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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

S'enfoncer dans le réel...

3 Décembre 2011, 04:54am

Publié par Father Greg

 

 

Plage_de_Normandie.jpg« En dehors du monde ? Mon bonhomme, pour qui te prends-tu ? Je n’ai qu’une chose à faire, je l’ai compris, pendant une longue insomnie, c’est de me plonger dedans jusqu’au cou. J’en ai assez de jouer au faux génie qui prend l’écorce pour le noyau, et d’une main indolente, se plaît à caresser l’épiderme de la planète. Je veux m’enfoncer dans le réel, dans ce qui vit, palpite, souffre, transpire, hurle de joie ou de terreur. C’est dans ce corps à corps que j’aurai une chance d’aller plus loin. Sinon, je vais dépérir dans ma petite angoisse confortable d’intellectuel au rabais.

 

C’est la résistance qui sera créatrice, la résistance que je rencontrerai de la part des gens et des choses et la résistance dont je ferai preuve en les affrontant. Le même mot désigne l’obstacle et le courage qu’il rend nécessaire. C’est un signe du langage pour nous faire comprendre que l’opération essentielle est de surmonter l’obstacle, qu’il soit extérieur ou intérieur, et que s’il n’y avait pas d’obstacle il n’y aurait rien. L’oiseau, dit le philosophe, s’imagine sans doute qu’il volerait plus vite s’il ne se heurtait pas à la résistance de l’air qui, en fait, le maintien.

 

(…) Comment étais-je avant d’avoir lu les élucubrations du charme ? J’arrive mal à m’en souvenir. Il me semble que je me posais peu de questions, je me contentais de vivre au jour le jour. Les petits tracas quotidiens suffisaient à m’absorber. Mes plaisirs et mes ennuis étaient également minces. Je menais une vie terne et paisible. Aujourd’hui c’est le contraire. Je ne vois que problèmes à résoudre, et problème d’une envergure cosmique. J’ai perdu toute modestie. Ma mégalomanie me fait peur. Et me rassure. Si elle me quittait, j’aurais l’impression de sombrer. Je suis intoxiqué par l’intellect, ce qui ne veut pas dire l’intelligence. Une journée où je n’ai pas reconstruit l’univers est une journée de perdue. »

 

 « L’illusion de la vocation à l’universel est la marque de l’homme. Est-ce une illusion ? Ce serait une illusion s’il existait une réalité indépendante de l’homme. Mais que signifie une réalité indépendante de l’homme ? Le réel, c’est ce qui est perçu ou conçu par l’homme. La réalité indépendante de l’homme, c’est encore une idée d’homme. Ainsi, je suis convié à l’universel, sans être obligé d’user de cette facilité. Beaucoup n’en usent point et se contentent de cultiver leur petit bout de jardin. Pour moi, c’est l’inverse. Je ne me reconnais rien qui me soit propre et j’aspire à dégager des lois, des maximes à portée universelle. Cette forme de dérèglement mental, je l’assume entièrement. C’est ma drogue. Parce que je ne m’intéresse pas à  moi-même, suis-je capable de m’intéresser activement à tout le reste ? Mon orgueil me souffle que le désintérêt pour soi est la condition nécessaire sinon suffisante pour comprendre le monde.

 

« Cet appétit métaphysique, je ne le contrarie pas. Au fond de moi je l’approuve. S’accomplir, c’est vivre une passion approuvée par le jugement intime. »

 

« Je désire une structure. Le désir d’une structure est la structure même du désir. »

Bourbon Busset,  L’audace d’aimer

 

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jeanduma 03/12/2011 15:31


Parler du réel fait parfois penser à un conseil d'administration d'entreprise se résignant à abandonner la morale pour "le réel", le cash.


Il me semble que c'est moins le réel qui est à chercher que le vrai, celui-ci devant se confronter de façon "réaliste" dans la création, physique et spirituelle.


Dieu est-il à chercher "dans le monde réel" ou dans le vrai ? St Augustin parle du Dieu en nous : peut-on en parler comme un "réel" au sens de Bourbon-Busset, je ne
sais, mais cette attente et ce murmure intimes sont surtout "vrai" si on réfléchit et aime de façon "réaliste", non ?


En même temps, l'aspect "confrontation" est très vrai : je suis étonné de l'affirmation solennelle du Credo qui commence par un refus (je renonce etc...). En cela, il me semble que cela conforte
le fait que Dieu est en nous à reconnaitre, et que cette intimité -trouvée dans le grand essorage du pardon-, veut se préserver de toute tache, de toute immiscion extérieure en nous...


Non ? Ou je débloque ?