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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qui est Dieu ?

12 Mars 2012, 04:58am

Publié par Father Greg

imgres-2.jpegDepuis la catastrophe, je pense souvent à mon ami Arturo Nogueira et aux conversations que nous avions dans les montagnes au sujet de Dieu. Nombre de mes amis survivants affirment qu’ils sentaient Sa présence dans les Andes. Ils croient que dans Sa miséricorde, il nous a permis de survivre, en réponse à nos prières et ils sont persuadés que c’est Sa main qui nous a reconduits chez nous. J’ai un profond respect pour leur foi, mais très honnêtement, malgré l’intensité de mes prières, je n’ai jamais senti la présence de Dieu. Ou tout du moins, pas telle que l’imaginent la plupart des gens. J’ai senti quelque chose de plus grand que moi, quelque chose dans les montagnes, dans les glaciers et dans le ciel brillant qui, dans de rares moments, me rassurait, me donnait le sentiment que le monde était ordonné, aimant et bon. Si c’était Dieu, alors ce n’était pas Dieu en tant qu’être, esprit ou autre présence omnipotente et surhumaine. Ce n’était pas un Dieu qui choisissait de nous sauver ou de nous tourner le dos, d’intervenir pour changer notre situation d’une manière ou d’une autre. C’était juste un silence, une entité, d’une simplicité fabuleuse. J’y avais accès par le biais de mon amour, et j’ai souvent pensé que lorsque nous ressentons ce que nous appelons l’amour, c’est en réalité notre lien avec cette présence imposant que nous ressentons. Je la sens encore quand je vide mon esprit et que je me concentre. Je n’ai pas la prétention de comprendre ce qu’elle est, ou ce qu’elle attend de moi. Je ne veux pas comprendre ces choses-là. Un Dieu que l’on pourrait comprendre, qui nous parlerait à travers l’un ou l’autre des livres saints, qui dirigerait nos vies en fonction d’un plan divin, comme si nous n’étions rien d’autre que des marionnettes, ne m’intéresse pas. Comment pourrai-je accepter un Dieu qui maintiendrait une religion au-dessus de toutes les autres, qui répondrait à telle prière et ignorerait telle autre, qui ramènerait seize jeunes hommes chez eux et en laisserait vingt-neuf autres morts sur la montagne ?

A une époque, je voulais comprendre ce Dieu-là, mais j’ai fini par m’apercevoir que je désirais seulement la certitude rassurante que mon Dieu était le Dieu véritable, qu’il finirait par me récompenser de ma fidélité. A présent, je comprends que la certitude –à propos de Dieu ou d’autre chose – est impossible. Je n’éprouve plus le besoin de savoir. Lors des inoubliables conversations que j’ai eues avec Arturo avant sa mort, il m’avait dit que la meilleure façon de trouver la foi était d’avoir le courage de douter. Tous les jours je me souviens de ses paroles, je doute, j’espère, et ainsi, à ma façon, je tente de me rapprocher de la vérité. Je continue à récite les prières de mon enfance, les Notre Père, les Je vous salue Marie, mais je ne crois pas qu’un père sage et céleste soit assis à l’autre bout du fil et m’écoute patiemment. Non, j’imagine plutôt l’amour, un océan d’amour, la source même de tout amour, je m’efforce de diriger ce flot vers mes proches, en espérant ainsi les protéger et les lier à moi pour l’éternité, en nous reliant à ce qu’il y a dans le monde éternel. C’est là une chose très intime, et je n’essaye pas de l’analyser. Ce que je ressens me plaît beaucoup. Quand je prie de cette manière, j’ai le sentiment d’être relié à quelque chose de bon, d’entier et de puissant. Depuis mon expérience dans les montagnes, je sais mieux qui je suis et ce qu’être humain signifie. A présent, je suis convaincu qu’il y a quelque chose de divin dans l’univers, et je ne le trouverai que par le biais de l’amour que je porte à ma famille et à mes amis, en m’émerveillant d’être en vie. Je n’ai pas besoin d’une autre forme de sagesse ou de philosophie : mon devoir est de remplir le temps dont je dispose sur cette terre avec autant de vitalité que possible, de m’efforcer de devenir de plus en plus humain au fil des jours, et de comprendre que nous ne sommes humains que lorsque nous aimons. Je me suis efforcé d’aimer mes amis avec loyauté et générosité. J’aime mes enfants de tout mon être. Et j’aime ma femme d’un amour qui a rempli ma vie de sens et de joie. J’ai beaucoup perdu et j’ai été comblé d’immenses consolations, mais peu importe à présent ce que la vie me prendra ou me donnera, une certitude éclairera toujours ma vie : j’ai aimé passionnément, sans retenue, de tout mon cœur et de toute mon âme, et j’ai reçu de l’amour en retour. Cela me suffit.

 

                                   Miracles dans les Andes, Nando Parrado