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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qu'est-ce que juger ? Et comment juger...?

4 Septembre 2012, 01:14am

Publié par Fr Greg.

 http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/08/presume-coupable-affiche.jpg

 

 

 

Le film raconte le calvaire d'Alain Marécaux - "l'huissier" de l'affaire d'Outreau - arrêté en 2001 ainsi que sa femme pour d'horribles actes de pédophilies qu'ils n'ont jamais commis. C'est l'histoire de la descente en enfer d'un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l'histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque.

 

Comment aborder un film relatant la terrible erreur judiciaire de l'affaire d'Outreau ? Le sujet pourrait se révéler casse-gueule tant il reste encore gravé dans toutes les mémoires, tant il a déchaîné les passions au début des années 2000. Pour son deuxième long métrage après Comme les autres, Vincent Garenq a choisi de s'attaquer avec Présumé coupable à cette histoire en se basant sur le témoignage d'un des accusés à tort d'Outreau, Alain Marécaux. Une terrible descente aux Enfers pour un homme accusé d'actes aussi ignobles les uns que les autres et qui n'aura, comme douze autres prévenus, bénéficié à aucun moment de la présomption d'innocence. Il faut bien avouer que la gravité des faits qui étaient reprochés dépassait l'entendement mais, même dans l'opinion publique, Alain Marécaux et ses compagnons d'infortunes, ont tout de suite été jugés coupables. Forcément la parole d'un enfant prime avant tout.

 

Dès les premières images de Présumé coupable, Vincent Garenq nous embarque dans la réalité. Il plante le décor : la perquisition chez la famille Marécaux, l'arrestation des parents, l'enlèvement des trois enfants, la mise en garde à vue sans que les intéressés sachent vraiment pourquoi, le juge d'instruction froid et déjà rempli de certitudes, l'attitude des policiers puis celle des médias... Vincent Garenq choisit le réalisme et ne cherche pas à édulcorer ou user d'artifices pour raconter l'histoire du point de vue de Marécaux. C'est brut, froid.

 

Alors évidemment, on ne peut pas être insensible à ce que nous raconte Vincent Garenq et par son intermédiaire Alain Marécaux. Il faudrait être inhumain pour ne pas ressentir de l'empathie mais cela ne s'arrête pas là. On passe par toute une palette d'émotion, au rythme de ce que l'accusé a subi tout au long des trois ans de son « calvaire ». On est tour à tour en colère, triste, outré, indigné, abasourdi par l'implacable machine judiciaire et humaine qui s'abat sur Alain Marécaux. Comme lui on se sent impuissant, on ressent l'injustice, le dégout... Mais tout cela sans dépasser le cadre de la réalité brut sans pathos, l'une des grandes forces du film.


Autre qualité de Présumé coupable, son interprète principal, Philippe Torreton, qui fait beaucoup plus qu'incarner Alain Marécaux. Il est l'accusé d'Outreau. L'acteur livre une performance rare et juste. Une implication telle qu'il a été jusqu'à perdre 27 kilos pour coller au mieux à ce que Marécaux a vécu et subi durant sa détention, entre tentatives de suicide, grève de la faim, éloignement de sa famille, divorce, une première condamnation et enfin l'acquittement...

 

A travers la vision d'un seul homme et de son vécu, Vincent Garenq livre un film fort qui vaut non seulement le détour par son côté documentaire que son histoire finalement tellement incroyable qu'elle ne serait certainement jamais sortie de l'esprit d'un scénariste. Et si grâce à la « fiction », un homme meurtri peut terminer sa reconstruction, dix ans après être tombé dans les abymes, c'est déjà l'essentiel.


Olivier CORRIEZ

http://lci.tf1.fr/cinema/presume-coupable-5670371.html