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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Lettre à un ami...

28 Avril 2012, 03:35am

Publié par Father Greg

      On ne peut parler vraiment qu'à un ami, à celui dont la confiance réciproque implique une recherche de la vérité. C’est-à-dire, à celui qui, en quête de ce qui n'est pas lui, n'en reste pas à son expérience, ni à son vécu affectif, mais revient toujours au réel existant. Il faut pour cela dépasser ses scénarios tout tracés, aller au-delà de tout pharisaïsme moral, bruler les images que l'on s'est forgées et en finir avec l'équilibre mou des bien-pensants. Hélas, aujourd'hui, parce que la quête de la vérité est rare, l’amitié véritable est très rare. La psychologie, qui ne regarde que le conditionnement, a matérialisé notre regard: les morales tupperware en quête d'efficacité et l'opinion du plus grand nombre semblent avoir tout stérilisés. L'air ambiant nous a rendu esclaves du qu'en dira-t-on. Fr Grégoire.

 

 

200px-Sanzio 01 Plato AristotleDe tout temps la recherche d'une sagesse de vie a été chose difficile et rare; parce que l'homme, en raison même de sa complexité et de sa richesse, risque toujours de se distraire, de se laisser prendre par les problèmes immédiats et d'oublier l'essentiel, d'oublier ce pour quoi il est fait, de perdre la signification profonde de sa vie d'homme.

A notre époque, cette recherche de la sagesse devient particulière­ment difficile, car le milieu culturel dans lequel vit l'homme d'au­jourd'hui ne favorise pas la recherche de cette sagesse, qui est considé­rée comme inutile, comme une nostalgie qui n'a plus de sens, étant complètement dépassée. Le milieu culturel en lequel vit l'homme d'au­jourd'hui est, en effet, tout entier orienté vers le développement des sciences et des techniques. On regarde avant tout l'efficacité, et l'hom­me, dans sa destinée profonde, risque souvent d'être oublié. Certes, ce développement des sciences et des techniques apporte à l'homme de nouvelles possibilités, et même des possibilités étonnantes dans la croissance de son pouvoir de transformation et d'utilisation de la ma­tière, dans sa domination sur l'univers physique et biologique. Mais ce développement, si prodigieux et si rapide, ne devient-il pas souvent pour l'homme, dans sa vie humaine, une sorte d'excroissance qui le déséquilibre, qui supprime son harmonie profonde? Ce développement, pour être vraiment assumé, « humanisé », réclamerait de l'homme (pour reprendre l'expression de Bergson) un «supplément d'âme», de nou­velles capacités d'aimer, de penser, de contempler.

 

Ce développement pourrait alors être vraiment au service de la personne humaine, au lieu de l'asservir, de la matérialiser, comme cela, hélas risque trop souvent d'arriver. Car il faut bien reconnaître que, lorsque ce développement devient la préoccupation dominante, primordiale (pour ne pas dire exclusive) de l'homme, il s'impose et l'homme en devient l'esclave. En s'imposant comme l'essentiel de la vie humaine, n'engendre-t-il pas fatalement un certain scepticisme à l'égard de la philosophie, et spécialement de la philosophie première (philosophie de l'être, ou métaphysique)? En effet, grâce à ce développement, la « face extérieure » de notre univers se transforme si rapidement qu'on serait tenté de reprendre la grande affirmation d'Héraclite: tout change, tout est relatif. Dans ce climat de transformations incessantes et si tangibles, il est bien difficile de découvrir dans la réalité humaine autre chose que ce qui est soumis au changement, ce qui est relatif; il est bien difficile de discerner que l'intelligence humaine est faite, profondément, pour aller au-delà de ces connaissances scientifiques et techniques, qu'elle est faite pour découvrir une vérité d'un autre caractère. En un mot, il est bien difficile de discerner que l'intelligence humaine, en ce qui est le plus «elle-même», est faite pour atteindre ce-qui-est, le réel existant en toute sa profondeur; et que grâce à cela elle peut découvrir plus radicalement et d'une manière plus ultime ce qu'est l'homme: ce qu'il est comme esprit lié au corps, au monde sensible, et cependant capable de le transcender parce qu'il a une destinée personnelle qui lui est propre.

De plus, les idéologies du progrès, la dialectique hégélienne, la dialectique matérialiste du marxisme, la méthode psychanalytique freudienne, marquent la sensibilité et le milieu imaginatif de l'homme moderne d'une manière si directe et si forte que souvent toute recherche de vraie sagesse semble superflue et du reste impossible, condamnée dès le point de départ.

MD Philippe, lettre à un ami. Intro

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isabelle 02/05/2012 16:04


Très belle ( et vraie ! ) introduction ; un lucide résumé de bon sens .