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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Une histoire du mal...

28 Septembre 2012, 00:15am

Publié par Fr Greg.

NO COUNTRY FOR OLD MEN

 

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"Il n’y a pas de lieu pour les vieux hommes, pas de pays pour reposer en paix."

 

Le Mal est dans notre monde et c’est la vanité et la gourmandise des hommes qui le déclenche et l’appelle.

Ce film a quelque chose d’une version moderne du film « Le bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone. Le sheriff est le bon, Anton Chigurh la brute (un homme de parole qui poursuit ce qu'il a décidé, logique avec lui, sans que le réel n'est de prise sur lui), et Llewelyn Moss le truand, petit profiteur, toujours attiré par l’argent et qui se prend pour un dur.


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Mais ce film décrit et montre, à travers le personnage d’Anton Chigurh, à la question du Mal. Anton en est son incarnation, sa présence sur Terre. Le Mal tue tous ceux qui l’empêchent d’arriver à ses fins : soit des obstacles directs, soit des collatéraux ( le type en début de film tué pour sa voiture).


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Et ce mal est là où les hommes sont pris par leur quête idiote de vanités matérielles (la drogue, l’argent). Llewelyn Moss incarne ainsi chacun avec ses petites gourmandises aux conséquences immenses ! Car le Mal ne dévie jamais, il est insensible à la raison et aux arguments. Il tue parce qu’il l’a promis, il ne dévie jamais de sa route, il se tient aux règles qu’il a fixé. Si on nous le montre après l’accident c’est pour enfoncer le clou : une chemise contre de l’argent, toujours la même constance, la même logique imparable : le Mal quel que soit sa nuisance a ses principes sur lesquels la raison ou les sentiments n’ont pas de prise. Ce que l’on prend pour de la folie s’avère être un comportement suivant une logique interne imparable. Si on voit le Mal quitter la scène sans être inquiété c’est qu’il ne peut être vaincu, quoi que fassent les hommes, ils ne peuvent faire dévier le Mal de sa trajectoire : on ne peut éradiquer le Mal.

 

Lorsqu’on voit le tueur partir, on sent que les deux gosses commencent à s’entredéchirer pour un billet. Donc même si le mal part sans tuer ceux qu’il rencontre, il laisse de toute façon derrière lui le chaos : chaque rencontre avec le mauvais engendre le désordre et nuit irrémédiablement.

  

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Le monologue en début de film et au final du sheriff l’inscrit en héros désenchanté, en observateur du monde ; il est la présence de l’homme qui pâtit du mal sans pouvoir rien faire : il rêve de son père mais ce dernier passe devant lui sans le reconnaître, un peu comme pour lui dire qu’il est encore trop tôt pour qu’il quitte ce monde. Ce rêve est là pour lui dire que même dans les endroits les plus sombres (la montagne noire du rêve) on trouve une lueur d’espoir, souvent à travers quelqu’un qu’on aime.

 

Le plan final -le shérif discute avec son épouse en buvant un café, sans musique de fond- semble montrer qu’on ne peut rien faire face au mal qui s’abat, comme si on était dans une lutte qui nous dépasse…

 

Face à la présence du mal 

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Anton Chigurh est source de toute violence, parce qu’il l’a décidé et il tue tous ceux qui lui disent qu’il est fou : ce qu’il a pensé est la mesure de tout ce qui existe : l’orgueil absolu, implacable, silencieux, rusé, fascinant, puissant, efficace, arrivant à ses fins, logique et surtout semble être en paix totale en lui-même.

- Llewelyn Moss a peur de la violence, et la fuit. Mais son seul moyen de riposter contre cette violence qui le suit sans cesse, c’est d’utiliser la violence…

- le sheriff ne comprend pas la violence. Il part en retraite, désabusé de constater qu’on ne peut pas revenir sur ce qui est en route : « Dès que la politesse disparaît, le reste suit pas à pas ». Il laisse la violence s’étendre, et ne tente rien pour l’en empêcher : il laisse les Mexicains se barrer.

 

Chercher à connaitre le mal c’est l’appeler.

Une chose détermine ou non la survie des personnes qui croise Anton Chigurh… c’est le regard que ces futures victimes porte sur sa personne. Le fait même de voir le Mal en action, les condamne (contrairement à la femme du bungalow, qui ne se soucie guère des requêtes d’Anton Chigurh). Regarder le tueur et soupçonner sa nature c’est se condamner à en devenir la victime. Les seuls personnages du film qui s’en sortent sont ceux qui n’ont pas vu le mal : les 2 gosses n’y ont vu qu’une victime d’un accident de la route, la gérante y a vu un petit emmerdeur mais pas plus.


Une présence du mal qui se révèle toujours plus implacable

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Le sheriff ouvre le film en parlant de ses aïeux, de la violence « d’avant », qui semble contraire à celle « d’aujourd’hui » qui est totalement détachée, abstraite, gratuite. Le sheriff est là pour observer ce changement, se rendre compte qu’il ne comprend plus, qu’il est « submergé ». Lui qui est le symbole de la loi et de l'ordre, ne peut plus que subir cette présence du mal qui s'impose !

Dans le dialogue avec « l’homme aux chats », on lui rappelle que cette violence incompréhensible a toujours fait partie du monde, et que c’est le recul fourni par l’âge qui lui permet de la voir dans son époque. Cette violence, ce Mal, trouve son origine dans l’observation conférée par les années : or de cette incompréhension nait le dégoût, l’envie de se retirer, de disparaître. D’où le titre : « il n’y a pas de pays pour les vieux hommes », car ils prennent conscience du Mal qui ronge l’humanité dans son intégralité et non un pays et une époque donnée.


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D’où cette conclusion du sheriff : « Ça m’a amené à un moment de ma vie auquel j’aurais jamais pensé que j’arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l’affronter. Je sais qu’il existe. J’ai vu son œuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. »

Fr G.

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