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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Quelle intelligence?

13 Mars 2012, 04:02am

Publié par Father Greg

 

penseur1-d95fe.jpeg « Nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire et laissons l’entendement et la conscience vides. Tout ainsi que les oiseaux vont quelquefois à la quête d’un grain, et le portent au bec sans le tâter, pour en faire becquée à leurs petits, ainsi nos pédants vont pillotant la science dans les livres et ne la logent qu’au bout de leurs lèvres pour la dégorger seulement et mettre au vent. » Montaigne


            Que de « pilloteurs » aujourd’hui ! Et avec quelle superbe ils condamnent les esprits frivoles qui insinuent que « savoir par cœur n’est pas savoir » ! Assurément, certaines disciplines ne font pas appel à la seule mémoire. Les langues mortes et les mathématiques développent la faculté de raisonner,  de former, d’enchaîner les concepts.


            Mais l’intelligence est-elle seulement cela ? Si, comme l’indique Valéry, nous devons être capables non seulement de résoudre les problèmes infiniment variés et complexes que l’avenir nous posera, mais encore de modifier les énoncés des problèmes, l’intelligence abstraite, limitée à sa fonction raisonnante, sera insuffisante et manquera à sa mission.


            Nous nous faisons une conception mutilée de l’intelligence. Nous élaguons tout ce qui n’est pas fonctionnement mental, pris au sens le plus étroit, c’est-à-dire tout ce qui pourrait être fait par une machine cybernétique. Paradoxalement, nous attachons plus de prix aux opérations qui peuvent être accomplies sans nous et par nous. Nous sommes hypnotisés par les machines et ce qui leur échappe nous paraît suspect.


            Pourtant ce résidu est l’essentiel. Il ne se ramène pas, comme Valéry le suggère parfois, à l’organique. Entre l’automatisme du cerveau électronique et celui des fonctions biologiques, il existe une zone mal définie dont l’imprécision ne signifie pas qu’elle soit sans valeur et sans poids.

            C’est le domaine du jugement, le propre de l’homme. Alain le dit très bien :

« Le jugement est cette décision prompte qui n’attend point que les preuves la forcent, qui achève et ferme un contour par un décret hardi, tenant compte aussi de ce qu’on devine, de ce qui est ignoré, de ce que l’homme doit à l’homme, mais sans peur, et prenant pour soi le risque. » Cette puissance d’oser, Descartes, dans le Traité des passions, l’appelle générosité. Résolution de ne manquer jamais la volonté pour entreprendre et exécuter ce qui paraît être le meilleur, intelligence en acte qui pousse l’homme à agir avant d’avoir rassemblé toutes les raisons et les preuves. Ainsi se font les découvertes, se gagnent les batailles et se composent les poèmes.

          

  La raison n’est que lumière. Elle éclaire mais elle ne décide pas. Il faut aussi l’intervention du cœur.

 

                  Jacques de Bourbon Busset, Valéry ou le mystique sans Dieu