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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qu'est-ce que le beau?

7 Mai 2011, 05:47am

Publié par Father Greg

 

 

vincent-van-gogh-amandier-en-fleurs.jpg« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition et tâchez de concevoir un beau banal !

 

  Or, comment cette bizarrerie, nécessaire, incompréhensible, variée à l’infinie, descendante des milieux, des climats, des mœurs, de la race, de la religion et du tempérament de l’artiste pourra-t-elle jamais être gouvernée, amendée, redressée par les règles utopiques conçues dans un petit temple scientifique quelconque de la planète, sans danger de mort pour l’art lui-même ?

 

  Cette dose de bizarrerie qui constitue  et définit l’individualité, sans laquelle il n’y a pas de beau, joue dans l’art (que l’exactitude de cette comparaison en fasse pardonner la trivialité) le rôle du goût ou de l’assaisonnement dans les mets, les mets ne différant les uns des autres, abstraction faite de leur utilité ou de la quantité de substance nutritive  qu’ils contiennent, que par l’idée qu’ils révèlent à la langue. »

 

Baudelaire, Exposition universelle (1855).

 

 

Ainsi, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? A coup sûr, cet homme  tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active, toujours voyageant à travers le grand désert d’hommes, a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance. Il cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité ; car il ne se présente pas de meilleur mot pour exprimer l’idée en question. Il s’agit pour lui de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire.

 

  […]La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel, l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont revêtus des costumes de leur époque. Ils sont parfaitement harmonieux, parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard, le sourire (chaque époque à son port, son regard, son sourire) forment un tout d’une complète vitalité. Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n’avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l’unique femme avant le premier péché.

      03 Georges de La Tour

  En un mot, pour que toute la modernité soit digne de devenir antiquité, il faut la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement en ait été extraite. »

 

Baudelaire, « Le Peintre de la vie moderne » 1863

 


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