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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le visage de Dieu...

15 Février 2013, 02:19am

Publié par Fr Greg.

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Le concile Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum, affirme que la vérité intime de toute la Révélation de Dieu resplendit pour nous « dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (n. 2). L’Ancien Testament nous raconte comment Dieu, après la création, malgré le péché originel et malgré l’arrogance de l’homme qui veut se mettre à la place de son Créateur, offre de nouveau la possibilité de son amitié, surtout à travers l’alliance avec Abraham et le cheminement d’un petit peuple, le peuple d’Israël, qu’il choisit non pas sur des critères de puissance terrestre, mais simplement par amour.


C’est un choix qui demeure un mystère et qui révèle le style de Dieu, qui en appelle quelques-uns non pour exclure les autres, mais pour qu’ils servent de pont qui mène à lui : l’élection est toujours une élection pour l’autre. Dans l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons re-parcourir les étapes d’un long chemin sur lequel Dieu se fait connaître, se révèle et entre dans l’histoire par des paroles et par des actes. Il se sert, pour cette œuvre, de médiateurs comme Moïse, les prophètes et les Juges qui communiquent au peuple sa volonté, rappellent l’exigence de fidélité à l’alliance et gardent éveillée l’attente de la réalisation pleine et définitive des promesses divines.

 

Et c’est précisément la réalisation de ces promesses que nous avons contemplée à Noël : la Révélation de Dieu atteint son sommet, sa plénitude. En Jésus de Nazareth, Dieu visite réellement son peuple, il visite l’humanité d’une manière qui dépasse toute attente : il envoie son Fils unique. Dieu lui-même se fait homme. Jésus ne nous dit pas quelque chose sur Dieu, il ne parle pas simplement du Père, mais il est révélation de Dieu, parce qu’il est Dieu et ainsi il nous révèle le visage de Dieu. Dans le Prologue de son évangile, saint Jean écrit : « Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître » (Jn 1,18).


Je voudrais m’arrêter sur cette « révélation du visage de Dieu ». A cet égard, dans son évangile que nous venons d’entendre, saint Jean nous relate un fait significatif. Alors qu’il approchait de sa Passion, Jésus rassure ses disciples, les invitant à ne pas avoir peur et à avoir foi ; il instaure ensuite avec eux un dialogue dans lequel il parle de Dieu le Père (cf. Jn 14,2-9). A un moment, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14,8). Philippe est très pratique et concret, il dit ce que nous-mêmes, nous voulons dire : « nous voulons voir, montre-nous le Père », il demande de « voir » le Père, de voir son visage. La réponse de Jésus ne s’adresse pas seulement à Philippe, mais à nous aussi et elle nous introduit dans le cœur de la foi christologique ; le Seigneur affirme : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Cette expression résume de façon synthétique la nouveauté du Nouveau Testament, cette nouveauté qui est apparue dans la grotte de Bethléem : il est possible de voir Dieu, Dieu a manifesté son visage, il est visible en Jésus-Christ.

Le thème de la « recherche du visage de Dieu » est bien présent dans tout l’Ancien Testament, le désir de connaître ce visage, le désir de voir Dieu tel qu’il est,  au point que le terme hébraïque panîm, qui signifie « visage », y apparaît bien 400 fois, dont 100 fois avec une référence à Dieu : on se réfère 100 fois à Dieu, on veut voir le visage de Dieu. Et pourtant la religion juive interdit complètement les images parce que Dieu ne peut pas être représenté – contrairement à ce que faisaient les peuples voisins avec l’adoration de leurs idoles – et donc, avec cette interdiction des images, l’Ancien Testament semble totalement exclure la dimension visible du culte et de la piété. Que signifie alors, pour un juif pieux, chercher le visage de Dieu, si l’on est conscient qu’il ne peut y avoir aucune image de lui ? Cette question est importante : d’un côté, on veut dire que Dieu ne peut pas être réduit à un objet, comme une image que l’on peut prendre dans sa main, mais que l’on ne peut rien mettre non plus à la place de Dieu ; de l’autre, en revanche, on affirme qu’il a un visage, c’est-à-dire qu’il est un « Tu » qui peut entrer en relation, qui n’est pas enfermé dans son ciel à regarder l’humanité d’en haut. Dieu est certainement au-dessus de toute chose, mais il s’adresse à nous, il nous écoute, nous voit, nous parle, fait alliance, et il est capable d’aimer. L’histoire du salut, l’histoire de Dieu avec l’humanité, est l’histoire de ce rapport de Dieu qui se révèle progressivement à l’homme et qui se fait connaître lui-même, qui fait connaître son visage.


Benoit XVI.