Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'amour nous met dans le réel... (I)

21 Octobre 2011, 04:38am

Publié par Father Greg

Portrait_of_Samuel_Murray_1889.jpgCertes la pensée nous permet de découvrir ce qui est premier ; mais elle n’est pas première parce qu’elle dépend de la réalité existante… Nous dire « pensant », c’est nous affirmer relatif à autre chose que nous-même, car nous pensons à quelqu’un, à quelque chose. Mais ce quelque chose qui est antérieur à notre pensée, est-il vraiment premier ? Fondamentalement, la philosophie ne peut donc prendre son élan vers la sagesse qu’en discernant si la réalité est antérieure à notre pensée ou non. (..) Ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui n’est-ce pas justement d’arriver à discerner notre pensée et ce qui est antérieur à notre pensée ? (…)

L’oubli de l’autre consiste à s’en tenir à la pensée ; demeurer dans la pensée, c’est demeurer en soi et oublier l’autre. Et ne s’agit-il pas en réalité de l’oubli de l’amour ? En effet, l’autre est précisément celui que nous aimons. L’autre exige de nous sortir de nous-même. Cette « sortie de soi-même » ne se fait pas en premier lieu par la connaissance mais par l’amour. Aussi, nous pouvons nous demander : la découverte « ceci est » distinct de  « je suis » peut-elle se faire indépendamment de l’amour ? Le saisir serait capital. En effet, il ne faut pas oublier que, pour Descartes, qui a joué un tel rôle dans la philosophie (un rôle presque inconscient), et pour bien d’autres philosophes à sa suite, l’amour reste toujours passionnel. De ce fait, la raison est nécessairement plus parfaite que l’amour ; celui-ci n’apparaît qu’en second lieu, relatif à la pensée, à la raison. Si, au contraire, nous affirmons que la réalité est antérieure à la pensée, cela ne peut-être que parfaitement vécu dans l’amour. En effet, dans l’amour, l’autre est avant nous. Dans la connaissance quidditative (conceptuelle), dans la raison, nous sommes avant l’autre puisque nous assimilons sa détermination. Aussi la connaissance sans l’amour risque-t-elle toujours de l’emporter sur la réalité. En revanche, grâce à l’amour, la primauté de la réalité sur la pensée est sauvegardée, ce que nous reconnaissons dans le jugement d’existence « ceci est ». 

 

Marie Dominique Philippe, Retour à la source II