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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Vous qui entrez-ici, abandonnez toute espérance....

12 Avril 2011, 07:50am

Publié par Father Greg

 

 

Niveau de la porte de l’Enfer. 

La première troupe des damnés : Esprits neutres et lâches, harcelés par des insectes.

 

« Par moi on va de la cité dolente, Vision de Tondal de Jérome Bosch

Par moi on va de l’éternelle douleur,

Par moi on va parmi la gent perdue.

Justice a mû mon sublime artisan,

Puissance divine m’a faite,

Et la haute sagesse et le premier amour.

Avant moi rien n’a jamais été créé

Qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement.

Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. »

 

Ces paroles de couleur sombre,

Je les vis écrite au-dessus de la porte ;

Aussi je dis : « Maître, leur sens m’est dur. »

Et lui à moi, en homme qui savait mes pensées :

 

« Ici, il convient de laisser tout soupçon ;

Toute lâcheté ici doit être morte.

Nous sommes venus au lieu que je t’ai dit,

Où tu verras les foules douloureuses

Qui ont perdu le bien de l’intellect. »

 

Et après avoir mis la main dans la mienne

Avec un visage gai, qui me réconforta,

Il me découvrit les choses secrètes.

Là pleurs, soupirs et hautes plaintes

Résonnaient dans l’air sans étoiles,

Ce qui me fit pleurer pour commencer.

Diverses langues et horribles jargons,

Mots de douleur, accent de rage,

Voix fortes, rauques, bruits de mains avec elles,

Faisaient un fracas tournoyant

Toujours dans cet éternellement sombre,

Comme le sable où souffle un tourbillon.

Et moi, qui avais la tête entourée d’ombre,

Je dis : « maître, qu’est-ce que j’entends ?

Qui sont ces gens si défaits de souffrance ? »

 

Et lui à moi : « cet état misérable

Est celui des méchantes âmes des humains

Qui vécurent sans infamie et sans louange.

Ils sont mêlés au mauvais cœur des anges

Qui ne furent ni rebelles à Dieu

Ni fidèles, et qui ne furent que pour eux-mêmes.

Les cieux les chassent, pour n’être pas moins beaux et le profond enfer ne veut pas d’eux,

Car les damnés en auraient plus de gloire. »

 

Et moi : « Maitre, quel est le poids

Qui les fait se plaindre si fort ? »

Il répondit : « je vais te le dire en quelques mots.

Ceux-ci n’ont pas espoir de mort,

Et leur vie aveugle est si basse

Que tout autre sort leur fait envie.

Le monde ne laisse pas de renommée pour eux,

Miséricorde et justice les méprisent :

Ne parlons pas d’eux, mais regarde et passe. »

 

Et moi qui regardais, j’aperçus une enseigne

Qui en tournant courait si vite

Qu’elle semblait indigne de repos ;

Et derrière elle venait une si grande foule

D’humains, que je n’aurais pas crus

Que mort en eut défait autant.

Après que j’en eu reconnu quelques-uns

Je vis et reconnus l’ombre de celui-là

Qui fit par lâcheté le grand refus.

Aussitôt je compris et je fus certain

Que c’était bien la secte des mauvais,

Qui déplaisent à Dieu, comme à ses ennemis.

Ces malheureux qui n’ont jamais été vivants,

Etaient nus et harcelés sans cesse

Par des mouches et des guêpes qui étaient près d’eux.

Elles leur rayaient le visage de sang,

Qui mêlé de pleurs, tombait à leur pieds

Où le recueillaient des vers immondes. »


Dante, L’Enfer, Chant III.

 

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