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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Travail, art, personne (III)

18 Janvier 2012, 04:57am

Publié par Father Greg

 

Travail et respect de la matière

 

images--1-.jpgCela conduit à transformer même la vision qu'on peut avoir de la matière - ce qui est capable d'être transformé en coopérant à cette transformation. Elle demeure une causalité immanente et sera en quelque sorte un appel à découvrir de plus en plus les idées qu'on peut imaginer en vue d'une production toujours plus originale et plus utile immédiatement, et à chercher de plus en plus des instruments capables de réaliser ces transformations. Le respect initial de la nature-matière disparaît de plus en plus. Le vieil adage selon lequel « on ne peut pas faire n'importe quoi avec n'importe quoi » tend à disparaître, car on tend à pouvoir faire partiellement n'importe quoi de n'importe quoi. La nature matière ne détermine plus ce qui pourrait être mauvais, mais c'est uniquement l'idée du travailleur et ses instruments qui mesurent l'efficacité de son travail.

 

N'y a-t-il pas là une transformation radicale du travail - on peut même dire : une transformation substantielle du travail humain ? Car on ne regarde plus en premier lieu la coopération de l'homme avec la nature- matière, ce qui est exigé avant toute connaissance intellectuelle artistique. L'intelligence de l'artiste ordonne l'activité du travail et commande l'application volontaire pour son exécution actuelle, c'est-à dire pour la réalisation d'une œuvre ; l'œuvre est, ou bien une œuvre utile, nécessaire à la vie de l'homme ou facilitant son travail (un outil plus perfectionné, plus adéquat à l'œuvre), ou bien une œuvre agréable, belle à voir, à contempler. De ce point de vue, le travail est alors le moyen de réaliser une œuvre artistique, à partir de la nature-matière capable d'être transformée. Ce n'est donc pas le travail qui rend l'œuvre belle (agréable à la vue), mais la matière et la forme : Vidéo, qui commande, dirige le travail, rend l'œuvre belle (élégante) ou utile. Le travail, lui, est une causalité efficiente : il réalise la transformation de la matière, le passage d'une détermination à une autre détermination idéale. Et il se fait avec un outil plus ou moins parfait.

 

En lui-même, le travail est donc un mouvement, un devenir qui se réalise dans une matière extérieure à celui qui travaille. C'est un mouvement déterminé par une « idée artistique » (l’idea), et non plus par la nature elle-même. C'est pourquoi la transformation de la nature propre d'un être, sa croissance naturelle, n'est pas au sens propre un travail. Celui-ci provient toujours d'une cause efficiente extrinsèque. Il peut donc être violent quand, précisément, il n'est pas selon les exigences profondes de  a nature de celui qui est mû. Alors, le mouvement qui provient de l'artiste devient pour cet être un obstacle à sa propre croissance, et cause en lui un arrêt : il est violent en lui-même. Au contraire, si le mouvement qui lui vient de l'extérieur est en conformité avec sa propre fin, il vient aider sa propre nature à atteindre sa fin : c'est un ars coadjuvans naturam, selon l'expression de S. Thomas. Alors cet art, qui se réalise par un travail, est au service d'une réalité qui a besoin d'être aidée pour atteindre sa fin propre.

 

 Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.