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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La philosophie: une exigence de vie au-delà du vécu et des schémas manichéens...

31 Mars 2012, 03:11am

Publié par Father Greg

    Petworth Park by Joseph Mallord Turner        La philosophie  prend son sens pour l’homme dans la mesure où elle lui permet de découvrir lui-même d’une manière vivante, par sa propre intelligence et à partir de son expérience, ce pour quoi il vit, pense et aime. Si la philosophie réaliste est identifiée à la scolastique décadente, on comprend alors pourquoi les études de philosophie n’ont plus d’intérêt, sauf pour des apologètes attardés désireux de maintenir envers et contre tout quelques acquis propres à rassurer les consciences des bien-pensants ! Aussi se tourne-t-on vers les sciences, beaucoup plus fascinantes par leur précision et leur extension, vers la psychologie qui prétend s’ériger en sagesse dans la débâcle actuelle de la morale ou encore vers les pensées « modernes » ; on considère alors que la philosophie est avant tout un questionnement critique adressé au chrétien et au théologien. Mais alors la philosophie n’est plus une sagesse : elle n’est plus une recherche humaine de la vérité aboutissant à une véritable découverte par l’homme du sens profond de sa vie humaine.


            La philosophie n’a de sens que dans la mesure où elle est une recherche de la véritable fin de la personne humaine, capable de lui permettre d’atteindre son véritable bonheur. Le philosophe n’est ami de l’homme que dans la mesure où il s’interroge sur ce qui peut permettre à celui-ci d’atteindre sa fin, ce pour quoi il est, de découvrir le sens de son être, de sa vie et de son esprit. Aussi nous semble t-il particulièrement important d’essayer d’ouvrir un chemin de découverte de la finalité en partant des grandes expériences humaines.


            La philosophie, pour être réaliste, naît et développe à partir des grandes expériences de l’homme existant, pour chercher à comprendre la vérité sur l’homme dans toutes ses dimensions. Elle ne commence donc pas, et ne peut commencer par la logique, qui est un instrument (un organon) de notre raison. La philosophie réaliste, qui est l’épanouissement naturel de notre intelligence dans la recherche de la vérité, s’éveille à partir de l’expérience humaine impliquant le jugement sur ce qui est et développe sa recherche en commençant par une « anthropologie  philosophique », une philosophie de la vérité des activités humaines. Aristote l’appelait « philosophie humaine », donnant ainsi sa pleine mesure à la recherche socratique de la vérité sur l’homme dans ses diverses activités, mais ordonnée à une action et à une action plus humaine. Elle est pratique dans la mesure où elle a pour fin l’activité elle-même : si nous cherchons la vérité sur le travail, c’est afin de mieux travailler, d’une façon plus vraie et plus humaine ; si nous cherchons à connaître ce qu’est l’action humaine volontaire, c’est pour aimer d’une façon plus vraie et plus profonde. La logique, elle, ne cherche pas la vérité de ce qui est ; en effet, l’universel que la logique considère n’est pas un être réel mais un être de raison, une relation dont l’intelligence est la source. D’autre part, la finalité est abstraite dans ses considérations. L’homme existant, en revanche, celui dont nous avons l’expérience en nous-même et dans nos amis, se pose immédiatement la question du pourquoi de ses activités, du moins s’il est un peu lucide.

            Il est capital de comprendre que c’est à partir des grandes expériences de l’homme que peut s’expliciter et s’organiser une véritable philosophie qui parvienne à une sagesse. Et pour comprendre pleinement la structure et la démarche propres de la philosophie, qui s’appuie sur l’expérience humaine, il est indispensable de respecter un ordre de découverte : on ne naît pas philosophe, on le devient ! Si donc la philosophie est le développement le plus naturel de l’intelligence humaine cherchant la vérité sur l’homme, il est capital de comprendre qu’elle part des expériences les plus simples et les plus humaines qui soient, en écartant tout à priori.  C’est bien ces activités humaines que le philosophe analyse en premier lieu pour découvrir ce qu’elles sont en ce qu’elles ont de plus profond et de premier.            

Marie Dominique Goutièrre, Aletheia, la philosophie