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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le mal, obstacle à la rencontre avec notre Père... (II)

19 Mai 2011, 05:58am

Publié par Father Greg

 

 

Voici deux extraits de lettres écrites par des soldats allemands, de celles qu'emporta le dernier avion envolé de l'enfer de Stalingrad en janvier 1943.

 

 

Dans la première, un homme naguère « épris de religion», comme il le reconnait lui-même, s'adresse ainsi à son épouse :

 

desiree-dolron-1« S'il existe un Dieu dans le ciel», m'écris-tu dans ta dernière lettre, « qu'il te fasse bientôt revenir vers moi...».

 

[...] Ma chérie, si tes paroles veulent être bienveillantes et si tu les fais dépendre de l'existence de Dieu, tu te trouveras bientôt en face d'une lourde et grave décision. Je suis un homme épris de religion, tu as toujours été une croyante. Si nous examinons notre position antérieure à la lueur des circonstances qui nous obligent à rejeter tout ce à quoi nous avons cru, alors tout change.

 

[...] S'il y a un Dieu ! De l'autre côté aussi il y en a beaucoup ; en Angleterre, en France, à coup sûr des millions... Je ne crois plus en un Dieu de bonté car il n'aurait jamais laissé se perpétrer une si grande injustice... Je ne crois plus en un Dieu qui a pu illuminer l'esprit des hommes qui ont déclaré cette guerre, et parlent toujours de paix et de toute-puissance en trois langues... Je ne crois plus en Dieu, car il nous a trahis...

Je ne crois plus... et toi ? T'en sens-tu encore capable ?

 

 

La seconde lettre est celle d'un fils de pasteur, qui s'adresse ainsi à son père :

 

A Stalingrad, le choix de s'en remettre à Dieu signifie en nier l’existence.

[...] Tu es un sauveur d'âme, père, et, dans ta dernière lettre, tu ne me parles que de la Vérité ou de ce qu'on croit être la Vérité... J'ai cherché Dieu dans chaque trou d'obus, dans chaque maison détruite, à chaque coin de rue, auprès de chaque camarade, quand j'étais blotti dans un entonnoir, et je l'ai cherché même dans le ciel… Et Dieu ne s'est pas montré alors que tout mon cœur criait après lui. Les maisons étaient éventrées, les camarades aussi courageux ou aussi lâches que moi... Sur la terre ne régnaient que le meurtre et la faim; du ciel se déversaient les bombes et le feu... Seul Dieu était absent !…

 

Non, père! Dieu n'existe pas!... Ou alors, s'il y a un Dieu, il existe pour vous, dans les missels et les cantiques, dans les sermons remplis de dévotion des curés et des pasteurs; il existe peut-être dans le tintement des cloches et dans les vapeurs d'encens, mais il n'existe pas à Stalingrad !…

 

 

M.D Philippe, Liberté, vérité, amour. Fayard.


[1] Lettres de Stalingrad (Letze Briefe aus Stalingrad), trad. Ch. Billy, 6d, Buchet-Cbastel-Correa, 1957, pp. 60-61.

Ibid., pp. 67-68.