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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Laissez-vous tenter!!!

16 Décembre 2010, 16:19pm

Publié par Father Greg

 


Quand un athée fait l'apologie du Christianisme!!!     

 


La Tentation du christianisme
cosigné par Lucien Jerphagnon et Luc Ferry est une petite merveille ! Un historien et un philosophe athée qui magnifie l’invention géniale qu’est l’Incarnation !! Pourquoi le Christianisme, née à Jérusalem, prospéra-t-il dans le monde romain ? ‘Dieu devient accessible à tous ! A Nazareth on pouvait faire ses courses en même temps que Dieu et sa mère…!’ A lire ! Luc Ferry

 

 

 Extraits de Luc Ferry, qui analyse et exalte avec pertinence la révolution qu’est le Christianisme pour le monde romain.


         « La doctrine de l'amour est, dans le christianisme, d'une très grande profondeur et n'a rien de cette vulgate «anti-érotique» à laquelle on l'a réduite d'ordinaire dans les habituelles ritournelles marxistes ou nietzschéennes.


Pour bien comprendre, il faut se souvenir que, dans la tradition stoïcienne, l'amour n'est pas une solution, comme dans le christianisme qui va en faire un vecteur du salut, mais plutôt un problème. Car il porte inévitablement à l'attachement qui est une folie, puisque la vérité du monde est l'impermanence, le fait que tout passe. C'est dans ce sens - parfaitement analogue à ce qu'on trouvera aussi dans le bouddhisme - qu'Epictète dit à son disciple : quand tu embrasses ton enfant, ton fils ou ta fille, au moment même où tu le tiens dans tes bras, dis-toi bien qu'il peut mourir tout comme hier tu as lâché ton verre qui s'est brisé sur le carrelage. Dès qu'un être est né, il est assez vieux pour mourir. Le message stoïcien, comme le message bouddhiste, nous dit et nous répète en permanence : «Ne vous attachez pas !» Cela ne signifie pas : «Soyez indifférents.» Il faut, au contraire, pratiquer l'amitié, la compassion, mais il faut le faire sans s'attacher. Chacun comprend qu'il y a plusieurs formes d'amour et d'amitié, et ce qu'il faut fuir comme la peste, c'est cet amour passion qui nous crée des liens indéfectibles sans douleur. Si vous vous attachez à des êtres ou à des choses, comme la vérité de ce monde, c'est la mort, l'éphémère, vous serez inévitablement malheureux, vous vous préparez les pires souffrances qui soient. De là l'éloge de la vie monastique plutôt que du mariage et de la famille : seule une vie solitaire - du grec monos, seul : le moine est un solitaire - peut nous aider à éviter la folie de l'attachement et nous préparer ainsi à la vraie sagesse.


À bien des égards, on retrouvera aussi ce thème dans la pensée chrétienne, par exemple chez Pascal, ce qui peut tromper aisément le lecteur et lui donner à penser que la doctrine de l'amour est au fond la même que chez les stoïciens ou les bouddhistes - ce qui est une grave erreur. Mais, dans un premier temps au moins, c'est vrai, on trouve dans le christianisme une critique de l'amour passion, de l'amour d'attachement. Pascal va même très loin. Il dit non seulement : «Ne vous attachez pas», mais aussi : «Ne laissez pas non plus quelqu'un s'attacher à vous.» Pourquoi ? Parce que si vous laissez quelqu'un s'attacher à vous, vous le rendez fou ; vous lui faites croire que ça vaut la peine qu'il vous aime, alors que la seule personne qui ne le trahira pas en amour, c'est Dieu. Laisser quelqu'un s'attacher à vous qui êtes mortel, à vous qui allez mourir, c'est le tromper : on ne peut et ne doit s'attacher qu'à ce qui est immortel. (…)

 

L'idée semble donc, à première vue au moins, être la même que chez les stoïciens ou les bouddhistes. Mais ne vous y trompez pas. Il y a un thème supplémentaire chez les chrétiens, qui vient modifier du tout au tout cette réticence à l'égard de l'amour. On le trouve déjà très clairement formulé chez Augustin, lorsqu'il développe sa vision de «l'amour en Dieu».


Disons les choses simplement : dès lors qu'on s'attache «en Dieu», c'est-à-dire en un troisième terme qui relie les êtres entre eux, dès lors qu'on est relié dans ce troisième élément qu'est l'amour divin et qu'on aime, en l'autre, la partie divine, celle justement qui va revenir dans cette promesse de la résurrection des corps, alors on peut aimer, si j'ose dire, sans modération. On ne verse plus sur du sable, pour reprendre une autre formule d'Augustin. On peut s'attacher à cet autre-là si on l'aime dans la partie éternelle de son être. On ne sera ni déçu ni malheureux. Autrement dit : la promesse de la résurrection libère l'amour. C'est là un point que ne voient pas les petits nietzschéens de gauche qui aujourd'hui, contrairement à Nietzsche, ne connaissent rien de rien au christianisme. Ils s'imaginent que la partie éternelle qu'on a le droit d'aimer, c'est bien entendu seulement la partie non charnelle, l'âme éthérée en quelque sorte. Et d'entonner le couplet habituel sur la haine du sensible, le mépris du corps, le refoulement de la sexualité, etc., etc. Balivernes ! L'amour peut et doit incorporer Eros. L'amour réussi c'est eros, philia et agapé en un. La chair, cette chair qui pourrit en Lazare mais que le Christ ressuscite, ne doit pas être laissée de côté.


Et cela, je ne l'invente pas. Je vous lis, exemple entre mille, le texte du Catéchisme officiel du Vatican, pourtant, vous me l'accorderez, peu porté d'ordinaire à l'érotisme : «La chair est le pivot du salut. Nous croyons en Dieu qui est le Créateur de la chair ; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair ; nous croyons en la résurrection de la chair achèvement de la création et rédemption de la chair ; nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons maintenant.»


Et on nous dit que la chair n'a pas d'importance chez les chrétiens ! C'est ne rien comprendre à la philosophie de l'amour. Au reste, le premier grand discours de Benoît XVI porte sur la place d'Eros dans l'amour chrétien, et ce n'est nul hasard : l'oublier c'est dénaturer le sens le plus profond de l'Évangile, de la bonne nouvelle ».

 

  Enfin, cette perle « Je ne suis pas croyant, mais je dis toujours que de tous les livres, s’il faut, comme on dit, choisir pour l’île déserte, c’est l’Evangile de St Jean que j’emporte sans hésitation. »  


Luc Ferry. La Tentation du Christianisme. Grasset.

 

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