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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qui sait jusqu'où va la profondeur de cette blessure ?

4 Juillet 2012, 00:04am

Publié par Father Greg

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Aucune vie intense n'est exempte d'épreuves. Aucun cœur aimant n'échappe à la brisure. Plus haut vole le désir, plus il est menacé. Et toute âme noble se voit en ce monde meurtrie et injuriée.

L'honneur de l'être humain est de se relever, non de se plaindre, non de se résigner. La grandeur d'un héros se reconnaît à ce qu'il subit des coups mais refuse la défaite : aucune plaie ne le fait renoncer à sa liberté.

Qu'elle apparaisse sous forme de déchirure d'amour, de beauté ou de douleur, la blessure a pour sens d'ouvrir l'homme à l'inconnu, voire à l'illimité. Et d'abord elle rappelle que toute grande rencontre laisse une trace inef­façable et que la grâce d'être touché au cœur désigne, élit même l'être véritablement vivant.

Tous les humains ne sont peut-être pas appelés à une quête héroïque, à une élévation mystique ; du moins doivent-ils mériter ce qualificatif d'humanité qui est bienveillance, bonté, accueil. Or, en allant vers l'autre, en l'écoutant, on court le risque d'être ému, bouleversé. C'est pourquoi beaucoup préféreront revêtir une carapace d'indifférence ou de froideur qui, croient-ils, les proté­gera, en fait qui montrera leur peur et leur carence d'hu­manité.

Il y a une folle illusion à se vouloir à l'abri de tout, illusion soigneusement entretenue par la société moderne. De qui, de quoi peut-on se garder ? De la malice du monde, de la trahison et des peines amoureuses ? De la charge des ans, de la mort ignominieuse ? Qui se pense assez puissant ou assez riche pour écarter le malheur ? Le monde contem­porain, qui ne parle que de bien-être, de bonheur, de santé et de sécurité, se trouve accablé d'une terrible maladie, la maladie d'infantilisme. Aussi n'invoque-t-il que ce mot magique qui trahit son effroi devant la fragilité et le trépas : « guérir ». Grâce à la recherche scientifique, grâce à telle plante, telle gymnastique, tel régime alimentaire, en recou­rant au besoin à la méditation, à la récitation de man­tras et autres recettes zen ou chamaniques, la créature humaine peut se protéger de tout, et surtout oublier qu'elle est mortelle. L'obsession de guérir anesthésie la conscience et étouffe le questionnement métaphysique.

Or, il n'est que deux façons d'être indestructible : soit à la façon d'une machine imperturbable que l'on entretient en changeant les pièces, en veillant sur le mécanisme ; soit en découvrant son essence immortelle. La seconde voie est celle qu'indiquent et que nourrissent la philosophie véri­table, les spiritualités des diverses traditions ainsi que les mythes qui sont des éveilleurs de conscience et des passeurs de sagesse.

Pour la plupart des gens, guérir équivaut à ne plus jamais avoir mal. Supprimer la souffrance, l'inquiétude, au béné­fice du seul épanouissement de soi qui est bonheur, bien‑ être. C'est un enfermement redoutable et un rêve chimé­rique. Mais dans les récits initiatiques et les textes sacrés, guérir signifie réparer la blessure de l'homme mortel, c'est-à-dire restaurer celui-ci dans sa nature édénique, dans son être seigneurial.

Ainsi, la blessure n'est ni la souffrance ni le mal, elle est au contraire le rappel que notre nature véritable n'est ni limitée ni souffrante. Elle donne accès à une autre percep­tion, elle est une aspiration à un infini que ne peut combler aucun bien de ce monde.

 

Divine Blessure, Jacqueline Kelen