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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

"Porter jusqu’au terme, puis enfanter : tout est là..."

1 Mars 2011, 17:12pm

Publié par Father Greg

 


«Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses.»

 

 

 

  Waves-breaking-on-a-lee-shore-by-Joseph-Mallord-Turner.jpg  "Seul celui qui est prêt à tout, et n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante, et épuisera sa propre existence.

 

Si l'on se figure cette existence de l'individu comme une pièce plus ou moins grande, on voit que, pour la plupart, les gens n'apprennent à connaître qu'un coin de leur pièce, une place à la fenêtre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi trouvent-ils une certaine sécurité.

 

Et pourtant, elle est tellement plus humaine cette insécurité pleine de dangers qui, dans les histoires de Poe, pousse les prisonniers à palper les formes de leurs terrifiants cachots, et à n'être pas étrangers aux indicibles effrois de leur séjour. Mais nous ne sommes pas prisonniers.

 

Nuls traquenards ni pièges ne sont autour de nous disposés; rien n'est là qui doive nous faire peur ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de surcroît, grâce à cette adaptation millénaire, nous en sommes venus à ressembler à cette vie, au point que, lorsque nous restons immobiles, c'est à peine si, par un heureux mimétisme, nous nous distinguons de tout ce qui nous entoure. Nous n'avons pas de raison d'avoir de la méfiance contre notre monde, car il n'est pas contre nous. S'il est en lui des effrois, ce sont nos effrois; S'il est en lui des abîmes, ces abîmes nous appartiennent; des dangers se trouvent-ils là, nous devons essayer de les aimer.

 

Et pour peu que nous disposions notre vie selon le principe qui nous conseille de nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra le plus familier, le plus fidèle. Comment nous faudrait-il oublier les vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, ces mythes de dragons qui, à l'instant suprême, se métamorphosent en princesses?

 

Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions."

 

 

 Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

  

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V 01/03/2011 21:43



On crève d'essayer de se suffire à soi-même. Nos ressources cachées ne se révèlent qu'à travers l'autre, en particulier celui que l'on aime, dans le couple. C'est le regard aimant et confiant de
l'autre qui nous fait sortir de nous même et vivre "la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante". La difficulté est d'être prêt à donner et recevoir ce regard. Dieu nous le donne
et nous essayons de le recevoir et de l'imiter...L'espérance que "ces mythes de dragons ... se métamorphosent en princesses" fait tenir bon !?...