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Le grand événement d’Eglise qu’a été le Concile...

23 Octobre 2012, 01:07am

Publié par Fr Greg.

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Le grand évènement d’Eglise qu’a été le Concile, événement dont j’ai été un témoin direct, (…) apparaît sous nos yeux, si l’on peut dire, comme une grande fresque, peinte dans toute la multiplicité et la variété de ses éléments, sous la conduite de l’Esprit-Saint. Et, comme devant un tableau, nous continuons à recueillir l’extraordinaire richesse de ce moment de grâce, à en redécouvrir des passages, des fragments, des morceaux particuliers.


Le bienheureux Jean-Paul II, au seuil du troisième millénaire, avait écrit : « je sens plus que jamais le devoir d'indiquer le Concile comme la grande grâce dont l'Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence » (Lettre apostolique Novo millennio ineunte, 57). Je pense que cette image est éloquente. Il faut retourner aux documents du concile Vatican II, en les libérant de la masse de publications qui les ont souvent cachés au lieu de les faire connaître. Ils sont, pour notre temps aussi, une boussole qui permet au bateau de l’Eglise d’avancer en pleine mer, au milieu des tempêtes ou sur des eaux calmes et tranquilles, de naviguer en sécurité et d’arriver à bon port.


Je me souviens bien de cette époque : j’étais un jeune professeur de théologie fondamentale à l’université de Bonn et c’est l’archevêque de Cologne, le cardinal Frings, qui était pour moi une référence humaine et sacerdotale, qui m’a emmené à Rome avec lui pour être son conseiller théologique ; j’ai été ensuite nommé expert conciliaire. Cela a été pour moi une expérience unique : après toute la ferveur et l’enthousiasme de la préparation, j’ai pu voir une Eglise vivante – presque trois mille pères conciliaires venus de tous les coins du monde, réunis sous la conduite du successeur de l’apôtre Pierre – se mettre à l’école de l’Esprit-Saint, véritable moteur du concile. Rarement a-t-on pu dans l’histoire, comme cette fois-là, « toucher » presque concrètement l’universalité de l’Eglise, au moment de la grande réalisation de sa mission d’apporter  l’évangile en tous temps et jusqu’aux limites de la terre. Ces jours-ci, à la télévision ou à travers d’autres moyens de communication, si vous revoyez les images de l’ouverture de ces grandes assises, vous pourrez vous aussi percevoir la joie, l’espérance et l’encouragement qu’ont pu éprouver ceux d’entre nous qui ont pris part à cet événement de lumière qui rayonne encore aujourd’hui.


Dans l’histoire de l’Eglise, comme vous le savez sûrement, divers conciles ont précédé Vatican II. En général, ces grandes assemblées ecclésiales ont été convoquées pour définir des éléments fondamentaux de la foi, surtout en corrigeant les erreurs qui la mettaient en danger. Pensons au concile de Nicée en 325, pour contrer l’hérésie arienne et redire clairement la divinité de Jésus Fils unique de Dieu le Père ; ou à celui d’Ephèse, en 431, qui a défini Marie comme la Mère de Dieu ; ou encore à celui de Chalcédoine, en 451 qui a affirmé l’unique personne du Christ en deux natures, la nature divine et la nature humaine. Un peu plus proche de nous, il faut citer le concile de Trente, au XVIème siècle, qui a clarifié des points essentiels de la doctrine catholique face à la réforme protestante ; ou bien Vatican I, qui a commencé à réfléchir sur des thématiques diverses mais qui n’a eu le temps de produire que deux documents, un sur la connaissance de Dieu, la révélation, la foi et son rapport avec la raison, et l’autre sur la primauté du pape et sur l’infaillibilité ; il a été, en effet, interrompu par l’occupation de Rome en septembre 1870.


Si nous regardons le concile œcuménique Vatican II, nous voyons qu’à cette période du cheminement de l’Eglise, il n’y avait pas d’erreurs particulières sur la foi, à  corriger ou à condamner, ni de questions de doctrine ou de discipline spécifiques à clarifier. On peut alors comprendre la surprise du petit groupe de cardinaux présents dans la salle capitulaire du monastère bénédictin à Saint-Paul Hors-les-Murs, quand, le 25 janvier 1959, le bienheureux Jean XXIII a annoncé le synode diocésain pour Rome et le concile pour l’Eglise universelle. La première question qui s’est posée dans la préparation de ce grand événement fut précisément de savoir comment le commencer, quel rôle lui attribuer.

 

Le bienheureux Jean XXIII, dans son discours d’ouverture, le 11 octobre il y a cinquante ans, a donné une indication générale : la foi devait parler d’une façon « renouvelée », plus incisive – parce que le monde changeait rapidement – mais en gardant intacts tous ses contenus pérennes, sans renoncer à rien ni faire de compromis. Le pape désirait que l’Eglise réfléchisse sur sa foi, sur les vérités qui la guident. Mais à partir de cette réflexion sérieuse et approfondie sur la foi, devait se dessiner de manière nouvelle le rapport de l’Eglise avec l’ère moderne, du christianisme avec certains éléments essentiels de la pensée moderne, non pas pour s’y conformer mais pour présenter à notre monde, qui tend à s’éloigner de Dieu, l’exigence de l’Evangile dans toute sa grandeur et dans toute sa pureté (cf. Discours à la curie romaine pour la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005). Le serviteur de Dieu Paul VI l’exprime très bien dans son homélie à la fin de la dernière session du concile, le 7 décembre 1965, par des paroles extraordinairement actuelles, quand il affirme que, pour bien évaluer cet événement, « il faut le voir dans l’époque où il s’est réalisé ».

 

Benoit XVI. Synode Nouvelle Evangélisation. Octobre 2012.

© Libreria Editrice Vaticana

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