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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Trouver le divin dans le presque rien

22 Février 2014, 10:21am

Publié par Fr Greg.

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Comment trouver le divin dans la faiblesse et le presque rien... ? Pour Christian Bobin, tout est ici, maintenant. Nul besoin d'aller voir ailleurs. Le tissu de la vie est profondément concret. Ce qu'on peut appeler “l'autre monde” est mêlé au nôtre comme la paille est tressée sur la chaise.

 

 « un surcroît de vie dans le manque ».

Tout est une question d'air et de respiration. C'est l'encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer. On a besoin de connaître des choses telles que l'ennui, le manque, l'absence, pour connaître la présence, la joie et l'attention pure. On a besoin d'une chose pour aller vers une autre. Par exemple, j'aime beaucoup les livres, mais j'ai remarqué que je trouvais les plus intéressants dans les toutes petites librairies perdues, qui n'en vendent que très peu ; comme si c'était là que certains livres m'attendaient depuis très longtemps. Alors que je ne les aurais pas vu dans un grand étalage, parmi mille autres choses. Cette pensée va dans le sens exactement inverse de celui qui a créé Internet. À la racine d'Internet, il y a le désir qu'on ait tout, tout de suite. Que surtout nul ne souffre plus d'un manque. Or, je pense que c'est une souffrance que d'avoir tout à sa disposition, sans intervalles. On devient soi-même comme une chose au milieu des choses. Alors qu'on a besoin que certaines vitres de la maison soient cassées. Et que le vent entre ! Besoin de certains défauts, de certains manques, de certaines brisures, pour pouvoir respirer.

 

Comment préciser sans trahir ? Vous avez plusieurs façons de voir le soleil. La voie scientifique vous met entre les mains des documents extrêmement nombreux, de plus en plus précis, qu'il vous faudra plus qu'une vie pour lire. Et puis, vous avez l'autre voie. Vous regardez autour de vous, vous voyez un pissenlit, et là, vous savez ce qu'il en est du soleil. Parce que la structure est la même. Le pissenlit, à mon sens, est comme un petit frère égaré du soleil. Il aime tellement son grand frère, qu'il s'est mis à lui ressembler. Dans l'infime, vous avez l'immense. La contemplation vous donne ce que l'information ne vous donnera jamais. La contemplation a besoin de s'appuyer sur du très peu, du très simple. Elle est semblable à ce royaume dont parle le Christ, qui est tout entier contenu dans un grain de sénevé.

« écrire, pour réparer l'irréparable »...

D'abord l'accepter l'irréparable. Le regarder. Le contempler en tant que tel. Ne pas chercher de consolations illusoires. Ne pas se précipiter pour venir en aide. Mais, d'abord, regarder, et si l'on est devant un mur, le voir. S'il est aussi haut que le ciel, le reconnaître. C'est quelque chose qui amène un profond changement intérieur. Cette « acceptation » n'est pas une résignation, mais une vue. C'est la vue qui guérit, la vision vraie. Pas l'illusion, même si parfois la vérité est que nous n'avons pas de solution. Mais le reconnaître, le formuler, change tout. Comme si savoir que la porte est fermée, et l'accepter, vous la faisait traverser ! Or, la racine de la vue, c'est la contemplation. Et la racine de la contemplation, c'est l'attention.

 

L'écriture évidemment a à voir avec ça. Les livres, je les aime depuis toujours. Ce qui est beau, c'est que les livres sont bâtis à la hauteur des mains. Un livre, c'est comme une porte qui ne serait pas plus grande qu'une main. Et, de l'autre côté de cette porte, il y a les anges. Voilà ce que sont les livres, en gros, je m'en suis aperçu très tôt. Mais ce n'est pas le cas de tous les livres, loin de là ! Certains livres, qualifions-les de « vrais », viennent en secours au lecteur. Ils viennent vers lui et ont la vertu de l'écouter. Pourquoi ? Il y a quelque chose dans une page qui est en train de me déchiffrer. Je crois la lire, et c'est elle qui me lit ! Les « vrais » livres sont toujours des livres de médecine, au fond. Ils sont guérisseurs. Parce que ce qui nous rend malade, ce sont souvent les mots. Soit que ces mots qui nous aient manqué. Soit qu'ils aient été d'une dureté insupportable. Mais ce que des mots ont fait, d'autres mots peuvent le défaire. C'est le langage qui souffre en nous, et qui nous fait souffrir. Et la matière des livres est un langage qui est, ou devrait toujours être profondément réparateur.

Christian Bobin