Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'Esprit consolateur

7 Juin 2019, 01:27am

Publié par Grégoire.

L'Esprit consolateur

Ô Esprit-Saint, Paraclet, Père des pauvres, Consolateur des affligés, Sanctificateur des âmes,  J'espère en votre bonté. Je vous aime, ô Dieu d'amour ! Je vous aime plus que toutes les choses de ce monde ; je vous aime de toutes mes affections, parce que vous êtes une bonté infinie qui mérite seule tous les amours. Je vous offre mon cœur, tout froid qu'il est, et je vous supplie d'y faire entrer un rayon de votre lumière et une étincelle de votre feu, pour y fondre la glace si dure. Vous êtes un feu, allumez en moi le feu de votre amour ; Vous êtes une lumière, éclairez-moi en me faisant connaître les choses éternelles ; Vous êtes une colombe, donnez-moi des mœurs pures ; Vous êtes un souffle plein de douceur, dissipez les orages que soulèvent en moi les passions ; Vous êtes une langue, enseignez-moi la manière de Vous louer sans cesse ; Vous êtes une nuée, couvrez-moi de l'ombre de votre protection...

L'Esprit dit "saint", Celui que nous envoie le Père et Jésus, est LE consolateur, le père des pauvres, l'amour pur, l'amour don, l'amour consolation... 

le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu qui vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie ‘par nous-mêmes’ ! Plus rien alors ne nous est plus connaturel !

L’Esprit Saint c’est comme un feu qui transforme tout en feu, c’est comme un tremblement de terre qui fait que tout est apparemment détruit, c’est cette morsure intérieure qui nous fait de nous ces enfants qui, dans le désert, crient leur Père !

L’Esprit Saint c’est, en Dieu, le don le plus secret, ‘l’amour de l’amour’, ce qui ne se partage pas. Et c’est celui-là qui nous est donné. Il est Celui qui nous fait aimer, pâtir, être relatifs volontairement, qui nous fait nous quitter pour nous faire pure réceptivité, des agneaux, des victimes offertes, des cris de soifs, témoins de Jésus à la Croix qui ne vit plus que de la bonté du Père qui l’attire, et qui pour cela offre ceux qui lui sont le plus cher !

Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ! En cela il est le Père des pauvres : en nous attirant, Il est source en nous de ces états de totale gratuité et pauvreté ! L’amour fait que l’on est dépossédé de nous-mêmes, de nos attributs, de nos qualités, de nos biens humains, de nos amitiés, de nos statuts, de nos rôles aussi spirituels soient-ils... et qui nous fait être possédés par Celui qui nous aime, mais sans rien en posséder…

fr Grégoire.

Voir les commentaires

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne

4 Juin 2019, 08:45am

Publié par Grégoire.

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne

Il faut parfois toute une vie pour apprendre à marcher.

Nous avons tous peur, hommes, femmes, jeunes, vieux, quelles que soient notre culture, nos croyances. Nous refusons de l'admettre, parce que nous en avons honte. Mais si on "ne fait pas la peau" à la peur, c'est elle qui nous tuera, à petit feu. C'est elle qui nous pousse à faire des choses épouvantables, ou simplement stupides, qui nous font encore plus honte. C'est elle qui est le plus souvent à l'origine du ratage de nos vies et du fait que nous pouvons aussi détruire celle des autres.

Les signes les plus puissants, les plus "modificateurs" de nos existences sont le plus souvent portés par des êtres qui nous ont devancés à pas de géant et qui nous tendent la main pour nous aider à les rejoindre, qui sèment des graviers pour nous rendre le chemin plus facile. C'est l'adulte qui retient par l'épaule un enfant trébuchant, qui lui enseigne que, pour marcher, on ne peut avancer qu'un pied à la fois.

Faire attention, évaluer une situation, un risque, est une démarche saine et logique qui n'a rien à voir avec la peur irrationnelle. La peur est une réponse émotionnelle, en générale mauvaise, disproportionnée et sans fondement. La peur finit pas nous pousser dans l’auto-détestation puis dans l'autodestruction. Or comment peut-on vraiment aimer si on ne s'aime pas ? Comment espérer être aimé si on ne s'aime pas. "

Certaines rencontres peuvent-elles changer le cours d’une existence ? Assurément. Une extraordinaire leçon de vie attend Paul Lamarche, Paul qui pense que réussir sa vie, se résume à… réussir.
Un Noir américain à la carrure d’athlète rencontré en prison et un puissant homme d’affaires japonais qui parle de cerisiers et de poussières, d’autres encore, lui permettront enfin de comprendre que l’on ne réussit que lorsque l’on se met debout. Paul admettra enfin que les peurs ont mené sa vie jusque-là. On ne peut marcher que lorsqu’on dépasse les craintes qui nous entravent tous et nous empoisonnent. La vie est au bout du chemin.


Un roman tour à tour parabole moderne de la découverte de soi, récit d’une amitié profonde et histoire d’amour incandescente.

 

"Il y a bien plus de choses qui nous font peur, Lucilius, que de choses qui nous font mal." Sénèque - Lettres à Lucilius

"Accomplis chaque jour une chose qui te fais peur." Eleanor Roosevelt 

Voir les commentaires

Père, elle est venue l’heure..

2 Juin 2019, 09:36am

Publié par Grégoire.

Père, elle est venue l’heure..

« Père, elle est venue l’heure. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur toute chair, il donne l'éternelle vie à tous ceux que tu lui as donnés. Or, tel est l'éternelle vie, te connaitre, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus. Moi, je te glorifie sur terre en accomplissant l’œuvre que tu me donne de faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’ai auprès de toi avant que le monde fût. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. »

La prière au chapitre 17 de Jean donne le regard actuel de Jésus sur chacun : c'est maintenant l'heure, c'est, à chaque instant, ce que Jésus fait pour chacun, nous donner l'éternelle vie, qui est de connaitre le Père, en nous faisant Fils bien-aimé. C'est son oeuvre. Ce qu'il fait pour nous, en chacun. Qui nous fait dire : que notre vie n'est pas ce que nous en faisons, mais ce que Lui en fait. Le savoir doit nous 'convertir' à son don, c'est à dire, nous tourner, nous intéresser à ce qu'Il fait en moi, avec moi si je veux y coopérer comme un ami. Lui abandonner notre vie, chercher à "se laisser faire" "se laisser conduire", lui remettre tout ce que l'on est, c'est entrer dans cette petitesse intérieure, qui nous fait lui remettre toutes nos actions, nos projets, nos résultats, nos blessures, notre efficacité, nos médiocrités et nos pauvretés, sans plus aucun jugement ni regard rétroactifs dessus, car Lui, leur donne un sens tout autre, une signification éternelle, une fécondité toute nouvelle. 

L'enfant du Père, chacun devant Lui doit laisser ces paroles le faire renaitre, le prendre de l'intérieur pour vivre de ce regard actuel, efficace de Jésus sur lui. Redire avec Jésus, ou laisser Jésus dire de l'intérieur "Père". "Abba, Père". C'est pour pouvoir dire cela en vérité, dans un abandon total de soi que l'Esprit de Jésus nous est envoyé, donné dès le point de départ. (Le Père n'a pas attendu la Pentecôte pour nous donner de son Esprit..) et l'Esprit du Père et du Fils n'est pas donné pour que l'on soit des gens impeccables, moralement fort, ou responsable. Tant mieux si on l'est. Mais en rien nos qualités humaines, ou nos acquis humains nous rendent capables de l'action de Jésus sur nous. C'est précisément le contraire : seule notre pauvreté, notre petitesse nous rend "disponible", "en attente" de son don qui nous excède, puisque son don c'est rien d'autre que Lui. Rien dans l'expérience humaine ne peut donner une image de ce don. Jamais je ne peux recevoir un autre quasi-substantiellement... là oui.

Laisser ces paroles descendre en nous, c'est redécouvrir à chaque instant et de plus en plus, que, je suis, dans ma vie, par son don, Fils du Père. Et les désirs les plus profonds en moi, sont le fruit de son attraction sur moi : Il est pure bonté agissante, gratuité excessive qui nous 'harcèle' en silence. Mais c'est une attraction telle, qu'elle nous blesse, elle nous excède, elle est de trop..

C'est pour cela que Jésus, se donnant à nous, nous met au terme, nous introduit dans l'éternelle vie. En cela, il est Père pour nous : 'qui me voit, voit le Père'. Et ce toucher, cette vision dans la foi, qui est actuelle, réelle, il est "plus présent, plus intime à moi-même que moi-même", créé une connaissance intime, un secret intérieur dans notre coeur, un repos, vécu dans l'instant, toujours à reprendre.. avec Celui qui est là, pure présence, qui m'attend, qui me connait, qui me devance toujours.. et là, je dois avoir le culot, le courage, l'orgueil de dire, avec Lui, par Lui, en Lui : "Père.. glorifie moi.."

fr Grégoire Plus.

 

 

Voir les commentaires

L'instant de la catastrophe..

29 Mai 2019, 00:17am

Publié par Grégoire.

L'instant de la catastrophe..

Ma mère connaît toujours un ratage dans les gestes ultimes du repas. Elle sait à merveille cuisiner. C'est l'instant de servir qui est chez elle l'instant de la catastrophe. Au dernier moment, en posant le plat sur la table ou en versant un peu de nourriture dans une assiette, elle accroche, renverse, éclabousse. Légèrement. Mais sûrement. Comme si, chez elle qui est si attentive aux siens, une impatience montrait le bout de son nez : j'ai passé des heures dans la cuisine pour vous, mais là, permettez, je pars en vacances, je ne regarde plus trop ce que je fais, je quitte un millième de seconde ma place souveraine de servante, qu'est-ce que vous croyez, que je suis faite pour cette place?

J'aime cette échappée de l'ultime instant, cette fugue qui ne dit pas son nom. Il y a des impatiences nourricières. Chez Mozart aussi on peut surprendre des facilités de dernière minute, des fins de mouvements baclées. Elles ajoutent à la beauté de l'ensemble. Femmes qui envoient promener leur monde, musiciens qui expédient les trois dernières notes, petits diables qui récitent la prière vitale : mon Dieu, protégez nous de la perfection, délivrez-nous d'un tel désir

Christian Bobin.

 

 

 

Voir les commentaires

Le péché ? un défaut d'attention, mais un défaut -panique- d'attention !

27 Mai 2019, 00:50am

Publié par Grégoire.

Le péché ? un défaut d'attention, mais un défaut -panique- d'attention !

Un péché, c’est juste un ensommeillement de soi dans soi, un engourdissement, une dissolution, et c’est peut-être ce qui est en train de se passer par moment dans nos vies, avec les images, avec la sollicitation éternelle, impitoyable, épuisante d’avoir à regarder sans regarder, et qu’on ne vous laisse pas en repos avec ça; l’esprit à a voir avec ça, l’esprit c’est de se ressaisir … c’est devenir vraiment soi en fait, vous n’oublierez jamais quelqu’un qui est lui-même; mais si quelqu’un se confond avec le monde -ce qui n’est pas souhaitable, la personne devient un peu interchangeable, c’est celle-ci mais ça peut-être le voisin, ça peut-être la voisine, il y a déjà eu lieu.. et le visage, cette chose jadis irremplaçable, ce mot qui s’est envolé du nid et qu’on appelait l’âme, et ce mot qui ne sait plus revenir dans son nid parce que l’arbre a été coupé, ce mot l’âme : on sait ce que c’est quand on perd quelqu’un, on sait très bien ce que c’est; on est tous des très très grand théologiens quand la hache tombe, ou devant un rire d’enfant..

Je vois le vide qu’il y a entre les hommes, plus grand que celui qui sépare une étoile d’une autre étoile. Chacun travaille, travaille, travaille a son sombre intérêt, et ceux qui n’y travaille pas sont broyés. 

Tout ce qui n’aura pas été soulevé par l‘amour s’écrasera en enfer, ou plutôt s’y écrase. Car l’enfer autant que le paradis est nos yeux, ici. Nous sommes des aveugles dans un palais de lumière. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.

Christian Bobin.

Voir les commentaires

Nos défaites nous ont déjà ouvert la porte de l’éternel..

25 Mai 2019, 00:39am

Publié par Grégoire.

Nos défaites nous ont déjà ouvert la porte de l’éternel..

Le beau chapeau de nos conquêtes roulera sur notre tombe, mais nos défaites nous avaient déjà ouvert la porte de l’éternel. Nous sommes plus grand que le monde.. nous sortirons vainqueurs de cette épreuve, vainqueur et balbutiant de fatigue. 

Le monde n’a que la puissance que nous lui donnons. On a fait du travail un malheur, et de l’absence du travail un malheur encore pire, parce qu’il faut aujourd’hui qu’on justifie de ce qu’on fait sur terre.. mais en vérité, on n’a pas à justifier, on n’a pas à rendre compte de notre existence, on est là parce qu’on est là ! Personne ne travaille plus qu’un chômeur ! Personne ! Personne n’est plus sujet à la pénibilité, à la dureté, à la souffrance d’un travail parfois vide de sens qu’un chômeur. Personne n’est plus employé qu’un chômeur. Il est employé à se détruire lui-même, jour et nuit, seconde après seconde. C’est le contraire de l’oisiveté le chômage.. ces mots ne sont pas des mots, en vérité ce sont des chiens qui sont dressés par les économistes et qui nous sautent dessus : le chômage, combien ça coute, on ne peut pas faire ça, le budget, un bilan, ces choses là qui sont lâchés vers nous par des meutes de gens ivres d’efficacité, ivrognes d’efficacité, ces choses là il faut d’abord les débaptiser. Il faut tout revoir. C’est pas très compliqué, il faut tout revoir. Ce qui est compliqué c’est quand il faut toucher une chose et laisser une autre à coté.. aujourd’hui c’est bien, parce qu’aujourd’hui le chaos est tellement grand qu’il faut tout revoir, donc c’est pas si compliqué.. 

Christian Bobin.

 

Voir les commentaires

La merveille, c‘est d'exister; il n’y en a pas d'autre.

23 Mai 2019, 00:13am

Publié par Grégoire.

La merveille, c‘est d'exister; il n’y en a pas d'autre.

"L'automne prend comme un feu. Quelques pas dans la forêt. Des milliers d'événements flottent dans l'air au parfum de pourriture noble. Leur somme fait ce que nous appelons "rien". En vérité, il y a deux sortes de rien. Aujourd'hui un moine mendiant comme toi Ryokan, on le chasserait à coup de pieds dans les fesses, puis on reviendrait à ce rien surchargé qui mets nos jours sous tutelle. Seul ce qu'on désigne du doigt d'un poème fait partie du divin de la vie. Un scarabé plus riche dans sa mort que Ramsès II, une petite machine à coudre pour les anges.

L'écriture s'enfonce dans le coeur du lecteur comme une aiguille de couturière. C'est pour y faire entrer un jour miraculeux."

Ch.Bobin - Un bruit de Balançoire

Voir les commentaires

DOULEUR ET GLOIRE

21 Mai 2019, 02:32am

Publié par Grégoire.

DOULEUR ET GLOIRE

Entouré de ses comédiens fétiches, Pedro Almodóvar raconte dans Douleur et Gloire son histoire à travers un cinéaste fictif incarné par un Antonio Banderas grisonnant. Ce sera le messager de Pedro Almodóvar, reclus entre les quatre murs de son appartement luxueux, en proie à la maladie et aux souvenirs. Sur sa table traînent des invitations par paquets, indiquant combien son art a compté et combien le temps a passé, sans le ménager.

Convié par la Cinémathèque de Madrid à présenter son chef-d’œuvre ultime, Sabor, le cinéaste hésite à accepter, la faute à un clash médiatisé avec son acteur principal. Rongé par cet épisode, il décide de revoir ce film avec un nouveau regard. Il recontacte le comédien et le convainc de faire la présentation du film en duo.

 

Ils se retrouvent comme deux ados et se replongent dans leur tournage houleux tout en se défonçant à l’héroïne, histoire d’apaiser les esprits. À travers ces trips, le cinéaste entrevoit son enfance : sa mère sévère, la misère, ses premiers émois amoureux… Mais quand il revient dans la réalité, son ex-comédien déniche un de ses scénarios très personnels.

L’écriture sensible et délicate de Douleur et Gloire nous emmène dans l’univers intime de Pedro Almodóvar, puisqu’on est clairement face à un film autobiographique. En famille, presque, il redirige ses acteurs fétiches en utilisant deux temporalités : l’enfance et l’âge adulte. Un rythme qui permet de créer deux atmosphères, l’une solaire, l’autre sombre et pessimiste.

S’il a bâti une carrière monumentalement longue de 40 ans de cinéma, le réalisateur espagnol n’a rien perdu de son talent, restant fidèle aux thèmes qui lui sont chers : la drogue, la maternité et l’homosexualité.

Cette perle colorée pose la question de l’inspiration des artistes et de leur pudeur à travers leurs créations : comment un film peut être un puzzle de brefs moments d’évènements réels nourrissants, prêts à enrichir la fiction ? Comment un cinéaste se cache derrière ses personnages et jusqu’où peut-il aller, dans ses révélations, pour qu’on lui foute la paix ?

Cette réflexion autocentrée est la pièce maîtresse de ce film merveilleux qui montre des personnages moins bavards et excentriques qu’à ses débuts, puisqu’ils ne se battent plus pour les mêmes causes. Ici, Pedro Almodovar fait face à ses 69 ans, laissant penser que l’écriture de Douleur et Gloire a été, quelque part, thérapeutique.

Ce qui est certain, c’est qu’après avoir couché sur pellicule ses souffrances, il pourrait bien se diriger vers la gloire, en gagnant la récompense ultime, à savoir la Palme.

 
 

 

 

Voir les commentaires

La muraille de Chine

19 Mai 2019, 00:12am

Publié par Grégoire.

La muraille de Chine

La vitesse du poème n'est comparable qu'à celle du sourire sans cause du nouveau-né. 

Il y a dans toute vie une somme de douleur, comme si chacun était le disparu de sa montagne, l'englouti de son âme.
Ecrire est déblayer, entrevoir une somme de joie sous la somme de douleur.
Si je parle des fleurs dans un monde qui s'écroule, c'est parce que tout renaitra avec elles, avec ces pulsations colorées d'un ciel sauvage remonté des gravats.

La main délicate du vent sur les chardons fait honte à la main des mères.

Le plus beau d'un livre est cet instant où, sous le choc d'une phrase imprévue, il éclate comme du verre.

Christian Bobin.
 

Voir les commentaires

C'est par distraction que nous n'entrons pas au paradis de notre vivant....

17 Mai 2019, 14:23pm

Publié par Grégoire.

C'est par distraction que nous n'entrons pas au paradis de notre vivant....

Faire sans cesse l’effort de penser

à qui est devant toi,

lui porter une attention réelle, soutenue,

ne pas oublier une seconde

que celui ou celle avec qui tu parles

vient d’ailleurs, que ses gouts,

ses pensées et ces gestes

ont été façonnés par une longue histoire,

peuplés de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaitras jamais.

 

Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien.

 

Cet exercice te conduit à la plus grande jouissance qui soit:

Aimer celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est, une énigme,

et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères,

ce que tu attends, ce que tu cherches, ce que tu veux."

 

Christian Bobin

Voir les commentaires

Aberrations chromatiques

14 Mai 2019, 00:06am

Publié par Grégoire.

Aberrations chromatiques

"On m'avait appris à prier le soir selon la pauvre théologie des vieillards, c'est-à-dire à genoux au pied du lit. Des feuilles d'eucalyptus infusaient dans un peu d'eau sur le poêle. Je fermais les yeux pour abolir le monde et ses industries corruptrices du cœur au profit d'une espèce de théâtre ambulant où triomphait un œil solaire trouant un décor de carton"

Après Le Cénotaphe de Newton (Gallimard, 2017), immense chronique du XXe siècle, Dominique Pagnier nous donne avec Aberrations chromatiques un nouveau recueil de poésie, où l’on retrouve le mélange de prose et de vers qui déjà composait Le Général Hiver ( Champ Vallon, 2012). Surtout, l’on aime voir revenir, dans la collection blanche, des poèmes en prose de la même eau que ceux qui ont fait ses premiers recueils dans cette même collection, depuis Faubourg des visionnaires (1990) jusqu’aux Amours (1998). C’est la même écriture dense et dansante, tout en volutes, en gloires et en vapeurs, plutôt baroque si l’on accepte la transposition d’art. Elle n’est pas infondée, tant ici la prose de Pagnier, comme le vers pour Hugo, s’impose comme une « forme optique ». L’attention poétique, toutefois, que Hugo dédiait à la pensée, se trouve chez Pagnier consacrée à la sensation et à la vision. Ainsi le recueil s’ouvre-t-il sur le point de vue des animaux pour s’achever sur celui du poète. Entretemps auront apparu maints phénomènes et instruments d’optique, phosphène et aurore boréale, prisme, loupe et zootrope, mais aussi et surtout un télescope dont l’oculaire fait voir au ciel des astres qui n’y sont pas. On appelle aberration chromatique l’apparition de défauts colorés dans l’image d’un objet perçu à travers une lentille (c’est un peu la bête noire des photographes !). Dans le texte éponyme (58), le poète se dit sujet à de telles illusions d’optique. Et nous, lecteurs, ne sommes pas toujours sûrs de ne pas voir flou lorsque notre œil s’applique à l’oculaire. Si l’on devine bien la chronique d’une très ancienne famille, d’une espèce de diaspora dont le poète est l’héritier, c’est aussi, par là même, la légende de l’humanité. Également historien et géographe, Pagnier nous promène à travers l’Europe de l’Est, de l’Yonne jusqu’en Sibérie mais aussi, de manière plus imprécise, vers quelque « empire oriental », à travers plus d’un « royaume inventé ». Quant à la temporalité, tout en semant çà et là quelques millésimes, il en récolte infatigablement la référence biblique, en vertu des correspondances : un rayon de soleil fait fuir l’ombre « comme à la Création », le manteau d’une jeune fille a l’odeur forte du « soir de la Passion », nombreux sont ceux qui ressuscitent et dont le doigt éprouve les plaies, on côtoie constamment « la fin des Temps ». Mais en cela aussi Pagnier fait partie des poètes, ces experts de la réalité augmentée. Pris dans un tourbillon qui le confronte à un univers éclaté, le lecteur finit par comprendre que même ce monde devrait avoir une unité. Il se rapproche alors de la page, d’un peu trop près, puis il s’en éloigne à nouveau et son regard sur le poème s’en retrouve modifié. Les proses de Pagnier agissent comme des stéréogrammes dont soudain ressort l’image en 3D. Les temps sont révolus, la religion est morte, le monde est englouti mais nous apparaissent avec un relief nouveau les cartes à jouer, les œillets de crépon vendus au profit des mutilés, les timbres de tous pays, la frise tracée sur le cahier du jour, tous ces éclats de vie, toute cette « poussière de la vieille France » (titre d’une subdivision). Les dieux nous ont quittés, les guerres ont ravagé nos territoires, tout porte le souvenir de la captivité et des camps — mais il reste le désir. Le désir de la chair dans ce qu’elle a d’aussi brutal que suave, non moins que le désir de voir cette chair ressusciter. Ce que Pagnier conserve de Follain, ce n’est pas simplement l’intérêt pour les ornements et les sacrements, c’est aussi l’effort pour sauver de l’oubli autant qu’il est possible. On est à peine moins séduit par ses vers, dont on ne sait pas toujours sur quelle musique il convient de les chanter — et cela s’applique même à quelques passages où le décasyllabe dominant se retrouve, sinon malmené, taratantaraïsé. Quant à la prose, on peut s’interroger sur le trait de style propre à Pagnier qu’est l’inversion appuyée du sujet, et même réitérée comme dans cette scène à deux personnages : « Un flocon de neige fond dans les cils de la femme et se transforme en larme. N’en est pas dupe celui qui se tient devant elle dans le couloir où n’ont jamais fini de sécher les manteaux que les aïeux portèrent durant l’exode hivernal en Poméranie. Elle est venue lui rendre ses lettres. ». Sans doute par calque de la phrase germanique, le procédé permet, une fois posé le procès, de développer l’agent ad libitum : est-ce que les existences, l’immanence des êtres et des choses, ne valent pas mieux que les projets et les actes ? Ce recueil est l’œuvre d’un contemplatif qui croit à l’âme et à la poésie, tant qu’il se persuade encore de l’« innocence des êtres » et de l’« éternelle bonté de l’homme ». Est-il besoin d’ajouter que sa lecture est bénéfique ?

 

Voir les commentaires

L’antarctique des gens normaux

12 Mai 2019, 10:55am

Publié par Grégoire.

L’antarctique des gens normaux

Ma détestation du monde et les adultes? Celui de gens qui s’embrassaient sans s'aimer et se parlaient sans rien se dire. Je refusais obstinément de vivre dans l’antarctique des gens normaux. J’entrais en rage quand, malgré tout, il me fallait affronter une de ces situations où tous devenaient faux, même mes parents. Par représailles, je rapportais aux uns ce que les autres disaient d'eux en leur absence, ou bien je me réfugiais sous la table, ou encore je décidais de me tuer en avalant ma soupe sans respirer. Mes colères étaient aussi puissantes que celles de Dieu. Avec la boule psychique de mes sept ans j'aurais pu détruire une maison, quitte à périr dessous. Je me contentais le plus souvent, avec la plus grande violence possible, de claquer les portes : les murs tremblaient et, chaque fois, le crucifix accroché au-dessus de la porte de la cuisine -sur lequel un christ maigre et crispé comme une allumette brûlée veillait sur les miracles de la vie ordinaire- se balançait quelques secondes et s'immobilisait de travers. Mon père sans élever la voix remettait le crucifix en place, redonnant sa parfaite verticalité à celui qui, deux mille ans après son supplice, venait de recevoir un nouveau coup qui, peut-être, le ressuscitait. Personne n’avait jamais prétendu qu'une résurrection devait être suave et paisible.

Christian Bobin, Louise Amour.

Voir les commentaires

J'étais devenu la marionnette de mon propre manque

8 Mai 2019, 15:44pm

Publié par Grégoire.

J'étais devenu la marionnette de mon propre manque

Il m'arrivait ce qui arrive aux drogués : j'étais devenu la marionnette de mon propre manque. Près de l'endroit où j’habitais, il y avait un canal et, éparpillées le long de ce canal, des maisons d'éclusier, aujourd'hui défraîchies et fermées, pillées par les rôdeurs et les pluies. Ma vie était semblable à ces maisons humides aux vitres cassées, aussi vides qu'un œuf à la coque après qu'on en eut raclé tout l'intérieur. Dans un autre siècle, on eût dit de moi que je perdais mon âme. Mais comment faire autrement? Je donnais ma vie à manger à Louise-Amour.

Dans la langue impatiente du vingtième siècle, dans cette langue  bruissante de vulgarité et de prétention, le mot «âme» resplendissaient de n'être plus jamais réveillés. Dans un sens, c'était mieux ainsi : le destin de l'âme était d'être ignorée, de même que celui du Christ était d'être tué. L'âme n'était pas plus que l'air qui rentre dans nos poumons, ou le silence qui brûle à l'intérieur des roses en bouton. C'était pour protéger ce rien d'air et de silence que j'avais, dans mon enfance, élevé autour de lui une muraille de livres. Louise-Amour, sans effort, avait abattu cette muraille, percé l'armure de ma sauvagerie, et je me retrouvais désormais à ses côtés dans des musées, des salons, badinant, papotant, trahissant tous mes secrets. Il lui avait suffi un jour de rejeter ses cheveux en arrière et de me dire, avec une voix somnambulique, comme on parle en pensant à autre chose : « Vous savez, quand j'étais petite, j'habillais mes poupées avec des pétales de roses. » Depuis j’étais captif d'une petite couturière de roses à qui il était impensable de refuser quoi que ce soit.

Parfois cependant un nerf se vrillait en moi, une impatience se levait. Rien de grave : toute vie est dans son fond inépuisable. Un sommeil de plusieurs jours, une prière d'une seconde, un rai de lumière transperçant l'enveloppe grisâtre du cerveau, et la vie la plus perdue se redresse et se cambre, éclatante, printanière, le brin d'herbe de l'espérance entre les dents. Il m'arrivait de désespérer de Louise-Amour, de nos rendez vous furtifs, de ces gens qui lui faisaient une cour à laquelle elle ne se dérobait pas franchement, de son sourire qu'elle m'abandonnait lorsque je la pressais trop, comme on laisse filer une écharpe entre les mains d'un fâcheux, pour mieux s'enfuir. Je devenais parfois sombre, coléreux. Je la quittais alors en secret, je coupais tous les fils qui me reliaient à elle. Ces fils invisibles, tranchés par la lame de ma lassitude, n'avaient pas le temps de pourrir : ils se reformaient aussitôt et je revenais, docile, vers Louise-Amour qui n'avait rien remarqué de ma désertion. J'étais alors le plus doux des chevaliers servants.

Christian Bobin, Louise Amour

 

Voir les commentaires

la parole de pure intelligence est celle qui ne saisit rien...

2 Mai 2019, 01:56am

Publié par Grégoire.

la parole de pure intelligence est celle qui ne saisit rien...

L'Occident exsangue, au bord de se dévorer lui-même, s'en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu'il croit être leur « sagesse ». Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu'il comprend : des techniques, des recettes, des savoirs. Mais la parole incompréhensible de maître Dogen est pure intelligence : elle ne saisit rien. Elle s'enroule autour de l'inconnu comme des liserons autour d'une barrière. Le verre éteint des yeux d'un mort, le feu sans flamme des yeux d'un nouveau-né - on ne peut les fixer que quelques secondes. Ces quelques secondes sont celles qui font le printemps, l'été, l'automne, l'hiver, le vrai, le faux. Ce que nous mesurons, devant celui qui est toute rigidité comme devant celui qui est toute souplesse, c'est le principe de délicatesse en quoi se déploie toute la vie.

Le mort n'est plus touché par le monde, le bébé ne l'est pas encore. Tous deux sont comme des fleurs qui n'ont pas de raison d'être, qui passent, qu'il convient d'honorer avec des paroles fraîches - celles des poètes ou des prophètes. Je sais qu'une pensée est juste quand elle me tape sur le coeur, qu'elle bourdonne à mes tempes.

De grandes choses dorment en nous, toujours, d’un sommeil qu’agite un peu plus la longueur accrue des jours. Quelque chose manque, toujours. A tout ce que nous pouvons faire et dire et vivre, quelque chose manque, toujours.

On peut vouloir passer outre, s’arranger. Ce qui n’est qu’un seul et inépuisable jour on peut l’oublier, on peut l’amoindrir en jours, en semaines, en mois. S’occuper. 
Parler et croire que l’on parle. Faire des choses et croire que l’on fait quelque chose.
Tout s’en va. Tout glisse doucement – les voix, les regards – tout glisse doucement sur le côté, sans heurts, comme indépendamment de tout vouloir, comme un glissement de terrain.

Et tout se poursuit aussi bien. Les mêmes choses, toujours. Apparences du travail, apparences des conversations, apparences des mouvements divers. Vie apparente. Je suppose que c’est là chose banale.  Je suppose qu’il est possible de vivre ainsi longtemps, sur un long temps. Dans cette mort merveilleuse de l’indifférence.

Dans cette horrible aptitude à vivre en l’absence de tout, dans la plus silencieuse des absences. Sans âge. Sans plus vieillir, sans plus souffrir de rien. Sans doute est-ce là cette vie, que l’on dit ordinaire.

Christian Bobin.

Voir les commentaires

La dernière tentation- Nikos Kazantzaki

30 Avril 2019, 00:55am

Publié par Grégoire.

 La dernière tentation- Nikos Kazantzaki

Jésus de Nazareth, le fils de l’Homme, le Messie, Jésus-Christ… Autant de noms pour ce prophète connu de tous dont l’histoire, considérée comme réelle pour les uns et fictives pour les autres, est le berceau d’un mouvement religieux aux nombreuses ramifications. Nikos Kazantzaki, auteur crétois qui a consacré sa vie à l’écriture, la philosophie et qui a été confronté à la cohabitation entre le corps et l’esprit tout au long de son cheminement spirituel et personnel, retrace ce parcours emblématique dans La dernière tentation.
Cette dualité est fortement prononcée dans l’intégralité de son oeuvre, ainsi qu’un anticléricalisme fort et une philosophie de vie oscillant entre le terrestre et ses goûts simples et accessibles et la quête de la rédemption par la souffrance. Que ses textes soient de style autobiographique ou fictif, ce fil rouge se déroule de page en page, poussé par une écriture spectaculaire à la fois poétique et profonde.

Il était donc logique que Nikos Kazantzaki, bercé par les lectures des Saintes écritures qu’il faisait à sa mère lorsqu’il était enfant, ait écrit un roman sur sa propre vision de la vie de Jésus-Christ: publié en 1954, La dernière Tentation a soulevé un débat monumental et une polémique qui a pris une telle ampleur qu’ils ont value des menaces d’excommunication à son auteur.
Car ce grand monsieur, cet homme qui a marqué ma vision du monde et de l’appréhension de la vie, a littéralement revisité le parcours du Christ tout en s’appuyant sur l’ancien et le nouveau testament, mais surtout en faisant de Jésus un homme luttant avec ses désirs et ses pulsions naturelles.

“Le vieux Zébédée le vit s’éloigner, secoua sa grosse tête:
– J’en suis pour mes frais avec mes fils, dit-il. L’un a poussé trop doux, trop pieux, l’autre trop querelleur, partout où il va il ramène la bagarre; j’en suis pour mes frais. Aucun des deux n’est un homme complet -un peu doux, un peu grincheux, tantôt bon, tantôt chien-enragé, moitié ange, moitié démon, un homme, quoi!”

33 chapitres, numéro on ne peut moins anodin renvoyant à l’âge où est mort le Christ, durant lesquels on suit le chemin tortueux de Jésus, jeune charpentier qui réalise des croix pour que les romains crucifient les prophètes, vivant avec son père Joseph que la foudre a rendu totalement paralysé et sa mère Marie, qui subi son triste quotidien et cherche à savoir les raisons pour lesquelles Dieu l’a mise face à une réalité aussi dure. Souvent, Jésus est en proie à des excès de folie qu’il décrit comme des serres qui s’enfoncent dans sa cervelle, lui labourant l’esprit. Ces griffes acérées sont celles de Dieu, qui s’agrippent à l’âme de cet homme choisit pour le détourner de l’existence paisible qu’il souhaite. Car sous la plume de Nikos Kazantzaki, Jésus est avant tout un homme mortel qui souhaite être heureux, se marier et procréer. Ce personnage est avant tout divinement humain, il possède ses forces mais surtout ses faiblesses, ressent de la haine, de la colère, de la joie, de l’envie.

A la manière de l’auteur, il oscille et lutte, déchiré entre son côté humain et sa part divine qui se disputent son être, véritable incarnation de la duplicité entre le corps et l’esprit.
Détesté par les gens de son village qui le voient comme un traitre pactisant avec l’ennemi, se rendant compte du malheur qu’il procure à sa pauvre mère qui se lamente de voir son fils errer dans un état second et ne pas profiter des fruits de la vie, Jésus décide de partir en retraite loin de tout au coeur du désert. Peu à peu, il se rend compte que chacun de ses pas le rapproche de sa mission réelle, du but que Dieu lui a fixé. Sa rencontre avec Jean, Pierre, André, Judas et les autres personnages qui formeront ses Disciples le mènera de villages en villages, répendant tout d’abord des paroles affectueuse et réconfortante: selon lui, Dieu est amour. Ses dires vont ébranler les croyances ancrées autour de prophètes vociférant que Dieu est flamme, qu’il frappe avec le feu et la foudre pour mener les hommes sur le chemin de la rédemption.
Puis cette quête le mène lui et ses compagnons à Jean-Baptiste, l’homme armé de la hache divine qui baptise les âmes pour leur permettre d’atteindre la porte des cieux. Cette rencontre change radicalement Jésus, qui part s’exiler dans le désert où il subira les tentations du démon, les vaincra et accueillera l’âme de Jean-Batiste, sa fougue et sa hache en lui.
C’est un Messie plus soucieux et sombre qui ressortira de ces dunes arides, porteur d’un message plus ténébreux: celui de la fin du monde. Il porte sur ses épaules le fardeau que lui a confié Dieu, celui de prêcher l’apocalypse et de choisir les élus qui seront sauvés du déluge. Mais cette fois l’arche ne voguera pas sur une étendue immense d’eau, mais sur une mer de flamme qui s’abattra sur Terre.

 

“André suivait le nouveau Maître et de jour en jour pour lui le monde s’adoucissait. Non pas le monde, son coeur. Manger et rire n’était plus une faute, la terre sous lui s’affermissait et le ciel se penchait sur elle comme un père. Et le jour du Seigneur n’était plus un jour de colère et d’incendie, ce n’était pas la fin du monde, c’était la moisson, les vendanges, les noces, la danse. C’était l’innocence du monde sans cesse renouvelée. Chaque jour qui se levait voyait la terre renaître et Dieu lui donnait encore sa parole de la garder dans sa sainte main.” 

“Les Disciples riaient dans leur barbe. Ils savaient que Pierre était un peu gai et plaisantait, mais au fond d’eux-mêmes, en secret, ils roulaient les mêmes pensées, seulement ils n’étaient pas encore assez ivres pour les avouer. Des titres de noblesse, des honneurs, des habits de soie, des anneaux d’or, des repas plantureux, c’était cela le royaume des cieux.”

Ponctué de références biblique, de psaumes et de prières délicatement insérés sous formes de dialogues ou de réflexions, La dernière tentation a ce souffle particulier des livres qui marque de façon indélébile. En effet, Nikos Kazantzaki y démontre de nouveau son incroyable talent de conteur de l’âme.
Pour certain, ce livre est la vie rêvée de Jésus Christ par l’auteur, mais celui-ci relève le fait qu’il ait écrit ce roman pour retracer le parcours de Jésus, à ses yeux « exemple suprême de l’homme qui lutte ». N’en faisant pas un personnage saint et immaculé mais un mortel, un homme d’argile, il appuie la théorie selon laquelle tout peut être vaincu: aussi bien la souffrance, la tentation que la mort.
Jésus parle par parabole, ne séduit pas tout son public, se fait des ennemis et des alliés. Son chemin est semé d’embuche dés sa naissance et pas uniquement au moment du chemin de la croix. Dieu le teste, lui laisse connaitre Marie-Madeleine sans qu’il puisse y toucher, met sa famille à rude épreuve. Il le place à la frontière entre l’humain et le divin et le regarde trouver sa voie et sauver les hommes. Le Jésus de Nikos Kazantzaki n’est pas uniquement un saint, c’est la personnification de la victoire de l’âme sur le corps, thématique plus que précieuse à l’auteur.

“Rome trône au-dessus des nations, tenant grands ouverts ses bras tout-puissants et insatiables, et elle reçoit les vaisseaux, les caravanes, les dieux et les récoltes de toute la terre et de toute la mer. Elle ne croit en aucun dieu et reçoit sans crainte, avec une condescendance ironique, tous les dieux à sa cour- de la Perse lointaine, adoratrice du feu, le fils d’Ahoura Mazda, Mithra, dont le visage est un soleil, monté sur le taureau sacré que l’on va égorger; du pays du Nil aux mamelles fécondes, Isis qi cherche au printemps, au-dessus des champs fleuris, les quartiez morceaux d’Osiris, son frère et son époux, qu’ont écartelé les Typhons; de la Syrie, au milieu de lamentations déchirantes, le merveilleux Adonis; de la Phrygie, étendu sur un suaire, recouvert de violettes fanées, Atis; de l’impudique Phénicie, Astarté aux milles-époux- tous les dieux et tous les démons de l’Asie et de l’Afrique; et de la Grèce l’Olympe au sommet neigeux et le noir Hadès.”

La dernière tentation est un texte qui a marqué, fait polémique et qui a même été catalogué de blasphématoire. 
Pour les néophytes des Saintes écritures comme pour les personnes croyantes, ce livre est tout d’abord un magnifique ouvrage qui transcende à chaque page. C’est un conteur qui a marqué ma vision de la littérature et du monde, un écrivain qui décrit aussi bien l’Homme que le monde avec amour et philosophie. La dernière tentation nous emmène dans des déserts arides, aux bords de lacs et de mers étranges, dans les ruelles de villes saintes et aux bords des murs de citées maudites. C’est un voyage où chaque page s’ouvre sur un nouveau paysage physique et spirituel.

Nikos Kazantzaki

Auteur d’une œuvre considérable, qui embrasse tous les genres – romans, essais philosophiques, théâtre et poésie – Nikos Kazantzaki est incontestablement l’une des figures les plus marquantes de la littérature grecque moderne. Né en Crète en 1883, il étudie d’abord le droit à Athènes avant de se tourner vers la philosophie – il consacre une thèse à Nietzsche et est l’élève de Bergson, dont les idées l’influenceront durablement. Animé par une forte aspiration spirituelle, qu’il nourrit à la fois aux sources orientales (il s’intéresse au bouddhisme) qu’occidentales, Kazantzaki développe une puissante réflexion éthique, qui explore toutes les dimensions de l’expérience humaine.

Voir les commentaires

le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là..

22 Avril 2019, 17:20pm

Publié par Grégoire.

le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là..

"Les poètes nous montrent qu'il existe une autre manière de parler, donc de vivre. Là où les raconteurs d'histoire sont toujours assujettis à la langue et aux modes d'existence du plus grand nombre, les poètes, eux, écoutent ce qui, dans les formes de vie qui sont les nôtres, reste à l'état de souffrance.  Ils font une parole de tout ce que notre langage usuel laisse de côté : à ce que nous jugeons insignifiant, sans intérêt majeur, indigne de notification,  les poètes prêtent une attention suprême. Ils savent, d'un savoir à mesure de leur faculté d'émerveillement,  d'un savoir qui ne s'apprend que par la douleur et parfois la colère,  ils savent que l'essentiel est justement dans ces lambeaux que nos discours les plus utilitaires jugent improductifs.  Les poètes ramassent les cailloux dont personne ne veut, les bouts de bois biscornus  les jouets cassés, les morceaux d'ardoise, de céramique ou de tuile dont on remplit les ornières pour faciliter la marche, ils écoutent ce que disent les mots quand on a cessé d'en faire des instruments de communication,  ils écoutent ce qu'ils disent  quand ils cessent de signifier mécaniquement ce qu'on leur demande de signifier. Ils entendent le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là.  Ils en font un poème. On appelle poème cette tentative de refaire une parole là où la parole ne fonctionne plus ou mal. Le poème que nous lisons se plonge dans notre blessure la plus profonde et réveille en nous la grande soif insatisfaite : la vie que nous donnons à notre vie se craquèle soudain sous le souffle de La vie saisie comme à son état le plus immédiat. Nous voilà raccordés à cette puissance incommensurable que nous aimons en secret mais qui en même temps nous terrifie comme un feu dans lequel nous risquons de disparaître corps et biens. Le poème nous prend au plus cru de notre désir de vivre et il nous y plonge tout entier. "

Emmanuel Godo. "Mais quel visage a ta joie ?"

Voir les commentaires

Notre Dame

17 Avril 2019, 14:30pm

Publié par Grégoire.

Notre Dame

Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle.

Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur ses bruyères l’ombre gigantesque des tours de Notre-Dame.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

Voir les commentaires

Les imbéciles manquent d'amour pour voir et pour entendre, c'est à ce manque qu'on les reconnait.

13 Avril 2019, 01:45am

Publié par Grégoire.

Les imbéciles manquent d'amour pour voir et pour entendre, c'est à ce manque qu'on les reconnait.

Qu'avons-nous à nous dire dans la vie,

sinon bonjour, bonsoir,

je t'aime et je suis là encore,

pour un peu de temps vivante

sur la même terre que toi.

Christian Bobin.

Voir les commentaires

Les grands prêtres du moralisme .. (2)

11 Avril 2019, 03:18am

Publié par Grégoire.

Les grands prêtres du moralisme .. (2)

Cette peur d’être rejeté, de ne pas être accepté ou reconnu, en cache une autre : celle de se montrer tels que nous sommes, vulnérables, imparfaits et fêlés. De fait, on accepte pas d’être fragile, vulnérable. Et, on rejette nos vulnérabilités parce qu’on refuse de ne pas tout maîtriser. Accepter d’être imparfait, ce serait reconnaitre -consciemment ou non- que quelque part on est raté. Or ceci réclame en fait un très grand courage. Celui que les nouveaux-nés ont naturellement. Celui que notre éducation lisse nous fait perdre. Le courage c’est –pour faire simple- pouvoir se montrer tel qu’on est, sans masque ni façade. Sans convention ni désir de plaire. Le courageux, c’est d’abord celui qui n’a pas peur d'être imparfait et fêlé. Accepter d’être vulnérable c’est arrêter de contrôler et de prévoir, de courir après ce qu’on pense qu’on devrait être, ou de chercher à correspondre à ce qu’on croit que les autres attendent de nous. C’est enfin arrêter de croire que les lézardes de l’autre sont pires que les miennes. Ultimement, c’est arrêter de croire que Dieu punit nos fautes ! Que nos fautes, nos erreurs l’affectent quelque part. Elles n’affectent que nous, et Dieu les permet pour qu’enfin il y ait un lieu où l’on soit obligé de le laisser faire. Et enfin, c’est arrêter de refuser que Dieu, la Vie, la nature, permettent ce chemin pour nous entraîner dans quelque chose que nous ne maitrisons pas ! Le refus de nos vulnérabilités -ou vouloir en guérir, pouvoir les supporter, ou même en comprendre le sens- c’est juste le refus, souvent caché, de celui qui en fait veut être la source totale de lui-même; c’est juste quelqu’un qui refusant toute dépendance, se fait son propre Dieu. C’est la racine de tout fanatisme religieux, extrémisme politique ou talibanisme doctrinal.

Accepter d’être vulnérable c'est donc réapprendre constamment à se recevoir tel qu’on se découvre : en chemin. En devenir. En quête constante. Accepter qu’on ne sait pas tout. Donc qu’on puisse se tromper. Que l’autre puisse se tromper. Seul moyen pour arrêter de hurler et de commencer à écouter. Seule manière d’arrêter nos projets tyranniques d’efficacité impitoyable sur nous-mêmes et devenir un peu doux, de cette douceur du père qui accepte de marcher au rythme -lent- de son enfant. 

Mais la vraie cause de nos projections narcissiques c’est la honte qui nous ronge. Ces marécages de l’âme comme disent les disciples de Jung. La honte c’est cette attention excessive aux critiques extérieures. Le frein à main qui coupe tout élan ou renouveau, c’est cette petite voix intérieure qui en nous critique ou râle en fonction d’un idéal religieux, politique ou écologique. On devient esclave d’une idée, d’un principe, d’un but qu’on se donne. Le résultat? C’est trop souvent un double blindage intérieur qui nous oblige à vivre dans l’image constante que l’on essaye de se donner à soi-même et surtout aux autres. Et alors ? Bah, bienvenue dans le monde parfait des bisounours intolérants : bisounours en façade, intolérant en fait, où on devient spectateur d’une vie qu’on ne vit plus, refusant toute lutte, toute contradiction, toute merdouille. La honte c’est : « désolé, là, dans ce lieu précis de ma vie, je suis une erreur ». Et elle entraîne la pire des culpabilités -qu’on refoule- et tout ce qu’on fait devient une justification pour compenser cette plaie, cette lèpre qu’on s’est interdit d’avoir. Le monde nous interdit d’être faillibles. Encore plus le caté: « tu prendras la ferme résolution de ne plus recommencer » et si je recommence ? Non, c’est interdit! Nous sommes pour beaucoup formatés type école de commerce. Faut savoir se vendre. Être efficace ! Faut qu’on puisse compter sur nous ! Ne pas pouvoir tout faire est un manque de responsabilité ! Faut être un gagnant ! Et on nous enfonce dans ce manque culpabilisant de résultats en nous disant : « tu veux de l’aide ? »  Ou encore « c’est pas grave, tu vas bien y arriver ». Bref, nous sommes réduits à des devoirs inaccessibles concurrencés par des qualités infinies que nous sommes supposés avoir : c’est une camisole de force permanente. De la sainteté héroïque. Des vertus de martyrs. De la connerie en boîte, désespérante et culpabilisante. Tant que la foi -et d’abord la vie humaine- ne sera pas une quête pauvre, toujours à reprendre, jamais possédée, elle engendrera des monstres laïcs à plusieurs têtes. L’athéisme totalitaire, le capitalisme sauvage, un petit-fils de l’Eglise. Qui l’eût cru ?

« Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C’est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps pour se reposer, il s’arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets : il cueille toutes les lumières du monde, même celle des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c’est comme un  flocon dedans son cœur, un tourment d’écume, le premier âge de la mer, l’immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c’est pareil, parce que Dieu est un peu  fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu’il a, il dit qu’il ne sait pas, qu’il ne sait rien, qu’il a tout oublié le long des chemins, et qu’il a perdu la tête, perdu son ombre, qu’il ne sait plus son nom. Et puis il rit, et puis il pleure, et il s’en va et il s’en vient, et c’est le jour, puis c’est la nuit, et puis voilà, c’est toujours comme ça, toujours, chaque jour.* »

Grégoire Plus. Pérégrination d'un cherchant-Dieu.

*Christian Bobin.

 

Voir les commentaires

Les grands prêtres du moralisme...

9 Avril 2019, 05:07am

Publié par Grégoire.

Les grands prêtres du moralisme...

Comme dans les anciens pays du bloc de l’est, on trouve sur les places des grandes villes Cubaines, ou sur des panneaux d’affichage, des statues et des effigies à la gloire du régime. Les Fidel, Che, Raoul, ou encore Hugo Chavez trônent sur des autels laïcs offerts en vénération au bon peuple. En dessous, des exhortations à l’héroïsme, à la fidélité à la révolution, à la lutte pour la victoire etc. La sainteté communiste quoi. Ceci n’est pas sans rappeler les statues qui trônent encore dans nos églises, avec leur physique kitsch de demi-dieu, revêtus d’une perfection idéale, vainqueur d’épreuves inaccessibles au commun des mortels, exaltant un angélisme culpabilisant pour les petits et désespérant au possible ! Ce discours encore très en vogue d’une sainteté héroïque, d’une tension vers la perfection, d’une sainte horreur du péché, d’une application parfaite de la loi comme modèle de salut reste toujours les soubassements de l’éducation chrétienne en général, et de ses avatars communistes ou fascistes en particulier. Au moins inconsciemment. De fait, nos sociétés occidentales sont basées sur ce modèle-là. Un pharisaïsme qui ne dit pas son nom. Mai 68 –avec ses excès que l’on connait- n’a rien pu faire pour déboulonner ces idoles. Les médias se sont même fait les relais du Dieu gendarme perfectionniste. Ils absolvent ou condamnent. Ils pointent le bouc émissaire qu’il faut chasser ou le juste ignoré. Ils décident du bien et du mal. Et surtout, ils sont ces nouveaux grands prêtres d’un moralisme toujours aussi monstrueux. Celui de l’hypertolérance chez eux. Celui d’une pureté morale extérieure chez les chrétiens.

Cette exigence de résultat ‘moral’ dans le monde chrétien est relativement nouvelle. Une des principale luttes de la vie chrétienne a permis son arrivée.  En effet, la lumière de l’Evangile n’est jamais acquise. Elle est bien trop humaine pour l’homme. Elle exige d’être constamment redécouverte puisque ce n’est ni un message, ni des valeurs, ni des règles, ni une morale, mais… une personne. Ni synthèse, ni catéchisme, ni formule aucune ne peuvent dire ce don qui pour nous est toujours de trop. Or, certains ont voulu ne plus à avoir à toujours tout redécouvrir. A être toujours dépassé. C’est vrai, c’est pénible cette exigence évangélique de rester comme des petits enfants. Ou mieux, à devenir même comme des embryons dans le sein de leur mère. On a tout de même un peu d’autonomie et de prudence. C’est au XIVe siècle, que nous sommes passés d’une mendicité face à un mystère qui nous dépasse à quelque chose qu’on a décidé comme évident et pour lequel il fallut trouver des arguments convaincants. Evolution d’une certitude vécue dans la nuit à un désir d’évidence qui devait être quasi visible. D’où très vite, un refus de la diversité des chemins. Conséquence immédiate : l’autre, celui qui ne pense ou n’agit pas comme moi est devenu le mécréant. Le païen. Le fils du diable quoi. J'ai raison. Tu as tort. Ferme-la. Point final. Et c’est devenu la politique de nos jours. Il n'y a plus aucune vision. Il n'y a plus de débat. Il n'y a que la recherche d'un coupable à blâmer. L’Inquisition inventée par l’Eglise, a été dépassée par les pays totalitaires, mais reprise aussi d’une manière soft et subtile mais non moins puissante par nos démocraties médiatiques.

Dans tous les cas il y a la même paresse d’avoir à tout repenser tout le temps, et la peur d’avouer qu’on ne sait pas. La peur de reconnaître qu’on cherche ou qu’on puisse se tromper. Et derrière cela, agit cette violence communautaire qui détruit nos vies d'une façon incompréhensible : le refus de notre solitude, de notre néant, et l’image de nous-mêmes qui se cristallise  dans cette peur liés à la honte, à la peur d’être seul, de n’être pas accepté et reconnu. De fait, les seules personnes qui n'éprouvent pas de honte sont celles qui sont incapables d'empathie, insensibles, enfermées en elle-mêmes, ou celles qui ont conquis leur solitude. Celles-là ne dépendent plus de l’opinion des autres, ou de ce qu’elles font. Cette pression du regard extérieur existe au plus haut point chez les catholiques. Une rumeur, un petit ragot, oh pour rien, comme ça, avec l’air de ne pas y toucher. Et par derrière, des jugements d’une violence inouïe. Des mises à l’écart. Des mises à l’index. Et des critiques en veux-tu en voilà. Il n’y a souvent pas pire tribunal que des sorties de messes dominicales.

Grégoire Plus.

 

Voir les commentaires

Où sont les morts où sont les vivants. C'est impossible à dire.

7 Avril 2019, 03:40am

Publié par Grégoire.

Où sont les morts où sont les vivants. C'est impossible à dire.

Il y a bien des frontières entre les gens. L'argent, par exemple. Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est encore plus fermée que celle de l'argent. Celui qui est sans lecture manque du manque. La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s'effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages. Il y a des riches qui ne touchent aucun livre. Il y a des pauvres qui sont mangés par la passion du livre. Où sont les pauvres, où sont les riches. Où sont les morts où sont les vivants. C'est impossible à dire. Ceux qui ne lisent jamais forment un peuple taciturne. Les objets leur tiennent lieu de mots : les voitures avec sièges en cuir quand il y a de l'argent, les bibelots sur les napperons quand il n'y en a pas. Dans la lecture on quitte sa vie, on l'échange contre l'esprit du songe, la flamme du vent. Une vie sans lecture est une vie que l'on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu'elle retient comme dans ces histoires du journal, quand on force les portes d'une maison envahie jusqu'aux plafonds par les ordures. Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l'argent. Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe. Et il y a tous ceux qui n'ont pas de mains - privés d'or, privés d'encre. C'est pour ça qu'on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c'est pour autre chose c'est sans intérêt : pour aller les uns vers les autres. Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. 

C Bobin, une petite robe de fête.

Voir les commentaires

L’art, c’est la contemplation.

5 Avril 2019, 10:34am

Publié par Grégoire.

L’art, c’est la contemplation.

L’on recherche l’utilité dans la vie moderne : l’on s’efforce d’améliorer matériellement l’existence : la science invente tous les jours de nouveaux procédés pour alimenter, vêtir ou transporter les hommes : elle fabrique économiquement de mauvais produits pour donner au plus grand nombre des jouissances frelatées : il est vrai qu’elle apporte aussi des perfectionnements réels à la satisfaction de tous nos besoins.

Mais l’esprit, mais la pensée, mais le rêve, il n’en est plus question. L’art est mort.

L’art, c’est la contemplation. C’est le plaisir de l’esprit qui pénètre la nature et qui y devine l’esprit dont elle est elle-même animée. C’est la joie de l’intelligence qui voit clair dans l’univers et qui le recrée en l’illuminant de conscience. L’art, c’est la plus sublime mission de l’homme puisque c’est l’existence de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre.

Mais aujourd’hui l’humanité croit pouvoir se passer d’art. Elle ne veut plus méditer, contempler, rêver ; elle veut jouir  physiquement. Les hautes et les profondes vérités lui sont indifférentes : il lui suffit de contenter ses appétits corporels. L’humanité présente est bestiale : elle n’a que faire des artistes.

L’art c’est encore le goût. C’est sur tous les objets que façonne un artiste, le reflet de son cœur. C’est le sourire de l’âme humaine sur la maison et sur le mobilier. C’est le charme de la pensée et du sentiment incorporé à tout ce qui sert aux hommes (…)

Le caractère, c’est la vérité intense d’un spectacle naturel quelconque, beau ou laid : et même c’est ce qu’on pourrait appeler une vérité double : car c’est celle du dedans traduite par celle du dehors ; c’est l’âme, le sentiment, l’idée, qu’expriment les traits d’un visage, les gestes et les actions d’un être humain, les tons d’un ciel, la ligne d’un horizon.

Est laid dans l’art ce qui est faux, ce qui est artificiel, ce qui cherche à être joli ou beau au lieu d’être expressif, ce qui est mièvre et précieux, ce qui sourit sans motif, ce qui se manière sans raison, ce qui se cambre et se carre sans cause, tout ce qui est sans âme et sans vérité, tout ce qui n’est que parade de beauté ou de grâce, tout ce qui ment.

Quand un artiste, dans l’intention d’embellir la nature, ajoute du vert au printemps, du rose à l’aurore, du pourpre à de jeunes lèvres, il crée de la laideur parce qu’il ment.

Quand il atténue la grimace de la douleur, l’avachissement de la vieillesse, la hideur de la perversité, quand il arrange la nature, quand il la gaze, la déguise, la tempère pour plaire au public ignorant, il crée de la laideur, parce qu’il a peur de la vérité.

Pour l’artiste digne de ce nom, tout est beau dans la nature, parce que ses yeux, acceptant intrépidement toute vérité extérieure, y lisent sans peine, comme à livre ouvert, toute vérité intérieure.

Il n’a qu’à regarder un visage humain pour déchiffrer une âme ; aucun trait ne le  trompe, l’hypocrisie est pour lui aussi transparente que la sincérité ; l’inclinaison d’un front, le moindre froncement de sourcils, la fuite d’un regard lui révèle les secrets d’un cœur.

 

Auguste Rodin, L’Art.

 

 

Voir les commentaires

Le papillon monte au ciel comme un ivrogne : en titubant..

3 Avril 2019, 17:22pm

Publié par Grégoire.

Le papillon monte au ciel comme un ivrogne : en titubant..

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

 

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII

Voir les commentaires

Les femmes et Dieu (II)

31 Mars 2019, 20:24pm

Publié par Grégoire.

Les femmes et Dieu (II)

 «Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse » François, Pape.

Ayant grandi dans la patrie de la sainte de Lisieux, j’ai fait mien depuis longtemps ces passages que tous ses dévots répètent sans souvent rien comprendre de leur sublime insolence : « dans le cœur de l’Eglise, ma mère, je serais l’amour ». Ah oui, rien que ça ? Oui, pas seulement quelqu’un qui aime, mais l’amour lui-même ! Maintenant qu’elle a été diagnostiquée plus grande sainte des temps modernes on lit ces mots sans broncher, mais à l’époque où elle les écrit, c’était sinon insolent, du moins culotté !  C’est à cause de son sens de l’amour qui nous prend tout entier qu’elle se compare à Marie Madeleine « Voyez la Madeleine : elle en a consommé des hommes, jusqu'à rencontrer "à hauteur de cavalier", celui qui a su parler à son coeur. Et alors, mort ou vivant, elle ne le lâche plus… » rappelant que si elle n’avait pas été attirée au Carmel elle en aurait sûrement consommés plus que Marie Madeleine…*

Sacrée bonne femme qui d’une tout autre manière rappelle l’orgueil insolent de la pucelle d’Orléans qui tint tête à ce Cauchon, évêque de Lisieux, clamant à chaque début des jours de son procès : « je viens de Dieu et j’y retourne ». Manière de lui faire savoir : « bas les pattes mon coco, tu touches à moi, tu touches à Dieu ! » Malheureusement, ce Cauchon devait avoir autant de crainte de Dieu qu’une truie de se salir… C’est toujours la pauvreté d’esprit et le sens des femmes qui a fait défaut chez les hommes d’Eglise. Ou peut-être est-ce le même manque ? C’est certain que devant ce que Dieu a proclamé être son chef-d’œuvre, la raison masculine préfère souvent rester dans sa pusillanimité que de s’avouer ignorant. Faut pas charrier après tout, on était quand même là avant elles ! Eternel orgueil du droit d’aînesse ! Pourtant c’est trop souvent d’elles que viennent les plus profondes lumières : par exemple cette lettre que devrait apprendre chaque personne se réclamant de l’évangile et dont certains psychiatres admirent la finesse d’intelligence : « plus on est faible, sans vertus ni désirs, plus on est propre aux opérations de cet amour consumant et transformant...  il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d'esprit, où le trouver ? (Pas) parmi les grandes âmes, mais bien loin, c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ce qui plaît au bon Dieu, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor …». Bref, aimer simplement ses nullités et attendre d’être de plus en plus faible ! Pas très sexy ! Pourtant source de joie. Et, parce que ces lieux où on n’est plus capable de coopérer sont en nous les vraies portes ouvertes à l’action de l’Invisible : « toute notre vie n’est faite que d’échecs et ces échecs sont des carreaux cassés par où l’air entre ». Et enfin, y-a-t-il autre chose que l’amour qui mette à nu nos fragilités et vulnérabilités et qui nous rendent donc évangéliques ? « Vous tous qui m’écoutez, moi je vous dis : aimez ! » 

C’est certainement la première conversion que le monde attend -inconsciemment- de l’Eglise. Spécialement au pays de Nabilla et de ‘ses anges’.  Mais, peut-être faudrait-il que l’on arrête de seulement écouter les femmes que Dieu envoie, pour enfin les laisser nous prendre la main et nous montrer le chemin ? « Pour aller là où tu ne sais pas il faut passer par où tu ne sais pas » disait St Jean de la Croix

 

Grégoire Plus.

 

* "Cette femme (Marie Madeleine) a toujours exaspéré certaines catégories de gens. Aujourd’hui, elle exaspère les puritains, les intellectuels et les exégètes, comme jadis elle a exaspéré les pharisiens et, parmi les apôtres, Judas. Elle est trop grande, elle est trop près du Christ, elle comprend trop bien tout, elle aime trop, elle ne dit rien pourtant ou presque, mais elle offusque, elle scandalise. D’ailleurs, elle ne scandalise pas que les pharisiens ou les prêtres, par dessus tout elle porte sur les nerfs des médiocres. Elle voit grand, elle aime grand, elle ne frappe qu’aux portes dont le marteau est à hauteur de cavaliers » RL BRUCKBERGER, Histoire de Jésus-Christ, Paris 1965 p. 565 

 

Voir les commentaires

Publié depuis Overblog et Facebook et Twitter

29 Mars 2019, 15:57pm

Publié par Grégoire.

La beau chapeau de nos conquêtes roulera sur notre tombe, mais nos défaites nous avaient déjà ouvert la porte de l’éternel. Nous sommes plus grand que le monde.. nous sortirons vainqueurs de cette épreuve, vainqueur et balbutiant de fatigue. 

Le monde n’a que la puissance que nous lui donnons. On a fait du travail un malheur, et de l’absence du travail un malheur encore pire, parce qu’il faut aujourd’hui qu’on justifie de ce qu’on fait sur terre.. mais en vérité, on n’a pas à justifier, on n’a pas à rendre compte de notre existence, on est là parce qu’on est là ! Personne ne travaille plus qu’un chômeur ! Personne ! Personne n’est plus sujet à la pénibilité, à la dureté, à la souffrance d’un travail parfois vide de sens qu’un chômeur. Personne n’est plus employé qu’un chômeur. Il est employé à se détruire lui-même, jour et nuit, seconde après seconde. C’est le contraire de l’oisiveté le chômage.. ces mots ne sont pas des mots, en vérité ce sont des chiens qui sont dressés par les économistes et qui nous sautent dessus : le chômage, combien ça coute, on ne peut pas faire ça, le budget, un bilan, ces choses là qui sont lâchés vers nous par des meutes de gens ivres d’efficacité, ivrognes d’efficacité, ces choses là il faut d’abord les débaptiser. Il faut tout revoir. C’est pas très compliqué, il faut tout revoir. Ce qui est compliqué c’est quand il faut toucher une chose et laisser une autre à coté.. aujourd’hui c’est bien, parce qu’aujourd’hui le chaos est tellement grand qu’il faut tout revoir, donc c’est pas si compliqué.. 

C Bobin.

Voir les commentaires