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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La musique: un bruit volontaire...??

2 Juillet 2013, 20:28pm

Publié par Fr Greg.

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Michel Onfray, philosophe, grand penseur de l’hédonisme, théoricien de l’athéisme et anarchiste à ses heures, nous propose cette fois un essai sur la musique. Plus exactement un livre d’entretiens avec son ami Jean-Yves Clément, responsable du séminaire de musique classique à l’Université populaire de Caen.

La raison des sortilèges (c’est son titre) tourne autour d’une question essentielle (ou pas) : que dit la musique, et dit-elle réellement quelque chose ? Sont convoqués pour y répondre tous les grands noms du Panthéon de la philosophie et ceux de la musique, de Bach à Debussy en passant par Berlioz, Wagner ou Varèse. Tous ces discours passés au tamis, il en ressort cette quintessence : la musique « ne se dit pas, elle ne dit rien, elle est l’une des modalités du monde ».

Moins connu que les illustres personnages convoqués dans cet ouvrage, monsieur Danhauser, dans sa Théorie de la musique qui nourrit autrefois des générations d’enfants au solfège, en donnait une définition basique : « La musique est l’art d’arranger les sons d’une manière agréable à l’oreille. » C’était cucul et concon, mais pas plus, au fond, que ce qui résulte des deux cervelles essorées de nos protagonistes. En effet, après avoir disserté dans cette langue absconse qu’il affectionne, Michel Onfray tente enfin, à mi-ouvrage, « une définition possible de la musique ». C’est, dit-il, « une modalité voulue du réel sonore, car une modalité non voulue du réel sonore définirait le bruit. La musique est un bruit volontaire… »Tant de pages indigestes pour en arriver là !

Mais poursuivons la lecture.

Au chapitre intitulé « Pour un hédonisme musical », Jean-Yves Clément pose à Michel Onfray la question de ses propres goûts. Qui aime-t-il, quels compositeurs, quelles œuvres ? « Autodidacte radical », dit Onfray, il est entré dans l’univers de la musique « de façon monumentale : toutes les symphonies, tous les requiem, tous les trios, tous les quatuors… J’y suis également allé par musicien : tout Mozart, tout Schubert, tout Mahler, etc. » Et tous les opéras, et la musique contemporaine itou. L’horreur en somme. Vu sous l’angle de la sociologie de bazar, on peut certes comprendre : l’enfant pauvre issu du quart monde veut avaler d’un coup les trois quarts qui lui manquent. Boulimie de savoir qui le conduira à être ce qu’il est aujourd’hui : LE philosophe, excellent pourvoyeur de savoir dans son Université populaire de Caen.

 

Néanmoins, on se demande si, semblable aux compétiteurs des concours de bouffe (le Canadien champion du manger de hamburgers en a avalé quinze en dix minutes), Onfray n’est pas en train de régurgiter son trop-plein. On voudra bien nous pardonner ce raccourci lapidaire, mais franchement on s’interroge : est-ce qu’un tel excès de savoir ne rendrait pas finalement con ? Explosion du chou farci « La musique n’exprime pas, elle est. Il faut se défaire de cette idée que nous pourrions penser l’être du monde en termes de signification, de sens, d’expression. La raison a débordé ce qu’elle pouvait. Il nous faut admettre l’existence de limites à la raison et d’un monde au-delà de ses prétentions et de sa suffisance », écrit Michel Onfray. On lui apportera une précision, celle de la chose vécue (la « pratique musicale », comme on dit) : la musique ne rend que ce qu’on lui donne. Elle ne se révèle que dans l’échange, celui entre l’interprète et le compositeur, entre le chef et ses musiciens, entre l’orchestre et le public. Elle est dans ces moments d’humanité, à l’exact opposé de l’intellectualisation asséchante et mortellement ennuyeuse qu’on nous propose ici.

Marie Delarue

 

http://www.bvoltaire.fr