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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Vulnérabilité à l'autre...

9 Janvier 2014, 10:51am

Publié par Fr Greg.

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Même entre nous, surtout entre nous, les phrases ne sont jamais innocentes. Jetées sur le papier, elles  perdent  la vibration qui en fait tantôt des flèches, tantôt, et c’est le plus fréquent, de fragiles esquisses d’une impossible fusion. Elles deviennent des passerelles qui s’attirent les unes les autres et aident à aller plus loin. Ce désir d’aller toujours plus loin n’est-il pas signe d’insatisfaction ? Je ne mets pas très haut la satisfaction, c’est tout ce que je puis répondre.

Tu es mieux installée que moi dans l’absolu et cette différence, dès le début de notre aventure, m’a mis en porte à faux et m’a stimulé. Si tu étais, comme moi, freinée par un parti pris de lucidité, tu ne m’apporterais pas le monde, tu ne m’apporterais qu’un autre regard, aussi froid que le mien.

Pourtant je n’ai pas toujours été ainsi. J’ai été un enfant très sensible. Dès ma seizième année,  j’ai pensé  que  cette sensibilité excessive me désarmerait, m’affaiblirait, me soumettrait aux cœurs plus durs. J’ai voulu réagir et je n’ai que trop bien réussi. Je me suis fait une carapace et n’ai pu m’en défaire. Ton arrivée en bourrasque dans ma vie m’a contraint à remettre en question le personnage que j’avais fabriqué. Cela n’a pas été sans peine ni profondes rechutes, tu le sais et en as assez souffert. Cependant grâce à toi je suis maintenant capable de céder à l’enthousiasme, sans provoquer le sourire narquois de mon censeur intérieur, dont je n’ai d’ailleurs plus cure.

La brèche irréversible a été faite dans mon système de défense et à travers elle tout ce que j’ai tenu à distance déferle, non pas des forces inconnues, des forces familières auxquelles je refusais le droit de cité et, au premier rang, le grand refoulé, Dieu.

Je ne m’efforce pas d’aimer Dieu comme je t’aime, je m’efforce de t’aimer comme je devrais l’aimer, lui, dans la simplicité et la confiance. Je ne puis supporter l’idée d’une concurrence entre Dieu et toi, idée plate et faible,  comme il en court beaucoup. Ce qui t’est donné n’est pas pris à quelqu’un d’autre. En t’aimant davantage, j’aime davantage Dieu et Dieu, cela inclut la nature et les hommes. Tu es le moyen qui m’est  donné pour aller jusqu’au bout. En me faisant responsable de toi, tu m’as fait responsable de moi.

Celle que les autres voient, la femme gaie, active, ensoleillé, ce n’est pas celle-là qui me dévoile ce qui est caché, ce qui même dévoilé,  reste obscur. C’est l’angoissée qui me fait toucher l’impalpable. Ta peur contenue, si mal contenue, me conduit vers le pays où les éclairs accentuent l’ombre. Tes silences me parlent du très grand et  très haut silence. Ta voix quand elle se brise, fracture le réel et, par cette faille, accourt toute la misère du monde. Grâce à tes yeux à la dérive, je vois ce que je refusais de voir,  qui est que l’homme est un être- pour- la- pitié(…)

Tu m’as appris à retrouver sur les visages des autres un peu de ta souffrance. Jadis je m’arrangeais pour ne pas trop la voir, pour faire la part de l’exagération et de la comédie. Maintenant des yeux qui vacillent me rappellent les tiens, je devine ce qu’ils cachent et j’ai envie de leur donner de l’assurance et de l’éclat.

 

 

Jacques de Bourbon Busset, Tu ne mourras pas.

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