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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La quête de la lumière, une recherche incessante...

23 Septembre 2011, 10:52am

Publié par Father Greg

17-la-tour-georges-de-christ-in-the-carpenter-s-shopd1.1290Le métier d'homme, art de vivre fatal que chacun pratique au quotidien-souvent sans le savoir-exige par conséquent bien des ressources, une constante ingéniosité déployée pour faire de la vie une victoire, pour assumer sa condition...

Voilà la grande affaire qui motive chacun de nos combats, et guide ma quête. Je veux donc bien, dès l'abord, avouer mon extrême faiblesse. Parler de la souffrance, pire la vivre dans sa chair est une épreuve redoutable que le métier d'homme interdit d'éluder. Une personnalité ne trouve précisément sa quintessence que dans la virtuosité qu'elle déploie pour surmonter le mal.

Pour garder sauf l'entrain qui nous anime, il convient de tirer du quotidien et des mauvais jours quelque féconds outil adapté à l'échec. Cette quête fait de l'homme un apprenti emprunté, placé devant une vertigineuse et obscure obligation: faire de sa vie une œuvre, forger une personnalité digne d'assumer pleinement la totalité de l’existence.

 

Se lancer dans la construction de soi me place devant un abîme car il s'agit avant tout d'exercer sa lucidité, de savoir sur quoi l'on bâtit. Un bref regard sur la condition humaine suffit, en effet, à mettre en lumière son caractère tragique. Alors résignation?


Là précisément, s'amorce ma réflexion sur les blessures, les douleurs, les angoisses, la menace qui un jour finira par se concrétiser. Marguerite Yourcenard place dans la bouche de l'empereur Hadrien un constat qui situe l'homme:

« Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus ternes que nos songes ».

 

Tel est tôt ou tard, le lot commun, je ne le sais que trop. Mais où chercher même les vertus à même d'adoucir la dureté de l'existence et comment forger l'état d'esprit, l'arme à opposer à l'ennemi?

Peut-être sied-il de partir de l'unique certitude, de la perspective du néant dont nous procédons et vers lequel nous sommes précipités chaque jour? Au coeur même de nos réjouissances, le tragique nous précède, tant que nous vivons. Le nier, c'est en quelque sorte le mettre au premier plan....

On cherche à fuir le tragique dans les jeux, dans l'action; même l'activité la plus modeste vise à nous en éloigner: tout, plutôt que de réaliser que l'homme voué à la mort, n'échappera guère à sa part de souffrance...

 

Devant un tel désarroi et sans prétexte à la souffrance, vais-je tomber dans le nihilisme, abdiqué face à un monde où souffrance et mort triomphent? Entre illusion et cynisme désabusé, je veux laisser la question en suspens et tâcher de vivre- dégagé, tranquille- mais ma vie l'interdit. Il faut s'engager ou au moins consentir, sinon le combat si exigeant tournerait vite court. Le tragique est là, moi aussi! Entre deux tout reste à bâtir. Il n'y a guère le choix. Ni modèle ni solution, ni réponse toute faite, ni mode d'emploi ne sont disponibles. Chacun y va à tâtons, essuyant des échecs, bâtissant sur des ruines....

 

Alexandre Jollien, le métier d'homme.

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