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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Travail, art, personne (VI)

21 Janvier 2012, 04:21am

Publié par Father Greg

 

 

cezanne2.jpgNous trouvons la nécessité du travail à tous les niveaux de l'activité vitale de l'homme. Il s'impose à l'homme, précisément parce que celui-ci est dépendant d'un devenir vital au niveau de la vie végétative : il doit croître, il naît dans une dépendance radicale à l'égard de sa mère. Il doit grandir, il dépend d'une famille qui dépend elle-même d'une communauté économique et politique. Ce premier devenir est capital.

 

L'enfant dépend d'une éducation : et celle-ci implique un enseignement maternel, puis un enseignement classique qui est tout de suite plus ou moins finalisé ; c'est l'acquisition des venus morales et des premiers habitus intellectuels. Là, le travail réclame normalement des éducateurs, des professeurs et des maîtres ; ceux-ci sont plus ou moins qualifiés quant à leur dignité morale, à leur finesse artistique, à leur sens scientifique ou même philosophique. Cela est d'une grande influence pour maintenir chez les jeunes qui leur sont confiés un véritable goût du travail. En effet, l'anorexie, cette maladie qui se développe aujourd'hui avec une telle force au niveau de la croissance biologique, existe aussi au niveau du développement de l'intelligence et de la volonté. On ne veut plus manger - c'est le premier travail ; on ne veut plus aller à l'école - c'est le second travail -, car on en est dégoûté : personne n'a su nous montrer la finalité du travail, comme ce qui nous permet d'acquérir telle qualité, la santé, l'autonomie intellectuelle, l'art, la tempérance. Si l'enfant ne veut plus faire l'effort de se nourrir, il se replie sur lui-même et s'enferme en lui. S'il ne veut plus faire l'effort d'apprendre à lire ou à écrire, il s'enferme en lui-même et devient de plus en plus dépendant. Avant d'être un artiste, ne faut-il pas travailler telle ou telle matière, être un artisan qui connaît sa fragilité, ses faiblesses, mais aussi ses capacités, ses virtualités ? Cela ne peut se faire que si on montre à l'enfant ce qu'il peut acquérir en travaillant, ce qu'il est capable de faire en s'appliquant à un travail intelligent. Cela se fait par le fait de voir un maître réaliser une œuvre belle, une œuvre utile ou une œuvre qui éveille l'intelligence du disciple parce qu'elle lui montre la grandeur et la beauté de la vérité.

 

L'acquisition de l'habitus d'art et la personne

 

II est évident que l'acquisition d'un habitus d'art, si faible qu'il soit, permet à la personne humaine de s'épanouir. C'est une conquête sur son univers, sur son milieu de vie, sur elle-même. Au heu d'être dépendante des autres et de demeurer dans cette dépendance, quand elle a acquis ces qualités artistiques, elle acquiert une possibilité d'être autonome, d'être libérée de ces dépendances et de réaliser elle-même tout ce qui est nécessaire à son épanouissement vital humain.

 

Précisons que si l'homme acquiert un habitus d'art plus parfait, plus noble, son univers s'élargit : il arrive à goûter plus profondément le caractère original de son univers. Non seulement l'univers physique, naturel, mais aussi l'univers humain, spirituel - univers de culture, de beauté, de vérité. L'artiste se crée un univers de beauté, d'harmonie. Quand on pénètre dans un atelier de peintre, on découvre tout un uni- vers d'homme ce n’est pas précisément l'univers d'un homme refermé sur lui-même, d'un petit-bourgeois, mais un univers d'artiste, son univers à lui qui a su transfigurer les diverses parties du monde qu'il a vues, regardées, contemplées. C'est alors un univers transfiguré qui loue dans le silence son Créateur. L'œuvre d'art n'est-elle pas « petite-fille » du Créateur (7), de sa sagesse, de sa magnanimité, de son étonnante fantaisie divine ? Là, on découvre comment l'art du peintre, quand il est vraiment source d'un renouveau, d'un achèvement de la lumière de l'univers, de ses jeux d'harmonie, de formes et de couleurs, donne vraiment à l'homme artiste une nouvelle pénétration de l'univers visible, une sorte de participation au regard du Créateur : il voit dans ce regard un jaillissement de lumière et d'harmonie de couleurs, que les hommes, ordinairement, ne voient pas, n'ont pas le temps de voir, de contempler.

 

L'artiste peintre a donc acquis dans sa personne humaine une acuité du regard très originale, il a acquis une capacité d'approfondir son expérience sensible de vision, de la rendre plus humaine, plus immédiatement symbolique. Par son habitus d'art pictural, il a acquis une possibilité de découvrir un sens nouveau de certaines harmonies de lumière et de couleurs et d'expliciter par son œuvre ce sens symbolique de la lumière et des harmonies (ou des ruptures) de couleurs et de figures. Il a en quelque sorte une nouvelle lecture des paysages et des figures humaines. Cela peut permettre une connaissance nouvelle, originale, du monde et des figures humaines : visages d'enfants ou de vieillards, dans la joie ou la souffrance. Cette connaissance peut dévoiler une profondeur nouvelle du monde physique, un drame latent, un appel à une libération, une exaltation, une gloire passagère, message d'une gloire éternelle ! Il y a donc bien quelque chose de nouveau du point de vue de la recherche de la vérité ; quelque chose qui demeure, certes, limité à la sensibilité, mais tout imprégnée d'imagination et de spiritualité, et même d'un appel vers l'infini. En ce sens, l'art pictural peut exalter notre sensibilité, la rendre humaine et même la glorifier. C'est bien du point de vue de la manifestation de la lumière que l'art de la peinture apporte quelque chose de nouveau et d'acquis à la personne humaine. C'est quelque chose de semblable à la gloire du prophète qui voit, qui proclame ce que les autres hommes ne voient pas, et qui annonce d’une manière humaine ce qui doit arriver ! 

 

Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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