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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (II)

2 Octobre 2012, 01:43am

Publié par Fr Greg.

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L'implacable Amour

 

 

Ceux qui s'offrent à la Miséricorde (pensez à l'acte d'offrande de Thérèse de l'Enfant-Jésus) savent que Dieu ne leur demande aucune expiation : Il leur a déjà tout pardonné, Il leur demande seulement de se laisser brûler par la Miséricorde. Cela reste douloureux, mais dans un climat de Miséricorde et non de justice.


Ce qui est étrange, ce que nous avons beaucoup de mal à comprendre, c'est que nous puissions être pardonnés, totalement pardonnés, réconciliés avec Dieu... et avoir encore besoin de subir un traitement douloureux.

 

En effet, même réconciliés nous sommes longtemps incapables de supporter l'invasion excessive de l'amour. C'est comme un estomac trop longtemps vide qu'il faut réalimenter par étapes, ou comme des yeux habitués à l'obscurité des grottes : pour remonter à la surface, cela ne se fait pas tout seul, et malgré toutes les précautions c'est très douloureux.

Ce n'est donc pas seulement une question de justice ou de satisfaction Un pécheur qu'on vient de baptiser va directement au ciel s'il vient à mourir dans cet état. Il peut même devenir un grand saint, franchissant en quelques instants les étapes qui mènent à la perfection, et mourant de contrition comme la pécheresse dont parle beaucoup Thérèse, la nuit même de sa conversion. Mais s'il n'en meurt pas, l'amour de cet homme reste faible : c'est la plus petite de toutes les graines qui composent sa psychologie, et il ne peut accueillir l'amour de Dieu qu'a très petite dose. Si Dieu veut qu'il grandisse en restant sur la terre, il va y avoir nécessairement un combat douloureux entre la vie divine de cet homme et « la vie de péché » dont parle S. Paul. Il va se découvrir incapable, à cause de tout son être (ce que S. Paul appelle son corps de mort), de poser les actes de confiance que l'amour l'invite à poser d'une manière de plus en plus pressante (la chanté de Dieu nous presse). Pour poser un acte humain, aussi spirituel qu'on voudra, l'homme a besoin de tout son être, âme et corps. Un aliéné au sens fort du terme ne peut plus poser d'actes humains, parce que son âme est prisonnière de son corps détraqué (il peut être en état de grâce, mais on peut se demander s'il peut poser des actes de vie théologale, parce que ce sont aussi des actes humains). Je parle ici en faisant abstraction des éclairs de lucidité, pendant lesquels cet homme peut avancer à une vitesse foudroyante - ou bien dans l'hypothèse (plus théorique que réelle) où il n'y aurait pas d'éclairs de lucidité.

La folie (ou plus précisément la psychose) est d'ailleurs un mystère sur lequel il y aurait bien à dire, et dont je me réserve de parler un jour. L'antipsychiatrie pressent que les psychotiques auraient beaucoup à nous apprendre, mais cette discipline se meut dans des ténèbres aussi étouffantes que celles de la psychiatrie classique. Un psychotique est un homme qui subit sans défense les contrecoups du désaccord entre son âme et Dieu, et traverse ainsi un Purgatoire difficile à déchiffrer pour nous. Un névrotique se protège par des défenses rigides contre les effets du même désaccord. Un saint frôle la psychose parce qu'il ne se défend pas non plus... mais il n'y a plus de désaccord entre lui et Dieu.


Ainsi donc, nous pouvons avoir envie de dire Fiat à la volonté de Dieu (une envie dévorante venant du Saint-Esprit), tout en étant incapables de laisser sortir ce Fiat, parce que notre coeur est ennemi de Dieu malgré nous, et que pour le moment nous n'y pouvons rien. La grâce sanctifiante nous rend dignes de la vision face à face... et cependant nous ne sommes pas capables de faire face à l'Esprit-Saint, nous ne pouvons pas supporter que la vie divine s'engouffre en nous sans mesure avant d'avoir été purifiés.



Ce n'est pas la faute de Dieu qui nous punirait, et ce n'est pas non plus notre faute (ou ce ne l'est plus), mais c'est comme cela : « Le bien que je veux faire, je ne le fais pas - l'esprit est prompt, mais la chair est faible. » Nos désirs sont sans limite, ils s'élancent vers Dieu parce qu'ils viennent de Dieu... mais notre chair ne peut pas suivre parce qu'elle est trop lourde - lourde de nos péchés passés, des péchés du monde qui nous entoure et spécialement de ceux dont nous portons l'atavisme. La chair, ce n'est pas seulement ce qu'on appelle les péchés de la chair, c'est quelque chose qui ne sait pas réagir avec confiance aux appels de Dieu.

 

Dieu est un feu dévorant, un buisson ardent. On pourrait écrire, partout où il y a la Présence réelle : Haute tension, danger de mort...

MD Molinié, le courage d'avoir peur.