Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le Père Marie-Dominique, philosophe pour notre temps (I)

26 Août 2012, 11:26am

Publié par Fr Greg.

 

27-12-2003 - SAINT JODARD - Conference sur saint Jean

 

Enseignant la philosophie depuis 1939 au Saulchoir puis à l’Université de Fribourg de 1945 à 1982, enfin aux Frères et Soeurs de la Famille Saint-Jean dont il est le fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe a consacré sa vie à la recherche de la vérité. Son approche philosophique apparaît au sein de la philosophie contemporaine un peu paradoxale : elle est à la fois un retour aux sources de la réflexion occidentale et une confrontation incessante aux questions de l’homme contemporain.

Retour aux sources

C’est face à une approche scolastique trop souvent incapable d’aborder les interrogations contemporaines et enfoncée dans le dédale d’arguties logiques et de conclusions infécondes qu’est né le désir de reprendre un travail sur les sources grecques de saint Thomas lui-même. La tentative, qui a longtemps été celle du thomisme, de dégager une philosophie de l’approche théologique de saint Thomas sans reprendre le travail de celui qu’il nomme « le Philosophe », revient à nier qu’il y a deux ordres radicalement différents : celui de l’homme croyant nourri de la Parole de Dieu, essayant d’exprimer le mystère de la foi à l’aide d’une intelligence saisie par son incapacité à parler adéquatement de ce qui le dépasse infiniment ; et celui de l’homme cherchant à comprendre l’homme à partir de l’expérience, pour découvrir progressivement ce qu’il est, dans toutes ses dimensions, et quelle est sa finalité personnelle, ce pour quoi il est.

Cette distinction — partir de la lumière divine de la Révélation ou partir de l’obscurité de l’expérience humaine — est en quelque sorte la clé de mise en oeuvre de la double recherche philosophique et théologique que mène sans cesse, en parallèle et en dialogue, le Père Philippe.

Ce retour à Aristote, dans la différence avec le regard de saint Thomas, lui a permis une redécouverte du réalisme philosophique dans ce qu’il a de plus fort et de plus riche.

L’héritage d’Aristote apparaît chez le Père Philippe d’abord par le réalisme du jugement d’existence qui accueille le réel tel qu’il est et par l’interrogation confiante sur ce qu’il est, au-delà de ce qui conditionne sa manière d’être et son comment, mais à travers cette manière d’être et ce comment. L’héritage d’Aristote apparaît ensuite dans la distinction entre la philosophie pratique — partant des expériences du travail, de l’agir en vue du bonheur, de la vie dans la communauté humaine et politique — et la philosophie dite « spéculative » qui, au-delà des expériences de l’activité humaine, cherche à saisir l’homme lui-même et débouche sur une philosophie première : celle de l’être. Cet aboutissement de la recherche de la vérité dans un travail de discernement sur ce qu’est l’être dans ce qu’il a de fondamental et d’ultime est ce qui permet d’aborder le problème de la personne et son ouverture à la question de l’Etre premier transcendant.

Les dimensions de la personne humaine

Ainsi les recherches du Père Philippe se sont développées dans tous les domaines de la philosophie :

- la découverte de l’homme capable de transformer l’univers (philosophie de l’art), à partir de l’expérience du travail, de la réalisation d’une oeuvre ;

- la découverte de l’homme capable d’aimer et d’être responsable d’un autre (philosophie éthique), à partir de l’expérience de l’amour d’amitié.

Ces deux développements pratiques de la philosophie sont, avec la philosophie politique, elle aussi pratique, et partant de l’expérience de la coopération, le point de départ de toute philosophie réaliste.

C’est à partir de là que peut se développer la philosophie dite « spéculative », qui cherche la vérité pour elle-même :

- dans une philosophie de la nature, qui cherche à connaître la matière au-delà de sa transformation par l’artiste dans le travail, et regarde l’homme comme partie de l’univers par son corps ;

- dans une philosophie du vivant, qui cherche à connaître l’homme comme vivant, au-delà de l’expérience de l’amour d’amitié qui peut être brisé par la mort.

fr Samuel Rouvillois, Communauté St Jean.