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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Notre fragilité : motif de désespoir ou porte ouverte sur un autre réel ?

12 Mai 2011, 05:58am

Publié par Father Greg

 

 

girlLorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, le constat est décapant : il y a notre personne apparente, celle qui va bien, celle qu’on montre aux autres et à nous-mêmes, et il y a une personne en nous -qu' on pourrait appeler notre enfant intérieur- qui, très souvent, est complètement dévastée. Ce n'est pas de l’introspection malsaine ou de l'apitoiement.  Cet enfant est semblable à ces enfants des rues qui ont grandis trop vite et qui errent dans les villes. C'est un mendiant d'amour, cet amour qu’on n'a jamais reçu pendant notre enfance parce que personne sur terre ne pouvait nous le donner, et qu’on cache aujourd’hui dans un excès de biens matériels ou d’overdose d’affectivité.

 

            Et maintenant,  est-ce trop tard ? Il semble qu’on pourrait recevoir toutes les vagues d'amour possibles, elles passeraient, trop tard, sur un corps d'enfant déjà noyé.

 

Est-ce qu'on ne vit pas tous, de manière diverse, cet abîme, cette expérience d’angoisse ? Un certaine connaissance personnelle nous révèle un autre monde derrière des masques de conventions et de politesses trop utilisées. Trop souvent, se dévoilent des odeurs de désespoir, plus ou moins cachées, rampantes, mais très présentes. Et, il faut le reconnaitre, on ne veut pas le voir. On refuse de le voir. On se le cache. Alors que très bizarrement, presque tous le portont en nous. C’est comme, quelque chose de brisé à l'intérieur... N’est-ce pas comme un lien premier avec notre père qui est perdu ? On a perdu ce lien originel avec notre source... et cette brisure fait que nous sommes tous, plus ou moins, errants, des orphelins, des hommes à doubles têtes.

 

Certains –et ils sont nombreux - sont comme des forcenés pour se le cacher : on s’est délivré de la culpabilité que produisait les avatars de notre errance, par un hédonisme et un narcissisme qui se révèle être un vice des plus exaspérants aujourd’hui– la bonne conscience. Nous sommes très contents de nous. Trop contents.

 

D'autres remplissent ce vide et ce manque par un excès de déterminations et d'activités. D’autres se durcissent ou se rattachent à une forme qui les sécurise ou qui dictent leur rapports sous forme d’une espèce d’impératif catégorique : « il faut que…»  Jusque dans notre manière d’aimer, ou dans la plus simple manière de vivre, ce drame est présent.

 

Et on se cache, on se masque, refoulant sur notre passé, notre enfance, ce manque, cette angoisse que tout notre être porte…  et refusant, dans une course en avant, dans un optimisme imaginaire, alimenté par toute sorte d’idéal et de mythes d’un grand soir politique, d’un salut tout humain, aussi affectif qu’irréel, de voir qu’on est rongé de l’intérieur, que quelque part ‘tout fout le camp’... 

 

« Tout fout le camp ? » ‘Mais, non, mais nôôn… vous plaisantez, pas pour môa…’ Nous sommes si vite satisfaits… Et on se fait des 'replâtrage' maisons, on se fait des ravalements, pour ‘sauver la face’, se rassurer… bouchant alors toutes possibilitées pour la lumière de s’insérer… on ne peut rien faire, il n'y aucune lumière qui ne peut pénétrer, et alors, on se gratifie par une espèce de langage pieux ou de discussion molle de bourgeois bien-pensants...  

 

Faut-il s’en vouloir ? Ce serait encore du désespoir… ne faut-il pas, en effet, un sacré courage pour accepter qu'on est, dans notre nature, des êtres, oui, imparfait sinon malades, qui ne peuvent se tenir debout par eux-mêmes... et, c'est peut-être ça un sage: celui qui accepte d'être un pauvre, un mendiant du réel. Celui qui n’a pas peur de ses fragilités et qui vient mendier de l’aide, qui s’en sert pour se lier, dans une dépendance inégale, d’un mendiant envers celui qui le sauve, mais qui alors permet à un autre de s’introduire dans son monde.

 

C'est toujours un peu notre lutte ici suivant le milieu dans lequel nous émergeons. Nous évoluons et grandissons dans des cultures fatalistes avec pour elles quelque chose de l’enfant, ou immatures et alors avec parfois une espèce d’innocence, ou critiques à l'excès mais avec une très grande lucidité;

Résultat: -soit on navigue à vue en craquant ou en se plaignant régulièrement que nos droits ne sont pas respectés, fuyant dans l’ironie ou dans une mauvaise humeur chronique la quête de sens que réclame notre condition de constant dépassement de soi;

-soit on devient des monstres d’efficacités, c’est aussi possible, vivant toujours un peu en tension pour ‘y arriver’, pour se prouver inconsciemment qu’on peut le faire : « oui, ça c’est moi » se dit-on intérieurement en gonflant le ‘moi’, cherchant dans une autosatisfaction à échapper à tout ce qui nous limites et qu’on refuse de voir.


Résultat, on se plante régulièrement ; on se prend régulièrement des murs, plus ou moins violents : on entretient des copinages, des mondanités, on existe en dépendance de nos relations montrant extérieurement une façade pour ne pas s’avouer que ce sont des refuges affectifs, des séductions temporaires parce que par soi-même on n’arrive pas à assumer ce réel que par ailleurs on a voulu complètement maitriser; c’est toujours plus ou moins inconscient, parce que le rythme de vie de notre monde –ou celui qu’on se donne- nous évite peut-être de faire face à ce qu’est vraiment la réalité de notre vie ;

Soit enfin, on entre dans cette nonchalance -bien présente sous les tropiques- du ‘je m’en fous’ : la spiritualité du ventre mou qui comme la limace prend la forme de la cuillère qui la ramasse…

 

Heureusement pour nous qu’il y a la misère des autres, aujourd’hui surexploité par les medias: voir des pauvres êtres, des innocents souffrirent, victimes de tsunamis, ou sinon, lorsque soi-même nous pâtissons d’un climat ou de maladies, cela réveille… dit Léon Bloy « On dirait que la douleur donne à certaines âmes une espèce de conscience. C'est comme aux huîtres le citron… »

 

Et là, on pourrait dire que cette misère qui vient habiter et déranger violement notre humanité est presque ce qui vient comme nous sauver de nous-même et de cette apathie que nous donne notre bonne conscience et de cette petite vie bien mesquine qu’on se bâtit à force de joie stupide sans lendemain.

 

Et cette misère, notre faiblesse est parfois ce qui appelle en nous  cette soif de continuer de marcher chaque jour, essayant d'être pour les plus pauvres un signe d’espérance, que tout cela n’est pas ‘en vain’… attendant du réel lui-même quelque chose qu’on ne peut se donner à soi-même. 

 

N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet de nous réjouir, comme des enfants, de petites joies qui surgissent et qui sont comme un sourire qui nous dit de continuer de chercher ? N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet, malgré nous d’aimer notre condition, que la porter n’est pas vain, et que quelque part une réponse existe, qu’elle nous attend dans celui à qui on se sera livré, jusque dans nos misères ?

 

Fr Grégoire. © Are you in reality?



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