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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Notre impuissance, lieu de la rencontre de Dieu

25 Juin 2012, 03:37am

Publié par Father Greg

 

« Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour...ainsi, je serai tout….ainsi  mon rêve sera réalisé ! »

 

HONTHORST, Gerrit van5

Quand Thérèse dit qu’elle « sera tout », ce n’est pas le tout de la philosophie hégélienne ; il s’agit au contraire du réalisme de l’amour, l’amour de charité qui « est tout » puisque, étant ce qui ordonne notre volonté vers sa fin ultime et,  par notre volonté, les actes de toutes nos vertus, il peut et il doit être présent partout. Quand les théologiens disent que la charité est la « la forme de toutes les vertus, » c’est cela qu’ils veulent exprimer, dans leur langage de théologiens que souvent nous comprenons mal. Thérèse prend un langage très simple : l’amour est présent à tout et c’est par là que Jésus prend possession de toute notre vie, de tout nous-mêmes. L’amour est victorieux de tout. Quand la lutte est très forte, quand la souffrance et la tristesse sont très fortes, il faut que l’amour soit victorieux, parce que le démon se sert de la tristesse et de la souffrance, telles quelles sont présentes dans notre psychisme humain ( c'est-à-dire dans notre sensibilité humaine et notre imagination, où elles se transforment en angoisse) ; il voudrait que cette souffrance et cette tristesse arrêtent l’amour, qu’elles soient comme un mur qui nous empêche d’aller plus loin et nous fasse nous replier sur nous-mêmes. En effet, la souffrance et la tristesse risquent toujours de nous replier sur nous-mêmes en arrêtant l’élan de notre cœur. C’est là qu’il faut comprendre que la victoire du Christ, la victoire de l’Esprit Saint, se réalise au plus intime de notre cœur. Même les souffrances les plus aiguës, même les tristesses les plus profondes de l’agonie, tout peut être transformé par l’amour ; c’est bien ce que Thérèse nous montre, elle a pu dire à la fin de sa vie : « la souffrance est devenue mon Ciel ici-bas ».Elle peut donc dire que l’amour est la voie, puisque c’est par l’amour- l’amour qui nous vient de Dieu, l’amour du cœur du Christ- que tout se transforme et prend un sens divin ; L’amour humain ne peut pas être victorieux de cela ; c’est toute la différence entre l’amour divin et l’amour humain. L’amour humain a un mode intentionnel ; il peut lutter contre la tristesse et la souffrance, et quand c’est un véritable amour d’amitié il est beaucoup plus fort parce qu’on est deux à lutter, mais il reste que l’amour humain n’est pas substantiel. Tandis que l’amour divin, étant substantiel, peut être victorieux de tout ; c’est cela que Thérèse a saisi avec une extrême vacuité.


Thérèse a trouvé le secret de « s’approprier » la flamme de l’amour divin, elle reconnait qu’elle n’est « qu’une enfant, impuissante et faible », mais c’est sa faiblesse même, nous l’avons vu, qui lui donne l’audace de s’offrir en victime à l’amour de Jésus. Tout est là et c’est dit avec une très grande netteté. C’est un abandon total dans l’amour, et c’est une audace, donc un désir, car il n’y a pas d’audace sans désir (c’est le désir qui rend audacieux). C’est même une audace prodigieuse, celle de l’enfant ; « si vous ne devenez pas comme des tout-petits, vous n’entrerez pas  dans le royaume des  Cieux ».Thérèse veut entrer tout de suite dans le Royaume des Cieux, le Royaume de Dieu, et c’est pour cela qu’elle a cette audace. Elle y entre sans y être encore tout à fait, sans être « au port », mais il y a chez elle cette audace divine de l’espérance propre à l’enfant. Car ce qui caractérise l’enfant, c’est que ses désirs sont toujours plus grands que l’expérience qu’il a déjà faite, qu’il a déjà vécue. Si l’homme adulte a tendance à en rester toujours à sa prudence, c’est que ses audaces sont mesurées par son « vécu » ; quant au vieillard, il juge tout en fonction de son passé, il se réfère toujours au passé. Ce qui fait l’audace du tout-petit, c’est qu’il dépasse ce qu’il a vécu, il est toujours au-delà, et il attend plus-« demain, demain » dit l’enfant. Pour Thérèse, le « demain » c’est la venue du Christ, c’est Jésus qui vient. « Voilà son demain ».  

                                                             L’acte d’offrande,  Marie Dominique Philippe.