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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (V)

8 Octobre 2012, 02:56am

Publié par Fr Greg.

 

 

beggar7

3. Dans l'âme, le désespoir. - Non pas le désespoir d'être condamné par Dieu, mais de se condamner soi-même en se voyant incapable de la confiance qui nous sauverait.

Il faut passer par un tel désespoir atténué pour que meurent les racines orgueilleuses qui sont à sa source. Le salut n'est pas offert à notre orgueil, mais à notre âme d'enfant. Pour que la confiance s'épanouisse (cette confiance qui gémit dans les douleurs de l'enfantement), il faut que meure tout orgueil._ et l'orgueil meurt en désespérant. Il n'a rien d'autre à faire, il ne faut rien souhaiter d'autre pour lui.

Mais il faut souhaiter qu'en désespérant, il n'entraîne pas l'enfant de Dieu dans son naufrage. C'est pourquoi Dieu procède avec une telle délicatesse...

Notre situation est comparable à celle d'un pays infesté de brigands. Les brigands sont nos péchés, éventuellement nos vices, plus profondément la part d'orgueil qui se mêle à notre vertu elle-même et qui veut farouchement être quelque chose.

A cause des brigands, le pays a bien du mal à vivre. La circulation n'est pas sûre, les échanges difficiles, la vie culturelle, les joies de la famille et de l'amitié ne s'épanouissent pas. C'est la situation combien décrite par les psychiatres et violemment criée par les poètes : l'homme est un loup pour l'homme, on ne communique pas, il n'y a pas d'amour heureux.

Le peuple apprend qu'aux frontières règne un roi merveil­leux doté d'une armée puissante. Dans son désespoir, il lance un appel au roi, qui franchit la frontière avec son armée. A peine a-t-il paru que les brigands vont se cacher au plus pro­fond des forêts et des grottes. Le pays respire, la vie reprend, le roi occupe ses bonnes villes : c'est le fruit de notre don absolu à Jésus-Christ.., notre coeur se remet à vivre, nos qualités s'épanouissent, nous connaissons la joie et la paix.

En réalité nous sommes loin de compte, et notre idéal est bien médiocre. Ce que nous appelons la paix c'est plutôt un compromis, un dosage entre le bien et le mal (nommé

équilibre » !). Nous rêvons de « coexistence pacifique » entre le vieil homme et le nouveau, notre coeur de pierre et notre coeur de chair, l'orgueil et l'esprit d'enfance : « Ce n'est pas brillant, mais enfin on s'entend encore à peu près. Il ne faut pas trop en demander ! »

Mais le Christ n'est pas venu pour cela : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne... » Le monde la donne par mode de compromis : le Christ veut nous la donner par l'extinction de tout ce qui menace la circulation de l'Amour.

Alors le roi dit un jour : « Quand je suis venu, il y avait des brigands dans ce pays. Que sont-ils devenus ? - Seigneur, ils se cachent, ils dorment, ils sont neutralisés... - Point du tout : il faut en finir. Je vais les poursuivre et les exterminer. - ! Mais vous allez les réveiller ! ce sera encore la guerre...- Je ne suis pas venu vous apporter la paix (selon votre idée), mais une guerre d'extermination contre tout ce qui menace ma Paix. Toute créature doit être salée par le feu, et je suis venu jeter ce feu sur la terre. »

C'est donc le roi lui-même qui déchaîne les brigands que sa présence avait endormis. Il ne faut pas s'étonner si d'étranges tentations se soulèvent dans nos cœurs et dans nos corps après de longues années passées au service du Christ : réveil de fièvres endormies, ou même éclosion de fièvres inconnues. C'est le Saint-Esprit qui provoque ces fièvres lorsque notre heure est venue. Il faut savoir cela, il faut comprendre que c'est normal, car nous portons en nous des choses dangereuses.

Méditez l'Epître aux Romains : « Je sens deux hommes en moi » - mais ne croyez pas que ce soit là un état définitif ! Beaucoup s'imaginent que l'idéal de la vie chrétienne, c'est d'éviter que le vieil homme fasse des siennes. Il y a beaucoup plus à espérer : c'est qu'il meure. Dans les épîtres pastorales, Paul ne dit plus la même chose, mais : « J'ai combattu le bon combat, ma course est consommée, j'attends la couronne de justice. » Tant que nous sentons deux hommes en nous, nous ne sommes pas complètement sauvés.

Après plusieurs années de vie chrétienne ou religieuse, nous atteignons un certain plafond que nous ne pourrons jamais dépasser par nous-mêmes. Nous faisons des progrès, mais à l'intérieur de limites étroites. Nous en arrivons alors à la coexistence pacifique dont je parlais : par nous-mêmes, je le répète, nous ne pouvons rien faire de plus. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, et nous n'avons pas le droit d'en douter.

Alors, si nous le croyons vraiment, nous pouvons encore faire une chose. Nous pouvons dire à Dieu : « J'accepte le traitement »... et signer notre feuille d'hospitalisation - notre entrée dans le monastère des purifications passives. Alors là, Dieu sait comment faire. Il nous donne le Sang du Christ, lequel a le pouvoir d'opérer le miracle de notre sanctification totale, de faire de nous des êtres qui, même dans leurs premiers mouvements, n'offrent aucune résistance profonde à la volonté de Dieu : ce sont les saints. Tout ce qu'Il nous demande, c'est d'y croire et de le désirer.


Marie Dominique Molinié, Le courage d'avoir peur