce qui a déjà été dit. Si tu veux, c’est là le trait le plus fondamental du catholicisme romain, à mon avis, du moins : « Tout, dit-il, a été transmis par Toi au pape ; tout, par conséquent, appartient maintenant au pape, donc nous n’avons que faire de Ta présence, ne viens pas nous déranger ». C’est dans ce sens que parlent et écrivent les jésuites. Moi-même j’ai lu cela dans leurs théologiens. « As-Tu le droit de nous annoncer un seul des secrets du monde d’où Tu es venu ? » — Lui demande mon vieillard, et il fait lui-même la réponse : — « Non, Tu n’en as pas le droit, puisque agir ainsi, ce serait ajouter à ce qui a été déjà dit auparavant et ôter aux hommes cette liberté dont Tu soutenais si ardemment la cause quand Tu étais sur la terre. Tout ce que Tu révélerais de nouveau porterait atteinte à la liberté de la foi chez les hommes, car cette révélation leur apparaîtrait comme un miracle, et autrefois, il y a quinze siècles, rien ne T’était plus cher que la liberté de leur foi. N’est-ce pas Toi qui alors disais si souvent : « Je veux vous rendre libres » ? Mais voilà que maintenant Tu as vu ces hommes « libres », ajoute brusquement le vieillard avec un sourire méditatif. — Oui, cette affaire nous a coûté cher, continue-t-il en le regardant sévèrement, — mais enfin nous l’avons achevée, en Ton nom. Pendant quinze siècles cette liberté nous a donné bien du mal, mais à présent, c’est fini, bien fini. Tu ne le crois pas ? Tu jettes sur moi un doux regard et Tu ne me fais même pas l’honneur de T’indigner ? Mais sache que jamais ces gens ne se sont crus plus complètement libres qu’aujourd’hui, et pourtant eux-mêmes nous ont apporté leur liberté et l’ont déposée humblement à nos pieds. Mais c’est nous qui avons fait cela ; était-ce cela, était-ce une pareille liberté que Tu voulais ? »

— Voilà encore une chose que je ne comprends pas, interrompit Aliocha, — il fait de l’ironie, il plaisante ?

— Pas du tout. Il considère précisément comme un mérite pour lui et pour les siens d’avoir enfin supprimé la liberté, en vue de rendre les hommes heureux. « Car maintenant pour la première fois (il parle, bien entendu, de l’époque où s’est établie l’inquisition) il est devenu possible de songer un peu au bonheur des hommes. L’être humain a été créé rebelle ; est-ce que des rebelles peuvent être heureux ? On T’avait prévenu, Lui dit-il. ce ne sont pas les avertissements et les conseils qui T’ont manqué, mais Tu ne les as pas écoutés. Tu as repoussé le seul moyen par lequel on pût rendre les hommes heureux ; mais, par bonheur, en T’en allant, Tu nous as légué la besogne. Tu as promis, Tu as donné Ta parole, Tu nous as conféré le droit de lier et de délier, et, sans doute Tu ne peux plus maintenant penser à nous retirer ce droit. Pourquoi donc es-Tu venu nous déranger ? »

— Et que signifient ces mots : « Ce ne sont pas les avertissements et les conseils qui T’ont manqué » ? demanda Aliocha.

— Tu vas le voir, la suite du discours l’explique :

« L’esprit terrible et intelligent, l’esprit de la négation et du néant, continue le vieillard, — le grand esprit T’a parlé dans le désert et les livres nous racontent qu’il T’a « tenté ». Est-ce vrai ? Et pouvait-on dire quelque chose de plus vrai que ce qu’il T’a annoncé dans les trois questions ou, pour employer le langage de l’Écriture, dans les trois « tentations » que Tu as repoussées ? Si jamais il s’est accompli sur la terre un miracle authentique, foudroyant, c’est ce jour-là, le jour des trois tentations. Le fait seul que ces trois questions ont été posées est par lui-même un miracle. Admettons par simple hypothèse que ces trois questions du terrible esprit aient complètement disparu des livres, et qu’il faille les inventer, les imaginer de nouveau pour les y replacer ; supposons que dans ce but on réunisse tous les sages de la terre — hommes d’État, princes de l’Église, savants, philosophes, poètes, et qu’on leur dise : imaginez, composez trois questions qui non-seulement correspondent à la grandeur de l’événement, mais, de plus, expriment en trois mots, en trois phrases humaines, toute l’histoire future du monde et de l’humanité, — penses-Tu que ce congrès de toutes les intelligences de la terre pourrait inventer quoi que ce soit d’aussi fort et d’aussi profond que les trois questions qui T’ont été posées alors dans le désert par le puissant et intelligent esprit ? Rien que d’après ces trois merveilleuses questions, on peut déjà comprendre que ce n’est pas à un esprit humain, contingent, que Tu as eu affaire, mais à l’esprit éternel, absolu. Car dans ces trois questions est, pour ainsi dire, condensée et prédite toute l’histoire ultérieure de l’humanité ; ce sont comme les trois formes dans lesquelles se concrètent toutes les insolubles contradictions historiques de la nature humaine sur toute la terre. Alors cela ne pouvait pas être encore aussi évident, parce que l’avenir était inconnu, mais maintenant que quinze siècles se sont écoulés, nous voyons que tout a été si bien deviné et prévu dans ces trois questions, qu’on ne peut rien y ajouter, rien en retrancher.

à suivre ...

Fyodor Dostoïevski, LE GRAND INQUISITEUR, (Великий инквизитор)

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Un soleil d’amour embrase son cœur ...

31 Juillet 2020, 00:57am

Publié par Grégoire.

Un soleil d’amour embrase son cœur ...
Ces pages sont empruntées au dernier roman de Dostoïevski, Les Frères Karamasoff, dont elles constituent l’épisode le plus saisissant. L’un des personnages du roman, le littérateur Ivan Karamasoff raconte à son frère Aliocha, qui lui fait des objections, le sujet d’une sorte de poème théologique : Le Christ en Espagne.

Il a désiré se montrer, ne fût-ce qu’un instant, au peuple, à cette multitude malheureuse, souffrante, plongée dans l’infection du péché, mais qui l’aime d’un amour enfantin. L’action se passe en Espagne, à Séville, à l’époque la plus terrible de l’Inquisition, lorsque chaque jour on faisait, pour la plus grande gloire de Dieu :

Des autodafés magnifiques

De ces sacripants d’hérétiques.

" Oh, sans doute, ce n’est point la venue qu’il opérera, selon sa promesse, à la fin des temps, dans toute sa gloire céleste, et qui sera soudaine « comme l’éclair qui brille depuis l’Orient jusqu’à l’Occident ». Non, Il a voulu, ne fût-ce qu’un instant, visiter ses enfants, et Il a choisi justement le lieu où flambaient les bûchers des hérétiques. Mû par son infinie pitié, Il vient encore une fois parmi les hommes, sous cette même forme humaine qu’il a revêtue durant trente-trois années quinze siècles auparavant. Il descend dans les « rues brûlantes » d’une ville méridionale où, la veille précisément, dans un « autodafé magnifique », en présence du roi, des grands, des chevaliers, des cardinaux et des plus charmantes dames de la cour, devant toute la population de Séville, le cardinal grand inquisiteur a brûlé en une seule fois près d’une centaine d’hérétiques ad majorem gloriam Dei. Il apparaît modestement. Il ne cherche point à attirer l’attention, et voilà que — chose étrange — tous Le reconnaissent. Ce pourrait être une des plus belles pages du poème, si je parvenais à bien expliquer le pourquoi de cette reconnaissance. Le peuple entraîné vers Lui par une force invincible L’entoure, se presse sur son passage, se met à sa suite. Silencieusement, il traverse les rangs de la foule avec un doux sourire qui exprime une infinie compassion. Un soleil d’amour embrase son cœur, ses yeux lancent des rayons de Lumière, de Science et de Force qui, en tombant sur les hommes, éveillent chez ceux-ci une réciprocité d’amour. Il leur tend les bras. Il les bénit ; de son contact, du contact même de ses vêtements se dégage une vertu curative. Parmi les personnes présentes se trouve un vieillard, aveugle depuis son enfance. « Seigneur », s’écrie-t-il, « guéris-moi, et je Te verrai ! » Il tombe comme une écaille de ses yeux et l’aveugle Le voit. Le peuple pleure et baise la terre sur laquelle Il marche. Les enfants jettent des fleurs devant Lui, ils chantent et lui crient : « Hosannah ! » « C’est Lui, c’est Lui-même ! » répète tout le monde, « ce doit être Lui, ce ne peut être que Lui. »

Il s’arrête sur le parvis de la cathédrale de Séville au moment même où un petit cercueil blanc est porté dans le temple, au milieu des lamentations : dans cette bière ouverte repose une enfant de dix-sept ans, la fille d’un des notables de la ville. Le petit cadavre est couché sur des fleurs. « Il ressuscitera ton enfant », crie-t-on dans la foule à la mère en pleurs. L’ecclésiastique venu à la rencontre du cercueil regarde d’un air étonné et fronce le sourcil. Mais soudain la mère éplorée de la défunte fait entendre sa voix : « Si c’est Toi, ressuscite mon enfant ! » s’écrie-t-elle, en se prosternant à ses pieds. Le cortège s’arrête, on dépose le cercueil sur le parvis, devant Lui. Il le considère avec une expression de pitié et une fois encore ses lèvres prononcent doucement : « Tâlipha Koumi — lève-toi, jeune fille ! » La morte se soulève dans le cercueil, s’assied, sourit ; ses yeux s’ouvrent et elle promène autour d’elle un regard étonné. Elle tient dans les mains le bouquet de roses blanches avec lequel on l’a ensevelie. Le peuple est saisi de stupeur, on n’entend que des cris, des sanglots. Et voilà que dans ce moment même passe tout à coup sur la place, près de la cathédrale, le grand inquisiteur en personne. C’est un vieillard presque nonagénaire, à la taille haute et droite, au visage d’une maigreur ascétique ; ses yeux sont profondément enfoncés dans leurs orbites, mais l’âge n’en a pas encore éteint la flamme. Oh ! il ne porte plus maintenant le superbe costume de cardinal qu’il offrait hier à l’admiration du peuple, pendant qu’on brûlait les ennemis de l’église romaine, — non, dans l’instant présent il n ;a sur lui que sa vieille et grossière soutane de moine. Ses sombres collaborateurs et les estafiers du Saint-Office le suivent à distance respectueuse. Il s’arrête en face de la foule et observe de loin. Il a tout vu, il a vu qu’on déposait le cercueil aux pieds de l’Étranger, il a vu la résurrection de la jeune fille, et son visage s’est assombri. Il fronce ses épais sourcils blancs et son regard brille d’un éclat sinistre. Il tend le doigt et ordonne aux estafiers de Le saisir. Sa puissance est telle, il a si bien habitué le peuple à lui obéir en tremblant, qu’aussitôt la foule s’écarte devant les sbires ; au milieu d’un silence de mort, ceux-ci mettent la main sur Lui et L’emmènent. La multitude, comme un seul homme, se courbe jusqu’à terre devant le vieil inquisiteur qui la bénit, silencieusement et continue son chemin. Les estafiers conduisent le Captif à la prison de la Sainte-Inquisition où ils L’enferment dans une étroite et obscure cellule. La journée se passe ; arrive la nuit, une nuit de Séville, sombre, chaude, étouffante. L’odeur des lauriers et des citronniers remplit l’atmosphère. Au milieu des ténèbres, la porte de fer du cachot s’ouvre tout à coup, livrant passage au grand inquisiteur lui-même. Une lampe à la main, le vieillard s’avance lentement. Il est seul, la porte se referme aussitôt sur lui. Il s’arrête à l’entrée et longtemps, pendant une ou deux minutes, il contemple le visage du Prisonnier. À la fin il s’approche doucement, pose la lampe sur la table et Lui parle :

— C’est Toi ? Toi ?

Mais, sans attendre la réponse, il se hâte de poursuivre :

— Ne réponds pas, tais-Toi. D’ailleurs, que pourrais-Tu dire ? Je sais trop bien ce que Tu dirais. Mais Tu n’as pas le droit d’ajouter quoi que ce soit à ce qui a été dit déjà par Toi auparavant. Pourquoi donc es-Tu venu nous déranger ? Car Tu es venu nous déranger, et Tu ne l’ignores pas. Mais sais-Tu ce qui arrivera demain ? Je ne sais qui Tu es et ne veux pas savoir si Tu es Lui ou seulement son image, mais, quoi qu’il en soit, demain je Te condamnerai et Te ferai périr dans les flammes, comme le plus pervers des hérétiques ; et ce même peuple qui aujourd’hui a baisé Tes pieds, demain, sur un signe de moi, s’empressera d’apporter des fagots à Ton bûcher, — sais-Tu cela ? Oui, Tu le sais peut-être, ajoute-t-il d’un air pensif, en tenant toujours ses yeux attachés sur le visage de son prisonnier.

à suivre (...)

 

Fyodor Dostoïevski, LE GRAND INQUISITEUR, (Великий инквизитор)

 

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Deux manières de tutoyer les étoiles ..

29 Juillet 2020, 09:00am

Publié par Grégoire.

Deux manières de tutoyer les étoiles ..
 
« Avant de séjourner dans ce pré, je travaillais dans un cirque. J’avais un numéro d’équilibriste avec une amie, une femme à tête de jument. Tous les soirs, nous faisions une petite promenade sur un câble, à sept mètres au-dessus du sol. Mon amie partait d’un bout du câble, moi de l’autre. Nous devions nous rencontrer au milieu, nous embrasser puis regagner nos perchoirs, en marchant cette fois sur les mains. Dix ans sans une chute.
 
Puis quelque chose est arrivé. Une chose minuscule au début. Mon amie s’est plaint d’une douleur dans le dos. Elle a pensé consulter un médecin mais tout à été trop vite. Deux bosses sont apparues qui sont devenues deux ailes en une nuit. Les spectateurs ont apprécié ce qu’ils croyaient être un raffinement de mise en scène.
 
Les enfants surtout étaient en joie. Pour eux, rien d’impossible. Un corps de jeune femme, une tête de jument, deux ailes bleues entre les épaules, rien ne les choque. Il y avait un trou dans le chapiteau : la veille, un orage avait tourmenté la toile. Des grêlons l’avaient déchirée. Par le trou un peu de vent passait. Rien d’ennuyeux, la représentation n’avait pas été annulée. Nous avons commencé notre numéro. Quand nous avons parcouru, elle et moi, notre moitié de câble, nous nous sommes embrassés, comme d’habitude, un peu plus fort que d’habitude, peut être, puis mon amie a battu des ailes, et, en une seconde, elle s’est envolée par le trou dans la toile. Les applaudissements ont duré une heure. Je ne l’ai jamais revue. »
 
Christian Bobin, L’équilibriste

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S'éloigner de soi dans le silence....

28 Juillet 2020, 09:53am

Publié par Grégoire.

S'éloigner de soi dans le silence....
 
Et c'est quoi au juste, prier. C'est faire silence. C'est s'éloigner de soi dans le silence....
Peut-être est-ce impossible.!
Peut être ne savons-nous pas prier comme il faut : toujours trop de bruit à nos lèvres, toujours trop de choses dans nos coeurs.
 
Dans les églises, personne ne prie, sauf les bougies.
Elles perdent tout leur sang. Elles dépensent toute leur mèche.
Elles ne gardent rien pour elles, elles donnent ce qu'elles sont, et ce don passe en lumière.
La plus belle image de prière, la plus claire image des lectures, oui, ce serait celle-là : l'usure lente d'une bougie dans l'église froide.
 
Christian Bobin, Une petite robe de fête.

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Se compliquer la vie est d’une simplicité déconcertante.  Eh ouais.

27 Juillet 2020, 10:18am

Publié par Grégoire.

Se compliquer la vie est d’une simplicité déconcertante.  Eh ouais.

Mener une vie simple est une chose souvent complexe, alors que se compliquer la vie est d’une simplicité déconcertante.  Eh ouais.

 

  « Abandonnons notre conscience mondaine, chassons de notre ville intérieure les passions qui volent la caisse de notre âme ! Il y a des moyens, il y a un fouet pour les chasser. C’est le rire ! Le rire, que craignent tant nos passions les plus basses ! Le rire qui est créé pour rire de tout ce qui flétrit la réelle beauté de l’être humain. Rendons au rire sa signification réelle ! Rions généreusement de notre propre vilénie. Vous avez la gueule de travers ? Oui nous avons la gueule de travers ! De qui riez-vous ? Nous rions de nous-mêmes, Oui, nous rions de nous-mêmes, parce que nous ressentons notre noble espèce russe, parce que nous ressentons la prescription suprême d’être meilleurs que les autres… »

Nicolas Vasilevitchi Gogol.

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Cet "oubli" du père, d'où vient-il ?

24 Juillet 2020, 21:23pm

Publié par Grégoire.

Cet "oubli" du père, d'où vient-il ?

« D’où vient donc que les âmes ont oublié leur père, et que, fragments venus de lui et complètement à lui, elles s’ignorent elles-mêmes et l’ignorent ? Le principe du mal pour elles, c’est l’audace, la génération, la différence première, et la volonté d’être à elles-mêmes. Joyeuses de leur indépendance, elles usent de la spontanéité de leur mouvement pour courir à l’opposé de Dieu : arrivées au point le plus éloigné, elles ignorent même qu’elles viennent de lui : comme des enfants arrachés à leur père et élevés longtemps loin de lui s’ignorent eux-mêmes et ignorent leur père. Ne le voyant plus et ne se voyant plus elles-mêmes, elles se méprisent parce qu’elles ignorent leur race.

Dieu, dit (Platon), n’est extérieur à aucun être ; il est en tous les êtres ; mais ils ne le savent pas. Ils fuient loin de lui, ou plutôt loin d’eux-mêmes. Ils ne peuvent donc atteindre celui qu’ils ont fui, ni en chercher un autre après s’être perdus eux-mêmes ; un fils, tombé dans la démence et hors de lui-même, reconnaîtra-t-il son père ? Mais celui qui apprend qui il est saura aussi d’où il vient.

Le centre n’est les rayons ni le cercle ; il est leur père et il leur donne une trace de lui-même ; restant dans son immobilité, il les engendre par une force qui est en lui, et ils ne se séparent pas de lui. De même le Bien est le père de la puissance intellectuelle qui circule autour de lui.. » 

Plotin, ennéades.

 

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Soyez humain si vous voulez être original ; plus personne ne l'est

18 Juillet 2020, 05:52am

Publié par Grégoire.

Soyez humain si vous voulez être original ; plus personne ne l'est

 

On condamne parfois Nietzsche parce qu'il a sombré dans la folie, Virginia Woolf parce qu'elle s'est suicidée, ou que l'oeuvre intensément colorée de Van Gogh s'explique par son épilepsie... En réalité, le secret de leur oeuvre relève de l'usage qu'ils ont fait de leurs difficultés.

Pour nous, les héros sont ces hommes auxquels rien ne résiste, ces femmes qui ont un boulot de rêve, qui passent d’un avion à l’autre avec un brushing parfait… En tout cas, c’est ce qu’on veut nous faire croire. 

Et tant d’experts, tant de discours participent de ce mensonge : ils cherchent à nous apprendre à être toujours au top, toujours performant, de n’avoir aucun sentiment hostile, de pensées troublantes ou douloureuses !

À les suivre, on ne peut que se sentir coupables d’être humain. Et si nous avions tort ? 

Il ne s'agit pas dans la méditation de trouver des idées d'hommes de lettres, mais de se convaincre de ce qui est élémentaire, d'en dégager l'émotion, de cultiver cette émotion comme un acteur, de sentir l'émotion descendre vers les côtés, surtout celles qui sont voisines du ventre. Là est le siège de l'âme, le plexus solaire. Max Jacob 

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Marie ?

16 Juillet 2020, 10:11am

Publié par Grégoire.

 Marie ?

Marie ! Pourquoi ?

Parce que Marie est celle qui nous montre que ce que l’on a à vivre, c’est en premier de demeurer face à Celui qui toujours nous devance ! 

Marie, c’est celle qui nous dit dans sa personne le don inconditionnel du Père, qui vient nous chercher en faisant de nous son secret particulier, unique. Apprendre à se voir comme le fruit d’un don, d’une gratuité qui est de trop et qui nous précède ! 

Parce que c’est cela la grâce de Dieu : elle nous devance et on n’en est pas libre ! Cela s’impose à nous ! Et Marie est celle qui nous remets face à la certitude de ce don et à accepter qu’on ne puisse pas d’abord l’utiliser. Le choix éternel -et efficace- du Père sur nous est toujours actuel, mais ce n’est pas de l’utilisable, du gérable ! C’est à dire que ce n’est pas d’abord la qualité de nos choix, de notre morale, ou de l’efficacité de nos actions. C’est dire « Père » et tout attendre de Lui comme un tout-petit.

Et cela, c’est pour nous dès maintenant ! Qu'est-ce à dire? On regarde souvent Marie de l'extérieur comme un modèle inatteignable. Or, Marie nous manifeste que la sainteté, la victoire s’est imposé à elle et donc la victoire -de Dieu- est là pour nous : on n’en est pas libre ! Marie ne s'est pas faite sainte par elle-même : elle a tout reçu gratuitement ! 

Le combat c’est d’abord de mendier de rester rivé à ce don du Père, qui se dit dans son don et qui vient là nous dire qui on est pour lui. La foi, c’est chaque jour mendier de ne rien diminuer de ce don dont on a aucune conscience.

Marie, c’est pour nous le signe de la gratuité du Père, de Celui qui nous attend. Elle est donc celle qui sait ce qu’est la gratuité ; toute sa vie a été marqué par la gratuité. Elle est action de grâce, et nous manifeste là le coeur de notre Père.

 

Grégoire +

 

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Limonov, un Jack London russe

15 Juillet 2020, 09:00am

Publié par Grégoire.

Limonov, un Jack London russe

Grisé par la vie “héroïque” et trouble de “Limonov”, l'auteur confirme son talent à mêler d'autres vies à la sienne. Rencontre.

Son univers, à ce jour, se situait plutôt du côté de l'extrême noirceur (L'Adversaire, Un roman russe), de l'anxiété (La Moustache, La Classe de neige), tout au moins d'une certaine gravité (D'autres vies que la mienne). Mais cette fois, l'enthousiasme est palpable, évident, lorsque Emmanuel Carrère (53 ans) évoque Edouard Limonov et le livre - son douzième - qu'il a choisi de consacrer à ce personnage non pas né de son imagination, mais bien réel. Une fresque biographique et épique, qu'il appelle son « second roman russe » - à mille lieues du premier, le très autobiographique Roman russe, paru il y a quatre ans, et qu'il définit aujourd'hui comme une sorte d'« énorme autopsychanalyse à ciel ouvert avec ce que ça suppose d'indécence et de dommages collatéraux ».

Edouard Limonov n'est pourtant pas ce qu'on appelle un personnage positif. Aventurier et poète, fantasque et narcissique, crâne et brutal, il incarne plutôt une figure hautement ambiguë de héros mêlé de sale type. Sans foi ni loi, mais non sans panache. Un baroudeur, quoi qu'il en soit, qui sur certains clichés pris il y a trente ans ressemble à « un Jack London russe », estime avec justesse Carrère. Un individu hors norme, né en Ukraine en 1943, grandi là-bas, et qu'on croise ensuite à Moscou, New York, Paris...

Tour à tour apprenti poète, voyou marginal, écrivain punk, vagabond, aujourd'hui homme politique respecté par les démocrates de son pays, mais que pourtant, vu d'Europe, on peut trouver inquiétant, outrageusement nationaliste voire fascisant. « Ce n'est certes pas l'idée que je me fais d'un héros, souligne Emmanuel Carrère, mais Limonov incarne une façon héroïque de vivre sa vie. C'est un individu amoureux de son destin. En fait, il est resté fidèle toute sa vie à l'idée qu'il s'était faite de lui enfant, lorsqu'il lisait Alexandre Dumas et Jules Verne. C'est très exactement à l'opposé de l'idée que je me fais de l'existence, au cours de laquelle on est voué, me semble-t-il, à se transformer, à dépasser nos idéaux d'enfant. Aux questions : qu'est-ce qu'un héros et qu'est-ce qu'être un homme, Limonov donne une réponse stéréotypée et puérile, et pourtant, il y a quelque chose de beau, quelque chose qui malgré moi m'émeut dans cette fidélité à soi. »

Une vitalité contagieuse
De sa vie, Edouard Limonov a nourri de nombreux ouvrages autobiographiques Le poète russe préfère les grands nègres, Journal d'un raté, Autoportrait d'un bandit dans son adolescence, Histoire de son serviteur... Avec les livres d'histoire et les tonnes de documents qu'il a ingurgités - « mais j'aime beaucoup avoir mille choses à lire pour préparer un livre, c'est passionnant, et même rassurant » -, ces écrits de Limonov (1) constituent la matière première à laquelle a puisé Emmanuel Carrère. Ils s'étaient croisés à Paris il y a une trentaine d'années - Carrère avait alors environ 25 ans, débutait dans le journalisme - et se sont revus il y a quelques années à Moscou « Il n'est pas vraiment sympathique, mais il est mû par une énergie vitale hors du commun. Je voyais le roman picaresque potentiel que racontait cette existence. Et durant tout le processus d'écriture, je sentais la vitalité contagieuse du personnage : il y a vraiment, dans le rythme de ce livre, dans le tempo allègre, dans la crudité du langage, quelque chose qui vient directement de Limonov. Ma tendance profonde à la mélancolie s'est un peu évacuée en écrivant sur lui qui, mélancolique, ne l'est rigoureusement pas. Et l'idée m'est venue aussi que sa vie était un fil conducteur formidable pour écrire sur la Russie d'aujourd'hui, ce dont j'avais très envie. »

“C'est comme si la Russie était pour moi un ailleurs, l'endroit de l'aventure et de la démesure.”

De la Russie, à laquelle l'attachent des liens généalogiques - c'est très exactement de Géorgie qu'est venu son grand-père maternel - et où il a voyagé souvent depuis une dizaine d'années, Emmanuel Carrère dit joliment qu'il s'agit d'« un incroyable réservoir de romanesque », et encore d'un endroit du monde « propice aux destins hors norme ». Se sent-il un peu russe lui-même « Franchement, je ne crois pas. Je ne me vois pas du tout vivant là-bas, je lis le russe mais je ne le parle que très mal, c'est même troublant et frustrant pour moi de ne pas y arriver. En fait, je me sens absolument français, mais c'est comme si la Russie était pour moi un ailleurs, l'endroit de l'aventure et de la démesure. En France, la vie que je mène est calme, douce, privilégiée, et face à cela, la Russie est le lieu de l'excès. Un lieu où l'on n'a pas envie de vivre, où l'on n'est même pas obligé de se rendre, mais le simple fait de savoir qu'il existe permet précisément de vivre tranquillement là où on est. C'est un territoire plus imaginaire que réel. »

 

Illustration : Roderick Mills pour Télérama
Illustration : Roderick Mills pour Télérama

 

La place du "je"
Emmanuel Carrère est présent dans Limonov, récit à la première personne où on le croise souvent, et où s'expriment, mêlés au récit de la vie de son héros, son regard sur l'histoire contemporaine, ses difficultés - qui sont aussi les nôtres - à se forger une opinion sur des situations complexes telles que, par exemple, les guerres des Balkans, ou l'exacte dimension du fascisme sur la scène politique russe contemporaine. Ce « je » de Carrère, qui coïncide logiquement avec l'abandon de la fiction, c'est à la rédaction de L'Adversaire (2000) qu'il remonte « Ecrire à la première personne, je ne l'avais jamais envisagé avant, et cela m'inspirait même une vague répugnance. Je m'y suis résolu presque à contrecœur, pour des raisons morales : je ne pouvais pas écrire ce livre autrement, ma présence en légitimait l'écriture. »

“La position de Capote est d'une malhonnêteté absolue, moralement atroce.”

De quelle façon ? Carrère a longuement réfléchi à De sang-froidle grand livre de Truman Capote, dans lequel l'écrivain américain retrace le meurtre d'une famille du Kansas par deux jeunes truands. Capote a côtoyé de très près les deux meurtriers dans leur prison, leur a fait croire à son amitié, tout en attendant avec impatience leur exécution pour pouvoir achever son récit. « C'est un livre pour lequel j'ai une immense admiration, précise Emmanuel Carrère. Impossible pour moi de ne pas me placer dans son ombre en écrivant L'Adversaire. En même temps, le choix qu'a fait Capote de s'absenter totalement du récit est plus qu'étrange, quand on sait la place essentielle qu'il a occupée dans les dernières années de la vie de ces deux garçons, tout en priant pour qu'on les pende au plus vite ! Si la réussite artistique de ce livre est totale, la position de Capote est d'une malhonnêteté absolue, moralement atroce. En écrivant L'Adversaire, j'ai pu échapper à cela en acceptant d'être dans le livre. Je crois que c'était une démarche saine. »

Et c'est une démarche qui, aujourd'hui, lui semble normale « C'est de m'absenter du livre qui me semblerait plutôt bizarre. Je ne sais pas si c'est irréversible mais, pour le moment, je n'envisage pas d'écrire autrement. Ce qui ne veut pas dire que je sois toujours central dans mes livres. En fait, cela n'a été le cas que dans Un roman russe, dont j'étais le principal protagoniste. Mais c'est comme si, chaque fois que j'entreprenais un livre, je choisissais pour objet un fragment de réalité, et que je devais trouver la place juste en face de cela. Ce qui fait que chaque livre est une entreprise et une aventure très différente des précédentes, avec les lois, les règles de fonctionnement qui lui sont propres et que je dois découvrir. »

L'écriture décompléxée
Il y avait longtemps, avoue Emmanuel Carrère, parlant de Limonov, qu'écrire un livre n'avait été si plaisant, si amusant - au-delà des difficultés normales de composition, de mise en forme « L'Adversaire (2000) et Un roman russe (2007) ont été écrits dans un grand sentiment de doute, ce que je pourrais traduire en termes moraux par la crainte de commettre une mauvaise action. Un roman russe, surtout, où il est question de ma mère, de ma compagne d'alors, est un livre qui m'a été salutaire, que j'avais absolument besoin d'écrire. Un livre qui transcrivait une crise personnelle et intime épouvantablement violente. Mais je ne voudrais pas être en position de refaire un ouvrage comme celui-là, qui fait bon marché des sentiments de personnes réelles qui m'étaient très proches, et que j'ai profondément blessées. J'avais l'impression que l'état de très grande urgence et de détresse dans lequel j'étais en écrivant le livre autorisait cela, mais j'ai transgressé néanmoins une règle à laquelle je crois : on n'a pas le droit d'écrire des choses qui vont être douloureuses pour quiconque autour de soi. Je l'ai fait, je ne le regrette pas, cela m'a un peu sauvé la vie. Mais je n'aimerais pas avoir à le refaire. »

“Vis-à-vis de Limonov, je me sentais les coudées franches.”

Il lui fallait sans doute passer par là, à ce moment de son parcours personnel et littéraire, pour qu'advienne le livre du « soulagement », l'apaisement de la culpabilité et des affres moraux face à l'écriture D'autres vies que la mienne (2009). « Là, je n'ai pas craint de nuire à qui que ce soit, poursuit-il, car si incroyablement intimes et douloureux que soient les événements abordés, la maladie, la mort d'un enfant ou d'une femme aimée, j'avais un sentiment de légitimité. J'avais l'accord des gens dont il était question, certains m'avaient même incité à écrire sur eux, je répondais à leur demande. Il y avait entre eux et moi une confiance réciproque qui a fait que ce livre n'a pas été écrit dans des affres de culpabilité comme les précédents, mais dans un relatif confort psychologique. Et, même si c'est un peu pompeux de dire cela, je sais que beaucoup de gens m'ont su gré d'avoir écrit un livre bienfaisant - un adjectif qui certainement n'avait jamais été employé pour aucun de mes livres précédents. Et de cela, j'ai été très heureux. »

Avec Limonov, l'enjeu est tout autre : « Il s'agit du livre le plus romanesque que j'aie écrit, en incluant même mes vrais romans », s'amuse l'écrivain, se remémorant cette expérience d'écriture heureuse et décomplexée : « Je me suis demandé souvent, est-ce que je ne me trompe pas en racontant cette histoire ? Mais, vis-à-vis de Limonov, je me sentais les coudées franches. C'est un personnage public, par ailleurs un écrivain qui ne s'est jamais gêné pour, dans ses propres livres, raconter pis que pendre sur des gens qu'il connaissait de près ou de loin. Je ne sens pas Edouard Limonov comme une personnalité particulièrement vulnérable. »

Vulnérable, le livre d'Emmanuel Carrère qui, tel un grand roman du XIXe siècle, porte le seul nom de son héros en guise de titre, ne l'est assurément pas non plus. Ample, complexe, témoignant d'une incroyable maîtrise par l'auteur de toute la palette des outils narratifs. « Cette maîtrise, c'est peut-être la limite du livre », estime modestement Emmanuel Carrère, expliquant qu'« il faut savoir parfois, dans le processus d'écriture, se laisser porter par son inconscient et l'inconscient des situations, abdiquer un certain contrôle pour que surgissent sur le papier des choses imprévues, qui étaient là, latentes, cachées, sans qu'on le sache. » Avec Limonov, ce ne fut pas le cas. Ce n'en est pas moins un grand livre.

https://www.telerama.fr/livre/emmanuel-carrere-limonov-est-un-jack-london-russe,72435.php

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (10)

12 Juillet 2020, 09:22am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau…  (10)

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Être servante de cette vie qui se manifeste dans le crucifié, c’est pour la femme, d’abord en accueillant cette fragilité de l’homme qui essaye d’aimer mais qui ne sait pas. Et l'accueillir, c'est l'accompagner à faire une chose : se livrer. A défaut de savoir aimer ou même de savoir ce qu’il faut faire, l'homme peut aimer en se livrant.

 

Il y a une décision, un consentement, une soumission : dans le sens d’accueillir, non pas dans la force de l’homme mais dans sa fragilité, quelque chose de plus grand qu’elle.

 

Et peut-être que le seul courage de l’homme, ce qui le rend grand c’est d’apparaître dans cette fragilité là, de se livrer dans cette fragilité là, et de prendre le risque de ne pas être accueilli.

 

Là, il y a quelque chose de l’intime du rapport à Dieu dans lequel le Christ veut nous mettre et l’intime du rapport de la femme à l’homme, qui sont liés. Et il faut aller sans cesse de l’un à l’autre, de l’accueil du crucifié à l’accueil de l’homme, pour toucher, , à la manière concrète dont Dieu attend d’être accueilli. 

 

À moins que l’homme soit une brute épaisse, doublé d’un hypocrite pharisien, normalement l’homme sait qu’il n’est pas compétent dans l’ordre de l’amour. D’où sa propension à se réfugier dans la forme, l’efficacité, le combat politique, le pouvoir etc… toutes ces sortes d’idéologies lointaines de son état d'être incarné, sont des manières de déserter sa fragilité dans l’ordre de l’amour, alors que son courage serait de s’y soumettre. 

 

On voit là que les obstacles à l'amour sont dans une double peur : pour la femme celle d’être dominé par l’homme, et pour l’homme d’être manipulé par la femme. La renonciation a se laisser dominer par ses peurs, consiste à cette soumission les uns aux autres, qui est d’obéir à Dieu qui me donne l’autre : « voici ta mère, voici ton fils ». En acceptant que l’autre est tel que Dieu me le donne et non pas tel que je voudrais qu’il soit. Et j’ai a accepter d’être donné à l’autre tel que Dieu le veut. 

 

Cette soumission de l’un à l’autre qui est la loi de la charité fraternelle, trouve sa source dans le lien du Père et du Fils. Et sa mesure, c’est aussi la densité de l’amour même du Père pour le Fils. Parce que si je me mets à aimer l’autre à la mesure de l’envie ou de l’idée que j’ai de l’aimer je ne vais pas aller très loin. Et la « soumission » c’est de laisser le Seigneur débarquer l’autre dans mon existence comme il en a envie. Ce qui n’est pas confortable, parce qu’après cela, l’autre est là ! Il me faut donc 'faire avec' : je ne peux plus vivre sans ce qu'il est. Et donc ça fout nécessairement le bazar dans ce que j'avais imaginé de ce que serais ma vie. Autrement, on ne rencontre jamais autrui. Et plus on tarde, plus on se planque. Et plus on se planque, plus on retarde et rend difficile la rencontre et la naissance à autre chose que moi et mon petit univers. 

 

Mais cette acceptation du débarquement de l’autre ne suffit pas : il faut qu’il y ait ce double désir, celui d’accueillir la fragilité du coeur de l’homme : celle qui fait peur à la femme, et de l’accueillir comme un chemin qui va la conduire à Jésus et au Père. Et l’acceptation de la part de l’homme, que son incapacité à aimer, son impuissance à recevoir l’autre, la lourdeur de son désir d’efficacité et sa bêtise à auto admirer sa force ne sont jamais des excuses à ne pas se livrer. 

 

S’en remettre aux mains de l’autre, tel est le désir que Jésus laisse apparaitre en se livrant et en livrant Marie à Jean, et Jean à Marie. C’est cette fragilité Christique, celle que Jésus montre comme crucifié, qui comme tel apparait dans le coeur de l’homme. C’est à celle là que la femme doit se « soumettre », puisque sa ‘compétence relationnelle’, sa capacité à recevoir un l’autre, n’est jamais une « compétence » à la souffrance. Or, c’est la part douloureuse, fragile, perdue de l’homme livré dans l’amour qui est confié à la femme. Et c’est l’acceptation par la femme de cette part qui va permettre à l’homme de se livrer.

 

C’est en ayant appris auprès du Christ que l’homme est un cadeau dans sa fragilité, que la femme peut livrer jusqu’au bout son trésor à elle. Puisque la femme est là pour réaliser cette intelligence de la surabondance dans l’amour. L'amour dans ce qu'il a d'excessif, de trop et de gratuit.

Et il n’y a qu’auprès de Jésus crucifié que l’on peut avoir l’expérience de combien l’homme est un cadeau dans sa fragilité. Car c’est là, dans ce lieu précis que Jésus veut se donner à aimer, leur donner de s'aimer, mais aussi leur révéler l’amour dont ils sont aimées.

 

Grégoire +

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La réalité du souvenir est invérifiable, tout souvenir est recomposé.

11 Juillet 2020, 11:16am

Publié par Grégoire.

La réalité du souvenir est invérifiable, tout souvenir est recomposé.

Dans un article très documenté du journal Marie Claire de déc.1996 François Roustang, psychanalyste et hypnothérapeute confirme que :
"La réalité du souvenir est invérifiable. Il faut savoir que tout souvenir est recomposé. Et plus longtemps il a été oublié et enfoui, plus il a de chances d'être méconnaissable. C'est le b a ba de la psychologie." 
Il ajoute:
"La suggestion est la chose du monde la plus répandue. Quand nous recherchons la reconnaissance des autres, nous avons tendance à nous soumettre à leurs désirs. Il n'y a donc pas à s'étonner que tout psychothérapeute dispose d'un pouvoir de suggestion. Il est connu que lors d'une psychanalyse, on fait des rêves pour répondre à l'attente de l'analyste. Il en est de même en hypnothérapie. Si le thérapeute dispose assez longtemps de la confiance du patient et s'il est convaincu qu'un inceste a été subi, le patient le lui avouera finalement pour lui faire plaisir ou pour avoir la paix. C'est comme un policier qui finit par faire avouer ce qu'il cherche à un détenu qui est à bout. Mais à l'inverse, un thérapeute qui nierait qu'un inceste ait été possible serait dans la même position: il empêcherait le patient de dire sa souffrance.
Le thérapeute a une responsabilité majeure et ses convictions peuvent avoir des conséquences néfastes."  


Sans confirmation extérieure, personne ne peut déterminer quels souvenirs sont exacts et quels souvenirs ne le sont pas.

Qu’est-ce que le syndrome de la fausse mémoire ?

  Un syndrome est un ensemble de symptômes qui apparaissent simultanément. Le syndrome de la fausse mémoire décrit la mémoire d’une expérience traumatique qui est objectivement fausse mais dans laquelle la personne croit fermement. Nous avons tous des souvenirs imprécis mais le syndrome de la fausse mémoire peut être identifié lorsqu’il n’est précédé par aucun souvenir de même nature pendant les 20 ou 30 années antérieures et qu’il apparaît brusquement au cours d’une psychothérapie et commence à altérer la personnalité du patient.

Quel est le problème ?

  A la fin des années 80, plusieurs familles aux États Unis ont reçu des lettres ou des appels téléphoniques de leur enfant, généralement une fille qui avait atteint l’âge adulte (entre 20 et 40 ans), les accusant de lui avoir fait subir des abus sexuels au cours de sa petite enfance entre 2 et 5 ans.
Ce phénomène s’est ensuite répandu à travers le monde, il atteint maintenant l’Europe et en particulier la France.

Ces accusations sont souvent accompagnées de la décision de rompre la relation avec la famille et les auteurs présumés de ces abus. Les enfants accusateurs, devenus adultes, prétendent s’être souvenus de mauvais traitements passés, commis par ceux qu’ils accusent. Ces souvenirs nouvellement découverts sont fréquemment mis au jour au cours d’une « thérapie ».

Les parents accusés ont répondu que ces accusations étaient fausses et que ces « nouveaux souvenirs » n’étaient pas de vrais souvenirs.

Les familles concernées ont été très ébranlées et souvent détruites. Les enfants et les parents n’ont généralement plus la possibilité d’apporter après une si longue période la preuve de la vérité ou de la fausseté de ces souvenirs. Les parents ne sont de toute façon pas écoutés. Leur bonne foi, le seul argument qui leur reste, est rejetée sans appel.

L’étude menée par la fondation américaine, FMS Foundation, démontre que des questions sérieuses se posent sur la véracité de ces accusations et la possibilité que bon nombre d’entre elles soient fausses est assez forte.

Cette fondation, qui s’est entourée d’un Conseil Scientifique et de Professionnels de renom, a mis en avant le concept de syndrome des faux souvenirs (False Memory Syndrome, « FMS ») pour désigner cette nouvelle pathologie.

L’histoire de quelqu’un qui en est sorti….

J’ai commencé une psychothérapie à l’automne 1985 parce que je ne savais pas comment m’y prendre avec mon petit garçon de 9 ans. Je pensais qu’il avait besoin de quelques conseils, il me semblait très coléreux pour un enfant de cet âge. Assez vite la thérapie s’est focalisée sur mes problèmes d’adulte et nous n’avons plus travaillé avec mon fils. Le thérapeute s’est efforcé de me faire creuser mon passé de plus en plus, et les accusations d’abus sexuel sont venues ….


Ma mère est morte en janvier 1992, avant que je  puisse lui dire que je regrettais les accusations. Maintenant j’exprime mes regrets sur sa tombe. Après sa mort, j’ai cessé de rechercher des souvenirs et commencé à m’occuper de ce que j’avais perdu et de mon mariage qui partait à vau l’eau.

Lentement, j’ai commencé à me sevrer de mon thérapeute. Mon mari et moi avons entrepris une thérapie familiale avec un autre thérapeute à qui j’ai commencé à accorder ma confiance. En même temps j’ai lu le cas du Dr. Bean-Bayog et Paul Lozano, j’ai entendu parler du syndrome FMS.

Cela m’a pris encore 8 mois pour y voir clair.

Cette année a été difficile et j’ai commencé réellement à comprendre ce que j’ai perdu à la suite de cette thérapie. J’étais passée de l’état d’une femme très active qui élevait ses 3 enfants, et membre de l’association des parents d’élèves, à une femme déprimée, régressive, dépendante et suicidaire.
Il me semble encore ahurissant que cette situation ait pu se produire et provoquer de tels dégâts dans ma vie.
Une mère de famille qui est sortie de cette aliénation.

Mais l’histoire recommence encore

Cela fait plus d’un an que notre fille nous a écrit « la lettre » qui a changé notre vie pour toujours. Elle disait qu’elle ne nous reverrait jamais. Elle a décrété que nous ne pourrions plus avoir de contact avec nos petits enfants jusqu’à l’âge de 18 ans. Cela a détruit notre famille. Je remercie le Seigneur que nous ayons 2 autres enfants aimants et 6 autres petits enfants. Mais ceux que nous ne pouvons plus voir nous manquent tellement.. Notre fille nous a appelés et m’a parlé, mais lorsque j’ai parlé de voir mes petits enfants elle a raccroché brutalement. Il n’y a plus de joie, plus de fêtes, plus d’anniversaires et les réceptions deviennent des peines de cœur. J’essaie de faire face pour le reste de la famille. Mais pour combien de temps ? Comment les parents vivent-ils cette agonie ?

Comment ces accusations sont-elles survenues ?

  Dans pratiquement chaque cas porté à la connaissance de la Fondation, l’enfant accusateur a été conduit à entreprendre une psychothérapie à la suite d’une détresse psychologique ou émotionnelle. Souvent celle-ci est survenue après la perte d’un emploi, un divorce, des troubles de la nutrition, des problèmes relationnels ou encore une naissance ou un décès dans la famille.

Habituellement la thérapie se concentre sur la recherche de souvenirs d’un traumatisme de l’enfance qu’elle présente comme la cause des problèmes psychologiques d’aujourd’hui. Avec le temps ces « souvenirs retrouvés » deviennent de plus en plus bizarres et le patient devient de plus en plus dépendant de son thérapeute.

Pour aider les patients à retrouver leurs souvenirs, d’après Loftus et Ketcham, la thérapeute Susan Forward explique dans son livre « Betrayal of Innocence » sa méthode lorsqu’elle se trouve face à une patiente : « Vous savez , d’après mon expérience beaucoup de gens qui ont des problèmes semblables au vôtre ont eu une mauvaise expérience dans leur enfance ; ils ont par exemple été molestés ou battus. Peut être quelque chose de semblable vous est-il arrivé ? »

D’autres praticiens disent : « J’ai l’impression à vous entendre que vous avez été abusée sexuellement dans votre enfance »,
« Si vous avez le moindre doute, si vous en avez un souvenir même très vague, alors cela s’est probablement passé », ….« Si vous pensez que vous avez été abusée et si votre vie en montre les symptômes, c’est que vous l’avez été ».

Les patients, certains d’avoir retrouvé la cause de leur souffrance intérieure, croient fermement que tous leurs problèmes d’adulte résultent d’un traumatisme sexuel survenu dans l’enfance et que, s’ils parviennent à en retrouver le souvenir, ils seront guéris. Ils conçoivent leur personnalité comme ayant survécu à un abus sexuel et accusent leurs parents d’inceste, refusent tout contact et relation avec qui que ce soit qui n’accepte pas leur nouvelle croyance.


Pourtant, aucun de ces prétendus souvenirs d’enfance n’a existé avant le début de la thérapie.
Ces enfants qui étaient autrefois gentils et affectueux avec leur famille la rejettent maintenant.

Comment contacter mon enfant après cela ?

Les parents nous demandent encore et encore comment établir le contact avec leur propre enfant. Quand cela est possible, les familles doivent tenter de garder le contact en évitant la confrontation.

Lorsque le contact personnel est coupé, des cartes, des lettres ou des appels téléphoniques de la famille peuvent restaurer en partie la relation.
Les cartes postales avec un message d’amour sont efficaces, parce qu’il n’y a pas d’enveloppe à ouvrir pour lire le message. Rien ne saurait remplacer les témoignages d'affection venant directement des parents.

Trouver les moyens de garder le contact relève de l'intuition des parents et de la connaissance qu'ils ont eue depuis toujours de leur propre enfant.
Une accusatrice revenue sur ses accusations nous confiait récemment qu’elle pensait que ses parents ne faisaient plus attention à elle parce qu’il n’avaient pas fait tous les efforts pour garder le contact avec elle. Mais ensuite elle s’est souvenue qu’elle les avait menacés de les poursuivre s’ils essayaient de la contacter ! Il ne faut jamais perdre de vue que des personnes qui autrefois semblaient logiques rejettent la logique lorsqu’elles sont prises dans le système de croyance de la « FMS ».

Des parents nous demandent s’ils doivent envoyer à leur enfant de l’information sur la « FMS ».
Cela nous semble inutile dans la mesure où les accusateurs ont refermé leur esprit et des informations pertinentes ont toutes les chances de tomber dans l’oreille d’un sourd.
Bien que l’envoi de ces informations sur la « FMS » puisse être bénéfique à long terme, il est probable qu’elles seront perçues comme une menace et qu'elles risqueront d’ajouter un stress à court terme.

Cependant  les nombreux exemples de familles qui ont rétabli le contact nous donnent des raisons de garder espoir:

Nous parlons au téléphone chaque semaine. Nous essayons de lui parler de nos bons sentiments, ce qui n’est pas difficile puisque nous aimons beaucoup notre fille et nous sommes heureux de garder une ligne de communication ouverte. Aucun d’entre nous ne parle du conflit que nous traversons.
Quand mon mari et moi en reparlons ensuite, nous savons, bien sûr, que rien n’a été résolu, mais je n’attends pas que cela change, du moins dans un futur proche…Je comprends que cela ne marche pas dans certaines familles mais dans notre cas c’est la seule chose que nous avons le sentiment de pouvoir faire.

Une mère 

Quel est l’avis des organisations professionnelles ?

« L’Association Américaine Médicale (AMA) considère que les souvenirs retrouvés concernant des abus sexuels de l’enfance ont une authenticité incertaine, et devraient faire l’objet de vérifications externes. L’usage de souvenirs retrouvés est lourd de conséquences et pose des problèmes d’application incorrecte »        Conseil des Affaires Scientifiques – AMA –1994

« Il existe de graves inquiétudes au sujet de souvenirs retrouvés au cours de psychothérapies qui se concentrent sur l’augmentation de souvenirs d’abus sexuels qui sont supposés avoir été refoulés. »           Association Psychiatrique Canadienne - 1996

« Des souvenirs, même intenses et importants pour la personne, ne reflètent pas nécessairement des événements réels. »        Collège Royal des Psychiatres – (GB) – 1997

En France, à notre connaissance, les organisations professionnelles n'ont pas pris position sur ce sujet. Il nous revient donc de les sensibiliser. 
Au moment où la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) discute de la réglementation du métier de psychothérapeute, les syndicats nationaux de psychiatres et de psychologues doivent se prononcer sur les dérives de certains praticiens. 

La fondation FMS dénonce-t-elle les abus sexuels sur les enfants ?

Oui, l’abus sexuel sur les enfants est un crime répréhensible et doit être dénoncé et combattu.
Les événements récents démontrent que cette perversion est plus largement répandue qu’on ne l’a imaginé.
Tous les efforts doivent être entrepris pour aider ces petites victimes et empêcher que ces mauvais traitements à l’égard d’enfants aient lieu.
Le problème du syndrome des faux souvenirs chez des adultes est différent de celui des abus sexuels vrais sur des enfants.
Ces deux problèmes doivent être résolus.

Quelles pratiques thérapeutiques posent problème ?

Nous ne pouvons pas dire plus que le Collège Royal des Psychiatres en Grande-Bretagne (1997) :

« Il est conseillé aux psychiatres d’éviter de s’engager dans quelques techniques de recouvrement de la mémoire que ce soit.
Ces techniques sont basées sur la recherche d’abus sexuels passés dont le patient n’a aucun souvenir.
De telles techniques peuvent comprendre : des entretiens sous médication, des techniques hypnotiques, des thérapies de régression, l’imagerie guidée, l’interprétation littérale des rêves, la tenue d’un journal…
Il n’y a aucune preuve que l’utilisation de techniques d’altération de la conscience telles que les entretiens sous médication ou l’hypnose puissent révéler ou créer de façon précise de l’information factuelle concernant quelque expérience passée que ce soit, y compris d’abus sexuel. »

Ces pratiques ci-dessus mentionnées posent 2 problèmes :
- Accroître le risque de suggestion
- Amener le patient à croire fermement à la véracité de ces faux souvenirs induits par la thérapie

Des études poussées ont montré de façon répétée que les patients croient que les images produites sous hypnose sont exactes parce qu’elles contiennent de nombreux détails et peuvent être associées à une forte émotion.
Ceci ne prouve pas cependant leur vérité historique.


Si au cours d'une thérapie vous avez des doutes sur l'éthique de votre thérapeute voici quelques  affirmations qui révèlent des pratiques discutables ( non orthodoxes ):

1 – Voici les résultats de l’« expertise psychiatrique » : vous avez les symptômes de quelqu’un qui a été abusé. 
2 - Les études montrent ( ou mon expérience ) que la plupart des gens qui ont ce diagnostic ou ces symptômes ont été abusés sexuellement
3 – Si vous pensez avoir été abusée, alors vous l’avez probablement été.
4- Le souvenir est essentiel si vous voulez guérir
5 – Cette technique ( hypnose, imagerie guidée, amitate de sodium ..) est conçue pour vous aider à vous souvenir
6- Se détacher de, se confronter, attaquer en justice... votre famille fait partie nécessairement de votre guérison.
7 - Vous devrez aller plus mal avant d’aller mieux.
8 – Votre corps renferme des souvenirs précis des événements passés 

Qui est affecté par le syndrome des faux souvenirs ? 

A l’image d’un caillou jeté dans une mare, une accusation crée une onde de choc qui affecte toute la famille : l’accusateur, les accusés et les non-accusés : parents, frères et sœurs, petits enfants, grands parents et amis peuvent tous être affectés.
Lorsque la « FMS » aux USA a étudié le cas de 6 familles, elle a découvert que 42 personnes sur 90 ont été touchées par l’accusation d’une seule personne.

La FMS Foundation mène des études statistiques aux Etats-Unis sur le phénomène. Par exemple :

· Les accusateurs sont à 
-92% des femmes
-74% entre 31 et 50 ans
-31% ont un niveau d’études supérieur au Bac
-60% rapportent la mémoire d’abus sexuels antérieurs à l’âge de 4 ans.

· Les accusateurs 
-62% accusent le père d’abus
-30% accusent à la fois le père et la mère d’abus 
-18% incluent des allégations d’abus sataniques rituels
-71% des frères et sœurs ne croient pas les accusations 

 

Qu’est-ce qu’une bonne thérapie ? 

La pratique d’une thérapie valide devrait aider le patient à assumer la responsabilité de son existence, à gérer au mieux ses problèmes et à apprendre les savoirs utiles pour l’avenir.

On a recensé plus de 400 variétés de thérapies mais une poignée seulement ont été évaluées pour déterminer leur efficacité.Tous les thérapeutes qui affichent un titre n’ont pas obligatoirement la compétence affichée.

La Commission Interministérielle de Lutte contre les Sectes a émis le souhait que cette profession soit un peu mieux réglementée.  

Une liste de symptômes peut-elle indiquer qu’un abus sexuel a eu lieu ?  

La littérature sur les « mémoires retrouvées » prétend que plusieurs symptômes y compris des désordres de l’alimentation indiquent des abus sexuels passés.
Ainsi des thérapeutes affirment que ces symptômes sont la preuve d’abus passés.
On relève ainsi :
- les maux de tête,
- les intestins irritables,
- la recherche de l’amitié et de l’attention des autres,
- la peur de l’acte sexuel, ou la recherche de plusieurs partenaires,
- la difficulté de se mettre en colère,
- l’énurésie qui s’est prolongée,
- la peur des risques,
- ….
En fait, le psychologue Ray London en 1995 a établi une liste de 900 symptômes différents, prétendus révélateurs d’abus sexuels. Mais après avoir étudié la littérature professionnelle il a trouvé qu’aucun de ces symptômes ne prouvaient de façon fiable une histoire d’abus.

La guérison est elle possible ? 

Des patients de plus en plus nombreux reviennent sur leurs accusations et se réconcilient avec leurs familles, le chemin est long mais la joie est au bout.
Mais les traces sont parfois indélébiles:

Nous ne nous sentons plus les mêmes.
Notre fille, âgée de 48 ans, est revenue dans notre famille après de nombreuses années.
Elle ne s’est jamais rétractée ni simplement dit qu’elle était désolée. En fait elle nous a dit qu’elle ne l’avait pas voulu. Nous l’acceptons comme elle est, mais la situation est comme dans ce poème :

« La véritable amitié est comme un vase de Chine— chère, riche et rare,
Une fois cassé il peut être réparé,
Il peut être réparé mais la fissure est toujours là. »

Notre relation est un peu contrainte, je le sens bien. Nous ne nous sentons plus les mêmes avec elle, mais ses enfants sont merveilleux !

Une mère

 Elisabeth Loftus, le syndrome des faux souvenirs.

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Le syndrome des faux souvenirs

10 Juillet 2020, 14:25pm

Publié par Grégoire.

Le syndrome des faux souvenirs

« Représentez-vous votre esprit comme une bassine pleine d’eau claire. Imaginez chaque souvenir comme une cuillerée de lait versée dans l’eau. Chaque esprit adulte contient des milliers de ces souvenirs mélangés… Qui parmi nous pourrait prétendre séparer l’eau du lait ?» 

Elizabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs.

 

Cette psychologue américaine, professeure à l’Université de Californie (Irvine) a démontré combien la mémoire était incertaine et malléable. 

Les travaux de la professeure Loftus ont contribué à considérer la mémoire humaine non plus comme une caisse enregistreuse fidèle à la réalité, mais plutôt comme un système dit «reconstructionniste». «La mémoire se modifie avec le temps. (…) Avec chaque événement ultérieur qui se produit, avec chaque information nouvelle, la mémoire incorpore des faits et des détails nouveaux, et le souvenir originel se métamorphose petit à petit», explique-t-elle.

 

Le faux souvenir de Piaget

 

La mémoire nous joue donc des tours. «Cette idée nous dérange profondément», admet la spécialiste, qui a mis en évidence le concept du «faux souvenir». Elizabeth Loftus elle-même en a fait l’expérience. A l’âge de 14 ans, alors qu’elle est en vacances chez son oncle avec sa tante et sa mère, cette dernière meurt noyée dans la piscine.

  

Trente ans plus tard, Elizabeth Loftus parle avec son oncle de cet épisode tragique. «Ce dernier m’informa que c’était moi qui avais trouvé ma mère dans la piscine. » Elizabeth se défendit: «Non! C’était la tante Pearl. Je dormais, je ne me souviens de rien. » Pourtant, des souvenirs lui apparaissent: «Je pouvais me voir, regardant les reflets bleu et blanc de la piscine. Ma mère, en robe de nuit, flotte, le visage vers le bas. (…) Pendant trois jours mon souvenir ne cessa de gagner en substance. Puis, un matin, mon frère m’appela pour me dire que mon oncle, après vérification, avait réalisé qu’il s’était trompé. Le corps de ma mère avait été découvert par la tante Pearl. »

 

Elizabeth Loftus cite également le psychologue genevois Jean Piaget, qui a longtemps cru qu’enfant il avait été kidnappé. «J’étais assis dans ma poussette, que ma nurse promenait le long des Champs-Elysées, lorsqu’un homme essaya de me kidnapper. La nurse s’interposa bravement entre le voleur et moi. » Des années plus tard, la nurse éprise de remords, avouait dans une lettre avoir tout inventé.

 

La controverse 

Ces exemples montrent que non seulement le souvenir n’est pas conforme à la réalité, mais qu’en plus il s’élabore sur la base de suggestions et d’influences extérieures à celui ou celle qui le détient.

 

La notion du faux souvenir remet en question la crédibilité donnée au témoignage humain, notamment dans le cadre juridique. Elizabeth Loftus en qualité d’experte est intervenue dans plus de 200 procès. Dans Le syndrome des faux souvenirs, elle revient sur ces affaires, où des parents respectables sont accusés d’avoir commis les pires sévices sur leurs enfants, après que ceux-ci ont retrouvé des «souvenirs enfouis». L’idée que la mémoire serait verrouillée à la suite d’un traumatisme est défendue par certains psychologues qui se proposent de «réveiller» ces souvenirs enfouis dans un but thérapeutique.

 

 Des associations d’aide aux victimes d’abus sexuels et d’inceste se sont élevées contre les recherches d’Elizabeth Loftus. Elle le reconnaît elle-même: «Nous n’aimons pas le flou et l’ambiguïté, surtout s’ils touchent à notre propre identité. (…) Moi-même, comme tout le monde, je préfère me tenir sur un passé stable et inamovible, plutôt que sur du sable mouvant (…). Mon travail, qui consiste à étudier la mémoire, a fait de moi une sceptique. »

 

«Vrais et faux souvenir sont exprimés avec une même conviction»

 

Il y a plus de dix ans lorsque vous avez publié «Le syndrome des faux souvenirs» («The Myth of Repressed Memory»), le débat entre les tenants des «souvenirs refoulés» et les sceptiques, dont vous faites partie, faisait rage.

  

Quelle est la situation aujourd’hui?

  

Les médias ont tellement relayé cette controverse et si intensément, que l’intérêt s’est essoufflé. Il y a toujours des cas mais on en parle moins, sauf lorsqu’il s’agit d’affaires vraiment importantes ou que les accusés sont célèbres. On pense donc que le débat est clos, mais il suffit de faire un tour sur les sites des organismes dédiés au syndrome des faux souvenirs pour voir que la polémique perdure.

  

Vous avez été et êtes encore l’objet de critiques parfois violentes de milieux féministes, mais aussi des défenseurs des enfants abusés qui vous accusent de faire peu de cas des souffrances de ces victimes.

 

Comment vous défendez-vous?

  

J’ai une profonde compassion pour les vraies victimes de souffrances dans leur enfance. Mais j’ai aussi de la compassion pour les familles qui se retrouvent détruites après avoir été l’objet de fausses accusations. Tout le monde ne comprend pas cette position. Dans un avion, un jour une femme m’a frappée avec un journal… C’était il y a déjà quelques années. Aujourd’hui, on m’envoie de temps à autre un mail ou un courrier désagréable.

 

Vous êtes sollicitée dans les tribunaux comme experte dans le cas où des personnes se retrouvent accusées d’abus sexuels par leurs enfants sur la base d’une dénonciation tardive suite à la résurgence d’un souvenir dit «refoulé». Vos recherches ont montré que la mémoire était malléable et que certains psychothérapeutes étaient habiles à faire «remonter» ces souvenirs.

  

Comment faites-vous la différence entre un «faux» et un «vrai» souvenir?

  

Le vrai et le faux souvenir sont très semblables. Les deux sont exprimés avec autant de conviction, de détails et d’émotion. Sans une corroboration indépendante, il n’y a pas de moyen infaillible de distinguer le vrai du faux.

 

Vous-même, n’avez-vous jamais craint d’être manipulée par des accusés d’abus ou d’inceste qui trouveraient dans votre présence à leur procès un gage de leur innocence, alors qu’en réalité ils sont coupables?

 

Qu’un coupable puisse se servir de la science de la mémoire pour réfuter une accusation avérée m’est une idée désagréable. Même si cela peut arriver, nous ne devons pas renoncer à tenter de disculper les innocents et confondre les coupables.

 

Doutez-vous parfois de l’innocence d’un accusé et comment gérez-vous cette situation?

 

Cela est arrivé une fois. J’étais convaincue que certains délits mineurs avaient probablement été commis. Mais j’avais de gros doutes quant aux accusations graves d’abus et de rituels sataniques qui étaient avancés. Ce n’est pas mon rôle de dire si un souvenir est véridique ou non. Je suis là seulement pour informer qu’il peut y avoir des explications alternatives à ce souvenir.

 

Dans votre ouvrage publié en 1994, vous avouez être submergée par les demandes d’aide, de parents qui se disent injustement accusés. Est-ce encore le cas aujourd’hui?

 

Je reçois toujours beaucoup de demandes d’aide, mais il y a désormais des associations vers lesquelles ces personnes peuvent se tourner. 

 

Comment votre propre expérience d’avoir été abusée enfant influence-t-elle vos recherches, ou non?

 

Je pense que cela n’influence pas mon travail. Ce n’était là qu’un épisode désagréable de ma vie, parmi d’autres. Certains événements ont été beaucoup plus pénibles, comme la mort de ma mère.

 

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

  

Je m’intéresse à ces questions: quelles sont les personnes qui seraient plus susceptibles d’avoir des souvenirs déformés et quelles sont celles qui se montrent plus résistantes?
Les faux souvenirs résultant d’un abus dont vous auriez été victime, sont-ils identiques ou différents des faux souvenirs issus de l’abus dont vous auriez été l’auteur? Ce dernier cas survenant lorsqu’il y a de faux aveux.

 

Un nombre de plus en plus important d’enfants se retrouvent dans une situation d’otage quand la séparation de leurs parents se transforme en guerre familiale. Victimes d’un conflit de loyauté insupportable, ils peuvent être amenés à proférer des fausses allégations à l’encontre du parent rejeté, pour soutenir la cause du parent ravisseur qui les maintient sous son emprise. Ces fausses allégations deviennent très rapidement des « vrai faux souvenirs » pour ces enfants prisonniers du piège de l’aliénation parentale.

Les « faux souvenirs » concernent généralement des adultes de 30-40 ans trompés par des thérapeutes qui travaillent sur la base de souvenirs refoulés de prétendus abus sexuels subis par les patients dans leur petite enfance.

Les « fausses allégations » dans un contexte d’aliénation parentale concernent des enfants mineurs qui sont amenés à accuser de façon mensongère l’un de leur parent de maltraitance ou d’abus sexuels, lors de séparation parentale très conflictuelle.

Elisabeth Loftus, le syndrome des faux souvenirs

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Butiner toute une vie durant ...

9 Juillet 2020, 10:48am

Publié par Grégoire.

Butiner toute une vie durant ...

 

On devrait attendre et butiner toute une vie durant, si possible une longue vie durant ; et puis enfin, très tard, peut-être saurait-on écrire les dix lignes qui seraient bonnes. Car les vers ne sont pas, comme certains croient, des sentiments (on les a toujours assez tôt), ce sont des expériences. Pour écrire un seul vers, il faut avoir beaucoup vu de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.

Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Rainer Maria Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigge

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (9)

5 Juillet 2020, 04:29am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (9)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Jésus ne nous a pas aimé comme un héros Grec. Il ne s’est pas livré et ne nous a pas donné l’Esprit Saint du haut de sa force. Il s’est livré à nous dans l’impuissante apparence à faire quelque chose pour nous. Il n’y a rien qui fait moins quelque chose pour moi qu’un ami qui se laisse crucifier pour moi. Il sauve le monde dans une inefficacité totale, dans un complet non-résultat, dans un échec rarement atteint.

 

C’est pour un homme, accepter qu’il ne peut aimer que comme un pauvre incapable, et qu’en même temps ça ne le dispense pas pour autant de se donner. L’état de l’homme en état de pauvreté consentie dans l’amour, met la femme face au mystère de Jésus livré. Cette pauvreté acceptée, à laquelle il n’y peut rien malgré toute la bonne volonté du monde; et bien cette pauvreté dans l’amour, c’est vivre dans sa chair ce qu’est le Fils vers le Père. C’est l’état de disposition parfait pour agir dans la personne de l’esprit saint : en mendiant d’amour, pauvre, sans aucun ayant droit. 

 

Et tout les efforts de la terre pour aimer davantage n’auront comme fruit que d’être davantage lucide sur cette incapacité à pâtir gratuitement d’un autre, à vivre à cause de l’autre. L’amour est toujours l’effet en nous de celui qui nous attire et réclame de vivre donc à cause de lui. 

Et là c’est difficile pour la femme d’accepter que l’homme est et sera toujours incompétent dans l’amour. Parce que dès les origines, l’homme ne lui a pas été donné pour être compétent, mais pour être cette fragilité qui va la désarçonner. Et les femmes ont un moyen de ne pas se laisser désarçonner, c’et de traiter la fragilité de l’homme maternellement.

 

Or Jésus à la croix n’est plus un tout petit. Il est dans la fragilité d’un homme mur. Même si sa petitesse est plus radicale que celle d’un enfant qui vient de naitre. Ça va encore un homme fragile comme un enfant, là une femme s’en occupe comme une mère. Mais un homme fragile comme homme, là une femme ne sait plus quoi faire.

 

Et c’est donc en recevant Jésus crucifié, dans cet état d’extrême fragilité, sans défense, sans aucune explication que cette vie nouvelle se déverse en nous et nous rend fécond de la vie de Dieu. Parce que bizarrement à la résurrection Jésus a toujours les marques de la crucifixion ! Pour bien nous montrer que cette fragilité extrême vécue à la croix, est au-delà de la souffrance vécue, de la violence qu’il porte et dont il se sert pour dire jusqu’au bout comment est son coeur pour le Père et pour nous, dans quel état de vulnérabilité il se trouve en nous étant livré.

 

Ce n’est qu’en apprenant à recevoir Dieu dans la fragilité du Christ que l’homme peut apparaitre aux yeux de la femme sous un tout autre regard. Comme étant plus un cadeau dans sa fragilité consentie que dans les qualités qu’on rêverait qu’il ait, qu’il n’a pas et qu’il n’aura jamais. 

 

Recevoir et vivre sous la motion de l’Esprit Divin, réclame la décision de se soumettre à la fragilité de l’homme et non à son pouvoir. C’est même en quelque sorte plus facile de se soumettre à son pouvoir. C’est plus facile parce que pour tout un chacun le rapport dialectique, d’opposition, de lutte est plus facile que de laisser la bonté gratuite, aveugle, naïve couler l’incompétence abyssale de celui qui sous un autre rapport manifeste l’assurance  protectrice, le pouvoir et la force.

Et la bonne nouvelle qu’apporte Jésus est dans le fait que nous sommes fait fragile, et que dans cette fragilité peut jaillir quelque chose qui n’est pas dans notre prolongement.

 

Alors que 90% des sociétés sont basées sur la domination de l’homme dans l’espace public et visible, et la manipulation de la femme dans l’espace privé, c’est à dire la maitrise de l’homme par sa fragilité. Et là, c’est précisément ce qui rend le couple imperméable à la présence de Dieu. Parce que ce n’est pour l’homme que dans le consentement humble à sa fragilité et à sa pauvreté, qui permet à Dieu de le confier à la femme, comme quelque chose du Christ à la croix. Être servante de cette vie qui se manifeste dans le crucifié, c’est d’abord en accueillant cette fragilité de l’homme qui essaye d’aimer mais qui ne sait pas, et qui finalement peut faire une chose : se livrer. A défaut de savoir aimer ou même de savoir ce qu’il faut faire, il peut se livrer.

à suivre ...

Grégoire +

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Du totalitarisme latent des bien-pensants...

3 Juillet 2020, 09:36am

Publié par Grégoire.

Du totalitarisme latent des bien-pensants...

Comme dans les anciens pays du bloc de l’est, on trouve sur les places des grandes villes Cubaines, ou sur des panneaux d’affichage, des statues et des effigies à la gloire du régime. Les Fidel, Che, Raoul, ou encore Hugo Chavez trônent sur des autels laïcs offerts en vénération au bon peuple. En dessous, des exhortations à l’héroïsme, à la fidélité à la révolution, à la lutte pour la victoire etc. La sainteté communiste quoi. Ceci n’est pas sans rappeler les statues qui trônent encore dans nos églises, avec leur physique kitsch de demi-dieu, revêtus d’une perfection idéale, vainqueur d’épreuves inaccessibles au commun des mortels, exaltant un angélisme culpabilisant pour les petits et désespérant au possible ! Ce discours encore très en vogue d’une sainteté héroïque, d’une tension vers la perfection, d’une sainte horreur du péché, d’une application parfaite de la loi comme modèle de salut reste toujours les soubassements de l’éducation chrétienne en général, et de ses avatars communistes ou fascistes en particulier. Au moins inconsciemment.

De fait, nos sociétés occidentales sont basées sur ce modèle-là. Un pharisaïsme qui ne dit pas son nom. Mai 68 –avec ses excès que l’on connait- n’a rien pu faire pour déboulonner ces idoles. Les médias se sont même faits les relais du Dieu gendarme perfectionniste. Ils absolvent ou condamnent. Ils pointent le bouc émissaire qu’il faut chasser ou le juste ignoré. Ils décident du bien et du mal. Et surtout, ils sont ces nouveaux grands prêtres d’un moralisme toujours aussi monstrueux. Celui de l’hypertolérance chez eux. Celui d’une pureté morale extérieure chez les chrétiens.

Cette exigence de résultat ‘moral’ dans le monde chrétien est relativement nouvelle. Une des principale luttes de la vie chrétienne a permis son arrivée.  En effet, la lumière de l’Evangile n’est jamais acquise. Elle est bien trop humaine pour l’homme. Elle exige d’être constamment redécouverte puisque ce n’est ni un message, ni des valeurs, ni des règles, ni une morale, mais… une personne. Ni synthèse, ni catéchisme, ni formule aucune ne peuvent dire ce don qui pour nous est toujours de trop. Or, certains ont voulu ne plus à avoir à toujours tout redécouvrir. A être toujours dépassé. C’est vrai, c’est pénible cette exigence évangélique de rester comme des petits enfants. Ou mieux, à devenir même comme des embryons dans le sein de leur mère. On a tout de même un peu d’autonomie et de prudence. C’est au XIVe siècle, que nous sommes passés d’une mendicité face à un mystère qui nous dépasse à quelque chose qu’on a décidé comme évident et pour lequel il fallut trouver des arguments convaincants. Evolution d’une certitude vécue dans la nuit à un désir d’évidence qui devait être quasi visible. D’où très vite, un refus de la diversité des chemins. Conséquence immédiate : l’autre, celui qui ne pense ou n’agit pas comme moi est devenu le mécréant. Le païen. Le fils du diable quoi. J'ai raison. Tu as tort. Ferme-la. Point final. Et c’est devenu la politique de nos jours. Il n'y a plus aucune vision. Il n'y a plus de débat. Il n'y a que la recherche d'un coupable à blâmer. L’Inquisition inventée par l’Eglise, a été dépassée par les pays totalitaires, mais reprise aussi d’une manière soft et subtile mais non moins puissante par nos démocraties médiatiques.

Dans tous les cas il y a la même paresse d’avoir à tout repenser tout le temps, et la peur d’avouer qu’on ne sait pas. La peur de reconnaître qu’on cherche ou qu’on puisse se tromper. Et derrière cela, agit cette violence communautaire qui détruit nos vies d'une façon incompréhensible : le refus de notre solitude, de notre néant, et l’image de nous-mêmes qui se cristallise  dans cette peur liés à la honte, à la peur d’être seul, de n’être pas accepté et reconnu. De fait, les seules personnes qui n'éprouvent pas de honte sont celles qui sont incapables d'empathie, insensibles, enfermées en elle-mêmes, ou celles qui ont conquis leur solitude. Celles-là ne dépendent plus de l’opinion des autres, ou de ce qu’elles font. Cette pression du regard extérieur existe au plus haut point chez les catholiques. Une rumeur, un petit ragot, oh pour rien, comme ça, avec l’air de ne pas y toucher. Et par derrière, des jugements d’une violence inouïe. Des mises à l’écart. Des mises à l’index. Et des critiques en veux-tu en voilà. Il n’y a souvent pas pire tribunal que des sorties de messes dominicales.

Cette peur d’être rejeté, de ne pas être accepté ou reconnu, en cache une autre : celle de se montrer tels que nous sommes, vulnérables, imparfaits et fêlés. De fait, on accepte pas d’être fragile, vulnérable. Et, on rejette nos vulnérabilités parce qu’on refuse de ne pas tout maîtriser. Accepter d’être imparfait, ce serait reconnaitre -consciemment ou non- que quelque part on est raté. Or ceci réclame en fait un très grand courage. Celui que les nouveaux-nés ont naturellement. Celui que notre éducation lisse nous fait perdre. Le courage c’est –pour faire simple- pouvoir se montrer tel qu’on est, sans masque ni façade. Sans convention ni désir de plaire. Le courageux, c’est d’abord celui qui n’a pas peur d'être imparfait et fêlé. Accepter d’être vulnérable c’est arrêter de contrôler et de prévoir, de courir après ce qu’on pense qu’on devrait être, ou de chercher à correspondre à ce qu’on croit que les autres attendent de nous. C’est enfin arrêter de croire que les lézardes de l’autre sont pires que les miennes.

Ultimement, c’est arrêter de croire que Dieu punit nos fautes ! Que nos fautes, nos erreurs l’affectent quelque part. Elles n’affectent que nous, et Dieu les permet pour qu’enfin il y ait un lieu où l’on soit obligé de le laisser faire. Et enfin, c’est arrêter de refuser que Dieu, la Vie, la nature, permettent ce chemin pour nous entraîner dans quelque chose que nous ne maitrisons pas ! Le refus de nos vulnérabilités -ou vouloir en guérir, pouvoir les supporter, ou même en comprendre le sens- c’est juste le refus, souvent caché, de celui qui en fait veut être la source totale de lui-même; c’est juste quelqu’un qui refusant toute dépendance, se fait son propre Dieu. C’est la racine de tout fanatisme religieux, extrémisme politique ou talibanisme doctrinal.

Grégoire Plus, Pérégrinations d'un cherchant Dieu.

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Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit de la remettre entre les mains des bien-pensants

2 Juillet 2020, 11:43am

Publié par Grégoire.

Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit de la remettre entre les mains des bien-pensants

L’historien Pierre Chaunu1 a montré combien l’excessive spiritualisation des théologiens de la fin du moyen-âge a engendré un retour de bâton matérialiste et faussement libérateur au temps de la dite Renaissance, qui s’est épanoui et a fleuri avec la Réforme, puis la Révolution française et l’athéisme des Lumières. Descartes en est le trop clair exemple ; lui qui -et c’est une bêtise qui n’a pas beaucoup d’égale dans l’histoire de la pensée- voulut prouver mathématiquement que Dieu existe, d’une manière telle qu’après lui plus personne ne soit athée2.

On a tendance à oublier que ce généreux monsieur était d’abord un théologien, qui comme chacun sait, cherche la certitude de la foi et non l’évidence de l’expérience. Ensuite, le raisonnement mathématique ne fait que déduire des choses qui y sont déjà présentes. Bref, juste la pétition de principe qui a abouti à l’effet inverse : un refus généralisé de la question de Dieu. 

Ensuite, la formalisation morale des mœurs, la culpabilisation à outrance de la chair et le faux renouveau spirituel au XIXe dérivé de certaines formes du jansénisme catholique ou des doctrines puritaines protestantes a donné naissance aux idéologies matérialistes du XXe siècle, des systèmes totalitaires ou du capitalisme fondu dans l’eau tiède démocratique qui perdure aujourd’hui. L’exaltation de l’esprit pour lui-même –sous couvert d’élévation spirituelle- a appelé des vengeances sans concession de la matière : « Pas de race plus inhumaine sous le soleil que celle qui croit représenter le Bien. Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit donc de la remettre entre les mains des bien-pensants3. » 

 

Grégoire Plus, Pérégrinations d'un cherchant-Dieu.

 

 1/ Pierre Chaunu, historien et théologien protestant français, dans Le Temps des Reformes. ed Fayard, 1976. Sans pour autant tomber dans une vision univoque, on ne peut pas ne pas voir dans  les prémices des différentes idéologies du travail du monde contemporain : « Toute théologie fidèle à la Réforme est nécessairement impérialiste, puisqu’elle a regard sur tout ce qu’éclaire la Parole de Dieu, la totalité en fait de la pensée et de la connaissance ! » 

 2/ Plutôt que de partir de l’expérience et d’interroger le réel, il a cherché à convaincre, autrement dit, toutes ses ‘méditations’ sont relatives à ce que lui croyait comprendre de Dieu. Kant en Allemagne n’a pas fait autre chose pour l’agir moral et notre capacité de comprendre: il les a soumis à un loi divine à laquelle tout un chacun ne pouvait que se soumettre. L’histoire a largement réfuté sa thèse… Cf. R Descartes. Méditations Métaphysiques. E Kant. Critique de la raison pratique et Métaphysique des mœurs.

3/  « Pour toujours, je me suis institué l'interprète du déchet humain, du résidu qui croupit dans les prisons, sous les ponts, au fond de la puante pourriture des villes.»  Lydie Dattas, La chaste vie de Jean Genet. Gallimard.

 

 

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Le paradis c’est d’être là

30 Juin 2020, 13:19pm

Publié par Grégoire.

Le paradis c’est d’être là

« Sous le joug de l’été, dans une chambre barricadée d’ombre, cernée par des soleils casqués, je lisais. Par la porte entrebâillée des livres, une brise passait, soulevant mon âme et la décollant du monde. Parfois, l’imprévisible beauté d’une phrase, brisant net ma lecture, me faisait regarder par la fenêtre. Je découvrais dans le ciel une lumière dont la splendeur, en m’ignorant, me donnait à voir toute la vie avec ses arrière-mondes. Je cherchais de l’air, voilà toute mon histoire.


Je compris très tôt que nous ne sommes jamais abandonnés. Cette pensée était dans mon coeur comme un brin de lumière tombé du bec d’un moineau. Ce brin faisait tout mon nid. Je compris aussi très vite que l’aide véritable ne ressemble jamais à ce que nous imaginons. Ici nous recevons une gifle, là on nous tend une branche de lilas, et c’est toujours le même ange qui distribue ses faveurs. La vie est lumineuse d’être incompréhensible. 


Le paradis c’est d’être. »


Christian Bobin, Prisonnier au berceau

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Voir les anges traverser la rue

29 Juin 2020, 10:05am

Publié par Grégoire.

Voir les anges traverser la rue

 

« Ma joie fut grande le jour où je découvris l’existence d’Emily Dickinson : elle me confirmait qu’il n’était pas nécessaire de courir le monde pour vivre la vie la plus intense. Assis des heures devant une fenêtre, avec un peu d’humour et de patience, on finissait par voir les anges traverser la rue.


Emily Dickinson était presque aussi impossible à détacher de sa maison que la couleur orangée peut l’être du poitrail du rouge-gorge. C’était un enfer pour elle que de sortir dans la rue, d’aller à l’église ou même simplement d’ouvrir la porte aux visiteurs. L’enfer c’était d’être douée d’une sensibilité aiguë. Le paradis, c’était la même chose. Espérant la guérir de son angoisse, son père lui acheta un chien avec lequel, pendant quinze ans, elle fit des promenades sur un chemin de campagne proche de sa maison. À Saint-Sernin on trouve de tels chemins aux barrières ondulantes et à la terre rase. Le ciel s’y précipite comme un petit enfant au-devant de vous. En 1860, à trente ans, Emily ferma sur elle la porte de sa maison puis elle monta dans la chambre nuptiale de son âme et n’en sortit qu’en 1886, au jour de sa mort. Elle écrivit entre-temps des centaines de poèmes dont chacun contenait plus de lumière que toute la Voie lactée. »


Christian Bobin, Prisonnier au berceau

 

 

« Attendre une Heure - est long -
Si l’Amour est en vue -
Attendre l’Eternité - est bref -
Si l’Amour est au bout -


Emily Dickinson

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (8)

28 Juin 2020, 10:07am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (8)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Se soumettre à la fragilité de Dieu qui sest fait homme, jusque dans lextrême anéantissement du crucifié..

Lhomme doit accepter de consentir à ce mystère comme quelque chose qui le dépasse infiniment et dans lequel il est perdu. La femme, elle, va accepter de consentir à ce mystère comme quelque chose qui la renvoie presque à l’échec complet delle-même. Parce que la souffrance de quelquun quelle aime, cest son échec. Cest l’échec intime de tout ce pour quoi elle est faite. Il y a un débat sous-jacent qui existe dans toute autre femme que la Vierge Marie, entre cette manière dont Dieu a voulu donner à vivre ce qui en lui est de plus secret, et ce que la femme désire de tout son être. Consentir à ce que Jésus crucifié soit le dernier visage de lamour, cest entrer, quand on est une femme, dans une manière daimer, une manière de servir la vie radicalement autre que ce quelle porte naturellement. Il ne sagit pas simplement de résister ou lutter contre la souffrance par lamour, mais il sagit daccepter que dans la souffrance quon ne peut pas éviter, il y a quelque chose de lamour à vivre qui est plus grand que tout le reste.

Il ne sagit plus de donner la vie, mais dentrer dans une vie qui nest plus à notre taille.

Et cest bien Marie qui à la croix, devient mère et servante dune vie radicalement autre. Parce que cest la vie de Dieu, ça na rien à voir avec tout ce que les femmes savent de la vie.

Et la confiance de Jésus c’est ce qu’il demande à sa mère, d’être mère de cet homme qu’est Jean. Au niveau humain cela veut juste rien dire. On n’est pas mère d’un homme de 24 ans ! Il n’est pas un pauvre gamin qui a besoin d’une mère : il a eut 3 ans de formation auprès de Jésus, après être passé chez Jean Baptiste. 

Pourquoi alors le « voici ton fils ? »

Jésus réquisitionne Marie dans l’amour pour être source personnelle d’une vie capable de traverser la souffrance et la mort. Une vie qui l’excède complètement.

Il y a là un face à face entre la vie vue par la femme, et la vie qui est Dieu lui-même : vie, éternelle et féconde. La vie, telle que Dieu nous la propose en Marie, a quelque chose de complètement paniquant pour celle qui sont naturellement faits pour être personnellement investi dans la vie sur la terre. Il faut renaitre soi-même pour accepter d’être investi dans une vie qui commence par la mort du crucifié.

Il ne s’agit plus d’aimer les gens humainement et aussi de les porter spirituellement. Il s’agit d’être possédé corps et âme par une vie qui nous met dans l’état intérieur de celui qui est sur la croix; et donc qui n’est pas à la mesure de ce qu’une maman ou qu’une épouse aussi charmante et délicieuse est capable de faire. 

 

C’est donc un nouveau débarquement de Dieu en nous, une nouvelle pauvreté, un nouveau dépouillement. Puisqu’il s’agit d’aimer dans le même état d’impuissance que Jésus à la croix.

Les hommes le savent qu’ils sont incapables d’aimer. C’est beaucoup plus pénible de le voir en face. Et surtout c’est très pénible de ne pas pouvoir s’en excuser. On s’en excuse en rendant service, en faisant quelque chose pour l’autre, et en se défiant du face à face. Ou alors, on se réfugie dans un face à face affectif, qui n’est plus alors un face à face, mais deux vécus qui se font face, et qui restant chacun dans leur sentiments vécus de l'autre, évite l’autre dans ce qui fait qu'il est autre, lui-même

Voir l’attente du coeur de la femme et être dans l’impuissance radicale à y répondre, c’est très humiliant, blessant pour l'homme. Ça le met même à mort. Parce que ça lui fait découvrir qu’il ne peut pas être la réponse qu’il voudrait être pour celle qu’il aime. 

Or, c’est comme ça que le Christ nous aime, qu'il se fait visage ultime de l’amour. Et c'est comme cela qu'il nous demande d’engendrer celui qu’il nous confie.

 Jésus ne nous a pas aimé comme un héros Grec. Il ne s’est pas livré et ne nous a pas donné l’Esprit Saint du haut de sa force. Il s’est livré à nous dans l’impuissante apparence à faire quelque chose pour nous. Il n’y a rien qui fait moins quelque chose pour moi qu’un ami qui se laisse crucifier pour moi. Il sauve le monde dans une inefficacité totale, dans un complet non-résultat, dans un échec rarement atteint.

 

à suivre ...

Grégoire +

 

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Il n'y a qu'une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle

27 Juin 2020, 04:37am

Publié par Grégoire.

Il n'y a qu'une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle

« Les artistes figurent parmi les personnes les plus persévérantes et courageuses que l’on puisse trouver sur terre. En une année, ils vivent plus de situations difficiles et d’échecs que la plupart des gens dans toute une vie.

Chaque jour, les artistes font face au défi financier d’être un travailleur autonome, au manque de respect, à l’incompréhension des gens qui pensent qu’ils devraient trouver une « vrai job », affronter leur propre peur de ne jamais plus travailler à nouveau.

Chaque jour, ils doivent ignorer et dépasser l’idée que ce à quoi ils consacrent leur vie est peut-être une chimère. Chaque année qui passe, nombre d’entre eux regardent les personnes de leur âge franchir les étapes d’une vie normale : voiture, famille, maison et épargne. Mais ils restent fidèles à leurs rêves en dépit des sacrifices consentis.

Pourquoi ? Parce que les artistes sont prêts à dédier leur vie entière pour faire naître ce moment – ce trait, ce rire, ce geste ou cette interprétation qui touchera l’âme du public. Les artistes sont des êtres qui ont goûté au nectar de la vie, dans cet instant cristallisé où leurs créations ont touché le coeur de l’autre. À cet instant là, ils sont si proches de la magie, du divin, de la perfection, comme personne ne le sera jamais. Et au plus profond de leur coeur, ils savent que dédier leur vie à faire naître ce moment vaut plus que milles vies ».

 

David Ackert

 

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« Non, Madame Soupa, les femmes ne sont pas exclues de l’Église ! »

26 Juin 2020, 03:55am

Publié par Grégoire.

« Non, Madame Soupa, les femmes ne sont pas exclues de l’Église ! »

FIGAROVOX/TRIBUNE - La théologienne Anne Soupa avait suscité l’intérêt médiatique en se portant candidate pour devenir archevêque de Lyon - poste traditionnellement réservé aux hommes. Une autre théologienne catholique, Sandra Bureau, lui répond, estimant que la différenciation des rôles au sein de l’Église n’est pas synonyme pour autant d’une infériorisation des femmes.

 

Sandra Bureau est une vierge consacrée du Diocèse de Lyon, diplômée de l’Institut Catholique de Paris où elle a soutenu en 2011 une thèse en théologie dogmatique sur «L’inversion trinitaire chez H.U. von Balthasar». Elle enseigne actuellement au Séminaire Provincial Saint Irénée de Lyon après avoir été en charge de la formation des laïcs dans le Diocèse de Lyon. Elle est engagée dans la Communauté Aïn Karem.

 

Le 25 mai dernier, Madame Anne Soupa, féministe convaincue, constatant que dans l’Église catholique aucune femme n’avait encore été placée à la tête d’un Diocèse, ni même n’avait été admise à l’ordination, a voulu dénoncer cette situation jugée profondément injuste à ses yeux. Elle a donc profité de la vacance du siège épiscopal de Lyon pour proposer, par le biais des réseaux sociaux, sa candidature comme Archevêque de Lyon. Et cela en s’appuyant sur sa notoriété d’écrivain, de bibliste, de théologienne...

 

Comme catholique j’ai d’abord accueilli la publication Twitter de Madame Soupa, en tout contraire à la Tradition de l’Église, comme un de ces pamphlets qui offrent si peu de sérieux qu’à peine lus on les jette à la poubelle. Pourtant, même chiffonnée, écartée de ma vue, cette publication laissait en moi une interrogation profonde: comment une femme, partageant la même foi que moi, se disant, comme moi, théologienne, pouvait-elle dire cela? Comment pouvait-elle prétendre par-là défendre la place des femmes dans l’Église? Mystère. C’est donc en femme, et en théologienne que je voudrais réagir.

En théologienne d’abord. Il faut quand même avouer que l’argumentation de Madame Soupa présente des raccourcis saisissants, tant dans la forme (une ligne dans un tweet) que dans le fond. Et pour s’y laisser prendre il faut avoir plus de goût pour la polémique que pour la vérité, et somme toute peu de culture chrétienne - il est d’ailleurs saisissant que Madame Soupa appelle des non-catholiques, voire des non chrétiens, à la soutenir. Qu’on me permette donc de faire droit à la pensée théologique ici réduite à l’insignifiance et à l’instrumentalisation. Madame Soupa affirme en effet: «Si ma candidature est interdite par le droit canon, c’est tout simplement parce que je suis une femme, que les femmes ne peuvent être prêtre et que seuls les prêtres, en devenant évêques, dirigent l’Église catholique.» C’est avoir une bien médiocre vision du droit canonique que d’affirmer cela. Car le droit de l’Église n’est pas au-dessus de l’Église et moins encore au-dessus de la Révélation, il est au service de l’une et de l’autre. Il n’y a pas de «tout simplement parce que je suis une femme» qui tienne. Il y a au contraire toute la cohérence de l’histoire sainte, de cette économie par laquelle Dieu a voulu nous rejoindre en son Fils Jésus Christ, se faire homme pour nous arracher au péché et à la mort. Si le droit affirme que seul un homme (vir) peut être ordonné, c’est parce que Jésus, en son Fils, s’est fait homme, parce qu’il a épousé une humanité singulière, masculine (vir). Ni l’Église, ni son droit, ne sont au-dessus de ce que Dieu veut et fait, et ce faisant de ce qu’il nous dit qu’il est et de ce qu’il nous dit que nous sommes. Si nous nous plaçons au-dessus du dessein de Dieu sur l’homme au lieu de nous placer sous son regard, sous sa main bienveillante, alors nous ne pouvons plus voir ce qu’il veut pour nous, et a fortiori nous ne pouvons plus voir la place qui est nôtre.

 

Mais avant d’en venir à l’anthropologie, revenons à la théologie de l’Église. Si seuls les hommes peuvent être prêtres c’est précisément parce que notre religion est une religion de l’Incarnation, c’est parce que nous prenons au sérieux ce qui s’est produit une fois pour toutes en Jésus-Christ ; dans sa chair, dans ses faits et gestes, dans ses paroles. Sans quoi d’ailleurs il n’y aurait pas de Nouveau Testament, d’Église, de Sacrements. Oui le Christ n’a appelé que des hommes à être Apôtre, que des hommes à «avoir part» avec lui: «si je ne te lave pas les pieds, dit-il à Pierre, tu n’auras pas part avec moi» (Jn 13,8). Cette «part» est précisément le sacerdoce, cette configuration à sa charge mais aussi à son être, elle est ce qui habilite les Apôtres, dans le mémorial de sa Passion, la messe, à dire, en lieu et place du Christ, «ceci est mon Corps, ceci est mon Sang». Alors quand Madame Soupa affirme plus loin, pour défendre qu’une charge épiscopale peut être assumée par un laïc, que «les Douze compagnons de Jésus n’étaient pas prêtres. Pierre était même marié», elle omet pour le moins ce changement radical qui est intervenu à un moment de leur histoire et qui seul les a habilités à enseigner au nom du Christ, à sanctifier les fidèles et à diriger les communautés. Avec le sacerdoce de la Nouvelle Alliance, celui que confère le Christ, il ne s’agit plus comme dans le sacerdoce lévitique - dont effectivement ni les Apôtres, ni le Christ n’ont hérité - d’exercer simplement une charge mais de participer à la personne du Christ, de participer à celui-là seul qui est Prêtre, le Christ Jésus. Quant à dire que Pierre était marié, ou avait été marié, c’est indéniable puisqu’il avait une belle-mère! Nous savons que le célibat sacerdotal est une grâce faite à l’Église latine, et que l’Église d’Orient admet des prêtres mariés. Mais jamais l’Orient n’a retenu cet argument pour un épiscopat marié, elle n’ordonne à l’épiscopat que des prêtres qui ont fait choix du célibat. Ne faisons pas fi de la Tradition.

Si «les femmes ne peuvent être prêtre» ce n’est pas une déconsidération de la femme, c’est peut-être même sa considération la plus haute, en ne voulant pas faire des femmes ce qu’elles ne sont pas, des hommes - contrairement à notre civilisation occidentale qui ne voit l’avènement de la femme que dans son égalité pour ne pas dire sa confusion avec l’homme. Jésus est libre, libre comme personne de nous ne le sera jamais, libre de manger avec les pécheurs et les publicains, libre de s’approcher des lépreux ou des samaritains, libre de dénoncer toute injustice, toute inégalité sociale... libre aussi d’appeler des femmes. S’il ne le fait pas c’est non seulement parce qu’il n’y a là aucune injustice à dénoncer, mais encore parce que la femme a sa vocation propre, sur laquelle nous reviendrons. Ceci dit il ne suffit pas d’être homme, vir, pour être ordonné, il faut encore être appelé par Dieu, «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis» (Jn 15,16), et il faut que cet appel entendu au plus intime de la prière soit confirmé par l’Église, il faut, comme on dit, avoir «les aptitudes requises», être «jugé digne». Dans le cas de l’épiscopat il faut avoir reçu du Pape un mandat apostolique. Telle est la logique de l’élection par laquelle Dieu choisit quelques-uns au profit de tous. Logique qui n’est pas d’exclusion mais d’inclusion. Dieu, en effet, en choisissant Israël n’a pas exclu les autres peuples, il est passé par le Peuple élu pour attirer à lui la multitude des nations. Dieu en choisissant quelques hommes (vir) pour soutenir son Église n’exclut pas le reste des fidèles, il se sert d’eux pour la sanctification de tous. Donc contrairement à ce que dit Madame Soupa cette logique divine d’élection «n’exclut» pas 50 % de la population, elle «exclut» 98 % de la population.

 

Qu’on nous permette d’en venir à des considérations plus ecclésiales. Madame Soupa souligne avec regrets que «seuls les prêtres, en devenant évêques, dirigent l’Église». Et son regret est d’autant plus grand que cette charge pourrait selon elle parfaitement incomber à un laïc puisque, étymologiquement, «l’évêque est un surveillant, un protecteur qui observe et veille sur la cohésion et la rectitude doctrinale, d’un ensemble de communautés.» Je n’ai pas grand-chose à dire sur la fonction, si du moins elle désigne la gouvernance, mais sur la manière de déconnecter les fonctions les unes des autres et plus encore la fonction de l’ordination. Rappelons d’abord que le sacrement de l’ordre présente trois degrés, le diaconat, le presbytérat (ou sacerdoce) et l’épiscopat. L’épiscopat est la plénitude du sacrement de l’ordre. C’est donc en effet à l’évêque que revient de droit de gouverner le peuple de Dieu qui lui est confié. Mais cette charge est liée, intrinsèquement, à l’ordination reçue. Elle n’est pas un à côté, elle n’est pas le choix d’une communauté de confier à un homme une responsabilité particulière, temporelle. Jésus dit à Pierre: «tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église» (Mt 16,18). Chaque évêque reçoit dans son ordination cette charge de gouvernance, et chaque prêtre reçoit, pour sa part, dans son ordination cette charge de gouvernance. D’ailleurs le prêtre est configuré au Christ Tête, au Christ qui est la Tête de l’Église qui est son Corps. Il en va de même pour les deux autres fonctions (munera). C’est en vertu de l’ordination reçue que l’évêque, ou le prêtre, peut sanctifier les fidèles, leur administrer les sacrements. Quelqu’un qui ne serait pas ordonné ne donnerait purement et simplement pas les sacrements, il ne donnerait purement et simplement pas le Corps du Christ, il ne donnerait purement et simplement pas l’absolution. Et c’est encore en vertu de l’ordination que l’évêque reçoit «le sûr charisme de la vérité» comme dit S. Irénée (AH, IV, 16,2) - ce qui n’enlève rien au travail des théologiens qui est une source d’enrichissement pour toute l’Église. C’est pourquoi c’est au Pasteur qu’il revient en premier lieu d’enseigner la communauté, d’annoncer l’Évangile. Déconnecter ces trois fonctions les unes des autres, et plus encore séparer la fonction de l’ordination, c’est perdre la nature de ces charismes. À l’évêque revient de plein droit de gouverner, enseigner et sanctifier le peuple de Dieu qui lui est confié, et cela lui revient en vertu de son ordination épiscopale. Celui qui n’est pas ordonné ne peut pas gouverner, celui qui n’enseigne pas la vérité ne peut gouverner, celui qui ne sanctifie pas ne peut gouverner.

Alors, là encore, si le droit canonique dit qu’il faut être prêtre pour gouverner un diocèse, ce n’est pas une déconsidération des fidèles laïcs, hommes ou femmes, c’est une affirmation essentielle au fonctionnement de l’Église - l’histoire porte malheureusement son lot de disfonctionnements. La charge n’est pas celle d’une institution humaine ou d’une multinationale, là tout le monde pourrait postuler, elle est celle d’un Corps vivant qui est l’Église, d’un Corps animé par l’Esprit Saint, traversé par l’Esprit Saint. Or l’Évêque en recevant la plénitude du sacrement de l’ordre reçoit aussi de transmettre l’Esprit Saint. Il reçoit celui qui en Personne dirige l’Eglise, l’impulse, la fait vivre. Si le prêtre est ordonné par imposition des mains de l’Évêque c’est bien pour que ce même Esprit l’habite, pour qu’il puisse à son tour sanctifier ses frères, les conduire vers les verts pâturages, leur donner une nourriture solide. Bien sûr cela ne garantit pas de ne pas faire d’erreur, ou de ne pas tomber, tout homme est faillible. Mais il y a dans le charisme ordonné (gratis data) l’aptitude à gouverner, comme l’aptitude à sanctifier, et à enseigner. Comme tout charisme il grandit en s’exerçant. Le jeune prêtre ne sera pas immédiatement (ni peut-être jamais) appelé à être curé, le curé à être évêque, l’évêque à être archevêque, l’archevêque à être Pape. Mais pour tous il est permis de dire que «Dieu donne ce qu’il demande», et précisément il le donne dans le sacrement conféré, le sacerdoce ou l’épiscopat.

Dire que seuls les prêtres, devenus évêques, peuvent diriger l’Église, ne veut pas dire que les femmes n’aient pas de place dans l’Église, qu’elles n’aient pas de rôle à jouer, loin de là! D’abord les évêques peuvent appeler, pour un temps, des laïcs, hommes ou femmes, à les aider dans la charge qui est la leur, ils peuvent nommer des «délégués épiscopaux» ou autres «responsables diocésains». Et la réalité de nos diocèses, et particulièrement celle du diocèse de Lyon, démontre que nombre de femmes sont appelées à ces responsabilités - je parle d’expérience. Ces postes demandent non seulement des compétences techniques (administratives, juridiques, pastorales ou théologiques) mais aussi une vie dans l’Esprit qui est loin d’en faire des collaborateurs de «seconde zone». Cette collaboration serait d’ailleurs impensable si les fidèles n’avaient eux-mêmes reçu, dans leur baptême, participation aux fonctions sacerdotale, prophétique et royale du Christ. Bien qu’une différence essentielle existe entre sacerdoce ministériel et sacerdoce commun il n’en demeure pas moins que, là encore, cette royauté coupée du baptême ou du caractère sacerdotal c’est-à-dire de l’offrande de soi qui se dit dans l’eucharistie ou du caractère prophétique d’annonce de la parole de Dieu n’aurait aucun sens. La royauté ne peut s’exercer que dans une vie profondément marquée par le Christ.

En femme ensuite, bien que ces lignes portent déjà l’empreinte de ma féminité. L’Église des Apôtres sans Marie, et toutes les saintes femmes qui les entouraient, ne serait pas l’Église! Non seulement parce que l’Église demande des fidèles mais encore parce qu’il y a dans l’Église quelque chose qui ne peut s’exprimer que dans un «ministère» féminin, que par la grâce féminine. Le dessein de Dieu n’est pas d’exclure les femmes, mais bien de leur donner leur place, leur part, peut-être même la «meilleure» comme disait Jésus à Marthe. En tout cas sans une Catherine de Sienne, une Thérèse d’Avila, une Mère Teresa, et toutes ces «réformatrices», l’Église ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Sans ce vis-à-vis féminin exhortant à la foi, au don de soi, à la sainteté, l’Eglise ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Et contrairement à Madame Soupa, qui pense que les femmes ne sont pas reconnues dans l’Église comme des «êtres humains à part entière» - pensée effrayante! -, moi je pense que sans l’Église je n’aurais jamais réussi à toucher du doigt la féminité que je porte et encore moins à la vivre!

Pour comprendre cela il faut consentir à une anthropologie, une vraie, sans caricature, ni mépris. Il faut se replonger dans l’Écriture, se laisser enseigner par elle. Le livre de la Genèse nous dit «Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.» (Gn 1,27). La ressemblance de Dieu est plurielle, elle est homme et femme. Elle est dans une complémentarité de l’homme et de la femme, cette complémentarité que l’on ne cherche que trop à détruire, comme pour gommer plus encore toute ressemblance d’avec Dieu. Cela veut dire que l’homme ne peut se dire que dans ce vis-à-vis qui est la femme, et la femme que dans ce vis-à-vis qui est l’homme. Il y a une plénitude humaine, comme une plénitude ecclésiale, qui n’est donnée que dans la relation de l’homme et de la femme, de l’Église institution et de l’Église fidèle. Si nous n’entendons pas cette complémentarité de l’homme et de la femme, nous ne pouvons entendre non plus la complémentarité des époux, ni la complémentarité de l’Époux et de l’Épouse, du Christ et de l’Église. Le prêtre est ordonné au salut d’autrui, il est ordonné à quelque chose d’autre que lui-même. De là découle la grâce féminine, celle d’être fondamentalement le réceptacle de la grâce divine, celle aussi de rappeler aux hommes ce pour quoi ils sont faits, celles de rappeler aux prêtres leur vocation à sanctifier les âmes, d’exiger des Évêques qu’ils donnent leur vie pour l’Église, comme le Christ a donné sa vie pour l’Église, cette Église qu’il voulait «sainte et immaculée dans l’amour» (Ep 5,27).

C’est parce que j’ai en face de moi des prêtres qui donnent tout ce qu’ils ont reçu, et même plus, tout ce qu’ils sont, que je peux vivre ma vocation de femme, de consacrée, de façon belle, épanouie, et réciproquement c’est parce que j’attends de ces prêtres qu’ils me donnent le Christ, sa vie surabondante, qu’ils peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes. Si la figure d’une sainte Catherine de Sienne est si frappante c’est bien précisément parce qu’elle va rappeler au Pape ce pour quoi il est fait. Elle ne va pas s’installer sur un siège «vacant», elle va chercher celui qui doit assumer sa charge de Pontife suprême. Non, je n’attends pas qu’une femme monte sur le siège de Lyon, mais heureusement cela n’arrivera pas, j’attends un évêque qui soit un successeur des Apôtres, là sur le siège de Pothin, d’Irénée, ... Philippe. Un évêque qui soit un Père pour ses prêtres, un Pasteur pour ses fidèles, un homme rempli d’Esprit Saint et de foi.

https://www.lefigaro.fr/vox/religion/non-madame-soupa-les-femmes-ne-sont-pas-exclues-de-l-eglise-20200624

 

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Quand comprendrez-vous que vous avez affaire au pire dictateur que le monde moderne ait connu ?

25 Juin 2020, 04:34am

Publié par Grégoire.

Quand comprendrez-vous que vous avez affaire au pire dictateur que le monde moderne ait connu ?

Ce monde est un monde sans foi.

Sa seule morale, c’est le commerce et l’économie.

 

 

A Berlin, le 30 mai. Dans le jardin collectif de son petit immeuble.

A Berlin, le 30 mai. Dans le jardin collectif de son petit immeuble.

Kasia Wandycz/Paris Match

C’est un dissident de la première heure. Il a vécu dans sa chair et dans son âme la dictature chinoise. Arrestations, harcèlement, quatre ans de prison avec tortures. A 62 ans, cet écrivain et poète exilé à Berlin, souvent comparé à Soljenitsyne, dresse un constat accablant du régime et de sa gestion de la crise sanitaire.

Il nous a donné rendez-vous en début d’après-midi, parce qu’il se lève tard. A 62 ans, Liao Yiwu, le plus célèbre dissident chinois, écrit la nuit, de 1 heure à 6 heures du matin. Et marche trois heures par jour dans les vastes parcs de Berlin. Son amie la sinologue Marie Holzman assure la traduction, car l’écrivain, fils d’un professeur de littérature persécuté pendant la Révolution culturelle, ne parle que chinois. Il est pourtant en exil à Berlin depuis neuf ans. Il y a rencontré Yang Lu, une jeune compatriote, artiste peintre. Ensemble, ils ont eu une fille, prénommée Shuyi, littéralement « la fourmi des livres ». Tout un symbole pour un homme qui a passé quatre ans en prison pour avoir écrit un poème dans lequel il racontait le massacre de la place Tiananmen. A sa sortie, en 1994, ses manuscrits lui sont confisqués, et pendant des années il enchaîne arrestations, interrogatoires, enfermements, avant de fuir son pays natal.

Les dictatures passent et les œuvres littéraires témoignent de ce qui est arrivé

Pendant la crise sanitaire du Covid-19, confiné dans son appartement en rez-de-chaussée dans l’Ouest berlinois, il a beaucoup cuisiné. Et, surtout, il a suivi l’évolution de la situation dans l’empire du Milieu, connecté à ses amis et à ses contacts sur place. Son rôle ? « Consigner ce qui se passe. Une fois que les dictatures disparaissent, les œuvres littéraires restent et témoignent de ce qui est arrivé », dit-il. Via Skype, pendant presque deux heures, il nous répond avec patience, le visage imperturbable, la voix posée. Il est précis, percutant et ne mâche pas ses mots. Sauf lorsqu’il s’agit d’évoquer sa fille aînée, Miao Miao, née quand il était en prison et qu’il n’a jamais connue. Alors seulement, Liao Yiwu se tait et baisse les yeux.

 

Paris Match. Les autorités chinoises viennent d’imposer à Hongkong une nouvelle loi sur la sécurité, jugée liberticide par les militants pro-démocratie. Quel est l’objectif du gouvernement ?


Liao Yiwu. Pour la Chine, récupérer Hongkong est depuis toujours une évidence. Sinon officiellement, du moins dans les faits. Mais son intention était d’abord de signer l’accord commercial avec les Etats-Unis. Cela a été fait le 15 janvier. Puis le virus a tout figé pendant six mois. Maintenant, les Chinois veulent reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Ils veulent transformer Hongkong à leur image. Les Etats-Unis, eux, multiplient les gestes de défiance. Entre les deux pays, c’est une nouvelle guerre froide. Malgré tout, Hongkong reste le grand sacrifié. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue que l’avenir du monde est aussi lié à son destin.

Ce virus de Wuhan, c’est notre Tchernobyl

En cherchant à passer en force, la Chine ne risque-t-elle pas de s’attirer les foudres de tous les pays ?
Le schéma est répétitif. Regardez au moment de Tiananmen : le gouvernement chinois n’a reculé devant rien pour massacrer les étudiants. Et ensuite, qu’a-t-il fait ? Il a prononcé des mensonges, formulé de la propagande, trompé ses interlocuteurs. Croyez-vous que cela va vraiment changer ? Le virus de Wuhan a fait des centaines de milliers de morts au sein des démocraties. Cependant, pensez-vous que tous ces pays ne sont pas désireux de nouer des liens commerciaux avec la Chine, de se remettre à lui vendre de la haute technologie ? Je ne suis pas croyant, mais j’ai l’impression que tous ces morts dans les pays libres sont une punition du ciel. Ce monde est un monde sans foi. Sa seule morale, c’est le commerce et l’économie. C’est pour cela que nous avons été punis. Ce virus de Wuhan, c’est notre Tchernobyl. Mais alors que ce drame a été relativement circonscrit, le Covid-19, lui, s’est répandu sur toute la planète.

D’après une étude de l’université de Southampton, publiée en mars 2020, si la Chine avait communiqué sur la maladie trois semaines plus tôt, le nombre de cas aurait pu être réduit de 95 %…


Le confinement de Wuhan a commencé le 23 janvier. Quelques jours après, plusieurs dizaines de villes chinoises, Pékin, Shanghai, etc. étaient confinées, les voyages intérieurs arrêtés… Mais pas les vols extérieurs. Des dizaines de milliers de Chinois et d’étrangers ont alors quitté le pays pour se rendre en Italie, en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, dans une absence générale de prise de conscience. Le monde avait confiance en l’OMS qui répétait qu’il n’y avait pas de transmission du virus de l’homme à l’homme. Je pense que le gouvernement chinois avait une arrière-pensée. Permettre à tant de voyageurs de se rendre en Occident n’était pas un hasard…

Y a-t-il eu 400 000 morts, 4 millions de morts ? On ne le saura jamais.

 

Selon un site chinois, début avril, le nombre réel de victimes s’élèverait à 59 000 morts pour Wuhan et à 97 000 pour toute la Chine. Qui peut croire au bilan officiel de 4 600 morts ?


Il y a plusieurs éléments de réponse. D’abord, au début de l’épidémie, les décès n’ont pas été recensés à l’intérieur des hôpitaux, parce qu’il n’y avait pas de tests. Peut-être que les 4 600 morts annoncés sont les seuls morts qui ont été testés… Mais il y a eu aussi de très nombreux morts à la maison. Et dans ces cas-là, surtout dans les moments de crise, on emporte les cadavres, on les brûle et plus personne n’en parle. Nous, les Chinois, ce genre de phénomène ne nous surprend pas outre mesure : pendant la grande famine, de 1958 à 1961, nous savons maintenant qu’il y aurait eu entre 30 et 40 millions de personnes décédées, alors que les documents officiels évoquent seulement plusieurs centaines de milliers de morts. Alors, quand la Chine dit 4 000, il faut peut-être multiplier par 100, voire par 1 000. Y a-t-il eu 400 000 morts, 4 millions de morts ? On ne le saura jamais. Vous, les Occidentaux, vous tombez des nues à chaque fois. Ça m’énerve un peu. Quand comprendrez-vous à qui vous avez affaire ? Cette fois, des Américains, des Italiens, des Français sont morts aussi, alors ça va peut-être vous amener à réfléchir autrement…

Lire aussi :Liao Yiwu : "La plus jeune victime du massacre de Tian’anmen n’avait que neuf ans"

Des dizaines de militants des droits humains, journalistes et avocats, ont été harcelés et arrêtés depuis le début de la crise. Le pouvoir a-t-il profité de l’épidémie pour étouffer les oppositions ?


Je voudrais évoquer le grand tremblement de terre du Sichuan, en 2008. A cette époque, j’étais encore en Chine. Le blogueur Tan Zuoren avait été arrêté et condamné à cinq ans de prison pour avoir osé contredire la version officielle. Mais de nombreux observateurs chinois et occidentaux avaient pu se rendre sur place. Pas cette fois. Et les rares journalistes citoyens, qui ont tenté de rapporter ce qu’ils avaient vu, ont été arrêtés. La répression a augmenté de façon spectaculaire. Le gouvernement chinois a maintenant la certitude qu’il peut tout faire. Et que ces associations qui défendent les droits de l’homme ne sont que des tigres sans dents. Elles peuvent crier, ça ne mène à rien.

A tout moment quelqu’un peut disparaître, sans que l’on puisse faire quoi que ce soit

Avez-vous des nouvelles des lanceurs d’alerte Chen Qiushi et Fang Bin, tous deux disparus ?


Il y a toutes sortes de façons de garder les gens “cachés”. Le système “ruanjin”, l’assignation à résidence, ou “shuanggui”, l’assignation en un lieu déterminé pour un temps déterminé… Ce qui est arrivé, en 2008, à Liu Xiaobo [intellectuel, dissident et Prix Nobel de la paix 2010]. Personne ne savait où il se trouvait. On a appris ensuite qu’il avait été trimballé d’une prison secrète à une autre – cela peut être un ancien hôtel ou un établissement toujours en activité, mais dans lequel un étage est réservé. Les familles restent dans l’incertitude pendant des semaines, des mois, voire des années. En Occident, on a du mal à imaginer le degré de terreur dans lequel bon nombre de Chinois sont plongés. A tout moment quelqu’un peut disparaître, sans que l’on puisse faire quoi que ce soit.

La récente condamnation de Chen Jieren, ancien salarié du “Quotidien du peuple” devenu blogueur, à quinze ans de prison pour “crime de provocation aux troubles” et pour avoir “attaqué et dénigré le parti et le gouvernement” est-elle un avertissement ?
Vous parlez d’une condamnation à quinze ans de prison… Il y a quelques années, quand on entendait que quelqu’un avait été condamné à cinq ans, on s’écriait : “Mais comment ? C’est incroyable !” Et juste après 1989, lorsque des gens prenaient deux ans, on s’exclamait aussi. Maintenant, vous me dites quinze ans comme vous me diriez trente ans, et plus personne ne réagit… Nous sommes tous complètement anesthésiés.

Que ce soit Macron, Merkel ou Trump, chacun se bat pour son petit intérêt. L’Histoire se souviendra de cette période de déclin

Que peuvent faire les Chinois ?
Le peuple chinois a déjà beaucoup fait. Il est descendu place Tiananmen en 1989 et s’est fait massacrer. Des avocats, des défenseurs des droits civiques ont été arrêtés par vagues entières. Des journalistes citoyens ont tenté de faire connaître la vérité. Et tous ces habitants enfermés à Wuhan ont eu le courage, au moment de la visite du vice-ministre de la Santé dans les rues de la ville, de crier à leurs fenêtres : “Tout ce qu’on vous dit est faux !” Lorsque Li Wenliang, ophtalmologiste à Wuhan, est décédé, les organes du parti, qui l’avaient d’abord accusé de “transmettre des rumeurs”, ont essayé de masquer ce drame. Mais plus de 100 millions de personnes ont posté des Tweet et pleuré la mort de ce pauvre médecin de 33 ans. Que voulez-vous de plus ? Il faut des messages clairs de l’Occident qui montrent que la démocratie continue à avoir un sens. En Grande-Bretagne, en France, en Amérique, il n’y a plus de Churchill, de de Gaulle ni de Roosevelt. Vous n’avez plus que des hommes d’affaires qui sont des courtisans. Que ce soit Macron, Merkel ou Trump, chacun se bat pour son petit intérêt. L’Histoire se souviendra de cette période de déclin.

 

Le 4 juin, les habitants de Pékin célébraient l'anniversaire de la répression de Tiananmen, malgré l'interdiction.© Reuters
Le 4 juin, les habitants de Pékin célébraient l'anniversaire de la répression de Tiananmen, malgré l'interdiction.

Depuis vos années de prison, rien n’aurait changé…
C’est vrai sur le plan des droits de l’homme, mais, en trente ans, il y a eu d’énormes progrès dans les domaines scientifique et numérique. Grâce à Internet, on peut laver les cerveaux de tous les Ouïgours. Aujourd’hui, le niveau scientifique des Chinois est pratiquement équivalent à celui des Américains. Pour en arriver là, ils ont employé tous les moyens possibles. Ils ont fait de l’espionnage économique, industriel, scientifique, menant ce qu’ils appellent “une guerre tous azimuts”. La situation est beaucoup plus grave que ne l’annonçait Orwell dans “1984”. D’une certaine façon, je suis en train de réécrire ce que lui ou Soljenitsyne ont déjà écrit.

Le président Donald Trump affirme détenir des preuves d’une fuite du virus depuis le laboratoire P4 de Wuhan, contredisant ainsi les conclusions du renseignement américain…
Beaucoup de spécialistes ont dit que ce virus était apparu naturellement. Ils peuvent se tromper… Personnellement, je rassemble toutes les informations qui sortent sur ce laboratoire P4, parce que je veux m’en servir pour mon prochain livre. Le problème, c’est le patient numéro 1. On est encore en train d’essayer de comprendre comment il a été contaminé. Tant qu’il n’y aura pas une équipe internationale et indépendante de chercheurs pour se rendre à Wuhan, on ne le saura pas. C’est un secret qui ressemble à celui de la Cité interdite. Tant qu’on ne peut pas y entrer, on ne sait pas.

Xi Jinping est le pire dictateur que le monde moderne ait connu

Quel regard portez-vous sur le président Xi Jinping ?
Il a organisé la domination de son pays comme un gardien organise sa prison. Nous n’avons pas eu un tel dirigeant depuis Mao. N’importe quel homme ordinaire, qui observerait son comportement, ne trouverait qu’un seul qualificatif : il est fou. Il considère tous les citoyens chinois comme des suspects potentiels. Tout le monde doit lui obéir. Il est le pire dictateur que le monde moderne ait jamais connu.

Quels sont vos projets ?
J’en ai plusieurs. En France va sortir “La Chine d’en bas”, portraits de marginaux, mendiants et prostituées qui permettent de voir d’où vient la Chine d’aujourd’hui. Mon éditeur allemand, lui, vient d’acheter un nouveau livre qui est aussi à l’étude pour une version en anglais. Intitulé “Dix-huit prisonniers et deux fuyards”, il retrace le parcours des deux seuls survivants d’un groupe qui a fui la Chine pour se réfugier à Hongkong. Celui que j’ai rencontré aux Etats-Unis avait dû nager 40 kilomètres pour rejoindre les rives de l’ex-colonie britannique. Il avait écrit, avec d’autres, un guide de la fuite vers Hongkong. J’ai repris leurs conseils dans mon récit : la façon dont il faut s’entraîner physiquement, les cartes géographiques à posséder pour connaître les côtes, l’attitude à adopter vis-à-vis des chiens policiers. La technique consiste à jeter votre visage contre le sol, à le protéger avec les mains et à mettre vos fesses en l’air. Si vous vous faites mordre le derrière, ce n’est pas grave. Alors que si c’est la gorge, vous mourez. Devant les flics, c’est le contraire. Il faut rester debout et ne surtout pas courir. Lorsque l’un d’eux vous dit “ne bougez plus”, si vous bougez, il peut vous tuer. Ce livre est le dernier d’une trilogie sur les prisons chinoises qui comprend ma propre histoire, “Dans l’empire des ténèbres”, et un recueil de témoignages des “émeutiers” du 4 juin 1989, “Des balles et de l’opium”.

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Après une fuite rocambolesque, en 2011, vous vivez en exil à Berlin. Avez-vous encore le mal du pays ?
Evidemment que le Sichuan me manque. La bonne cuisine, l’alcool, les amis… Mais je ne suis pas totalement défaitiste. Si puissant soit-il, un totalitarisme finit toujours par s’effondrer. Et à ce moment-là, bien sûr, je retournerai chez moi.

« La Chine d’en bas », de Liao Yiwu, éd. Globe.

Traduction du chinois : Marie Holzman

https://www.parismatch.com/Actu/International/Liao-Yiwu-Vous-Occidentaux-quand-comprendrez-vous-a-qui-vous-avez-affaire-1690788

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Du vide sidéral de notre monde où l’on peut tout dire, mais où « cela ne sert à rien ».

23 Juin 2020, 10:01am

Publié par Grégoire.

Du vide sidéral de notre monde où l’on peut tout dire, mais où « cela ne sert à rien ».

Lorsqu’à 59 ans, après quatre années de proscription, Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne est invité à prononcer un discours à l’université de Harvard en 1978, les auditeurs s’attendent à une critique en règle de la société soviétique, de la part d’un célèbre dissident. Contre toute attente, l’écrivain met l’Occident face à ses propres contradictions et prononce un véritable réquisitoire contre le monde moderne. Venu d’un monde où il est interdit de parler, il arrive dans un monde où l’on peut tout dire, et où « cela ne sert à rien ».

Le déclin du courage, aux éditions Belles Lettres.

Sous une pluie battante, l’écrivain dénonce dans sa langue natale les faiblesses de l’Occident, l’amollissement du caractère, le déclin de la volonté et du courage. L’idéologie du « bonheur » et du « bien-être » ont mis à la disposition du plus grand nombre un « confort dont nos pères et nos grands-pères n’avaient aucune idée ». Cette mortelle course aux biens matériels a suscité un épanouissement physique inégalé, une liberté de jouissance presque illimitée, un bond de l’Esprit à la Matière, foulant aux pieds notre nature spirituelle.

Un non-modèle

En critiquant le système occidental, Soljenitsyne ne vise aucunement à mettre en avant le système socialiste, ce léviathan totalitaire dont la finalité est « l’anéantissement de l’essence spirituelle de l’homme ». Non, le système libéral, comme le système socialiste, est un non-modèle.

La prosternation devant l’homme et devant ses besoins matériels est le symptôme d’un épuisement spirituel, de la chute morale de l’Occident. De plus, un système dont l’unique tâche est l’acquisition du bonheur terrestre, sans aucune référence supérieure, est particulièrement fragile : « Aucun armement, si grand soit-il, ne viendra en aide à l’Occident tant que celui-ci n’aura pas surmonté sa perte de volonté. Lorsqu’on est affaibli spirituellement, cet armement devient lui-même un fardeau pour le capitulard. Pour se défendre, il faut être prêt à mourir, et cela n’existe qu’en petite quantité au sein d’une société élevée dans le culte du bien-être terrestre ».

L’existence de l’homme occidental plonge l’écrivain russe dans un profond chagrin. La perte du sacré, l’écœurante pression de la publicité et le déferlement de la pornographie ont favorisé l’émergence d’une masse d’individus faibles et bancals. Le vernis moral de la civilisation occidentale disparaît après quelques heures de privation d’électricité : « voici que soudain jaillissent des foules de citoyens américains, pillant et violant. Telle est la minceur de la pellicule ! Telles sont la fragilité de votre structure sociale et son absence de santé interne ».

La liberté de faire quoi ?

Alexandre Soljenitsyne (1918-2008).

La liberté dénudée a finalement dégénéré en licence. Le système libéral se révèle incapable de défendre les citoyens contre les « abîmes de la déchéance humaine », comme « ces films pleins de pornographie, de crimes ou de satanisme » dont est abreuvée la jeunesse d’Occident, exerçant une violence morale malfaisante. La vie conçue selon le mode libéral se révèle par conséquent « incapable de se défendre elle-même contre le mal, et se laisse ronger peu à peu ».

La presse dépasse désormais en puissance les pouvoirs régaliens de l’État. La capacité de suggestion des médias en font la force la plus importante des États occidentaux. Et pourtant, la presse tend à une certaine uniformité.  Ses sympathies sont systématiquement dirigées du même côté, ses jugements « maintenus dans certaines limites acceptées par tous ». Enfin, malgré sa capacité à contrefaire l’opinion, voire à la pervertir par des informations contradictoires, elle dispose d’une prodigieuse irresponsabilité morale : « En vertu de quoi a-t-elle été élue ? À qui rend-elle compte de son activité ? »

Contre le flot pléthorique d’informations abrutissantes, Soljenitsyne revendique « le droit de ne pas savoir », le droit de ne pas encombrer son âme créée par Dieu avec « des ragots, des bavardages et des futilités ». Cette exigence rappelle celle d’un autre penseur radical, Julius Evola, qui reprochait à la culture libérale moderne d’adresser tous les messages possibles à tous les individus, bien qu’ils soient incapables de les analyser et de les critiquer. « Jamais il n’y a eu, autant qu’aujourd’hui, d’individus amorphes, ouverts à toutes les suggestions et à toutes les intoxications idéologiques, au point qu’ils deviennent les succubes, sans s’en douter le moins du monde, des courants psychiques et des manifestations engendrées par l’ambiance intellectuelle, politique et sociale dans laquelle nous vivons. » (Les hommes au milieu des ruines)

La racine du mal

Selon Soljenitsyne, la racine du mal est la conception du monde née de la Renaissance. Il est proche en cela du penseur traditionaliste René Guénon. Pour ce dernier, la Renaissance et la Réforme consomment la rupture définitive avec l’esprit traditionnel, l’une dans le domaine des sciences et des arts, l’autre dans le domaine de la religion. De la même manière, Soljenitsyne attribue l’origine du mal à l’humanisme, à l’anthropocentrisme né de la Renaissance et importé en Russie depuis Pierre le Grand. Le matérialisme sans bornes, les libertés prises par rapport à la religion, l’humanisme areligieux des Lumières, formeront le lit du socialisme, confirmant l’intuition de Karl Marx : « Le communisme est un humanisme naturalisé ».

Soljenitsyne poursuivra en 1979 sa dénonciation de l’Occident moderne, en la personne de l’homme libéral. À ses yeux, le libéral est un destructeur des traditions nationales. Il est ce « tiède » dont parle l’Apocalypse et que vomit Soljenitsyne. Paradoxalement, le vrai coupable selon lui de la révolution d’octobre 1917 est justement la révolution de février 1917, « révolution libérale » dont l’issue ne pouvait être que l’anarchie. À la Russie moderne, influencée par les Occidentaux, introduits comme le cheval de Troie par les libéraux, l’écrivain oppose la Russie pré-pétrine, une Russie « slavophile », celle des chevaliers et des moujiks.

La force d’un prophète

Dénoncé par les uns comme un « fanatique », ou un « mystique orthodoxe », encensé par les autres comme un nouvel Isaïe, Soljenitsyne exprime dans son discours de Harvard un solennel et sévère avertissement au monde occidental, qui suscitera de nombreuses polémiques. En 1979, l’éditorialiste du New Yorker fera un rapprochement judicieux entre Soljenitsyne et l’ayatollah Khomeiny, et soulignera leur refus commun de l’Occident athée.

Avec la force d’un prophète, l’écrivain russe dénonce la « catastrophe de la conscience humaine antireligieuse ». Dans son discours de 1978, il rappelle la primauté de la vie intérieure, le bien le plus précieux de l’homme : « Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette Terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés. ». Blaise Pascal ne s’exprimait pas autrement : « Entre nous et le ciel, l’enfer ou le néant, il n’y a que la vie, qui est la chose du monde la plus fragile. »

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

20 Juin 2020, 23:23pm

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

C’est là où la marque de la grâce en nous, de l’esprit de Jésus qui nous a marqué, s'il n’est pas vécu dans une radicale pauvreté en esprit, devient terrible. Elle devient cette prétendue maitrise du monde par l’explication rationnelle des choses en se prétendant détenteur du pourquoi ! C’est, pour l’homme, la tentative désespérée de préserver son droit d’ainesse et l’absolutisation crétine de son fonctionnement masculin. C’est pour cela que les hommes face à Jésus, soit ne l’aiment pas, soit en ont la trouille et paniquent. Le pourquoi des choses donnés dans l’abaissement (le lavement des pieds) le service de l’esclave (il se donne comme pain) et l’auto-identification à la misère des autres (la Croix) n’est pas du tout l’image virile, héroïque et chevaleresque que l’homme se fait de lui-même et de la vérité qu’il rêverait de vivre.

Les femmes à l‘inverse, n’ont pas besoin de l’explication du pourquoi si la présence de Dieu leur est donnée intimement et éclaire tout cela. Par contre elles veulent savoir le comment. 

Autant un homme met son grain de sel dans le pourquoi, autant une femme met, assez souvent son grain de sel dans le comment ! Parce qu’elle pense, trop souvent, être l’incarnation du juste comment des choses… C’est souvent un peu ça dans les familles : « va demander à papa pourquoi... le comment c’est moi qui gère ! »

Jésus ne vient pas dire le comment, puisqu’il est le comment. Et dans ce comment, il n’y a pas d’explication, ni de bonnes manières de faire. Juste quelqu’un à suivre, et à aimer. Et il n’y a même pas de bonne manière de l’aimer. Il y a juste à s’occuper de lui et plus de la manière dont on l’aime. Parce qu’il est dans sa personne Le chemin. Il est la manière d’avancer et ce vers quoi je vais. Puisqu’il est La vie. La vie tout court.

Quand Marthe et Marie vienne de perdre leur frère, c’est le comment qui les intrigue : « comment se fait-il que tu n’étais pas là ? Quelle est la cohérence de ta manière de faire ? Au regard de la grandeur de ce que tu dis, tu fais l’inverse. Je sais que mon frère ressuscitera, mais dans le comment je n’aimerai pas qu’on attende trop ! » Et la réponse de Jésus à Marthe est simple : « Je suis la résurrection ! » Autrement dit : « tu veux que ton frère soit vivant ? Mais la vie elle est devant toi ! La solution à ta souffrance, elle est là, c’est moi ! Je suis La solution, mais pas l’explication » 

Jésus se fait le chemin, la porte, donc le moyen. Comment cet homme qui est Dieu peut se proposer comme un chemin et comme un moyen ? C’est en tant que livré pour nous, en tant que crucifié, c’est à dire épousant notre condition humaine jusqu’au bout qu’il vient nous donner de vivre du Père et faire de nous des sources divines.

Et c’est là qu’est le conflit pour nous : que le chemin, le moyen, la porte, le comment, la lumière… soit le crucifié. C’est tout ce que nous ne désirons jamais avoir à rencontrer. Parce que ce qui pour nous est le chemin, et plus spécialement pour la femme, c’est l’amour, la tendresse, la pérennité de ceux qu’elle aime, leur réussite, leur luminosité, leur beauté, leur santé.

Il y a dans Jésus détruit, en état d’altération, tout ce qu’une femme veut chérir dans ceux qu’elle aime. Jésus a été en plus méthodiquement détruit par les hommes. On voit bien cela chez Marie Madeleine au matin de Pâques, cette oscillation entre le désespoir, la colère et l’amour. Elle n’a pas accepté qu’il se laisse massacrer comme ça. Elle n’a pas accepté que s’expose sous ses yeux la destruction de son bien-aimé. Et on voit là, l’immensité du cœur féminin qui est de consentir à se soumettre au crucifié. De devoir se plier à ça ! De ne rien pouvoir changer. En plus elle n’a pas accès à Jésus : il est cloué ! Elle ne peut donc rien faire ! Elle est obligée de se soumettre, de consentir au chemin qu’il est.

Les hommes eux sont effondrés, désarmés. Ils ne sont pas en conflits. Ils ont déserté. Là où il y a trop de souffrance, un homme n’a plus les moyens de la révolte.

Et là, ce dont il s’agit, c’est de se soumettre à la fragilité de Dieu qui s’est fait homme, jusque dans l’extrême anéantissement du crucifié.

à suivre ...

Grégoire +

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Le doux appel de l'amour

19 Juin 2020, 12:04pm

Publié par Grégoire.

Le doux appel de l'amour

Je trouve bon et juste de t' avoir écrit cette lettre ma chère Helga. Bien que tu sois morte et ne puisses la lire, ça m'aura comme réconforté de griffonner ces lignes.

Hier j'ai pris ma canne et suis allé me promener, sur mes vieilles jambes foutues. Je me suis couché dans l'herbe entre les Mamelons d'Helga, comme je l'ai fait si souvent. Au sud, de gros nuages se déplaçaient vivement et de la lumière filtrait entre les cumulus. C'est alors qu'un merveilleux rayon de soleil a transpercé les nuages pour se planter sur moi et aux alentours, pour ne pas dire sur nous, puisque j'étais couché là, contre ta poitrine.

C'est à ce moment qu'elle est arrivée, la petite bergeronnette ; elle s'est posée tout près, sur une motte herbue. Je lui ai demandé, comme grand-mère Kristin me l'avait appris, où je passerais l'année prochaine. La bergeronnette a hoché la queue mais ne s'est pas envolée et j'ai compris que le poseur de question n' en avait plus pour longtemps. Le rayon de soleil inondait la colline d'un tel flot de lumière que j'y ai vu le signe qu'un grand esprit me faisait, de l'autre côté de la vie. Alors je me suis mis à pleurer, vieillard sénile que je suis, échoué entre deux protubérances en terre d'Islande, les Mamelons d'Helga, et je compris que le mal, dans cette vie, ce n'étaient pas les échardes acérées qui vous piquent et vous blessent, mais le doux appel de l'amour auquel on a fait la sourde oreille — la lettre sacrée à laquelle on répond trop tard, car je le vois bien à présent, dans la clarté du dénouement, que je t'aime moi aussi.

Bergsvein Birgisson, Lettre à Helga

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