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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le travail (IV)

19 Mai 2012, 02:42am

Publié par Father Greg

Hailing_the_Ferry_1888.jpgSi le travail de l'artisan inventeur de son modèle implique une inspiration créatrice, le travail du simple artisan ne l'exige pas; il lui suffit d'un modèle qu'il cherche à reproduire en le copiant. Mais le travail d'un simple manœuvre, d'un ouvrier d'usine, de celui qui travaille à la chaîne, est-il encore un travail humain? II est évident que le travail humain demande de s'achever dans l'œuvre; s'il exige d'être efficace, L’efficacité n'a de sens que pour l'œuvre qu'elle réalise. L'efficacité, par elle-même et pour elle-même, n'a pas de signification. Si le travailleur n'est qu'un rouage dans une organisation complexe, impliquant une extrême division du travail en vue d'une efficacité plus grande, son travail n'a plus pour lui de sens profond. A la limite, on pourrait dire que l'homme, dans un tel travail, n'est plus qu'un instrument, un relais. Par conséquent, ce n'est plus seulement la phase d'inspiration et d'invention qui manque: il n'y a même plus de terme, de but précis. Le travailleur est téléguidé au nom d'un projet à réaliser et d'une œuvre dont il ignore la réalisation concrète. Un tel travail ne peut plus ennoblir l'homme: il ne peut plus que l'user.


II serait également intéressant de comprendre comment l'importance que prend l'outil modifie le travail humain: prenant progressivement une valeur qui s'impose de plus en plus, et exigeant un investissement.


5. L'imagination créatrice, du reste, présuppose nécessairement toute une série d'expériences impliquant nos sens externes, expériences d'un type particulier qu'on peut appeler « expériences sensibles artistiques ». Les artistes ne sont-ils pas toujours considérés comme ayant une sensibilité spéciale et détectant dans les réalités qu'ils expérimentent certaines qualités que les «béotiens» ne saisissent guère? Pensons à la manière dont un peintre ou un musicien regarde tel paysage, écoute tel bruissement dans la forêt...considérable, L’outil va en effet modifier le travail humain jusqu'à un point-limite; car, à la limite, c'est le travailleur qui est vraiment mis au service de l'outil, de la machine, et non plus l'inverse. Là encore nous touchons à une destruction du travail humain. En effet, si l'homme-travailleur est mis au service de l'outil, de la machine, son travail est alors tout relatif à l'efficacité pure de la machine, il devient une condition sine qua non de cette efficacité, de la capacité d'exécution de la machine. II n'a plus rien d'humain; loin d'ennoblir il avilit, car l'homme est devenu dépendant de l'outil (sauf, évidemment, dans le cas où l'homme-travailleur est le surveillant de la machine; car, comme surveillant, il garde la maîtrise de l'exercice et il n'est donc plus totalement relatif à elle, bien que l'efficacité relève avant tout de la qualité de la machine). Ce travail peut devenir monstrueux, ne permettant plus à l'homme-travailleur d'expérimenter vraiment ce qu'est le travail de l'homme. II n'expérimente plus que son état de dépendance, d'esclavage dans l'ordre de l'efficacité.

MDP, Lettre à un ami.