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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (IV)

6 Octobre 2012, 02:54am

Publié par Fr Greg.

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2. Dans les nerfs, la folie. - Ce résultat n'est pas un effet direct de l'invasion de l'amour de Dieu, mais au contraire de la défense que lui oppose notre organisme tant qu'il n'a pas été purifié.


C'est pourquoi j'ai dit qu'il serait l'effet d'une invasion imprudente de la vie divine - tout comme l'invasion de la lumière du jour dans une rétine habituée pendant des mois à l'obscurité d'une grotte serait intolérable pour celle-ci et la rendrait aveugle. Je précise donc dès maintenant que les saints, dès ici-bas, ne connaissent plus ce danger, parce que l'amour de Dieu lui-même a immunisé progressivement leurs nerfs provoquant une série de réactions « atténuées » qui éteignent doucement la fièvre provoquée par cette invasion.


L'amour de Dieu agit exactement comme un virus : ce n'est pas le virus qui donne la fièvre, mais la défense de l'organisme contre lui. L'amour de Dieu nous donne la fièvre parce que notre être se défend contre lui. Nous n'y pouvons rien, il n'y a pas de bonne volonté qui puisse empêcher cela, et si Dieu entrait sans précaution, ce serait une telle fièvre dans nos nerfs qu'ils exploseraient. Il y a en nous des réflexes, des « complexes », des nœuds affectifs, tissés par nos péchés passés, par ceux de nos éducateurs (la psychanalyse trouverait place ici), et en général par le monde qui nous entoure - tout cet ensemble se dresse contre Dieu désespérément (c'est bien le mot), à chaque fois qu'Il essaie d'entrer, qu'il se tient à la porte et qu'Il frappe. Comment voulez-vous dire Fiat si vos complexes ne sont pas liquidés et vos nerfs nettoyés : vous aurez peur, vous n'arriverez pas à faire confiance aveuglément, aisément, souplement, comme le Saint-Esprit en a besoin.


A ce propos de la peur, il faut bien voir la différence entre les saints et nous. Les saints ont peur de la mort et de ce qui donne la mort, autant et plus que nous - mais ils n'ont pas peur de la vie parce qu'ils n'ont plus peur de Dieu. C'est presque la définition d'un saint. Du même coup ils n'ont pas peur des épreuves, parce qu'ils y voient la main de Dieu en qui leur confiance est aveugle : et par conséquent, en fin de compte, ils n'ont pas peur de la Croix, et ainsi ils n'ont peur de rien. Ils ont peur de la mort en elle-même, ils ont peur du démon en lui-même beaucoup plus que nous, parce qu'ils le connaissent mieux que nous et le sentent mieux que nous : mais ils n'ont pas peur des affrontements que Dieu leur propose avec ces réalités, parce que leur confiance est facile. Alors ils portent la Croix, tandis que nous la traînons, parce que nous ne sommes pas réconciliés avec Dieu dans nos nerfs : le poids de Dieu nous accable au lieu de nous soulever.


Et je dis que sans précaution cela produirait la folie. On sait que Pavlov provoquait une névrose chez les chiens en leur présentant un signe évoquant pour eux à la fois de la viande et des coups de bâton - plus subtilement, il y avait deux signes voisins se rapprochant jusqu'à devenir indiscernables : à ce moment, les nerfs du chien explosent. Et bien, l'amour de Dieu imprudemment inoculé produirait en nous la même explosion, parce qu'il déchaînerait à la fois le désir et la peur à un degré insoutenable.


L'amour de Dieu déchaîne le désir, non seulement le désir de l'âme mais celui du corps, avide de partager la béatitude de l'âme. Une fois soulevé par cette ardeur, le corps réagit selon son mode propre.


L'amour de Dieu déclenche ainsi, en même temps que le désir, une série de réflexes qui font obstacle à l'union : toutes les avidités qui exigent au lieu de supplier, les révoltes et les impatiences... et par-dessus tout la peur - parce que ces forces sont incompatibles avec la pureté de Dieu, elles se sentent rejetées et condamnées par cette pureté.


Ainsi peut-on dire que l'amour de Dieu provoque la peur de Dieu : il va chercher les régions obscures de notre subconscient, il étale au grand jour leur noirceur. L'âme se rend compte qu'un seul acte de confiance suffirait pour la sauver et l'unir à Dieu, mais le désir même qu'elle en a, soulève des forces inquiétantes qui empêchent cet acte de confiance. Il en résulte un affolement plus ou moins grand, caractéristique des purifications passives.


La source d'eau-vive est à la portée de nos lèvres, il suffirait d'y boire pour que la montagne de nos péchés disparaisse dans l'océan de la Miséricorde, mais l'émoi que le désir provoque tétanise le mouvement qu'il faudrait faire, et provoque une crampe affolante (dont les crampes de Jésus sur la Croix ont voulu être le reflet).


Un être ainsi lucide voit très bien que l'obstacle n'est pas son indignité, car il voit que Dieu lui pardonne tout et lui offre tout : mais c'est lui qui n'a pas confiance et n'arrive pas à se jeter dans les bras de Dieu. H voit que le plus grand pécheur est pardonné totalement dès qu'il s'effondre comme un enfant, il comprend les paraboles sur l'enfant prodigue et les ouvriers de la dernière heure : mais cet acte d'abandon, il ne peut pas le faire, ses nerfs paralysent l'élan de confiance aveugle que désespérément il voudrait avoir. Mors, au moment même où il désire tant se jeter dans le cœur de Dieu, il éprouve à son paroxysme la tentation de la révolte et la peur d'y succomber.


Voila ce qui se produirait si l'amour de Dieu nous envahissait sans précaution. Et c'est aussi, finalement, ce qui se produit un peu à chaque fois qu'avec la douceur de la colombe et la prudence du serpent il essaie de nous habituer progressivement à cette invasion, en procédant par petites touches destinées à nous vacciner contre ces « réactions de rejet ». Mais plus il y va doucement, plus c'est long. Normalement, le traitement demande des années.., toute la vie peut-être si nous ne sommes pas prédestinés à connaître la guérison totale avant la mort... ou si notre liberté ne permet pas à Dieu d'aller plus vite.


Car notre liberté joue un grand rôle dans cette affaire. Non pas celui que notre vieil homme et nos illusions voudraient avoir : remplacer l'action de Dieu ou nous en dispenser par quelque générosité « héroïque » prétendant produire l'acte de pure confiance avant d'en être réellement capables. Le rôle de la liberté, c'est de s'offrir intelligemment, dans une imperfection acceptée, aux initiatives et aux invasions de l'Esprit-Saint, de façon à Lui permettre de nous envahir à son rythme, ni trop vite ni trop lentement. Nous aurons à dire ce que. cela entraîne, mais le premier effort est peut-être de comprendre de quoi il s'agit afin d'y mieux consentir.


Le risque que nous courons, en effet, c'est de ne pas être entièrement purifiés à l'heure de notre mort (celle-ci étant incluse dans le traitement) : c'est à ce moment-là que par notre faute - la faute précise de n'avoir pas su comprendre la Miséricorde au point de bien collaborer avec elle - nous ferons du Purgatoire. Thérèse a compris à quel point Dieu désire nous éviter cela : par conséquent nous pouvons l'éviter si d'abord nous y croyons.

 

MD Molinié, le courage d'avoir peur.