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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Remarques pratiques sur la prière (3)

9 Février 2012, 04:03am

Publié par Father Greg

 

 

Georges-de-la-TourEst-ce à dire que la voie de la prière soit interdite à ceux qui n'ont pas su encore se donner totalement dans l'élan qui anime une vocation religieuse ? Ce serait doublement faux :

 

1. Parce que le domaine de nos intentions profondes est inconscient, et que nul ne peut jamais savoir « s'il est digne d’amour ou de haine » ;

 

2. Parce que la prière est offerte aux pires pécheurs comme une ressource universelle à laquelle tous sont invités. On ne peut pas communier sans intention droite et l’espoir fondé d'être en amitié avec Dieu, mais pour prier il n’est même pas nécessaire d'avoir la foi.

 

Alors ? Alors il faut en revenir au premier des sept points. Nous ne pouvons pas savoir à quelle profondeur se situe notre désir de Dieu, ni dans quelle mesure nous voulons sincèrement tout donner, mais nous pouvons toujours prendre ce don total et profond comme le bien essentiel que nous demandons dans la prière. Faute de savoir si nous avons tout donné, même avec l’impression que c'est loin d’être fait, plus encore peut-être avec l’impression (assez dangereuse) que c'est déjà fait, nous pouvons le demander, et le demander sans cesse... ou demander de le demander sans cesse : demander que la prière nous envahisse comme un raz-de-marée.

 

L'essentiel dans cette affaire est la persévérance, seul fruit visible à peu près infaillible de la profondeur de nos désirs. C'est pourquoi les théologiens notent la persévérance comme une des qualités essentielles de la prière toujours exaucée. Les autres qualités reviennent en somme à demander cet envahissement par la prière perpétuelle.

 

Nous ne pouvons pas savoir ce que vaut le fond de notre cœur, mais nous pouvons savoir assez clairement ce que signifie la persévérance pour nous efforcer de la pratiquer et vérifier que nous le faisons. La persévérance ne consiste pas à ignorer les défaillances ni même les périodes d'infidélité, bien qu'elle ait évidemment tendance à leur résister. La persévérance consiste essentiellement à reprendre inlassablement la route quoi qu'il arrive, après tout orage ou toute période de nonchalance. C'est la patience de l'araignée qui recommence indéfiniment sa toile à chaque fois qu'elle la voit détruite. C'est une ténacité secrète, intime et souple, aux antipodes de l'entêtement, de la raideur ou de l'enthousiasme. C'est une vertu foncièrement humble, et réciproquement l'humilité est foncièrement persévérante, elle ne se décourage jamais. C'est toujours l'orgueil qui se décourage, et lui seul.

 

Mais que faire si l'on se sent orgueilleux? Reconnaître qu'il y a deux hommes en nous, et libérer par la prière l'enfant de Dieu qui est humble. Dès qu'un orgueilleux commence à prier avec droiture, et surtout s'il demande l'humilité, il a déjà cessé d'être orgueilleux. Qu'il persévère dans cet effort, et la partie sera infailliblement gagnée. Mais que justement le retour plus ou moins fréquent de ses accès d'orgueil ne le décourage pas : cette ténacité dans l’espérance sera le plus puissant et le plus efficace de ses actes d'humilité.

 

Ce que je viens de dire de l'orgueil peut se dire à plus forte raison de tous les obstacles moins graves, de toutes les passions et de toutes les trahisons qui nous détournent inlassablement de la prière. Si le retour à la prière est inlassable lui aussi, la victoire lui est promise.

 

Je n'en dirai pas davantage pour cette fois-ci, les bases que je vous offre ici étant à mes yeux le plus important. Avant de savoir comment prier, il importe bien plus de savoir comment « ne jamais se lasser », ne jamais se décourager. Tous les conseils que je pourrai vous donner, et tous ceux que vous offre l'Église, ne vous délivreront pas de l’impression de ne pas savoir prier. Bien au contraire cette impression augmente avec la profondeur même de la prière, et Saint Paul reconnaît le premier que nous ne savons ni comment prier ni même ce qu'il faut demander. Il ne s'agit donc pas de chercher à sortir d'une telle impression, ce qui serait se mettre à la recherche d'un état de satisfaction particulièrement dangereux et proche du pharisaïsme. Il s'agit au contraire de découvrir progressivement ce que Dieu nous demande, avec une telle acuité qu'on ne s’inquiète même plus de savoir si l'on prie bien ou mal, emporté par le désir que la prière envahisse tout : non pas notre prière, mais cette réalité qui vient de Dieu et qui est la prière de Dieu en nous, le gémissement inénarrable de l'Esprit-Saint...

 

                                                             Lettre du Père Molinié à ses amis

                                                             La douceur de n'être rien (Ed. Pierre Téqui)

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Véronique 27/02/2012 14:27


"C'est pourquoi les théologiens notent la persévérance comme une des qualités essentielles de la
prière toujours exaucée"


J'ai une question ! (au passage, merci infiniment pour ce blog que je découvre et dont la lecture m'aide beaucoup) J'ai lu que la petite Thérèse avait prié toute sa vie pour que sa cousine ait un
enfant et que cette dernière n'en avait finalement jamais eu. J'ai lu aussi dans une de ses lettres à cette cousine que Thérèse disait "Je ne doute pas que tu seras exaucée". Est-ce que ce n'est
pas contradictoire avec ce que notent les théologiens ?


J'avoue que je suis perdue...


Merci beaucoup de votre réponse !