Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (I)

30 Septembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 539.jpg

 

Il n'y a pas de péché grave sans orgueil -l'orgueil de la vie, la volonté d'affirmer nos exigences-. Les fautes inquiétantes sont celles qui durent, auxquelles on est attaché, les fautes qu'on a tendance à justifier. Dans ces fautes-là, il y a toujours de l'orgueil.

 

Quand il s'agit de l'orgueil, on se trompe sur le but. Pour être délivré de cet aveuglement, il ne s'agit plus de lutter ou de se dominer mais de se convertir. Le problème n'est plus de progresser, mais de virer de cap, « renverser la vapeur ».


La grâce de la conversion n'est pas d'abord une grâce de force mais de lumière - une lumière que nous ne pouvons pas fabriquer nous-mêmes. Dieu ne nous demande pas de la fabriquer mais de l'accueillir, et pour nous y disposer de l'attendre avec désir : telle est la fidélité de ceux qui veillent en attendant la visite du Maître. Nous obtiendrons la grâce de cette visite dans la mesure où nous accepterons d'en avoir besoin, de plus en plus douloureusement.

Quand Marie-Madeleine a vu le Christ, elle a compris ce qu'elle avait fait. Sa vue du monde a changé en un instant. Cela ne se produit pas à notre gré : tout ce que nous pouvons faire, c'est de gémir, de prier, d'invoquer l'Esprit-Saint.


Regardez Pierre. Chaque fois qu'il était question de la Croix, il disait : « Cela ne se passera pas comme ça ! » Il n'avait qu'un moyen de se convertir, c'était de trahir le Christ. Vous pensez bien que ce n'était pas lui qui pouvait inventer cela... Vous voyez ici comment l'orgueil se glisse dans les œuvres bonnes. C'était très bien de vouloir défendre le Christ contre les Pharisiens - mais l'orgueil se glissait là-dedans... Le Christ permet alors que Pierre fasse une grosse faute visible à l'œil nu. Au début, il n'y a rien compris ; cette trahison inconcevable, il ne s'en rendait même pas compte : il était le jouet de Satan. Alors là, regardez bien le miracle de la grâce. Pierre est en train de renier Jésus avec la plus parfaite conviction.., rien ne pouvait plus l'arrêter, si ce n'est une lumière à laquelle il ne se préparait nullement. Jésus le regarde : sa vue du monde change - le monde est renversé, tout s'effondre. Il ne dira plus : « Je mourrai pour toi » - à peine osera-t-il dire, le cœur douloureux : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. »


Extraordinaire exemple de ce qu'on peut appeler les purifications passives. Toute conversion est essentiellement passive : c'est une grâce qui fond sur nous, une lumière imprévue et imprévisible par laquelle on se laisse prendre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit. On est retourné : c'est un vrai miracle à chaque fois. Les larmes que cela provoque sur les péchés passés ne sont plus des inquiétudes ou des craintes. On voit qu'on a refusé l'Amour, et que ce même Amour s'offre à nous de nouveau, plus que jamais. On s'est préféré à Dieu, on a le cœur brisé. Toutes les fois que cela arrive, même au plan du péché véniel, au bout du chemin ce sont les mêmes larmes.

 

La conversion suppose notre consentement, mais c'est tout de même quelque chose qu'on subit et non qu'on fabrique, parce que c'est l'axe de notre vie qui change. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas aller jusque-là, nous pouvons améliorer les moyens, nous ne pouvons pas améliorer le but.

MD Molinié, le courage d'avoir peur.