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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le pardon

4 Mai 2013, 00:34am

Publié par Fr Greg.

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Sam : " Comment je sais que j’ai pardonné ? Difficile de trouver les mots justes… Je me sens plus libre. Mon cœur ne se serre pas quand j’entends parler allemand. Je n’ai plus l’impression de me recroqueviller quand un proche évoque cette période. Au contraire, je me sens fier d’avoir accompli quelque chose de difficile, comme d’admettre vraiment qu’il y a, quelque part, une logique que j’ignore. Ça m’a rendu croyant. "

Jane : " Pour moi, pardonner, c’est oublier dans le bon sens du terme. Pas oublier ce que j’ai appris. Oublier pour pouvoir aimer comme si je n’avais jamais été blessée. Retrouver l’amour inconditionnel et intact que j’avais pour cette personne avant qu’elle ne me fasse du mal. Cela ne veut pas dire que je me laisserai à nouveau maltraiter, mais que j’aime l’homme qui partage ma vie aujourd’hui dans une grande confiance et sans l’angoisse qu’il me trompe et me batte comme mon ex-mari le faisait. "

Ed : Ma femme et moi imaginions que la mort de l’assassin de notre fils nous rendrait nos nuits de sommeil. Or cela n’a rien changé. Ça nous a seulement donné de la compassion pour ses parents qui perdaient leur fils, comme nous. C’était il y a cinq ans et je commence à réaliser que je ne serai en paix que lorsque j’aurai pardonné : à celui qui a tiré sur mon fils, au chirurgien qui ne l’a pas sauvé et à Dieu qui a laissé faire. Mais surtout, et seulement, quand je me serais pardonné, à moi-même, de ne pas avoir été celui qui a reçu la balle fatale. Pour l’instant, je n’y arrive pas. "

Matt : " Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu. Qu’ils boivent, cela n’avait rien à voir avec nous. Ils ne le faisaient pas contre nous mais contre eux-mêmes. Aujourd’hui, je me dis que c’est leur ignorance qui a failli nous détruire, pas leur méchanceté. "

Carry : " Depuis que je me suis mariée, je comprends mieux mes parents. J’ai moi-même quitté mon mari et, pendant quelques jours, j’étais dans l’incapacité de faire face à mes enfants. Heureusement mon travail sur le pardon m’a beaucoup aidée, autrement j’aurais probablement reproduit le même schéma que celui de mon père absent. "
Judy : " Comme je n’ai pas vraiment de souvenir de mon viol, mon travail a consisté à me pardonner à moi-même. De m’être trouvée dans cette situation. De ne me souvenir de rien. De traumatiser mes parents, etc. Je ne fais plus de cauchemars. J’espère même avoir un enfant. Bref, je guéris. "

Elizabeth : " Voir mourir mon père rongé par le remords a été un moteur. Qui suis-je pour évaluer ce qui est bien ou mal ? J’ai acquis une certaine confiance et je peux accepter les choses comme elles sont. Pas par défaitisme, car je suis très active pour contribuer à changer ce qui me paraît injuste. J’aimerais ainsi quitter cette planète en la laissant un tout petit peu plus jolie que je ne l’ai trouvée. "

 

Le pardon, quand il se vit ainsi, dans l’intimité des cœurs, est indéniablement un acte de liberté intérieure hors norme et hors dogme. Il devient aussi la marque d’une certaine force qui atteint autant ceux qui le donnent que ceux qui le reçoivent. Un condamné à mort filmé récemment dans un pénitencier des Etats-Unis racontait la transformation qu’avait provoquée sa rencontre avec les parents de sa victime : " Jamais je n’ai eu aussi peur de ma vie et, quand ils m’ont dit qu’ils me pardonnaient, j’ai senti le sol s’ouvrir sous mes pieds et j’ai éclaté en sanglots. J’ai pu ensuite pleurer pendant des mois. En me montrant ce que c’est qu’être humain, ils m’ont aidé à prendre conscience de mon crime. " Serait-ce le vrai pouvoir du pardon, n’être " ni un coup d’éponge ni une lessive, mais une re-création

 

François Varillon cité par J. Duquesne in La Religion, les maux, les vices, Presses de la Renaissance, 1998.