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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Remarques pratiques sur la prière (2)

8 Février 2012, 04:57am

Publié par Father Greg

images-1.jpg3. À l'inverse de l'oraison, qui par définition implique une certaine durée et un effort pour persévérer dans cette durée, l'élan vers Dieu est essentiellement instantané. Il se traduira volontiers par ce que les auteurs spirituels des siècles passés appelaient l'oraison jaculatoire.

 

Ce mouvement intérieur, que je répugne à nommer un exercice mais qui peut impliquer néanmoins qu'on s'exerce à le faire souvent, est au moins aussi important que la pratique de l'oraison. Il offre sur celle-ci l'avantage de ne réclamer aucun loisir, aucune abstraction des travaux de ce monde, et même aucune disposition intérieure favorable au recueillement. Au contraire, ce seront souvent les états de conscience les plus « chahutés », les plus obsessifs, les plus douloureux, qui se traduiront le plus facilement aussi par des appels au secours et des gémissements vers le Sauveur (la Sainte-Vierge, les Anges gardiens... enfin tous ces gens-là).

 

4. Il existe une dernière forme de prière, la plus précieuse et la plus profonde de toutes, vers laquelle toutes les autres doivent tendre à nous acheminer. C'est la prière permanente et plus ou moins consciente de ceux qui sont habités par Dieu avec suffisamment de force pour ne jamais pouvoir échapper totalement à son emprise, même psychologiquement. Cette forme de prière est essentiellement un don de Dieu, mais c'est à force de persévérer dans les trois autres que l'on obtient de la recevoir.

 

Quiconque se met à prier doit être animé par le désir de recevoir un tel don, c'est-à-dire le désir de prier rigoureusement tout le temps et sans se lasser, comme dit l'Évangile. Sur ce point il n'est pas possible de transiger: c'est le caractère tout à fait absolu de notre désir, et lui seul, qui nous autorise et nous oblige à ne jamais nous décourager du médiocre succès de nos efforts, en particulier lorsque nous sommes obsédés par quelque tentation ou emportés par quelque tourbillon plus ou moins durable qui rend le recueillement impossible.

 

Les indications que je vous offre en ce moment concernent donc au moins autant le premier point des sept (tourment du don total à Dieu) que le cinquième (la prière). La véritable raison de nos échecs dans le domaine de la prière, c'est le manque d'absolu dans notre désir de Dieu et dans notre don à Dieu. Ou plutôt c'est la raison pour laquelle nous appelons échec ce qui ne mérite pas d'être appelé ainsi, et voilons notre regard devant le véritable échec de notre vie de prière.

 

Je m'explique. Le combat que constitue notre recherche ou notre fuite de Dieu se situe au plan tout à fait intime et invisible de l'intention qui anime notre cœur. Ceux qui ont vraiment le désir de se donner à Dieu gémissent longtemps de ne pas y parvenir - et de fait ils n'y parviennent pas, mais ils ne gémiraient pas s'ils n'avaient pas le désir profond et lancinant de tout donner, c'est-à-dire l'intention efficace qui décide en fin de compte de toute notre vie, qui fait de nous des fils et des amis de Dieu, non des étrangers et des mercenaires.

 

Ceux qui ont ainsi tout donné parce qu'ils ont soif, et qui ont soif parce qu'ils ont tout donné (au plan de l'intention), ont facilement l'impression désespérante d'échouer dans leur effort de prière et de recueillement, précisément parce qu'au fond d'eux-mêmes ils voudraient que ce recueillement soit perpétuel, absolu, dévorant et définitif comme un engloutissement dans l'Océan : ce qui n'est évidemment pas pour cette terre. Pour eux, cet « échec » n'est même plus un échec, c'est un exil sans nom, une détresse parfois apaisée (mais fugitivement), une soif dévorante et en même temps une espérance irrépressible qui anime leur joie.

 

Au contraire, ceux qui veulent faire « sa place » à la prière, une place honnête, une place sérieuse, une place d'honneur, sans désirer vraiment (consciemment ou inconsciemment) que cette prière envahisse tout, balaie tout et les emporte finalement vers le désir de se dissoudre dans la mort pour être avec le Christ, et qui essaient avec cela de réussir à prier... ne peuvent réussir, ni d'ailleurs échouer, qu'à un niveau tout à fait superficiel beaucoup moins important qu'ils ne le croient. Leur véritable échec est ailleurs, au niveau intime où ils ne comprennent pas ce que veut dire prier selon l'esprit de l'Évangile, qui est rigoureusement totalitaire.

 

                                                                        Lettre du Père Molinié à ses amis

                                                                        La douceur de n'être rien (Ed Pierre Téqui)