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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le cinéma, une quête de lumière ? (II)

1 Juin 2011, 05:13am

Publié par Father Greg

 

tree-of-life.jpgCe qui fait le propre du cinéma, c’est qu’il est, pour A Tarkovski, le suprême moyen de saisir le temps« cet état, cette flamme où vit la salamandre de l’âme humaine », le fixer, et lui donner un sens en l’ordonnantlink


Fixer le temps.

 

 Le cinéma n’en est pas pour autant«un art de synthèse(…). L’essentiel du travail d’un réalisateur est de s’emparer d’un ‘bloc de temps’, d’une masse énorme de faits de l’existence, et de monter l’enchaînement comme si il était possible de recréer la vie, de faire saisir la continuité des faits, où tout est déterminé par le regard d’un homme sur la vie. » Car pour ‘montrer’ l’éternité il faut fixer le temps, et ainsi, par le fini saisir l’infini et tenter d’en dévoiler le sens, montrer les liens qui unissent chaque destin, l’interdépendance de chaque vie et la capacité pour chacun de transformer la face du monde. 


Vérité de l’art cinématographique.

 

            La première vérité de l’homme, celle à laquelle nous éduque l’art, c’est l’apprentissage de ce regard simple, sensible, contemplatif, presque enfantin sur la réalité, pour en saisir la vérité intérieure à travers les apparences ; dévoiler cet invisible qui donne le sens de notre existence : « Celui qui juge l’art au lieu de s’en imprégner, manque profondément de spiritualité. Il ne veut pas comprendre le sens ou le but de son existence qu’il remplace par de simples «je n’aime pas ! », « C’est ennuyeux ! ». Des arguments sans doute incontestables, mais qui pourraient tout autant être ceux d’un aveugle-né à qui on décrirait un arc-en-ciel ! Avec de tels critères, l’homme contemporain est incapable de s’interroger sur la vérité, et demeure totalement sourd à la souffrance qu’endure l’artiste pour exprimer la vérité qu’il a trouvée".

           

  "Mais qu’est-ce au juste que la vérité ? (…)  La culture de masse, destinée à des « consommateurs », dans notre civilisation tout en prothèses, rend nos esprits infirmes. Elle nous empêche de nous tourner vers les questions fondamentales de l’existence et de nous assumer en tant qu’êtres spirituels. Pourtant, un artiste ne peut rester sourd à l’appel de la vérité, qui seule, forge, organise sa volonté créatrice, et le rend capable de transmettre sa foi aux autres. Un artiste qui n’a pas la foi : autant parler d’un peintre qui serait aveugle de naissance ! »

 

 Le cinéma permet ainsi de dire quelque chose de la vérité : « l’image est une impression de la vérité qui nous est donnée à apercevoir de nos yeux aveugles. L’image incarnée n’est véridique que si, en elle, apparaissent certains liens qui expriment la vérité, et qui la rendent unique et inimitable comme l’est la vie… ».

 

La noblesse de l’homme : sa liberté spirituelle.

 

Tree-of-Life52.pngCette quête simple et pré-philosophique né en régime soviétique, lui montre - après être passé en occident - le danger de tout miser sur la lutte pour la liberté politique. « Les conditions de vie actuelle des démocraties [occidentales] posent le problème du manque de spiritualité et celui de la solitude de l’homme. L’homme moderne y a perdu cette liberté (…) d’être capable de se donner en sacrifice au nom de l’autre et de la société ».

 

Danger auquel l’homme n’échappe qu’en maintenant une lutte constante pour vivre à la hauteur de ce qu’il est, et cela spécialement dans le cinéma utilisé davantage pour fuir le réel que pour y creuser le sens de sa propre vie.

 

 « Sous prétexte de progrès technique, l’homme invente des conforts superflus et des moyens d'oppression pour assurer son pouvoir.[…] Quant au confort, un sage à dit que le péché, c’est tout ce qui n’est pas indispensable. S’il a raison, toute notre civilisation est, de A à Z, fondée sur le péché. Nous avons abouti à un manque terrible d’harmonie, à un désaccord total entre notre développement matériel et notre niveau spirituel. Notre culture, ou plutôt notre civilisation, est bâtie de fond en comble sur le péché… ».

 

D’ou le thème central de Stalker : « la dignité de l’homme et de l’homme qui souffre de son manque de dignité. »  C’est bien le propre de l’artiste que de voir ce qui fait la grandeur, la qualité spirituelle de l’homme, et de souffrir de son incapacité à en vivre. Dans Solaris, «  il s’agissait de gens qui étaient obligés, bon gré mal gré, de gravir les degrés de la connaissance. Cette quête éternelle, imposée comme de l’extérieur à l’homme, est dramatique en elle-même, une source permanente d’inquiétudes, de privations, de souffrances et de désillusions, car la vérité finale est toujours hors d’atteinte … » Une première réponse s’esquisse dans Stalker : « l’amour humain est vraiment ce miracle qui peut effectivement résister à toute l’aride théorisation sur l’état désespéré du monde  ».

 

fr Grégoire.


ibid. p 42-43.

ibid. p 100.

ibid. p 170.

Le Sacrifice. Film d’A Tarkovski. Grand prix spécial du Jury au festival de Cannes 1986, en concurrence avec Mission de Roland Joffé qui reçu alors la Palme d’or.

Stalker (‘le Guide’ ; en anglais to stalk : chercher silencieusement, marcher à pas loup…) Film d’A Tarkovski. (1979). « J’éprouvais dans ce film le besoin de cerner cette chose essentiellement humaine qui ne peut se dissoudre, ni être détruite, qui est en chaque homme comme un cristal, et qui fait toute sa valeur. Car malgré l’échec apparent de leur expédition, chacun des personnages acquiert en réalité quelque chose d’inestimable : la foi. »

Le Temps scellé. p 180-181. 

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