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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le travail...

16 Mai 2012, 02:57am

Publié par Father Greg

 

 

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Inutile d'insister sur le fait de l'expérience du travail. Cette expé­rience est certainement celle que les hommes font le plus, et le plus souvent. C'est vraiment celle qui les marque le plus et qui leur fait le mieux saisir leur conditionnement: leur temporalité, leur dépendance à l'égard de l'univers, ainsi que leur capacité de le transformer. Cette expérience semble bien être la première, selon l'ordre génétique. Car si l'appétit naturel, c'est-à-dire l'appétit instinctif, sensible et passionnel du lait maternel est certes, du point de vue génétique, la première activité vitale manifeste de l'enfant, cet appétit instinctif et sensible n'est pas pleinement conscient pour celui qui le vit. On ne peut le considérer comme une véritable expérience. De plus, cet appétit impli­que-t-il un amour volontaire, spirituel, de l'enfant à l'égard de sa mère, ou même à l'égard de la Source propre de son être? C'est là une question à laquelle on ne peut répondre immédiatement; y répondre affirmativement ou négativement, sans une réflexion philosophique, serait un a priori. Par conséquent, à supposer que l'on réponde affirma­tivement, cette réponse ne serait pas le fruit d'une expérience immédia­te sensible. Aussi semble-t-il bien que l'expérience du travail, c’est-à-dire de la transformation de la matière (au sens très général), soit notre première expérience, génétiquement parlant; car cette expérience est vraiment consciente et implique un certain jugement d'existence. Quand le petit garçon s'amuse avec un jeu de construction, ou la petite fille avec une poupée, ni l'un ni l'autre n'a guère conscience de ce qu'il fait: ils jouent et, en jouant, ils demeurent dans un monde imaginaire, merveilleux. Dès que commence l'école, il faudra «travailler», se soumettre à certains règlements, et ce travail réclamera attention et réflexion, ce qui éveillera une certaine conscience.


Si le travail est vraiment notre première expérience consciente, on comprend que cette expérience conditionne toutes nos autres expériences et que même, si nous n'y prenons pas garde, elle les détermine. Car, nous le savons, ce qui est premier dans un genre donné conditionne tout ce qui vient après lui; et même (le premier d'une série n'est-il pas chef de file?) tout ce qui vient après lui est relatif et dépend de lui. Ajoutons que, très souvent (c'est le phénomène de la «répétition »), tout ce qui vient après lui est déterminé par lui. Si on considère l'homme uniquement dans son devenir, dans sa relation au monde physique, le travail n'est plus seulement l'expérience génétiquement première: il devient l'expérience dominante, celle à laquelle il faut référer toutes les autres. N'est-ce pas ce qui arrive dans toute position philosophique politique, qui ne regarde que l'aspect collectif de l'homme, puisque, si on ne regarde plus que le conditionnement de l'homme, c'est nécessairement cette expérience qui est au centre?


L'expérience du travail permet de saisir comment l'homme domine la matière et comment il peut la transformer. Par le travail, L’homme acquiert une certaine connaissance de la matière, connaissance relative, du reste, à la transformation même qu'il réalise. L'œuvre n'est-elle pas le fruit du travail de l'homme sur la matière? La première fois que l'homme réalise une œuvre, et chaque fois qu'il en réalise une nouvelle, ne s'étonne-t-il pas de l'efficacité de son travail, de la résistance de la matière dont il se sert ou de sa mollesse? Cette œuvre réalisée par son travail, il peut l'admirer. Cet étonnement et cette admiration le conduisent à interroger pour savoir ce qu'est l'œuvre dont il est l'auteur.


MDP, Lettre à un ami.