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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Notre pauvreté, un levier pour Le laisser nous remettre debout !

23 Mars 2012, 04:44am

Publié par Father Greg

 

 

eugene-delacroix-le-bon-samaritain.jpgIl est une vraie vertu à tomber, et à se faire mal en tombant : celle de reconnaître notre fragilité radicale, de comprendre notre pauvreté constitutive. On se croit facilement riche de tout, c’est-à-dire n’ayant besoin de personne, autosuffisant, alors qu’un pauvre manque radicalement de tout. On aura donc grand soin de remercier lorsqu’une épreuve sérieuse viendra, telle un grain de sable dans la belle mécanique huilée de notre vie, nous faire trébucher et passer de notre riche suffisance à un état malade, ou dépendant, ou ruiné, ou affectivement blessé. On aura grand soin de remercier lorsque cette épreuve viendra nous faire échouer, même simplement tenir debout, à rester digne, à rester honnête, à rester droit, à garder l’honneur ou la reconnaissance, ou à se débarrasser de tout autre vain attachement avec lequel notre vanité ou nos anxiétés nous enchaînent. On aura soin de remercier d’autant plus que cette épreuve nous paraît insurmontable, au-delà de nos forces ou injuste, car en réalité, en nous révélant notre pauvreté radicale, cette épreuve acceptée dans l’humilité peut se transformer et devenir le levier par lequel le Tout-Puissant pourra nous remettre debout, devenir la prise par laquelle il pourra se saisir de nous pour nous tirer du fond de notre trou. Je ne résiste pas à recopier pour vous les offrir ces quelques mots magnifiques de Charles Péguy :

             « Les ‘honnêtes gens’ ne mouillent à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont points de défauts eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché. Parce qu’ils ne sont pas blessés ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramasse. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé »

 

Voilà… Il venait de me ramasser. De m’essuyer le visage. De m’élever presque jusqu’à Lui. De me faire renaître. Parce que j’étais sale.

 

          Jean-Marc Potdevin, Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu.

http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=297