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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Les Nouveaux chiens de garde !

6 Novembre 2013, 08:22am

Publié par Fr Greg.

 

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Depuis la parution de l’essai de Serge Halimi Les Nouveaux Chiens de garde (1997), succédant lui-même à celui de Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996), la critique radicale des médias est devenue un sport de combat très prisé au sein des médias alternatifs (Acrimed, Le Monde diplomatique, Le Plan B…) ou chez Pierre Carles, le premier à avoir mis en images cette défiance à l’égard des pratiques médiatiques dominantes (Pas vu, pas pris; Enfin pris?; Fin de concession).

 

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Le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, adapté du livre d’Halimi, prolonge cette tradition critique en condensant ses principales lignes de front à travers un effort de synthèse des écrits de cette clique prompte à donner des claques à la profession journalistique en vue.

Par-delà cette efficacité pédagogique, cet effet de déjà-vu joue un peu contre le film dans la mesure où rien de très nouveau ne sort de ce discours balisé depuis le milieu des années 90 : la mainmise sur les grands médias des puissants groupes industriels et financiers (Bouygues, Bolloré, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault…), l’absence de pluralisme de la pensée…

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Dans ce cadre idéologique prévisible, opposant deux camps attachés à leurs positions, le film déploie pourtant un récit nerveux et énervé, dont l’efficacité narrative tient à l’implacable effet de démonstration par l’image.

Même sans le ton sarcastique d’un Pierre Carles, une analyse politique s’incarne à l’écran à travers un dispositif mêlant extraits d’émissions, images sur le vif de lieux de mondanités journalistiques et entretiens avec des observateurs critiques.

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Accumulant ses sources, le film met ainsi à nu les mœurs risibles et conniventes de la cour médiatique hexagonale.

Le récit s’autorise de vrais tours de force, entre esprit potache (les effets de montage pour se moquer des dialogues complices de Luc Ferry et Jacques Julliard, Jean-Pierre Elkabbach faisant un éloge gênant de son patron Arnaud Lagardère…) et pure déconstruction analytique (la critique implacable par l’économiste Frédéric Lordon de l’incompétence des experts célébrant depuis des années les vertus des marchés financiers).

Dépassant le cadre classique d’une analyse sur la concentration des médias, le film s’accroche à cet angle mort de l’aveuglement des médias sur eux-mêmes.

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Cette fixation sur ces usages dévoyés des élites médiatiques occulte la réalité plus vaste du travail des “dominés” du champ journalistique (c’est-à-dire la quasi-majorité des journalistes), attachés à leur distanciation à l’égard des actionnaires, ainsi que la vraie polyphonie de prises de parole qui subsiste dans certains médias.

Il reste que le mode militant ouvertement assumé par le film dessine un cadre de réflexion pratique, au sein duquel la critique radicale des médias affleure comme un contrepoison à l’ivresse d’un système de castes, où tous les chiens sont gris.

 

http://www.lesinrocks.com

 

 

 

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